
Introduction contextuelle
Sortir de l’Entropie : La vision classique (issue de la physique) voit le monde comme un système tendant vers le désordre, qu’il faudrait « ordonner » ou « restaurer ». La vision de NSV, héritée de la biologie, voit le vivant comme une énergie vitale et un chaos créatif.
Sortir de la prédation. C’est à dire la surexploitation des ressources naturelles et humaines.
La régénération, telle que portée par Nous Sommes Vivants c’est une écologie du lien et de la vitalité : la capacité du vivant — humain et non humain — à continuer de vivre, se relier, se transformer et durer.
Voici une synthèse du concept de régénération appliqué aux entreprises (sources en bas de page) :
- La régénération en entreprise consiste à contribuer au le vivant au sein des écosystèmes naturels, sociaux et économiques.
- C’est une approche en triple impact environnemental (biodiversité et ressources essentielles à la vie (l’ai, l’eau…), sociale (bien-être et inclusion des communautés) et économique (business models créant de la valeur équitablement partagée).
- Ce modèle est à la fois praticable, mesurable et rentable, grâce à des méthodes, des outils et des retours d’expérience.
Notre définition de la régénération étant : donner aux êtres vivants (dont les humains) les ressources leur permettant d’être en capacité d’atteindre leur plein potentiel dans leur environnement.
Définition du Vivant : S’appuyant sur les travaux de J. Pereto et A. Moreno, le collectif définit le vivant comme un système autonome pourvu de capacités évolutives ouvertes. Régénérer, c’est donc nourrir cette autonomie et cette capacité à inventer des réponses face à l’incertitude.
La capacité du vivant comme cap de la régénération telle que portée par Nous Sommes Vivants en France.
Vers l’économie régénérative. Elle propose un déplacement profond de la finalité économique. Il ne s’agit plus de limiter les dégâts d’une économie de la prédation, mais de renforcer les conditions de santé, de relation et de coopération qui permettent au vivant de se maintenir et de s’épanouir dans le temps long. C’est une montée en qualité globale mesurables en triple impact pour les entreprises : économique, social et environnemental.
Nous soutenons toutes les actions contributives au vivant, sans confusions sur la régénération du vivant. La confusion la plus fréquente consiste à réduire la régénération à une “réparation améliorée”. Régénérer relève d’une logique de capacités et de potentiel : il ne s’agit pas d’atteindre un état cible figé, mais de renforcer la capacité du vivant à exister, se relier, se renouveler, se transformer et continuer dans des conditions changeantes.
On peut parler de visée régénérative en 4 étapes tant que la régénération du vivant est correctement posée.

Les logiques restauratives adressent des stocks de ressources essentielles là ou la régénération intègre la notion de flux de matières et d’énergie vitale. Les logiques comptables sont différentes mais complémentaires.

Nous Sommes Vivants ne cherche pas à transformer l’entreprise et intervient sur le design de ses offres, des produits et services régénératifs du vivant via la conception régénérative.
- La conception de produits régénératifs : Un produit régénératif (un vêtement, un aliment, un service numérique) est un prétexte pour réorganiser toute une filière.
- La Filière comme nœud de relation : L’objectif est de transformer une chaîne d’approvisionnement linéaire en un écosystème de relations où chaque acteur (producteur, transformateur, client) renforce la vitalité de l’autre.
- La trajectoire régénérative : comme chemin vers la régénération avec le capacity score pour se situer
- La preuve par les « Lauriers de la régénération » : Nous sommes vivants démontre que « l’écologie, ça rapporte ». Ce n’est plus un coût (dépense RSE), mais un investissement qui réduit les risques (pénurie de ressources, turn-over) et indexe la performance financière sur la vitalité du vivant.
La capacité du vivant comme boussole de la régénération telle que portée par Nous Sommes Vivants en France.

Cette boussole de la régénération du vivant est un outil de clarification. C’est aussi le plan de cet article. C’est le socle du capacity score.
1. Le vrai sujet n’est pas la régénération, c’est le vivant
Le mot régénération circule aujourd’hui largement. Il est repris, discuté, parfois vidé de son sens. Pour Nous Sommes Vivants, l’enjeu n’est pas de savoir comment employer le mot, mais ce qu’il engage réellement dans notre manière d’habiter le monde.
Ce qui est en jeu n’est pas de réparer, restaurer ou ramener le vivant à un état antérieur — réel ou fantasmé. La question centrale est plus ouverte, plus exigeante :
Le vivant — humain et non humain — peut-il encore déployer son plein potentiel, dans sa singularité, en co-évolution ?
La régénération ne vise pas un état “d’avant”. Elle concerne la capacité du vivant à :
- s’épanouir selon ses propres trajectoires,
- se relier à d’autres formes de vivant,
- se transformer sans se réduire ni s’épuiser,
- durer en inventant des réponses nouvelles face à l’incertitude.
Dans cette perspective, humains et non-humains ne sont ni séparés ni hiérarchisés. Ils co-évoluent. Leurs devenirs sont liés, sans être confondus.
Le rôle des humains n’est donc pas de diriger l’évolution du vivant, ni de décider de ce qu’il devrait devenir. Il consiste à :
- aider le vivant là où ses capacités sont entravées,
- soutenir ses dynamiques propres plutôt que les remplacer,
- favoriser des conditions de relation, de diversité et de continuité,
- cesser d’empêcher ce qui cherche à advenir.
La régénération est la possibilité ouverte pour le vivant de prospérer, d’explorer des formes inédites de vie, d’organisation et de coopération — avec les humains comme partenaires responsables, non comme gestionnaires.
La responsabilité humaine devient alors une responsabilité de soin actif : créer, maintenir et protéger les conditions écologiques, relationnelles et culturelles qui permettent au vivant — humain et non humain — de continuer, de s’épanouir et de se transformer ensemble. Dans une logique mutuellement bénéfique, en étant multicentré.
2. Sortir définitivement de la confusion :
La confusion la plus fréquente autour de la régénération consiste à la réduire à une réparation améliorée. Or, la régénération n’est ni une restauration du passé, ni une optimisation des dégâts.
❌ Restaurer, réparer, compenser, optimiser
Ces approches agissent dans une logique de ressources, de stocks et de seuils.
Elles cherchent à corriger un écart par rapport à un état de référence. On restaure :
- une nappe phréatique par son niveau ou sa qualité d’eau,
- un sol par des apports correctifs,
- un milieu par des dispositifs de compensation.
Ces démarches peuvent être nécessaires. Mais elles reposent sur une vision du vivant comme objet de gestion, ressource à maintenir, fonction à réparer.
