Planet Score × Indice de Régénération

Décryptage

Planet Score × Indice de Régénération × Capacity Score

Quand l’étiquette consommateur valide les progrès du terrain — et ce que ça change pour l’entreprise régénérative

Un travail mené depuis un an et demi entre Pour une agriculture du vivant et le Planet Score démontre que les deux outils convergent — R² entre 0,56 et 0,81. Les progrès agroécologiques mesurés sur le terrain se traduisent bien en améliorations de l’étiquette consommateur. Reste la question : comment transformer cette convergence en modèle économique ?

🌱 71 exploitations étudiées 🏷️ 300+ marques Planet Score 🎯 55 Lauréats de la Régénération

L’Indice de Régénération mesure les pratiques à la ferme. Le Planet Score les traduit en étiquette pour le consommateur. Deux outils construits séparément, sans coordination initiale — l’un venu de l’agronomie de terrain, l’autre de l’analyse de cycle de vie corrigée. Qu’ils convergent n’était pas acquis.

Le webinaire organisé par Pour une agriculture du vivant (PADV) à destination de ses adhérents a présenté les résultats d’une étude inédite portant sur cette corrélation. Les résultats confirment ce que les deux équipes pressentaient sans l’avoir mesuré : une ferme qui progresse en agroécologie obtient un meilleur Planet Score. Et les simulations sur des produits transformés révèlent des leviers d’action parfois contre-intuitifs — le beurre pèse plus que le blé, mesurer suffit déjà à progresser, et le temps passé dehors par les animaux compte plus que l’excellence agronomique.

Ce décryptage analyse les méthodologies, les résultats de corrélation, les enseignements stratégiques pour les filières, et ce que cette convergence rend possible — y compris au-delà de ce que les deux outils couvrent seuls. Nous l’illustrons avec les 55 Lauréats de la Régénération, leurs labels et certifications, pour montrer que la boucle pratiques → mesure → étiquette → modèle économique est déjà en cours.


Deux outils, deux échelles

L’Indice de Régénération — l’outil du terrain

Porté par Pour une agriculture du vivant, l’Indice de Régénération (IR) est un diagnostic agronomique à l’échelle de la ferme. Note sur 100, données collectées à la parcelle, procédure qualité Bureau Veritas. Ce n’est pas du déclaratif — c’est de la donnée brute, tracée et contrôlée.

L’IR est structuré en quatre blocs. Le premier, régénération du sol, mesure le taux de couverture annuel, l’intensité de travail du sol, les entrées de carbone et les formes de fertilisation azotée (part organique et légumineuses). Le deuxième, gestion phytosanitaire, évalue les écarts aux indices de fréquence de traitement (IFT) régionaux — herbicides d’un côté, insecticides et fongicides de l’autre — ainsi que les pratiques mises en œuvre pour réduire la dépendance aux produits phytosanitaires. Le troisième, biodiversité cultivée et non cultivée, regarde le pourcentage de surfaces d’intérêt écologique (SIE), la place de l’arbre et les projets d’agroforesterie ou de replantation de haies. Le quatrième, formation, valorise la participation de l’agriculteur à des groupes de progrès et à des journées techniques en agroécologie.

En élevage bovin, l’IR se dédouble. L’IR Culture intègre les prairies. L’IR Troupeau évalue l’autonomie alimentaire (énergie et protéine, qui pèse 25 points sur 100), la nature de la ration (part du pâturage, de l’herbe et des fourrages dérivés), la productivité des prairies, les stratégies fourragères agroécologiques et la santé du troupeau.

Le Planet Score — l’outil du produit

Externalisé en entreprise à mission indépendante, le Planet Score est une étiquette environnementale déployée sur plus de 300 marques dans 12 pays, dont 80 onpack et 150+ en digital. Son référentiel mobilise 25 indicateurs au total — 12 issus de l’analyse de cycle de vie (ACV, base Agribalyse / Ecoinvent) et 13 complémentaires — normalisés sur 0-100 et distribués en lettres A (80-100) à E (0-20).

Le score s’organise en quatre blocs. Climat : protoxyde d’azote lié aux engrais azotés de synthèse (premier enjeu climat du secteur selon la planification écologique), méthane (calculé au PRG* à 50 % et non au seul PRG 100), CO₂ (qui ne représente que 10-15 % des scores climat), déforestation importée, stock carbone des sols. Biodiversité : trois eutrophisations (sol, rivière, littorale), acidification de l’air, usage des terres, auxquels s’ajoute un bloc externe construit avec l’INRAE — un modèle d’impact prédictif sur les espèces mobiles (pollinisateurs, oiseaux) et immobiles (vers de terre, champignons, bactéries du sol), pondérés 50/50. Pesticides : les trois indicateurs ACV de toxicité (humaine cancer, humaine non cancer, écotoxicité eau douce) ont été retirés pour faible robustesse — 16 %, les seuls à être si bas. Une méthode externe complémentaire les remplace, fondée sur l’intensité d’usage (IFT) croisée à la dangerosité de chaque substance (base PPDB internationale). Mode d’élevage : un indicateur coloriel à trois niveaux (vert, orange, rouge), par filière, affiché pour tout produit contenant plus de 5 % de matière animale, mais hors calcul du score agrégé.

