Mobilisons-nous pour que le consommateur puisse choisir le made in france qu’il finance

Mobilisons-nous pour que le consommateur puisse choisir le Made in France qu'il finance

En 2025, la France a perdu 63 usines — 179 fermetures pour 116 ouvertures, le pire solde depuis 2013 (Trendeo). Brandt liquidé, Teisseire délocalisé, Duralex sauvé in extremis par ses salariés : trois marques que le consommateur savait françaises, sans savoir ce qu’elles tenaient. Deux Made in France coexistent. Le premier atteste un lieu d’assemblage — le dernier geste, le moins cher à délocaliser — et il est inscrit dans la loi. Le second — le Made in France contributif — rend visible ce que la production fait vivre : la rémunération du producteur, la biodiversité, l’emploi sur le territoire, la qualité du produit. Son affichage reste facultatif. Les outils du second existent pourtant déjà : Nutri-Score, Bio AB, MSC, PEFC, FSC, Fairtrade, Planet Score, Clear Fashion, GOTS, Cyclescore, ATES. Ce qui manque, c’est la décision de rendre leur affichage obligatoire — et la coalition qui la demande.

Produire en France est une chose ; contribuer à la France en est une autre. Et le consommateur soutient ce qu’il peut voir.

Deux produits français : l'un compétitif (assemblé ici, matières d'ailleurs, emplois fragiles, prix le plus bas), l'autre régénératif (toute la chaîne, nature régénérée, emplois bien rémunérés, prix juste)

Ce texte est le manifeste du Made in France contributif, porté publiquement par Nous Sommes Vivants lors des Lauriers de la Régénération, le 12 juin 2026, et remis aux ministères de l’Agriculture, de l’Industrie et du Commerce. Il poursuit l’Appel du 18 juin pour le vivant, lancé aux Lauriers 2025 et formulé en janvier 2026 dans un plaidoyer pour une politique de l’entreprise au service de la régénération du vivant. La page de lancement en pose le cadre : ce que contribuer veut dire, les quatre demandes et leurs destinataires.

Made in France : l’étiquette dit où, jamais ce que la production apporte

Décembre 2025. Le tribunal de commerce prononce la liquidation de la chute de Brandt — 750 postes. À quelques rues de là, Shein ouvre son premier magasin permanent au BHV, au cœur de Paris : d’un côté une usine française qui ferme, de l’autre l’ultra-fast-fashion importée qui s’installe en vitrine. Brandt était Made in France, le consommateur le savait, et il a acheté moins cher. Teisseire fabriquait ses sirops en Isère depuis le XVIIIe siècle : même issue. Ce que ces étiquettes ne disaient pas, c’est combien de sous-traitants dépendaient de ces usines, quels emplois et quels savoir-faire tenaient grâce à elles, quelle valeur restait sur le territoire.

Le point aveugle de la réindustrialisation

C’est le point aveugle de la réindustrialisation. Produire en France est un objectif partagé — souveraineté, emplois, compétences qui se transmettent. Mais la mention apposée sur le produit atteste un lieu de transformation, et s’arrête là. Ce que la production fait vivre en emplois et en qualifications, ce qu’elle paie au producteur et à l’ouvrier, ce qu’elle laisse aux sols, à l’eau et à la biodiversité du territoire : tout cela reste hors de l’étiquette. Made in France dit où. Il ne dit pas ce que la production apporte à la France.

Cet écart devient décisif au moment de demander une préférence. Quand une marque la sollicite auprès du consommateur au nom du made in France, quand une filière sollicite un soutien public au même titre, la question posée est celle de la France dans laquelle nous habitons : ses emplois, ses savoir-faire, la rémunération de ceux qui produisent, l’état de ses sols et de ses paysages. Un drapeau sur un emballage laisse chacune sans réponse — et c’est pourtant sur cette base que se distribuent l’achat, l’aide et la commande publique.