✅ Régénérer
La régénération relève d’une logique de capacités et de potentiel du vivant. Elle ne vise pas un état cible figé. Elle vise la capacité du vivant — humain et non humain — à :
- exister par lui-même,
- se relier,
- se renouveler,
- se transformer,
- continuer dans des conditions changeantes.
On ne régénère pas un système.
On renforce le potentiel du vivant qui le compose.
Exemple : On ne régénère pas un “système halieutique”.
On renforce le potentiel d’un banc de poissons à exister et durer :
- diversité des espèces,
- capacité de reproduction,
- qualité des habitats,
- continuité des relations écologiques.
👉 Un changement de posture fondamental
La régénération n’agit pas sur le vivant comme sur un mécanisme.
Elle crée les conditions pour que le vivant déploie son potentiel propre. Cela suppose :
- moins de pilotage direct,
- plus d’attention aux dynamiques vivantes,
- une lecture du réel par les relations, pas uniquement par des indicateurs.
Ressources ≠ capacités ≠ potentiel
Les ressources sont des conditions matérielles de la vie.
Les capacités sont des aptitudes du vivant à agir et se maintenir.
Le potentiel est la possibilité ouverte du vivant à évoluer, s’adapter et se transformer.
- Une ressource restaurée ne garantit ni capacité ni potentiel.
- Une capacité renforcée permet de durer.
- Un potentiel préservé permet de traverser l’inconnu.
Restauration vs. Régénération : une différence de capacité
La résilience restaurative renforce la capacité à tenir face aux chocs. La régénération renforce la capacité à changer de relation au vivant lorsque tenir ne suffit plus.
- Restaurer → capacité à réparer et stabiliser un système abîmé.
- Régénérer → capacité à transformer la finalité du système et sa place dans le vivant.
Et la robustesse ?
La robustesse, telle que décrite par Olivier Hamant, renforce la capacité à tenir dans un monde instable en renonçant à l’optimisation.
La régénération, telle que portée par Nous Sommes Vivants, interroge en plus la capacité à contribuer: non seulement tenir, mais renforcer durablement les capacités du vivant(biodiversité, santé, relations, qualité de vie), dans une logique One Healthet de co-évolution.
Restauration vs Régénération : Approches dans l’agriculture
L’Agriculture Régénérative, telle que définie par l’État de Californie est une agriculture, un élevage et une gestion des terres avec des pratiques biologiques qui s’appuient sur les traditions des peuples autochtones et qui permet d’obtenir les résultats escomptés face à des enjeux comme l’enjeu climatique, la protection de la santé humaine et des communautés rurales, la préservation de la faune et du bien-être animal ou la protection des traditions spirituelles et culturelles locales. Une norme internationale existe ICI
Exemple sur une foret
- La Restauration : On traite la forêt comme un objet cassé qu’il faut réparer. On colmate les brèches, on replante les espèces qui ont disparu. C’est une vision de « gestionnaire de stock ».
- La Régénération : On traite la forêt comme un sujet vivant. L’exigence n’est pas de revenir en arrière, mais d’augmenter la capacité de la forêt à s’auto-organiser, à évoluer et à créer de la vie par elle-même, surtout face à un futur incertain (changement climatique).
L’exigence régénérative demande autre chose : « Comment votre manière de couper et de transformer le bois participe-t-elle à la vitalité continue du biome forestier ? » Ce n’est pas une action de réparation après-coup, c’est une manière d’être en relation avec le vivant pendant l’activité économique.
On ne restaure pas « la forêt » en général. La régénération exige de comprendre la vocation unique de cette forêt précise, sur ce territoire français précis.
- Restaurer : Appliquer une recette standard (ex: planter des chênes parce que c’est bien).
- Régénérer : Écouter ce que ce lieu spécifique réclame pour atteindre son « plein potentiel » de vie.
3. Le vivant est un — humain et non humain inclus
C’est quoi le vivant ?
En aucun cas les principes de limitation (ou de restauration et plus largement d’équilibre) s’appliquent au vivant. Les principes de limitation sont pertinents sur les ressources essentielles à la vie, pas à la vie elle même.
Le vivant est encore une grande question épistémologique à la frontière entre physique et biologie. Deux visions du monde sont à l’oeuvre. La physique voit le monde comme constitué d’atomes isolés et la biologie comme un ensemble d’interactions entre individus. De la physique dérive l’entropie et l’impératif d’ordre (qu’il faut restaurer en limitant). De la biologie dérive l’énergie vitale et le chaos créatif (qu’il s’agit de laisser œuvrer, source de régénération)
On peut citer la définition « biologique » donnée par Spinoza: « La vie, c’est une force qui permet aux choses de persévérer dans leur être ». Cette définition a deux atouts : elle est simple, et elle est positive ; elle se suffit donc à elle-même. Elle a un inconvénient majeur, c’est de s’appliquer aux « choses », qui ne sont pas, des êtres vivants. On pourrait l’améliorer en disant que la vie, c’est une force, la force vitale, qui permet aux organismes de persévérer dans leur être.
Une autre piste « physique » : « la caractéristique essentielle du vivant serait la capacité à évoluer. Cela donne des définitions comme celle de l’évolutionniste Richard Dawkins, pour qui la vie n’est que le résultat de la sélection naturelle des gènes, ou encore comme celle de la NASA : « La vie est un système chimique autonome capable de suivre une évolution darwinienne ». Ce qui capture donc sa capacité à évoluer et non pas sa force vitale.
Enfin une définition satisfaisante émerge : « Est vivant tout système autonome pourvu de capacités évolutives ouvertes », comme l’écrivent J. Pereto, J. Catala et A. Moreno.
C’est sur cette définition que peuvent se baser les approches régénératives du vivant. Notre définition de la régénération étant : « donner aux êtres vivants (dont les humains) les ressources leur permettant d’être en capacité d’atteindre leur plein potentiel dans leur environnement »
Lars Onsager a montré que la simple constitution de système ouvert rendait à l’être vivant des potentialités en toute conformité avec les lois physiques. Est ce vraiment le sujet ?
C’est les interactions au sein d’un territoire qui sont le sujet de l’écologie. L’approche par les systèmes ouverts reste mécaniste et éloignée de l’approche par les systèmes vivants. Ce n’est pas tant le système qui doit être ouvert, c’est la vie qui vise son potentiel qui doit être en capacité d’atteindre son plein potentiel. Autrement dit un écosystème est le résultat de la vie qui évolue en son sein même si elle dépends de ses ressources écosystémiques. La richesse en biodiversité d’un écosystème permet à un plus grand nombre d’interactions biotiques d’exister.
