Andrea Crews : faire de la mode hype et éco-responsable

 

À
l’heure où la mode est plus volatile que jamais, que les pièces resorts
s’installent dès la fin du mois d’octobre en boutiques et que les
collections été chassent en plein mois de janvier grosses laines et
autres vêtements encore bien d’actualité, certains créateurs ont décidé
de fonctionner à contre-courant, refusant les calendriers imposés de la
sphère mode et transformant nippes et fripes en créations hype et
tendance. Ainsi est né le collectif Andrea Crews.

Andrea Crews

Le mode de consommation actuel – vite acheté, vite jeté – ne pouvait
laisser indifférents les jeunes designers de notre époque. La
conscience écologique aux aguets, l’envie de révolutionner la mode
version humaniste, le désir de mixer les talents et de rompre avec le
fashionnement correct plus carcan que libérateur sont autant d’éléments
qui ont amené Maroussia Rebecq, étudiante aux Beaux Arts, à revisiter
le concept "ready made" de Duchamp, en l’adaptant au textile.

Elle réalisa donc une collection faite entièrement de vêtements
récupérés dans les locaux du Secours Populaire et organisa un défilé au
musée d’Art Contemporain de Bordeaux. Donnant vie à une autre facette
du vintage,
refusant de consommer toujours plus en faisant naître du vieux et de
l’usé un nouveau vêtement, Maroussia a offert aux fashionistas un autre
mode de consommation.

En 2001, elle développe son concept et crée le collectif Andrea
Crews qui s’inscrit dans le paysage urbain, traitant de la mode à la
manière d’un happening ou d’une performance artistique. Leurs créations
oscillent entre Annette Messager et inspiration Margiela, ne respectent aucune règle, sont uniques, naissent au grès des matières premières qui s’offrent à eux et défient les tendances.
Maroussia Rebecq refuse les voies compartimentées et rassemble sous son
aile DJ, graphistes, vidéastes, plasticiens et stylistes, tous avides
de cultures urbaines, décalées, déjantées, ludiques et provocatrices.

Andrea Crews

Ils constatent que la population consomme toujours plus de vêtements
et génère donc de plus en plus de fripes, qui sont récupérées par les
associations caritatives. Une partie de ces fripes est redistribuée à
leurs bénéficiaires, tandis qu’une autre est recyclée afin d’obtenir du
papier et que la troisième partie est jetée. C’est cette troisième
partie qui intéresse Andrea Crews et qui va se voir déversée dans leur
atelier. Ces tas de chiffons et de vêtements, voués à la disparition,
auront l’avantage de les déculpabiliser face au gaspillage de matières,
et leur permettront de tenter toutes les expérimentations possibles.

Le concept est lancé, les vêtements usagés trouvent un second
souffle, en devenant la matière première qui permet aux stylistes de
concevoir des pièces uniques, voire expérimentales. Le processus de
créations est un manifeste en lui-même : pas besoin de nouvelle
production textile pour habiller la nouvelle génération, rien que du
recyclé, qui néanmoins fleur bon la pièce créateur.

Point de misérabilisme à l’horizon, c’est bien de mode dont traite
Andrea Crews, mais une mode réfléchie, qui ne pratique pas la politique
de l’autruche sous prétexte de graviter dans les hautes sphères du
luxe. Une mode foncièrement créative, rompant radicalement avec
l’uniformisation. Chaque jour, de nouvelles pièces sortent des
ateliers, qui ne suivent aucune ligne de conduite ni aucun plan de
collection. Elles sont simplement dictées par la matière et
l’inspiration des intervenants, ce qui donne naissance à un vestiaire
bigarré, audacieux et insolite.

Andrea Crews

Foncièrement militante, Maroussia Rebecq a fait d’Andrea Crews un
moyen de lier les artistes, de faire communiquer les différentes forces
qui animent la culture urbaine. Elle développe également de nombreux
projets avec des associations humanitaires, ainsi qu’avec des écoles.
En plus d’être plus qu’éthiquement correct, Andrea Crews a été adopté
par l’univers branché : ses créations sont vendues chez Colette, ainsi qu’aux quatre coins du globe, au sein de ce qui se fait de plus hype…

Loin de renier son essence, cette distribution pointue est corollée
de nombreuses opérations et manifestations à but caritatif, mixant
performances artistiques et mode, comme lors de cette vente à la criée
au palais de Tokyo, où les stylistes travaillaient sous l’œil du public
et où leurs créations étaient vendues 1 euro, le tout au bénéfice du
Secours Populaire… Mais ils œuvrent également dans l’alternatif : c’est
à Andrea Crews que l’on doit les fameux costumes de la tournée de
Philippe Katerine…

Les codes régissant les collections prêts-à-porter n’ont plus court
et la liberté créatrice prend le dessus. Les vêtements André Crews, à
la fois graphiques, urbains et contemporains, s’inscrivent dans une
volonté sociale, éthique et économique de vivre autrement, sans pour
autant renier esthétique et innovation.

Andrea Crews

Bien plus branchée que les tee-shirts en bambou et tout aussi
équitable, Andrea Crews offre une vision rafraîchissante et novatrice
du monde de la mode, que l’on découvre propice aux mutations les plus
éclairées, version flocage et déstructurations.

Par Coco dans Les Grands Créateurs

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