Ce que les Français cherchent, et ce qu’ils en font

Les Français, eux, savent ce qu’ils cherchent. Le soutien aux producteurs locaux motive 59 % des acheteurs qui veulent connaître l’origine d’un produit, la confiance dans sa qualité 57 %, loin devant l’empreinte carbone à 29 % (En Vérité × Appinio, 2023, 1 000 répondants représentatifs). Et sur l’affichage environnemental, 51 % placent la biodiversité en tête, devant le climat à 43 % (Verian × Green Impact Index, octobre 2025). La santé, le revenu du producteur, l’emploi, la biodiversité : quatre attentes, toutes absentes du rayon.

Ces attentes se traduisent en actes, et elles résistent à la pression sur le pouvoir d’achat. Six Français sur dix consomment bio au moins une fois par mois, un tiers chaque semaine — en hausse dans toutes les catégories sociales, y compris les revenus les plus faibles (Baromètre Agence Bio 2026, LObSoCo, 6 127 personnes). La même enquête Verian mesure ce qu’ils feraient d’un affichage : 78 % le jugent utile, 64 % déclarent qu’il changerait leurs choix, et 65 % accepteraient de payer jusqu’à 10 % de plus pour un produit dont la contribution est vérifiée.

Rendue publique, cette information mobilise. Duralex, l’usine de verre made in France en donne la preuve. En août 2024, les 243 salariés de l’usine de La Chapelle-Saint-Mesmin reprennent leur outil de travail en SCOP — deux tiers d’entre eux y mettent entre 500 et 2 000 euros de leur poche. Quinze mois plus tard, une levée citoyenne sur la plateforme Lita récolte 20 millions d’euros d’intentions d’investissement en 48 heures, portées par plus de 13 000 particuliers, ticket moyen 900 euros — quatre fois l’objectif. Ces gens défendaient autre chose qu’une mention d’origine : ils savaient ce que cette usine tenait — des emplois, un savoir-faire verrier unique en Europe, un bassin industriel dans le Loiret, et des verres trempés qui durent vingt-cinq ans quand un verre ordinaire en tient trois. Il aura fallu six dépôts de bilan et une reprise par les salariés pour que cette information devienne publique. Aucune étiquette ne la portait. On défend ce qu’on voit — encore faut-il le voir à temps.

Nutri-Score, Green Claims, CSRD : la comparaison recule à chaque échéance

Deux sources documentent déjà ce qu’une production fait vivre, et l’acheteur n’en voit ni l’une ni l’autre au moment de choisir. La première porte sur l’entreprise : le rapport de durabilité, publié chaque année. Michelin publie l’un des rapports RSE les plus détaillés de l’industrie française — la durée de vie de ses pneus, la consommation de ses usines, ses fournisseurs audités. Orange documente le déploiement en zone rurale, la sécurisation des réseaux des collectivités, l’accompagnement des hôpitaux. Ce travail est réel, audité, en progression. Et tout cela s’arrête au document : la donnée est normée, vérifiée par un tiers, et elle dort dans un rapport que personne ne consulte au moment d’acheter.

La seconde porte sur le produit, et celle-là se lit en rayon : le label. Il prescrit des pratiques, un tiers les contrôle, le logo les atteste. Mais un logo que personne ne sait lire reste un dessin sur un emballage. Ce qui manque est ailleurs : la réglementation et les aides publiques restent à adosser à ces labels, pour construire des filières irremplaçables. Des milliards de France 2030, d’aides à la relocalisation, de dispositifs ADEME ont financé des diagnostics et des investissements, en laissant de côté la seule condition qui aurait tout changé : une trajectoire de contribution vérifiable. L’argent public a soutenu l’existant ; le levier de demande qui aurait rendu la transformation irréversible reste à construire.

