En 2025, 124 usines françaises ont fermé ou sont menacées — pour 86 ouvertures. Brandt, Teisseire, Duralex. Il y a un Made in France qui protège le dernier geste — l’assemblage, le moins cher à délocaliser. Et il y a un Made in France qui rend visible la contribution réelle : rémunération du producteur, biodiversité, emploi territorial, qualité. Le premier existe dans la loi. Le second n’est pas obligatoire. Des acteurs l’ont construit — Nutri-Score, Bio/AB, MSC, PEFC, FSC, Fairtrade, Planet Score, Clear Fashion, GOTS, Cyclescore, ATES. Il ne le sera pas tant que cette coalition n’existera pas.
Ce n’est pas parce qu’on produit en France qu’on contribue à la France. Et ce qu’on ne rend pas visible, le consommateur ne peut pas choisir de le soutenir.
Décembre 2025. Le tribunal de commerce prononce la liquidation de Brandt — 750 postes. Brandt était Made in France. Le consommateur le savait. Ça ne l’a pas empêché d’acheter moins cher. Parce que Made in France n’a pas de définition légale unique. Pour la plupart des produits, il suffit que la dernière transformation significative ait eu lieu en France. Un cadre fabriqué en Asie assemblé en France, un sirop mis en bouteille en Isère avec des arômes importés : Made in France. Ce que l’étiquette ne dit pas : combien de sous-traitants dépendent de cette usine, quelle valeur territoriale s’évapore, qui vit de ce produit. Ces données n’ont jamais été rendues visibles — pas parce qu’elles n’existaient pas, mais parce que personne n’était obligé de les afficher. L’argument est que dix ans d’affichage contributif construisent une filière irremplaçable : des sous-traitants dépendants, des savoir-faire certifiés, une demande ancrée à ce que l’usine produit concrètement.
Le consommateur est là quand l’information l’est aussi. C’est qui le Patron ? en apporte la preuve la plus directe : une marque qui affiche chaque mois le prix payé à l’éleveur — certifié Bureau Veritas — et qui progresse de +11,8 % de CA en 2025 quand le marché perdait 8 %. Duralex, repris in extremis par ses salariés en 2024, en apporte une autre : des milliers de consommateurs ont soutenu le rachat parce qu’ils savaient ce que représentait l’usine de La Chapelle-Saint-Mesmin. La demande existe. Ce qui manque, c’est l’information qui permet de la mobiliser — pas ponctuellement, mais structurellement, au rayon, sur chaque produit. Ce qui n’est jamais rendu visible ne peut pas être défendu.
Teisseire fabriquait ses sirops en Isère depuis le XVIIIe siècle. Le consommateur savait que c’était français. Il ne savait pas ce que c’était — ce que ça finançait, qui ça faisait vivre, combien d’emplois tenaient grâce à cette bouteille. Sans cette information, il n’avait aucun moyen de choisir autrement quand le prix importé est devenu moins cher. Même résultat que Brandt : rien dans le modèle économique ne rendait ces sites irremplaçables aux yeux du marché. Made in France dit où. Il ne dit pas quoi. Le premier Made in France — l’assemblage, l’origine — ne suffit pas. C’est le second qui manque.
Le problème n’est pas que les labels ont échoué. Le problème est que ni la réglementation ni les aides publiques ne leur ont jamais donné la force de marché qui aurait créé les filières irremplaçables. Des milliards de France 2030, d’aides à la relocalisation, de dispositifs ADEME ont financé des diagnostics et des investissements — sans conditionner ces aides à une trajectoire de contribution vérifiable, et sans donner au consommateur l’information pour choisir. L’argent public a soutenu l’existant. Il n’a pas créé le levier de demande qui aurait rendu la transformation irréversible. Et les acteurs qui ont construit la réponse — 30 ans pour Fairtrade, 30 ans pour le Bio/AB, 10 ans pour Planet Score — continuent de se battre à armes inégales contre des concurrents qui externalisent en silence. Pendant ce temps, Michelin publie l’un des rapports RSE les plus détaillés du secteur industriel français. Orange déploie ses services sur les territoires ruraux, sécurise les réseaux des collectivités, accompagne hôpitaux et administrations. Ce travail est réel, audité, en progression. Et le client qui achète un pneu ou règle sa facture ne voit rien. Pas parce que l’information n’existe pas — mais parce que le système n’est pas conçu pour la faire descendre jusqu’au rayon.
