La viticulture régénérative est la seule filière agricole à pouvoir valoriser directement en bouteille ce que ses pratiques construisent dans le sol. Demeter, Regenerative Organic Certified, Planet-score — les meilleures pratiques sont certifiées, documentées, et reconnaissables en rayon. Ce que le terroir exprime, c’est d’abord la santé du sol. Ce que la viticulture régénérative protège, c’est cette capacité d’expression.
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30 exemples de vins et champagnes régénératifs, France et international. Généalogie de la viticulture régénérative.
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OÉ et Alcools Vivants — lauréats vins et champagnes régénératifs 2024. Planet-score quadruple A, B Corp, zéro pesticides.
Découvrir les lauréats →Cet article cartographie la viticulture régénérative à partir d’une question précise : qu’est-ce qui fait qu’une bouteille contribue activement à la santé des sols, à la biodiversité et à la viabilité des vignerons — et comment le reconnaître en rayon ? Les domaines qui y sont parvenus — Galoupet, Mirabeau, Telmont, OÉ — ont tous résolu le même problème : reconstruire un modèle où chaque pratique culturale rémunère le vivant au lieu de l’épuiser. Pour un panorama de 30 exemples documentés (France et international, de Tablas Creek à Fetzer en passant par les pionniers bordelais), le rapport Nous Sommes Vivants est disponible en accès libre : Les Vins et Champagnes Régénératifs — 30 exemples →
1. Pourquoi la viticulture régénérative est la promesse la plus immédiate — du sol au verre
La vigne a un rapport au sol qui n’existe dans aucune autre filière agricole. Elle plonge ses racines à plusieurs mètres de profondeur, lit la géologie du sous-sol, traduit la microbiologie des horizons superficiels en arômes, en structure, en longueur en bouche. Ce que les œnologues appellent le terroir, c’est d’abord la capacité d’un sol vivant à transmettre sa complexité à la plante. Un sol mort — compacté, appauvri en matière organique, stérilisé par les herbicides — produit un raisin homogène, sans aspérités. Un sol vivant produit un raisin qui dit quelque chose de l’endroit où il a poussé.
La viticulture conventionnelle a désactivé ce mécanisme. Pendant les Trente Glorieuses et au-delà, les herbicides ont éliminé toute concurrence herbacée, les engrais de synthèse ont substitué aux cycles naturels une fertilisation chimique, les pesticides ont supprimé les régulateurs naturels. Résultat : des rendements en hausse, des vins standardisés, et des sols dont la matière organique s’est effondrée. Dans certaines appellations bourguignonnes, le taux de matière organique des sols est passé de 3 à 5 % au XIXe siècle à moins de 1 % dans les années 2000.
La viticulture régénérative part du diagnostic inverse : ce que la vigne exprime dépend de la santé des sols, et la santé des sols dépend des pratiques culturales. L’enjeu n’est pas seulement environnemental — il est qualitatif et économique. Les domaines qui ont engagé leur transition vers l’agriculture biologique puis vers la biodynamie constatent systématiquement une progression du profil aromatique de leurs vins sur 5 à 10 ans. C’est ce que Stephen Cronk, fondateur du Domaine Mirabeau, premier domaine français certifié Regenerative Organic Certified, résume ainsi : « Les sols régénérés produisent des raisins aux saveurs plus complexes et nuancées — les vins expriment mieux le terroir. »
Un vignoble à Stellenbosch (Afrique du Sud) a documenté ce que cette logique change concrètement : après avoir arrêté toute culture chimique en 2012 et adopté compost organique, couverts végétaux multi-espèces et pâturage en rotation, il a traversé la sécheresse 2015-2018 avec une humidité des sols supérieure de 30 % aux vignobles voisins et une consommation d’eau réduite de 50 % par rapport à avant la conversion (Leask, FlippingBook Nous Sommes Vivants). Ce n’est pas une anecdote — c’est la démonstration que le sol vivant est la meilleure assurance climatique disponible pour un vignoble.
La viticulture régénérative repose sur un triptyque biologique : une vigne en bonne santé, un sol vivant et un écosystème riche en biodiversité, un environnement bio-climatique protecteur. L’objectif est de construire le chemin vers l’autofertilité — un vignoble qui se nourrit lui-même, résiste aux maladies et aux aléas climatiques par sa propre résilience écologique (Ecodym / FlippingBook Nous Sommes Vivants).
L’étude EcoVitiSol (145 vignerons participants, INRAE) documente ce que les praticiens observent depuis vingt ans : la biodynamie stimule significativement plus les microorganismes du sol que l’agriculture biologique, elle-même plus performante que la viticulture conventionnelle. Plus d’interactions et de complexité dans les réseaux microbiens en biodynamie. Trois pratiques clés issues de l’étude : restituer les sarments au sol (nutriments en circuit fermé), enherbement systématique (la fertilisation ne remplace pas l’enherbement), réduire le travail mécanique du sol (un labour toutes les deux semaines équivaut à un tremblement de terre pour les micro-organismes). Conclusion confirmée par la méta-analyse de Christel et al. (2021) à l’échelle internationale.
Pour Christine Jones, pédobiologiste australienne, la définition opérationnelle est précise : l’agriculture est régénératrice quand les sols, les cycles de l’eau, la végétation et la productivité s’améliorent continuellement — au lieu de rester au même niveau ou de se dégrader lentement. Appliquée à la viticulture : organisation et fertilité des sols, vigueur et santé des plantes, qualité des produits. Trois piliers liés, pas trois cases à cocher séparément.
La vigne représente 3 % de la surface agricole mondiale mais concentre selon les régions entre 20 et 65 % des pesticides utilisés (INRAE). L’empreinte carbone du vin est concentrée sur deux postes : le vignoble (40 % des émissions totales, dont 17 % d’émissions bio-géochimiques des sols et 10 % de matières premières) et l’emballage (38 %, dont 29 % pour la bouteille en verre seule). La cave représente 15 %, le transport 13 % (World Economic Forum, 2021). La viticulture régénérative attaque directement le premier poste — et les innovations d’emballage (bouteille allégée, réemploi comme OÉ, étui papier comme Ruinart) attaquent le second. En France, le vignoble occupe 3 % du territoire agricole et consomme 20 % des produits phytosanitaires. La filière est simultanément l’une des plus exposées aux résidus chimiques et l’une des plus avancées dans la transition vers des pratiques alternatives : la France compte aujourd’hui plus de 21 % de vignoble certifié Agriculture Biologique (164 541 ha, Agence Bio 2024) — la seule filière agricole à avoir déjà atteint l’objectif national de 21 % fixé par la loi d’orientation agricole de février 2025.
