Sur l’écologie populaire et la régénération
- L’écologie populaire, c’est la régénération — l’article qui réunit toute la démarche.
- L’écologie populaire : sa révolution culturelle et ses fondamentaux — les fondements philosophiques, des sciences aux quatre imaginaires.
- Dominique Bourg : ce qu’est vraiment l’écologie — l’écologie intégrale et le paradigme du soin.
- Jancovici est-il écologiste ? — la stratégie majoritaire face au récit de l’alerte.
- L’écologie populaire pour des marques populaires — l’application au business.
À partir de données chiffrées, de tendances, des imaginaires et d’exemples concrets issus des entreprises, et plus largement du monde économique et politique, Jérémy Dumont, de Nous Sommes Vivants, a proposé à la journée Humus, en janvier 2026, une lecture structurée de l’écologie et des trajectoires possibles vers une économie régénérative, ancrée dans les territoires et fondée sur le renforcement des capacités du vivant — humains compris. Sa thèse : l’écologie devient majoritaire lorsqu’elle améliore concrètement les conditions de vie, avec les entreprises plutôt que contre elles, et la question qui décide est désormais « qui renforçons-nous avec l’argent collectif ? ». Voir le replay.
Ce qui a changé depuis janvier
La rentrée 2026 a confirmé ce diagnostic. Au sortir d’un été de canicules et d’incendies, 82 % des Français jugent que l’adaptation est devenue un enjeu majeur pour l’avenir du pays (Verian). La mobilisation tient : une marche pour le climat est appelée le 26 septembre et une mobilisation pour le pouvoir d’achat le 17 octobre. Et la consommation suit quand l’offre existe : en août, 38 % des voitures neuves vendues en France étaient électriques (AAA Data). Nous l’analysons dans les Français entre colère et résignation, et nous avons lu au Capacity Score les programmes de la rentrée dans la rentrée politique de l’écologie 2026.
L’initiative Humus
L’initiative Humus est portée par plusieurs réseaux majeurs de la société civique — dont le Mouvement pour l’Économie Solidaire, le Collectif des Associations Citoyennes, le Collectif pour la Transition Citoyenne et l’Archipel des Confluences. L’initiative s’inscrit clairement dans la filiation des travaux de Patrick Viveret, notamment sur la critique de la réduction de la valeur au seul registre économique, sur la nécessité de repenser la richesse, et sur l’urgence de refonder les finalités de l’action collective. Humus prolonge cette pensée en la mettant en mouvement : non pas produire un énième diagnostic, mais créer les conditions d’une alliance civique capable d’influencer réellement les choix politiques.
En référence à l’humus vivant — ce sol fertile issu de la décomposition et de la coopération — l’initiative revendique une posture : prendre soin des conditions de la vie collective, cultiver les alliances, et permettre l’émergence de futurs habitables, sans promesse de solution miracle, mais avec une exigence de cohérence et de responsabilité.
Crises écologique, sociale et économique ne sont plus des phénomènes distincts. Elles révèlent une fragilité commune des modèles productifs, des imaginaires et des trajectoires économiques.
L’écologie est la science et la pratique des relations entre les êtres vivants — humains et non humains — et leurs milieux de vie. Elle ne se réduit ni à la protection de la nature, ni à la gestion d’impacts, ni à une liste de contraintes environnementales. Dans une lecture contemporaine, l’écologie révèle que :
- les crises environnementales, sociales et économiques sont indissociables ;
- les écosystèmes sont des milieux de vie relationnels ;
- la qualité des relations (humaines, sociales, écologiques) conditionne la capacité à durer.
L’écologie ne consiste pas juste à « sauver la nature », mais à habiter le monde de manière juste, en tenant compte des interdépendances, des limites et des vulnérabilités du vivant — humains compris.
Chez Nous Sommes Vivants, la régénération est définie comme la capacité du vivant — humain et non humain — à atteindre son plein potentiel dans son milieu de vie. Elle vise le renforcement des capacités propres du vivant, en particulier : la capacité des humains à coopérer, décider, apprendre et prendre soin sans s’épuiser ; la capacité des écosystèmes à se renouveler, à maintenir leurs fonctions et leurs relations ; la capacité des territoires à soutenir des activités économiques viables, habitables et contributives. La régénération ne promet pas un futur idéal ; elle crée les conditions pour que le vivant puisse continuer.
