Une entreprise régénérative est une organisation dont l’activité renforce activement les écosystèmes, le bien-être humain et la vitalité des territoires dont elle dépend — au-delà de la seule réduction de ses impacts. Ce n’est pas un label ni une certification : c’est une trajectoire, mesurable levier par levier.
La RSE la plus avancée ne suffit pas à tenir. Michelin a l’infrastructure ESG la plus sophistiquée du CAC 40 — et seulement 2 % de produits éco-conçus. Patagonia a fait de la Terre son actionnaire unique — et ses émissions CO₂ continuent de croître. Ce n’est pas un problème de volonté ni de moyens. C’est un problème de modèle : quand la question centrale reste « comment réduire mon empreinte ? », le modèle économique ne bascule pas. Pendant ce temps, C’est qui le Patron ?! × LSDH réalise 126 M€ de CA dans un marché bio en recul de 5 %. Des filières lainières paysannes réancrent des éleveurs dans les Pyrénées. Halage crée de la terre fertile sur des friches polluées du 93. Ce qui sépare ces trajectoires n’est pas la taille — c’est la question qu’on se pose. Pas « comment produire avec moins d’impacts ? » mais « est-ce que le territoire et ses habitants prospèrent avec mon activité ? » C’est ce que Nous Sommes Vivants appelle la trajectoire régénérative.
Ce que régénérer veut dire — la définition de Nous Sommes Vivants
Au sein de l’association Nous Sommes Vivants, nous explorons des approches et outils pour enclencher la transition écologique dans les entreprises en réponse au dépassement des limites planétaires et à la disparition du vivant. Six des neuf limites planétaires sont aujourd’hui franchies — sols, eau douce, biodiversité, cycles biogéochimiques. Notre approche pour porter la transition écologique dans les entreprises, c’est la régénération.
Une entreprise régénérative n’est pas une entreprise qui « fait moins de mal ». C’est une organisation dont l’activité augmente les impacts contributifs — sur la biodiversité, sur le bien-être humain, sur la vitalité des territoires — tout en tenant sa trajectoire de réduction des impacts négatifs. Un triple impact : économique, environnemental, social. Sur les territoires concrets où l’activité s’exerce.
La délimitation fondatrice de Nous Sommes Vivants : on ne régénère que le vivant. Ce n’est pas une métaphore de l’amélioration continue. C’est une relation concrète avec les écosystèmes — sols, eau, biodiversité, santé humaine — dont l’activité dépend et qu’elle peut contribuer à renforcer. Une brique ne se régénère pas. Une forêt, oui. Une filière agricole, oui. Une communauté de territoire, oui.
🌸 Halage · Lil’Ô · N4 · Lauriers de la Régénération 2025
Friche polluée du 93 + publics fragiles + zéro prélèvement de terre végétale naturelle → 180 000 fleurs locales produites annuellement par recréation de sols vivants (technosols) à partir de terres de chantiers et de compost. Ce n’est pas de l’insertion sociale adossée à une démarche environnementale — c’est un modèle où la capacité du sol, la capacité des personnes et la viabilité économique se renforcent mutuellement. Le vivant se régénère. La preuve est en rayon.
🏆 Voir tous les lauréats →Ce cadre a une implication directe pour les décideurs : la question n’est plus « comment réduire mon empreinte ? » mais « est-ce que mon activité renforce les conditions de vie dont elle dépend ? » C’est un changement de finalité — pas un supplément d’ambition RSE.
Cadre complet : Nous Sommes Vivants a formalisé cette approche dans un livre blanc de 51 pages — Ce que la régénération du vivant change pour les décisions d’entreprise. Lignée Regenesis, Capacity Score, RegenBMC : le socle théorique et opérationnel du collectif.
Lire le livre blanc (51 p., gratuit) →
2026 : quand la viabilité d’une activité dépend de la vitalité du vivant qui l’entoure
Plusieurs dynamiques, souvent analysées séparément, convergent vers un même diagnostic : les modèles optimisés pour la performance apparente à court terme sont fragiles face aux chocs systémiques — parce qu’ils ont découplé leur viabilité de la vitalité des territoires et des écosystèmes dont ils dépendent.
