Le cas Brandt nous enseigne que vouloir « produire en France à bas prix comme on le fait en Chine » est une impasse. Pour ne pas reproduire les échecs il faut changer de paradigme et adopter le made in France régénératif.
Pourquoi la France a-t-elle continué à se désindustrialiser pendant trente ans, alors même que les sondages affirmaient que les Français adoraient le « Made in France » ? Pourquoi des fleurons comme Fagor-Brandt ont-ils fermé leurs sites historiques (La Roche-sur-Yon, Aizenay) malgré les plans de sauvetage successifs ?
La réponse ne réside pas seulement dans le coût du travail ou la concurrence asiatique. Elle réside dans un mécanisme psychologique et économique redoutable : le Triangle de l’Inaction.
Ce triangle décrit un système où trois acteurs – l’Entreprise, le Consommateur et l’État – se renvoient la responsabilité de l’échec, créant un statu quo mortifère. Pour réussir la renaissance industrielle, nous devons comprendre pourquoi ce triangle a tué l’ancienne industrie, et comment la visée régénérative permet, enfin, d’en sortir.
Les approches explorées sont : économie circulaire, économie de la fonctionnalité, l’économie régénérative. Les enjeux de biodiversité ont été laissés de coté en envisageant la seconde vie comme une réduction des impacts.

I. AUTOPSIE D’UN ÉCHEC : LE CAS FAGOR-BRANDT
L’histoire de la chute de Fagor-Brandt dans les années 2000-2010 est l’illustration parfaite de ce triangle où personne n’a voulu défendre le made in France.
1. Le Sommet « Entreprise » : Le Piège du Ventre Mou
Les dirigeants de l’époque étaient coincés. Brandt produisait des machines à laver de milieu de gamme.
- Le problème : Ils n’avaient ni l’image de marque du luxe absolu (comme Miele) pour justifier des prix élevés, ni la structure de coûts pour s’aligner sur les prix d’entrée de gamme turcs ou chinois.
- L’inaction : « Je ne peux pas produire en France si mes coûts sont supérieurs de 30% à ceux de mes concurrents, sauf si l’État m’aide ou si le client accepte de payer plus cher. » Résultat : l’investissement dans l’outil industriel a baissé, et la délocalisation est devenue la seule variable d’ajustement.
2. Le Sommet « Consommateur » : La Schizophrénie
Le drame du Made in France s’est joué dans les rayons des supermarchés.
- Le problème : Le citoyen français manifestait pour l’emploi, mais le consommateur français achetait un lave-linge à 299€ importé.
- L’inaction : « Je veux défendre l’industrie, mais je n’ai pas le budget pour payer 150€ de plus pour une machine Brandt qui fait la même chose. C’est à l’entreprise d’être compétitive ou à l’État d’aider. »
3. Le Sommet « État » : Le Pompier sans Vision
Les pouvoirs publics ont multiplié les interventions d’urgence (prêts, recherche de repreneurs comme Cevital).
- Le problème : L’État a agi en pompier social pour éteindre l’incendie des licenciements, mais pas en architecte économique.
- L’inaction : « Je ne peux pas taxer les produits importés (règles européennes/OMC) ni forcer les gens à acheter français. Je ne peux que subventionner la survie. » L’État n’a pas changé les règles du jeu structurelles.
Résultat : Les trois acteurs se sont regardés en chiens de faïence jusqu’à la fermeture des usines. Vouloir faire du « neuf, standard et pas cher » en France était une équation impossible.
II. BRISER LE TRIANGLE : LA RÉVOLUTION RÉGÉNÉRATIVE
Le Made in France Régénératif ne cherche pas à résoudre l’équation impossible de Brandt. Il change les termes de l’équation en Cercle Vertueux de la Régénération.
L’analyse de la chute de Fagor-Brandt révèle une erreur fondamentale de conception : c’était une industrie « hors-sol ». L’usine était posée sur le territoire vendéen, mais elle ne vivait pas avec lui. Elle importait ses matières, assemblait sur place, et exportait ses produits. Quand le coût du travail est devenu moins cher ailleurs, l’usine a pu être « dé-plantée » et déplacée, car elle n’avait aucune racine réelle.