Afficher sur le produit ce qu’une production fait vivre, c’est donner à l’acheteur de quoi choisir — et du même coup classer les produits entre eux. Deux pots côte à côte deviennent comparables, et l’un passe devant l’autre. L’intérêt varie donc selon les acteurs : l’industriel qui externalise ses coûts — sur les sols, sur la santé, sur le territoire — a plus à perdre d’un affichage que celui qui les internalise. Ce qu’il défend, au fond, c’est le droit de ne pas comparer. Une étiquette muette est une prime au moins-disant : celui qui presse ses fournisseurs et celui qui les rémunère arrivent en rayon avec le même drapeau, au même prix, et le bénéfice du doute revient au leader de marché.

Nutri-Score : la science valide, la politique attaque

Le Nutri-Score en donne la démonstration la plus nette. La science le valide — plus d’une centaine d’études —, la politique l’attaque pied à pied. Lactalis, opposé de longue date au dispositif, a saisi le Conseil d’État contre l’arrêté de mars 2025 qui durcit le calcul — l’affaire est désormais renvoyée devant la Cour de justice de l’Union européenne, ce qui peut geler le système pendant des années. Danone a retiré le logo de certains yaourts, Kellogg’s de plusieurs céréales — précisément après la révision qui dégradait leur note. Le schéma se répète : on quitte le score le jour où il note mal.

Le terroir a servi d’argument. Au nom des « produits traditionnels » menacés, le Sénat a d’abord exempté les AOP, AOC et IGP du Nutri-Score, avant d’écarter l’obligation pour les autres catégories. Or ces signes de qualité relèvent largement de filières industrielles : quelques grands groupes, dont Lactalis et Savencia, contrôlent l’essentiel des volumes de Roquefort et d’autres AOP. Autrement dit : un repère d’origine a servi à faire échapper des industriels à un repère de qualité. Le « où » contre le « quoi ».

Le procédé est toujours le même. Un dispositif de comparaison est annoncé ; ceux qui y perdraient invoquent un motif légitime — la défense du terroir, la charge qui pèse sur les petites entreprises ; le dispositif est reporté, exempté ou retiré. Le refus de comparer reste ainsi indicible : il suffit de demander que la comparaison arrive plus tard, et elle arrive toujours plus tard.

Green Claims et Omnibus : deux reculs européens

Bruxelles en offre deux cas en deux ans. La Green Claims Directive devait exiger une vérification indépendante avant toute allégation environnementale — ce qui aurait assaini un marché où plus de la moitié des allégations trompent, selon la Commission, et aligné l’Europe sur le cadre français issu de la loi Climat et Résilience, que la France défendait. Le 18 juin 2025, le groupe PPE écrit à la Commission pour demander le retrait du texte. Le 20, elle annonce son « intention de retirer », trois jours avant le trilogue final. Le motif invoqué : l’extension du périmètre aux micro-entreprises — trente millions en Europe —, contraire à son agenda de simplification. Quelques heures plus tard, elle précise qu’elle porterait encore le texte si ces entreprises en sortaient. Rien n’a été formellement retiré ; les négociations sont suspendues, et c’est tout comme.

Puis le paquet Omnibus a réduit le périmètre de la CSRD — seuil d’assujettissement relevé, nombre d’indicateurs abaissé, délais repoussés. Même motif que pour Green Claims : la charge qui pèse sur les entreprises. Les intéressées disent l’inverse — 67 % de celles qui y sont soumises voyaient dans ce reporting une occasion de gagner en résilience plutôt qu’une contrainte (Tennaxia, 2025). Deux tiers des assujetties y trouvent donc leur compte : ce qui se joue ici oppose des fédérations à leurs propres membres. Or c’est précisément cette donnée qui pourrait descendre sur l’étiquette : normée, auditée par un tiers, elle couvre le climat, l’eau, la biodiversité et les conditions de travail. En réduire le périmètre revient donc à tarir la source de l’affichage avant qu’elle ait servi.