Le rapport Vins et Champagnes Régénératifs de Nous Sommes Vivants (30 exemples France et international) synthétise la distinction fondamentale entre les trois approches : l’agriculture biologique certifie l’absence de pesticides et d’engrais synthétiques — on peut labourer chaque rang, produire autant d’émissions carbone que l’agriculture chimique, irriguer par inondation dans un climat aride, et rester entièrement certifié bio. La biodynamie ajoute la logique de l’écosystème ferme — sol, plantes, animaux, humains traités comme un tout. L’agriculture régénérative va plus loin : elle s’appuie sur le triptyque organisation et fertilité des sols, vigueur et santé des plantes, qualité des produits — avec des mesures annuelles d’outcomes qui prouvent que la trajectoire est positive.
Ce qui est nouveau, c’est l’extension de cette logique au-delà du bio — vers la mesure des impacts contributifs sur les sols, la biodiversité, le cycle de l’eau et la viabilité socio-économique des vignerons. C’est la définition opérationnelle de la viticulture régénérative : non plus seulement réduire les impacts négatifs, mais documenter et valoriser les impacts contributifs. Re-generare : augmenter activement la capacité des écosystèmes viticoles à se développer et à prospérer.
Le positionnement philosophique de la régénération est explicite dans le document de référence Nous Sommes Vivants sur les Vins et Champagnes : sur une matrice à deux axes (individualisme/holisme × ségrégation/intégration), l’agriculture conventionnelle occupe le quadrant « anthropocentrisme » — vivre DE la nature. L’agriculture régénérative occupe le quadrant « écocentrisme » — vivre AVEC la nature. L’agriculture biologique protège contre (sans OGM, sans engrais synthétiques). La biodynamie œuvre avec (ferme autonome, animaux au centre, rythmes des astres). Le Regenerative Organic Certified mesure les résultats de cet « oeuvrer avec » sur le terrain.
La logique est cumulative : N4 intègre et transcende N1, N2 et N3.
N1 · Limiter
Niveau 1 — HVE et viticulture raisonnée
Haute Valeur Environnementale
Réduction des intrants chimiques dans les limites réglementaires. Haute Valeur Environnementale niveaux 1 et 2 : engagement progressif sur la biodiversité, les phytosanitaires, la fertilisation et l’irrigation — sans exigence de certification biologique. Terra Vitis, viticulture raisonnée certifiée : approche filière, lutte intégrée, traçabilité. Le vignoble est géré, pas encore régénéré.
Standards : Haute Valeur Environnementale niveaux 1 et 2 · Terra Vitis · Viticulture raisonnée certifiée
N2 · Réduire
Niveau 2 — Bio certifié
Agriculture Biologique certifiée
Zéro pesticides de synthèse. Couverture des sols, enherbement inter-rang. Certification biologique sur la totalité du domaine. Traçabilité parcellaire.
Standards : Agriculture Biologique (UE) · Haute Valeur Environnementale niveau 3 · Ecocert · Planet-score B-C sur bio
N3 · Restaurer
Niveau 3 — Bio ou HVE avec dimension sociale
Impacts contributifs engagés
Biodyvin · Planet-score A · HVE3 + social · commerce équitable viticole
Deux voies vers N3 : voie environnementale — bio ou HVE3 avec pratiques biodynamiques engagées (préparations, couverture permanente, biodiversité documentée) ; voie sociale — rémunération juste des vendangeurs et salariés agricoles, conditions de travail documentées, ancrage territorial, commerce équitable viticole. Certains domaines arrivent à N3 par l’une ou l’autre voie — la certification Demeter ou Regenerative Organic Certified les rassemble en N4 en combinant les deux. Réf. Louis Roederer, Château Cheval Blanc, Bodega Norton / Alta Vista.
Standards : Biodyvin · Planet-score A · HVE3 · Living Soils · commerce équitable viticole · 10 % SAU en biodiversité
N4 · Régénérer
Niveau 4 — Certifié régénératif avec dimension sociale
Viticulture régénérative certifiée
Demeter · Regenerative Organic Certified · gouvernance partagée · territoire prospère
Deux voies certifiées, toutes deux avec un pilier social audité : Demeter — biodynamie + exigences sociales OIT auditées (conditions de travail, protection des travailleurs) + 10 % SAU en biodiversité. Regenerative Organic Certified — agriculture biologique + équité sociale (rémunération juste, entretiens individuels travailleurs = approche fair trade) + santé des sols mesurée annuellement. Le curseur entre les deux : Demeter certifie des pratiques biodynamiques intégrales avec le social ; ROC certifie bio + social fair trade + mesure des résultats sols. Réf. Galoupet ROC (N4), Château la Coste Demeter, Famille Exéa Demeter, Telmont (ROC Bronze, jan. 2026).
Standards : Demeter · Regenerative Organic Certified Gold · Planet-score quadruple A · B Corp
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2. Le marché du vin bio et régénératif : état des lieux 2025–2026
La consommation mondiale de vin a baissé de 3,3 % en 2024 — son plus bas niveau depuis 1961 (OIV). En France, -3,6 % : plus bas depuis 60 ans, 23 à 24 millions d’hectolitres. En grande distribution, 35 millions de bouteilles ont disparu des rayons sur un an. Le vin rouge recule de 5 à 7 % en GMS, le rosé de 6 %. Les exportations françaises d’alcool ont reculé de 4 % en valeur à 16 milliards d’euros — Bordeaux -8,4 %, Champagne -8 %, ventes vers la Chine -21 %. La filière est en crise structurelle : déconsommation générationnelle, pression sur le pouvoir d’achat, charges de production en hausse de 25 % depuis 2023 selon SudVinBio, concurrence internationale.
Le vin bio n’échappe pas à cette crise — il l’absorbe différemment. Les surfaces bio ont reculé de 4 % en 2024, première baisse depuis 25 ans de croissance continue. Le vignoble bio diminue même plus vite que l’ensemble des surfaces viticoles (-4 % vs -2 % pour la filière entière). Les déconversions (59 % des cas) et arrêts d’activité (31 %) l’emportent sur les nouvelles certifications. Coût de production en hausse, prix de vrac en baisse, trésorerie asphyxiée — notamment en Occitanie (-6 %) et Nouvelle-Aquitaine (-13 %). Nicolas Richarme, président de SudVinBio, résume : les vignerons bio vendent en dessous de leurs coûts de production, ce qui casse le moral autant que la trésorerie.