Les humains ne sont pas extérieurs au vivant. Ils en sont une composante à part entière. Il y a une capacité commune, distribuée, relationnelle.
🌱 Capacités du vivant non humain
La régénération concerne d’abord la capacité du vivant non humain à exister pour lui-même, à se maintenir, se relier et se transformer, sans être réduit à une fonction ou à un service rendu à l’humain.
Le vivant non humain est porteur d’une biodiversité, d’une biocapacité et d’un potentiel d’évolution propres. La régénération consiste à soutenir les conditions dans lesquelles ces capacités peuvent se déployer, sans les piloter, ni les figer, ni les réduire à des fonctions.
Capacité de la biodiversité à se maintenir et à se renouveler
Capacité de la biodiversité à se maintenir et à se renouveler. Permettre aux formes de vie — animales, végétales, fongiques, microbiennes — de vivre, se reproduire, évoluer et cohabiter, sans simplification excessive, sans homogénéisation ni artificialisation qui réduiraient la diversité du vivant à quelques fonctions utiles.
Capacité des sols à rester des milieux vivants. Reconnaître les sols comme des communautés biologiques actives, capables de produire et renouveler de la vie, d’entretenir des relations complexes entre organismes, et de soutenir la continuité du vivant au-delà de toute logique purement productive ou extractive.
Capacité de la biodiversité à tisser des relations vivantes. Soutenir la richesse des interactions entre formes de vie, condition essentielle de la biocapacité du vivant : relations de coopération, de dépendance, de concurrence et de transformation, qui permettent au vivant non humain de se maintenir sans être simplifié ni stabilisé artificiellement.
Capacité du vivant à s’auto-réguler sans pilotage permanent. Laisser le vivant non humain déployer ses dynamiques propres — prédation, symbiose, succession, cycles de transformation — sans correction systématique, sans contrôle continu, sans dispositifs humains visant à figer ou optimiser son fonctionnement.
Capacité des milieux vivants à évoluer et se transformer Reconnaître que le vivant non humain est fondamentalement évolutif : il se déplace, se transforme, bifurque et se recompose, à condition que lui soient laissées des marges de liberté, du temps long et des espaces d’expression, sans injonction à revenir à un état passé.
🤍 Capacités du vivant humain
Le vivant humain est porteur de capacités propres — à rester en santé, à s’épanouir, à apprendre, à coopérer et à se transformer. La régénération consiste à créer les conditions dans lesquelles ces capacités peuvent se déployer, sans les épuiser, ni les normer, ni les instrumentaliser.
Capacité des humains à rester en santé et à ne pas s’épuiser. Permettre aux personnes de préserver leur intégrité physique, mentale et émotionnelle, de récupérer, de respirer, de durer dans le temps, sans être placées en tension permanente par des rythmes, des objectifs ou des injonctions incompatibles avec le vivant.
Capacité des humains à s’épanouir et à exprimer leur singularité. Reconnaître chaque humain comme porteur d’un potentiel propre, fait de compétences, de sensibilités, de créativité et de trajectoires singulières, qui ne peuvent se déployer que si les cadres de travail, de vie et d’organisation laissent place à l’initiative, à l’apprentissage et au sens.
Capacité des humains à apprendre et à se transformer Soutenir la capacité d’apprentissage individuel et collectif, l’expérimentation, le droit à l’erreur, l’ajustement continu, plutôt que l’exécution de modèles figés ou de solutions prédéfinies. Le vivant humain évolue par essais, relations et expériences, non par conformité.
Capacité des humains à coopérer et à tisser des relations vivantes Permettre des relations de coopération réelles, fondées sur la confiance, la reconnaissance, l’écoute et la réciprocité, plutôt que sur la mise en concurrence, la peur ou le contrôle. La qualité des relations est une condition centrale de la vitalité humaine.
Capacité des collectifs humains à décider et à agir. Redonner aux individus et aux collectifs une capacité d’agir, de décider, de prendre part aux choix qui les concernent, à l’échelle des organisations, des filières et des territoires. Sans pouvoir d’agir, il n’y a ni responsabilité, ni engagement durable.
Capacité des humains à s’inscrire dans le temps long. Permettre aux personnes et aux collectifs de se projeter, de transmettre, de construire des trajectoires durables, sans être enfermés dans l’urgence, la précarité ou la logique du court terme. Le vivant humain a besoin de continuité pour se transformer.
Capacité des humains à co-évoluer avec le vivant non humain
Reconnaître les humains non comme des gestionnaires du vivant, mais comme des êtres relationnels, capables d’attention, de soin, d’alliances et d’ajustements avec le vivant non humain, à condition d’être eux-mêmes soutenus, reconnus et en santé.
La régénération est la montée en capacité conjointe de ces deux dimensions. Il n’y a pas de régénération écologique durable sur un vivant humain épuisé. Il n’y a pas de régénération humaine possible sur un vivant non humain détruit.
4. Là où commence réellement la dilution
Le mot régénération est aujourd’hui de plus en plus utilisé : dans le marketing, les stratégies d’entreprise, les discours institutionnels, les cabinets de conseil, les parcours RSE.
Il circule sous de multiples formes — régénératif, régénérative, économie régénérative, entreprise régénérative, développement régénératif, modèle régénératif, transition régénérative. Cette diffusion traduit une prise de conscience réelle. Mais elle s’accompagne aussi d’une instabilité conceptuelle croissante.
La dilution du terme régénératif commence précisément là où la notion de capacité du vivant disparaît.
On sort de la régénération lorsque le vivant est réduit à des indicateurs. Par exemple, lorsqu’une entreprise se dit « régénérative » parce qu’elle suit des scores carbone, biodiversité ou CSRD, sans jamais interroger la capacité réelle des sols, des milieux ou des collectifs humains à durer, se transformer et se renouveler. Le vivant est alors mesuré, mais pas renforcé.
On sort aussi de la régénération lorsque l’humain est traité comme un facteur d’impact, de conformité ou d’acceptabilité sociale. C’est le cas de démarches qui multiplient les formations, les chartes ou les dispositifs RH, sans toucher aux pressions structurelles du modèle économique : délais, marges, rythmes de travail. L’humain devient alors un paramètre à optimiser, non un vivant à soutenir.
La régénération disparaît également lorsque la coopération est remplacée par la prescription.
Lorsque des méthodes « régénératives » sont déployées clé en main, avec des solutions prédéfinies, des feuilles de route figées et des trajectoires décidées à l’avance, les acteurs locaux ne trouvent plus leurs propres solutions. On parle de coopération, mais on pratique une logique descendante, incompatible avec le vivant.
Enfin, on sort de la régénération lorsque la transformation est pensée comme un projet fini.