Point structurant : le Planet Score corrige l’ACV classique là où elle est aveugle. Engrais de synthèse rendus visibles (invisibles en ACV standard). Stock carbone valorisé pour les systèmes déjà vertueux — sortie de la logique d’additionnalité. Ammoniaque en élevage (40 % des scores ACV) modulé au prorata du temps passé à l’extérieur. Et surtout : en absence de données spécifiques, le Planet Score applique des hypothèses défavorables par défaut — pas la moyenne du secteur, mais le bas de l’échelle.


La corrélation confirmée

L’étude a mobilisé les données anonymisées de 71 exploitations issues du projet « Cultures d’industrie sur sol vivant », un des premiers projets collectifs lancés par PADV en 2019. Trois productions ont été couvertes : betterave sucrière, blé et pomme.

Production Lecture
Betterave sucrière 0,56 Bonne corrélation
Blé 0,80 Très bonne corrélation
Pomme 0,81 Très bonne corrélation

En clair : une ferme qui a un bon Indice de Régénération obtient un bon Planet Score, et réciproquement. Les progrès agroécologiques — couverture des sols, diversification des assolements, réduction des intrants, biodiversité fonctionnelle — sont bien capturés par l’étiquette consommateur.

La convergence repose sur un socle de données communes, directement transférables de l’IR vers le Planet Score. Taille moyenne des parcelles, pourcentage de SIE, IFT herbicides et hors herbicides, doses et formes de fertilisation azotée (organique ou minérale), pourcentage de la SAU en labour ou TCS lourd, pourcentage de couverture du sol, diversité cultivée — toutes ces données collectées dans l’IR alimentent les calculs du Planet Score. En élevage bovin, s’ajoutent le pourcentage de prairies permanentes (correctif ACV usage des sols et stock carbone), le pourcentage de temps à l’extérieur (modulation de l’ammoniaque), le pourcentage d’herbe et de foin dans la ration hors maïs ensilage, le pourcentage de soja sans garantie sur la déforestation et les OGM, et la stratégie santé du troupeau (niveaux de réduction des antibiotiques).

La divergence principale : les pesticides

La principale source d’écart entre les deux outils est le traitement des pesticides. L’IR adopte une approche relative : il mesure l’écart aux moyennes régionales par culture. Une pomme de terre à IFT hors herbicide de 13 peut être « bonne » si la moyenne régionale est à 16 ; un blé à IFT de 5 peut être « mauvais » si la moyenne est à 3. L’avantage est de contextualiser les progrès dans leur territoire. La limite est de ne pas distinguer les cultures intrinsèquement intensives des cultures légères.

Le Planet Score adopte une approche absolue : IFT bruts croisés à la dangerosité de chaque substance, différenciés herbicides / insecticides-fongicides. Un sarrasin ou une avoine seront structurellement mieux notés qu’une pomme de terre ou une betterave sucrière, quelle que soit la performance relative de l’agriculteur. L’avantage est d’orienter vers la diversification des assolements. La limite est de ne pas valoriser l’effort de réduction dans les cultures à haute intensité de traitement.

Les deux équipes ont identifié une piste d’amélioration : intégrer les IFT bruts de l’IR (plutôt que les écarts aux moyennes) dans le calcul du Planet Score. Ce travail est en cours et devrait encore renforcer la corrélation.


Ce que les simulations révèlent

Au-delà de la corrélation à l’échelle de la ferme, l’étude a simulé l’effet d’une montée en volume de matières premières agroécologiques sur le Planet Score de produits transformés. La méthode : attribuer à un pourcentage croissant des volumes l’IR moyen des filières accompagnées par PADV (betterave : 58, blé : 65, pomme : 65), et mesurer l’évolution du score. Toutes les simulations ont été réalisées à iso-masse des ingrédients — sans modifier les recettes.

Quatre enseignements se dégagent.

