Mobilisation collective autour de la dépollution d’une rivière polluée. Par nous sommes vivants

Découvrir notre projet de mobilisation collective autour de la dépollution d’une rivière polluée.

Comment un territoire de montagne peut-il faire de sa rivière le point de départ d’une trajectoire où le territoire et ses habitants prospèrent grâce à l’activité économique — pas malgré elle ? C’est la question que pose le projet Chéran Vivant, une recherche-action de deux ans portée par le laboratoire EDYTEM (CNRS – Université Savoie Mont Blanc) et Nous Sommes Vivants, déposée dans le cadre de l’appel à projets « Vivre bien en 2050 » de la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité.

Projet déposé dans le cadre de l’appel à projets « Vivre bien en 2050 » de la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité. Il n’a pas été retenu au terme de l’instruction. Nous en publions la note de cadrage car la démarche — intermédiation entre acteurs d’un bassin-versant, articulation des ateliers régénératifs et de la modélisation scientifique — reste pleinement d’actualité et transposable à d’autres territoires.

L’enjeu : un besoin d’intermédiation sur un bassin-versant clivé

Le Chéran, rivière de 54 km née dans le Parc naturel régional du Massif des Bauges, a détenu le label Rivières Sauvages de 2019 à 2024. Le constat de départ du projet : ce label engageant et exigeant n’a pas été approprié de la même manière d’amont en aval. Le Haut-Chéran montagnard, réservoir d’eau et de biodiversité aux fonctions de refuge thermique menacées par le réchauffement climatique, est dominé par les enjeux quantitatifs. Le Bas-Chéran, dans l’Albanais, est marqué par des pressions et pollutions anthropiques — l’affaire des PFAS à Rumilly, les cyanobactéries — dont les effets systémiques menacent la santé et l’équilibre fonctionnel du socio-écosystème, empoisonnant tant les rapports sociaux que le vivant.

Le projet répond ainsi à un besoin d’intermédiation au sein d’un paysage d’acteurs clivé et fragmenté : gestionnaires de l’eau (le SMIAC), collectivités, pêcheurs, agriculteurs, entreprises, professionnels du tourisme, associations citoyennes, riverains. Au-delà de la co-conception de solutions permettant de dépasser les clivages et blocages actuels, il s’agit de reconstruire collectivement un projet de territoire — la reconquête du label Rivières Sauvages — axé sur les enjeux du bien-vivre et soucieux de l’ensemble du vivant, humains compris.

Le Chéran et son bassin y sont traités comme point nodal du nexus biodiversité-eau-alimentation-santé-changement climatique, pour l’application du concept One Health : (ré)concilier enjeux humains et non humains dans une approche intégratrice des Solutions Fondées sur la Nature et des services socio-écosystémiques. Et c’est dans cette perspective de revalidation du label que le projet propose d’expérimenter et de tester l’efficacité des outils participatifs régénératifs conçus par Nous Sommes Vivants comme leviers de mobilisation et d’acculturation des acteurs de la gestion du bassin.

Dépolluer un cours d’eau relève de la restauration ; en faire le point de départ d’un territoire où l’activité économique augmente les capacités du vivant relève de la régénération. Sur cette distinction, voir pourquoi réduire ses impacts ne suffit plus.

La méthode : trois piliers articulés, sous évaluation scientifique

Récits et approches artistiques et sensibles. Vecteurs d’imaginaires de futurs souhaitables partagés, et outils d’évaluation des actions menées : les fresques de Nous Sommes Vivants, le théâtre-forum et les ateliers du business model de l’entreprise régénérative.

Cartographie mentale et sensible. Pratiquée par les géographes et sociologues d’EDYTEM sur le modèle de la carte sensible du Guiers en Chartreuse voisine, elle représente collectivement la rivière en son bassin, révèle si et comment la dissociation amont-aval se traduit dans les représentations des acteurs, et cartographie les blocages et leviers de l’action collective autour des trois services socio-écosystémiques : santé, biodiversité, eau.

Modélisation trajectorielle. Semi-quantitative et rétro-prospective, elle intègre les données biophysiques académiques et les représentations sensibles issues des ateliers et cartographies pour visualiser les trajectoires possibles du socio-hydrosystème — et identifier les ressorts d’inflexion vers la trajectoire régénérative désirée, celle des objectifs Rivières Sauvages.

L’originalité du projet : ces outils sont soumis à une évaluation critique conjointe du laboratoire EDYTEM et d’Aurélie Debusschère, chercheuse indépendante en humanités environnementales, en vue de leur validation scientifique et de leur transposabilité à d’autres socio-hydrosystèmes comparables.

Les ateliers : cinq outils, cinq fonctions

Cinq outils participatifs de Nous Sommes Vivants structurent le travail avec les acteurs du bassin. Chacun répond à une fonction distincte dans le cheminement collectif.

La Fresque du Facteur Humain travaille le concernement et les biais cognitifs. Elle sert à comprendre pourquoi, malgré un diagnostic partagé sur l’état de la rivière, l’action collective se bloque — et à révéler les leviers comportementaux du changement.

La Fresque des Émotions ouvre un espace pour ce que la rivière et ses menaces suscitent — inquiétude face aux PFAS, attachement, colère, découragement. Sur un bassin où les tensions chargent les rapports entre acteurs, nommer les émotions est la condition d’une mise en dialogue apaisée.

La Fresque des Imaginaires déplace le regard vers l’avenir : elle amène chacun à questionner son rapport au monde et à construire collectivement des scénarios contrastés d’un futur souhaitable, dans une logique de co-évolution avec la rivière.