Lorsqu’une organisation annonce qu’elle « sera régénérative en 2030 », avec un plan, des jalons et une date de fin, elle projette sur le vivant une logique de clôture qui lui est étrangère. Le vivant ne se stabilise pas. Il évolue, s’adapte, se transforme en permanence.
Dans tous ces cas, les termes « visée régénérative » peuvent être utilisés. Mais la dynamique du vivant est absente. À l’inverse, une démarche devient réellement régénérative lorsqu’elle agit sur les capacités du vivant, de manière située et concrète.
Dans une filière agricole, par exemple, il ne s’agit pas seulement de réduire des intrants ou d’améliorer un rendement, mais de renforcer la biodiversité des sols, la capacité de reproduction du vivant, et la possibilité pour les agriculteurs d’investir dans le temps long. Le vivant retrouve alors une capacité autonome à continuer.
Dans les organisations humaines, certaines démarches régénératives se traduisent par une attention réelle au bien-être et à la soutenabilité humaine. L’expérimentation de la semaine de 4 jours, lorsqu’elle vise à réduire l’épuisement, renforcer la coopération et soutenir l’apprentissage collectif — et non à maximiser la productivité — devient un levier de capacité humaine à durer.
À l’échelle des territoires, des démarches régénératives émergent lorsque entreprises, collectivités, agriculteurs, associations prennent le temps de comprendre ensemble les tensions locales, d’accepter l’incertitude et de faire émerger des solutions propres à leur contexte. Les humains ne pilotent pas le vivant : ils co-évoluent avec lui.
Enfin, au niveau des modèles économiques, une organisation entre dans une logique régénérative lorsqu’elle utilise des cadres comme le Business Model de l’Entreprise Régénérative non pour « devenir régénérative », mais pour questionner ses dépendances, aligner ses flux économiques avec le vivant, et ajuster en continu ses choix. La régénération n’est plus un état à atteindre, mais une capacité à entretenir.
Ce n’est donc pas un débat idéologique. C’est un critère de réalité. Une démarche n’est régénérative que si elle renforce effectivement la capacité du vivant — humain et non humain — à s’épanouir, se relier, se transformer et continuer, selon des trajectoires singulières, ouvertes et co-évolutives.
5. Reconnaître les pionniers : une exigence éthique
Avant que le mot régénération ne circule dans les stratégies d’entreprise, les discours institutionnels ou les champs du design et de l’innovation, l’écologie était déjà à l’œuvre — portée par une histoire longue, souvent en marge, parfois en opposition aux modèles dominants.
🌾 Des agriculteurs prenaient soin de la biodiversité des sols, en développant des pratiques respectueuses du vivant bien avant leur reconnaissance institutionnelle, permettant de préserver la fertilité biologique, la diversité des cultures et la résilience des fermes face aux chocs.
Des écologues observaient, comptaient, documentaient la présence — ou l’effondrement — de certaines espèces, contribuant à des victoires écologiques concrètes : protection d’espèces menacées, maintien de continuités écologiques, sauvegarde de zones humides.
Des associations protégeaient des milieux, parfois sans moyens, mais avec une connaissance fine des territoires, obtenant des résultats durables : préservation de rivières, de forêts, d’espaces naturels, évitant des destructions irréversibles.
Des scientifiques alertaient sur les limites planétaires, la disparition du vivant, les effets irréversibles de certaines trajectoires, posant les bases des politiques environnementales, des cadres de protection et des changements de pratiques aujourd’hui largement reconnus.
Des collectifs locaux agissaient pour préserver des rivières, des forêts, des terres agricoles, des communs, inventant des formes de coopération territoriale capables de protéger le vivant existant et de maintenir des équilibres fragiles entre usages humains et milieux.
Des entreprises s’engageaient dans un Made in France contributif, non par opportunisme, mais pour maintenir des savoir-faire, des filières et des emplois vivants, limitant certaines destructions économiques, sociales et territoriales.
Mais l’écologie c’est bien vivre tous ensemble sur terre sans exclusion en intégrant les écosysèmes économiques, sociaux et environnementaux. Ce n’est pas gérer le non vivant en marge des activités économiques humains. La question de l’écologie c’est : comment permettre au vivant — humain et non humain — de continuer à se déployer, à s’épanouir et à inventer de nouvelles formes de vie, malgré et avec ces transformations ?
C’est là qu’émerge l’écologie actuelle « celle qui rentre dans le dur ». Non plus centrée sur la seule protection, la réparation ou la gestion des ressources, mais sur le renforcement des capacités du vivant à exister pour lui-même, dans des contextes nouveaux, instables, parfois irréversiblement modifiés. Faisant face aux enjeux économiques.
Au-delà des discours techniques ou institutionnels, Nous Sommes Vivants entend l’écologie comme une écologie populaire : une écologie qui ne se réduit pas à des contraintes abstraites ou à des réponses de spécialistes, mais qui s’enracine dans le quotidien des personnes, dans leurs rapports sensibles à la nature, à la santé, à l’alimentation, à l’éducation et aux relations humaines. Nous Sommes Vivants
L’écologie populaire agit là où prendre soin de la nature devient prendre soin de soi et des autres, où le “prendre soin” s’oppose à la prédation et à l’exploitation du vivant. Elle invite à penser que vivre mieux ensemble sur terre, sans exclusion, est à la fois une exigence sociale et un horizon écologique partagé — un lien qui traverse les enjeux environnementaux, sociaux et démocratiques. Nous Sommes Vivants
Cette écologie ne se limite pas à des discours ou à des opérations de réduction d’impact.
Elle se construit à partir de pratiques situées : des façons de cuisiner, de travailler, de produire et de consommer qui mettent en relation la qualité de vie humaine et la santé des milieux vivants. Elle repose sur des valeurs communes que partagent de larges catégories sociales — des plus vulnérables aux classes moyennes — et qui permettent de concevoir collectivement un horizon désirable de transformation sociétale. Nous Sommes Vivants
Pour Nous Sommes Vivants, une écologie populaire est une écologie du soin, du familier, du local, du “moins mais mieux” ; elle tisse du lien social plutôt que d’accentuer la compétition, et invite à penser la transition écologique non comme une suite de contraintes, mais comme l’opportunité d’un “bien vivre ensemble” qui intègre la nature dans la vie humaine quotidienne. Nous Sommes Vivants
Dans cette lecture, l’écologie populaire devient un vecteur d’innovation sociale : elle réinterroge les relations de travail, les façons d’habiter les territoires, les modes de production et de consommation, et elle redonne du sens à l’action collective en montrant que la protection du vivant et la justice sociale sont indissociables.
