
Le 17 octobre, la mobilisation contre la vie chère, débordée par des émeutes, a rendu visible le déclassement de la classe moyenne : la promesse que chaque génération vivrait mieux que la précédente ne tient plus. Les partis répondent par le pouvoir d’achat, qui soulage le budget des ménages et tient le présent. Rouvrir l’avenir demande d’agir sur ce qui produit le déclassement : des salaires qui suivent la valeur créée, une énergie dont on dépend moins, des emplois ancrés sur le territoire, des alternatives accessibles qui durent et nourrissent. Chacune de ces transformations change quelque chose pour les gens, pour les entreprises et pour la France, et se finance à plusieurs : le co-investissement porte la transition, puis le prix porte le modèle.
En bref
41 % des Français s’attendent à voir leur niveau de vie baisser dans l’année, selon Ipsos, et 75 % des personnes interrogées dans 38 pays pensent que chaque génération devrait vivre mieux que la précédente. Le déclassement de la classe moyenne est relatif : son niveau de vie progresse, celui des hauts revenus plus vite, selon le CRÉDOC. Les partis répondent par le pouvoir d’achat — SMIC, prix de l’énergie, aides —, qui soulage le présent. La transition repose sur les ménages et les entreprises pour 69 des 82 milliards d’euros attendus d’ici 2030, selon la Cour des comptes, et deux répondants sur trois au Capacity Score ne financent pas la trajectoire qu’ils déclarent ; en 2027, la RSE se décide dans le compte de résultat. Nous proposons quatre transformations — des salaires qui suivent la valeur créée, une énergie dont on dépend moins, des emplois ancrés sur le territoire, des alternatives accessibles qui durent et nourrissent —, financées à plusieurs : le co-investissement porte la transition, puis le prix porte le modèle.
Partie I · Ce qui se passe
1. Les tensions sociales rendent visible la rupture de la promesse de progrès
Les Gilets jaunes avaient appelé à se mobiliser partout en France contre la vie chère, pour le blocage des prix, la récupération des superprofits pétroliers et le contrôle des marges, comme nous le relevions dans notre lecture de la rentrée, de la pompe au caddie. Les tensions sociales se sont exprimées dans plusieurs villes, dont Paris, Lyon, Marseille et Limoges. Ce que l’opinion retient de cette journée, entre attachement à la contestation, attente d’ordre et envie d’avancer ensemble, est lu dans les mobilisations de la rentrée, après le 17 octobre. Serge Moscovici posait dès 1968 la question qui revient ce jour-là, celle d’une croissance qui tient lieu de justice sociale, comme nous le lisons dans ce que la pensée de Serge Moscovici éclaire du 17 octobre.
Dans un billet publié par Le Devoir et repris par Courrier international, un chroniqueur de Radio-Canada y lit une double angoisse : le déclin national et le déclassement personnel. Les revendications portent d’abord sur la vie chère, à commencer par l’énergie, puis sur l’état des écoles, et elles dépassent les ménages pauvres : une large part de la population se mobilise, alors que quatre Français sur cinq gardent, selon lui, un niveau de vie enviable.
Les chiffres en donnent la mesure. 41 % des Français s’attendent à voir leur niveau de vie baisser dans l’année, plus qu’en Allemagne (37 %) et au Royaume-Uni (32 %), selon l’Ipsos Cost of Living Monitor. 5 % seulement sont optimistes pour le monde, et 8 % pour le pays, selon Ipsos Global Trends, qui parle de « lostalgia » : le deuil de l’avenir qu’on s’attendait à avoir. La promesse reste pourtant largement partagée : 75 % des personnes interrogées dans 38 pays pensent que chaque génération devrait vivre mieux que la précédente.
Ce déclassement est relatif. Le CRÉDOC a montré que les classes moyennes françaises ne s’appauvrissent pas : leur niveau de vie a progressé, celui des hauts revenus plus vite. Lors de la précédente poussée d’inflation, la hausse des prix a atteint les classes moyennes inférieures : 46 % d’entre elles se disaient fragilisées, 17 points de plus en un an. Le décrochage tient à l’écart qui se creuse et à la perspective qui se ferme, et il se lit dans le budget.