Quatre dossiers, une même conséquence : la comparaison recule. Elle est pourtant à portée — des outils indépendants notent déjà des dizaines de milliers de produits, et il suffirait qu’une obligation s’appuie sur eux. Le jour où elle viendra, Brandt classerait très bas, et beaucoup de Made in France d’assemblage avec lui. C’est cette révélation-là que les fédérations repoussent — au nom de tous leurs membres, dans l’intérêt de ceux qui classeraient le plus bas.

Affichage environnemental : les entreprises qui relèvent leurs référentiels

Des entreprises ont engagé leur capital, leurs contrats et leurs cahiers des charges dans une trajectoire RSE, et elles attendent depuis des années que ce travail devienne lisible. Leur reporting de durabilité contient déjà ce que l’affichage demanderait — climat, eau, biodiversité, conditions de travail dans la chaîne de valeur —, mesuré, audité, et payé par elles.

Leur engagement se prend à chaque étape, et chacune conditionne la suivante. Dans les statuts — société à mission, B Corp, fondation actionnaire : la finalité est écrite, soumise à un contrôle, et elle survit au changement de dirigeant. Dans le pilotage — une mesure conduite au-delà de ce que la loi exige, en double matérialité : sans elle, la finalité reste une intention. Dans la chaîne de valeur d’un produit — des contrats longs, un prix qui couvre les coûts de production, des cahiers des charges audités chez les fournisseurs de ce produit : c’est là que l’engagement devient coûteux, et c’est déjà l’offre qui se joue. Et dans l’innovation — incarner tout cela dans un produit dont la contribution se tient, et l’attester par un label sur l’étiquette. La bascule vers la contribution est une innovation produit en conception régénérative : on régénère par une offre qui se vend, pas par un engagement qui se déclare.

dix analyses d’entreprises au Capacity Score — de C’est qui le Patron ?! à Michelin, de Patagonia à Danone —, et le même décrochage revient. La finalité se pose vite : elle s’écrit dans les statuts, elle se contrôle. Le pilotage suit : les données existent, elles sont auditées. C’est l’offre qui reste en arrière. Michelin audite 201 indicateurs et fait durer ses pneus plus longtemps — ce qui réduit la matière extraite, sans renforcer les écosystèmes ni les gens de ses filières. Patagonia tient un modèle de gouvernance et vend toujours du volume. Celles qui basculent sont celles dont le produit renforce l’écosystème et ceux qui l’habitent : des sols qui retiennent l’eau, une biodiversité qui revient, des producteurs qui vivent de leur travail, un aliment sans résidus. Un emploi et un salaire sont le socle ; ce qu’une production fait aux écosystèmes et à la santé de ceux qui la produisent et la consomment se décide également, cahier des charges en main. Ce sont les mieux situées de nos analyses.

Un engagement qui se paie d’avance

Cette bascule se paie, et elle se paie d’avance. Financer la conversion d’une ferme, sécuriser un volume sur cinq ans, relocaliser une transformation : le retour vient des années plus tard, et il suppose de tenir entre-temps. Le reporting leur sert à piloter cette trajectoire. Ce qui manque, c’est le dernier mètre : que l’acheteur voie, sur l’étiquette, ce que ces années d’investissement ont produit. Aujourd’hui le coût est porté et le bénéfice s’arrête au rapport.

Ce qu’elles demandent, c’est de la lisibilité — et elles la construisent elles-mêmes. Relever le cahier des charges d’un label, c’est relever le plancher de toute une filière. Le geste coûte à celui qui l’engage : il réduit l’écart qui le distinguait, et l’oblige à progresser encore pour le reconstituer. Il se fait quand même, parce qu’un label que toute une filière atteint devient un label que le marché reconnaît. Ce que le pionnier y perd, un score gradué le lui rend : le label dit qu’un seuil est franchi, le score dit de combien on le dépasse.