Les vins nature traversent la même turbulence. Après une décennie d’engouement, le marché se segmente : les circuits naturels (cavistes, on-trade, export premium) restent actifs, mais le segment subit l’effet de désillusion post-hype — greenwashing non certifié, qualité hétérogène, absence de standard lisible en rayon. Pour les deux catégories — bio et nature — le diagnostic est le même : une différenciation insuffisante qui ne justifie plus le premium en grande distribution.
C’est exactement là que la régénération change la donne. Dans ce contexte de reflux général, le vin bio progresse de +8 % en valeur dans les circuits de confiance (cavistes +13 %, CHR +12 %, vente directe +10 %, export +10 %). La bifurcation n’est pas bio vs conventionnel — c’est circuits de confiance vs grande distribution. La viticulture régénérative est la réponse à la crise du bio : un niveau de différenciation supérieur, certifié, documenté, qui justifie le premium dans les circuits où le consommateur vient chercher du sens.
-3,6 %
consommation vin France 2024 — plus bas depuis 60 ans
-4 %
surfaces vignoble bio 2024 — première baisse en 25 ans
+8 %
ventes vin bio en valeur 2024 (circuits confiance)
+13 %
ventes vin bio cavistes 2024
Côté demande, les signaux sont clairs. 71 % des acheteurs de vin bio choisissent ce produit pour des raisons environnementales — contre 36 % pour la bière et 35 % pour les spiritueux (Businesscoot, 2025). 51 % vérifient systématiquement la présence d’une certification écologique sur la bouteille. 39 % des acheteurs de vin bio en 2024 sont des néo-consommateurs — le segment recrute au-delà de ses bases traditionnelles. Et la satisfaction dans les circuits de confiance est documentée : la vente au caveau obtient 8,6/10, les cavistes 8,4/10, le hard discount 7,2/10 (Millésime Bio, 2024). Le consommateur de vin bio n’est pas un acheteur de grande surface — c’est un acheteur de relation et de territoire.
Côté distribution, la bifurcation est consommée. Les ventes en grande distribution ont reculé de 8 % en valeur en 2024 — elles ne représentent plus que 14 % en volume et 7 % en valeur (contre 22 % et 10 % en 2019). En miroir : cavistes +13 %, CHR +12 %, vente directe +10 %, export +10 % (Réussir Vigne, 2026). Le prix moyen en grande surface stagne à 3,90 €. Chez les cavistes et e-cavistes, le panier moyen oscille entre 15 et 25 €. L’arbitrage consommateur est structurel : moins de volume, plus de valeur, circuits de confiance.
Le paradoxe documenté par SudVinBio : en six ans, la valeur du marché a progressé de 50 %, mais le vignoble bio a doublé de superficie. La croissance de l’offre a dépassé celle de la demande — expliquant la crise de trésorerie dans les régions à fort taux de vrac. Nouvelle-Aquitaine -13 % de surfaces, Occitanie -6 %. Provence-Alpes-Côte d’Azur +4 %. La viticulture régénérative est la réponse à cette bifurcation : moins de volume, plus de valeur par bouteille, circuits premium et export. C’est exactement ce que le Regenerative Organic Certified et Demeter rendent possible en rayon.
La France reste le premier vignoble bio européen : 33 % du vignoble bio de l’Union Européenne, devant l’Espagne (32 %) et l’Italie (26 %). La viticulture est la seule filière agricole française à avoir atteint l’objectif national de 21 % de surfaces en bio fixé par la loi d’orientation agricole de février 2025.
Risques structurels. L’auto-déclaration non certifiée est le premier : Jess Baum (Bonterra) formule l’avertissement le plus direct du secteur — « C’est le Far West pour la viticulture régénérative à l’heure actuelle. » Sa collègue Marybeth Bentwood ajoute : « Lorsque vous êtes un producteur à grande échelle et que vous utilisez l’adjectif régénératif sans être certifié, je vous demande simplement : pourquoi ne pas certifier ? » Le deuxième risque vient du marché américain : les taxes évoquées par Donald Trump sur les importations de boissons alcoolisées européennes (jusqu’à 200 %). Voir la section export ci-dessus.
Affichage produit. Le Planet-score s’impose progressivement en rayon. Les intentions d’achat sont multipliées par 4 sur les produits bio qui l’affichent (EcoInfo, 1 000 répondants, 2024). Famille Exéa est le premier domaine viticole certifié — note globale B, A sur les pesticides, A sur le climat. Le futur Passeport Numérique Produit européen (règlement Écoconception, application progressive à partir de 2026-2027) rendra obligatoire la traçabilité parcelle-à-bouteille pour les entreprises soumises à la CSRD. Les domaines certifiés Demeter et Regenerative Organic Certified produisent déjà ces données — avantage structurel sur les vins conventionnels pour la transition réglementaire. En attendant, le Planet-score est le seul signal visible et standardisé en rayon pour le consommateur français.
Export : le signal américain et le risque Trump. Les États-Unis sont le premier marché export du vin bio français en valeur. La certification Regenerative Organic Certified est devenue le sésame pour les circuits premium américains — importateurs et distributeurs spécialisés exigent des preuves de pratiques régénératives, pas seulement bio. Le marché ROC retail USA a progressé de +25 % entre le deuxième trimestre 2023 et le troisième trimestre 2024, pour atteindre environ 50 millions de dollars (SPINS, octobre 2024). En 2025, Donald Trump a évoqué des taxes de 200 % sur les importations de boissons alcoolisées européennes. Si elles sont appliquées, la filière bio française est directement menacée. La certification ROC positionne les vins dans le segment premium dont les acheteurs américains restent fidèles même avec des prix élevés — c’est l’une des rares protections commerciales disponibles. Les marchés européens du Nord (Allemagne, Pays-Bas, Suède, Danemark) et asiatiques (Japon, Corée du Sud) sont en développement comme débouchés alternatifs — sensibilité écologique élevée, prime prix sur les certifications reconnues, demande en croissance pour les vins français biologiques et biodynamiques.