Le déclassement dans le budget des classes moyennes inférieures
Ce qu’on gagne Le salaire L’action des entreprises sur les salaires change la façon dont les ménages vivent la hausse des prix. | La perspective et les liens Moins de liens Se chauffer, se déplacer, se nourrir moins réduit les moments partagés avec ses proches. |
Ce qu’on paie 45 % des classes moyennes inférieures ont baissé la température de leur logement. | Ce qu’on reçoit 1 sur 2 a assez à manger, sans toujours pouvoir acheter les aliments souhaités. |
Source : CRÉDOC, Observatoire des vulnérabilités, Consommation et modes de vie n° 327.
Partie II · Ce qui est proposé
2. Les partis répondent par le pouvoir d’achat : SMIC, prix de l’énergie, aides
Les partis répondent d’abord par le revenu et le prix. Les Écologistes portent un SMIC à 2 000 euros bruts, et le contre-budget socialiste une hausse du SMIC, financée notamment par la taxe Zucman. Le Rassemblement national ramène la TVA à 5,5 % sur l’énergie et les carburants, la supprime sur cent produits de première nécessité et prévoit un plan de climatisation de 40 milliards d’euros sur dix ans. Ces mesures soulagent le budget des ménages. Elles passent par la redistribution, et le CRÉDOC observe que les classes moyennes sont plus nombreuses là où l’État redistribue davantage : la redistribution tient la classe moyenne.
Le chroniqueur du Devoir renvoie dos à dos les deux candidats en tête, Mélenchon et Le Pen : il reproche à Jean-Luc Mélenchon de vouloir alléger la dette sans réduire la dépense, et à Marine Le Pen de se poser en « parti de l’ordre » sans chiffrage crédible. Cette lecture est la sienne, adossée à un budget qu’il juge contraint, avec des taux à dix ans autour de 5 % ; le ministre de l’Économie évoquait 4,4 % sur la dette à long terme.
Nos lectures de la rentrée au Capacity Score en tirent un autre constat. Les programmes de gauche se situent au niveau restaurer : ils portent une adaptation en profondeur, des haies aux forêts et aux sols, et la racontent avec le vocabulaire de la protection. Le RN occupe le terrain du pratique, avec des réponses qui s’adoptent tout de suite, chez soi ; le programme de Marine Le Pen, lu au Capacity Score, est estimé à 31 %, au bas du niveau réduire. Le politiste Félicien Faury, que nous lisons dans le libéralisme autoritaire et la trumpisation de la France, décrit chez une partie de son électorat un « entre-soi raté » : des classes moyennes prises entre la pression des plus aisés et celle des plus modestes. L’Ipsos Cost of Living Monitor le relève à l’approche de la présidentielle : le coût de la vie et l’espoir pour l’avenir pèseront lourd dans le vote.
3. Le déclassement de la classe moyenne se joue aussi sur l’écart, la perspective et la dépendance aux chocs
Les aides aux ménages atteignent mal la classe moyenne. Le CRÉDOC relève que les classes moyennes inférieures ont davantage demandé d’aides qu’auparavant, mais en obtiennent moins souvent que les ménages modestes : elles connaissent moins les démarches, craignent un refus ou un jugement sur leur légitimité à demander, et butent sur les effets de seuil. Selon l’Institut Montaigne, cité dans l’écologie sera populaire (ou ne sera pas), elles estiment bénéficier moins que d’autres de l’action publique.
Les chocs, eux, viennent du dehors. Selon l’Insee, l’énergie augmentait de 16,7 % sur un an en août et le gazole de 36,4 %, sur fond de guerre au Moyen-Orient et de blocage du détroit d’Ormuz ; en septembre, l’inflation atteint 3,1 %, portée par le gazole (+44,1 %), comme le relève notre lecture des programmes 2027 face à l’adaptation. 86 % des Français attribuent la vie chère aux guerres et à leurs conséquences, selon Ipsos. Baisser le prix soulage cette année ; la dépendance demeure, et la facture revient au choc suivant.
Reste la perspective. Un SMIC relevé, une TVA réduite, une aide obtenue soulagent le présent ; l’écart avec les plus aisés et l’avenir qui se ferme demandent d’agir sur ce qui les produit : comment la valeur se partage, ce qui se produit et où, ce dont on dépend, ce que l’on achète. L’urgence tient le présent ; la transformation rouvre l’avenir, et elle a besoin de l’urgence pour avoir le temps de produire ses effets.
