L’« ubérisation » de l’économie : le besoin de donner du sens et de renforcer le modèle social

Le concept d'« uberisation » a cela de génial qu'il légitime l'inaction de la plupart d'entre eux depuis plus de quinze ans. Uber est jeune, Uber est allé vite, Uber n'est pas tout à fait légal, Uber est tout à la fois un ovni, une chimère, un exemple. Ceux qui ont peur aujourd'hui sont les mêmes qui n'avaient pas daigné baisser les yeux vers leurs pairs de l'industrie culturelle, qui s'est fait « naspteriser »,  « youtubiser » et finalement « netflixiser » il y a bien longtemps. Le monde de l'édition, puis à peu près toute la distribution, s'était fait « amazoniser » dans l'indifférence la plus totale. La presse s'était fait « googliser » sous les moqueries, l'industrie de la connaissance avait été « wikipédiée » pour le plus grand bonheur de tous. La SNCF, qui se faisait « BlaBlaCariser », se voyait reprocher de n'être qu'une entreprise publique constituée de privilégiés et de grévistes convulsifs. Quant à l'hôtellerie, disons-le, si elle se faisait « airbndbiser », c'est qu'elle n'avait que ce qu'elle méritait ! Bref, quand on parle d' « uberisation », on fait du neuf avec du vieux. Recette classique : énoncer le mal pour vendre le remède.

Pendant ce temps, le gros du problème demeure ignoré. Si le législateur, bien aidé par les lobbys professionnels encore à la recherche de brèches juridiques pour contrer l'offensive, s'est d'abord assez légitimement demandé comment taxer cette nouvelle économie, rares sont ceux qui interrogent ce que l'atomisation de l'activité productive, ou la « freelancisation » de la vie professionnelle, appelez ça comme vous voulez, va impliquer pour notre conception du travail et le modèle social qui s'appuie dessus.

Laisser un commentaire