La réponse politique nettoie les labels sans changer le modèle
Yves Jégo a lancé Origine France Garantie en 2011 — certification garantissant que 50 % ou plus de la valeur ajoutée est produite en France. C’est une certification d’origine : elle répond à la question « où ? » mais pas à « quoi finance-t-on ? » ni « à qui va la valeur ? ». Son rapport remis au gouvernement en mai 2025 va plus loin : marquage d’origine obligatoire, harmonisation des 92 certifications, fin des allégations trompeuses. C’est nécessaire.
Vous tenez un pot de yaourt. Sur l’étiquette : les calories, l’origine France, le Nutri-Score. Ce que vous ne voyez pas : si l’éleveur a été payé au-dessus de son coût de production. Si les prairies reconstituent la biodiversité ou l’appauvrissent. Si cette laiterie maintient 40 emplois en Savoie ou si le lait vient d’Allemagne. Vous tenez un jean. Sur l’étiquette : la composition, le pays d’assemblage. Ce que vous ne voyez pas : si les ouvrières de la filière ont été payées au salaire vital. Si la teinture a pollué une rivière. Si la laine vient d’un élevage régénératif en Lozère ou d’un feedlot australien. Cette information n’est pas absente parce qu’elle n’existe pas. Elle est absente parce que personne n’est obligé de l’afficher.
Le règlement ESPR — Plan de Travail adopté en avril 2025 — structure notamment le Passeport Numérique Produit (DPP) obligatoire dès 2027. Le DPP intègre composition, origine, réparabilité, durabilité, empreinte carbone, accessibles via QR code. C’est l’infrastructure réglementaire la plus complète jamais construite sur les produits. Elle mesure le cycle de vie. Elle ne mesure pas la rémunération des producteurs, la contribution à la biodiversité, l’emploi territorial.
Les chiffres le disent sans ambiguïté. Sous PEF, le gigot de mouton élevé à l’herbe en France score 5 010 — contre 778 pour le poulet en batterie importé. Le PEF mesure des flux physiques par kilo produit : les rendements plus faibles des élevages extensifs font mécaniquement apparaître un bilan carbone plus élevé, indépendamment de leur contribution réelle à la biodiversité et aux sols. ADEME et INRAE le reconnaissent eux-mêmes (colloque Agribalyse 3.0, 2020) ; 14 organisations européennes dont Demeter, Fairtrade et Greenpeace l’ont écrit à la Commission en 2022 : le PEF « favorise les méthodes les plus intensives » (Food Policy Coalition, mars 2022).
La méthode officielle française va plus loin que le PEF : elle ajoute des compléments biodiversité reconnus même par l’OFB comme changeant « radicalement le message en comparaison avec la méthodologie du PEF » (OFB / ADEME, avril 2025). Progrès réel. Mais elle affiche un « coût en points » illisible — pas de note A→E. Elle ne couvre pas la rémunération des producteurs, la densité nutritionnelle, les conditions sociales. Et la consultation technique s’est terminée fin octobre 2025 : en avril 2026, la méthodologie officielle n’est toujours pas arrêtée. L’inertie a encore gagné.
Ce que les Français veulent savoir au moment d’acheter, ce n’est pas l’empreinte carbone — elle arrive en quatrième position des motivations, à 29 %. C’est d’abord si c’est bon pour leur santé (57 % : qualité des produits consommés), ensuite si le producteur est bien rémunéré et si les emplois sont dans leur territoire (59 % : soutien aux producteurs locaux), enfin si ce produit contribue à la biodiversité (En Vérité × Appinio, 2023, 1 000 répondants représentatifs). Santé, social, biodiversité — dans cet ordre. 51 % des consommateurs considèrent l’impact biodiversité comme le critère le plus important dans l’affichage environnemental, devant le climat à 43 % (Verian × Green Impact Index, octobre 2025).