Un contexte politique sous tension, une écologie plus stable qu’il n’y paraît
Contrairement à une perception largement diffusée, la situation sociale globale n’est pas uniformément catastrophique.
Une dynamique préoccupante s’impose néanmoins : la montée d’un autoritarisme libéral. Il ne s’agit pas d’un basculement intrinsèque du capitalisme, mais d’une radicalisation du néolibéralisme, désormais assumé dans sa dimension autoritaire. Ces discours occupent une place centrale dans l’espace médiatique et politique.
Il n’existe pas, à ce stade, de backlash écologique massif au sein de la population. Le clivage est avant tout politique, structuré par une convergence entre la droite et l’extrême droite. Un point de vigilance majeur concerne le positionnement de certaines entreprises, qui tendent à soutenir ces mouvements lorsqu’ils permettent un alignement entre intérêts économiques internes et discours politiques externes.
La crise écologique, la crise sociale et la crise économique ne sont plus des crises distinctes. Elles s’alimentent mutuellement et révèlent une fragilité commune : notre difficulté collective à organiser une transformation perçue comme juste, crédible et durable. Les débats contemporains sur la justice fiscale et sur la fin des « chèques en blanc » aux entreprises ne sont pas des controverses techniques. Ils traduisent une crise de légitimité plus profonde : celle de l’effort collectif, de sa répartition et de l’usage de l’argent public.
Des niveaux de mobilisation citoyenne qui se maintiennent
La société civile demeure active et mobilisée.
La pétition contre la loi Duplomb a ainsi recueilli près de deux millions de signataires, passés par un site gouvernemental pour déposer leurs données personnelles. Ce chiffre est significatif. Il correspond exactement au niveau atteint par la pétition climat de 2018, portée notamment par Notre Affaire à Tous.
Ces données indiquent un niveau de mobilisation stable. Certains y verront un retour à 2018 ; il s’agit surtout d’un maintien, et non d’un effondrement de l’engagement collectif. La mobilisation change toutefois de nature, en reliant les enjeux économiques, sociaux et environnementaux.
Consommation : des engagements écologiques qui tiennent malgré les inquiétudes des entreprises
Les dynamiques observées dans les entreprises contredisent un recul de l’écologie dans les comportements d’achat.
- La voiture électrique poursuit une trajectoire globalement positive.
- Les produits biologiques résistent malgré les arbitrages budgétaires. Biocoop enregistre +7 % de parts de marché au moment de l’intervention, traduisant une progression structurelle.
- Les banques mutualistes (Crédit Agricole, Crédit Mutuel) figurent parmi les principaux financeurs des prêts immobiliers.
- Les assureurs mutualistes gardent la meilleure image auprès des Français, la Macif et la MAIF en tête, loin devant AXA (baromètre Posternak-Ifop, septembre 2023), et la MAIF est classée première de la relation client tous secteurs confondus (Podium de la Relation Client, BearingPoint et Kantar, 2023).
Notre étude sur les freins de l’écologie avait pointé que les consommateurs souhaitent avant tout des alternatives écologiques accessibles (étude Ipsos pour l’Université d’été du facteur humain et Nous Sommes Vivants).
Ces éléments confirment que, malgré un ralentissement économique et une baisse du pouvoir d’achat, des dynamiques de transformation persistent.
Les quatre imaginaires structurants de l’écologie
Les trajectoires écologiques sont conditionnées par des imaginaires de l’écologie dominants. Quatre sont identifiés au sein de Nous Sommes Vivants.
Face à une écologie souvent perçue comme punitive, contraignante ou déconnectée du quotidien, le collectif Nous Sommes Vivants propose un changement de paradigme. Le constat est clair : si l’utopie écologique est partagée par 50 % des Français, elle se heurte aujourd’hui à une « panne du désir d’avenir » et à un déficit d’objectifs collectifs, selon l’Observatoire des perspectives utopiques de l’ObSoCo.
1. L’anthropocentrisme — Il repose sur la surexploitation et la prédation, avec une vision du monde centrée sur l’humain comme acteur dominant. Il est étroitement associé aux discours de sobriété. Les données de l’ADEME indiquent qu’environ 16 % des Français adhèrent réellement à cette logique, lorsqu’elle implique des changements concrets de modes de vie.