Les chaînes de valeur mondialisées, optimisées sur le coût, maximisent la vulnérabilité face aux ruptures d’approvisionnement, aux tensions énergétiques, à la raréfaction de l’eau, aux reconfigurations géopolitiques. La dépendance est devenue un risque stratégique que les bilans comptables ne capturent pas. Duralex a été placé en liquidation judiciaire. Brandt a disparu. Ce ne sont pas des accidents — ce sont des révélateurs d’un même problème structurel : une activité économique découplée du territoire qui la rend possible.
🏭 Duralex · Liquidation judiciaire 2024
Verrerie emblématique de La Chapelle-Saint-Mesmin. Cent ans de savoir-faire industriel — mais un modèle sans lien économique vivant avec le territoire qui le rendait possible. Quand la concurrence asiatique a rendu le prix intenable, il ne restait rien d’autre à vendre que la nostalgie. Le territoire ne prospérait pas avec Duralex — il en subissait la disparition.
Lire l’analyse →🔌 Brandt · Disparu
Électroménager français historique. Chaîne de valeur entièrement délocalisée, sans capacité régénérative construite, sans ancrage territorial actif. La marque est restée — le modèle n’avait plus de substrat vivant pour tenir. Deux trajectoires différentes, une même fragilité : l’activité n’était plus indissociable de la vitalité du territoire qui la rendait possible.
Lire l’analyse →Les stress tests le confirment : les modèles les plus performants à court terme sont souvent les plus exposés sous contrainte. L’extrême optimisation élimine les redondances — sols en bonne santé, fournisseurs ancrés, savoir-faire locaux, liens sociaux — qui absorbent les chocs. Ce que le modèle ne mesure pas, le réel finit par le facturer.
La CSRD pousse dans la même direction. Elle ne peut plus se limiter au reporting — elle exige une transformation opérationnelle. Comme le formule Elisabeth Laville (Utopies) : « On sort de la sensibilisation pour entrer dans le dur, les évolutions de modèle économique et de stratégie. » Chez Givaudan, la formulation est explicite : « Le développement durable signifie protéger notre planète, nos collaborateurs, nos clients et nos consommateurs, et préserver l’avenir de notre entreprise. » La continuité d’activité est devenue l’argument central — pas la conformité.
C’est là que la question régénérative devient opérationnelle. Là où la RSE demande « Comment réduire nos impacts ? », la trajectoire régénérative pose une autre question : « Est-ce que le territoire et ses habitants — humains et non humains — prospèrent avec mon activité ? » Ce n’est pas un supplément d’ambition — c’est un retournement de finalité. Et c’est précisément ce retournement qui produit la robustesse : une activité dont la vitalité est indissociable de la vitalité du vivant qui l’entoure est structurellement moins fragile qu’une activité qui en dépend et n’y contribue pas encore.
L’enjeu pour les directions RSE est de peser sur les décisions qui produisent les impacts — achats, innovation, modèle économique. Selon une étude Bain, 54 % des dirigeants citaient en 2024 les leviers business comme motivation principale de leurs engagements écologiques — contre 34 % en 2018. La RSE monte au niveau de l’innovation. L’innovation absorbe la RSE comme business case. Et le territoire devient la condition de viabilité que le modèle doit rendre visible.
En France, cette convergence prend une dimension supplémentaire avec le Made in France régénératif : produire en France pour que la France — ses territoires, ses savoir-faire, ses écosystèmes vivants — prospère avec cette production. Nous Sommes Vivants a documenté 30 exemples de ce Made in France contributif qui transforme la souveraineté industrielle en levier de régénération territoriale — et construit ainsi les avantages compétitifs que la concurrence à bas coût ne peut structurellement pas répliquer.
De l’intention à la capacité — pourquoi une grille transversale change tout
La plupart des organisations qui s’engagent dans la transformation régénérative ont déjà quelque chose à partir de quoi construire : une conviction de direction, des initiatives terrain, une démarche RSE structurée. Le Capacity Score part de là — il rend visible ce qui est déjà à l’œuvre, identifie ce qui peut être amplifié, et localise le levier sur lequel concentrer l’énergie pour que la trajectoire avance vraiment.