Rien de tout ça n’est dans le DPP ni dans le PEF sous sa forme actuelle. En 60 ans, les 70 fruits et légumes les plus consommés ont perdu 48 % de fer et 27 % de vitamine C — conséquence directe de l’appauvrissement des sols (ANSES). L’absence de critères sociaux dans les scores actuels est explicitement documentée : conditions de travail, commerce équitable, impact sur les communautés locales restent largement ignorés (Cdurable / Verian, octobre 2025). C’est pourtant ce qui rend un territoire irremplaçable. C’est la différence entre un Made in France d’assemblage — qui protège le dernier geste, le moins cher à délocaliser — et un Made in France régénératif, qui rend visible la contribution réelle au territoire.
Les preuves existent déjà
Ce problème n’est pas propre à l’alimentaire. Sur 2,2 millions de vélos vendus en France en 2023, moins de 650 000 ont été assemblés ici — quasi-totalité des cadres vient d’Asie. Même diagnostic structurel que Brandt : le consommateur ne voit pas la différence entre un vélo assemblé en France avec des composants locaux et un vélo assemblé en Asie. Sans information visible, il n’a aucune raison économique de payer davantage. Ce qui est vrai pour le vélo l’est pour l’électroménager, le textile, l’alimentaire.
La filière France Vélo a construit la réponse avant le DPP. Le Cyclescore — développé avec l’ADEME et l’AFNOR, certifié par Rozo — note de A à E l’impact environnemental et les conditions sociales de fabrication. L’Indice France Vélo note de 2/5 à 5/5 la valeur créée en France. Jean Fourche affiche les deux : 5/5 et 5/5. La démonstration industrielle existe. La question est de la généraliser.
En alimentaire, la preuve est dans les comportements d’achat réels. En Vérité — qui développe des outils d’affichage multi-critères et mesure leur impact sur les intentions d’achat — l’a documenté : sans affichage, la marque leader profite du bénéfice du doute. Dès que l’information est visible, le rééquilibrage s’opère : C’est qui le Patron ? +11,8 % de CA en 2025 quand le marché bio GMS perd 8 % ; Biocoop +8,5 %, record historique (Circana / Bureau Veritas France, 2025 ; EY-Parthenon, 2025).
La demande est là. 59 % des Français consomment bio au moins une fois par mois, 35 % chaque semaine — en hausse dans toutes les catégories sociales y compris les revenus les plus faibles (Baromètre Agence Bio 2026, LObSoCo, 6 127 personnes). Ce n’est plus un marché de niche. La demande d’information contributive dépasse l’alimentaire : 78 % des consommateurs jugent l’affichage environnemental utile pour leurs achats, 64 % déclarent qu’il changerait leurs choix, et 65 % acceptent de payer jusqu’à 10 % de plus pour un produit dont la contribution est vérifiée (Verian × Green Impact Index, octobre 2025).
Mais l’offre n’est pas au niveau — et c’est Planet Score qui en apporte la preuve la plus solide. En notant 135 000 produits via l’application UFC-Que Choisir, il a rendu visible ce que personne ne voulait afficher : seulement 16 % des produits alimentaires sont dans le vert, 1 % seulement en A, 67 % en D ou E global. Sur la biodiversité : 90 % en C, D ou E — 95 % pour les produits contenant des ingrédients d’élevage. « Qui se soucie de la poule pondeuse derrière la mayonnaise, ou de la vache laitière derrière le cookie au beurre ? » L’amont agricole représente 85 % des résultats. La juste rémunération des agriculteurs est l’un des piliers de Planet Score depuis sa création (Planet Score, communiqué janvier 2026). La preuve que l’outil fonctionne — et que sans obligation, il reste invisible.