2. Le biocentrisme — Il reconnaît la valeur intrinsèque de tous les êtres vivants — humains et non humains —, la biodiversité, la singularité et la recherche d’une juste place. Cet imaginaire est principalement porté par les discours de décroissance. L’Observatoire des perspectives utopiques de l’ObSoCo mesure une adhésion stable autour de 5 % de la population, sans dynamique d’élargissement notable.
3. L’écocentrisme — Il concerne l’adaptation climatique, l’adaptation des territoires et la prise en compte des vulnérabilités sociales et environnementales. Par extension, c’est la résilience et la robustesse. En France, cet imaginaire ne structure réellement l’action publique que depuis environ trois ans. On y retrouve la théorie du donut mise en œuvre par la Ville de Grenoble.
4. Le multicentrisme, l’imaginaire de la régénération — Encore peu chiffré à grande échelle, il constitue néanmoins un champ croissant d’expérimentations concrètes, notamment dans les entreprises et les territoires. Il est porté par un écosystème d’acteurs, dont la CEC (Convention des entreprises pour le climat), le C3D (Collège des directeurs du développement durable) et Nous Sommes Vivants. Son socle est proche du biocentrisme, mais il mène ailleurs que la décroissance : là où la post-croissance dit d’arrêter d’accumuler, l’économie régénérative fait prospérer les capacités du vivant, par une croissance à impact où les ventes et la contribution augmentent ensemble, comme le détaillent les tendances RSE 2027.
L’imaginaire du buen vivir est celui de la régénération
Le buen vivir porté par Patrick Viveret et l’Archipel citoyen « Osons les Jours Heureux » est une boussole de sens et d’action qui oriente les sociétés vers une manière juste, vivante et désirable de vivre ensemble. Il invite à aligner les finalités économiques, sociales et politiques avec ce qui renforce la force de vie, humaine et non humaine.
Au cœur du buen vivir se trouve une compréhension élargie de la valeur : la valeur naît de ce qui fait grandir la vitalité, la qualité des relations, la capacité des écosystèmes et des collectifs à durer et à se transformer.
Le buen vivir reconnaît la triple aspiration humaine à l’amour, au bonheur et au sens comme une ressource fondamentale pour l’organisation des sociétés. Ces aspirations deviennent des leviers politiques et économiques, guidant les choix collectifs, les modes de production et les formes de gouvernance.
Il propose une écologie pleinement incarnée, où l’acceptation des limites s’accompagne d’un art de vivre fondé sur la justesse, la mesure habitable et la qualité du lien. La prospérité y est comprise comme la capacité à bien vivre ensemble, dans le respect des milieux de vie.
Le buen vivir s’inscrit dans une démocratie vivante, où la délibération sur ce qui compte vraiment devient un moteur de décision, et où l’intelligence collective, sensible et relationnelle est reconnue comme une richesse centrale.
Enfin, le buen vivir réhabilite la douceur comme puissance d’action : une force relationnelle qui soutient la coopération, la confiance et la capacité des sociétés à traverser les transformations sans se durcir.
Origine et positionnement de Nous Sommes Vivants
Depuis six ans, Nous Sommes Vivants anime un réseau de facilitateurs, de coachs et d’accompagnateurs de la transition écologique dans les entreprises.
L’année en cours marque une étape structurante : l’émergence d’un ancrage territorial effectif, avec des adhérentes présentes dans l’ensemble du territoire français.
La création de Nous Sommes Vivants répond à une question structurante : comment rendre l’écologie opérante dans les entreprises ? Prendre soin de soi, des autres et de la nature, dans une logique de vivre-ensemble territorial, sans exclusion.
Un paradoxe s’imposait : l’horizon collectif — air pur, alimentation de qualité, services publics solides — suppose un effort considérable, alors même que les entreprises le perçoivent majoritairement comme un coût. La réponse apportée repose sur la régénération, structurée autour de deux volets complémentaires.
Premier volet : le facteur humain
Le facteur humain constitue le premier pilier.
- La Fresque du Facteur Humain explore les freins inconscients au changement de comportement.
- La Fresque des Émotions analyse la manière dont les émotions mettent en mouvement ou figent l’action.