1. L’impact n’est pas proportionnel à la masse

Le Planet Score multiplie la masse de chaque ingrédient par son impact individuel par kg. Or les produits animaux ont un impact/kg disproportionné — méthane, ammoniaque, déforestation via tourteaux de soja, concurrence feed/food. Résultat concret : sur un produit de pâtisserie aux fruits, le beurre ne représente que 8 % de la masse mais pèse autant voire plus que le blé (14 % de la masse) dans le score final. Sur un produit de boulangerie sucré, 6 % de beurre bloquent la progression de la note tant que le beurre n’est pas travaillé — même quand le blé et le sucre sont passés en agroécologie avancée.

Le sucre montre le même effet levier : à 10 % de la masse dans un produit de boulangerie, son impact est bien supérieur à ce que sa proportion suggère. De même pour la poudre de lait — en dessous de 2 %, le mode d’élevage n’est pas affiché sur l’étiquette, mais en tant qu’élément concentré, la poudre de lait pèse pour environ 10 % du score.

💡 Conséquence stratégique : La priorisation des filières à accompagner en transition ne doit pas suivre l’ordre des masses dans la recette, mais l’ordre des impacts par kg. Le beurre, le sucre, la poudre de lait, l’huile de palme — même minoritaires en masse — sont souvent les leviers les plus efficaces pour faire progresser le score.

2. C’est le cumul des filières qui fait basculer la note

Un seul ingrédient en agroécologie ne suffit généralement pas à changer de catégorie. Les simulations montrent que c’est l’engagement simultané sur plusieurs filières qui provoque les sauts de lettre.

Produit Action simulée Score
Pâtisserie aux fruits
pomme, beurre, blé, sucre
50 % pommes IR moyen C → C (amélioration interne)
75 % pommes IR moyen C → B
+ beurre cahier des charges herbagé + sucre agroéco B avec gains sur 4/4 indicateurs
Boulangerie 100 % végétale
blé, sucre, poudre de lait
85 % blé IR moyen C → B + gain biodiversité
+ 85 % sucre agroéco B + gains pesticides + climat
+ 10 % sucre bio Seuil biodiversité franchi
Boulangerie sucrée + beurre
blé, sucre, beurre 6 %
50 % blé + 50 % sucre IR moyen Pas de changement (beurre bloque)
100 % blé IR+ et 50 % sucre + beurre herbagé C → B

3. L’absence de données coûte cher

Le Planet Score applique par défaut des hypothèses défavorables. Un beurre sans traçabilité est scoré comme « origine UE, sans accès extérieur, avec feed déforestant ». Une matière première sans données phytosanitaires reçoit le score le plus conservateur. La simple fourniture de données réelles de l’Indice de Régénération remplace ces hypothèses et améliore mécaniquement les scores — puisqu’une donnée de terrain, même moyenne, est presque toujours meilleure que le scénario défavorable par défaut. Mesurer, c’est déjà progresser.

4. En élevage, le temps à l’extérieur pèse plus que la performance agronomique

Deux fermes laitières contrastées illustrent un décalage révélateur entre excellence agronomique et score produit.

La première est un système de plaine, non pâturant, avec une ration herbe-maïs-méteil. L’approche agronomique est très avancée — conservation des sols, gros travail sur les méteils et les intercultures, matière organique exemplaire. Mais les animaux ne sortent pas et il n’y a aucune prairie permanente. Le Planet Score tombe à B (64/100), mode d’élevage orange. Parce que 40 % des scores ACV en élevage dépendent des émissions d’ammoniaque, modulées au prorata du temps passé en zone herbagère.

La seconde est un système herbagé bio avec beaucoup de pâturage — 97 % d’herbe et de foin dans la ration (ce qui est très rare même en bio), 62 % du temps à l’extérieur, deux tiers des surfaces en prairies permanentes. Le travail du sol est classique (labour). Mais le Planet Score monte à quadruple A, mode d’élevage vert.

Profil IR Culture IR Troupeau Planet Score Mode
Plaine, non pâturant, sol vivant avancé Très élevé Moyen B (64) 🟠
Herbagé bio, pâturant, 97 % herbe/foin Classique 86/100 A (AAAA) 🟢

Le Planet Score, par construction, favorise les systèmes herbagés autonomes. Ce n’est pas un biais — c’est le reflet de l’impact environnemental réel : ammoniaque réduit par le pâturage, déforestation évitée par l’autonomie fourragère, carbone stocké dans les prairies permanentes. Mais cela signifie que l’excellence agronomique en conservation des sols ne suffit pas, du point de vue de l’étiquette consommateur, sans pâturage et prairies permanentes.


Trois outils, trois échelles, une même trajectoire

Le travail PADV × Planet Score démontre la complémentarité de deux outils. Mais il laisse une question ouverte : qui pilote la stratégie de transformation de l’entreprise ?