Ce chantier se mène à plusieurs. Porteurs de labels, organismes certificateurs, fournisseurs, concurrents parfois : le référentiel s’écrit autour d’une table où chacun engage ce qu’il tiendra. C’est le principe des Regenerative Circles que nous animons — réunir les acteurs d’une filière ou d’un territoire pour poser ensemble ce que chacun peut engager. C’est ce travail-là que la puissance publique peut reconnaître et amplifier.

Réparateur ou régénératif : ce que le label atteste

Reste à savoir ce que ces labels attestent au juste, parce qu’ils ne disent pas tous la même chose. Sur l’étiquette, deux niveaux de contribution se distinguent, et ils portent sur des échelles différentes. Un label réparateur atteste qu’un dommage a été réparé, un seul à la fois. Un label régénératif atteste que l’écosystème et ceux qui l’habitent se renforcent ensemble — les sols et l’eau, les gens qui y produisent, l’économie qui les tient.

Deux niveaux de contribution, sur l’étiquette

NiveauSur les écosystèmes, les gens, l’économie, le territoireLabelsCe que le label prescrit
Réparateur — N3Un seul des quatre rétabli, les autres au niveau réglementaireFairtrade, Agri-Éthique, GOTSRamener à son état antérieur ce qui a été dégradé : un prix qui couvre à nouveau les coûts, une eau rendue propre avant rejet
Régénératif — N4Les quatre ensemble, dans un seul référentiel : santé des sols, cycles de l’eau, biodiversité, bien-être animal, juste rémunération des producteursRegenerative Organic Certified, Demeter, Nature & ProgrèsAugmenter les capacités du vivant humain et non humain dans les écosystèmes où la production a lieu

La certification auditée est une voie ; une seconde mène au même niveau, et elle vaut dans chaque secteur. Dans l’alimentaire, c’est le quadruple A ouvert par Biocoop : logo AB, Nutri-Score A, Planet Score A, Origin’Info. Dans le textile, c’est un cahier des charges bio certifié GOTS cumulé à un Fashion Score élevé — Picture Organic à 73 sur 100 sur sa veste primée aux Lauriers. Le principe est le même : viser les notes hautes, et les afficher ensemble. C’est ce que l’obligation d’affichage rendrait accessible à toute une filière, là où la certification demande un audit que peu de producteurs peuvent financer.

Où en êtes-vous vraiment sur cette trajectoire ?

Le Capacity Score évalue votre capacité à tenir vos trajectoires RSE, innovation et business — six leviers passés au crible, et celui qui freine l’ensemble. Il situe sans classer, et n’impose jamais d’atteindre le niveau régénératif : restaurer est un aboutissement stratégique pour beaucoup d’activités. Gratuit, 38 questions, avec un rapport à poser sur la table d’un comité.

Faire mon diagnostic

Agriculture régénérative : les quatre murs nommés par les filières

Nous avons mis ces acteurs autour d’une table. Le Regenerative Circle Agri a rassemblé une trentaine de participants de sept secteurs sur deux sessions : Oé, le Château Galoupet, Biosphères et Tokilia pour la laine, puis Decathlon, Bjorg, L’Oréal, LVMH Recherche, Chargeurs Luxury Fibers, Vergers Boiron, Carbone 4. Producteurs, transformateurs, marques et distributeurs — les maillons qui se renvoient d’ordinaire le problème.

Quatre murs sont ressortis, et ils se répondent. Le mur du référentiel : aucune définition partagée du régénératif, un ROC qui existe mais reste peu reconnu en France, et le risque que le terme se dilue au point de dévaloriser les pionniers. Le mur économique : les coûts sont immédiats, les bénéfices différés, et personne ne sait qui finance la transition sans la faire porter au producteur ou au consommateur. Le mur du producteur : les agriculteurs sont sollicités par de multiples donneurs d’ordre, chacun avec son questionnaire et son cahier des charges. Le mur du rayon : revendiquer un travail régénératif sans surpromesse, et expliquer simplement des pratiques complexes.

