De l'autre côté de l'Atlantique, le message a été reçu 5 sur 5 par certains poids lourd du Net. Lassé de courir après la comète Google, les Yahoo! et autres AOL sont actuellement en plein trip Citizen Kane. Leur objectif ? Combler le vide que le géant de la recherche Internet à contribuer à créer. Voyez ce papier de TechCrunch, le site d'info biztech du toujours bien informé Michael Arrington. Le truc dit en substance que Yahoo! veut croquer tout rond le gentil Huffington Post dont je vous parlais dans mon précédent billet. Pour moi le HuffPo était censé montrer la voie à la vieille presse : marier le meilleur des blogs à de l'info sérieuse (avec un zeste de people et de sexe) pour proposer le tout gratuitement aux internautes avides de scoops et d'humeur…on avait enfin trouvé la recette miracle pour exploser les chiffres d'audience et obliger ces radins d'annonceurs à sortir enfin leur chéquier ! De fait ce site fondé il y a tout juste cinq ans cartonne aujourd'hui au point de talonner la version online du prestigieux "New-York Times" avec 13 millions de visiteurs uniques aux US et 22 millions au niveau mondial. Sa trajectoire semblait toute tracée : l'enthousiaste Henry Blodget de Business Insider voyant même le Huffington Post rivaliser un jour en toute indépendance avec CNN !
Et Patatra voilà que TechCrunch assure que Yahoo ! et Ariana Huffington la taulière du HuffPo en sont à parler gros sous : le site d'info le plus "trendy" du moment serait valorisé entre 125…et 360 millions de dollars sur la base de son chiffre d'affaires qui double tous les ans (30 millions cette année, 60 millions prévus pour l'an prochain).
Agrégateur plus que producteur
Yahoo! a une longue expérience en matière d'agrégation de contenus: le portail a toujours proposé à ses visiteurs de l'info (actualités générales, sports, entertainment…) grâce à des partenariats avec des agences de presse et des journaux. Et il n'en est pas à son coup d'essai en matière d'incursion journalistique : en 2003, Yahoo ! avait même envoyé quelques reporters "embedded" couvrir l'invasion de l'Irak, la chute de Saddam et la traque aux armes de destruction massive qui n'existaient pas. Mais à l'époque la chute des icônes high-tech à Wall Street avait mis fin à l'expérience. Aujourd'hui, le groupe californien songe à constituer autour de lui un petit empire de médias susceptible de lui fournir de l'info prête à consommer. Mais il semble miser plus sur le journalisme participatif que sur les professionnels de la profession : Yahoo! a racheté pour 100 millions de dollars Associated Content, un agrégateur de news syndiquant des milliers contributeurs non professionnels qui écrivent des articles, prennent des photos, proposent des contenus vidéos… Selon TechCrunch, le groupe de Carol Bartz est bel et bien décidé à satisfaire lui-même ses énormes besoins en contenus. Reste à savoir si Yahoo! France suivra demain sa maison-mère dans cette stratégie mediatique. Pour l'heure, cela ne semble pas à l'ordre du jour.
AOL construit son usine à produire de l'info
Yahoo! n'est pas la seule firme Internet à vouloir devenir auto-suffisante en infos. Fraîchement divorcé du géant américain des médias Time Warner, le concurrent AOL a carrément entrepris d'embaucher une armée de journalistes dans le cadre de son programme Seed : 500 rédacteurs salariés travaillent d'ores et déjà pour la compagnie dirigée par Tim Amstrong (photo à gauche, regardez comme il est content). AOL employerait par ailleurs près de 3500 journalistes à la pige. Pas besoin d'aller chercher loin pour recruter : aux Etats-Unis, 10.000 journalistes se sont retrouvés au chômage entre 2007 et 2009… AOL alignerait donc au total 4000 plumitifs, soit le nombre de salariés actuellement employés par le "New-York Times" et le "Herald tribune" réunis. Tout ce joli monde écrit de la news à la chaine pour alimenter les 80 sites thématiques (actualité, finance, automobile, loisirs, famille, culture etc…) agrégés par AOL pour 30 à 300 dollars le feuillet en fonction du statut (petite main ou grande signature). Avec un seul mot d'ordre : "satisfaire la curiosité des internautes". Mais AOL France, qui a licencié la plupart de ses salariés et ressemble de plus en plus à un agrégateur fantôme, n'a aucun projet en ce sens chez nous.
Tim Amstrong définit Seed comme une "content powerhouse", autrement dit une "usine à contenus". Ca a le mérite d'être clair. Et la firme internet basée à Dulles près de Washington fait elle aussi son marché. AOL a récemment racheté le site de news "hyperlocales" Patch pour 50 millions de dollars. L'info de proximité et les petites annonces qui vont avec sont furieusement tendance ces temps-ci. Et puis aussi StudioNow qui produit des contenus vidéo…
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