🌾 Agriculture : du sol protégé au sol comme communauté vivante
Dans l’écologie classique, l’enjeu est de réduire les intrants, protéger les sols, éviter l’érosion.
Dans une écologie de la régénération du vivant, l’enjeu est autre : permettre au sol de rester un milieu vivant autonome, capable d’évoluer, de se transformer et de produire de la vie sans dépendance permanente à des corrections humaines.
Il ne s’agit pas d’atteindre un “bon niveau” de carbone ou de fertilité, mais de soutenir :
- la diversité des formes de vie du sol,
- sa capacité à s’auto-organiser,
- son aptitude à accueillir des relations vivantes multiples,
- la possibilité pour les fermes de s’inscrire dans le temps long sans épuiser ce dont elles dépendent.
On vise un sol capable de continuer à être vivant, en lien avec la santé humaine.
🧵 Textile : du produit moins impactant à la filière comme organisme vivant
L’écologie industrielle s’attache à réduire l’empreinte des matières et des procédés.
La régénération du vivant déplace la question : la filière, dans son ensemble, a-t-elle la capacité de continuer à exister et à évoluer sans s’effondrer ?
Cela concerne :
- les milieux agricoles qui produisent les fibres,
- les humains qui travaillent et transmettent les savoir-faire,
- les relations économiques qui soutiennent — ou empêchent — la durée,
- l’ancrage territorial des activités.
La capacité de la filière à être robuste sur son territoire devient l’enjeu.
🏭 Industrie et Made in France : de la relocalisation défensive à la vitalité vivante des territoires
L’écologie économique cherche à limiter les externalités et à préserver l’emploi local.
La régénération du vivant pose une autre question : les territoires ont-ils encore la capacité d’accueillir une activité humaine qui ne dégrade ni les humains ni les milieux de vie partagés ?
Il s’agit moins de relocaliser que de :
- soutenir des compétences vivantes,
- permettre des relations économiques soutenables,
- créer des formes d’activité compatibles avec les dynamiques locales du vivant.
Il ne s’agit pas de “faire moins mal”. Il s’agit de rendre possible une présence humaine qui fasse tenir ensemble économie et vivant.
🧠 Organisations humaines : du bien-être correctif à la vitalité humaine
L’écologie sociale agit sur la prévention des risques ou la conformité.
La régénération du vivant humain s’intéresse à autre chose : la capacité des personnes et des collectifs à rester vivants dans leur travail.
Cela concerne :
- la possibilité de ne pas s’épuiser,
- la qualité des relations,
- la capacité à coopérer sans domination,
- l’apprentissage collectif face à l’incertitude.
Des choix comme la semaine de 4 jours relèvent de cette écologie lorsqu’ils soutiennent la vitalité humaine, et non lorsqu’ils servent à optimiser la surexplotation des ressources humaines.
🌍 Territoires : de la protection des espaces à la co-évolution avec le vivant
L’écologie territoriale protège des espaces et limite des usages. La régénération du vivant cherche autre chose : créer les conditions pour que les humains et les milieux puissent continuer à évoluer ensemble, sans maîtrise totale, sans retour à un état passé.
Il ne s’agit pas de “restaurer” :
- une rivière,
- un paysage,
- un territoire,
mais de laisser émerger :
- des dynamiques vivantes nouvelles,
- des relations renouvelées,
- des formes de gouvernance capables d’apprendre avec le vivant.
Les humains ne gèrent plus la nature. Ils acceptent d’en faire partie, d’en dépendre, de l’aider.
6. Récits de régénération via les produits régénératifs
Ce que révèlent les Lauriers de la Régénération 2025, ce ne sont pas des “solutions clés en main”, ni des modèles reproductibles à l’identique. Ce sont des trajectoires singulières, ancrées dans des territoires, portées par des humains qui ont choisi de prendre soin du vivant en agissant là où ils se trouvent, avec ce qu’ils ont.
🌾 Alimentation – Quand un produit devient un point d’appui pour une filière vivante
Bonneterre – Lait d’avoine (Ecotone)
Le lait d’avoine Bonneterre n’est pas seulement un produit végétal à faible impact.
Il est le résultat d’un travail patient et structurant avec une coopérative agricole, fondé sur des relations contractuelles durables, des rotations longues, la diversification des cultures et une attention continue à la vie des sols.
La régénération ne se joue pas ici sur un indicateur final, mais dans des pratiques agricoles et économiques précises :
- sécurisation des débouchés pour permettre aux agriculteurs de prendre des risques agronomiques,
- choix de cultures compatibles avec les rotations locales plutôt que dictées par le marché,
- acceptation de rendements non maximisés au profit de la stabilité dans le temps,
- dialogue continu entre marque, coopérative et producteurs.
Le produit devient ainsi un outil économique au service de pratiques vivantes, capable de maintenir la capacité des sols à évoluer, et celle des agriculteurs à se projeter sans s’épuiser.
🧴 Cosmétique – Gouvernance et soin du vivant humain
SO’BiO étic – Léa Nature
Chez Léa Nature, la régénération s’incarne autant dans la gouvernance que dans les formules.
La transmission progressive du capital à un fonds de dotation, la sécurisation de l’indépendance et l’attention portée aux conditions de travail traduisent une pratique claire : protéger la capacité humaine à durer.
Les pratiques concrètes sont décisives :
- limitation volontaire de certaines croissances rapides ou opportunistes,
- choix d’une gouvernance qui désolidarise la performance financière immédiate du pouvoir décisionnel,
- attention portée à la qualité du travail, aux rythmes, à la transmission,
- relations de long terme avec les filières agricoles partenaires.
La régénération ne se manifeste pas par une promesse marketing, mais par la stabilité relationnelle qui permet aux humains — collaborateurs, partenaires, territoires — de construire dans le temps long.
🌿 Ingrédients actifs – Co-évolution avec les territoires lointains
TULSINITY® – Laboratoires Expanscience
Le développement de TULSINITY® repose sur une trajectoire collective assumée, impliquant des milliers d’agriculteurs en Inde.
La certification ROC n’est pas une finalité, mais un cadre de pratiques partagées au service d’une co-évolution réelle.
Les pratiques au cœur de cette trajectoire :
- accompagnement agronomique dans la durée,
- structuration de filières permettant une rémunération plus stable,
- reconnaissance des savoir-faire locaux,
- adaptation des exigences industrielles aux réalités territoriales,
- acceptation d’une montée en qualité progressive, non instantanée.
La régénération ne consiste pas à imposer un standard, mais à laisser émerger une capacité collective à habiter et faire vivre le territoire, humainement et écologiquement.