3. Comment évaluer un vin régénératif : la grille des Lauriers de la Régénération
La grille des Lauriers de la Régénération évalue un produit spécifique sur 8 dimensions — pas la politique développement durable du domaine. Une bouteille de champagne n’est pas lauréate parce que le domaine s’engage sur la biodiversité : elle l’est parce que les sols mesurés, les vignerons rémunérés et la biodiversité en progression forment un tout documenté.
01 — Produit spécifique
Une cuvée, une appellation, une parcelle identifiable — pas une gamme générique.
02 — Impacts négatifs limités
Zéro herbicide, réduction documentée des intrants, emballage allégé, transport optimisé.
03 — Impacts contributifs sols et biodiversité
Taux de matière organique en hausse, biodiversité mesurée, couverture permanente, haies et arbres. Mesures terrain documentées annuellement.
04 — Impacts contributifs société
Rémunération juste des vignerons et salariés agricoles, ancrage territorial, transmission du savoir-faire.
05 — Potentiel business
Le modèle tient dans un compte de résultat. La viabilité des vignerons partenaires est documentée.
06 — Gouvernance & partage de valeur
Nature et générations futures intégrées aux décisions. Valeur partagée équitablement dans la filière.
07 — Leadership du vivant
La direction porte la régénération dans ses décisions opérationnelles — pas seulement dans sa communication.
08 — Trajectoire régénérative
Positionnement sur les 4 niveaux : Limiter → Réduire → Restaurer → Régénérer.
4. Vin régénératif : définition concrète en 5 conditions
Cinq conditions simultanées définissent ce qui rend une cuvée régénérative — au-delà du bio. C’est leur combinaison qui distingue un vin régénératif d’un vin simplement biologique.
Sol vivant et en progression
Couverture permanente des inter-rangs, enherbement, compostage, préparations biodynamiques stimulant la vie microbienne. La vigne plonge ses racines à plusieurs mètres — ce qu’elle exprime en bouteille, c’est d’abord la santé du sol dans lequel elle grandit. Un sol appauvri produit un raisin homogène. Un sol vivant produit un raisin qui dit quelque chose de l’endroit où il a poussé. C’est la définition opérationnelle du terroir.
Zéro herbicide, zéro pesticide de synthèse
C’est la condition de base — le socle N2. Les herbicides stérilisent la vie du sol, les pesticides détruisent les régulateurs naturels. Agriculture Biologique certifiée est le socle non négociable. Au-delà, les pratiques biodynamiques (préparations Demeter, calendrier lunaire, compostage biodynamique) accélèrent la restauration des cycles biologiques et construisent l’autonomie de la vigne.
Infrastructure de biodiversité intégrée au vignoble
Haies, arbres intra-parcellaires, bandes fleuries, mares, zones de refuge. Le cahier des charges Demeter exige 10 % de la surface agricole utile dédiée à des zones de biodiversité non cultivées — c’est une exigence structurelle, pas une option. La Regenerative Organic Certification demande également ces infrastructures et les documente dans ses audits terrain annuels.
Équité sociale documentée dans la filière — le pilier qui fait N4
C’est le pilier qui distingue N3 de N4. Un domaine en biodynamie engagée sans audit social reste N3 — les pratiques sur les sols sont là, mais le lien aux communautés humaines n’est pas certifié. Deux voies certifient ce pilier de façon équivalente : Demeter audite les conditions de travail et les droits des travailleurs selon les normes OIT. Regenerative Organic Certified intègre une approche fair trade — rémunération juste documentée et entretiens individuels confidentiels avec les travailleurs. L’ancrage territorial — priorité à l’emploi local, soutien aux économies rurales, transmission générationnelle — est le prolongement naturel de ce pilier dans les deux cas.
Traçabilité et transparence totale de la parcelle à la bouteille
Parcelles identifiées, pratiques documentées, données disponibles pour l’importateur, le distributeur et le consommateur. Le Planet-score, la certification Regenerative Organic Certified et le futur Passeport Numérique Produit européen sont les vecteurs de cette transparence. Les certifications Demeter et Regenerative Organic Certified incluent toutes deux des audits documentés accessibles — les domaines certifiés ont une longueur d’avance sur les obligations CSRD à venir. Les domaines qui ont anticipé cette transparence ont un avantage commercial structurel sur les marchés premium et à l’export.
5. Lauréats vins régénératifs 2024–2025 : OÉ, Alcools Vivants, Galoupet
Château Galoupet · Lauréat Nous Sommes Vivants 2025
Case study · Lauréat Nous Sommes Vivants 2025
Château Galoupet — premier Cru Classé de Provence certifié Regenerative Organic Certified
Rosé de Provence · groupe LVMH · réserve naturelle de la Plaine des Maures · N4 Capacity Score
Un sanctuaire de biodiversité, pas seulement un domaine viticole
Situé dans la réserve naturelle de la Plaine des Maures — refuge de la tortue d’Hermann, l’une des zones naturelles les plus riches de France continentale — Galoupet a plus de forêts protégées que de vignes. Le domaine ne cherche pas à intégrer la biodiversité à sa production : il est d’abord un écosystème, dont la vigne est un élément parmi d’autres. C’est cette inversion de la logique productive qui a retenu le jury des Lauriers de la Régénération.
Certification Regenerative Organic Certified obtenue en janvier 2026
Premier Cru Classé de Provence certifié Regenerative Organic Certified au monde. Première maison LVMH à obtenir cette certification sur une filière vin. Les trois piliers sont vérifiés terrain : santé des sols mesurée annuellement avec baseline, bien-être animal documenté, équité sociale auditée par entretiens individuels. La certification s’appuie sur le programme Living Soils de LVMH et un indice de régénération co-construit avec Pour une Agriculture Du Vivant.
Signal stratégique pour l’ensemble du groupe LVMH
Dans le Capacity Score Nous Sommes Vivants sur LVMH (mars 2026), Galoupet est positionné N4 — le signal le plus avancé du groupe sur toutes ses filières. L’objectif LVMH : 5 millions d’hectares régénérés ou réhabilités d’ici 2030 (3,8 Mha atteints en 2024, +22 % vs 2023). Galoupet en est la démonstration que la régénération peut être le modèle économique d’un Cru Classé — pas sa contrainte.
Le point discriminant du jury Nous Sommes Vivants : la cohérence entre le Laurier et la certification Regenerative Organic Certified n’est pas une coïncidence — c’est la démonstration que la grille des Lauriers (8 dimensions, produit spécifique, données terrain) et la certification Regenerative Organic Certified mesurent les mêmes réalités. Galoupet les satisfait simultanément.
