Ce que le fromage et la pêche régénérative nous apprennent d’une même question
Peut-on encore produire de la nourriture bonne pour la santé, la nature et soutenable pour celles et ceux qui produisent ? Derrière cette question en apparence sectorielle — fromage d’un côté, pêche et aquaculture de l’autre — se cache en réalité un même enjeux : comment continuer à produire sans épuiser les conditions du vivant et si possible relier continuité économique et régénération du vivant.
Pour Nous Sommes Vivants, régénérer signifie augmenter la capacité du vivant — humain et non humain — pour prospérer dans la durée.” Voir notre manifeste pour une régénération de la capacité du vivant. Les modèles économiques régénératifs s’ajoutent aux modèles durables et circulaires, en mettant l’accent sur les systèmes socio-écologiques dans une logique de triple profitabilité, y compris économique. La régénérération ca rapporte. Voici des exemples.
Dans le prolongement des Hackathons Duplomb de septembre Nous Sommes Vivants aborde cette question sur des produits spécifiques.
Ce n’est pas la nature des produits qui pose problème, mais la manière dont nous produisons, mangeons et gouvernons les systèmes alimentaires. Autrement dit : aucun produit n’est bon ou mauvais en soi. Tout dépend des pratiques, des usages et des relations que nous entretenons avec le vivant dans nos territoires.
Pour dépasser les polémiques, il faut passer du jugement au chemin de transformation. C’est ce que permettent des démarches régénératives. Elles invitent à poser une question plus féconde que celle du « bon » ou du « mauvais » produit : qu’est-ce qui renforce réellement la capacité du vivant — humains compris — à continuer ?
Vous êtes invités a participer et apporter vos idées, c’est un enjeu de conception régénérative.
- La bouillabaisse régénérative via la fresque des imaginaires sur la pêche régénérative https://noussommesvivants.co/2025/10/26/la-peche-regenerative-vers-une-aquaculture-integree-aux-ecosystemes/
- La tartiflette régénérative via la fresque des imaginaires sur le fromage https://noussommesvivants.co/2026/01/09/peut-on-encore-produire-et-manger-du-fromage-bon-pour-la-sante-lenvironnent-et-les-eleveurs/
- La gaufre régénérative utilisée en session découverte du business model régénératif de Nous Sommes Vivants
Nous sommes vivants propose d’explorer 4 pistes d’innovation via la fresque des imaginaires en ouvrant une perspective sur la régénération en triple impacts économiques, environnementaux et sociaux avec une exigence forte sur la régénération du vivant. L’économie régénérative ca rapporte c’est maintenant prouvé.

Des polémiques révélatrices, pas anecdotiques
La polémique autour du Comté a cristallisé une tension bien connue : un outil d’évaluation partiel (nutritionnel ou environnemental) est interprété comme un verdict global porté sur une filière entière. On l’a vu avec le Nutri-Score appliqué aux produits du terroir, on le voit avec le Planet-Score appliqué à la viande, et on l’a vu à nouveau lorsque des critiques environnementales ont visé un fromage emblématique.
Ces débats ne portent pas seulement sur des données. Ils révèlent une attente implicite : celle d’un repère simple, capable de dire si un produit est « bon » ou « mauvais » pour la santé, la planète et la société.
L’article sur le fromage le montre clairement : la polémique naît lorsque l’on demande à un outil de répondre à une question qui n’est pas la sienne. Le Nutri-Score parle de composition nutritionnelle, pas de pratiques agricoles. Le Planet-Score parle d’impact environnemental global, pas de dynamiques territoriales. Les cahiers des charges AOP parlent de savoir-faire et d’origine, pas d’empreinte carbone chiffrée.
De la terre à la mer : une même impasse des approches unilatérales
L’article consacré à la pêche régénérative et à l’aquaculture intégrée aux écosystèmes explore exactement la même impasse, sur un autre terrain. Là aussi, les réponses classiques ont longtemps consisté à optimiser un paramètre : produire plus, réduire un impact isolé, déplacer la pression ailleurs. Or la mer, comme la terre, ne fonctionne pas par compartiments. La surexploitation des stocks, la dégradation des habitats et la simplification des chaînes trophiques montrent que corriger un indicateur ne suffit pas.
La pêche régénérative ne cherche pas seulement à « moins impacter ». Elle vise à réinscrire l’activité humaine dans les équilibres écologiques, en travaillant avec les dynamiques du vivant plutôt que contre elles. Ce déplacement est fondamental. Il marque le passage d’une logique de réduction des dégâts à une logique de renforcement des capacités des écosystèmes à continuer. C’est exactement le même déplacement que celui esquissé dans l’article sur le fromage, lorsqu’il est question de dépasser la seule réduction d’impact pour aller vers des pratiques agricoles qui prennent soin des sols, de l’eau, des paysages et des relations humaines.
L’addition des critères de responsabilité
Ce que ces deux projets de nous sommes vivants ont en commun, c’est une même réponse à la question des garanties. Ni sur terre, ni en mer, la confiance ne peut reposer sur un indicateur unique. La tranformation vers la régénération et la confiance retrouvée vient de l’addition : des cadres de pratiques (agricoles ou halieutiques) ancrés dans les territoires et les milieux ; des repères nutritionnels, utiles pour raisonner les usages et les fréquences ; des indicateurs environnementaux, qui rendent visibles des pressions réelles sans prétendre dire toute la vérité ; des conditions sociales et économiques permettant aux producteurs de durer sans s’épuiser.
Passer du jugement à la trajectoire
Au fond, la cohérence entre ces deux approches est aussi une cohérence de posture. Elles refusent toutes deux la disqualification morale rapide, la fascination pour les solutions simples et la guerre des indicateurs. Elles proposent autre chose : penser en trajectoires. Non pas se demander : ce produit est-il bon ou mauvais ? Mais poser la question décisive : ce système de production renforce-t-il ou affaiblit-il la capacité du vivant — humain et non humain — à continuer ? C’est cette question qui relie la tartiflette et l’aquaculture, les prairies alpines et les écosystèmes marins.
Une question alimentaire, une question de civilisation
En apparence, parler de fromage ou de pêche pourrait sembler anecdotique. En réalité, ces débats touchent au cœur de notre rapport au monde vivant. Ils interrogent notre capacité collective à produire sans dégrader, à manger sans épuiser, à décider sans réduire le réel à des abstractions commodes.
C’est là que la régénération cesse d’être un mot à la mode pour redevenir ce qu’elle est fondamentalement, au delà de la réduction des impacts : une question de continuité du vivant, appliquée aussi bien aux sols qu’aux mers, aux éleveurs qu’aux pêcheurs, à nos assiettes qu’aux territoires qui les rendent possibles.
La continuité du vivant étant intimement reliée a la continuité économique.
Le made in France régénératif apparaît comme une des pistes les plus structurantes permettant de maintenir une activité économique dans un monde instable. Dans certains secteurs, l’ancrage territorial (dont le Made in France peut être un levier) devient un facteur de robustesse : réduction de dépendances critiques, continuité des savoir-faire, densification de relations économiques locales. En 2026 le made in France est la piste qui représente le plus de potentiel de régénération. La souveraineté n’est plus un sujet de conformité ni un thème “Made in France” : elle devient une opportunité d’innovation au niveau de l’offre — matières, cahier des charges, filières, preuves, et modèle économique — parce que c’est là que se joue la capacité à livrer dans la durée. » Lire l’ensemble des tendances 2026


Laisser un commentaire