Le libéralisme vient de muter.
Depuis la réélection de Donald Trump, de nombreuses formules tentent de rendre lisible le Trumpisme. Un concept gagne du terrain, libéral-autoritaire, l’alliance du libéralisme économique avec l’autoritarisme politique (sur fond de conservatisme culturel). Bien que le libéralisme se soit toujours défini contre l’abus d’autorité, le Trumpisme prône « un état fort pour une économie libre ». Grégoire Chamayou, La Société ingouvernable. Une généalogie du libéralisme autoritaire.
C’est autour de ces deux termes associés que va s’opérer la recomposition des droites en France selon le Cevipof, le centre politique de Sciences Po dans un rapport dont le détail est disponible ici. Pour le politologue Luc Rouban, autour de ces valeurs, il existe bien « un halo politique » en France et plus de 40% des Français s’y retrouvent aujourd’hui, autour d’une idéologie que l’on peut qualifier de Trumpisme à la Française.
Selon eux il existe une association statistique forte entre le libéralisme économique, la demande d’autorité et la préférence donnée à l’efficacité sur la démocratie. Pour cette enquête, 3500 personnes en France ont été interrogées, en détail. Pas sur Donald Trump, mais sur des thèmes qui montent, certains à la fois aux Etats-Unis et en France. Une autre partie des analyses provient du baromètre sur la confiance. En quoi les Français ont confiance aujourd’hui ?
Ou en sommes nous selon eux dans la propagation du Trumpisme à la Française ?
Le Trumpisme c’est le fait de vouloir réduire le nombre de fonctionnaires, de faire confiance aux grandes entreprises, de penser que l’État doit faire confiance aux entreprises plutôt que les contrôler et la recherche de l’efficacité propre au monde des affaires quitte à court-circuiter les institutions représentatives.
Si la confiance dans la plupart des grands services publics reste haute, il n’en demeure pas moins que le niveau de libéralisme économique tend à augmenter. On peut mesurer cette dimension au travers de plusieurs indicateurs. Par exemple, le niveau de confiance dans les banques a augmenté de 5 points depuis 2023 et atteint un niveau historique depuis la création du Baromètre en 2009. Il en va de même pour les grandes entreprises privées qui inspirent de la confiance à 48% des enquêtés français. La confiance dans les PME, quant à elle, reste très haute en moyenne à 77%. Mais un autre signal est parfaitement clair, la hausse importante depuis 2024 (+ 11 points) de la proportion d’enquêtés estimant qu’il faudrait réduire le nombre des fonctionnaires (53%) atteint le niveau le plus élevé jamais enregistré depuis 2017.
Les sentiments dominants, lorsqu’on parle de politique, sont, après la méfiance (37%), le dégoût (26%) et l’ennui (10%). 60% des enquêtés français se disent être tout à fait d’accord ou plutôt d’accord avec l’idée selon laquelle « les gouvernements ne peuvent plus faire grand-chose aujourd’hui, le vrai pouvoir est ailleurs ». Et lorsqu’on leur demande où se trouve d’après eux ce vrai pouvoir, les enquêtés français répondent : les marchés financiers (31%), l’Europe (18%), les citoyens (15%), les grandes entreprises privées (12%), les GAFAM, grandes entreprises du Web (12%). Sont à peine mentionnés les collectivités locales (2%), les juges (3%), les réseaux sociaux (3%).
À cette prise en considération d’un affaiblissement de la logique démocratique par l’amenuisement de sa capacité réelle à modifier la situation économique et sociale s’adjoint également une autre dimension relative à la volonté de se mettre à l’abri du politique et de se recentrer sur sa vie mais aussi sur ses droits privés. L’on retrouve ici encore des éléments caractérisant le trumpisme qui, tout en se positionnant sur une base conservatrice morale, célèbre la liberté individuelle et le rejet de tout ce qui évoque l’interventionnisme des démocrates sur la société.
C’est ainsi que 63% des enquêtés français estiment que « les autorités publiques nous disent trop ce que l’on doit faire dans le domaine de notre santé », que 64% d’entre eux estiment également que ces mêmes autorités « disent trop ce que l’on doit faire en matière d’environnement » et que 67% estiment qu’elles « disent trop ce qu’on a le droit d’exprimer en public ». Dans chacun de ces domaines, c’est en France que l’on obtient les proportions les plus importantes.
Le Cevipof conclue sur la recomposition des droites en France.
L’idée libérale d’une dépossession politique du gouvernement national au profit du monde politique qui détient le vrai pouvoir est donc désormais assez largement diffusée en France même si l’association entre la critique de la justice et le rejet des prescriptions publiques n’est pas effective en France. Elle se conjugue donc avec une volonté d’autorité politique au nom de l’efficacité, en particulier économique pour faire entendre les voix des entreprises et les libérer de toutes contraintes pouvant entraver leur performance.