→ Lire l’analyse complète Capacity Score LVMH — filière vin N4 →
OÉ · Lauréat vins régénératifs 2024
Case study · Lauréat Nous Sommes Vivants 2024
OÉ — le modèle de cohérence systémique
Le produit le plus bas carbone du marché
Bouteille issue du réemploi (zéro extraction de verre neuf), sans capsule, étiquette minimaliste. Vin biologique, zéro pesticides, viticulture régénérative. Planet-score affiché sur les cuvées — premier signal de transparence environnementale standardisée pour un vin biologique en France.
Gouvernance et comptabilité du vivant
Certification B Corp. 1 % du chiffre d’affaires investi annuellement pour la biodiversité. OÉ envisage une comptabilité du vivant pour intégrer les actifs naturels au même titre que les actifs financiers — un pas au-delà du reporting CSRD standard.
Acteur systémique, pas seulement marque engagée
OÉ accompagne la transition bio-régénérative et l’adaptation au dérèglement climatique de la filière viticole avec laquelle elle travaille — pas seulement son propre modèle. C’est le critère discriminant du jury : la régénération est la condition du modèle économique, pas sa contrainte. La prochaine étape déclarée : la certification Regenerative Organic Certified.
Le point discriminant du jury Nous Sommes Vivants : OÉ démontre qu’un modèle économique construit sur la cohérence systémique — du produit à la gouvernance, de la bouteille à la filière — est plus solide commercialement qu’un modèle qui ajoute la durabilité comme couche de communication.
Alcools Vivants · Lauréat vins et spiritueux régénératifs 2024
Alcools Vivants a obtenu le quadruple A au Planet-score sur des produits bio — la note maximale sur les quatre dimensions environnementales, sur une gamme entièrement biologique. Son cahier des charges est radical : une agriculture biologique exigeante et engagée, respectueuse des sols, de l’eau, de l’air et de la vie animale sous toutes ses formes — vers de terre, insectes, poissons, oiseaux, reptiles, amphibiens, mammifères. Sélection de matières premières entièrement biologiques, sans pesticides, herbicides ou fongicides, avec une exigence de traçabilité sur chaque ingrédient. Le gin de la gamme est formulé à partir du poivre de Sichuan de la propriété de Jean-François Decroix, pionnier de la viticulture bio en Charente, propriétaire d’une ferme polyculture autonome.
La démarche s’étend aux « matières sèches » — bouteilles, étiquettes, bouchons — avec le même niveau d’exigence que les matières premières agricoles. Et à la juste rémunération des acteurs de l’ensemble des filières agricoles mobilisées. C’est un modèle de cohérence totale qui anticipe ce que la réglementation n’exige pas encore — et qui crée un avantage de premier entrant sur les marchés les plus exigeants.
→ Retrouvez l’ensemble des lauréats et le programme de l’édition 2026 (Paris, 11–12 juin 2026) →
5bis. La dimension sociale : le pilier le plus invisible, le plus structurant
Le vin est l’une des filières où la dimension sociale est à la fois la plus exposée et la moins documentée. Un vignoble peut être certifié Agriculture Biologique depuis dix ans et employer des saisonniers en conditions précaires pendant les vendanges. La certification Demeter et le Regenerative Organic Certified font du pilier social une condition non négociable du niveau N4 — pas un bonus.
Les travailleurs agricoles viticoles — vendangeurs, tâcherons, saisonniers — sont le premier angle mort de la filière. En France, le Code du Travail s’applique, mais les contrôles en période de vendanges sont limités. Dans les filières exportatrices — Chili, Afrique du Sud, Argentine — les conditions de travail ont fait l’objet d’enquêtes documentant logements insalubres et salaires inférieurs au minimum légal. Le Regenerative Organic Certified répond à ce verrou par des entretiens individuels confidentiels avec les travailleurs — l’approche fair trade appliquée à la viticulture.
La rémunération juste dans la filière est le deuxième verrou. Dans le modèle de négoce dominant — Bourgogne, Bordeaux, Champagne — le vigneron cède sa récolte à un prix fixé par le marché, sans lien avec ses coûts de production réels. Le passage à des pratiques régénératives augmente les coûts (main d’œuvre, rendements réduits en transition) sans garantie de prix de reprise supérieur. Le Business Model Canvas Régénératif version Vins travaille précisément ce verrou : comment répartir la valeur entre vigneron partenaire, coopérative, négociant et importateur pour que la transition soit économiquement viable à chaque maillon.
Santé humaine et qualité du vin — le lien est réel mais délicat à revendiquer directement pour des raisons réglementaires. Ce que l’on peut documenter : les vins issus de viticulture biodynamique Demeter sont exempts des 400 résidus de pesticides recensés dans les vins conventionnels. Les vins en biodynamie avancée présentent des taux de polyphénols et de composés aromatiques supérieurs — directement liés à la santé des sols. La teneur en sulfites est structurellement plus basse. Ce que les domaines certifiés Regenerative Organic Certified et Demeter documentent : un profil aromatique plus complexe, une meilleure expression du terroir, une aptitude au vieillissement supérieure — et un vin que le consommateur attentif à sa santé peut choisir avec confiance.
Le territoire prospère avec le vigneron — c’est la finalité sociale la plus documentable à l’échelle d’un bassin viticole. Bodega Norton (45 familles logées sur le domaine, soins, école) et Alta Vista (commerce équitable depuis 2011, Asociación Flores del Monte) montrent que ce pilier peut être structurant du modèle économique, pas seulement une politique RSE ajoutée.
6. Domaines et maisons engagées : trajectoires documentées par niveau
N4 · Certifiés Regenerative Organic Certified — preuve vérifiable en rayon
Château Galoupet (Provence, Cru Classé, groupe LVMH depuis 2019) — certification Regenerative Organic Certified obtenue en janvier 2026 — premier Cru Classé de Provence à franchir ce cap, signal le plus avancé du groupe LVMH sur ses filières viticoles. Certifié Agriculture Biologique depuis 2023. Situé dans la réserve naturelle de la Plaine des Maures — refuge de la tortue d’Hermann, l’une des zones naturelles les plus riches de France continentale — le domaine a plus de forêts protégées que de vignes. Sa conviction : de grands vins ne peuvent venir que de raisins très qualitatifs, issus du combo fondamental sol–eau–climat–végétal, travaillé par l’humain. Rosé de Provence, catégorie dont la France est leader mondial.