Partie III · Qui paie aujourd’hui
4. Qui paie aujourd’hui : les ménages, le budget public et les marges des entreprises
Les ménages paient d’abord, avec un budget déjà serré par le plein et les courses. Ils achètent de quoi se mettre à l’abri : 22 % ont installé une climatisation, 13 % ont fait isoler leur logement, selon l’enquête Ipsos bva pour Bouygues Immobilier que cite notre lecture de la rentrée. Les locataires, exclus des aides réservées aux propriétaires, dépendent de leur bailleur.
Le budget public redistribue, et il est contraint : les intérêts de la dette sont devenus le premier poste de dépense de l’État. Les partis le sollicitent chacun à leur manière, comme le montre notre comparaison des sept prises de parole de la rentrée. La gauche finance par l’impôt, l’emprunt, la règle et l’aide ; le RN par le crédit, tout en réduisant les recettes ; le MEDEF demande d’alléger la charge des entreprises ; Impact France propose une fiscalité qui récompense ce qui contribue et une épargne fléchée vers la transition. Toutes financent par la règle ou par l’aide publique, et chaque euro engagé se revote à la loi de finances suivante. La Cour des comptes chiffre la charge de la transition : 69 des 82 milliards d’euros attendus d’ici 2030 reposent sur les ménages et les entreprises, comme le relève notre lecture du rapport de la Cour des comptes, une transition rentable et sous-financée.
Les entreprises paient sur leurs marges. Les modèles économiques qui se profilent pour 2027 déplacent la question, comme le montrent nos tendances RSE 2027 : le périmètre de la CSRD se resserre, avec des seuils portés à 1 000 salariés et 450 millions d’euros de chiffre d’affaires, et de 50 000 à 10 000 entreprises concernées. Celles qui poursuivent le font parce que l’eau, les sols et les fournisseurs pèsent sur leur résultat : 54 % des dirigeants citent les leviers business comme motivation de leurs actions climat, contre 34 % six ans plus tôt. En 2027, la RSE se décide dans le compte de résultat. Le verrou est le financement : deux répondants sur trois au Capacity Score ne financent pas la trajectoire qu’ils déclarent, et une dépense prise sur la marge se rediscute à chaque exercice difficile. L’innovation produit, le levier qui fait passer au modèle économique régénératif, est la plus polarisée : 35 % des répondants se situent au niveau Réduire, 31 % au niveau Régénérer.
La valeur existe : les grandes entreprises cotées françaises ont versé 61 milliards d’euros de dividendes au deuxième trimestre, selon Janus Henderson. La question devient ce qui revient aux actionnaires, et ce qui revient à ceux dont l’activité dépend.
Partie IV · Ce que nous proposons
Nous proposons quatre transformations. Chacune se lit sur ce qu’elle change pour les gens, pour les entreprises et pour la France. La classe moyenne y agit autant qu’elle en bénéficie, avec trois prises : l’achat, quand des alternatives accessibles existent ; le travail, quand il a du sens ; le territoire, quand ses habitants co-investissent, comme chez elmy.
5. Des salaires qui suivent la valeur créée, dans l’entreprise et dans toute la filière
C’est l’entreprise qui paie le salaire, et la question porte sur la répartition de la valeur, dans l’entreprise et tout au long de la chaîne de valeur : réduire les écarts de salaires, garantir un salaire décent à chaque étape, intégrer des critères RSE dans la part variable des dirigeants. C’est le cœur de l’économie de la mutualité, où l’on co-investit et partage équitablement les gains. Ce partage a une source : contribuer est triplement profitable, et un modèle économique qui renforce le territoire et ses habitants dégage une valeur qui peut revenir à ceux qui la produisent, salariés compris. Documenter la part qui revient aux salariés, entreprise par entreprise, est l’un des objets de notre recherche-action sur la triple profitabilité.
L’écart est vécu comme tel : 73 % des personnes interrogées dans 38 pays par Ipsos Global Trends estiment que l’économie est truquée en faveur des riches et des puissants, et 63 % de celles qu’interroge l’Ipsos Cost of Living Monitor citent les profits excessifs des entreprises parmi les causes de la vie chère. Un partage de la valeur chiffré et vérifiable y répond : près de trois consommateurs nord-américains sur quatre se fient peu ou pas aux communications des entreprises sur leur impact, et les certifications indépendantes et les données détaillées sont ce qui les rassure le plus, selon Public Inc. Les entreprises y trouvent aussi leur intérêt : 81 % des membres du Reputation Council d’Ipsos estiment que leurs engagements ESG les aident à attirer et à garder les talents.
