Cette 13ème édition de l’étude Tennaxia (2025) sur les pratiques des entreprises en matière de reporting extra-financier a été réalisée dans un contexte particulier. La directive Omnibus de ce début d’année a considérablement rebattu les cartes et, pour la première fois depuis que nous publions cette étude, il ne s’agit pas de mesurer une évolution positive des pratiques mais bien d’identifier la réaction des entreprises à un recul manifeste des réglementations ESG, et particulièrement environnementales.
Le véritable enseignement de 2025 réside dans la corrélation entre la donnée et la transformation du business model. La CSRD n’est plus vue comme une simple case à cocher, mais comme une opportunité de repenser la résilience de l’entreprise pour 67 % des répondants (contre 57 % en 2024). La gouvernance se professionnalise avec 84 % de structures dédiées et une implication massive des directions financières (85 %) et des achats (63 %).
Sa capacité à piloter sa performance durable — devient un levier compétitif : 62 % voient le reporting comme un outil de pilotage opérationnel et 89 % utilisent déjà ces données pour répondre aux exigences des banques et investisseurs. L’étude démontre que la maturité carbone (90 % mesurent le Scope 3) et l’analyse de matérialité (ESRS E1 et G1 en tête) ne servent plus uniquement à la conformité, mais à la pérennité économique, prouvant que l’ESG a définitivement intégré le cœur réacteur de la stratégie des entreprises.
Pour transformer cette contrainte en levier de performance vers les modèles circulaires, de fonctionnalité ou régénératifs, notre Capacity Score propose un diagnostic de votre stratégies RSE en 38 questions structuré autour de 6 sections (leviers d’action) clés :
- Vision & Posture : évaluer l’alignement du leadership et l’évolution culturelle face aux limites planétaires.
- Stratégie & Modèle d’Affaires : analyser le pivot vers des modèles d’affaires durables (circulaire, fonctionnalité, régénération).
- Offre & Innovation : mesurer la capacité à créer des produits et services à impact positif réel et à utilité sociétale.
- Chaîne de Valeur & Écosystèmes : intégrer la co-dépendance avec les parties prenantes et la résilience de l’amont (achats).
- Gouvernance & Dynamiques Humaines : évaluer le partage de la valeur et la mobilisation collective des collaborateurs.
- Mesure & Pilotage de la Performance : transformer la donnée extra-financière en boussole stratégique pour assurer la pérennité du modèle.
Le « Capacity Score » permet ainsi de valider la capacité réelle de l’organisation à utiliser les exigences de reporting (où 58 % des entreprises subissent actuellement des remises en question par les auditeurs) pour piloter une transformation économique face aux polycrises.
L’ analyse détaillée de la 13ème édition de l’étude Tennaxia (2025).
1. Méthodologie et Profil du Panel
Cette étude annuelle mesure l’état de préparation des entreprises face aux nouvelles exigences de reporting extra-financier dans un contexte de mutation des normes mondiales (ISSB, CSDS chinois).
- Échantillon : Plus de 200 entreprises répondantes de toutes tailles.
- Répartition sectorielle : L’Industrie est en tête (24%), suivie du Commerce/Retail (11%), de l’Agroalimentaire (11%), de l’Énergie/Environnement (9%) et de la Chimie/Santé (8%).
- Implantation et Bourse : 87% ont leur siège social en France et 76% ont une présence à l’international. 17% des entreprises du panel sont cotées en bourse.
- Profil financier : 22% dépassent 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires ; 25% se situent entre 100 M€ et 399 M€.
2. Analyse de l’Impact de la Directive Omnibus
La directive Omnibus a introduit une incertitude majeure en proposant de relever les seuils de soumission et de décaler les échéances pour la deuxième vague de reporting.
- Perception globale : Les avis sont partagés avec 53% de jugements plutôt positifs contre 47% de jugements négatifs.
- Arguments favorables : Le gain de temps pour se préparer est le premier bénéfice cité (62%), devant l’allègement de la charge (44%).
- Arguments défavorables : 89% des entreprises craignent que cela ne crée une instabilité sur le futur de la RSE et freine la transformation des modèles d’affaires. 60% pointent le découragement des acteurs déjà engagés.
- Désengagement fonctionnel : L’incertitude a provoqué un recul de l’implication des DAF (63%) et des Directions Générales (51%).
- Résilience du reporting volontaire : Parmi les entreprises qui ne seraient plus soumises, 83% réaliseront tout de même un rapport ESG. 70% d’entre elles choisiront le référentiel VSME (Voluntary Sustainability Reporting Standard), contre 9% pour la CSRD et 4% pour la LSME.
3. Matérialité et Place Centrale des ESRS
L’exercice de Double Matérialité (DMA) est devenu le socle du rapport de durabilité. 80% des entreprises soumises à la CSRD l’ont déjà finalisé. On observe une légère augmentation globale de la matérialité des sujets entre 2024 et 2025.