La certification s’appuie sur les trois piliers vérifiés terrain : santé des sols mesurée annuellement avec baseline, bien-être animal documenté, équité sociale auditée par entretiens individuels. Elle s’inscrit dans le programme Living Soils de LVMH et dans un indice de régénération co-construit avec Pour une Agriculture Du Vivant. Dans le Capacity Score Nous Sommes Vivants sur LVMH (mars 2026), Galoupet est positionné N4 — le seul actif du groupe à ce niveau.
→ Lire l’analyse complète Capacity Score LVMH — filière vin N4, cuir, coton, laine →
Domaine Mirabeau (Provence, La Garde-Freinet) — l’un des premiers domaines français certifiés Regenerative Organic Certified. Fondé en 2010 par Jeany et Stephen Cronk, certifié Agriculture Biologique, Haute Valeur Environnementale niveau 3, B Corp et Ecocert (2022). Situé dans la réserve naturelle de la Plaine des Maures. En 2021, Stephen Cronk a co-fondé la Fondation de la Viticulture Régénérative. Sa conviction : « Les sols régénérés produisent des raisins aux saveurs plus complexes et nuancées — les vins expriment mieux le terroir. »
Telmont Champagne (Champagne, groupe Rémy Cointreau, investisseur Leonardo DiCaprio) — première Maison de Champagne certifiée Regenerative Organic Certified Bronze, le 8 janvier 2026, après plusieurs mois d’audit rigoureux par Ecocert Environnement. La certification porte sur les vignobles certifiés biologiques du domaine. Pratiques documentées : 4 900 arbustes de charme plantés sur le domaine propre + 13 800 arbustes supplémentaires chez les partenaires vignerons, cultures de couverture systématiques sur l’ensemble des vignobles, collecte de l’eau de pluie, mesure scientifique de la santé des sols, conditions de travail respectueuses et inclusives.
La certification s’inscrit dans le projet Au Nom de la Terre (2021) : conversion de 100 % du domaine et des vignes des partenaires à l’agriculture biologique et régénérative d’ici 2031 (70 % en bio aujourd’hui), Net Zero d’ici 2050. Cuvée-manifeste : la Réserve de la Terre, élaborée exclusivement à partir de raisins biologiques. Ludovic du Plessis : « L’agriculture ne peut être que biologique ET régénérative. L’un ne peut pas aller sans l’autre ! » Christopher Gergen (PDG de la Regenerative Organic Alliance) : « C’est une nouvelle preuve que le respect de l’environnement et la création de produits d’exception forment un duo harmonieux et durable. » Leonardo DiCaprio : « En étant pionnière en matière de pratiques viticoles durables, Telmont continue de façonner l’avenir de la filière. »
Tablas Creek Vineyard (Californie) — premier vignoble certifié Regenerative Organic Certified au monde, en 2020, par la Regenerative Organic Alliance. C’est la référence fondatrice du standard en viticulture — celle qui a démontré pour la première fois qu’un vignoble pouvait satisfaire les trois piliers Regenerative Organic Certified (sols, bien-être, équité sociale) simultanément. Pratiques biodynamiques depuis les années 1990, import de cépages du Château Beaucastel (Châteauneuf-du-Pape), circuits en agritourisme actifs.
Fetzer Vineyards (Californie) — plus grand domaine viticole au monde certifié Regenerative Organic Certified, certification B Corporation. Signal que la certification ROC est viable à grande échelle industrielle, pas seulement dans les domaines de prestige. Bonterra Organic Estates (Mendocino, Californie) — certification Regenerative Organic Certified obtenue en 2021, 100 % du vignoble certifié. Leur avertissement sur le greenwashing dans la filière est le plus direct du secteur.
N4 · Biodynamie certifiée Demeter
Château Pontet-Canet (Pauillac, Grand Cru Classé) — certifié Demeter, référence mondiale de la biodynamie en viticulture de prestige. Préparations biodynamiques, calendrier lunaire, infrastructure de biodiversité significative. Ses vins sont régulièrement cités comme preuve que la biodynamie intégrale avec dimension sociale n’implique pas de compromis sur la qualité.
Château la Coste (Provence) — 100 % certifié Agriculture Biodynamique Demeter.
Famille Exéa (Languedoc, Minervois/Corbières, 240 hectares sur 4 domaines) — premier domaine viticole à avoir obtenu le Planet-score : note globale B, A sur les pesticides (vignes certifiées Demeter), A sur le climat. 5 000 arbres et arbustes plantés par an depuis 2021. Premier producteur à afficher le label sur ses bouteilles.
Brooks Wine (Oregon) — triple certification Demeter + B Corp + 1 % for the Planet. 77 % de l’équipe managériale est féminine. 80 % du temps plein payé au living wage (soit 50 % de plus que le salaire minimum). Plus de 65 % des dépenses hors main d’œuvre avec des fournisseurs locaux indépendants. Modèle de référence sur le pilier social : équité de gouvernance, rémunération juste, ancrage territorial Oregon.
N3 · Agriculture biologique avec trajectoire régénérative engagée
Château Cheval Blanc (Saint-Émilion, Premier Grand Cru Classé) — a planté 3 000 arbres pour favoriser la biodiversité et régénérer la vie des sols. Signal fort dans un cru de ce niveau. Louis Roederer (Champagne) — la moitié des parcelles cultivées en Agriculture Biologique avec des pratiques biodynamiques sur une partie du domaine.
Bodega Norton / Alta Vista (Mendoza, Argentine) — référence sur le pilier équité sociale. Voir section 5bis.
N3 · Trajectoires champagnes notables
Champagne Roederer (Reims) — 115 hectares certifiés Agriculture Biologique, 74 hectares du Cristal cultivés en biodynamie. Plus grand domaine biodynamique de Champagne. Champagne Taittinger — double accréditation VDC (Viticulture Durable en Champagne) + Haute Valeur Environnementale, utilise environ moitié moins d’engrais et pesticides qu’un producteur conventionnel, 90 % des vignobles enherbés, perpétue l’usage de chevaux. Moët & Chandon (LVMH) — 100 kilomètres de corridors écologiques en Champagne d’ici 2027 via le programme Natura Nostra, centre de recherche de 20 M€ dédié à la viticulture durable. Château d’Yquem (LVMH, Sauternes) — objectif de convertir la totalité des 100 ha de vignobles à la biodynamie, la moitié déjà en biodynamie. Bernard Arnault : « Au cours des dernières années, Yquem a pris des mesures décisives pour passer à la culture biologique et bientôt à la biodynamie. »
Famille Gassier (Vallée du Rhône méridionale) — premiers vignobles certifiés régénératifs en France via A Greener World (AGW), 346 acres en gestion régénérative. Certification « créée par des agriculteurs pour des agriculteurs » avec soutien technique personnalisé. Signal d’un standard alternatif au Regenerative Organic Certified, moins exigeant mais ancré dans les pratiques des petits domaines.