Sur le référentiel et sur le rayon, la sortie est la même : les labels et les scores comme leviers de bascule, avec la certification ROC comme passage au niveau régénératif. Un label prescrit et fait auditer ; un score note et gradue. Les deux rendent une pratique opposable : les afficher, c’est faire tomber le premier mur et le dernier d’un même geste. L’état des filières bio régénératives en France le montre secteur par secteur.

Cyclescore, Planet Score : des scores gradués, et ce qu’ils doivent noter

Un score ajoute deux choses au label : il nomme des indicateurs, et il les gradue. Le vélo en donne la démonstration. Sur 2,2 millions d’unités vendues en France en 2023, moins de 650 000 ont été assemblées ici, et rien en rayon ne distingue un vélo à composants locaux d’un vélo venu d’Asie. La filière France Vélo a bâti sa réponse avec l’ADEME et l’AFNOR : le Cyclescore note l’impact environnemental et les conditions sociales de fabrication, de A à E ; l’Indice France Vélo note la valeur créée en France, de 2/5 à 5/5. Jean Fourche affiche 5/5 et 5/5. Un label aurait dit qu’un seuil est franchi ; ces deux scores disent de combien ce vélo dépasse les autres, et sur quoi. C’est la différence entre savoir qu’un produit est conforme et savoir où il se situe.

Ce que ces scores notent, les Français le réclament. Sur les 580 références que Biocoop, première note RSE des enseignes françaises a passées au Planet Score, la biodiversité, le climat, les pesticides et le bien-être animal sont notés séparément, chacun sur sa propre échelle. Le soutien aux producteurs, la qualité du produit, l’état des écosystèmes — ce que les Français citent en premier — devient lisible d’un coup d’œil, sur la face avant d’un emballage. Et un score gradué oriente la conception autant qu’il informe l’acheteur. Picture Organic et le Fashion Score affiche depuis 2024 le Fashion Score de chaque vêtement sur sa fiche produit, au même niveau que le prix, et se sert de cette note comme point de départ de la collection suivante : sa collection automne-hiver 2025-2026 atteint 76 sur 100, soit 38 % au-dessus de la moyenne des trois cents marques notées. La valorisation ne récompense pas seulement l’effort déjà fait : elle oriente l’effort à venir.

Cette lisibilité déplace les ventes. l’étude En Vérité sur l’affichage textile le chiffre : pris isolément, chacun de ces repères change peu de chose ; affichés ensemble, origine, qualité nutritionnelle et impact environnemental multiplient par près de vingt les intentions d’achat des marques les mieux notées. La graduation rend la comparaison possible, et la comparaison renverse le réflexe du prix. C’est ce qu’un affichage facultatif empêche : tant que la moitié des produits reste muette, il n’y a rien à comparer, et le multiplicateur ne joue pas.

L’angle mort des scores, et l’état de l’offre

Ces scores ont pourtant leur angle mort. Le Planet Score note la biodiversité, le climat, les pesticides et le bien-être animal ; la rémunération du producteur et l’emploi tenu sur le territoire y échappent, comme au Nutri-Score et à la méthode officielle. Clear Fashion comprend un volet social dans le textile, sans noter ce qui revient au producteur. Seul le vélo a construit un indicateur de valeur créée en France — et l’offre notée, elle, reste loin du compte. Planet Score a noté 135 000 produits via l’application UFC-Que Choisir : 16 % des produits alimentaires sont dans le vert, 1 % en A, 67 % en D ou E, et 90 % en C, D ou E sur la biodiversité. L’outil existe, il est déployé, et il reste facultatif. Les scores A→E surpassent pourtant tous les autres formats pour changer l’achat réel (OECD, 2025).