Les ateliers du business model de l’entreprise régénérative engagent les acteurs économiques du bassin sur leur contribution au vivant. Ils identifient forces et vulnérabilités du territoire (biodiversité, santé, climat, social, économie) et travaillent le modèle d’affaires pour qu’il augmente les capacités du vivant.

Le théâtre-forum met en scène les scénarios contrastés issus des fresques et les rejoue collectivement. En se mettant « dans la peau » d’acteurs clés — humains et non-humains —, les participants éprouvent les rôles et les positions avant de les négocier dans la réalité, pour faire émerger trois récits encapacitatifs.

Ces cinq outils sont mobilisés dans une séquence précise, aux côtés de l’enquête locale et de la modélisation trajectorielle portées par EDYTEM.

Le déploiement : 14 ateliers sur deux ans

Les 14 ateliers — neuf sessions de fresques, quatre ateliers du business model de l’entreprise régénérative, un théâtre-forum — sont animés par Nous Sommes Vivants auprès des acteurs cibles du bassin : pêcheurs (AAPPMA), agriculteurs, entreprises (dont Tefal, groupe Seb), professionnels du tourisme, associations citoyennes et environnementalistes (comme AERA à Rumilly), riverains et usagers de la rivière. Chaque outil intervient à un moment précis de la séquence, pour une raison précise.

Année 1 juin 2026 – mai 2027

Réunir un premier cercle d’acteurs et se fixer un cap.

Diagnostic juin–déc 2026

Enquête locale. Cartographie et sélection des acteurs, diagnostic des trajectoires amont-aval, questionnaire motivations/freins.

Ateliers 1–3

Fresque du Facteur Humain ×3. Travailler le concernement et les biais cognitifs : les leviers comportementaux de la mobilisation autour de la rivière.

Ateliers 4–6

Fresque des Émotions ×3. Explorer les émotions liées à la rivière et à ses menaces (PFAS, clivages amont-aval) — condition d’une mise en dialogue apaisée.

Ateliers 7–9

Fresque des Imaginaires ×3. Construire collectivement des scénarios contrastés d’un futur souhaitable, dans une logique de co-évolution avec la rivière.

Ateliers 10–11 janv–mai 2027

Business model régénératif — ateliers 1 & 2. Identifier forces et vulnérabilités du territoire, engager les acteurs économiques sur leur contribution au vivant. En parallèle : première ébauche de modélisation (EDYTEM).

Année 2 juin 2027 – juin 2028

Élargir le cercle et faire émerger les scénarios désirés.

Audit juin–déc 2027

Évaluation critique à mi-parcours. EDYTEM et Aurélie Debusschère : critique des ateliers de phase 1, questionnaire bis pour mesurer l’évolution des représentations.

Acculturation

Conférences apprenantes décalées. Conférences inversées et gesticulées (hydrologie régénérative), balades sensibles le long du Chéran.

Ateliers 12–13

Business model régénératif — ateliers 3 & 4. Approfondir la contribution des acteurs économiques et la relier aux scénarios de territoire en construction.

Atelier 14

Théâtre-forum. Se mettre « dans la peau » d’acteurs clés, humains et non-humains. Mise en scène des scénarios contrastés → trois récits encapacitatifs. Albane Roussot et Jérémy Dumont, auteurs-scénaristes.

Livrables janv–juin 2028

Trajectoires & restitution. Feuilles de route par scénarios et par rôles, boussole d’indicateurs de régénération adossée au label Rivières Sauvages, restitution créative et célébration.

Les livrables

À portée scientifique : caractérisation du fonctionnement et des indicateurs clés du socio-hydrosystème Chéran (rapports, publications, workshop) ; protocole d’évaluation critique de la méthodologie participative de Nous Sommes Vivants, en vue de sa validation scientifique (rapport d’audit, article) ; modèle trajectoriel semi-quantitatif et scénarisable du bassin-versant.

À portée sociétale : scénarios contrastés et trois récits du territoire ; indicateurs du bien-vivre autour d’une rivière ; cartes sensibles ; plan de régénération ; captation de la séance de théâtre-forum ; open workshop ouvert aux non-académiques, conférences décalées, déambulations aquatiques et affiches de vulgarisation de la démarche.

Une équipe recherche-action

Le projet est coordonné par Fabien Hoblea, enseignant-chercheur en géographie environnementale au laboratoire EDYTEM, et Albane Roussot pour Nous Sommes Vivants (coordination opérationnelle, animation des ateliers, théâtre-forum). Jérémy Dumont pilote la mise en œuvre de la méthodologie participative de Nous Sommes Vivants : cartographie mentale, scénarios prospectifs, théâtre-forum. Aurélie Debusschère assure l’audit scientifique de la méthodologie. L’Association du Réseau Rivières Sauvages (Emmanuel Genier) articule l’expérimentation avec la démarche de relabellisation, et le Parc naturel régional du Massif des Bauges (Marjorie Burel) apporte le retour d’expérience de ses programmes sur les relations entre humains et non-humains.

Cette alliance entre un laboratoire de recherche territorial et un collectif de la transition écologique est constitutive du projet : les outils de Nous Sommes Vivants y sont déployés en conditions réelles et évalués scientifiquement, sur un territoire, avec ses habitants.

Transformer un modèle économique sur votre territoire ?

Les ateliers du business model de l’entreprise régénérative transforment le modèle économique vers la régénération : identifier forces et vulnérabilités, réorienter l’activité pour qu’elle augmente les capacités du vivant, embarquer les acteurs économiques d’un territoire.

Découvrir les ateliers du business model de l’entreprise régénérative →

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Nous Sommes Vivants propose des ateliers pour aider dirigeants, équipes et accompagnants à atteindre leurs objectifs tout en renforçant leur capacité à tenir dans le temps avec le vivant — humain et non humain.

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