- La Fresque des Imaginaires permet une projection collective vers des futurs désirables.
Dans les démarches portées par Nous Sommes Vivants, le précieux facteur humain de Patrick Viveret désigne l’ensemble des capacités humaines et relationnelles sans lesquelles aucune transition écologique, sociale ou économique n’est possible :
- capacité à coopérer sans s’épuiser ;
- capacité à décider dans l’incertitude ;
- capacité à ressentir, à nommer et à partager les émotions ;
- capacité à apprendre, à ajuster ses représentations et à transformer ses pratiques ;
- capacité à prendre soin de soi, des autres et du cadre commun.
Ces trois fresques créent des espaces d’expérience et de transformation, au sein des entreprises comme des territoires.
Second volet : l’économie régénérative
Le second pilier repose sur le Business Model de l’Entreprise Régénérative et sur les Lauriers de la Régénération, remis chaque année.
L’économie régénérative se fonde sur un principe non négociable : les dimensions économique, environnementale et sociale sont considérées à égalité, sans compromis, avec un fort ancrage territorial, pour une triple viabilité.
Les entreprises mises en lumière illustrent cette diversité :
- Halage, structure associant agriculture, réinsertion et biodiversité ;
- C’est qui le Patron ?!, fondée sur la co-construction des prix avec les consommateurs ;
- Patagonia, dont la gouvernance a été confiée à une fondation actionnaire et qui expérimente des filières bio-régénératives sur le coton et la mangue.
Toutes les activités de ces entreprises ne sont pas régénératives, mais certains produits et services le sont, démontrant la possibilité d’une incarnation concrète en triple profit : économique, environnemental et social.
La trajectoire vers la régénération comme condition de transformation des entreprises
En l’absence de trajectoire explicite, l’attentisme domine.
Un rapport du Sénat consacré à l’évolution des valeurs économiques à l’horizon 2050 identifie quatre orientations majeures :
- la décroissance ;
- la croissance verte ;
- l’économie du donut ;
- la post-croissance, proche de l’économie sociale et solidaire.
L’intérêt central de ce rapport réside dans le fait que ces modèles ne sont pas présentés comme exclusifs, mais comme des régimes de valeurs pouvant coexister et se succéder dans le temps.
Une trajectoire des entreprises clarifiée avec le Capacity Score
Ces dynamiques peuvent être traduites par une trajectoire opérationnelle : limiter, réduire, restaurer, régénérer. Elle structure le Capacity Score de Nous Sommes Vivants, en s’alignant sur les quatre imaginaires et sur les typologies de modèles économiques du rapport du Sénat.
Ces niveaux forment une trajectoire possible. Une organisation peut être à plusieurs niveaux simultanément, selon les sujets.
Le Capacity Score permet de se positionner sur une trajectoire selon sa capacité à tenir dans un monde instable, et à renforcer — ou non — la capacité du vivant (humain et non humain) dont elle dépend. Il rend lisible où se situe l’effort principal, et ce que l’organisation est réellement capable de faire aujourd’hui. Voir l’exemple de Michelin, et plus largement les tendances RSE.
Niveau 1 — Limiter (anthropocentrisme) · Capacité à rester conforme et à éviter la rupture
- Finalité dominante : conformité réglementaire, maîtrise des risques, protection de l’activité existante.
- Logique d’action : limiter les impacts négatifs les plus visibles.
- Mode de pilotage : reporting, indicateurs, obligations (CSRD, bilans, audits).
- Rapport au vivant : le vivant est perçu comme une contrainte externe à gérer.
Capacité clé : se conformer et se mettre à l’abri des ruptures.
Niveau 2 — Réduire (biocentrisme) · Capacité à renforcer la résilience de l’existant
- Finalité dominante : sécuriser les marges, les ressources et la continuité opérationnelle.
- Logique d’action : optimisation, efficacité, réduction des dépendances critiques.
- Mode de pilotage : amélioration continue, éco-efficience, coopération limitée à la chaîne de valeur.
- Rapport au vivant : le vivant est un facteur de risque à intégrer.
Capacité clé : tenir dans l’instabilité avec des trajectoires de réduction.
Niveau 3 — Restaurer (écocentrisme) · Capacité à réparer des écosystèmes et des relations dégradés
- Finalité dominante : restaurer des écosystèmes, des filières, des relations humaines fragilisées.