Les quatre indicateurs à noter

Sortir du tunnel carbone demande quatre indicateurs. Ils couvrent la chaîne de valeur entière, du champ au rayon, et ils relient celui qui produit à celui qui achète. Rémunération : celui qui produit vit-il de son travail — le paysan, l’ouvrier, l’artisan ? Biodiversité : sa production laisse-t-elle les sols et les espèces en meilleur état — pratiques régénératives, gestion forestière, filières sans pesticides systémiques ? Emploi territorial : maintient-il des emplois en France — dans l’usine verrière, la coopérative laitière, la scierie locale, l’atelier textile ? Qualité du produit : chaque secteur a une qualité qui décide de l’essentiel, et presque aucune n’est certifiée — le degré de transformation en alimentation, la durabilité physique en textile, la durée de vie et la réparabilité sur les équipements. Chacun se décide en amont : un contrat, un cahier des charges, un lieu de production — des choix faits avant la première unité vendue. C’est ce que les scores existants doivent apprendre à noter.

Les quatre sont déjà mesurés et certifiés, et le plus souvent par plusieurs outils à la fois. Rémunération : Fairtrade et Agri-Éthique certifient un prix garanti au-dessus du coût de production ; ATES fait de même dans le tourisme. Biodiversité : le ROC certifie des pratiques régénératives qui intègrent les sols, les conditions sociales et la filière ; Demeter des pratiques biodynamiques qui augmentent les capacités du vivant ; le Planet Score la note de A à E. Emploi territorial : l’Indice France Vélo pour le vélo, PEFC et FSC pour le bois. Qualité du produit : le Nutri-Score, qui a poussé Carrefour à reformuler 1 200 produits par an (Pierre Chandon, INSEAD / EDHEC, 2026), et Clear Fashion, qui note 150 critères de A à E en textile.

Les deux familles se complètent. Un label atteste qu’un seuil est franchi et fait preuve là où la graduation manque ; un score dit de combien ce seuil est dépassé. Les uns comme les autres se lisent comme les jalons d’une trajectoire, plutôt que comme des verdicts.

Loi fast-fashion : freiner Shein ou favoriser le textile responsable

Revenons au BHV. Sept mois après l’ouverture, plus d’une centaine de marques ont quitté le grand magasin — A.P.C., Armor Lux, Le Slip Français, Agnès B. —, les unes par refus d’être associées à Shein, les autres pour impayés. En juin 2026, l’équipe dirigeante rachète le magasin et rompt le partenariat : « une erreur stratégique ».

Deux voies coexistent, et elles mobilisent des outils différents. Freiner le pire : c’est celle qu’emprunte la loi contre la fast-fashion, adoptée en 2025, qui pénalise les produits les moins bien notés par un malus par article et leur interdit la publicité. Elle écarte le moins-disant, et elle s’arrête là : une marque moyenne y reste au même niveau. Favoriser le meilleur : c’est l’autre piste, celle qui donne à une marque qui produit autrement les moyens de le faire savoir. Les deux se tiennent, et chacune garde son rôle.

Mais leur coût politique et leur effet diffèrent. Interdire suppose de définir juridiquement le produit nocif — aucun texte ne l’a fait, et le contentieux Nutri-Score montre ce qui attend celui qui s’y essaie. Favoriser s’appuie sur ce qui existe déjà : des labels audités, des scores déployés, des produits en rayon. Et là où le malus pousse le mal-noté à se taire, le bonus lui donne une raison d’afficher — puisque chaque échelon gagné rapporte. La France a choisi le premier geste et laissé le second de côté. C’est ce déséquilibre que le manifeste demande de corriger.

Le coût caché d’un vêtement, et le score qui existe

Le coût caché donne la mesure de l’écart. Un jean coûterait 33 euros de plus s’il intégrait ses coûts environnementaux et sociaux réels (Impact Institute). Un t-shirt LOOM en coton bio est à 25 euros, un t-shirt Primark à 5 — et le coût environnemental du second atteint 1 786 points contre 544. L’écart de prix se voit ; l’écart de coût réel reste invisible.