L’IR mesure les pratiques. Le Planet Score les convertit en signal consommateur. Ni l’un ni l’autre ne diagnostiquent ce qui bloque la montée en capacité de l’organisation — ni ce qui pourrait la débloquer. C’est le rôle du troisième outil.

🌱 Indice de Régénération — la ferme

Mesure les pratiques à la parcelle. Données brutes contrôlées Bureau Veritas. Pilote la progression agronomique. Collecte les données transférables au Planet Score.

🏷️ Planet Score — le produit

Convertit les pratiques en étiquette consommateur. Intègre l’amont (ingrédients × impact/kg) et l’aval (transformation, emballages). Outille l’éco-conception et la communication. Abonnement B2B 300-5 000 €/an.

🎯 Capacity Score — l’organisation

Diagnostique la maturité systémique : leadership, intelligence écosystémique, innovation produit, chaîne de valeur, dynamiques humaines, gouvernance. 6 leviers × 4 niveaux. Identifie le verrou bloquant et le prochain saut qualitatif. Ne mesure pas les pratiques agricoles — mesure la capacité de l’organisation à les adopter, les piloter et les rendre viables.

Ces trois couches répondent à des questions différentes :

Question Outil
Quelles pratiques sont en place sur cette ferme ?Indice de Régénération
Quel score environnemental ce produit obtient-il ?Planet Score
Quelles filières prioriser pour améliorer le score ?Planet Score (simulations)
Pourquoi l’organisation n’adopte-t-elle pas ces pratiques ?Capacity Score
Comment transformer le modèle économique ?Business Model Canvas régénératif
L’activité contribue-t-elle au vivant sur son territoire ?Capacity Score (N4 — retournement de finalité)

Ce que le Planet Score rend visible — et ce qu’il ne peut pas voir

Le Planet Score a le mérite considérable d’aller au-delà de l’ACV classique. Ses correctifs documentent explicitement les insuffisances de l’Analyse de Cycle de Vie que nous identifions aussi dans le Livre Blanc. Mais un outil de scoring produit ne peut pas, par construction, couvrir certaines dimensions.

✅ Ce que le Planet Score rend visible

Engrais de synthèse (invisibles en ACV). Stock carbone des systèmes déjà vertueux. Ammoniaque modulé au pâturage. Déforestation traçée par couple ingrédient-origine. Biodiversité à la parcelle (modèle INRAE). Différenciation des modes d’élevage.

Ce que le Planet Score ne couvre pas

La dimension territoriale — le produit est scoré indépendamment de sa contribution au lieu. La dynamique temporelle — le score est annuel, pas une trajectoire. La gouvernance — qui décide, au service de quoi. Le prix payé au producteur. Les communs — qualité de l’eau, pollinisation, résilience. Le retournement de finalité — « quelle contribution au vivant permet à l’activité de tenir ? ».

C’est dans cet écart que se positionne le Capacity Score. Pas pour remplacer l’étiquette produit, mais pour qualifier la maturité de l’organisation qui produit — et accompagner sa montée en capacité.

Quatre niveaux, quatre rapports aux outils

N1 — Limiter. Données standard. Pas d’engagement filière. Scores défavorables par défaut dans le Planet Score. L’organisation subit le score.

N2 — Réduire. IR en amélioration. Premiers écarts positifs aux IFT. Début de transfert de données vers le Planet Score. L’organisation pilote son score.

N3 — Restaurer. IR supérieur à 60. Données spécifiques intégrées au Planet Score. Prairies permanentes, SIE significatifs, cahiers des charges filières. L’organisation construit son score par ses pratiques.

N4 — Régénérer. Systèmes autonomes. Stock carbone en place. Contribution nette aux écosystèmes habités. L’activité sert le vivant. Le Planet Score le reflète — mais ne suffit pas à le qualifier. C’est ici que le Capacity Score prend le relais : gouvernance, prix producteur, territoire prospère.


L’élevage : terrain de vérité du retournement de finalité

Les résultats préliminaires en élevage bovin illustrent avec une netteté particulière la distinction N3/N4 telle que nous la formalisons dans le décryptage de l’AFNOR SPEC 2315.

La ferme de plaine non pâturante, excellente en conservation des sols, illustre le N3 (Restaurer). Le vivant — sol vivant, méteils productifs, biodiversité du sol — est mobilisé au service de la continuité de l’activité. La question reste « comment tenir ? » par des moyens agroécologiques sophistiqués. Mais le système reste optimisé pour la production : les animaux ne sortent pas, les prairies permanentes sont absentes, l’autonomie alimentaire est partielle.

