Les chaînes réclament qu'Internet soit pris en compte dans les mesures
d'audience.
Les
Américains sont de plus en plus nombreux à abandonner leur écran de
télévision pour regarder leurs programmes audiovisuels sur un
ordinateur, un portable ou une tablette. Le nombre de ménages sans
téléviseur relié au câble ou au satellite a plus que doublé en cinq
ans : il est passé de 2 millions à 5 millions, selon les derniers
chiffres de l'institut Nielsen. Résultat, on ne compte plus que 84 % des
foyers disposant d'un abonnement à la télévision par satellite ou par
câble contre 87 % il y a deux ans. La tendance rappelle la transition
opérée, voilà une quinzaine d'années, des téléphones fixes aux mobiles.
Elle est encore timide mais elle est appelée à s'accélérer, si l'on en
croit d'autres sondages : d'ici à la fin de l'année, les Américains
devraient être encore 5 millions à résilier leur abonnement au câble ou
au satellite. Le mouvement semble d'autant plus inéluctable que les
acteurs internet multiplient les innovations. Depuis le début d'année,
Netflix diffuse des séries exclusivement destinées au Web. Et à New
York, la start-up Aereo tente de court-circuiter les géants du câble en proposant une trentaine de chaînes pour seulement 8 dollars par mois.
Jeunes, célibataires et sans enfant
Parmi
les ménages sans téléviseur se trouvent surtout des jeunes,
célibataires et sans enfant. Il ne faut surtout pas y voir un refus des
écrans : la tendance révèle plutôt un rejet du câble qui, à raison de
plus de 100 dollars par mois, propose un bouquet de centaines de chaînes
souvent jugées inutiles. La qualité des services est également en
cause : les quatre grands acteurs du câble -Comcast, Time Warner, Cox et
Charter -réussissent l'exploit de figurer, tous ensemble, dans la
dizaine d'entreprises les moins appréciées d'Amérique en termes de
qualité de service. « La peur des défections devrait les encourager à
s'améliorer mais ce n'est bizarrement pas le cas », indique David
VanAmburg, le responsable du sondage.
Les
chaînes de télévision, elles, s'alarment. Les 27 milliards de dollars
de revenus publicitaires qu'elles perçoivent chaque année sont corrélés
aux audiences qu'elles réalisent sur les écrans de télévision, et non
sur les autres supports. Réunies pour leur grand show annuel, cette
semaine à Las Vegas, elles espèrent mieux cerner les comportements des
ménages pour réclamer, in fine, la part de revenus publicitaires qui
leur revient. Les plus remontées sont celles qui ont les plus mauvais
résultats publicitaires, NBC en tête. Elles demandent que la mesure des
audiences soit transversale, c'est-à-dire qu'elle intègre la
consommation de leur programme sur Internet, à la demande comme en
différé (via les enregistreurs à disque dur). Les premiers changements
sont attendus à l'automne. L'institut Nielsen, qui mesure l'audience des
chaînes à partir d'un panel de quelque 20.000 foyers, a fait savoir
qu'il commencerait à traquer ces ménages « sans télévision » dès
septembre. Il n'est pas encore capable de suivre les personnes qui
regardent des vidéos sur leur tablette mais promet de le faire dans les
années qui viennent.
LUCIE ROBEQUAIN, CORRESPONDANTE À NEW YORK



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