Signaux de groupe à l’international. Jackson Family Wines (Californie, 50+ domaines) et Torres (Espagne) ont tous deux engagé des programmes régénératifs à l’échelle de leurs portefeuilles — signaux que la régénération est devenue une stratégie de groupe dans les grandes maisons, pas seulement un projet pilote de domaine.
7. Agriculture Biologique, Demeter, Regenerative Organic Certified, Planet-score : quel label pour quel niveau ?
La question n’est pas « quel label avons-nous ? » mais « que rend réellement possible notre vin pour les écosystèmes et les communautés qui l’ont produit ? » Les labels sont des jalons dans une trajectoire — pas des finalités.
Agriculture Biologique (label UE) certifie l’absence : pas de pesticides de synthèse, pas d’engrais minéraux de synthèse, pas d’herbicides. C’est le socle non négociable du niveau N2. Il ne certifie pas l’état des sols, la biodiversité, ni la rémunération des travailleurs. 21 % du vignoble français est certifié Agriculture Biologique en 2025 (164 541 ha, Agence Bio 2024).
Haute Valeur Environnementale (niveaux 1 à 3) est la certification d’État française structurée en trois niveaux progressifs. HVE 1 et 2 correspondent au niveau N1 : engagement sur les pratiques sans exigence bio. HVE 3 est le niveau le plus exigeant de la certification d’État : quatre dimensions (biodiversité, phytosanitaires, fertilisation, irrigation) avec 10 % de la SAU en infrastructures agroécologiques. Elle figure comme standard N2 dans la grille Nous Sommes Vivants car elle s’applique souvent en complément de la certification Agriculture Biologique — mais elle n’interdit pas les pesticides de synthèse et ne suffit pas seule à atteindre N2. Environ 8 000 exploitations viticoles françaises sont certifiées HVE. Terra Vitis est le référentiel interprofessionnel de la viticulture raisonnée : cahier des charges technique, traçabilité, réduction des intrants — niveau N1.
Demeter est la certification de référence de l’agriculture biodynamique. Elle certifie les pratiques culturales (préparations biodynamiques, calendrier lunaire, compostage), les exigences de biodiversité (10 % de la surface agricole utile en zones non cultivées) et les conditions de travail (normes OIT). Elle s’applique au vignoble et à la cave. C’est le niveau N4 du vin régénératif : Demeter intègre le pilier social (normes OIT sur les travailleurs) en plus des pratiques biodynamiques — c’est ce pilier social audité qui distingue N4 de N3. La biodynamie Demeter produit systématiquement des vins qui expriment mieux leur terroir que des vins équivalents en bio conventionnel.
Regenerative Organic Certified exige Agriculture Biologique en base et y ajoute trois piliers audités sur le terrain : santé des sols (mesures annuelles avec baseline), bien-être animal et biodiversité, équité sociale (rémunération juste documentée par entretiens individuels). C’est la certification la plus exigeante du secteur. En viticulture, elle s’applique à la ferme et peut couvrir l’ensemble du vignoble et des parcelles partenaires. Registre public : regenorganic.org.
Planet-score est un outil d’affichage environnemental volontaire qui attribue une note de A à E sur quatre dimensions : pesticides, biodiversité, climat, bien-être animal. Un Planet-score quadruple A — obtenu par Alcools Vivants (Lauréat Nous Sommes Vivants 2024) — est le signal consommateur le plus fort disponible en rayon : il indique que le produit se situe parmi les meilleurs sur les quatre dimensions (pesticides, biodiversité, climat, bien-être animal). Ce n’est pas une certification N4 au sens strict (pas d’audit terrain des sols), mais sur des produits bio c’est le signal le plus proche de la régénération visible en point de vente.
B Corp n’est pas une certification agricole — c’est une certification de gouvernance et d’impact global de l’entreprise. Un domaine certifié B Corp s’est engagé sur des standards de transparence, de partage de valeur et d’impact social qui vont au-delà du vignoble. Domaine Mirabeau et OÉ sont tous deux B Corp — ce qui couvre les dimensions sociales et de gouvernance que les certifications agricoles ne traitent pas.
8. CSRD, financement et Business Model Canvas Régénératif version Vins et Alcools
La directive européenne de durabilité des entreprises (CSRD) oblige les entreprises viticoles de plus de 250 salariés à documenter leurs impacts et dépendances sur la biodiversité dès 2025–2026, et les PME à partir de 2026–2027. Pour un domaine viticole, cela signifie documenter l’état des sols, la biodiversité des parcelles, la consommation d’eau par hectare, et la rémunération des travailleurs agricoles. Les domaines certifiés Regenerative Organic Certified ont une longueur d’avance considérable : leurs audits produisent exactement les données que le CSRD exige (indicateurs sols, biodiversité, rémunération juste). Les domaines certifiés Demeter ont également une longueur d’avance significative : les pratiques, les conditions de travail (normes OIT) et les zones de biodiversité sont documentées dans le cadre des audits. L’ajout de mesures terrain d’évolution (indicateurs sols année par année) reste une étape supplémentaire que certains domaines complètent via des outils comme Planetary Boundaries ou les protocoles sols de Pour une Agriculture Du Vivant.
Outil sectoriel
Business Model Canvas Régénératif — version Vins, Champagnes et Alcools
Pour accompagner les domaines dans leur trajectoire régénérative, Nous Sommes Vivants a développé la version sectorielle Vins et Champagnes du Business Model Canvas Régénératif, co-développée avec Stéphane Nereau (stratégie de durabilité à visée régénérative, CSRD) et présentée à la Cité du Vin de Bordeaux. Cette version s’étend à tous les alcools — vins, champagnes, spiritueux, bières artisanales — partageant les mêmes enjeux de filière agricole, de sol vivant et de juste rémunération des producteurs.