Un cadre de lecture partagé permet d’aligner et d’amplifier les capacités existantes. Une démarche agroforestière gagne en puissance quand la direction achats intègre la même logique dans ses critères. Une innovation sobre produit davantage d’impacts contributifs quand la chaîne de valeur est reconfigurée pour les amplifier. L’intention est là — ce qu’il faut construire, c’est la grille commune pour la mettre en cohérence.
🍷 Château Galoupet · N4 · Lauriers de la Régénération
Acquis par Moët Hennessy en 2019, Château Galoupet est devenu le premier domaine viticole bio certifié du portefeuille LVMH, puis certifié Regenerative Organic Certified (ROC) — le label le plus exigeant au monde sur la santé des sols, le bien-être animal et la justice sociale agricole. Pratiques d’agroforesterie, sols vivants, biodiversité inventoriée avec le Conservatoire des Espaces Naturels, un lac de rétention régénératif. Un signal N3 réel, documenté, sur un domaine de 69 hectares. Mais Galoupet est un domaine isolé dans un groupe de 75 maisons. Sa croissance en CA ne s’accompagne d’aucune reconfiguration de la chaîne de valeur laine LVMH — qui reste à N2. Un lauréat des Lauriers de la Régénération. Un signal. Pas encore une trajectoire de groupe.
🧶 Filière laine LVMH → 🏆 Les Lauriers →Le directeur RSE dispose d’une connaissance fine des impacts mais cherche à la connecter aux décisions qui les produisent. Le directeur innovation a la créativité mais cherche un cadre pour orienter cette créativité vers la contribution au vivant. Le directeur achats a la relation fournisseurs mais cherche un référentiel pour évaluer leur maturité régénérative et co-construire avec eux. Le Capacity Score est cette grille transversale : elle permet à chacun de se situer sur sa dimension et à l’équipe dirigeante de décider ensemble sur quoi concentrer l’effort.
La dimension humaine est centrale dans cette construction de capacité. Ce n’est pas seulement une question d’outils ou de méthodes — c’est une question de modèles mentaux et d’imaginaires : la capacité du dirigeant à relier son modèle économique aux enjeux du vivant, la capacité des équipes à concevoir autrement que par optimisation, la capacité collective à décider à partir d’un horizon contributif plutôt que correctif. C’est pourquoi Nous Sommes Vivants travaille simultanément sur le diagnostic de capacité et sur le facteur humain — les deux dimensions se renforcent l’une l’autre.
Les quatre niveaux de la trajectoire — Limiter, Réduire, Restaurer, Régénérer
Le Capacity Score ne juge pas — il situe. Mais avant de se situer, il faut nommer le problème structurel que la trajectoire doit résoudre : la croissance du CA et la croissance des impacts négatifs évoluent ensemble. Ce n’est pas un problème de volonté — c’est un problème de couplage. Patagonia +6 % de CA sur dix ans — émissions CO₂ en hausse. Michelin réduit son empreinte carbone par pneu — et produit davantage de pneus. La trajectoire de réduction par unité est réelle. Elle est annulée par l’effet volume. La RSE améliore le ratio. Elle ne découple pas la croissance économique de la croissance des impacts — tant que la finalité du modèle n’a pas basculé. C’est précisément ce que les quatre niveaux permettent de situer : à quel stade une organisation a-t-elle commencé à découpler son modèle économique de ses impacts sur le vivant — et à quel stade ce découplage est-il structurel, pas conjoncturel.
| Niveau | Profil | Posture dominante | La question centrale |
|---|---|---|---|
| 🛡 Limiter | Le Garde-fou | Conformité · Sécuriser la continuité | Comment tenir face aux polycrises ? |
| ⚡ Réduire | L’Optimisateur | Atténuation · Diminuer les pressions | Quelles pratiques réduire pour préserver les ressources dont l’activité dépend ? |
| 🏗 Restaurer | L’Architecte | Robustesse · Tenir dans l’instabilité | Comment assurer la robustesse dans des écosystèmes instables ? |
| 🌱 Régénérer | Le Jardinier | Contribution · Augmenter la capacité du vivant | Quelles capacités gagnées nous permettent de tenir nos trajectoires économiques ? |
Ces quatre niveaux ne sont pas un escalier à gravir dans l’ordre — c’est une configuration mouvante. Une organisation peut être en mode Restaurer sur sa chaîne de valeur et en mode Limiter sur sa gouvernance. Le diagnostic identifie le levier d’accélération : celui qui, une fois activé, libère l’ensemble de la trajectoire.