Pour les gens : un salaire qui suit la valeur créée, et un écart qui se resserre.
Pour les entreprises : la confiance retrouvée, des équipes qui restent, une rentabilité adossée à ce qu’elles apportent.
Pour la France : un pouvoir d’achat qui tient d’une année sur l’autre, et une cohésion sociale qui se rebâtit.
6. Dépendre moins de l’énergie réduit l’exposition aux chocs
La pompe dit la dépendance : la France paie à la pompe sa dépendance au pétrole, comme le montre notre lecture de la rentrée. L’industrie y est la première exposée : les engrais azotés, par exemple, se fabriquent à partir de gaz naturel, et leur prix suit celui de l’énergie, au point que l’État y consacre 145 millions d’euros dans son plan d’urgence, comme le rappelle notre dossier alimentation régénérative. Réindustrialiser, devenu un impératif territorial, passe aussi par l’énergie : une usine qui produit et économise son énergie sur son territoire garde la maîtrise de ses coûts.
Produire et économiser l’énergie sur place, avec un investissement porté ensemble par les entreprises, les collectivités et les habitants, réduit l’exposition aux chocs qu’aucune mesure d’urgence ne prévient. elmy en donne un exemple : une électricité renouvelable et française vendue en circuit court, dans laquelle producteurs et collectivités co-investissent avec les riverains associés, sur des sites dégradés réhabilités. La mutualité trouve ici son mécanisme : on co-investit pour dépendre moins. C’est aussi ce qui rend la transition acceptable : selon le rapport People and Climate Change d’Ipsos, la moitié des personnes interrogées dans 31 pays soutient un gouvernement qui privilégie des prix bas de l’énergie, même au prix de davantage d’émissions. Une transition qui stabilise la facture réconcilie les deux.
Pour les gens : une facture moins exposée aux crises lointaines.
Pour les entreprises : des coûts plus stables, et des usines qui continuent de tourner quand le prix du pétrole ou du gaz flambe.
Pour la France : une indépendance énergétique et industrielle qui se gagne sur le territoire.
7. Produire sur le territoire rouvre une perspective
Produire sur le territoire concerne toutes les entreprises : l’agriculture et l’alimentation, le textile, l’immobilier et les services, autant que l’industrie. « Fabriqué en France » désigne un lieu ; le Made in France contributif dit ce que la production fait vivre : un emploi durable et ancré avec une juste rémunération tout au long des chaînes de valeur, un climat préservé, des sols vivants et une biodiversité renforcée, la santé, la qualité de vie et des relations justes entre ceux qui font et ceux qui consomment.
Les exemples couvrent tous les secteurs. C’est qui le Patron ?! construit le prix de son lait avec des éleveurs français, à partir de leurs coûts de production. La SCIC Laines Paysannes paie la laine 1,20 euro le kilo à ses trente fermes sociétaires, six fois le prix de marché. ETIC, foncière de tiers-lieux, réhabilite le bâti existant et l’ancre dans les communautés qui l’habitent. D’autres le formulent aussi : Théodore Tallent voit dans la transition l’occasion d’emplois de qualité et d’une souveraineté industrielle et agricole retrouvée, et Impact France appelle à garantir l’accès des territoires aux ressources dont ils dépendent.
L’attachement au territoire traverse les électorats : 76 % des Français veulent privilégier l’entraide sur la concurrence, selon l’ObSoCo, dont nous lisons l’enquête dans les imaginaires de l’écologie. Des entreprises de l’ESS recousent déjà ce lien en mutualisant coûts et gains, comme le montre comment l’ESS recoud le lien social face aux démutualisations. Pour la classe moyenne, produire ici ouvre une perspective personnelle : des emplois ancrés, qui restent, et des métiers qui progressent. L’entreprise redonne une place quand le travail a du sens et renforce les liens, à soi, aux autres et à la nature : c’est la culture du prendre soin d’une marque employeur régénérative, que porte le leadership régénératif. Retisser ces liens est aussi l’objet du livret de Marine Tondelier contre la solitude, lu dans l’écologie du lien et ses trente propositions. La confiance suit le même chemin : selon Ipsos Global Trends, elle se déplace vers le proche et ce qui se voit, et 70 % des personnes interrogées préfèrent acheter les produits de leur pays, comme le confirme notre lecture de ce que les Français attendent des entreprises en matière de souveraineté.
