Du marketing catégoriel à la théorie du « care » est en vogue au sein du Laboratoire des idées, le think tank interne du PS : la théorie de la « société du bien-être et du respect ».

Coup de barre à gauche sur les retraites pour Martine Aubry. Fini le temps (très récent) où elle envisageait, sans ciller, un allongement de la durée de cotisation jusqu’à « 61 ou 62 ans ». Désormais, pour la patronne de Solfé, les choses sont claires. Elle a gravé la position du PS dans le marbre d’une tribune au Monde daté de jeudi dernier : « Nous défendrons le maintien de l’âge légal du départ à la retraite à 60 ans ». Et pour la Première secrétaire d’avancer toute une série de « pistes » pour parvenir à un tel résultat : « Elargissement
de l'assiette des cotisations à la valeur ajoutée, cotisations sur les
stock-options et d'autres rémunérations non assujetties, abolition des
privilèges fiscaux qui minent la cohésion nationale, surtaxe de 10 % de
l'impôt sur les sociétés acquitté par les banques, affectée au fonds de
réserve des retraites, etc. »

Mais ce coup de barre à
gauche sur les retraites s’accompagne paradoxalement d’une
« blairisation » de Martine Aubry. Comme l’ancien Premier ministre
britannique, elle semble avoir pris conscience qu’aller chasser sur les
terres de ses ennemis (selon la fameuse tactique politique dite de triangulation)  peut conduire à la victoire électorale. Car dans cette même tribune au quotidien du soir, Aubry tend la main aux seniors : « Le vieillissement n’est pas un fardeau, mais une chance pour notre société. (…) Sur d’autres continents, vieillir est positif, symbole de sagesse et d’expérience, Mais dans la société du live et du in, les cheveux blancs, les rides, les années sont souvent ignorées, voire stigmatisées. »
C’est aussi gentiment naïf qu’une comptine d’Henri Dès, le chanteur
pour marmots. Mais c’est surtout très tactique, voire opportuniste
diront certains. Car comme le relève justement Eric Hacquemand du Parisien,  « en
2007, lors du second tour de la présidentielle, 61% des électeurs entre
60 ans et 69 ans ont voté Nicolas Sarkozy, contre 39% pour Ségolène
Royal. Depuis, une évolution a eu lieu : seuls 38% des plus de 60 ans
ont voté UMP lors des dernières régionales »
.

François
Kalfon, le « docteur ès sondages » de l’université de la rue de
Solférino ne cache d’ailleurs pas que des études qualitatives révélant
ce réservoir de voix ont été réalisées lors des régionales. Comme il
explique avec tout autant de franchise qu’il ne doit pas avoir de « tabous à ce qu’une formation politique lie enjeux sociaux et enjeux électoraux ».
Malgré tout, le secrétaire national délégué général aux études
d'opinion tente de relativiser l’influence des sondages sur cette
récente prise de position de Martine Aubry : « Les seniors ne sont
pas une préoccupation nouvelle pour le PS. C’est même une constante
dans les collectivités territoriales. Il existe aussi un secrétariat
national sur ces enjeux-là. Le but pour Martine Aubry, avec cette
tribune dans
Le Monde, est surtout de desserrer la contrainte
de la logique comptable qu’on cherche à nous imposer en ce début de
débat sur les retraites »
.

Du marketing catégoriel à la théorie du « care »

Certes. Mais cette main tendue aux « seniors »
qui fleure bon le marketing catégoriel à la Sarkozy (une des clefs de
son succès en 2007) s’inscrit dans une logique plus large. « Les seniors, explique François Kalfon, ont un certain rapport à l’ordre, à la bonne gestion, au respect et constatent un abaissement de la France ». Ça tombe bien, voilà qui colle parfaitement à la pensée apparemment en vogue au sein du Laboratoire des idées, le think tank interne du PS : la théorie de la « société du bien-être et du respect ».

Le
chef de l’Etat a obtenu un bail de cinq ans à l’Elysée grâce à
l’électorat âgé et en misant sur la rupture et la sécurité. Martine
Aubry, elle, a apparemment décidé désormais de s’adresser aux anciens
et de lui opposer la théorie de la « société du bien-être », la théorie du « care »
notamment élaborée par Adam Smith, reprise par les travaillistes
britanniques et portée aujourd'hui par l’intellectuelle féministe
américaine Joan Tronto.

Kézako le « care » ? Dans un entretien accordé à Mediapart début avril, la Première secrétaire du PS y allait de son explication : « Désormais,
face au matérialisme et à l’individualisme, j’appelle à une société du
bien-être et du respect, qui prend soin de chacun et prépare l’avenir.
(…) La
société du bien-être passe aussi par une évolution des rapports des
individus entre eux. Il faut passer d'une société individualiste à une
société du
"care", selon le mot anglais que l'on pourrait
traduire par "soin mutuel" : la société prend soin de vous, mais vous
devez aussi prendre soin des autres et de la société. »
Traduction de François Kalfon : « L’idée,
c’est de trouver le bon équilibre entre protection collective et
responsabilité individuelle. Ce qu’avait réussi à faire Ségolène Royal,
avec les défauts qu’on lui connaît… »
La « société du bien-être », c’est en somme la fraternité de la dame du Poitou mise à la sauce de celle de Lille. La « société du bien-être »,
c’est une gauche assaisonnée à la compassion et à la « moraline » façon
Jacques Delors (les chiens ne font pas des chats…) avec quasiment un
petit côté new age en plus.

De la gauche « boy-scout » à la droite « compassionnelle »

Pour Emmanuel Lemieux, directeur de rédaction de L’Annuel des idées, avec le « care », il faut tout simplement s'attendre à l’émergence d’une « gauche boy-scout » ! À tel point que notre homme s’interroge : « La Présidentielle de 2012 va t-elle dégouliner de bons sentiments ? » Car quand Martine Aubry fait dans le « care », Génération France, le club de Jean-François Copé s’intéresserait « de près à la théorie du "conservatisme compassionnel" du leader tory David Cameron ». « Les conservateurs anglais, explique Lemieux, préconisent
un renforcement de la société civile, mobilisant ses réseaux familiaux
et associatifs afin de lutter elle-même, et plus efficacement qu’un
Etat jugé omniprésent, contre la solitude, l’échec scolaire ou encore
la consommation de drogue ou d’alcool. »

Le
retour à la morale, à la compassion, aux bons sentiments, à gauche
comme à droite, voilà qui devrait faire rêver les générations futures !
Il en est un, en tout cas, que le « care » fait visiblement chavirer. Il s’agit d’un journaliste du Monde dont Jean-Michel Aphatie se moque allègrement et très justement sur son blog (ici et là).  Le malheureux du Monde explique en effet qu’en « [introduisant] dans son projet le concept anglo-saxon du “care” », « Martine Aubry cherche à redynamiser la pensée sociale progressiste ».  Et pourquoi pas à lancer une Ve Internationale, aussi, tant qu’on y est !


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