Crédits : I'll reach the Rainbow
Et si la crise que traverse notre civilisation n’était-elle pas la crise de la masculinité ?
Regardons tout d’abord les choses d’un point de vue bio-génétique.
Le
patrimoine génétique de chaque être humain est réparti sur 46
chromosomes. Tous ces chromosomes sont comparables d’un individu à
l’autre, à l’exception du 46ème, qui prend une forme différente selon
que le sujet est une femme ou un homme. Dans le premier cas il s’agit
d’un chromosome en forme de « X ». Dans le second cas un chromosome en
forme de « Y ». Et ce chromosome (X pour la femme, et Y pour l’homme)
code à lui seul l’ensemble des caractéristiques sexuelles de
l’individu.
Ce qu’il y a de surprenant, c’est que le chromosome
masculin (Y) est trois fois plus petit en taille que le chromosome
féminin (X) et contient environ 10 fois moins de gènes. Plus étonnant
encore, le chromosome Y tend à devenir de plus en plus petit avec le
temps et à se vider de ses gênes, si bien que certains prédisent sa
disparition pure et simple d’ici une dizaine de millions d’années.
Parallèlement
à cela, de nombreuses études font état d’une baisse spectaculaire de la
fertilité masculine ces dernières années. La concentration de
spermatozoïdes diminuerait de 3% par an en Europe. Sur ces 50 dernières
années, leur concentration aurait baissé de 50% !
Tout se passe donc comme si la Nature voulait désormais se passer du
sexe masculin. Et la survie de l’espèce me direz-vous ? Cette question
est d’autant plus légitime que l’une des hypothèses avancée pour
expliquer la disparition de l’Homme de Neandertal il y a 30000 ans est
celle d’une défaillance de la fertilité masculine. Dans notre cas, la
survie de l’espèce n’est à priori pas menacée car l’Homme a su créer,
notamment grâce à sa science, des techniques de reproduction non
sexuées qui fondamentalement n’impliquent pas la présence impérieuse
d’un individu de sexe masculin pour assurer le renouvellement de
l’espèce.
Mais pourquoi donc la Nature aurait-elle intérêt à se passer du sexe masculin ?
Regardons les choses d’un point de vue historique et social.
Il
y a 100 000 ans déjà, l’homme risquait sa vie pour aller chasser
pendant que la femme veillait sur le camp. Aux hommes la conquête des
nouveaux territoires, aux femmes l’organisation des relations sociales
au sein de ces territoires. Quand les hommes incarnaient l’autorité à
l’extérieur du foyer, les femmes exerçaient cette autorité à
l’intérieur. Quand les hommes enseignaient à leur descendance l’art de
la guerre, les femmes veillaient à la transmission du savoir.
Au
fond, tout se résume de la façon suivante : le risque est une valeur
masculine, la prudence est une valeur féminine ; la conquête est
l’apanage de l’homme, l’organisation est l’apanage de la femme.
Pour se bâtir, notre modèle de civilisation a donc de fait nécessité
une approche de type masculine basée sur la prise de risque, la
conquête et la guerre.
Mais aujourd’hui, alors que toute la
planète est explorée, que les autres espèces animales sont dominées,
que les frontières sont stabilisées, et que les ressources (tant
énergétiques qu’agricoles) sont à la limite de l’épuisement, le modèle
masculin a-t-il encore un sens ? Plus encore, n’est-il pas
intrinsèquement dangereux pour la survie de l’espèce ? C’est peut être
la raison pour laquelle la Nature tend désormais à privilégier dans sa
sélection naturelle un modèle davantage féminin, basé sur la prudence,
l’organisation, la gestion des ressources, et la transmission du
savoir. Et si la fin du modèle capitaliste que prédisent certains
n’était-il pas plutôt la fin du modèle capitaliste masculin ?
Un capitalisme féminin serait en effet assurément un capitalisme
plus apaisé ; un capitalisme conscient de la limitation des ressources
et de l’importance de l’éducation ; un capitalisme probablement moins
ludique et plus prudent. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les
traders de salles de marché sont dans leur quasi-totalité de sexe
masculin. La crise financière que nous connaissons aurait-elle eu lieu
si ces mêmes traders étaient des femmes ? Probablement pas.
« La femme est l’avenir de l’homme », écrivit Louis Aragon. Plus que jamais cette maxime n’a autant fait figure de prophétie.
Auteur : Rafik Smati
Source : smati.com
Publié par : Nicolas Marronnier
Publié sur : le vide poches

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