Le « crowdsourcing »: la communauté des bénévoles du quotidien


Le nom est barbare à l’oreille, et pourtant, elle
rend de nombreux services de plus en plus tous les jours… Qui ça
« elle » ? La communauté des bénévoles qui mettent un peu de temps et
de compétences au service d’une « cause » virtuelle. Qui en bénéficie ?
Chacun de nous, au quotidien. Qui est en l’investigateur ? Très souvent
des sociétés qui ont pignon sur rue et un but commercial, et qui
trouvent là l’occasion de réduire leur temps de développements,
d’améliorer leur service, et surtout de faire des réductions de coûts
substancielles.

De fait, le « crowdsourcing » (littéralement,
« l’approvisionnement par la foule », notion inventée par deux
rédacteurs du journal Wired) s’inspirent plus de « l’outsourcing » que
du bénévolat caritatif : c’est de la sous-traitance basée sur le
volontariat. utilisant la créativité, l’intelligence et le savoir-faire
à moindre coût.

Nous sommes donc bien loin de résoudre un des grands
problèmes mondiaux (au choix : la faim dans le monde, la déforestation,
la réchauffement de la planète…), ou bien faire émerger une technologie
par la collaboration de compétences très pointues (tel le développement
open-source). Ici, tout  un chacun peut participer à la mesure de ses capacités.

La grande question est : comment peut-on arriver à
persuader un nombre non négligeable de gens sur la la Toile a consacrer
du temps à ces activités qui ne relèvent d’aucune « grande cause »
mondiale ? Les motivations sont principalement au nombre de trois :
rendre service pour avoir plus vite le bénéfice individuel de quelque
chose, gagner un peu d’argent, et avoir la sensation d’avoir apporté sa
pierre à une œuvre collective. Sans oublier l’aspect « ludique ». Voici
trois exemples concrets.

Facebook  en français : la « cause »

Un événement dont nous allons entendre parler dans
peu de temps : l’arrivée de Facebook dans la langue de Molière. Cette
traduction, ainsi que bien d’autres (allemand et espagnol notamment)
n’est pas le fait de la société Facebook qui aurait payé pour une
localisation pour chacun des pays visés, mais le fait de la communauté
des facebookers qui, via une application, vont chacun traduire le
produit dans sa langue ! Excellente initiative, qui renforce le côté
« appartenance à une grande famille où l’on me fait confiance », et qui
ne me gène pas quand elle provient d’une petite start-up sans trop le
sou telle que Meebo. En revanche, venant de Facebook, je trouve ça
limite vulgaire…

Il n’empêche  que cela marche : plus de 2000 personnes participent, et le gros de l’interface  est déjà traduite !

Google Labeller :  le « taggeur » ludique

google labeller

Google, dans son sacerdoce à délivrer l’information
recherchée la plus précise, se heurte à des problèmes comme la
qualification des images : comment les « tagger » au mieux ? Seul un
discernement humain peut le faire. D’où Google Image Labeller.

Le ressort ici utilisé est le jeu : on affronte un
adversaire réel dont on ne sait rien, et l’on a 1 minute 30 pour
définir par des mots simples, les tags du plus d’images possible. Ces
images sont choisies aléatoirement dans la grande base de données de
Google, et l’on passe à l’image suivante quand on a au moins un mot en
commun avec son adversaire.

Amazon Mechanical  Turk : l’usine à produits

Le « Turc mécanique » dont il s’agit ici est en fait
un clin d’œil a une machine d’échecs qui semblait jouer seule, mais qui
en fait renfermait un humain.

Identiquement, Amazon paye des internautes à remplir
les formulaires de descriptions produits, après avoir passé un test
« d’intelligence ». A la clé, la « fortune » : 1,45$ la semaine !

Faut-il parler  dans ce cas d’entraide communautaire rémunérée ou de virtual sweat  shop ?

AmazonMechanicalTurk

Quelles conséquences réelles  du crowdsourcing ?

Au-delà de l’aspect « passe temps oisif » du
crowdsourcing, les impacts sur la vie « réelle » sont plus importants
qu’on ne croit, et s’apparente presque à du dumping social :

  • Un impact sur le marché du travail et l’évolution des métiers :
    tout le monde devient « main d’œuvre » potentielle, entrainant un
    nivellement par le bas des compétences ;
  • Le transfert des    droits de propriété intellectuelle: droits d’auteur, quid si un    brevet est déposé?
  • L’impact fiscal    (si l’on travailleur indépendant, contournement de la TVA…)

Sans compter la qualité du travail fourni : rien ne
prouve qu’au final les entreprises recourrant à ce mécanisme ne devront
pas « repasser derrière » le travail fourni, réduisant pour elles
l’intérêt économique (mais qui peut constituer un objet de régulation
du principe de crowdsourcing).

L’entraide communautaire est un puissant outil (les
exemples présents sur Mashable sont probants !), mais attention aux
individus de ne pas dévoyer la « beauté » du système et de l’esprit qui
l’anime, et d’engendrer des conséquences réelles sur leur propre vie à
terme.

PS: Merci à Catherine Ramus  pour son aide et ses conseils.

Article rédigé par Damien Douani pour Mashable Open Week

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Pour aller plus loin : va voir et télécharge le rapport d’innovation courts circuits sur la grande conversation médiatique

Présenté lors de les apéros du jeudi special la soirée des mythos

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