Pour les gens : un emploi près de chez soi, un métier qui progresse, du sens au travail.
Pour les entreprises : une chaîne de valeur plus robuste, et une provenance que les clients valorisent.
Pour la France : une souveraineté agricole, industrielle et commerciale qui se reconstruit, territoire par territoire.
8. Des alternatives accessibles, qui durent et nourrissent, rendent de la valeur à chaque euro
Le déclassement, c’est aussi payer plus cher pour moins. En soixante ans d’agriculture intensive, les 70 fruits et légumes les plus consommés ont perdu 48 % de leur fer, 27 % de leur vitamine C et 16 % de leur calcium, selon l’ANSES : plus de volume, moins de substance. Un sol vivant donne un aliment plus dense en nutriments, et c’est le point de départ de l’alimentation régénérative, du sol à la santé. La tomate en donne le cas le plus parlant, que nous détaillons dans la tomate, enjeu écologique de 2027 : prix, santé, origine et sol vivant.
La demande existe, l’offre manque. Huit Français sur dix jugent que la crise climatique oblige à revoir les modes de vie, mais 13 % seulement déclarent faire tout leur possible pour consommer autrement, selon le baromètre GreenFlex-ADEME de la consommation responsable. Ce qui les ferait passer à l’acte, ils le disaient déjà dans notre enquête avec Ipsos : 34 % citaient des alternatives écologiques accessibles à tous. Au Parlement, la proposition d’Antoinette Guhl d’un panier d’au moins 80 produits sains vendus à prix coûtant va dans ce sens, comme nous le lisons dans cent produits sains à prix coûtant, un made in France accessible ?
Le prix ne fait pas disparaître cette demande. En Amérique du Nord, où le prix a davantage pesé sur les achats, la part des achats responsables a pourtant progressé, et elle ne suit plus le revenu, selon le Conscious Consumer Report de Public Inc., mené avec Ipsos. Les acheteurs les plus engagés y sont même deux fois plus sensibles au prix que les moins engagés : la consommation responsable concerne la classe moyenne autant que les ménages aisés. Les promesses qui convainquent parlent d’un bénéfice immédiat : la santé, un produit qui dure.
Faire converger l’accessible et le régénératif est possible. C’est qui le Patron ?! le montre au niveau régénératif : un prix construit à partir du revenu du producteur, un prix en rayon comparable à celui du lait non bio, parce que la confiance supprime les marges de précaution, et des prairies, des éleveurs et un lait qui s’en portent mieux à chaque litre vendu. Les près de cent produits régénératifs français primés aux Lauriers montrent que ce modèle tient dans tous les secteurs. Et la contribution crée de la préférence quand le client peut la voir, comme le montre notre lecture des enseignes préférées des Français.
Pour les gens : en avoir pour son argent, et une alimentation qui nourrit.
Pour les entreprises : une demande qui attend son offre, et une marge qui tient sans surenchère de prix.
Pour la France : une santé publique qui progresse avec la qualité de ce que l’on mange.
Ce que les quatre transformations changent
| Pour les gens | Pour les entreprises | Pour la France | |
|---|---|---|---|
| Des salaires qui suivent la valeur créée | Un écart qui se resserre | La confiance retrouvée | Un pouvoir d’achat qui tient |
| Dépendre moins de l’énergie | Une facture moins exposée | Des coûts plus stables | L’indépendance énergétique |
| Produire sur le territoire | Un emploi et un métier près de chez soi | Une chaîne plus robuste | La souveraineté reconstruite |
| Des alternatives accessibles qui durent et nourrissent | En avoir pour son argent | Une demande qui attend son offre | Une santé publique qui progresse |
Ces transformations se situent à des niveaux différents du Capacity Score. Réduire sa dépendance à l’énergie, vendre l’usage plutôt que le produit, faire durer : c’est d’abord réduire ses impacts et ses risques. La régénération vient quand le modèle économique augmente la capacité du vivant à prospérer, pour que le territoire et ses habitants prospèrent avec l’activité, et l’activité avec eux. Les Lauriers de la régénération en apportent la preuve : la dernière édition a distingué 38 lauréats dans 15 secteurs, ce qui porte à 90 le nombre d’entreprises reconnues pour leurs produits régénératifs, dont sept certifiées ROC ; Léa Nature y a été distinguée dans la catégorie « Modèle économique régénératif ». C’est le triple impact contributif que NSV documente avec la recherche-action sur la triple profitabilité. Une partie des mécanismes de cet article repose sur des enquêtes internationales : les mesurer en France, auprès des classes moyennes — la consommation responsable par tranche de revenu, la confiance dans les entreprises de proximité —, est le prochain chantier de mesure.