La ferme herbagée bio pâturante illustre le N4 (Régénérer). Le système est né du lieu. L’herbe pousse, les animaux pâturent, la prairie permanente stocke du carbone et héberge la biodiversité — et c’est cette dynamique du vivant qui permet à l’activité laitière de tenir. L’activité se subordonne à la capacité du vivant. Le retournement de finalité est incarné dans le système d’exploitation lui-même.

Le Planet Score capture cette différence — quadruple A contre B. Mais il ne nomme pas le retournement. Il mesure un impact, pas un changement de paradigme. Le Capacity Score permet de dire : ici, la question a changé. Elle n’est plus « comment réduire mon impact ? » mais « quelle contribution au vivant me permet de produire ? ».


Les 55 Lauréats de la Régénération : labels, certifications et trajectoires

Les Lauriers de la Régénération (éditions 2024 et 2025) documentent 55 organisations dont les pratiques illustrent concrètement la boucle terrain → produit → modèle économique. Chacune est évaluée au Capacity Score. Le tableau détaille pour chaque lauréat les labels, certifications et référentiels mobilisés — parce que la crédibilité du « régénératif » se joue aussi dans la traçabilité de l’engagement.

🍽️ Alimentaire & Boissons

Lauréat Produit Pratique régénérative clé Labels & Certifications CS
OMIE Crackers emmental Blé et tournesol 100 % Bourgogne (coopérative bio), emmental à –200 km. Transparence tarifaire. 1 % du CA pour 5 000 ha vers l’agriculture régénérative. Planet-Score AAAA · Bio N3
ECOTONE / Bonneterre Lait d’avoine bio Fermes 100 % bio et diversifiées, 30+ espèces, rotations 8 ans. Programme Farmtastic (Solagro) : diagnostic et accompagnement fournisseurs. Planet-Score AAAA · AB · SBTi 1,5 °C · Farmtastic (Solagro) N3→N4
Vins Oé Vins bio Conservation des sols, agroforesterie, réintroduction d’espèces menacées (bergerie avec Conservatoire des Races d’Aquitaine). Bouteille consignée. AB · B Corp · 1 % du CA biodiversité N3
Château Galoupet Rosé 41 parcelles gérées et vinifiées séparément. 69 ha vignes + 77 ha forêt Natura 2000, 100+ espèces, 5 M d’abeilles. Hydrologie régénératrice. AB (2023) · En route vers ROC · Natura 2000 N3
Jardins de Gaïa Thés et infusions bio Pionnière bio-équitable depuis 1994. Relations directes avec 40 organisations de producteurs dans 14 pays (10 % Demeter, 75 % WFTO). 20 000+ familles. AB · Demeter · WFTO · Bio Entreprise Durable (Synabio) 84 % N4
L’Arbre à Café Cafés bio de spécialité Seul torréfacteur aussi producteur. Biodynamie (Cuba) : restauration des sols, diversification d’ombrage, rewilding. 5 200 ha convertis, 5 000 coopérants, contrats 10 ans, prix 3 à 90× le cours mondial. AB · B Corp · Entreprise à Mission N3
Alcools Vivants 🎖️ Gins bio Alcool vinique du Vaucluse (valorisation de marcs viticoles bio). Botaniques 100 % bio françaises d’une ferme polycole autonome. AB · Planet-Score AAAA N3
L’Esprit des Simples 🎖️ Plantes médicinales 25 ha en permaculture. 7 800 arbres en agroforesterie, 4 ha de forêt (–8 °C l’été). Absorption 420 t CO₂/an. Apiculture abeille noire. AB Ecocert · Demeter · Biodynamie N3
Dr. Bronner’s Magic Chocolate 2 240 ha de cacaoyers conventionnels convertis en bio régénératif (Ghana, Côte d’Ivoire), 954 agriculteurs accompagnés. ROC · USDA Organic · Fair Trade N3
C’est qui le patron ?! Lait bio Gouvernance citoyenne : cahier des charges voté par les consommateurs. Prix 0,59 €/L garanti. Pâturage 6 mois, sans OGM. 1er produit équitable n°1 des ventes en France. AB · Commerce Équitable N4

🌾 Filières agricoles

Lauréat Produit Pratique régénérative clé Labels & Certifications CS
Ferme du Valentin (Bio&Lo) Yaourts bio Micro-laiteries en ferme, yaourt sous la marque de chaque ferme. Cahier des charges Biolait (pâturage extensif). Vrac via fontaine (–40 à –80 % emballage). Objectif : 100 agriculteurs, 200 emplois. AB · Biolait · Planet-Score AAAA · Bien-être animal A N4
Nectar Oléiculture Huile d’olive 100+ ha en agroécologie et agroforesterie Occitanie. 7 km de haies, 7 mares, 650 nichoirs : écosystème de lutte biologique. Restauration des sols méditerranéens. AB · Partenariat « Des Enfants et des Arbres » N3
Les Compagnons du Miel Miel bio Traçabilité rucher→pot. Charte « Progrès & Éthique » unissant 210 apiculteurs. 1re coopérative apicole française (1958). AB · Commerce Équitable France N4