- Logique d’action : projets territoriaux, coopérations multi-acteurs, transformation partielle du modèle.
- Mode de pilotage : gouvernance élargie, alliances, expérimentation.
- Rapport au vivant : le vivant devient un partenaire à soutenir.
Capacité clé : réparer les écosystèmes dont dépend l’activité pour rester robuste.
Niveau 4 — Régénérer (multicentrisme) · Capacité à renforcer durablement la capacité du vivant humain et non humain
- Finalité dominante : contribuer activement à la vitalité des habitants des territoires.
- Logique d’action : transformation du modèle d’affaires, contribution nette positive portée par l’offre.
- Mode de pilotage : gouvernance partagée, coopération profonde, finalité explicitement régénérative.
- Rapport au vivant : la co-évolution avec le vivant dans notre milieu de vie partagé.
Capacité clé : plus on vend, plus le milieu et les gens qui y habitent se renforcent, et la rentabilité vient de là — à condition d’avoir d’abord réduit ses impacts négatifs et de répondre à un besoin réel. En triple impact, dont l’économique, avec une prospérité partagée.
Made in France régénératif : de l’origine à la contribution territoriale
La relocalisation productive occupe une place croissante dans le débat public. Pourtant, le made in France reste souvent abordé sous un angle symbolique ou défensif.
Une lecture régénérative du made in France invite à déplacer la question : non pas seulement « où c’est produit ? », mais « à quoi cela contribue-t-il ? »
Un made in France régénératif ne se définit pas uniquement par l’origine géographique, mais par sa capacité contributive au territoire, selon des dimensions indissociables :
- économique (création de valeur durable, sécurisation des marges et des emplois) ;
- sociale (qualité des relations de travail, santé humaine, inclusion, transmission) ;
- environnementale (biodiversité, sols, eau, air) ;
- relationnelle (coopérations locales, filières, collectivités, consommateurs).
Dans cette perspective, une entreprise peut produire en France sans être régénérative, tout comme une activité partiellement internationalisée peut renforcer des capacités territoriales si elle est gouvernée dans cette logique.
Le made in France régénératif passe d’une origine à une trajectoire vérifiable localement par les effets. L’enjeu, c’est la contribution effective des entreprises à leurs territoires par leurs activités, à la qualité des relations humaines et à la capacité du vivant à continuer. C’est le sens du manifeste du made in France contributif, lancé le 12 juin 2026.
Le plaidoyer pour une économie régénérative du vivant
L’écologie ne recule pas dans la société française. Deux millions de signatures contre la loi Duplomb, +7 % pour Biocoop, la résilience des modèles coopératifs : les données contredisent le récit dominant d’un « backlash écologique ». Ce qui est en crise, c’est la capacité collective à transformer ces aspirations en trajectoires politiques concrètes, qui s’incarnent au quotidien dans une écologie populaire dans les territoires : qualité de l’air et de l’eau, alimentation saine, services publics comme l’éducation et la mobilité.
Les quatre imaginaires identifiés — anthropocentrisme, biocentrisme, écocentrisme, multicentrisme régénératif — ne sont pas des étiquettes philosophiques. Ce sont des logiques d’action qui produisent des effets économiques, environnementaux et sociaux radicalement différents. Et c’est précisément là que se situe la tension politique centrale.
L’anticapitalisme porte une critique légitime du modèle extractif et la piste d’un système alternatif décroissant. Mais en refusant de se confronter aux réalités de la viabilité économique, de la création d’emplois, de la compétitivité des filières et de la gouvernance démocratique des entreprises, ses tenants se condamnent à rester minoritaires — environ 5 % selon l’ObSoCo. Ce n’est pas une posture morale qui est en cause, c’est une impasse stratégique : on ne transforme pas une économie depuis les marges en dénonçant ceux qui la font tourner. La redirection écologique a raison d’abandonner ce qui dégrade ; reste à poursuivre, en les transformant, les activités qui peuvent devenir régénératives.
L’écologie populaire et l’économie régénérative que nous portons font un pari inverse : l’écologie ne se réalisera qu’en devenant un enjeu économique et démocratique incluant tous les acteurs — entreprises, territoires, citoyens, syndicats, élus. Cela suppose d’accepter de travailler avec le monde économique tel qu’il est, sans naïveté sur ses contradictions, mais sans le diaboliser non plus.