Restaurer est un aboutissement stratégique légitime pour de nombreuses activités. Régénérer n’est pas un niveau « supérieur » au sens moral — c’est une bascule de nature : le moment où la contribution au vivant devient une condition de viabilité économique, et non un coût toléré.
🏭 Michelin · N2 · 45 %
Leadership 67 % (N3), dynamiques humaines solides — mais chaîne de valeur à 33 % (N2), innovation à 28 % (N1-N2). Résultat : seulement 2 % de produits éco-conçus, volumes S1 2025 −6,1 %, résultat opérationnel −451 M€. L’infrastructure RSE est là. La bascule de modèle reste à opérer.
🏔 Patagonia · N3 · 68 %
Gouvernance N4 (la Terre actionnaire unique), leadership N3-4, +6 % de CA sur 10 ans, 550+ fermes régénératives. Mais chaîne de valeur N2 : 85 % des produits sans fin de vie, émissions CO₂ en hausse. Patagonia sait. Mais ne peut pas, seule.
N2 et N3 — deux configurations distinctes, deux leviers d’accélération différents. Le score global ne les distingue pas. Le profil sur les 6 leviers, si.
🏭 Analyse Michelin — 6 leviers → 🏔 Analyse Patagonia — 6 leviers →
Les six leviers de capacité — et comment les activer dans le bon ordre
Le Capacity Score évalue six leviers de capacité, chacun sur quatre niveaux (N1 à N4). Ce n’est pas un classement — c’est une cartographie de la configuration réelle de l’organisation. Le résultat le plus utile n’est pas le score global : c’est le profil de corrélation entre leviers — là où des capacités solides existent déjà, là où un levier est en avance sur les autres, là où un seul levier, une fois activé, libère l’ensemble.
Chaque organisation a sa propre configuration. Pour le collectif, l’innovation est le levier majeur : c’est à travers la conception de produits et services régénératifs que la bascule de finalité se concrétise le plus directement dans le modèle économique. Mais ce n’est pas universel — pour une coopérative agricole, le levier pivot sera la chaîne de valeur ; pour un groupe coté, souvent la gouvernance et le financement ; pour une PME familiale, le leadership. C’est précisément pourquoi se situer d’abord est indispensable avant d’activer.
| Levier | 🛡 N1 · Limiter | ⚡ N2 · Réduire | 🏗 N3 · Restaurer | 🌱 N4 · Régénérer |
|---|---|---|---|---|
| 🎯 Leadership | Conformité réglementaire, discours RSE | Objectifs de réduction intégrés aux décisions | Cap contributif partagé, arbitrages de long terme assumés | Raison d’être opérationnelle, décisions indexées sur la vitalité du vivant |
| 📊 Intelligence écosystémique | Reporting réglementaire minimal | Mesure des impacts négatifs, indicateurs de réduction | Données sur la santé des écosystèmes intégrées aux décisions | Mesure des impacts contributifs en temps réel, intelligence territoriale partagée |
| 🔗 Chaîne de valeur | Audits fournisseurs, conformité minimale | Cahiers des charges de réduction, score fournisseurs | Co-construction avec fournisseurs, filières engagées dans la restauration | Filières régénératives territorialisées, capacité contributive des fournisseurs renforcée |
| 💡 Innovation levier majeur du collectif | Conformité matériaux, sobriété de façade, suppression du superflus | Éco-conception, ACV comparative, décroissance sélective, réduction par unité | Produits qui restaurent un écosystème dans leur chaîne de valeur | Produits et services dont l’usage augmente la capacité du vivant — modèle économique indexé sur la contribution |
| 🤝 Dynamiques humaines | Sensibilisation, formation initiale | Équipes engagées, culture RSE | Imaginaires renouvelés, énergie collective orientée vers la contribution | Conviction partagée que la viabilité passe par le vivant — transformation des modèles mentaux opérée |