🌸 Cosmétique, Beauté & Textile

Lauréat Produit Pratique régénérative clé Labels & Certifications CS
ÉCLO Sérum sublimateur Huile de lin régénérant les sols. Tiers de confiance : Pour Une Agriculture Du Vivant. Packagings biodégradables (chutes de bois, résine naturelle). AB · Végan · PADV (tiers de confiance) N3
Expanscience TULSINITY® 1er actif triplement certifié régénératif. 3 800 agriculteurs et 5 100 ha en Inde depuis 2015. Conception Regen by Design. Trajectoire « entreprise à visée régénérative 2040 ». ROC · AB · Fair for Life N3→N4
LÉA NATURE / SO’BiO étic Cosmétique bio Capital transmis au fonds de dotation FICUS. Partenariats fournisseurs dans la durée. Parcours 9 limites planétaires pour les collaborateurs. Cosmébio · Green Impact Index · ISO 26000 Excellence N3→N4
PY’STILL Hydrolats Concentration HYDROL’X (–97 % volume transport). Cultures semi-sauvages Pyrénées : 0 intrant, 0 irrigation, récolte manuelle. Valorisation d’espèces invasives. AB · COSMOS · 100 % énergie renouvelable N3
Expanscience 🎖️ Gaïaline® ACS reconnue FAO : couverture permanente, semis sans travail, diversité et rotation. Coopération avec Huilerie de l’Orme Creux à 32 km du site. Partage de la valeur dans la durée. Label « Au Cœur des Sols » · FAO N3
Sasu Textile Pyrénées 🎖️ Mont Valier Laine des Pyrénées, du mouton au tissu. Pré-commande (zéro surproduction). Collaboration étroite avec artisans et agriculteurs locaux. Entreprise à Mission N3
NME Studio 🎖️ Tissus maison bio 100 % français (laine, chanvre, lin) biosourcé, haut de gamme. Teinture végétale. Savoir-faire lainier ancestral : feutre et tissage à la main. AB · KER MER (conversion bio) N3
Laines Paysannes Textiles laine locale ~1 000 brebis Tarasconnaises bio, transhumance Haute-Ariège, plein air intégral, pâturage tournant. Transformation dans 350 km. SCIC à échelle salariale 1:1,1. AB · SCIC à lucrativité limitée N4
Picture Organic Veste Smeeth Collecte de données fournisseurs, plans d’amélioration, accompagnement Faire Working Conditions. Fournisseur principal B Corp. GOTS · Clear Fashion 86/100 · Garantie 2 ans + réparation + location N3
Royal Mer Pull marin 100 % laine Abandon des fibres synthétiques d’ici 2026. Garanti à vie. Fabrication française, 3 générations. Lutte microplastiques. Fabrication française · Garanti à vie N3

🏭 Industrie, Énergie, Numérique & Services

Lauréat Produit Pratique régénérative clé Labels & Certifications CS
Pocheco Usine écolonomique Écolonomie : il est plus économique de produire écologiquement. Encres/colles à l’eau, phytoépuration bambous, chaufferie bois, toitures végétalisées, permaculture sur site. Écolonomie (modèle propre) N3
elmy Électricité verte Fléchage réel : achat conjoint énergie + Garanties d’Origine auprès du même producteur. Semaine de 4 jours. VertVolt ADEME (très engagé) N3
Lunii / Numenia Histoires sans écran Capacités imaginatives des enfants (10-14 ans). Production relocalisée France. Taux de réparation 97 %. Éducation biodiversité par les récits. Fabrication française · Réparable N3
TeleCoop Forfait mobile Coopérative rémunérant la sobriété numérique : facturation à la consommation réelle. 30 € bonus réparation. Licoornes · SCIC coopérative N3
Carbone14 Studio Chaise forêt Pieds contenant des graines : le bois se dégrade et libère des graines → nouveaux arbres. Table Torii au Mobilier National. Mobilier National (Table Torii) N3
United Repair Center Réparation textile Industrialisation de la réparation textile à grande échelle. Décorrélation profit / matière neuve. Économie circulaire N3