🧵 Textile – Faire durer une filière humaine
Picture Organic – Veste Smeeth
La veste Smeeth n’est pas régénérative par perfection technique.
Elle l’est par les pratiques relationnelles et organisationnelles qu’elle engage.
Picture Organic travaille sur :
- des relations fournisseurs durables,
- une logique d’amélioration continue plutôt que de rupture,
- la réparabilité comme pratique normale,
- une sobriété assumée dans les volumes et les collections.
Les pratiques clés :
- accepter de ne pas optimiser chaque coût à court terme,
- maintenir le dialogue dans les situations imparfaites,
- faire évoluer les chaînes de valeur sans déplacer la pression sur les plus fragiles,
- reconnaître que la capacité humaine à apprendre ensemble est centrale.
Le produit devient un support de relation, pas un aboutissement.
🌼 ESS – Régénérer les sols en régénérant les parcours humains
Halage – Lil’Ô
À Lil’Ô, la régénération est explicitement indissociable des pratiques sociales.
Les technosols permettent aux sols urbains de redevenir vivants, mais ce sont les parcours humains qui rendent cette transformation possible.
Les pratiques mises en œuvre :
- formation et accompagnement de personnes éloignées de l’emploi,
- apprentissage par le faire,
- reconnaissance progressive des compétences,
- inscription des personnes dans un projet territorial réel, visible, utile.
Le vivant humain et le vivant non humain se renforcent ensemble, par des pratiques qui redonnent capacité, dignité et place.
🌍 Territoires – Révéler le potentiel d’un lieu
Créateur de forêt – Grimaucourt-en-Woëvre
Le projet Aux deux mares ne cherche pas à appliquer un modèle forestier.
Il s’appuie sur des pratiques d’écoute du lieu.
Concrètement :
- partir de l’existant (sols, eau, mares, usages),
- accepter les contraintes comme données de départ,
- associer les acteurs locaux dès la conception,
- laisser le vivant évoluer sans le contraindre à une forme idéale.
La régénération se joue dans la qualité de la coopération et dans la reconnaissance du territoire comme porteur de potentiel, non comme support à aménager.
🎧 Éducation & imaginaire – Régénérer la capacité d’imaginer et d’apprendre
Lunii – Ma Fabrique à Histoires
Lunii n’est pas régénératif parce qu’il serait “sans écran”.
Il l’est par la capacité humaine qu’il soutient : celle des enfants à imaginer, raconter, se projeter, à construire un rapport actif aux récits plutôt qu’une consommation passive de contenus.
Le produit agit comme un tiers éducatif :
- il redonne du pouvoir narratif à l’enfant,
- il soutient l’attention, la créativité, la relation parent–enfant,
- il réhabilite l’imaginaire comme capacité humaine fondamentale, souvent négligée dans les logiques industrielles du numérique.
Les pratiques associées sont déterminantes :
- conception de contenus qui laissent une part active à l’enfant (choix, bifurcations, interprétation),
- refus de la captation attentionnelle continue (pas de flux infini, pas de notification),
- temps d’usage volontairement limités et discontinus,
- valorisation de la co-création (enfant seul, enfant–parent, enfant–collectif),
- inscription du produit dans des rituels éducatifs, pas dans une logique d’addiction.
Ici, la régénération ne concerne pas un milieu naturel.
Elle concerne la vitalité cognitive, émotionnelle et relationnelle — une condition essentielle pour que des humains puissent, demain, prendre soin du vivant.
🧑🌾 Alimentation & gouvernance – Rendre aux producteurs leur capacité à décider
C’est qui le patron ?!
C’est qui le patron ?! ne régénère pas une filière parce qu’elle serait parfaite ou “verte”.
Elle agit sur un levier plus profond : la capacité des producteurs à vivre dignement de leur travail, et celle des consommateurs à redevenir acteurs des choix économiques.
Le produit devient un outil de reconfiguration des relations :
- transparence sur les prix,
- gouvernance partagée,
- sécurisation des revenus agricoles,
- reconnaissance du travail réel.
Les pratiques rendent cette capacité opérante :
- co-construction des cahiers des charges avec les producteurs,
- contractualisation dans le temps long,
- acceptation collective d’un juste prix, même s’il est plus élevé,
- pédagogie continue auprès des consommateurs,
- refus de la pression à la baisse au nom de la compétitivité.
La régénération est ici relationnelle et économique : elle redonne de la capacité d’agir à des humains autrement enfermés dans des chaînes de valeur extractives.
📱 Téléphonie – Sortir de l’extraction relationnelle
Téléphonie responsable / usages sobres
Dans la téléphonie, la régénération ne consiste pas à “verdir” un smartphone.
Elle interroge la capacité des humains à rester libres, attentifs et non captifs dans leurs usages.
Les démarches reconnues par les Lauriers mettent l’accent sur :
- la durabilité des appareils,
- la réparabilité,
- la limitation de l’obsolescence,
- mais surtout sur la relation d’usage : sobriété, maîtrise, choix éclairés.
Les pratiques sont centrales :
- allongement volontaire des cycles de renouvellement,
- réparabilité pensée dès la conception,
- limitation des fonctionnalités addictives,
- accompagnement des usagers vers des usages choisis, non subis,
- remise en question de modèles économiques fondés sur la captation de l’attention.
Ici, la régénération vise :
- la capacité humaine à ne pas être épuisée cognitivement,
- et la capacité collective à ne pas dépendre de l’addiction comme moteur économique.
Le produit devient un outil de rééquilibrage, pas un accélérateur de dépendance.
🏗️ Architecture – Habiter plutôt que construire
Architecture régénérative / habitat vivant
Dans l’architecture, la régénération ne consiste pas à “compenser” un bâtiment.
Elle commence lorsque l’on se demande : comment ce lieu permet-il au vivant — humain et non humain — d’habiter durablement ?
Les démarches distinguées par les Lauriers travaillent sur :
- la qualité des usages et des relations,
- l’ancrage territorial,
- la capacité des bâtiments à évoluer dans le temps,
- l’adaptation aux modes de vie réels.
Les pratiques architecturales sont décisives :
- conception évolutive plutôt que figée,
- attention portée aux usages réels et futurs, pas seulement aux normes,
- implication des habitants et usagers dès la conception,
- articulation fine entre bâti, paysage et écosystèmes locaux,
- choix de matériaux et de techniques permettant la transformation plutôt que la démolition.
L’architecture régénérative ne cherche pas à figer une performance.
Elle crée des milieux habitables, capables d’accueillir des transformations, des usages imprévus, des relations sociales vivantes.
