Imaginez-vous pris dans une crise majeure : Qui appelez- vous en premier ? Qui allez-vous aider prioritairement ? Ces personnes que vous allez appeler forment votre Réseau des tempêtes : un tissu dense de liens qui vous maintient à flot dans l’adversité.
Et si nous élargissions ces réseaux ? Et si, face aux tempêtes à venir, le lien social devenait notre meilleure stratégie ? C’est ce que propose Pablo Servigne. Son nouveau livre s’intitule Le réseau des tempêtes et il parle du lien social comme le meilleur moyen d’aborder les crises. Et il a crée une association pour porter ce nouveau récit : Le Réseau des Tempêtes.
Son livre propose une révolution douce, mais déterminée : se préparer aux tempêtes de tout type non par le repli, mais par l’entraide, la confiance et la solidarité. On appellerait cela le « supervivalisme ». Mieux, cette posture permettrait d’améliorer nos vies dès maintenant, sans attendre les crises. Une phrase clé : « lorsqu’une tempête arrive, il vaut mieux s’entendre avec nos voisins qu’avec nos propres idées ».
Et si la meilleure préparation aux crises était de miser sur nos liens sociaux plutôt que sur le bunker, la fuite, le repli ou les ressources matérielles ? Ce n’est pas une utopie ou une idée folle, c’est ce que révèlent les études scientifiques sur les catastrophes. En fait, c’est simplement bonne idée. Car même si les « crises » tardent à venir, nous aurons amélioré nos vies.
Sans oublier notre relation à la nature puisque nous sommes tous vivants. Des individus interdépendants dans une grande trame du vivant.
Toujours selon Pablo Servigne, la coupure entre la nature et la culture fonde la modernité occidentale. Cette dissociation trouve ses origines dans une crainte de la nature, du mystère et de l’inconscient. Les Lumières sont nées de ce refus, ce qui a abouti à créer une société basée sur l’égoïsme qui se révèle finalement dangereuse socialement et écologiquement, en plus d’être usante pour l’individu. Ne pas se rendre compte de la nature de cette société est dangereux.
Pour revenir aux enjeux environnementaux et d’accès aux ressources, le danger n’est pas de se retrouver confronté à des pénuries mais d’y faire face avec une culture de l’égoïsme et de la peur de tout, du voisin à la nature. Se couper de tout en raison de ses peurs constitue une des marques de l’individualisme. On entre alors dans un cercle vicieux qui se nourrit de l’inquiétude et de l’isolement.
Berkes and Folkes ont posé les bases d’une approche par les systèmes socio-écologiques qui a ouvert la perspective de la contribution des humains à la régénération du vivant humain et non humain.
Berkes and Folkes nous invitent à rendre des services socio écosystèmiques. Des services socio écosystémiques à penser désormais comme contribution des humains à la nature, dans des interactions mutuellement bénéfiques aux humains comme aux non humains.
Dans sa version actuelle, le concept de service écosystémique est défini comme « les avantages que les humains tirent des écosystèmes et qui contribuent à rendre la vie humaine à la fois possible et digne d’être vécue » ou encore comme « la contribution des écosystèmes au bien-être humain, qui découle de l’interaction des processus biotiques et abiotiques ».
Mais toutes les ressources utilisées par les sociétés humaines sont extraites d’écosystèmes naturels analysés séparément. En effet, les sciences du social et les sciences de l’environnement se sont développées séparément et ne se recombinent pas aisément pour une compréhension globale des interactions entre acteurs humain et non humain d’un même écosystème. Accueillir les Non-Humains dans les Communs ».
A partir des années 90, Berkes and Folkes dénoncent l’aspect totalement arbitraire et artificiel du cloisonnement entre sciences sociales et sciences écologiques, constatant que dans les faits rien ne les sépare. Leurs travaux vont poser les bases d’une approche par les systèmes socio-écologiques qui permet dans l’absolu de dresser une cartographie du réseau des relations entre les acteurs humains et non-humains formant un Commons Pool Resource.
Ainsi, dans un article scientifique portant sur une méthode d’élevage de coquilles Saint-Jacques importée du Japon dans la baie de Saint-Brieuc, Michel Callon décrit trois groupes impliqués – les scientifiques, les pêcheurs et les coquilles – comme les membres à part entière d’un « collectif hybride » formant un réseau d’acteurs humains et non-humains impliqués dans l’action. L’analyse s’attarde sur les opérations de « médiation » ou de « traduction » opérées par certains des acteurs pour « intéresser » et « enrôler » d’autres membres du réseau en vue de participer à la réalisation d’un but commun. Avec un« dilemme bio-social » dans lequel sont aussi impliqués des Non-Humains (source)
Berkes and Folkes mettent aussi en lumière les capacités d’adaptation (ou de non adaptation) d’un écosystème. Ils couplent les concepts de socio-écosystèmes et de résilience pour parler de « systèmes socio-écologiques résilient » : c’est-à-dire des systèmes capables de résister à de grands changements et aux perturbations permettant une durabilité à la fois écologique, sociale et économique. Le concept de socio-écosystème (SES) : Jacques de Chauvelin
Pour les auteurs la résilience n’est pas seulement la capacité d’un système à absorber des chocs et à se maintenir, c’est aussi la capacité à se renouveler, à se réorganiser et se développer (Holling 2001). Et la durabilité est vue comme un process dynamique qui nécessite une capacité adaptative des systèmes socio économiques aussi bien que des humains et non humains (d’après Berkes & Folke – Navigating socialecological systems. 2003).