9. Notre réponse : la transition se co-investit, puis le prix porte le modèle
Ces quatre transformations se financent autrement que par le seul budget des ménages, de l’État ou des marges. Plusieurs payeurs se combinent, et c’est leur combinaison qui rend le modèle viable : le client, quand la valeur est visible ; l’entreprise, dans sa propre chaîne de valeur ; l’État et les collectivités, par les paiements pour services environnementaux ; le secteur financier ; et la filière elle-même, par des contrats pluriannuels.
Ces payeurs se réunissent dans un accord : l’économie de la mutualité. On co-investit, et on partage équitablement les gains. La trajectoire a deux moments. Pendant la transition, le co-investissement porte les charges nouvelles. Ensuite, le prix porte le modèle : il rend les pratiques possibles, les pratiques font la qualité, la qualité justifie le prix. C’est le terrain de la finance régénérative, qui partage la valeur avec ceux qui produisent au lieu de la capter ; les financeurs qui accompagnent déjà les lauréats des Lauriers sont cartographiés dans qui finance la régénération en France.
La puissance publique y a sa part, en conditionnant les aides aux entreprises à une croissance en triple impact et par la commande publique, qui pèse 14 % du PIB. La propriété en décide aussi : Léa Nature, dont le capital est transmis à une fondation actionnaire, garde la valeur dans l’entreprise et investit dans ses filières sur cinq à dix ans, sans arbitrage trimestriel.
Conclusion : rouvrir la promesse de progrès, en l’incarnant dans ce qui se vend
La classe moyenne a vu se rompre la promesse que chaque génération vivrait mieux que la précédente. Les mesures d’urgence la soulagent cette année : elles tiennent le présent.
Rouvrir cette promesse, c’est l’incarner dans des offres commerciales à impact régénératif : des produits et des services que l’on choisit parce qu’ils sont meilleurs pour soi, et dont la vente fait progresser le territoire et ceux qui y vivent — des salaires qui suivent la valeur créée, une énergie dont on dépend moins, des emplois ancrés sur le territoire, des alternatives accessibles qui durent et nourrissent. C’est la voie qui fonctionne dans une économie de marché libérale : le marché récompense ce qui se vend, et quand la contribution se lit sur le produit, il récompense ce qui contribue. Le manifeste du Made in France contributif demande ce qui la rend possible : que cette contribution se compte, se vérifie et se lise sur l’emballage. Le financement suit : le co-investissement porte la transition, puis le prix porte le modèle.
Le mot « progrès » rassemble encore : 75 % des Français lui prêtent une connotation positive, selon Parlons Climat, que nous lisons dans comment parler d’écologie aux Français. Ipsos Global Trends le résume : les progrès se vivent seul, les reculs se vivent ensemble. Le territoire est l’endroit où les progrès redeviennent collectifs, et où un chemin crédible devient visible. C’est ce que vise l’économie régénérative, une viabilité en multicapitaux pour une prospérité partagée dans nos territoires : le territoire et ses habitants prospèrent avec l’activité, et l’activité avec eux.
La demande que nous portons
Notre demande est celle du manifeste du Made in France contributif, remis aux ministères de l’Agriculture, de l’Industrie et du Commerce. Elle tient en deux lignes. Sur le produit : que la contribution se lise sur l’emballage — la rémunération de celui qui produit, la biodiversité, l’emploi maintenu sur le territoire, la qualité réelle du produit. Du côté de l’État : qu’il fixe comment elle se compte, qui la vérifie, et ce que vaut chaque niveau atteint dans la commande publique et dans les aides. Quatre demandes en découlent : rendre obligatoires les scores gradués, faire connaître les labels qui attestent une contribution, ajouter au calcul européen les indicateurs qui disent ce qu’une production rend, et conditionner l’argent public à la contribution du produit. Alors le consommateur, l’État et les territoires peuvent flécher leur argent vers ce qui fait vivre le pays.