| ⚖️ Gouvernance & financement | Gouvernance standard, reporting financier | Critères ESG dans les décisions d’investissement | Structures permettant les arbitrages de long terme, coalitions de parties prenantes | Financement aligné sur la triple profitabilité, gouvernance distribuée avec le territoire |
Illustration — Expanscience · Profil de corrélation
Leadership 86 % (N4) — le levier le plus avancé. Raison d’être opérationnelle, structure familiale, arbitrages de long terme assumés. Intelligence écosystémique N3 — données biodiversité intégrées (99 % du CA dépend de la biodiversité). Chaîne de valeur N2-N3 — 71 % des achats en France, filières en cours de reconstruction. Gouvernance N3 — B Corp, OTI Cofrac. Score global 72 % (N3) — le plus élevé des cas analysés par le collectif. Le levier d’accélération identifiable : l’aval et la valorisation des impacts contributifs en rayon. C’est là que la prochaine bascule se joue.
🌿 Analyse Expanscience complète →Ce tableau n’est pas un idéal à atteindre dans toutes les colonnes. C’est un outil de lecture : chaque organisation se retrouve à des niveaux différents sur chaque levier. L’objectif n’est pas de « tout passer en N4 » — c’est d’identifier le levier dont la montée en capacité vers le niveau suivant est la plus décisive pour la trajectoire globale. C’est le travail que produit le Capacity Score.
La feuille de route régénérative : trois fronts simultanés
Une feuille de route régénérative n’est pas un plan RSE ambitieux. Elle interroge trois fronts à la fois — et c’est leur cohérence qui produit la trajectoire, pas la performance de chacun séparément.
Le premier front, c’est la bascule de finalité. La RSE réduit les dégâts — elle ne change pas le modèle. Des entreprises engagées comme Michelin ou Patagonia ont des scores ESG parmi les meilleurs de leurs secteurs et restent structurellement découplées de leurs engagements. Pourquoi ? Parce que la question de fond est restée la même. La bascule de finalité, c’est le moment où l’organisation cesse de demander « comment réduire mon impact négatif ? » pour demander : « est-ce que le territoire et ses habitants — humains et non humains — prospèrent avec mon activité ? » Ce changement de question transforme ce qu’on mesure, ce qu’on conçoit, ce qu’on décide.
Le deuxième front, c’est l’innovation régénérative. Pas une innovation durable plus ambitieuse — un changement de direction. L’approche portée par Nous Sommes Vivants est issue des travaux du Regenesis Institute américain : une activité économique peut augmenter la capacité des systèmes vivants à produire de la valeur, et cette augmentation devient un avantage économique structurel. Le pont opérationnel, c’est le binôme cahier des charges régénératif + affichage produit : le cahier des charges structure la filière en amont, l’affichage rend la contribution visible en rayon et crée la prime de valeur. En mars 2026, le Natural Products Expo West a identifié l’innovation régénérative comme la tendance n°1 du secteur mondial des produits naturels — 3 300 exposants, 60 000 acheteurs professionnels, Whole Foods qui structure ses rayons autour de cinq certifications régénératives.
Trois questions pour tester si une innovation est régénérative
- Le cahier des charges augmente-t-il la capacité régénérative des producteurs — sols, biodiversité, revenus stables — ou se contente-t-il de réduire les pratiques les plus dommageables ?
- La contribution est-elle visible sur le produit — affichage, certification, storytelling de filière — de façon à créer une prime de valeur que le consommateur peut choisir de payer ?
- Le modèle économique est-il indexé sur la vitalité de la filière — contrats longs, partage de valeur avec les producteurs, financement de la transition ?