La notion de socio-écosystème fait se croiser deux approches contemporaines qui s’enrichissent mutuellement pour développer notre capacité d’agir collective : les communs latents et l’acteur réseau.
De son côté, l’anthropologue Anna Tsing cherche à « élargir le concept de communs » pour « inclure humains et non-humains en tant que contributeurs à un écosystème». Elle propose pour ce faire le concept de « Communs latents » qui vise à mettre l’accent sur les relations d’interdépendance se tissant entre les acteurs humains et non-humains et dont elle souligne la dimension politique (un sujet pris dans un réseau de relations réciproques à négocier, continuellement et imparfaitement).
Et du coté de Philippe Descola, il est nécessaire d’adopter une perspective symétrique qui consiste à ne plus seulement « expliquer la vie des humains par l’influence des non-humains » pour « rendre compte de la composition d’un monde où les uns comme les autres prennent part en tant qu’acteurs ».
Dans la théorie de l’acteur réseau, les faits « sociaux » sont d’emblée compris comme des « associations » entre des acteurs humains et des acteurs non-humains. De même Anna Tsing recommande d’accorder de l’attention aux « agencements » entre entre acteurs humains et non-humains et d’en faire le récit en « activant les enchevêtrements » (entanglements en anglais).
La contribution des humains à la régénération du vivant ouvre la perspective d’une solidarité écologique.
Le fondement du concept de solidarité se situe dans la réconciliation humains/non-humains par une symbiose avec la biosphère dont l’humanité est partie intégrante. Ce lien matérialise la coviabilité socio-écologique définie comme une propriété de dépendance des interactions entre humains et non-humains qui se situent dans une relation contenue par des régulations et des contraintes. (Barrière et al., 2019).
Selon Edgar Morin, entrer dans la complexité du monde, c’est entrer dans le tissu d’une diversité d’éléments hétérogènes associés, « d’évènements, actions, interactions, rétroactions, déterminations, aléas, qui constituent notre monde phénoménal » (La solidarité écologique, lien de droit d’une interdépendance au vivant Olivier Barrière ).
Ce tissu entre non seulement en interaction, mais s’insère aussi dans des relations de dépendance et d’interdépendance, générant une solidarité (écologique) plus ou moins exprimée entre entités vivantes formant un réseau (Bapteste, 2017).
Ainsi, le « convivialisme » est un concept politique qui accorde une place centrale à la convivialité. Étymologiquement, « convivialité » relie con (avec) et vivere (les vivres, ou vivre, habiter). C’est le partage des vivres (donc des ressources) qui fonde le partage de l’existence avec les autres, accordant un primat à la coexistence. Vers un avenir convivialiste, Nathanaël Wallenhorst
C’est l’approche régénérative qui permet aux humains de co-évoluer avec les systèmes naturels qui les entourent et d’inverser les systèmes dégénératifs (Mang & Reed, 2013).
Ainsi la régénération est forcement un élan d’entraide collective pour augmenter notre capacité individuelle et collective à nous régénérer. Un élan qui nécessite une coopération radicale.
Le défi de la coopération radicale réside dans le changement de modèle mental entre la prédation (concurrence) et la régénération (solidarité) qui nécessite donc de mettre en place des systèmes de gouvernance qui permettent de lier l’usage de l’environnement et le développement sécurisé sur le long terme des sociétés.
La reconnexion à la nature est essentielle pour se projeter dans le futur avec d’autres imaginaires. « C’est en prenant conscience du vivant que l’humain se rend capable de saisir le « tissu » du vivant dans ses interdépendances, et le « fleuve » du vivant dans sa continuité depuis l’apparition de la vie sur Terre. Or ce sont ce tissage et ces dynamiques qui rendent la Terre habitable pour nous et pour les autres, et on comprend par là que ce sont elles qu’il faut défendre, et dont il faut prendre soin ». Baptiste Morizot.
Mais aussi un changement de modèle économique pour accompagner l’usage de l’environnement et le développement sécurisé sur le long terme des sociétés. L’entreprise se pense désormais dans ses écosystèmes économiques, sociétaux et environnementaux. Sa performance se mesure en triple impact.