Ici, le territoire n’est pas un support. Il est co-auteur du projet.
7. L’humain comme force positive de régénération
L’un des malentendus les plus profonds — et les plus destructeurs — de l’écologie contemporaine consiste à considérer que l’humain serait avant tout un problème à contenir : un facteur d’impact, une variable à réduire, un risque à encadrer.
Notre position est différente, et pleinement assumée.
Oui, l’humain peut être destructeur.
Mais il est aussi l’un des rares êtres capables de prendre soin du vivant à grande échelle, de manière consciente, intentionnelle et collective.
À une condition essentielle :
que cette capacité ne soit pas elle-même détruite.
Car un humain épuisé ne protège pas.
Un humain infantilis é n’invente pas.
Un humain réduit à des injonctions ne coopère pas.
La régénération ne peut pas reposer sur :
- la culpabilisation,
- la contrainte permanente,
- la normalisation des comportements,
- ni la mise à distance du pouvoir d’agir.
À l’inverse, un humain :
- reconnu dans sa dignité et ses savoirs,
- relié aux autres humains et au vivant non humain,
- en santé physique, mentale et émotionnelle,
- inscrit dans des relations de coopération réelles,
devient une force de régénération.
Pas une force parfaite.
Pas une force héroïque.
Mais une force capable de soin, de responsabilité et de transformation.
La question centrale n’est donc pas :
comment limiter l’impact humain ?
Elle est plus exigeante :
comment créer les conditions pour que l’humain redevienne une force positive du vivant — pour lui-même, pour les autres, et pour les milieux qu’il habite ?
C’est à cette condition — humaine avant d’être technique — que la régénération du vivant devient possible. Considérer l’humain une force de régénération, pas seulement un impact à limiter.
8. La régénération comme alliance
Pour Nous Sommes Vivants, la régénération n’est jamais individuelle.
Elle est relationnelle, collective, territoriale. C’est une ré-alliance située.
Une ré-alliance entre le vivant humain et le vivant non humain, entre les organisations et les territoires qu’elles habitent réellement, entre le temps court des décisions et le temps long des dynamiques du vivant.
Cette ré-alliance passe par une compréhension profonde de ce que signifie habiter un lieu.
Habiter ne se réduit pas à posséder un logement ou à occuper un espace.
Habiter, c’est être au monde, c’est exister quelque part sur Terre, dans des relations multiples avec les milieux, les paysages, les êtres vivants et les autres humains.
C’est une action continue, un processus vivant où l’habitant et le lieu se font et se transforment mutuellement — ils n’existent pas l’un sans l’autre. Nous Sommes Vivants
C’est cette condition d’habiter, plus que l’occupation d’un espace, qui légitime une approche régénérative du territoire. Un territoire habité n’est pas un fond de carte neutre :
c’est un milieu vivant, une œkoumène — un ensemble de relations humaines et non humaines, de récits, de pratiques, d’histoires et d’attachements — qui conditionne la capacité de toute organisation à s’inscrire, apprendre et co-évoluer dans son milieu. Nous Sommes Vivants
Dans cette perspective, la responsabilité n’est plus abstraite ni globalisée. Elle devient responsabilité territoriale partagée : répondre de ce que l’on transforme là où l’on habite, là où l’on travaille, là où l’on produit, là où l’on vit. Une organisation régénérative n’est pas hors sol. Elle reconnaît le territoire comme un partenaire vivant, dont les capacités conditionnent sa propre possibilité d’exister.
La régénération ne vise pas à optimiser un territoire ni à le rendre conforme à un modèle.
Elle cherche à révéler et renforcer son potentiel d’évolution — c’est-à-dire ce qui peut encore advenir dans les dynamiques vivantes du lieu, quelles que soient ses histoires, ses contraintes et ses transformations.
Ce potentiel n’est pas donné d’avance : il se déploie dans l’habiter. Habiter signifie apprendre à vivre dans des milieux concrets, à entretenir des relations sensibles avec les sols, l’eau, les saisons, les habitats, les interstices entre ville et campagne, entre cultures et écosystèmes.
C’est ce processus actif d’existence — dialoguer avec le milieu, se laisser façonner par lui tout en l’affectant — qui rend possible l’émergence de nouveaux possibles. Nous Sommes Vivants
C’est pourquoi la régénération demande :
- de la patience, car les territoires évoluent lentement,
- de l’écoute, des habitants comme des milieux,
- de la coopération, entre acteurs qui ne se choisissent pas,
- une capacité à traverser les tensions propres à tout territoire habité : conflits d’usages, héritages, attachements, incertitude.
La régénération accepte que les trajectoires soient singulières, non linéaires et ouvertes.
Elle se joue dans la qualité des relations territoriales, bien plus que dans l’application de solutions toutes faites.
Ce n’est pas un modèle à appliquer. Ce n’est pas une recette importable.
C’est une dynamique à cultiver, territoire par territoire, en prenant soin du potentiel vivant des lieux que nous habitons, et de notre capacité collective à y inventer des futurs habitables.
9. Notre rôle dans l’écosystème de la régénération.
Nous Sommes Vivants fait un choix clair et assumé.
Ne pas devenir un arbitre du “vrai” et du “faux” régénératif.
Ne pas créer un label de plus — il en existe déjà, comme Regenerative Organic Certified, avec leur utilité propre.
Ne pas entrer dans une bataille de définitions, de cadres ou de propriété intellectuelle du mot.
Notre rôle est ailleurs.
Car dans ces moments de prolifération conceptuelle, le risque majeur n’est pas l’erreur franche. Le risque, c’est le presque juste — celui qui rassure, qui coche des cases, qui donne l’illusion d’agir, tout en laissant intactes les dynamiques qui épuisent le vivant.
Le presque juste est plus dangereux que le faux, parce qu’il fige, normalise et empêche l’apprentissage réel.
Nous ne cherchons donc pas à dire aux autres ce qu’ils doivent faire. Nous cherchons à créer les conditions pour que quelque chose de plus juste puisse émerger.
Créer les conditions humaines, culturelles et collectives pour que la capacité du vivant — humain et non humain — puisse se déployer, de manière située, singulière et évolutive.
Cela ne passe pas par des prescriptions descendantes. Cela passe par un travail en profondeur sur ce qui rend la transformation possible dans la durée :
- l’innovation régénérative, non comme optimisation de produits, mais comme transformation des cadres de conception,
- les imaginaires, pour sortir des récits de maîtrise, de domination ou de simple optimisation,
- les émotions, comme conditions humaines de l’engagement et de la coopération,
- le facteur humain, non comme variable d’ajustement, mais comme vivant à part entière,
- la qualité des relations, entre personnes, organisations, territoires et vivant non humain,
- la mise en réseau des acteurs, pour relier ce qui agit déjà plutôt que repartir de zéro,
- l’apprentissage collectif dans la durée, car la régénération ne se décrète pas et ne se stabilise jamais.
