Stéphane Truchi, Président – Ifop
Aujourd’hui,
plusieurs millions de Français s’expriment sur leurs blogs, participent
à des forums, échangent au sein de réseaux sociaux, etc.
Comment avez découvert toute cette expression spontanée sur Internet ?
J’ai
découvert les premières expressions de blogs en travaillant auprès de
publics de trend-setters, aux Etats-Unis. Il s’agissait de blogs
anti-marques, qui touchaient notamment cette marque emblématique et
tellement adulée des jeunes Américains, Nike. Une campagne de délation
sur l’emploi d’enfants mineurs en Asie, dénoncée par les internautes
américains, qui a fait grand bruit sur la toile au point de
déstabiliser la marque. Comme une traînée de poudre la nouvelle s’est
répandue, entraînant une réaction violente des médias américains et un
boycott par une partie de la population
Ce
fut pour moi la prise de conscience de la puissance de ce média de
consommateurs, qui échappe au contrôle des marques et des autorités, et
dont les effets peuvent être dévastateurs…
"Pour une part essentielle, le web 2.0 est une affaire d’intelligence collective", écrivait dès 2005 Tim O’Reilly, dans son article fondateur :"What Is Web 2.0".
Quelle définition donneriez-vous de cette intelligence collective ?
L’intelligence
collective du Web 2.0 repose sur le principe de la co-création. Il
prend son fondement dans un contexte de déclin des autorités de
référence. Il n’y a plus d’expression verticale de l’autorité et du
savoir. La relation d’égal à égal entre le citoyen et l’état, entre le
consommateur et la marque sont à l’origine de cette expression
d’intelligence collective, une intelligence fondée sur l’instantanéité,
l’échange, le contrôle collectif. Le Web 2.0 est une intelligence
maitrisée et partagée, un espace de dialogue évolutif et interactif
En
termes de marketing, comment envisagez-vous la complémentarité entre
les nouveaux outils d’écoute des consommateurs et les méthodologies
"traditionnelles" ?
Je
les envisage dans la complémentarité. Le consommateur/citoyen que l’on
sonde quotidiennement est un consommateur/citoyen 360°. Il faut
s’adapter à lui, à ses pratiques, traquer ses sources d’influence, lire
et décoder ses différents modes d’expression. On ne peut plus se
contenter d’une simple interrogation directe et traditionnelle de
l’individu, de ce qu’il dit. Il faut compléter l’investigation à la
fois par l’observation de son comportement (ce qu’il fait), et aussi
entrer dans sa sphère de communication avec ses pairs, pour comprendre
et interpréter ses dires et ses actes.
Cela complique la tache des sociétés d’étude, mais c’est tellement passionnant et enrichissant …

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