Ce qu’il faut maintenant
Le PEF classe les produits selon leur cycle de vie — avec le carbone comme indicateur souvent dominant dans les classements finaux. La CSRD mesure les performances ESG des grandes entreprises. Le DPP documentera la durabilité des produits via QR code dès 2027. L’affichage textile mesure l’impact environnemental multi-critères. Ces instruments sont utiles pour réduire les impacts négatifs — et le jean fast-fashion à 5 178 points contre 1 428 pour son équivalent Made in France en apporte la preuve. Mais la différence ne dit rien sur les emplois maintenus, la filière laine soutenue, les sols préservés. Afficher le coût, c’est dire « évitez celui-là ». Afficher la contribution, c’est dire « choisissez celui-là — et voici pourquoi ». Ce sont deux paradigmes différents. Aucun de ces instruments ne mesure la rémunération des producteurs, la contribution à la biodiversité, l’emploi territorial. La réglementation actuelle est entièrement dans le premier paradigme.
Sortir du tunnel carbone, c’est rendre visibles quatre indicateurs sur le produit — dans tous les secteurs. Rémunération : est-ce que celui qui produit vit de son travail — le paysan, l’ouvrier, l’artisan de la filière ? Biodiversité : est-ce que ce produit contribue à la biodiversité — pratiques agricoles régénératives, gestion forestière, filières textiles sans pesticides systémiques ? Emploi territorial : est-ce que ça maintient des emplois en France — dans la filière laine, dans l’usine verrière, dans la coopérative laitière, dans la scierie locale ? Qualité fonctionnelle intrinsèque : est-ce que ce produit est ce qu’il prétend être — durée de vie minimale garantie et réparabilité documentée en électroménager et textile, transformation nutritionnelle réelle en alimentaire (densité, absence de substances nocives), pas seulement l’empreinte carbone du process. Ces critères sont complémentaires aux impacts sur la filière : ils mesurent ce que le produit est, pas seulement ce qu’il produit autour de lui. Ces quatre indicateurs ont une caractéristique commune : ils ne peuvent pas être optimisés par la logistique ou l’emballage. Ils mesurent ce qui se passe dans la filière, au champ, à l’atelier. Le PEF ne mesure pas la rémunération, la contribution à la biodiversité ni l’emploi territorial. L’affichage textile officiel non plus. Le DPP intègre la qualité fonctionnelle — mais pas la rémunération des producteurs, la biodiversité au champ, l’emploi territorial.
Des dizaines de labels et scores ont déjà été construits par des acteurs indépendants. Pour chacune des quatre dimensions, des certifications de pratiques existent — vérifiées par des tiers indépendants. Sur la rémunération du producteur : Fairtrade (30 ans de recul) et Agri-Éthique certifient un prix garanti au-dessus du coût de production. Sur la contribution à la biodiversité : ROC certifie des pratiques régénératives qui intègrent biodiversité des sols, conditions sociales et filière ; Demeter certifie des pratiques biodynamiques qui augmentent les capacités du vivant — biodiversité, santé et liens humains ; GOTS certifie le textile bio sans pesticides systémiques. Sur l’emploi territorial : Cyclescore et l’Indice France Vélo rendent visible la valeur créée en France pour le vélo ; PEFC et FSC certifient la gestion forestière durable et l’emploi en filière bois — parquet, mobilier, charpente ; ATES certifie le tourisme équitable et son ancrage dans les territoires. Sur la qualité fonctionnelle : Nutri-Score a poussé Carrefour à reformuler 1 200 produits par an (Pierre Chandon, INSEAD / EDHEC, mars 2026) ; Clear Fashion A→E couvre 150 critères sociaux et environnementaux en textile. Planet Score note l’ensemble du marché alimentaire sur biodiversité, pesticides et rémunération agriculteurs — rendant comparable ce que personne ne voulait afficher. Ces certifications prouvent la contribution concrète — ce que le produit fait au territoire, à la filière, au sol. Les outils de notation comme Planet Score et Nutri-Score prouvent que la demande répond quand l’information est visible : les scores A→E surpassent tous les autres formats pour changer l’achat réel (OECD, 2025). Quand Origin’Info, Nutri-Score et Planet Score sont affichés ensemble, les intentions d’achat sont multipliées par près de 20 (En Vérité, 2024). Les deux niveaux se complètent.