Ce que nous proposons
Transformer une offre et sa chaîne de valeur pour réduire les pressions sur le vivant, créer une valeur économique durable et engager les acteurs qui rendent cette transformation possible. Le point de départ est le Capacity Score : il évalue votre capacité à tenir vos trajectoires RSE, innovation et business et identifie vos leviers prioritaires. Vient ensuite le business model régénératif, pour redessiner avec vos parties prenantes la façon dont la valeur se crée et se partage.
Comment faire évoluer son entreprise sans mettre en danger son activité, en pleine crise climatique et sociale ? Jérémy Dumont, planneur stratégique et président de Nous Sommes Vivants, en parle avec Laura Bokobza, sparring partner de dirigeants, dans une conversation au Coin du Feu, à regarder en vidéo.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le déclassement de la classe moyenne ?
C’est une baisse relative de sa place, doublée d’une absence de perspective : l’écart se creuse avec les plus aisés, le budget se tend entre ce qu’on gagne, ce qu’on paie et ce qu’on reçoit pour son argent, et l’avenir paraît fermé, pour soi et pour ses enfants.
Pourquoi dépasser les mesures d’urgence ?
Elles agissent sur le prix et le revenu, par la redistribution, et tiennent le présent. Le déclassement vient de ce qui creuse l’écart et ferme la perspective : comment la valeur se partage, ce qu’on fabrique et où, la dépendance aux chocs extérieurs. La transformation agit sur ces causes et rouvre l’avenir ; l’urgence lui en laisse le temps.
Que peuvent faire les entreprises contre le déclassement ?
Partager la valeur avec ceux qui produisent, réduire leur dépendance à l’énergie et celle de leurs clients, ouvrir des emplois ancrés et des métiers qui ont du sens, et concevoir des alternatives accessibles qui durent et nourrissent mieux.
Comment l’économie régénérative peut-elle rouvrir la promesse de progrès ?
En l’incarnant dans des offres commerciales régénératives : des produits et des services que l’on choisit parce qu’ils sont meilleurs pour soi, et dont la vente fait progresser le territoire et ceux qui y vivent. Dans une économie de marché, quand la contribution se lit sur le produit, le marché récompense ce qui contribue.
Qui paie la transformation ?
Plusieurs payeurs se combinent : le client quand la valeur est visible, l’entreprise dans sa propre chaîne, l’État et les collectivités, la finance, et la filière par des contrats pluriannuels. L’économie de la mutualité les réunit : le co-investissement porte la transition, puis le prix porte le modèle.
Sources
« En France, la double angoisse du déclin national et du déclassement personnel », billet d’un chroniqueur de Radio-Canada publié par Le Devoir, repris par Courrier international le 21 octobre 2026. R. Bigot, P. Croutte, J. Müller, « Les classes moyennes en Europe », CRÉDOC, cahier de recherche n° C282, décembre 2011. S. Berhuet, S. Hoibian, « Inflation : les classes moyennes à la peine », CRÉDOC, Consommation et modes de vie n° 327, décembre 2022. Ipsos, The Ipsos Cost of Living Monitor, enquête Global Advisor dans 33 pays (23 531 adultes, environ 1 000 en France), 21 août-4 septembre 2026, publiée en octobre 2026. Ipsos, Global Trends, 10e édition, « The Search for Silver Linings », enquête dans 38 pays (29 542 adultes, environ 1 000 en France), 22 mai-5 juin 2026, publiée en septembre 2026. Ipsos, People and Climate Change Report, 31 pays, 2026, avec l’Ipsos Energy Transition Barometer et le Reputation Council. Public Inc., avec Ipsos et Engage for Good, 2026 Conscious Consumer Report, enquête auprès de plus de 2 000 Canadiens et Américains. Pages Nous Sommes Vivants citées dans le texte, dont notre lecture de la rentrée pour les données Insee d’août, les programmes et les dividendes, notre lecture des programmes 2027 face à l’adaptation pour l’inflation de septembre, et comment parler d’écologie aux Français pour la connotation du mot « progrès » (Parlons Climat, Les Français parlent climat 2026).

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