Le déplacement du centre de gravité du pouvoir, échappant de plus en plus à la sphère des autorités publiques, pour finir entre les mains de grandes entreprises privées reste toujours l’un des ressorts du vote RN qui exprime notamment la volonté de retrouver la maîtrise des destins individuels et collectifs. Mais le RN pourrait changer de stratégie et affirmer dans son programme à venir un plus grand soutien aux grandes entreprises.
Et c’est sans surprise que les grandes entreprises et les PME sont au centre de l’échiquier de la droite Française.
Le Trumpisme montant pourrait créer un pont entre tous les partis de droite. « Le trumpisme à la française pourrait alors autant bénéficier aux Républicains qu’à Reconquête ! sinon à une forme de convergence politique entre ces deux partis portée par un candidat à la présidentielle de 2027. »
L’écologie rentre dans le dur, il nous faut donc parler d’économie mais d’une autre économie.
Emmanuel Faber, à la tête de l’International Sustainability Standard Board, va jusqu’à parler de « compétitivité, non pas seulement fiscale, mais écologique, sociale sur le long terme » source
Réaffirmer que ce système libéral est inefficace économiquement car il développe le court-termisme et le fait que les acteurs sont conduits uniquement par leurs intérêts individuels, ce qui est destructeur de valeur socialement et économiquement. Mais surtout réaffirmer que la solution réside dans l’engagement au delà du profit à court terme (pour un profit à court terme)
Ainsi l’étude de Des Enjeux Et Des Hommes avec Mouvement Impact France met en lumière un constat clair : l’engagement social et environnemental n’est pas seulement un coût, mais un levier stratégique de performance économique. A lire ici
- Les entreprises les plus engagées sont deux fois plus nombreuses à avoir atteint leurs objectifs de chiffre d’affaires entre 2022 et 2024 : ce fut le cas pour 52% des entreprises avancées dans leur maturité RSE, contre seulement 27% pour les moins avancées.
- Entre 2022 et 2024, les entreprises avec un Impact Score supérieur 65/100 enregistrent en moyenne +45 % de croissance de chiffre d’affaires, soit 8 points de plus que les entreprises ayant obtenu moins de 45/100 à l’Impact Score (37 % de croissance pour elles).
- Les entreprises ayant obtenu plus de 50/100 à l’Impact Score affichent une marge d’EBITDA moyenne de 6 % du chiffre d’affaires, contre 4% pour les entreprises ayant obtenu moins de 50/100 à l’Impact Score.
Impact France a conçu un indice d‘impact social et environnemental pour accompagner les startups à impact les plus prométeuses dans le sens ou l’impact est au coeur de leur offre commerciale .(source).
Les bonnes pratiques de réduction des impacts mises en place au niveau de leur offre commerciale permet d’avancer dans la réflexion sur les pratiques permettant d’identifier un « seuil de net zero impacts négatifs ou du moins qui représenterai une limite « incompressible » de réduction des impacts.
Certaines pourraient elles à terme contribuer plus qu’elles ne détruisent aux écosystèmes dont elles dépendent ? C’est à dire être contributives au delà d’un net zero impact, c’est à dire en adoptant l’approche analyse de cycle de vie sur les indicateurs du vivant ? Et ainsi prétendre contribuer à donner aux êtres vivants (dont les humains) les ressources leur permettant d’être en capacité d’atteindre leur plein potentiel dans leur environnement. C’est ce que nous avons exploré ici : 40 startups à impact qui pourraient viser (et atteindre) la régénération.
Viser la régénération est probablement plus accessible pour les start ups « impact by design ». Il s’agit de mettre en place des pratiques de réduction des impacts négatifs ET de maximisation des impacts positifs au niveau de l’offre (et de l’entreprise dans son ensemble). En savoir plus sur le business model régénératif
Pour aller plus loin dans cette réflexion
Comprendre que la fracture sociale derrière le libéralisme économique n’est pas économique mais relationnelle. Une crise du rapport à soi, aux autres, à la nature. Dans une société individualisme, parler d’individualisme relationel. Lire les mythes de l’écologie moderne
Ne pas se laisser enfermer dans le wokisme en abandonnant l’écologie punitive pour une écologie populaire. Une écologie qui porte sur ce qui est populaire au delà des efforts à fournir : la santé, la qualité de l’air, de l’eau, de l’alimentation…. Lire la note sur l’écologie populaire
Nourrir le récit de l’écologie populaire avec des preuves de performance au delà de l’environnemental, principalement économiques mais aussi sociales. L’économie régénérative en triple impact
Mettre en valeur les entreprises les plus engagées comme dans la note de la semaine dernière sur le textile avec le Fashion Score basé sur une partie seulement des indicateurs de la loi anti fast fashion pour pouvoir mieux se diffuser via les produits fiers d’être des produits contributifs. Lire la note de tendances
Chercher à s’accomplir dans sa vie pro parce que l’instabilité politique et économique va perdurer alors que l’écologie est la solution. Lire la note sur l‘accomplissement de soi : vivre sa vie vs. survivre.


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