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La prise de conscience de la prédation sur la nature et au sein de nos sociétés ayant eu lieu, le temps de la mobilisation collective en faveur d’une nouvelle société et non plus seulement contre l’ancien système est venu (lire ma note de réflexion sur les rapports de prédation).
Selon de nombreux scientifiques, il s’agit de maintenir le système Terre dans un état habitable pour tous les êtres vivants. Ce qui appelle » l’association nouvelle entre des êtres surprenants qui viennent briser la certitude confortable d’appartenir au même monde commun » comme disait Bruno Latour qui expliquait que la société n’existe pas, elle n’est qu’une somme d’individus qui ne tient pas en raison d’une superstructure. Inspirons nous de son constant pour nous réunir : « rien ne se réduit à rien, rien ne se déduit de rien d’autre, tout peut s’allier à tout ».
J’ai la conviction que la piste à suivre c’est de poser comme projet de société la quête d’une nouvelle prospérité sans croissance, c’est a dire pilotée avec d’autres indicateurs marquant les progrès en terme de qualité de vie, en intégrant la santé des écosytèmes permettant la vie. La prise de conscience collective que nous sommes vivants porte ouvre la perspective d’un nouveau bien vivre tous ensemble sur terre – humains et non humains. Elle permet de ne plus opposer les enjeux environnementaux et sociaux au sein d’une pensée écologique refondée sur la préservation du vivant.
La transition écologique, si nous voulons la mener collectivement, suppose donc de donner véritablement envie à chacun d’adopter volontairement de nouvelles façons d’être au monde, de vivre et d’habiter sur terre et l’adhésion à de nouvelles valeurs ou des valeurs plus profondément ancrées en nous pour réorienter les comportements.
Si les instruments du changement de comportement sont nombreux, dans les politiques publiques, ils relèvent pour la plupart de la carotte ou du bâton.
Pour susciter la motivation intrinsèque, l’écologie ne doit donc plus apparaitre comme contraignante, une doctrine exigeant par responsabilité de renoncer aux avions, à quelques degrés de chauffage et aux sapins coupés de leurs forêts. Au contraire s’incarner dans un nouveau mode de vie, désirable que l’on adopte avec plaisir.
Pour susciter la motivation extrinsèque, il s’agit de lever les freins de désirabilité sociale associés aux représentations que les gens ont d’un consommateur responsable.
Alain Damasio nous invite à proposer un projet « polytique » à même d’articuler les enjeux environnementaux et sociaux comme l’entends Alain Damasio « Et si l’on battait le capitalisme sur le terrain du désir ? ». Pour Damasio, un « champ de désirs s’est enfin mis à bruisser aux confins des luttes sociales et écologiques. Il a un nom largement pillé et recyclé dans les machines du capital, mais on se doit d’en porter les couleurs sans se soucier des récupérations en cours. Vous l’avez deviné, c’est le vivant ».
Depuis des années je m’intéresse aux imaginaires de la consommation et en particulier ceux véhiculés par la publicité. Il y a un an j’ai enfin lancé le projet qui me tenait à coeur « les nouveaux imaginaires de consommation responsables et désirables ». J’ai commencé avec ce constat : « être écolo signifie renoncer à tout » https://lnkd.in/g-EXgj4S Il s’agit donc de résoudre la tension entre RESPONSABLE et DESIRABLE pour mobiliser les Français qui perçoivent l’écologie comme une contrainte.
Pour Jules Colé, il faut faire évoluer nos imaginaires pour bâtir de nouvelles sociétés viables et plus harmonieuses. Il souligne qu’il est fondamental que les nouveaux récits s’enracinent dans les territoires, notamment à travers des espaces qui incarnent et révèlent de nouveaux imaginaires permettant de se relier à soi, aux humains comme à tout le vivant. Ces espaces, qu’il s’agisse d’écovillages, de recycleries ou de jardins-forêts partagés, sont précieux car ils nous permettent de faire l’expérience de modes de vie plus vertueux. Ils montrent qu’il est possible de vivre mieux, plus sobrement et en harmonie avec le vivant, et que cela est même porteur de sens et d’épanouissement. (ici)
J’ai pour ma part envie de voir advenir une écologie populaire qui s’infiltre dans toutes les disciplines artistiques, de la littérature à la danse. Une écologie qui ne vise pas un appauvrissement de nos vies mais qui préserve nos conditions de vie. Qui n’organise pas l’accès aux ressources limités mais qui pose la questions des arbitrages nécessaires et des enjeux démocratiques du mieux vivre tous ensemble. Une écologie qu’on mange, boit, porte, chante et partage tous ensemble. Une écologie du champ à l’assiette, mais surtout dans l’assiette. Pas contre la juste rémunération des producteurs mais qui porte surtout son attention sur une alimentation non seulement accessible mais saine. Bref, une écologie du bien vivre qui parle de pouvoir d’achat et de pouvoir de vivre mais aussi de comment cuisiner pour bien manger et profiter de sa vie.
Cette envie s’est matérialisée dans la fresque des imaginaires qui entre maintenant dans sa phase de déploiement dans les réseaux culturels (cinémas/livres, publicité, marketing…), les entreprises et les collectivités locales https://lnkd.in/eYmwgFjK Cet atelier permet de prendre un moment pour s’aligner en terme de valeurs – rapport à soi – aux autres – au vivant avant de se projeter en 2050 : comment on mangera, s’habillera ? Et se demander ce qu’on a envie de changer dès aujourd’hui dans sa vie


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