Lecture croisée · Rapport du Sénat × Livre blanc Nous Sommes Vivants
Le Sénat explore l’économie régénérative à l’horizon 2050 — ce que nous y lisons
Un rapport sénatorial de 85 pages questionne nos indicateurs, nos outils comptables et notre gouvernance économique. L’un de ses quatre scénarios converge avec les travaux de notre livre blanc. Lecture croisée — et ce qui reste à construire.
Le 7 octobre 2025, la Délégation sénatoriale à la prospective a publié le rapport L’évolution des valeurs dans le champ économique à l’horizon 2050. Économie régénérative, comptabilité socio-environnementale, santé du vivant — nous y avons trouvé des convergences suffisamment fortes pour justifier une lecture croisée avec notre livre blanc.
Rapport n°10 (2025-2026), Délégation sénatoriale à la prospective — Rapporteurs : Éric Dumoulin, Vanina Paoli-Gagin, Stéphane Sautarel
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Le rapport
Le rapport n°10 de la Délégation sénatoriale à la prospective pose une question fondamentale : que voulons-nous réellement valoriser dans notre économie ? Face au dérèglement climatique, à l’effondrement de la biodiversité, au vieillissement démographique et à la montée des inégalités, les rapporteurs Éric Dumoulin, Vanina Paoli-Gagin et Stéphane Sautarel interrogent nos indicateurs, nos référentiels comptables et nos modes de gouvernance. Leur ambition : « replacer l’économie au sein de la biosphère » et revenir au sens premier de l’oikonomia — l’art de bien gérer la maison commune.
Le rapport recense quatre courants de pensée alternatifs (décroissance, croissance verte, économie du donut, post-croissance), construit quatre scénarios à l’horizon 2050, et propose trois grandes orientations : un nouveau récit, de nouveaux outils comptables et une gouvernance adaptée au temps long. Il consacre un développement approfondi à la comptabilité CARE, aux normes ISSB portées par Emmanuel Faber, et inclut un déplacement terrain en Seine-et-Marne (VESTO). Adopté à l’unanimité le 7 octobre 2025.
La lecture croisée
Nous Sommes Vivants est un collectif fondé en 2020 qui accompagne les organisations dans leur transition vers l’économie régénérative. Notre livre blanc — Ce que la régénération du vivant change pour les décisions d’entreprise (février 2026) — pose un cadre théorique et opérationnel pour passer de la réduction des impacts négatifs à l’augmentation des impacts contributifs sur le vivant : nature, communautés humaines, économie des territoires.
Il s’appuie sur trois corpus scientifiques convergents :
→ La stratégie d’entreprise régénérative (Hahn & Tampe, 2021 ; HEC Paris, 2025 ; Konietzko et al., 2023) fournit le continuum de maturité : comment situer une organisation sur une trajectoire, quels attributs caractérisent chaque étape.
→ La science des systèmes socio-écologiques (Fischer, Farny, Pacheco-Romero & Folke, 2025 ; Folke et al., 2021 ; Skene, 2022) fournit la dynamique : pourquoi la montée en capacité n’est pas un escalier mais une spirale, quels freins systémiques bloquent la progression.
→ Le développement régénératif (Regenesis Institute, depuis 1995 ; Sanford ; Holliday) fournit la condition manquante : seuls les êtres vivants se régénèrent — la vie dans les sols, les populations animales et végétales, les communautés humaines. L’entreprise ne régénère pas à leur place. Elle tisse des relations mutuellement bénéfiques entre eux, de sorte que chaque être vivant renforce par son activité propre la capacité des autres à évoluer. Cette posture — qui commence par la transformation intérieure du leader et la primauté du lieu — est ce que ni la stratégie ni la science ne formalisent.
Définition
Régénérer, c’est tisser des relations mutuellement bénéfiques entre les êtres vivants d’un territoire — la vie dans les sols, les populations animales et végétales, les communautés humaines — de sorte que chaque être vivant renforce par son activité propre la capacité des autres à poursuivre leur propre évolution.
Trois outils structurent cette démarche :
→ Le Capacity Score — un diagnostic qui évalue la capacité d’une organisation à tenir ses trajectoires RSE, innovation et économiques, quel que soit son niveau de départ.
→ Le RegenBMC — un redesign de l’offre en 5 ateliers, produit par produit, ancré dans le territoire.
