Un docu dur à digérer
par Coralie Schaub

Photo INA
Notre poison quotidien de Marie-Monique Robin
Lire aussi le livre éponyme (la Découverte, Arte Editions).
Surtout, ne mangez pas devant ce documentaire. Ou alors bio (sans pesticides). Ne buvez pas de Coca Light non plus (gare à l’aspartame). Et fuyez les contenants en plastique (à cause du vilain Bisphénol A). Il sera alors peut-être plus facile à digérer. Trois ans après le très remarqué Monde selon Monsanto, la nouvelle enquête de la journaliste Marie-Monique Robin frappe fort. On avait rarement vu de façon aussi détaillée comment l’industrie chimique nous fait avaler ses salades.
Pendant deux ans, Marie-Monique Robin a fouillé les études scientifiques, recueilli les témoignages de représentants des agences de réglementation en Amérique du Nord, en Asie et en Europe. Elle a remonté la chaîne alimentaire, depuis le champ du paysan inondé de pesticides (lire ci-contre) jusqu’à notre assiette. Et découvert que le système d’évaluation et d’homologation des produits chimiques est « totalement inopérant et ne nous protège pas ». D’où des scènes croquignolettes, où l’on voit des membres de la Food and Drug Administration (FDA) américaine ou de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) bafouiller devant la caméra face à leurs contradictions.
La journaliste raconte aussi les pressions visant à maintenir sur le marché des produits hautement toxiques. Où l’on apprend que c’est grâce à — ou à cause de — Donald Rumsfeld que nous nous gavons d’aspartame, cette poudre miracle qui nous met à l’abri des capitons et édulcore les médicaments de nos enfants. Car l’ancien ministre de la Défense de George W. Bush a été le PDG de Searle, la firme qui a inventé la substance. En 1980, la FDA refuse de l’autoriser, la soupçonnant d’être cancérigène. En 1981, Rumsfeld participe à la nomination du nouveau président de la FDA. Laquelle, peu de temps après, déclare l’aspartame sans danger…
Or le film montre que la pollution chimique est la principale cause de l’épidémie de cancers, de maladies neurologiques (Parkinson et Alzheimer), de diabète et de dysfonctionnements de la reproduction qui frappe nos sociétés occidentales. Effarant. Surtout quand on voit les extraits d’un documentaire de 1964 exhumé par Marie-Monique Robin : toutes les questions étaient déjà posées. Cinquante ans et moult alertes plus tard, à quand les vraies réponses ?
Paru dans Libération du 15 mars 2011
Le documentaire est visible ci-dessous en intégralité pendant une semaine :
http://www.dailymotion.com/swf/video/xhmadc
source = http://www.ecrans.fr/Un-docu-dur-a-digerer,12248.html
http://static.slidesharecdn.com/swf/ssplayer2.swf?doc=alim-intro-1207479513235029-9-100105105153-phpapp01&stripped_title=lalimentation-responsable-introduction-courtscircuits&userName=psst

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