L’horizon désirable n’est pas l’austérité, ni le sacrifice, ni le retrait. C’est une économie où l’usine régénérative devient la norme, où les filières agricoles restaurent les sols en sécurisant les revenus, où les territoires vont mieux parce que les entreprises existent. C’est l’écologie populaire incarnée : emplois dignes, alimentation de qualité, air pur, coopération sans épuisement, fierté du travail bien fait. C’est le buen vivir de Patrick Viveret rendu opérationnel dans les chaînes de valeur, les gouvernances partagées et les alliances territoriales.
La régénération est un choix démocratique conflictuel, qui suppose de passer des alliances avec des acteurs imparfaits, d’accepter des trajectoires progressives, de mesurer les effets plutôt que de juger les intentions. Mais c’est le seul chemin qui permet de transformer l’économie à l’échelle, en faisant de l’écologie non pas une contrainte subie, mais une amélioration concrète et tangible des conditions de vie du plus grand nombre.
La question n’est plus « pour ou contre le capitalisme ? ». Elle est : « qui renforçons-nous avec l’argent collectif ? » Et cette question, nous choisissons de la poser depuis le cœur du réacteur économique, avec tous ceux — entreprises, territoires, citoyens — qui veulent que leurs décisions, leurs investissements, leurs activités contribuent à ce que le vivant puisse continuer.
Ce que nous proposons au réseau Humus
Humus porte aujourd’hui principalement :
- la sobriété heureuse (anthropocentrisme, 16 % d’adhésion) ;
- la décroissance (biocentrisme, 5 % d’adhésion selon l’ObSoCo) ;
- l’économie sociale et solidaire comme alternative au capitalisme.
Soit au plus 20 % environ de la population française, ces deux publics pouvant se recouper.
Ce qu’Humus n’intègre pas encore :
- la régénération comme voie de post-croissance (multicentrisme) ;
- les entreprises en trajectoire transformative, hors économie sociale et solidaire ;
- l’écologie populaire, qui vise l’amélioration concrète des conditions de vie du plus grand nombre.
La proposition de Nous Sommes Vivants au réseau Humus
- Élargir le périmètre d’alliance en reconnaissant explicitement la régénération comme voie complémentaire à la sobriété et à la décroissance — non pour les remplacer, mais pour construire une coalition réellement majoritaire, capable d’influer sur les politiques publiques.
- Intégrer la contribution territoriale régénérative comme critère dans les programmes municipaux : une entreprise ne devrait pouvoir bénéficier d’aides publiques locales que si elle prouve que ce qu’elle vend renforce le territoire et ceux qui y habitent.
- Utiliser notre trajectoire limiter, réduire, restaurer, régénérer comme référentiel commun pour évaluer les politiques publiques que vous souhaitez influencer. Cela permettrait de sortir de la dénonciation générale pour pointer précisément ce qui bloque la transformation effective des entreprises dans ces territoires.
Nous savons que cette ouverture aux entreprises hors économie sociale et solidaire soulève la crainte du greenwashing. C’est précisément pourquoi nous proposons le Capacity Score : un outil de mesure des trajectoires effectives, pas des intentions. Une entreprise ne peut prétendre être régénérative sans prouver sa contribution positive nette au territoire par ses produits et services. Il s’agit de les encourager à atteindre le niveau régénératif. Notre approche se fonde sur l’économie de la mutualité et sur la solidarité écologique.
Passer de l’imaginaire à la trajectoire
Situer votre trajectoire avec le Capacity Score → Faire l’expérience de la Fresque des Imaginaires →Pour aller plus loin
- L’écologie populaire, c’est la régénération — l’article qui réunit toute la démarche.
- Les Français entre colère et résignation — ce que l’été 2026 dit de l’écologie populaire.
- L’écologie populaire pour des marques populaires — l’application au business.
- La rentrée politique de l’écologie 2026 — partis et patronats comparés au Capacity Score.
- La croissance à impact — quand les ventes et la contribution au vivant augmentent ensemble.
- Après la redirection écologique — comment poursuivre des activités économiques régénératives.
- Le Capacity Score — situer votre trajectoire, de limiter à régénérer.

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