→ Les Lauriers de la Régénération — 55 produits et services documentés (éditions 2024 et 2025), qui montrent que le modèle régénératif fonctionne en entreprise de marché comme en économie sociale et solidaire.
Le constat du rapport : le PIB ne mesure pas ce qui compte
Le constat du rapport est sans ambiguïté : « le lien de plus en plus distendu entre développement économique et progrès humain doit nous interroger sur ce que nous souhaitons réellement valoriser dans notre économie ». Le PIB ne mesure ni le bien-être, ni la santé des écosystèmes, ni la solidarité intergénérationnelle. La rapporteure Vanina Paoli-Gagin le formule directement : « Des éléments que l’on considère à haute valeur ajoutée sont en réalité à haute destruction ajoutée. »
Des travaux pionniers de l’Insee produisent des comptes nationaux « augmentés » intégrant la dégradation du capital climatique, l’épuisement du budget carbone et les effets sur la santé. Les chiffres sont éloquents :
Le rapport identifie aussi un risque d’« insolvabilité planétaire » : le PIB mondial pourrait perdre 50 % de sa valeur entre 2070 et 2090 en raison des chocs climatiques en cascade. Plus de 40 % des titres détenus par les institutions financières françaises dépendent d’au moins un service écosystémique — et la comptabilité traditionnelle ne le voit pas.
Ce que le livre blanc y lit. Le rapport documente à l’échelle macro ce que le Capacity Score rend visible à l’échelle de l’entreprise : une activité économique qui reste découplée de ses impacts sur le vivant. Les profils de Michelin (45 %) et Patagonia (68 %) montrent des décorrélations entre leviers — une entreprise peut être avancée en dynamiques humaines (N3) et bloquée en chaîne de valeur (N2).
Où en est votre organisation ? Faire le diagnostic Capacity ScoreLes quatre scénarios lus au prisme du livre blanc
Le rapport propose quatre futurs possibles pour la valeur « économie » en 2050. Le livre blanc formalise quatre étapes dans une trajectoire de montée en capacité : Limiter → Réduire → Restaurer → Régénérer.
Tableau 24 — Quatre scénarios pour la valeur « économie » (Délégation sénatoriale à la prospective, 2025)
| Scénario (Sénat, 2025) | Logique de valeur | Indicateur de prospérité | Niveau CS |
|---|---|---|---|
| 1. Croissance à marche forcée par l’hyper-innovation et la domination algorithmique | PIB dominant — la croissance est la fin et le moyen. Compétition pour les ressources, extraction accélérée par la technologie | PIB, parts de marché, puissance algorithmique | N1 |
| 2. Croissance décarbonée et contrôlée | PIB ajusté — maintenir la croissance en réduisant les impacts. Transition pilotée par la régulation et l’investissement bas-carbone | PIB vert, scores ESG, bilan carbone, ISSB | N2 |
| 3. Sobriété choisie | PIB déclassé — réduction volontaire, découplage consommation / bien-être. Rester dans les limites planétaires, réparer les écosystèmes dégradés | Limites planétaires, CARE, indices de bien-être | N2→N3 |
| 4. Communautés locales résilientes* | PIB abandonné — reconstruire la valeur autour de la santé du vivant et de la solidarité intergénérationnelle. Économie biocentrée, ESS, communs | Santé des sols, biodiversité, disponibilité en eau, capacité de régénération, bien-être des communautés | N3 |
* Malgré le PIB abandonné et l’économie biocentrée, le scénario 4 reste N3 : ses indicateurs mesurent des stocks à préserver, pas des capacités à développer. Et son économie régénérative est cantonnée aux structures ESS — la chercheuse Nadine Richez-Battesti (Labo de l’ESS) figure parmi les personnes auditionnées, confirmant que l’ESS est le référentiel implicite. Le N4 — entreprises de marché dont la viabilité est structurellement liée à la contribution au vivant — est le chaînon manquant que NSV documente. Vanina Paoli-Gagin lors de l’examen : « Des éléments que l’on considère à haute valeur ajoutée sont en réalité à haute destruction ajoutée. » Stéphane Sautarel : « Alors qu’il n’était au départ qu’un indicateur, le PIB est devenu un objectif. Or nous avons besoin de boussoles qui ne soient pas des objectifs. » Emmanuel Faber, président de l’ISSB, auditionné : « Passer d’une économie extractive et prédatrice du vivant à une économie régénératrice — non pas par vertu, mais par réalisme et par opportunité. » Fischer, Farny, Pacheco-Romero & Folke (Ambio, 2025) confirment que la régénération est une logique distincte de la durabilité (S2) et de la résilience (S3-S4).
