Adolescence, post-adolescence, jeunesse : retour sur quelques interprétations. par Olivier GALLAND

Adolescence, post-adolescence, jeunesse, ces termes sont souvent employés de façon proche pour
désigner la période de la vie qui s’intercale entre l’enfance et l’âge adulte. Pourtant, ces choix engagent, parfois de manière implicite, à des interprétations sociologiques distinctes que cet article tente d’éclairer. Pour entamer cette réflexion, on part d’un article de Parsons qui, en 1942, proposait une des premières analyses sociologiques de la « youth culture » en définissant l’adolescence comme une culture de l’irresponsabilité. Plus tard, l’apparition du thème de la « post-adolescence » prolongera cette idée. D’autres travaux proposeront au contraire de distinguer radicalement adolescence et jeunesse, définie comme « un nouvel âge de la vie ». La relecture critique de cette dernière thèse conduit néanmoins à la réviser sur deux points importants : d’une part, la « jeunesse », si elle est bien distincte de l’adolescence telle que la définissait Parsons, ne constitue pas, autant qu’on le pensait, une phase de la vie clairement séparée de celles qui l’encadrent ; sa caractéristique principale est plutôt d’établir une continuité entre eux. D’autre part, les travaux de comparaison internationale menés depuis montrent que les dispositions culturelles comme les dispositifs institutionnels concourant à organiser cette phase de la vie restent extraordinairement divers d’un pays à l’autre.
Les deux extrémités du cycle de vie – l’entrée dans la vie adulte d’une part, la sortie de
la vie professionnelle et la vieillesse d’autre part – sont probablement les séquences qui ont
connu, ces dernières années, le plus de transformations dans l’agencement des étapes et des
seuils qui les caractérisent, et donc peut-être dans leur définition même. En ce qui concerne la
jeunesse, ces transformations ont alimenté nombre de réflexions sociologiques dont certaines
sont déjà anciennes. Il est par exemple intéressant de se rappeler l’un des premiers articles de
Talcott Parsons consacré au sujet dans un numéro de l’American sociological review de 1942
comprenant plusieurs autres contributions qui inauguraient une tradition de recherche sur les
questions de l’âge et du cycle de vie.

Pour plusieurs raisons, la sociologie française n’abordera que beaucoup plus tard la
question des âges de la vie dans une perspective sociologique. Dans le domaine de la
jeunesse, après les travaux pionniers de Morin, puis les mises en garde de Bourdieu (1980), la
perspective « cycle de vie » ne prendra corps qu’au milieu des années quatre-vingt (Béjin,
1983 ; Galland, 1984).  Cet article voudrait faire le point sur cette évolution en mettant en parallèle les
transformations effectives des modes vie et leur appréhension intellectuelle dans les
catégories de la sociologie. Il ne s’agit pas de montrer ici, sur ce sujet particulier, la
progression régulière et maîtrisée de la connaissance, mais plutôt, à côté de ses éventuels
progrès, ses hésitations et peut-être même ses impasses.

Pour commencer cet exercice, nous partirons donc de l’article de Parsons comme
d’une référence lointaine – dans l’espace, le temps et les références culturelles3 – mais utile
parce qu’il propose un premier modèle interprétatif, sans doute même le premier modèle de
l’apparition d’une nouvelle classe d’âge, la jeunesse. Nous voudrions revenir ensuite sur
l’interprétation que nous proposions de la situation française, dans cette même revue, il y a
une dizaine d’années (Galland, 1990). Ce retour en arrière sera fait avec un double point de
vue comparatif et critique : de quelle manière l’article de 1990 se démarquait-il de
l’interprétation initiale de Parsons ? En quoi par ailleurs, l’interprétation qu’il développait a-t-
elle été validée ou au contraire mise à mal par les nombreux travaux publiés depuis ?

 

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