Voici comment le modèle régénératif débloque chaque sommet :
1. L’Entreprise : De la Vente de Volume à la Vente de Durée
L’entreprise régénérative (comme ENVIE, Renault Re-Factory ou L’Increvable) sort de la concurrence frontale sur le produit neuf standard.
- La solution : Elle ne vend plus seulement de la matière importée assemblée ; elle vend de la main-d’œuvre locale qualifiée (réparation, reconditionnement, durabilité).
- Le gain : La valeur ajoutée se déplace du produit vers le service. On ne peut pas délocaliser la réparation d’un lave-linge ou le reconditionnement d’une voiture.
- La régénération : Acheter un objet qui dure 20 ans (ex: L’Increvable), c’est s’affranchir de la charge mentale de la consommation permanente. C’est du temps de vie gagné sur le temps de shopping. Une industrie qui produit des objets durables et réparables libère du temps pour la société. La promesse historique de l’electroménager.
2. Le Consommateur : Du « Moins Cher » au « Mieux Disant »
Le consommateur n’est plus sommé de faire de la solidarité Francaise. On lui propose une nouvelle proposition de valeur.
- La solution : Il accepte de payer pour l’usage et la longévité. Acheter un appareil reconditionné par ENVIE ou un appareil conçu pour durer 20 ans, c’est économiquement rationnel sur la durée et écologiquement sensé.
- Le gain : La fierté de l’achat citoyen rejoint l’intérêt économique.
- La régénération : Le Made in France Régénératif est un éloge de la lenteur vertueuse. Il privilégie la maintenance (soin long) sur la production (flux rapide). Pour les collaborateurs l’utilisation de la technologie pour travailler mieux, voire moins, pour libérer du temps pour le soin, la formation et la citoyenneté.
3. L’État : Du Pompier à l’Architecte
L’État régénératif cesse de subventionner les pertes pour investir dans les règles du jeu.
- La solution : Avec la loi AGEC, l’Indice de Réparabilité, et les Fonds Réparation, l’État avantage structurellement celui qui répare en France par rapport à celui qui importe du jetable.
- Le gain : Il crée un marché où la vertu écologique devient une compétitivité économique.
- La régénération : L’Investissement Jardinier (Le modèle Régénératif), c’est l’argent injecté pour transformer l’infrastructure même du pays (ses sols, ses compétences, ses outils). C’est une mise de fonds dont le retour sur investissement (ROI) se mesure en résilience future, en santé publique et en souveraineté (ROR).
Au-delà de la RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises), souvent vague et déclarative, le modèle régénératif instaure la RTE : Responsabilité Territoriale des Entreprises. L’industrie locale a pour mandat premier de sécuriser les besoins vitaux du « bassin de vie » en cas de crise (comme vu pendant le Covid avec les masques). En zone rurale, l’usine est souvent ce qui maintient la poste, l’école et le commerce ouverts. L’entreprise régénérative assume ce rôle politique de « colonne vertébrale » de la cité
Pour sortir du Triangle de l’Inaction (État / Entreprise / Conso), le Territoire est la solution géométrique. C’est à cette échelle que :
- Le Consommateur voit l’impact direct de son achat sur l’emploi de son voisin (circuit court).
- L’Entreprise connaît physiquement ses fournisseurs et ses clients (confiance).
- L’État (via les Régions) peut investir précisément sur les atouts réels.
CONCLUSION
Le cas Brandt appartient au passé, à une époque où l’on croyait pouvoir lutter contre la mondialisation avec les armes du XXe siècle. Le Triangle de l’Inaction se brise dès lors que l’on comprend que l’avenir de l’industrie française ne réside pas dans la fabrication de produits jetables moins chers, mais dans la capacité à s’inscrire dans le temps longs de la régénération.
Produire en France pour régénérer la France : c’est la seule stratégie qui réconcilie enfin l’entreprise, le consommateur et l’État.
C’est le choix de passer d’une économie de la surexploiration des humains et de la nature à une économie de soin.




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