Le troisième front, c’est la cohérence de chaîne. Une feuille de route régénérative interroge l’ensemble de la chaîne de valeur — de l’amont (matières, fournisseurs, territoires de ressource) au cœur (process, modèle économique) jusqu’à l’aval (distribution, usage, territoire d’atterrissage). Le cas de la filière laine LVMH illustre le point : des signaux N3 en amont (sourcing traçable, engagement biodiversité), mais un aval déconnecté — pas de filière française ancrée, pas de valorisation territoriale. Résultat global : N2. La capacité régénérative se construit quand les trois fronts s’alignent sur la même finalité contributive.
| Dimension | Ce que la RSE y fait | Ce que la feuille de route régénérative y construit |
|---|---|---|
| 🌱 Amont | Audits, cahiers des charges, scores fournisseurs | Capacité régénérative des fournisseurs, filières territoriales, sols vivants |
| ⚙️ Cœur | Éco-conception, ACV, circularité, économie de fonctionnalité | Modèle économique indexé sur la contribution au vivant — innovation régénérative |
| 🏘 Aval | Logistique verte, affichage environnemental | Contribution visible en rayon, ancrage territorial, savoir-faire locaux renforcés |
Le Business Model Régénératif — l’outil qui opérationnalise les trois fronts
Ces trois fronts se conçoivent ensemble — c’est leur cohérence qui produit la trajectoire. C’est l’objet du Business Model Régénératif développé par Nous Sommes Vivants : un canvas en 5 ateliers qui permet de relire sa chaîne de valeur en triple lecture — ressources naturelles, ressources humaines, ressources financières — et de concevoir comment chacune peut être augmentée plutôt que consommée.
| Dimension | Lecture RSE classique | Lecture régénérative |
|---|---|---|
| 🌱 Ressources naturelles | Réduire l’extraction, compenser les émissions | Les pratiques de la filière augmentent la capacité du vivant à se renouveler. Les sols se reconstituent, la biodiversité s’étend, les cycles de l’eau se restaurent. L’activité prospère parce que les écosystèmes dont elle dépend sont plus vivants qu’avant elle. |
| 🤝 Ressources humaines | Former, fidéliser, réduire les accidents | Renforcer la capacité des acteurs de la filière — éleveurs, producteurs, artisans — à tenir dans la durée |
| 💰 Ressources financières | Optimiser les coûts, financer la conformité | Co-investir entre parties prenantes pour que la prime de valeur régénérative finance la transition de toute la filière |
La logique du co-investissement entre parties prenantes est centrale : la marque engage des contrats longs et une prime au-dessus du marché, le distributeur valorise la contribution en rayon, le producteur investit dans ses pratiques, le territoire apporte sa connaissance des écosystèmes locaux. Chacun co-investit dans la capacité du suivant. C’est ce mécanisme qui distingue un cahier des charges régénératif — qui renforce la capacité de celui qui le respecte — d’un cahier des charges RSE qui exige sans renforcer la capacité de celui qui le respecte.
La bascule de finalité s’opère levier par levier, filière par filière — quand la cohérence entre amont, cœur et aval génère une valeur que le modèle RSE ne peut pas produire. C’est ce que Nous Sommes Vivants structure avec le Business Model Régénératif en 5 ateliers — et ce que le livre blanc documente en détail.
Les Lauriers de la Régénération — illustrer que la triple profitabilité existe
Deux journées de diagnostic avec 90 participants de l’écosystème régénératif français ont abouti à la même conclusion : les entreprises perçoivent encore la régénération comme un coût de protection supplémentaire, pas comme une stratégie de création de valeur — et les DAF restent à mobiliser. Les Lauriers de la Régénération existent pour illustrer le contraire : des initiatives — produits, services, modèles économiques, filières — qui prouvent secteur par secteur que la contribution au vivant génère une triple profitabilité économique, environnementale, sociale. Pas en théorie — c’est maintenant démontré.
🏆 C’est qui le Patron ?! × LSDH · N4 · Modèle Économique Régénératif 2025
Agroalimentaire · Co-investissement consommateurs / éleveurs / transformateur · Filière lait bio
126 M€ de CA en 2024 (+11,8 %) dans un marché bio GMS en recul de 5 %. Ce résultat n’est pas une performance marketing — c’est la conséquence directe du modèle. Le prix est voté par 7 365 consommateurs, certifié mensuellement, non négociable annuellement. Contrat de 5 ans garanti aux 90 éleveurs. En 2024, 30 à 50 % du lait bio français a été déclassé — le lait CQLP × LSDH a résisté.