🌍 Territoire, ESS & Culture

Lauréat Produit / Service Pratique régénérative clé Labels & Certifications CS
ETIC Château de Nanterre Friche → tiers-lieu régénératif (2 100 m²). Réemploi matériaux, permaculture sur sols dépollués. Consommation 5× inférieure à la moyenne tertiaire. 65 M€ finance solidaire N3
Halage — Lil’Ô Ferme florale d’insertion Technosols créés sur friche polluée (93). 180 000 fleurs locales/an sans prélèvement de terre végétale. Insertion 30+ ans, 65 % sorties emploi/formation. ESS · Insertion par l’activité économique N4
Entraide 18 Activités d’insertion Maraîchage bio Demeter, couture, réparation vélos, restaurant social anti-gaspi. Projet de conserverie. AB · Demeter · ESS N3
Les Alchimistes 🎖️ Compostage urbain Déchets alimentaires → compost. 300 000 t, 22 agglomérations. 60 % des opérateurs étaient éloignés de l’emploi. Franchise participative. ESS · Insertion N3
Les Cols Verts 🎖️ Agriculture urbaine Autosuffisant ~50 %. Formations « De la Fourche à la Fourchette » pour les métiers de la transition alimentaire. Réseau associatif N3
Les Oasis 🎖️ Vacances en écolieu Réseau de lieux de vie : permaculture, autonomie énergétique, gouvernance participative. Immersion concrète. Réseau Oasis N3
La Fenière Restaurant gastronomique Cuisine Libre® Nadia Sammut : 1re cheffe étoilée 100 % sans gluten. Potager permaculture, producteurs locaux bio. Filière nourricière relocalisée. Étoile verte Michelin · AB · Cuisine Libre® N4
Écodomaine la Fontaine Tourisme durable 12 ha face à l’océan. Autonomie hydrique (baissières, mares) et alimentaire (permaculture). Séjours « Régénération ». N3
Soliderrance 🎖️ Voyages régénératifs Reconnexion des voyageurs aux écosystèmes et communautés locales. Tourisme solidaire et responsable. Tourisme solidaire N3
Créateur de forêt Reboisement Woëvre Sanctuarisation via Obligation Réelle Environnementale. Reboisement biodiversité sur 100 ans. Approche patrimoniale. ORE (Obligation Réelle Environnementale) N3
Transition Limousines PTELim Mini Shift Project territorial. Co-construction d’une vision de transition avec les acteurs du Limousin. N3
La Permaculturelle 🎖️ Coworking Tiers-lieu conçu selon les principes de la permaculture. Écologiques et sociales intégrées au fonctionnement. Permaculture N3
Campus de la Transition Formation étudiants Méthodologie des 6 portes. Immersion écologique en conditions réelles. Transdisciplinaire. N3

📚 Culture & Médias

Lauréat Produit / Service Pratique régénérative clé Labels & Certifications CS
Regenesis Institute Régénérer (ouvrage) Socle théorique de la régénération. Co-édition Butterfly Foundation / Rue de l’échiquier. Référence méthodologique. Référence académique internationale N4
L’Écologie Culturelle Maisons de l’écologie Art, culture et transition écologique. Réinvention des récits collectifs. N3
Nature Profonde 🎖️ Expériences immersives Conçues avec les gardiens de la forêt. Intelligences corporelles, émotionnelles, spirituelles au contact du vivant. N3
Forêt Citoyenne Podcast audio Expérience audio vibratoire. Reconnexion au vivant par les récits sonores. Média citoyen forêt. Média citoyen N3
La Théorie du Boxeur 🎖️ Média Récits de la transition écologique. Approche narrative originale pour de nouveaux publics. N3
Sator 🎖️ Média Contenus éditoriaux sur les pratiques régénératives et les pionniers du vivant. N3

💰 Finance & Distribution

Lauréat Produit / Service Pratique régénérative clé Labels & Certifications CS
Milpa Gestion agricole régénérative Actif bio-régénérateur. 370 €/ha garanti pendant transition. 5 000 ha, 30 fermes. Semis direct, couverts permanents, rotations longues, 0 intrant chimique. Verra VM0042 (carbone) · Programme Humus N3
Feve (Fermes en Vie) Foncière solidaire Épargne citoyenne (40 M€, 2 400+ actionnaires) pour acheter des fermes. Charte : conversion bio à 5 ans, haies, mares, circuits courts. 3 300 ha, 70+ agriculteurs. Finansol · ESUS · Charte agroécologique N3
RESTORE 🎖️ Finance régénérative Flux financiers vers la restauration des écosystèmes. Impact mesurable biodiversité et sols. Finance à impact N3
Regen_accelerate Accélérateur Regenstudio × makesense. Connecte projets régénératifs et financements pour sols et biodiversité. makesense N3
Lita Finance participative 200 M€ d’épargne citoyenne mobilisés. Relie citoyens et entreprises à impact (dont ETIC, autre lauréat). Finance participative N3
Naturalia Campagne Bio Régénératif Promotion des pratiques régénératives en distribution bio. Sensibilisation grand public en magasin. Distribution bio N3

