Un « care » qui n’a rien de communautariste, par Fabienne Brugère et Guillaume Le Blanc. Et qui rejoins la notion d’accomplissement de soi

Une notion comme le care
(soin, sollicitude, souci des autres), travaillée dans l'atmosphère des
colloques universitaires peut-elle être introduite à ciel ouvert ? Il
semble que non, à suivre celles et ceux qui, à peine le terme rendu
public, s'emploient à en dénaturer la portée. C'est assurément un trait
d'époque de déplorer la venue d'idées neuves, en réitérant la rengaine
"sous le soleil rien de nouveau", et, dans le même temps, de fermer
portes et fenêtres dès qu'un peu d'air frais semble pouvoir
s'engouffrer par les cheminées de nos vieilles maisons.

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{
if ( "undefined" != typeof MIA && "undefined" != typeof MIA.Ensemble && ("undefined" == typeof MIA.Ensemble.initEventLoaded || !MIA.Ensemble.initEventLoaded) )
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var ensemble_id_defaut = 647065;
var hash_url = window.location.hash;
var re = /^#(.*)ens_id=(\d+)[^\d]*.*$/;
var ensemble_id_url = hash_url.replace(re, "$2");
if ( ensemble_id_url && ensemble_id_url != hash_url )
MIA.Ensemble.ensembleId = ensemble_id_url
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if ( ensemble_id_defaut )
MIA.Ensemble.ensembleId = ensemble_id_defaut
if ( "" != "A LIRE AUSSI" )
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MIA.Ensemble.titreBoite = "A LIRE AUSSI";
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}
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if(window.addEventListener )
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window.attachEvent('onload', init_boite_meme_sujet);

Depuis que Martine Aubry
a osé ce crime de lèse-majesté – s'emparer d'un concept
d'outre-Atlantique et le faire (ô sacrilège !) travailler sur le sol
hexagonal, parlant d'une société du "soin mutuel" -, les critiques ont fusé de la part de ses adversaires politiques :


Le care exprime une morale féminine et une pensée différencialiste
incapable de prendre en compte la morale universelle de la République
française.

– Il entérine une image de la femme dégradée, enfermée dans la souffrance ou dans son antidote, la bienveillance.


Il véhicule une société du soin dans laquelle les individus sont
assimilés à des malades, au lieu de promouvoir l'esprit de liberté et
de renouer avec la gouvernementalité libérale.

– Il valorise les relations horizontales de soin et d'entraide, et efface le prestige d'une autorité politique verticale.

Ces
critiques de circonstance sont parfaitement injustes. Les éthiques du
care n'ont cessé d'épingler la confusion entre morale féminine et
pensée féministe, pour mettre en avant des pratiques soucieuses de
l'égalité réelle et "conduisant vers une démocratie libérée du
patriarcat et des maux qui lui sont associés, le racisme, le sexisme,
l'homophobie et d'autres formes d'intolérance et d'absence de care",
d'après la féministe Carol Gilligan.

Elles
ne sont pas plus différencialistes, puisque ce qui est préconisé, c'est
l'égalité de voix et le débat ouvert. Plutôt qu'un universel abstrait
déconnecté de la réalité, ces théories revendiquent un universel
concret et historique, intégrateur de toutes celles et ceux qui sont
exclus malgré leurs capacités et compétences du jeu social, et dont la
voix n'est pas entendue. Pas davantage la femme n'est assignée aux
tâches de soin : c'est là confondre une réalité historique avec l'idéal
démocratique du soin. Le soin et le "prendre soin" ne sont pas des
"affaires" de femmes mais appartiennent au genre humain.

Loin
d'annuler la capacité d'agir, ils la restaurent au contraire en servant
d'étayage aux vies précarisées. Cessons de penser les relations de soin
comme des relations d'assistanat, pour les comprendre au contraire
comme des formes institutionnelles d'accompagnement aux personnes
vulnérabilisées, en reconnaissant que l'intégration par les droits est
insuffisante, si elle n'est pas complétée par des moyens de relancer
concrètement l'autonomie des individus. La politique s'élargira ainsi
aux comportements concrets, aux interactions sociales, par-delà la
seule référence à des Etats-nations.

Dès lors, en appeler à
l'autorité politique contre le soin a quelque chose de surprenant,
comme s'il s'agissait là des mêmes aires sociales. Le soin est un
principe de redistribution dont la finalité est le passage des
dépendances subies aux interdépendances assumées alors, que l'autorité
renvoie à un besoin d'ordre.

L'autorité pour elle-même, c'est la
gauche filtrée par le tamis de la droite, alors que le soin mutuel,
c'est la relance des rapports entre liberté, égalité et fraternité.
L'exercice du soin ne se décrète pas par autorité, mais repose sur des
pratiques ordinaires de sollicitude et sur des institutions qui
préservent la décence ordinaire contre des institutions méprisantes qui
pratiquent les gardes à vue abusives, les reconduites à la frontière
d'étrangers qui travaillent, souvent depuis longtemps, sur notre sol.

Pourquoi
alors un tel dédain à l'égard du prendre soin ? C'est que le seul
scénario retenu par toutes ces critiques reste celui de l'homme
entrepreneur de lui-même, bien loin de toute notion de solidarité et de
réciprocité. Les éthiques du care ne reprennent pas cette option
anthropologique, et récusent toute référence à une autonomie
décontextualisée.

Leur urgence relève d'une compréhension fine de
la réalité humaine et du monde comme interdépendance et vulnérabilité.
A l'heure de la globalisation, de l'ère numérique et d'une crise que
beaucoup pensent structurelle, en appeler au care aujourd'hui n'est pas
le fruit du hasard, mais participe d'un diagnostic du présent. L'effet
domino de la crise financière
actuelle en Europe, les délocalisations qui engendrent chômage et
précarité, les crises environnementales, les migrations internationales
attestent d'une réalité où les vies sont de plus en plus liées les unes
aux autres.

Il en résulte de nouvelles épreuves sociales de
désaffiliation, la contestation de modes de vie considérés comme allant
de soi, l'extension de la population subalterne. Il en résulte aussi
l'incapacité à imaginer un futur durable au profit de logiques
financières à court terme.

Il reste que le care, s'il ne doit pas
être la nouvelle formule magique de la gauche, peut être l'occasion de
sa remise au travail selon les trois niveaux de la protection, du
développement des capacités individuelles et de l'environnement.

Il
existe un prendre soin approprié à la société, à l'individu et à la
nature. Il ne s'agit pas ici de construire une théorie générale du
soin, mais de comprendre, dans l'épaisseur des relations humaines la
part non négligeable des relations de soin. La théorie du care n'est
pas derrière nous, mais devant nous. Elle doit en effet s'ouvrir à ce
qui est en deçà et au-delà du souci des autres, l'enveloppant et le
débordant, tant du côté des différentes formes de pouvoir que du côté
des pratiques alternatives de citoyenneté.


Fabienne Brugère et Guillaume Le Blanc, philosophes, professeurs à l'université de Bordeaux.

courts circuits : l' Accomplissement De Soi (le ciblage par les valeurs)http://static.slidesharecdn.com/swf/ssplayer2.swf?doc=accomplissementdesoi-1211547987758045-9&stripped_title=accomplissement-de-soi

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