Ces quatre scénarios ne sont pas un menu d’options équivalentes. Du scénario 1 au scénario 4, le PIB perd progressivement son statut de boussole — dominant, ajusté, déclassé, abandonné — et le rapport au vivant se transforme. Le rapport le dit en ces termes : les trois premiers scénarios reviennent à « forcer l’environnement à entrer dans le marché » ; seul le quatrième propose de « replacer l’économie au sein de la biosphère ».
La science confirme cette trajectoire. Fischer, Farny, Pacheco-Romero et Folke (Ambio, 2025) montrent que durabilité, résilience et régénération forment trois logiques distinctes. La durabilité vise à faire moins de mal. La résilience vise à absorber les chocs — mais on peut être « résilient dans la dégradation », survivre dans un monde appauvri sans jamais le transformer. La régénération vise à renforcer activement les capacités des êtres vivants à s’auto-organiser et à évoluer. Traduit dans les scénarios du Sénat : S2 = durabilité, S3 = résilience, S4 pose les bonnes finalités mais ses mécanismes restent N3. Le N4 en entreprise de marché est le chaînon manquant.
Le passage du scénario 3 au scénario 4 est aussi le plus risqué. La matrice de Sarkar, Foglia et Kotler (2021) identifie un piège : l’entreprise qui restaure, compense, répare — avec sincérité — mais sans modèle économique viable adossé à cette contribution. C’est le quadrant Charity : bonne intention, pas de pérennité. Le quadrant Régénératif exige les deux axes simultanément — la viabilité économique ET la contribution active au vivant.
VESTO — le terrain visité par les sénateurs (N2→N3)
Les rapporteurs ont consacré un déplacement à VESTO (Compans, Seine-et-Marne), première usine de reconditionnement de matériel professionnel de restauration en France. 45 salariés, 1 410 tonnes de CO₂ évitées fin 2024. Au prisme du Capacity Score : N2 solide avec des leviers N3 activés — le reconditionnement réduit l’empreinte (N2), le recrutement en insertion et l’ancrage territorial commencent à restaurer du capital social et humain (N3).
C’est qui le patron / LSDH — Lauréats de la Régénération 2025 (N3→N4)
C’est qui le patron ?! (CQLP) et la Laiterie de Saint-Denis-de-l’Hôtel (LSDH) — Lauréats de la Régénération 2025 — illustrent une filière laitière structurée en triple impact : 410 fermes, prix producteur à 540 €/1 000 litres (contre 480 € en conventionnel), gouvernance distribuée (consommateurs, producteurs, distributeurs). Au prisme du Capacity Score : N3 solide avec des signaux N4. Prises ensemble avec VESTO, elles dessinent le chemin concret que le scénario 4 appelle — en entreprise de marché, avec des résultats mesurables.
Lire la note de cadrage complèteCe qui manque pour que le scénario 4 devienne opérationnel
Le scénario 4 pose les bonnes finalités. Les convergences avec le livre blanc sont nombreuses. Mais entre la projection et la mise en œuvre, plusieurs verrous restent à lever :
Un outillage de diagnostic. Le rapport appelle à des indicateurs de résilience écologique et sociale — mais ne propose pas d’instrument pour les déployer à l’échelle de l’entreprise. C’est le rôle que le Capacity Score vise à remplir.
Une méthodologie de redesign. Le scénario décrit ce à quoi ressemble une économie régénérative — agroécologie, low-tech, communs, gouvernance distribuée — mais pas comment une entreprise existante restructure son offre, produit par produit. C’est l’objet du RegenBMC.
Un élargissement au-delà de l’ESS. Le scénario 4 s’appuie principalement sur des coopératives, des associations, des mutuelles. Pourtant, des entreprises de marché opèrent déjà en triple impact : CQLP/LSDH (SAS, 410 fermes), Expanscience (société à mission, 3 800 agriculteurs), Tissages Bastien (B Corp, EcoVadis Platinum). Intégrer ces trajectoires dans le scénario 4 lui donnerait une portée bien plus large.