Dans cette nouvelle logique économique, l’entreprise menée dans une coalition de parties prenantes à visée régénérative, délivre des services socio écosytémiques sur un territoire : climat, eau, sols, biodiversité, nutrition, juste rémunération, éducation…
Ces services rendus par les humains avec la nature visent à restaurer les ressources vitales pour permettre aux êtres vivants (dont les humains) d’atteindre leur plein potentiel dans leur écosystème. C’est la définition que nous avons posée de la régénération.
Nous avons développé le business model de l’entreprise régénérative pour optimiser les interdépendances entre les sphères économiques, sociales et environnementales de façon systémique.
L’économie régénérative repose sur l’économie de la mutualité pour poser un cap contributif à une coalition d’acteurs à visée régénérative réunie au delà du seul profit économique. « Nous savons que les entreprises ont besoin de capital financier, mais elles ont également besoin d’autres formes de capital, comme le capital humain, social et naturel. Alors pourquoi maximiserions-nous la production de capital financier aux dépens des autres ? Nous savons également que la création de capital financier repose sur des relations de pouvoir. Mais que se passerait-il si nous essayions plutôt un système où la relation est basée sur des relations mutuelles ? » Bruno Roche Economics Of mutuality
Toute activité économique suppose un avantage mutuel et un optimum économique peut se définir comme une situation dans laquelle l’avantage individuel des parties est maximisé pour un surplus mutuel maximum. L’analyse économique de l’avantage mutuel ouvre le champ d’une théorie économique mutualiste alternative à la théorie économique standard. Pour une théorie économique mutualiste, profit versus surplus mutuel
Cette recherche de l’avantage mutuellement bénéfique tire le fil de l’entreprise à mission en permettant de poser une ambition régénérative avec l’ensemble des parties prenantes d’une activité économique.
Cette recherche d’un triple impact collectif nécessite un processus structuré qui mène à un programme commun, un ensemble de pratiques partagées et des actions régénératives se renforçant mutuellement entre tous les acteurs de cette coalition à visée régénérative.
Nous avons fait le choix de la structurer sur la chaîne de valeur d’un produit ou d’un service pour permettre à l’entreprise d’œuvrer non seulement pour la création de valeur économique, mais aussi pour la création de valeur environnementale et sociale. La particularité étant que l’entreprise n’agit plus seule, elle est un acteur au sein d’une coalition.
Notre conviction c’est que les entreprises à vocation économique basculent d’un modèle économique à l’autre au niveau de leurs produits, et services. Ainsi transformer son business modèle passe par l’abandon des projets délétères et le lancement de produits, services et projets régénératifs.
Des produits qui intègrent, dès leur conception, les responsabilités de l’entreprise devant la nature et les générations futures. Des produits qui contribueront à la régénération de la nature (dont les humains) à horizon des 5 à 10 ans tout en restant viable économiquement à court terme. Des produits qui transformeront l’entreprise progressivement en entreprise régénérative au fil des innovations lancées. Des produits et services issus de pratiques régénératives. En mesurant les impacts de ces nouvelles pratiques mises en place.
Expérimentez notre approche « le business model de l’entreprise régénérative » lors des rencontres de l’économie régénérative des 7 et 8 Novembre à Lyon.
L’équipe propose un atelier découverte du « Business modèle de l’entreprise régénérative » de 13h45 – 15h15 le vendredi 7. Le business model de l’entreprise régénérative c’est un canvas et une série d’ateliers pour définir sa stratégie à impact et concevoir de nouveaux produits / services issus de pratiques régénératives avec son réseau de partenaires. En savoir plus
Jérémy dumont de nous sommes vivants prendra la parole sur l’innovation régénérative dans une table ronde le vendredi 7 à 17h avec des exemples de produits et services régénératifs issus des lauriers de la régénération 2025 avec un message fort : l’innovation régénérative est profitable en triple impact économique, environnemental et social. A lire ici https://noussommesvivants.co/2025/06/23/leconomie-regenerative-ca-rapporte-cest-maintenant-demontre/
Restera à mobiliser un écosysteme d’accélération des projets régénératifs en France pour un impact collectif plus grand. Ce que nous ferons en tissant des liens mutuellement bénéfiques entre nous sur la base de la chaîne de valeur du conseil régénératif le vendredi 7 de 18h à 19h30 sur les rencontres l’économie régénérative puis le 4 décembre à Paris et sur Zoom toute la journée. En savoir plus https://noussommesvivants.co/2025/10/15/rejoignez-le-regenerative-circle-ecosysteme/
Inscrivez vous aux rencontres de l’économie régénérative à Lyon https://www.wearemush.com/rencontres-economie-regenerative




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