Lorsque Chris Anderson devient rédacteur en chef en 2001, Wired
est encore un obscur support destiné aux spécialistes des technologies
numériques. Hésitant entre le tout technologique illisible pour le
profane et l’option geek appuyée, le magazine va prendre, sous la
houlette du Londonien, un virage radical. Armé de visions globales, ce
chercheur en sciences physiques, ancien correspondant de The Economist à
New York, y brouille les pistes entre informatique, économie, commerce
et culture. Connectant l’univers de la technologie avec celui de la
Bourse, Wired invente une lecture transversale d’un monde bouleversé par le paradigme technologique.
Dans ce laboratoire d’idées où se croisent pontes du business online
et informaticiens aux neurones démultipliés, Anderson mûrit ses
intuitions. En octobre 2004, il percute l’économie classique dans un
article retentissant baptisé “The Long Tail”, théorisant
l’impact de la dématérialisation des biens culturels sur leur potentiel
commercial : si un petit nombre de “hits” est consommé en masse, une
infinité de références plus spécialisées ne se vend que de manière
sporadique. Or, stocker physiquement toutes ces références est
impensable pour un magasin classique, qui leur préfère celles, moins
nombreuses, qui se vendent le mieux. La dématérialisation de la
musique, réduisant à “presque zéro” le coût du stockage, rend en revanche possible cette proposition commerciale. La “long tail”
est alors constituée par les ventes, faibles, de chacune de ces
nombreuses niches, dont l’addition dépasserait celle du petit nombre de
hits largement consommés. Véritable espoir de voir le commerce refléter
la diversité culturelle, cette théorie séduisante ne se mesure pas
toujours dans les faits : en 2008, les économistes français Pierre-Jean
Benghozi et Françoise Benhamou remarquent l’effet sur les ventes de CD
et DVD, mais notent : “L’accroissement du poids de la longue traîne reste ténu et semble peu à même de constituer la base d’un véritable marché.”
Il en faut plus pour freiner l’enthousiasme d’Anderson, qui
trimballe sa bouille de poupon rose de conférences en colloques,
diffusant ses déviances numériques chez les économistes. En ce début
d’été, il publie sa théorie la plus radicale : Free – The Future of a Radical Price (Free ! Entrez dans le monde du gratuit ! sortie
le 28 août aux Editions Pearson). Il y dresse notamment une typologie
des modèles de la gratuité pouvant générer des profits, au-delà de la
seule publicité : le freemium (une version gratuite financée
par une version plus évoluée, payante), la subvention croisée (qui
subordonne le produit gratuit à un achat), le “coût marginal zéro”
(une musique stockée en ligne à moindre coût est offerte dans le but de
promouvoir un concert), mais aussi le don ou encore l’échange de valeur
(l’accès à tel service est gratuit si l’utilisateur participe à son
amélioration). Plus excitant encore, il place les notions de
réputation, de crédibilité et d’authenticité parmi les nouvelles
valeurs monnayables. “L’argent n’est plus la seule rareté dans ce système”, affirme-t-il.
Utopie numérique ou manifeste visionnaire, ce n’est paradoxalement
pas cette question qui agite internet. Le 23 juin, le site américain
VQR mettait en évidence, extraits de Free à l’appui, un
pompage non crédité de nombreuses notules de l’encyclopédie en ligne
Wikipedia. Interrogé, Anderson reconnaissait sa faute, invoquant la
complexité du traçage des auteurs de l’encyclopédie participative. On
peut cependant s’étonner que cet apôtre online méconnaisse à ce point
la charte de reproduction de Wikipedia. Depuis cette annonce, de
nombreux sites fleurissent d’ailleurs de nouvelles découvertes,
débusquant des sources plus larges encore de ce freestyle open-source.
Et même si ces lignes volées n’annulent pas la portée de sa thèse,
Chris Anderson entérine d’une curieuse manière l’ère de la gratuité
qu’il prédit. Est-ce pour cette raison que le bien nommé Free est vendu au prix de 26,99 dollars ?
SOURCE : les inrocks
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