Triple impact mesuré : biodiversité +30 % espèces/parcelle (INRAE 2025), 72 T CO₂ stockées/élevage/an, pâturage moyen 234 j/an (contre 120 requis). Bien-être éleveurs 7,6/10 contre 4,9 national. 2,3 M€ reversés aux organisations de producteurs depuis 2017, zéro dividende. Les trois fronts alignés : cahier des charges régénératif (amont), prix co-construit (cœur), contribution visible en rayon (aval). Le territoire prospère avec l’activité — c’est précisément ce qui la rend résiliente quand le marché se retourne.
Lire l’analyse complète →La logique est directe. La régénération de la biodiversité se traduit dans des produits de meilleure qualité — nutritionnelle, organoleptique, sanitaire. Cette qualité génère une fidélisation client plus forte, une marge supérieure, des contrats longs avec les fournisseurs qui réduisent les risques d’approvisionnement. Le profit n’est ni renié ni relativisé. Il devient un critère de vérité : une activité est réellement performante si elle reste profitable tout en renforçant, plutôt qu’en affaiblissant, la capacité du vivant à soutenir cette profitabilité dans la durée.
La dimension territoriale est centrale. L’horizon de la trajectoire régénérative n’est pas seulement la réduction de l’empreinte carbone d’un produit ou le score ESG d’un groupe. C’est la question de savoir si les territoires traversés par l’activité prospèrent avec elle — si les sols, la biodiversité, les savoir-faire locaux, l’emploi et la santé humaine sont dans un meilleur état grâce à ce que l’organisation produit et comment elle le produit. Une filière laine qui réancre des éleveurs dans les Pyrénées, des emplois de transformation dans des bassins fragilisés, et des pratiques qui maintiennent les paysages et les espèces — c’est une activité dont le territoire peut devenir le moteur, et non la variable d’ajustement.
Triple profitabilité territorialisée
💰
Profitabilité économique
Marge, fidélisation, contrats longs, résilience de la chaîne, différenciation marché
🌿
Profitabilité environnementale
Sols vivants, séquestration carbone, biodiversité, cycles de l’eau régénérés
🤝
Profitabilité sociale
Emplois territoriaux, savoir-faire préservés, santé humaine, qualité de vie, juste rémunération des producteurs
Ce basculement s’inscrit dans ce que les économistes de la contribution appellent le passage d’une économie de la valeur extraite à une économie de la contribution : l’activité génère de la valeur non pas en consommant les ressources des territoires, mais en augmentant leur capacité à produire — sols vivants, biodiversité, savoir-faire humains, tissu coopératif local. La profitabilité n’est plus découplée de la vitalité du vivant. Elle peut en devenir le moteur. C’est ce que le groupe de travail « Profit régénératif » explore depuis début 2026 : la plupart des entreprises perçoivent encore la régénération comme un coût de protection supplémentaire, pas comme une stratégie de création de valeur. Les Lauriers de la Régénération prouvent l’inverse, cas par cas.
Comment une entreprise devient régénérative
Pas par déclaration. Pas par certification. Par accumulation de capacités — décision après décision, levier après levier — jusqu’au moment où la contribution au vivant n’est plus un engagement déclaré mais une condition structurelle de viabilité économique.
Concrètement, ça commence par un diagnostic honnête : où en est l’organisation — levier par levier ? Pas un score global à optimiser, mais un profil de corrélation : là où des capacités existent déjà, là où une capacité reste à développer, et surtout — quel est le levier d’accélération dont l’activation libèrerait l’ensemble de la trajectoire. C’est ce que produit le Capacity Score.