🌟 Pépite

Lauréat Produit Pratique régénérative clé Labels & Certifications CS
HUMO SAPIENS Terramation Compostage des corps humains. Vision : forêts-cimetières. Innovation radicale à l’intersection mort, sol et régénération. N3

CS = Capacity Score · N3 = Restaurer · N4 = Régénérer · N3→N4 = En transition · 🎖️ = Coup de cœur / Mention spéciale
Source : noussommesvivants.co/les-lauriers-de-la-regeneration


Le Regenerative Circle Agro : là où les trois outils se rejoignent

Le Regenerative Circle Agro, lancé en décembre 2025, réunit les acteurs économiques de l’agriculture — dirigeants, responsables filières, distributeurs, financeurs — autour d’une question opérationnelle : comment viser une prospérité territoriale via une offre commerciale régénérative ?

Les trois tensions identifiées lors de la première session résonnent directement avec les résultats du webinaire :

L’équation économique. Les simulations montrent que le passage de C à B requiert un engagement massif — 75 % à 100 % des volumes en agroécologie sur plusieurs ingrédients. L’IR mesure le progrès, le Planet Score le valorise auprès du consommateur. Mais ni l’un ni l’autre ne résolvent la question du financement de la transition pendant les 3-5 ans nécessaires.

Le régénératif opportuniste. Le Planet Score pénalise les filières non traçées (hypothèses défavorables), mais ne distingue pas l’ignorance de l’opacité volontaire. L’IR + Bureau Veritas apportent la preuve. Le Capacity Score diagnostique si l’organisation a la volonté et la capacité de s’engager.

La décorrélation du modèle. Les pratiques fonctionnent (R² 0,56-0,81). Ce qui manque : la transformation du modèle de revenus pour que ces pratiques ne soient pas un surcoût RSE mais le cœur de l’offre. C’est le travail du Business Model Canvas régénératif.

Les filières légumineuses, lait, vin/alcools et laine sont les premières constituées dans le Circle. Parmi les participants : Oé (lauréat N3), Château Galoupet (N3, en route vers ROC), Biosphères, Tokilia. Les Lauriers apportent la preuve que la boucle complète est praticable — ECOTONE (quadruple A Planet Score, rotations 8 ans), C’est qui le patron ?! (prix producteur +12,5 %, gouvernance consommateur), Laines Paysannes (SCIC, transhumance, échelle salariale 1:1,1).


Contexte réglementaire : une fenêtre ouverte

La directive européenne Green Claims (proposition du 22 mars) pose un principe déterminant : pas de méthode de référence unique en Europe pour l’agriculture, la pêche et le textile. Cette pluralité légitime une approche multi-outils — et c’est exactement ce que le trio IR + Planet Score + Capacity Score propose, chacun à son échelle.

L’obligation d’affichage onpack n’est pas attendue avant 2026. Mais le déploiement volontaire est déjà massif. Pour les entreprises en démarche régénérative, l’enjeu est double : utiliser le Planet Score comme miroir consommateur des progrès du terrain (via l’IR), et utiliser le Capacity Score comme boussole stratégique pour piloter la transformation du modèle économique qui rend ces progrès viables.


En synthèse

Ce travail PADV × Planet Score démontre trois choses que nous tenions pour probables et qui sont désormais mesurées.

1. Les pratiques régénératives se traduisent en signal consommateur. R² de 0,56 à 0,81 entre Indice de Régénération et Planet Score. Ce n’est plus une hypothèse — c’est une corrélation mesurée sur 71 exploitations et trois filières.

2. Mesurer, c’est déjà progresser. La fourniture de données réelles de l’IR remplace les hypothèses défavorables du Planet Score. Le simple fait de tracer ses filières améliore le score.

3. L’étiquette ne suffit pas. Le Planet Score dit quel impact. Le Capacity Score dit pourquoi l’organisation n’avance pas et comment débloquer. La question ouverte reste celle de la preuve économique : la triple profitabilité des entreprises régénératives.

L’architecture qui se dessine — AFNOR SPEC 2315 pour le référentiel normatif, IR pour les données de terrain, Planet Score pour le signal consommateur, Capacity Score pour le diagnostic stratégique, Business Model Canvas régénératif pour la transformation de l’offre — n’est pas un empilement. C’est un écosystème d’outils complémentaires au service d’une même trajectoire : la montée en capacité des organisations et des territoires.

L’infrastructure se construit. Les corrélations sont mesurées. Les 55 Lauréats montrent que la boucle est praticable. Continuons.


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