Microcrédit : des Haut-Normands rebondissent en s'installant à leur compte
«Les
recalés du salariat, de la création d'activité, les oubliés de la crise
ne croyaient pas que quelque chose était fait pour eux. Cette chose,
c'est le microcrédit qui leur permet de devenir leur propre patron, en
créant leur propre activité ».
Claude Brévan, administratrice de l'Adie (association pour le droit à
l'initiative économique), plante ainsi le décor d'une semaine
d'information – jusqu'à demain vendredi 5 juin – consacrée au
microcrédit. Quelque 190 microcrédits ont ainsi été accordés l'an
dernier en Haute-Normandie, et 70 depuis le début 2009. Dans sa petite
boutique de vêtements de la rue Sainte-Croix des Pelletiers à Rouen,
Clément Mendy ne jure que par cette formule. Elle lui a permis de se
lancer. « Je n'ai pas encore d'enseigne. Problème à régler avec les
Monuments historiques, mais ça va aller. L'entreprise est bien partie
».
Le jeune homme de trente ans a la passion des fringues, qui le conduit
naturellement à travailler en magasin. D'un patron à l'autre, et après
un licenciement économique, il se dit qu'il pourrait lancer sa propre
affaire. « Une boutique de vêtements évidemment, plutôt sportswear,
branchée Amérique. Je connaissais le milieu du prêt-à-porter, mais pas
la création d'entreprise. Alors c'est mon conseiller Pôle Emploi qui
m'a orienté vers l'Adie, qui à son tour m'a conseillé, aidé à établir
un prévisionnel ». Avec 6 000 € de microcrédit et un prêt d'honneur de
l'Agglo de Rouen, soit 10 000 € en tout, Clément Mendy lance ainsi sa
petite entreprise en nom propre, en l'occurrence une entreprise
unipersonnelle à responsabilité limitée (Eurl). « Mais c'est vraiment
le conseil, au-delà du microcrédit, qui m'a conforté, insiste le jeune
homme. Je comptais vendre pour 220 € de fringues par jour, j'arrive à 5
000 € par mois. Mais je ne prends pas encore de salaire ; j'attends. Je
m'en sors avec la distribution des quotidiens normands le matin, au
porte-à-porte. » Dans sa vieille maison en brique du quartier
Saint-Gervais à Rouen, Philippe Gosselin, 55 ans, a bénéficié du même
dispositif. « Sauf que dans mon cas, la crise aidant, l'activité a du
mal à décoller. Mais j'y crois, j'investis, je communique ». Après un
parcours de peintre en bâtiment et dans la publicité, il est confronté
au chômage. « J'ai toujours eu envie de monter ma propre affaire. Alors
avec le microcrédit et le prêt d'honneur, j'ai acheté du matériel :
échafaudage, échelle, outillage divers. Mon créneau : c'est la
rénovation des maisons en les dotant d'équipements liés aux énergies
renouvelables, qu'il s'agisse de panneaux solaires, de récupération
d'eau ou de chauffage au bois… »
En guise de clin d'œil écolo, Philippe Gosselin a baptisé son
entreprise artisanale « Un jardin dans la ville ». Sur le toit de son
garage en effet, pommes de terre, tomates, herbes aromatiques poussent
allègrement. « Je fais du sur-mesure pour les gens, je les conseille.
Mais je ne sais pas poser des panneaux solaires ; je sous-traite à un
autre professionnel ». L'artisan espère que la consommation des ménages
va reprendre. Parce que le microcrédit, il faut bien le rembourser : «
5 000 € à un peu plus de 9 % d'intérêt, sur deux ans… Le taux est assez
élevé. Mais de toute façon, je n'aurais jamais eu de prêt d'une banque
classique. Au moins, avec ce microcrédit, j'ai pu lancer mon entreprise
».
Auteur : Marc BRAUN
Source : paris-normandie.fr
Publié par : Nicolas Marronnier
Publié sur : le vide poches


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