“J’attends de voir comment M. Aubry va expliquer la société du “care” à l’ouvrier en plasturgie du Puy-en-Velay“.
Une petite pique aigrelette de L. Wauquiez. Lui, toujours dans le
pragmatisme et l’action. Le secrétaire d’État à l’emploi n’aura jamais
aussi bien saisi l’esprit du temps qu’en une seule phrase. Le jeune
loup de la feue sarkozie volontariste, aujourd’hui stérile et sans
levier, s’en remet aux petites formules pour qualifier les
atermoiements des ses rivaux de gauche. Il prononce le mot “ouvrier”
oublié par le Parti de J. Jaurès, qui s’en remet à des vocables
duveteux. Refus du conflit face à la politique de balivernes, c’est une
communication de désolation que traverse la politique française.
Le “care”
Cela
fait plusieurs semaines que l’on voit fleurir des termes relatifs à
l’éthique du “care” dans le discours de M. Aubry. Après les élections
régionales elle déclarait : “(les Français ont voté)…pour retrouver une société plus douce, juste, du vivre ensemble”.
La machine à phosphorer du Parti socialiste a donc trouvé son créneau
sémantico-idéologique. Un concept importé directement des États-Unis,
où depuis 30 ans il suscite de constants débats. C. Gilligan en 1982
publie “In a different voice” dont la thématique tourne autour du
féminisme. Elle conçoit une orientation morale distincte comme
essentiellement “genrée”. L’identité masculine se construirait autour
de l’individualisme et la distinction, l’identité féminine tendrait
vers la préservation, la sollicitude. Cette valorisation des traits
féminins soulève de nombreuses critiques, notamment parce qu’elle
engendre le “dilemme de la différence”. Mettre en valeur la
complémentarité des traits féminins de façon positive pour lutter
contre les inégalités peut tout autant marginaliser les femmes (pour
les mêmes spécificités). Face à ce “féminisme culturel”, J. Tronto en
1993, élargira l’idée du “care”, pour l’universaliser. Elle “le”
définira comme suit : “Une activité caractéristique de l’espèce
humaine, qui recouvre tout ce que nous faisons dans le but de
maintenir, de perpétuer et de réparer notre “monde”, afin que nous
puissions y vivre aussi bien que possible. Ce monde comprend nos corps,
nos personnes et notre environnement, tout ce que nous essayons de lier
ensemble dans le réseau complexe qui soutient la vie.” Le
directeur de la fondation J. Jaurès, G. Finchelstein parle de “soin
mutuel”. Le Parti socialiste s’en empare pour promouvoir son projet
politique dans la perspective des élections de 2012.
Appropriation de circonstance
Après la débâcle de 2007, B. Hamon
réclamait une gauche décomplexée face à une droite ivre de sa victoire,
qui ne s’excusait plus de rien, quelles que soient ses impérities. De
gauche décomplexée, il n’y eut que des déclarations d’intention durant
quelques mois. Puis retour aux fondamentaux d’une communication axée
sur des valeurs sociétales. Comme si la formation majoritaire de gauche
n’avait pas perçu les mutations profondes qu’avait subies la société
française. Constatation d’autant plus inquiétante qu’elle en fut
actrice majeure pendant 25 ans. Coproductrice de la société de
l’individualisme et du libéralisme économique (un peu) tempéré.
Car c’est bien de communication dont il est question. Comment présenter
un visage avenant en rupture avec les pouacres du sarkozysme ? Dans ce
cadre il s’agit plutôt de puiser dans un lexique cohérent, mais de
circonstances pour opposer une alternative à la brutalité (supposée ?)
de la politique menée par le gouvernement de droite. “Soin”, “souci”,
“sollicitude”, “dévouement”, “vulnérabilité” sont opposés à la raideur
sécuritaire, l’aveuglement économique d’un exécutif plus idéologique
qu’on ne le suspecte. À l’instar de l’UMP de 2003 à 2007, le PS se
cherche une homogénéité “gramscienne” pour conquérir le pouvoir. À
l’inverse de l’UMP, le PS se place en total contretemps avec le réel.
Si la mode est au retour de l’État pour soutenir les acteurs
économiques (banques, assurances) qui ont failli, les réformes engagées
continuent de visser les budgets à finalité solidaire. Directement
victimes de la crise, les travailleurs grecs, par exemple, voient l’âge
légal de la retraite passer de 58 à 67 ans. En France, secteur après
secteur, le service public (Poste, Assistance publique) et les
instruments de redistributions (impôts) sont peu à peu démantelés. Au
profit d’une partie spécifique de la population.
Une communication gagnante ?
La sollicitude dans la politique est
une mauvaise réponse. L. Wauquiez et ses amis de l’UMP ont conquis le
pouvoir sur des valeurs fortes, en phase avec la violence sociale
ambiante. Le PS empêtré dans le refoulement de son subconscient
marxiste se débine. Encore. Le combat politique passe d’abord par la
parole, puis viennent (peut-être) les actes. L’expérience montre que
l’hiatus entre les deux conduit à la défaite. Face aux ravages que
produit la crise économique, et à l’inflexibilité des orthodoxes
libéraux, qui ne lâcheront pas un pouce de terrain, on oppose une
vision molle des rapports sociaux. On s’en remet à des concepts (de
circonstances, certes mais) éthérés à mille lieues des défis à relever.
Un glossaire de bons sentiments substitué au combat sert d’assise
argumentaire pour s’opposer à la machine réaliste des communicants UMP.
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SOURCE piratages
PAR: alexis mouthon
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