Ce que nous demandons repose sur un principe : la réglementation doit reconnaître les certifications de pratiques vérifiées par des tiers indépendants — sur la rémunération du producteur, la biodiversité, les conditions sociales, l’emploi territorial — et leur donner force de marché. Pas une nouvelle mesure d’impact. Une obligation d’affichage de ce qui est déjà certifié par des cahiers des charges exigeants : ROC, Fairtrade, Demeter, Agri-Éthique, GOTS, PEFC, FSC, Clear Fashion, Cyclescore. Sur cette base, trois demandes. Premièrement : rendre obligatoires les scores graduels dans leur périmètre — Nutri-Score sur tous les produits alimentaires, Planet Score sur l’offre en rayon, Clear Fashion et Cyclescore dans leurs secteurs. Quand un score graduel existe et fonctionne, le rendre facultatif revient à protéger ceux qui externalisent leurs coûts. Deuxièmement : donner force réglementaire aux certifications qui prouvent la contribution — et les articuler avec les outils de notation qui rendent le marché comparable. Donner force réglementaire aux certifications qui prouvent la contribution — ROC, Fairtrade, Demeter, Agri-Éthique, GOTS, PEFC, FSC, ATES — et construire des certifications équivalentes pour les secteurs industriels qui n’en ont pas encore. Troisièmement : porter ces standards dans les négociations européennes en cours — révision du PEF, DPP, affichage alimentaire post-Green Claims. La bataille se joue à Bruxelles autant qu’à Paris. Le DPP arrive en 2027 : c’est le moment d’y intégrer la reconnaissance des certifications de pratiques contributives — avant que l’architecture soit figée. Pour le consommateur : l’affichage lui donne les moyens de financer ce qu’il veut financer. Pour l’industrie vertueuse : l’affichage rétablit une concurrence loyale. Pour les territoires : une usine dont la contribution est visible est une usine défendable.
Le programme France 2030, les aides à la relocalisation, les labels Origine France Garantie — tout cela est réel et nécessaire. Mais aucun de ces dispositifs ne conditionne les aides à la visibilité de la contribution, ni ne donne au consommateur un outil pour choisir, au rayon, le produit qui ancre un emploi en Isère plutôt qu’en Ukraine. Sans affichage de la contribution réelle des produits, la réindustrialisation reste une politique de l’offre sans levier de demande. Dans un monde où les tensions commerciales mondiales, les surcapacités de production et l’instabilité géopolitique se cumulent, une usine dont le consommateur ne voit pas la contribution ne survivra pas au prochain choc.
Cette bataille se joue rarement frontalement
Le paquet Omnibus (Commission européenne, février 2025) — en cours d’adoption — réduit le périmètre CSRD — moins d’entreprises concernées, moins d’indicateurs, délais repoussés. Paradoxe : dans le même temps, 67 % des entreprises soumises à la CSRD y voient une opportunité de repenser leur résilience, pas une contrainte (Tennaxia, 2025). Le reporting progresse en interne — mais il reste dans les rapports annuels, pas au rayon.