C’est là que se situe notre responsabilité : tenir un espace où elle peut advenir, sans confusion, sans simplification excessive, sans promesse hors-sol.
Une posture exigeante, parfois inconfortable, mais nécessaire si l’on veut que la régénération reste une dynamique vivante.
Conclusion — Tenir le fil de la régénération du vivant
Nous cherchons à renforcer la capacité du vivant — humains compris — à prospérer, à continuer, à se transformer et à durer, dans un monde profondément modifié.
Notre intervention porte prioritairement sur les produits et services régénératifs, là où se jouent concrètement les relations au vivant, les usages, les chaînes de valeur et les impacts réels. Cela n’exclut pas le reste : il n’y a pas de régénération au niveau des offres commerciales ei il n’y a pas trajectoire régénérative de l’entreprise ou sans élimination des impacts négatifs des produits, mais cela ne suffit pas a atteindre la régénération du vivant.
La régénération portée par Nous Sommes Vivants est un appel à la responsabilité territoriale partagée entre habitant humains et non humain qui co-évoluents. C’est une invitation à quitter la posture de gestionnaire pour celle de partenaire du vivant, en acceptant l’incertitude et la patience nécessaires au déploiement de la vie.
Un fiction pour illustrer : La fiction prospective appelée « L’Arche » propose :
- Une Boussole Interne : Chaque décision dans l’Arche est filtrée par le renforcement des capacités du vivant humain et non humain
- L’Humain comme Allié : L’équipage de l’Arche n’est pas un problème à limiter, mais une force de soin.
- La Ré-Alliance Territoriale : L’Arche ne survole pas les problèmes, elle aide les acteurs à « habiter » leur lieu, à devenir responsables des milieux qu’ils transforment.
- Atterrissage pragmatique avec les regenerative circles pour favoriser les projets d’innovation regenerative puis les lauriers de la régénération 2026.
Voici un résumé de notre offre dans la cadre de la fiction l’arche.

ANNEXE : liste de sources françaises sur l’économie et l’entreprise régénérative, avec des liens directs pour faciliter la navigation.
Voici les références des travaux de nous sommes vivants:
- Les travaux de Regenesis Institute insistent sur cette primauté de la finalité : tant que l’objectif reste la croissance, l’optimisation ou la conformité, les solutions demeurent structurellement limitées. La régénération commence lorsque la question centrale devient : en quoi ce que nous concevons renforce-t-il la capacité du système vivant à évoluer favorablement ?
- Le STOCKHOLM RESILIENCE CENTRE. Article du fondateur du Centre, Carl Folke, et de ses collègues, explore comment le concept émergent de régénération se compare à la pensée en matière de résilience.
- Travaux de recherche scientifique qui posent ce que sont les business models régénératifs en comparaison avec les modèles durables et circulaires (en anglais ICI) (en Français LA)
- La CSRD (ou ISO 2600) permet : de rendre visible les tensions réelles entre activités économiques et vivant, et de poser une base factuelle commune (pas régénérative mais minimale) pour engager des transformations plus profondes dans des cadres de reporting normés https://noussommesvivants.co/2024/12/08/passer-en-soutenabilite-forte-en-posant-sa-strategie-csrd-et-en-innovant/
- Ces approches rejoignent des référentiels exigeants comme ceux portés par la Regenerative Organic Alliance (https://regenorganic.org), qui articulent santé des sols, bien-être humain et équité économique avec affichage sur les produits.
Pour aller plus loin : lire/visionner
- Notre manifeste fondateur
- Comment prendre le leadership du vivant porté par les adhérents. Texte plus complet
- Prendre conscience des systèmes vivants et de leur régénération avec Beatrice Ungard, Ph.D Regenesis Institute
- Les produits régénératifs aux USA avec Regenerative Organic Aliance (ROC : regenerative organic certified) https://www.youtube.com/watch?v=1R0FPcDzX-8
- Les lauriers de la régénération 2024 et 2025
🏛️ 1. Ouvrages & Plateformes de Référence
- Régénérer : Pour s’initier à l’approche régénérative et ouvrir la voie à un avenir où les humains s’allient avec le reste du vivant.
- L’Entreprise Régénérative : Plateforme dédiée au livre éponyme, proposant une vision systémique et des outils pratiques.
- LUMIÅ : Institut de recherche-action proposant des études de cas, des cartes du régénératif et des formations.
🎓 2. Études Académiques & Rapports Institutionnels
- Un article du fondateur du Centre, Carl Folke, et de ses collègues, explore comment le concept émergent de régénération se compare à la pensée en matière de résilience.
- Travaux de recherche scientifique qui posent ce que sont les business models régénératifs en comparaison avec les modèles durables et circulaires (en anglais ICI) (en Français LA)
- Impact Tank, entreprise regenerative : Une entreprise régénérative est consciente de ses liens d’interdépendance avec les milieux écologiques et les parties prenantes dont elle dépend et sur lesquelles elle agit.
- HEC Paris – De la promesse au modèle d’action : Rapport définissant le cadre conceptuel et les archétypes d’entreprises.
- Bpifrance Le Lab – Économie régénérative : Analyse scientifique de l’état de la recherche sur le sujet.
- AFNOR SPEC 2214 : Premier cadre normatif français définissant officiellement l’économie régénérative.
📰 3. Articles & Analyses Thématiques
- Carenews : Définition pédagogique et exemples d’acteurs français.
- Bref ECO : Focus sur les initiatives régénératives en régions (Auvergne-Rhône-Alpes).
- RSE-Responsables : Analyse de la viabilité économique du modèle régénératif.
🏢 4. Exemples d’Entreprises Pionnières
- Patagonia est la marque la plus engagée sur la régénération
- Omie & Cie : Marque alimentaire engagée dans l’agriculture régénératrice et la transparence totale. Et tous les lauriers de la régénération avec 25 exemples. Et résultats en triple impact
- Convention des Entreprises pour le Climat (CEC) : Le parcours de référence en France pour transformer les business models vers le régénératif.
🛠️ 5. Nos Formations et Méthodologies
- Notre boite à outils
- Nos formations aux business models régénératifs
- Nous Sommes Vivants – REGEN BMC : Outil méthodologique – Business Model Canvas adapté à la régénération en 5 ateliers et le Regenerative Capacity score
- La fresque des imaginaires
- Tendances 2026 de la RSE à la régénération


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