Concrètement : un canvas et cinq ateliers participatifs pour définir sa stratégie à impact et lancer de nouveaux produits ou services issus de pratiques régénératives avec son réseau de partenaires. L’atelier 1 cartographie la chaîne de valeur parcelle par parcelle et identifie les impacts contributifs et négatifs. L’atelier 2 identifie les services socio-écosystémiques valorisables (séquestration carbone, biodiversité, qualité de l’eau, économie rurale). L’atelier 3 co-construit la proposition de valeur et la répartition des gains entre les acteurs de la filière. Les ateliers 4 et 5 produisent le plan d’action opérationnel et le business model viable à 5 ans.
Les Paiements pour Services Environnementaux représentent une opportunité de financement encore sous-exploitée par la viticulture. Les vignobles qui maintiennent ou restaurent des prairies, des haies et des zones humides rendent des services mesurables à la qualité de l’eau, à la biodiversité régionale et à la séquestration carbone — services pour lesquels des mécanismes de paiement existent via les collectivités territoriales, les agences de l’eau et les fonds carbone volontaires.
9. Par où commencer pour un domaine ou une coopérative viticole ?
Chaque trajectoire documentée dans cet article a commencé par un levier précis et cohérent avec l’histoire du domaine. Domaine Mirabeau a commencé par la certification Agriculture Biologique et B Corp — puis a engagé la Regenerative Organic Certification. Telmont a commencé par le projet Au Nom de la Terre (2021) — la conversion biologique de l’ensemble du domaine. La certification Regenerative Organic Certified Bronze a été obtenue en janvier 2026 sur les vignobles certifiés biologiques, première Maison de Champagne à franchir ce cap. Galoupet a commencé par la certification Agriculture Biologique (2023) dans le cadre du programme Living Soils LVMH — puis a obtenu la certification Regenerative Organic Certified en janvier 2026, N4. OÉ a commencé par le modèle de bouteille — la contrainte de l’emballage le moins impactant a structuré l’ensemble du modèle.
Parcours concret vers la certification Regenerative Organic Certified — porté en France par Ecocert (qui certifie déjà plus de 70 % de la production de raisins bio français) : Années 1–2 : certification Agriculture Biologique USDA/NOP ou UE + intégration du bien-être animal + premiers engagements équité travailleurs. Année 3 : obtention certification Agriculture Biologique complète + bien-être animal étapes 3–4 (Fairtrade, Fair for Life ou équivalent). Année 4+ : éligibilité ROC Bronze, Silver ou Gold selon les critères de couverture végétale, rotations culturales, pratiques régénératives additionnelles et démonstration du living wage. La certification ROC Bronze exige déjà que 10 % du domaine soit certifié et qu’une trajectoire vers 50 % soit engagée à horizon 5 ans.
Le rapport Nous Sommes Vivants Les Vins et Champagnes Régénératifs couvre 4 chapitres — de l’agriculture régénérative à la viticulture régénérative, des vins français qui visent la régénération, des exemples inspirants à l’étranger, et le business model de la régénération. Il documente 30 exemples dont les trajectoires sont résumées dans cet article. Le Capacity Score développé par Nous Sommes Vivants permet à un domaine de se positionner sur les 4 niveaux et d’identifier précisément ses verrous : est-ce la pratique culturale qui bloque ? La gouvernance ? La chaîne de valeur (coopérative, négoce, distribution) ? Le leadership ? Un diagnostic de 20 minutes, gratuit, qui produit une feuille de route.
Pour aller plus loin dans la co-construction du modèle économique régénératif avec les acteurs de la filière — vignerons partenaires, coopérative, négociant, importateur, distributeur — le Business Model Canvas Régénératif version Vins est l’étape structurante. Il aligne des acteurs aux horizons temporels incompatibles sur un modèle viable pour chacun. C’est l’outil que Nous Sommes Vivants a développé avec Stéphane Nereau et présenté à la Cité du Vin.
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Candidater →Sources
Business Research Insights (2024). Marché mondial du vin biologique : 37,96 Md USD 2024 → 141,29 Md USD 2033, TCAC 15,72 %. — Château Galoupet (janvier 2026). Certification Regenerative Organic Certified — premier Cru Classé de Provence certifié. Programme Living Soils LVMH. — Demeter France. Cahier des charges biodynamie : 10 % SAU en biodiversité, normes OIT, limites cuivre 3 kg/ha/an. demeter.fr → — Famille Exéa (2024). Premier domaine viticole certifié Planet-score : note B global, A pesticides (Demeter), A climat. 5 000 arbres/an. — INRAE. Viticulture : 3 % de la surface agricole, 20 % des pesticides en France. — Nereau, S. (2025). Business Model Canvas Régénératif version Vins et Champagnes. Cité du Vin, Bordeaux. FlippingBook → — Nous Sommes Vivants (mars 2026). Capacity Score LVMH — filière vin/Galoupet N4. Article → — Nous Sommes Vivants (2024). Lauriers de la Régénération 2024 — OÉ et Alcools Vivants, vins et spiritueux régénératifs. — OÉ (2024). Vin biologique zéro pesticides, bouteille réemploi, Planet-score, B Corp, 1 % CA biodiversité. — Plan Bio (2025). Taxes américaines sur les vins : impact filière bio française. plan-bio.info → — Regenerative Organic Alliance (2020). Tablas Creek Vineyard — premier vignoble certifié Regenerative Organic Certified. En 2024 : plus de 12 millions d’acres certifiés ROC, plus de 126 certificats dans le monde. Ventes retail USA +25 % Q2 2023→Q3 2024, ~50 M$ en 2024 (source SPINS, octobre 2024). — Troon Vineyard (Oregon). Double certification Demeter + ROC Gold — 4e ferme au monde au niveau Gold. Wine Enthusiast American Winery of the Year 2022. — Torres, Familia (2021). Premier symposium international viticulture régénérative, Penedès. — EcoInfo (2024). Planet-score × 4 intentions d’achat sur produits bio. Étude 1 000 répondants. — Réussir Vigne (2026). Marché vin bio à deux vitesses : cavistes +13 %, CHR +12 %, vente directe +10 %, export +10 %, GMS -8 %. — Stephen Cronk, Domaine Mirabeau. Fondation de la Viticulture Régénérative (2021). Sols régénérés et expression du terroir. — Telmont Champagne (janvier 2026). Première Maison de Champagne certifiée Regenerative Organic Certified Bronze. Audit Ecocert Environnement. Projet Au Nom de la Terre — 100 % domaine et partenaires bio d’ici 2031, Net Zero 2050. Communiqué Rémy Cointreau →

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