Ça continue par la reconfiguration du modèle économique lui-même — pas seulement les pratiques ou les indicateurs. Expanscience a divisé son résultat net par deux pour financer la transformation. CQLP × LSDH a construit un modèle où le prix est voté par les consommateurs et garanti cinq ans aux éleveurs. Halage a créé de la terre fertile sur une friche polluée du 93, avec des publics fragiles, sans piller les sols naturels. Ces trajectoires sont différentes. Elles partagent une logique : l’activité renforce la capacité du vivant à continuer — et cette capacité renforce en retour la viabilité de l’activité.
À terme, une organisation régénérative est une organisation dont la disparition appauvrirait le territoire qu’elle traverse. C’est l’horizon. Il n’y a pas de prérequis RSE pour s’y engager — il y a une trajectoire à construire à partir de là où l’organisation en est, sur le levier où la première bascule est possible.
« On ne régènère que le vivant. »
Passer à l’action : le Business Model Régénératif en 5 ateliers
Une fois le levier d’accélération identifié par le Capacity Score, la question devient : comment retravailler le modèle économique pour que la contribution au vivant génère une triple profitabilité — économique, environnementale, sociale ? C’est l’objet du Business Model Régénératif développé par Nous Sommes Vivants : cinq ateliers pour relire sa chaîne de valeur en triple lecture et concevoir comment chaque ressource — naturelle, humaine, financière — peut être augmentée plutôt que consommée.
Avant le diagnostic, deux ressources pour comprendre la méthode : le livre blanc de Nous Sommes Vivants (51 p., gratuit) pose le cadre complet — définition, six leviers, quatre niveaux, distinction avec la RSE et les labels. La FAQ Capacity Score répond aux questions les plus fréquentes sur la méthode et les cas d’usage.
| Enjeu | Question centrale | Ce que ça produit |
|---|---|---|
| 1 · Territoire vivant | Quels écosystèmes et communautés notre activité traverse-t-elle ? | Cartographie des dépendances et des capacités contributives du territoire |
| 2 · Ressources régénérées | Comment chaque ressource peut-elle être augmentée plutôt que consommée ? | Triple lecture sols / humains / capital — bascule de la logique extractive |
| 3 · Offre contributive | Quel cahier des charges régénératif pour l’amont — et quelle contribution visible en aval ? | Cahier des charges filière + affichage produit générateur de prime de valeur |
| 4 · Co-investissement | Comment marque, distributeur, producteur et territoire co-investissent dans la capacité du suivant ? | Modèle de valeur partagée — contrats longs, partage de marge, financement de la transition |
| 5 · Gouvernance vivante | Qui décide, avec qui, et sur quels indicateurs de vitalité ? | Instances de co-décision intégrant les acteurs territoriaux et les voix du vivant |
| Atelier | Ce que ça produit |
|---|---|
| 1 · Analyse de la chaîne de valeur actuelle | Cartographie des parties prenantes, identification des zones de dégénération et des opportunités de services socio-écosystémiques (normés CSRD) — état des lieux T1. |
| 2 · Redesign de la chaîne de valeur future | Redesign en triple impact — partenaires stratégiques à mobiliser pour délivrer ces services socio-écosystémiques à horizon 10 ans (T10). |
| 3 · Proposition de valeur régénérative | Co-conception avec toutes les parties prenantes de l’offre maximisant les capitaux environnementaux, sociaux et financiers à horizon 10 ans. |
| 4 · Planification stratégique | Plan d’actions en 3 horizons de temps — innovation de transition sous 5 ans, évaluation des coûts et gains en T1 et T10. |
| 5 · Mesure en triple comptabilité | Indicateurs de suivi des investissements et bénéfices régénératifs — co-investissements, gains collectifs en triple impact, engagements mutuels dans la durée. Compatible CSRD. |
🏆 Les Lauriers de la Régénération — des initiatives qui démontrent que le modèle économique existe
Depuis 2023, les Lauriers distinguent chaque année des initiatives — produits, services, modèles économiques, filières — qui prouvent que la contribution au vivant génère une valeur économique réelle et mesurable. Plus de 55 lauréats dans tous les secteurs. C’est qui le Patron ?! × LSDH, Expanscience, les filières laines paysannes : ce ne sont pas des cas d’école — ce sont des preuves que le modèle fonctionne. Découvrir les lauréats →
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