La Green Claims Directive devait encadrer les allégations environnementales et sociales sur les produits — une logique qui aurait pu mettre en danger des outils comme Planet Score, dont les notations indépendantes n’auraient pas nécessairement passé le filtre réglementaire. Elle a finalement été retirée sous pression industrielle — pour d’autres raisons. Chaque brique reste désormais isolée : le reporting sans vérification au rayon, le DPP sans cadre d’opposabilité des allégations. C’est le même mécanisme qui a enterré le Nutri-Score obligatoire : 150 études scientifiques, 17 réunions de la Commission avec les lobbies industriels, 2 avec la société civile. Enterré à Bruxelles. En France, le Sénat l’a rejeté en décembre 2025 à 212 voix contre 117. En avril 2026, la proposition de loi n° 2599 — déposée le 27 mars 2026, présentée le 8 avril à l’Assemblée nationale par Sandrine Runel et 50 députés issus de 8 groupes parlementaires — vise à rendre le Nutri-Score obligatoire sur les produits alimentaires et les supports publicitaires, avec une taxe de 2 % sur le CA des entreprises qui refuseraient d’afficher. Le gouvernement la soutient. 94 % des Français y sont favorables. Un compromis a été accepté : les produits AOP/AOC/IGP en sont exemptés — autrement dit, les labels d’origine qui répondent au ‘où’ échappent au score qui répond au ‘quoi’. C’est exactement la tension entre les deux Made in France que décrit cette tribune. La demande politique et citoyenne est là. La question est de savoir si l’inertie gagnera encore.
C’est une rente informationnelle. L’industriel qui externalise ses coûts — sur les sols, sur la santé, sur le territoire — a plus à perdre d’un affichage que celui qui les internalise. Sans obligation, le bénéfice du doute revient toujours au leader de marché. Les fédérations qui ont bloqué le Nutri-Score à Bruxelles (FoodDrinkEurope, via le lobbying des industries agroalimentaires européennes) et celles qui bloquent l’affichage alimentaire en France ne défendent pas des PME — elles défendent une rente : le droit de ne pas comparer. Ce mécanisme n’est pas propre à l’alimentaire. Il vaut pour le textile, l’électroménager, tous les secteurs où rendre visible la contribution réelle créerait un classement défavorable aux acteurs qui optimisent leurs coûts en externalisant.
En France, la méthodologie officielle de l’affichage alimentaire multi-critères n’est toujours pas arrêtée en avril 2026. Planet Score compte 300 marques et 135 000 produits analysés — sans statut officiel, sans obligation, sans calendrier. Les industriels qui affichent peu sur leur contribution réelle aux filières, aux sols et aux territoires ont tout intérêt à ce que l’inertie continue. Brandt aurait classé très bas. Beaucoup de Made in France assemblage aussi. La même inertie bloque l’affichage textile et l’extension du Cyclescore à d’autres filières industrielles.
La bataille n’est pas perdue par les labels. Elle est gagnée par l’inertie.
C’est pourquoi Nous Sommes Vivants rassemble les acteurs qui ont déjà construit la réponse — porteurs de labels et scores, marques qui les affichent, distributeurs qui les ont intégrés en rayon — pour porter cette demande publiquement le 12 juin 2026 à Paris, lors des Lauriers de la Régénération, et la remettre aux ministères concernés — Agriculture, Industrie, Commerce.
Le prochain Teisseire partira. Le prochain Jean Fourche sera racheté par un fonds qui ne voit pas la filière. Le prochain Duralex n’aura pas de salariés pour le reprendre. Et personne n’aura eu les moyens de choisir autrement — parce que rien de ce qui compte pour les producteurs, les territoires et les consommateurs ne sera visible au rayon.
Les Lauriers de la Régénération — 11 et 12 juin 2026, Paris
Le 12 juin 2026, les Lauriers de la Régénération rassemblent les acteurs qui ont rendu leur contribution visible et vérifiable — porteurs de labels et scores, marques, distributeurs. C’est là que cette tribune sera portée publiquement avec les co-signataires réunis et remise aux ministères concernés. Les certifications que nous défendons sont déjà sur des produits en rayon : Planet Score sur 135 000 références alimentaires, Clear Fashion sur des milliers de marques textiles, Cyclescore sur les vélos Jean Fourche, C’est qui le Patron ? sur des millions de briques de lait dont le prix payé au producteur est affiché et certifié, PEFC et FSC sur parquets, meubles et papiers. Ce n’est pas une utopie. Ce qui manque encore, c’est la reconnaissance réglementaire.