Le Classement des ESRS matériels en 2025 :
- Thématiques dominantes (Top 5) :
- ESRS E1 (Changement climatique) : Jugé matériel par 98% des entreprises.
- ESRS G1 (Conduite des affaires) : 97% (forte progression de 18 points par rapport aux 79% de 2024).
- ESRS S1 (Personnel de l’entreprise) : 93%.
- ESRS E5 (Économie circulaire) : 83%.
- ESRS S4 (Consommateurs) : 81%.
- Thématiques moins fréquemment citées :
- ESRS S2 (Travailleurs de la chaîne de valeur) : 69%.
- ESRS E4 (Biodiversité) : 67%.
- ESRS E2 (Pollution) : 61%.
- ESRS E3 (Eau et ressources marines) : 61%.
- ESRS S3 (Communautés affectées) : 45%.
Complexité technique et Datapoints (DP) :
- Volume : Les deux tiers des entreprises gèrent entre 250 et 750 datapoints. Pour 43%, le chiffre se situe précisément entre 500 et 750 datapoints matériels.
- Nature des données : 51% des entreprises ont plus de la moitié de leurs indicateurs au format qualitatif.
- Conformité : 25% ont publié des informations dont la méthode de calcul n’était pas exactement celle requise par la CSRD, particulièrement sur les ESRS S1, G1 et E5.
4. Gouvernance et Transformation Organisationnelle
La CSRD a imposé une structuration transverse et une professionnalisation des instances.
- Gouvernance dédiée : 84% des entreprises ont mis en place une structure RSE pour gérer la CSRD (contre 59% l’an passé).
- Pilotage : Le projet est mené par la Direction RSE (65%) ou la DAF (16%).
- Implication des fonctions : La DAF est impliquée à 85%. L’implication de la Direction des Achats a bondi de 7% à 63% en un an. Les RH sont mobilisées à 81%.
- Instances de direction : 76% des entreprises ont sensibilisé leur direction et 51% les ont formées. Le pilotage devient plus régulier avec une majorité de reportings trimestriels (36%).
- Incitations : 28% des entreprises indexent la rémunération des cadres dirigeants sur des critères ESG (ce chiffre monte à 53% pour les entreprises ex-DPEF).
5. Stratégie Carbone et Climat
Le carbone reste l’un des domaines les plus structurés du reporting quantitatif.
- Scope 3 : 90% des entreprises mesurent désormais leurs émissions indirectes.
- Alignement climatique : 66% ont défini une trajectoire carbone, dont les 2/3 sont alignées sur l’objectif de 1,5°C.
- Prix interne du carbone : Utilisé par 13% des entreprises, principalement celles de plus de 1000 salariés (70%). Les prix varient de 10€ à 100€ la tonne de CO2.
6. Systèmes d’Information, Données et Audits
La fiabilité et la collecte des données constituent le défi majeur (le « talon d’Achille »).
- Outils : 53% des entreprises sont équipées d’une solution logicielle dédiée. Cependant, Excel reste la base principale pour 41% des répondants (et 57% de ceux ayant déjà publié).
- Fiabilisation : Seules 51% ont mis en place une équipe dédiée à la gouvernance de la donnée. 64% sont outillées spécifiquement pour le carbone.
- Critères de choix d’un logiciel : La capacité à collecter et consolider les données qualitatives et quantitatives est le critère n°1 (94%).
7. Rapports, Audits et Réticences de Publication
L’audit obligatoire (assurance limitée) et la complexité des standards révèlent des points de friction.
- Audit : 83% des rapports CSRD sont audités (Commissaire aux Comptes habituel à 59%).
- Remise en question : Pour 58% des entreprises auditées, les auditeurs ont remis en question des éléments, ciblant la qualité des données quantitatives (29%) et la DMA (21%).
- Déficit de collecte : 46% n’ont pas réussi à collecter l’intégralité des indicateurs requis lors de leur publication 2025.
- Réticences de publication : 50% ont fait face à des réticences de leur direction, invoquant la confidentialité (58%) et le manque de disponibilité (67%).
- Taux de réticence par ESRS :
- S1 (Personnel) : 58% (données jugées sensibles ou difficiles à collecter à l’international).
- E1 (Climat) : 50%.
- G1 (Conduite des affaires) : 50%.
- S4 (Consommateurs) : 33%.
8. Bilan et Perspectives
Au-delà de l’exercice réglementaire, la perception de la RSE évolue vers un outil stratégique.
- Opportunité stratégique : 67% des entreprises voient désormais la CSRD comme une opportunité de repenser leur modèle d’affaires (contre 57% l’an passé). 62% y voient un levier de performance.
- Usage de la donnée : 89% utilisent les informations de durabilité pour répondre aux banques, investisseurs et clients.
- Difficultés majeures : La gestion de la data (volumétrie et définitions), le manque de moyens humains et le manque de clarté des textes restent les principaux freins.
- Attentes : 56% souhaiteraient l’adoption de normes sectorielles pour clarifier les attentes et assurer la comparabilité des données.


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