Nous sommes tous des créateurs potentiels. Par Patrice van Eersel

 

C’est sans doute la première des énigmes humaines : notre pouvoir de création. Même ceux qui se disent les meilleurs amis des éléphants, des dauphins, des singes – et des cochons, si proches de nous -, sont obligés d’admettre que ces êtres sensibles et intelligents ne peuvent radicalement rien créer volontairement, alors que tout humain est un créateur.

Les idéalistes ont tendance à poser l’équation : 7 milliards d’humains = 7 milliards de créateurs. D’autres, plus sceptiques ou plus sages, s’esclaffent : « Sept milliards de créateurs ? Cette blague, ça se saurait ! En réalité, les vrais créateurs se comptent chaque siècle sur les doigts d’une main ! » Ces deux extrêmes disent vrai. Si l’on réserve le qualificatif de créateur à celui ou celle qui pose sur son époque une marque décisive et indélébile – digne d’entrer au Musée Imaginaire de l’Humanité pour les siècles des siècles -, on se trouve en effet confronté à une rareté suffocante. Mais si vous estimez que l’on peut faire œuvre de création même sans être artiste, ni savant, ni découvreur du moindre bidule, mais juste inventeur de ses propres relations, de son monde, extérieur et intérieur, de sa vie, de sa gestuelle, avec un réel degré d’autonomie par rapport à ce que nos ancêtres ont fait avant nous, alors, oui, nous vivons sur une planète habitée par des milliards de créateurs, au moins potentiels. Et c’est donc une question très intriguante : dans notre monde en pleine ébullition chaotique, cet élan innombrable saurait-il orienter la suite de notre aventure, individuelle et collective, vers des horizons harmonieux ?

Mais comment l’inspiration créatrice nous vient-elle ? Ou comment la réveille-t-on ? Dès que vous posez la question et enquêtez un minimum, les réponses fusent… « Consultez vos rêves ! » nous suggèrent les chamans. Apparemment, cela a longtemps fonctionné comme un mode explicite. Les derniers survivants des peuples premiers, australiens par exemple, nous montrent comment pendant des dizaines de milliers d’années, les humains ont consciencieusement organisé l’écoute et l’interprétation de leurs rêves pour vivre et survivre, concrètement, même dans des conditions d’existence difficiles. Nous pourrions faire pareil (et l’on apprendrait que le Président français a rencontré la chancelière allemande pour discuter d’un rêve qu’il a fait récemment et qui pourrait changer la donne), alors que nous laissons nos rêves en friche, comme des terrains vagues pleins d’ordures. Dans Créativité Transcendante (Éd. Mortagne, Montréal.), les Américains Willis Harman et Howard Rheingold racontent comment une foule de grands artistes, notamment des musiciens, Mozart, Beethoven, Wagner, Brahms, Tchaïkovski, Strauss, beaucoup de grands savants, le mathématicien Poincaré, le physicien Bohr, le chimiste Kekule, beaucoup d’écrivains, Goethe, Keats, Shelley… ont soudain trouvé l’inspiration dans un rêve – celui de Descartes est fameux, bien qu’on n’en parle guère en cours de philo (la source de la pensée moderne se trouve ravalée en note de bas de page !). Mais l’inspiration peut tout aussi bien survenir au cours d’une promenade, en traînant dans son appartement mal rangé, ou en faisant la cuisine.

Le déclic de la création semble participer d’un ordre irrationnel, ou plutôt difficile à rationaliser. Certains chercheurs tentent pourtant de le faire. Lisez donc la suite de notre dossier !

 

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Réveillez votre inspiration créatrice !

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