La preuve économique — le verrou structurel. Personne n’a documenté le lien entre pratiques régénératives et performance financière. Sans cette preuve, le récit reste aspirationnel. C’est pourquoi le livre blanc identifie une boucle causale en cinq maillons à documenter :
Santé des sols, biodiversité, coopération de filière
Qualité, traçabilité, différenciation
Marge, résilience du CA, capacité d’investissement
Emplois, savoir-faire, santé des écosystèmes
La boucle se referme
Les trois orientations du rapport — et ce que le livre blanc opérationnalise
La cinquième partie du rapport propose trois grandes orientations pour « placer la santé du vivant au cœur de la valeur économique » :
→ Partager un nouveau récit — « Ne plus forcer l’environnement à entrer dans le marché mais replacer l’économie au sein de la biosphère. » Aubertin (IPBES) : « Passer de la transformation de la nature à la transformation des relations de l’humanité à la nature. » Le livre blanc porte ce récit : la triple profitabilité où les trois capitaux (financier, environnemental, sociétal) sont structurellement liés.
→ Réviser les outils comptables — CARE présenté comme « particulièrement abouti ». Dans le cadre du Capacity Score, CARE se situe au N3 (Restaurer) : rembourser la dette écologique, respecter les limites. L’Economics of Mutuality construit le N4 : documenter la survaleur mutuellement bénéfique (cas Mars/Royal Canin, 250 K€ investis → ×8 ROI). Mais les normes IFRS bloquent la valorisation des externalités positives — asymétrie structurelle.
→ Adapter la gouvernance — CSRD comme levier central, économie circulaire territoriale (800 000 emplois), partage de la valeur ajoutée, solvabilité planétaire annuelle (IFoA). Le Capacity Score opérationnalise ces trois orientations à l’échelle de l’entreprise.
🏛 Les 3 orientations du Sénat (partie V)
1. Nouveau récit — « Oikonomia », Batout : « Cesser de déléguer à l’économie ce rôle de pivot ». Aubertin : « Passer de la transformation de la nature à la transformation des relations ». One Health.
2. Nouveaux outils — CARE « la plus aboutie », ISSB/IFRS S1-S2 (Faber, 40+ pays), indicateurs de résilience par région.
3. Nouvelle gouvernance — CSRD, économie circulaire territoriale, partage valeur capital/travail, solvabilité planétaire (IFoA).
Le scénario 4 s’appuie sur l’ESS. Les entreprises de marché — et la preuve de leur triple profitabilité — restent à intégrer.
🌿 Ce que le livre blanc et la note de cadrage opérationnalisent
1. Récit → Triple profitabilité : les trois capitaux structurellement liés. 3 Fresques Qualiopi construisent le récit par l’expérience vécue.
2. Outils → Capacity Score (6 leviers, 37 questions). CS Filière : 93 KPIs normés ESRS. Economics of Mutuality : Mutual P&L (Mars, retour ×8). Mur comptable IFRS identifié comme verrou structurel.
3. Gouvernance → RegenBMC : redesign produit par produit, ancré dans le territoire. CSRD nécessaire mais insuffisante.
55 Lauriers — preuve terrain, filière par filière.
Emmanuel Faber et l’ISSB : quand CARE devient compétitivité mondiale
🗓 Groupe de travail — Lundi 16 mars 2026
« Économie régénérative en triple impacts localisés »
L’objectif : transformer le scénario 4 du rapport d’une projection exploratoire en réalité mesurable — en démontrant que des entreprises de marché peuvent intégrer le triple impact dans leur modèle d’affaires et en démontrer la rentabilité.
→ Option A — Des fermes vers le produit : filière laine France, filière ortie textile / Tissages Bastien, Jeune Montagne / Aubrac.
→ Option B — Du produit vers les fermes : C’est qui le patron / LSDH, Expanscience, Patagonia.
Lundi 16 mars 2026 · 13h00–15h00 · Visio
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📖 Livre blanc
Ce que la régénération du vivant change pour les décisions d’entreprise
25 tableaux, 3 corpus scientifiques, 55 cas terrain.
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🏛 Rapport du Sénat
L’évolution des valeurs dans le champ économique à l’horizon 2050
Rapport n°10 (2025-2026) — Dumoulin, Paoli-Gagin, Sautarel.
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🧭 Capacity Score
Où en est votre organisation ?
37 questions, 30 minutes, 6 leviers de capacité.
🏆 Lauriers de la Régénération
55 produits et services qui démontrent que la régénération fonctionne
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