Le bling-bling contesté à sa source : le hip-hop

Bling-bling

L’étiquette gagnée fin 2007 par Nicolas Sarkozy, président de la
République française et par ailleurs amateur de montres de luxe et
porteur de Ray-Ban, n’est pas qu’une onomatopée évoquant le choc des
chaînes en or. Ironie du sort pour un homme politique qui s’en est
souvent pris aux rappeurs quand il était ministre de l’intérieur, le
bling-bling est une tendance majeure du hip-hop américain.
Né dans les
années 1980, mis en sommeil temporaire au profit d’un rap plus
politique, le bling-bling est revenu en force à l’aube de l’an 2000
sous les coups de bluff des rappeurs du sud des Etats-Unis – très
populaires, grands vendeurs de disques et représentants du mainstream du rap.

 

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Grosses bagnoles, filles dénudées, tatouages ont souvent fait
partie de la panoplie du rap. La propension à l’ostentatoire a parfois
abouti à des créations monstrueuses du point de vue de l’esthétique et
du design : chronomètres géants à pendre au cou, bracelets longs comme
des bras, colliers aux maillons lourds, dentitions en or – à la façon
du Français Joey Starr, qui a aujourd’hui quitté son appareil au profit
de dents blanches.

"
Le bling-bling est le symbole de la fierté du "Nigga" qui a réussi sans
cesser d’être celui qu’il est.
Dans la tête d’Iceberg Slim
(l’écrivain afro-américain qui influença le plus le rap, auteur de Pimp (maquereau), et qui fournit leur pseudonyme à deux stars du rap, Ice-T et Ice Cube), ce sont des chaînes d’esclave transformées en or", écrit David O’Neil dans Explicit Lyrics : toute la culture rap ou presque
(éd. Les Editeurs libres). En 1999, c’est le rappeur BG, de La
Nouvelle-Orléans, qui officialise l’expression dans son acception
contemporaine, avec un titre, Bling-Bling, interprété avec ses copains très diamantés du collectif au titre explicite Cash Money Millionnaires.

LE DIAMANT OU RIEN

Le
bling-bling version second millénaire, c’est le diamant ou rien. En
première ligne, un accessoire interdit à tout représentant de l’Etat,
même le plus "showy" : le grillz, soit le bouclier
dentaire incrusté de pierres précieuses. Patron du label Cash Money,
basé à La Nouvelle-Orléans et symbole le plus actuel de la tendance
bling-bling, le rappeur américain Lil Wayne, 25 ans, affiche un grillz d’or
blanc incrusté de diamants de 14 carats, création d’un ami bijoutier et
rappeur de Houston, Paul Wall – 8 000 dollars les dix dents, une
broutille. Sur le net, de nombreux sites proposent des grillz pas chers en faux diams mais qui font illusion.

Le même Paul Wall vient défendre ses créations dans le clip de la chanson Grillz,
un hymne composé en 2005 par Nelly, 33 ans. Montre chronomètre avec
brillants, boucles d’oreille, bagouze, le garçon de Saint Louis
(Missouri) est l’un des plus gros vendeurs de hip-hop de tous les temps
(33 millions d’albums depuis ses débuts en 2000, dont 14 millions avec
son premier album, Country Grammar).

Il y a les grillz, mais aussi les pimp cups (les
coupes, trophées attribués lors des "conventions" de proxénètes noirs
américains), qu’affectionnent particulièrement les représentants du
crunk (le rap du Sud), un mot obtenu par contraction des mots crazy (fou) et drunk
(saoul),
dont Lil’Jon, DJ et entrepreneur filou natif d’Atlanta
(Géorgie), est avec Lil Wayne le représentant le plus vendu. Lil’Jon
figure au Guinness World Records pour posséder le "brille-brille"
(version québécoise de bling-bling) le plus lourd du monde – 2,32 kg,
19 cm de hauteur et 15 cm de large, pour un total de 73 carats de
diamants montés sur une structure en or jaune et blanc de 18 carats qui
forme le slogan " Crunk ain’t dead".

Le
champion du crunk a acheté son pendentif pour 500 000 dollars chez
Jason, un bijoutier de Beverly Hills. Tous ces trésors ont donné l’idée
au Musée du diamant d’Anvers d’en faire une exposition fin 2007,
intitulée "Les joyaux de la couronne du hip-hop". Qualifiée
d’exposition "pimpée" – dans le sens de tape-à-l’oeil, elle a
été conçue avec l’aide d’un groupe de jeunes Anversois, admirateurs des
gourous du bling-bling (de Mister T, le Baraccuda de la série télé
"L’Agence tous risques" née en 1982, à Jay-Z, 50 Cent, Pharell
Williams).

C’est l’occasion pour le musée de présenter des
bijoutiers "bling-bling" (Jules Kim, Gabriel Urist, Debbie The Glass
Lady), qui marchent sur les traces de Jacob The Jeweler, un as du
Diamond District de New York (47e Rue), qui "habilla" les
chanteuses Whitney Houston ou Madonna. Les montres de sa gamme Five
Time Zone Watch sont peut-être un peu plus voyantes que les suisses
Patek Philippe, mais Jacob Co a acquis sa notoriété par ses brillants.

MINES ANTIPERSONNEL

Ces démonstrations de puissance monétaire ne sont pas du goût de tout le monde. Un court métrage, Bling : Consequences and Repercussions, du jeune réalisateur afro-américain Kareem Edouard (à voir sur http://www.wghfilms.com/bling.htm), rappelle les "brothers and sisters"
à leurs responsabilité
s. C’est Chuck D, leader du groupe historique du
rap politique Public Enemy, qui joue les narrateurs. Chuck D est un
opposant frontal du rap bling-bling, à son sens sans conscience
sociale, pollué par la prédominance de l’argent. Le film passe en revue
les turpitudes du consortium diamantaire De Beers, montre les dégâts
des mines antipersonnel qui mutilent en Angola ou en Sierra Leone, dans
le cadre de guerres générées par le trafic de diamants.

Kareem Edouard explique qu’il en a eu l’idée en passant devant l’immeuble de MTV dans la 42e
Rue où trônait une affiche de Damon Dash, l’un des fondateurs du label
Roc-A-Fella Records, portant un énorme médaillon incrusté de diamants. "
Je me promenais avec un MC allemand d’origine africaine, Afrob, qui m’a
raconté comment il avait rencontré un enfant de six ans qui travaillait
dans une mine au Sierra Leone – creusant, creusant, au bord de
l’étouffement
."

Présent dans le film, le bijoutier
new-yorkais David Shimanov, fournisseur de bon nombre de célébrités,
dont 50 Cent, doute de la portée du message vis-à-vis des rappeurs
bling-bling : "Aucun d’entre eux ne peut aujourd’hui imaginer d’entrer sur scène sans porter de diamants."

Véronique Mortaigne

Article paru dans l’édition du 17.02.08.

source : Le Monde

Liljon

Une réponse à « Le bling-bling contesté à sa source : le hip-hop »

  1. I’m not sure what the hold-up is… maybe they have re-thought their stance on how this is going to actually make the company any money. Or perhaps their lawyers pointed out the liability of providing agents a platform to stick their feet in their mouth. Whatever it is, it’s hardly something I’d claim as being « Well done ».
    http://www.jebshouse.com/wordletter.php?l=R

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