55 lauréats sur deux éditions ont déjà prouvé que la contribution régénérative est viable économiquement. Voici ceux qui, dans chaque secteur, ont rendu leur contribution visible — avec les certifications qui le prouvent.
🌾 Alimentaire
| Lauréat | Certification | Contribution clé |
|---|---|---|
| C’est qui le Patron ?! × LSDH | Bio AB · Prix producteur garanti · certifié Bureau Veritas mensuel | Rémunération producteur vérifiée chaque mois · 15 M consommateurs |
| OMIE | Planet Score AAAA · Bio AB | 1 % CA → 200 producteurs · traçabilité totale · QR code filière |
| Jardins de Gaïa | Bio AB · Bio Entreprise Durable · Commerce Équitable (Biopartenaire) | 20 000+ familles · 14 pays · conditionné à la main en Alsace |
🌱 Filières agricoles
| Lauréat | Certification | Contribution clé |
|---|---|---|
| Nectar Oléiculture | Bio AB · agroforesterie certifiée | 1 000 ha bio-régénératif · 7 km de haies · 650 nichoirs · Occitanie |
| La Ferme du Valentin | Planet Score AAAA · Bio AB · Entreprise à Mission | Micro-laiteries en ferme · fontaines à yaourt · objectif 200 emplois |
| Les Compagnons du Miel | Bio AB · Commerce Équitable France (Biopartenaire) | 210 apiculteurs · 1er miel bio-équitable certifié en France |
🌸 Cosmétique & ingrédients
| Lauréat | Certification | Contribution clé |
|---|---|---|
| Expanscience — TULSINITY® | ROC · Fair for Life · bio certifié (Inde) | 5 100 ha · 3 800 agriculteurs · 1er actif cosmétique triple certifié |
| LÉA NATURE / SO’BiO étic | ISO 26000 Excellence · Green Impact Index A · Fonds FICUS | 502 M€ · 22 sites en France · capital transmis à fondation · 2 000 collaborateurs |
👕 Textile & mode
| Lauréat | Certification | Contribution clé |
|---|---|---|
| Laines Paysannes | Bio AB · SCIC à lucrativité limitée | ~1 000 brebis Tarasconnaises · transhumance · transformation dans un rayon de 350 km |
| Picture Organic Clothing | Clear Fashion 86/100 · matières recyclées certifiées · B Corp fournisseur principal | 80 % matières recyclées/bio · garantie 2 ans · réparation · location |
| Royal Mer | Laine vierge tracée · zéro fibre synthétique · garantie à vie | Pull garanti à vie · abandon fibres synthétiques · savoir-faire transmis sur 3 générations |
🍷 Vins & viticulture
| Lauréat | Certification | Contribution clé |
|---|---|---|
| Château Galoupet (LVMH) | ROC · Bio AB · Natura 2000 | 69 ha vignes + 77 ha forêt Natura 2000 · hydrologie régénératrice |
| Vins Oé | Bio · B Corp | 0 labour · haies agroforestières · réintroduction espèces · bouteille consignée |
⚡ Énergie
| Lauréat | Certification | Contribution clé |
|---|---|---|
| elmy | VertVolt ADEME · Société à Mission | 130 M€ · 350 GWh · achat conjoint énergie + garanties d’origine · 100 % français |
🏗️ Architecture & foncier
| Lauréat | Certification | Contribution clé |
|---|---|---|
| ETIC | Finance solidaire · Entreprise à Mission | 65 M€ · friche → tiers-lieu · consommation énergie 5× inférieure à la moyenne |
🏕️ Tourisme
| Lauréat | Certification | Contribution clé |
|---|---|---|
| Éco-Domaine La Fontaine | Bio · pratiques régénératives | 12 ha · autonomie hydrique et alimentaire · séjours régénératifs viables |
Co-signer la tribune
Porteurs de labels et scores · Marques · Distributeurs. Date limite : 30 mai 2026.
Contact : jeremy@noussommesvivants.co

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