Le textile a pourtant déjà son score. Plus de trois cents marques affichent le Fashion Score de Clear Fashion : une note sur cent, évaluée par un tiers indépendant sur cent cinquante critères couvrant l’environnement, l’humain, la santé et les animaux — le volet humain porte sur les conditions de travail dans les ateliers, pas sur le prix payé en amont. Trois cents marques l’affichent ; les autres n’ont rien à afficher, et personne ne les y oblige.

PEF : un calcul qui mesure les prélèvements et ignore les apports

La méthode porte un nom. L’analyse de cycle de vie, normée par les ISO 14040 et 14044, quantifie les impacts négatifs d’un produit de l’extraction à la fin de vie. Le PEF — empreinte environnementale des produits, recommandé par la Commission européenne en 2021 — en est la version européenne : seize indicateurs obligatoires, une base de données imposée, des règles d’allocation et des règles par catégorie de produit. C’est lui que l’affichage environnemental français décline.

Ce cadre est utile, et il fonctionne pour ce qu’il vise. Le jean de fast-fashion à 5 178 points contre 1 428 pour son équivalent fabriqué en France le montre : l’écart se voit, et il est juste. Mais cette différence laisse hors champ les emplois maintenus, les sols préservés, et les la filière laine française modélisée au Capacity Score. Afficher le coût, c’est dire « évitez celui-là ». Afficher la contribution, c’est dire « choisissez celui-là — et voici pourquoi ». Deux comptes, donc : l’un mesure ce qu’on réduit — les dommages, l’empreinte —, l’autre ce qu’on renforce — les sols, la biodiversité, les communautés. Réduire les impacts négatifs reste nécessaire ; contribuer au vivant commence après. Toute la réglementation actuelle tient dans le premier compte.

Ce que les seize indicateurs comptent

Ces seize indicateurs comptent tous la même chose : ce que la production prélève et ce qu’elle rejette, rapportés à l’unité produite. Sur le climat, l’eau ou les ressources, la mesure est solide. Sur la biodiversité, la Commission reconnaît qu’aucune méthode ne fait consensus à l’échelle internationale : huit indicateurs l’approchent par la pression exercée, et l’état obtenu reste hors du calcul. Ce que les sols, les habitats et les pollinisateurs deviennent se joue ailleurs. La rémunération du producteur en est exclue par construction, la norme sociale ISO 14075 étant distincte et rarement conduite. La santé de celui qui consomme relève d’autres dispositifs. L’emploi tenu sur le territoire reste en dehors de tout indicateur. Le calcul couvre donc une seule des quatre attentes que les Français placent en tête : l’empreinte carbone, celle qu’ils citent en dernier.

Le gigot en donne la mesure. Dans le PEF, un score élevé signale un mauvais bilan : le mouton élevé à l’herbe en France y score 5 010, le poulet en batterie importé 778. L’opération est mécanique — l’impact se divise par le rendement, et l’élevage extensif en produit moins au kilo. Ce que le pâturage entretient pendant ce temps — les prairies, les sols, les paysages ouverts — reste en dehors de la division.

Deux limites se superposent, et chacune appelle sa réponse. La première tient à l’analyse de cycle de vie elle-même : elle compte des flux rapportés à l’unité produite, et modélise un produit type — un yaourt, pas le yaourt qui est en rayon. C’est la nature de l’outil, et elle résiste à toute révision. La seconde tient au PEF : là où les normes ISO laissent le praticien choisir ses modèles et ses règles de comptage, le PEF les fixe — modèle de Berne pour le climat, USEtox pour la toxicité, LANCA pour l’usage des sols, et sa propre règle pour le carbone que le vivant absorbe puis relâche. Ces choix-là se révisent. D’où deux demandes qui avancent séparément : réviser le calcul européen, et reconnaître les certifications de pratiques là où il ne sait pas compter.

Le textile : ce que le calcul écrase

Le textile montre ce que ce calcul écrase. Prenez le jean que Shein vend au BHV, et suivez-le à rebours. Sur l’étiquette : la composition, le pays d’assemblage. Tout le reste se joue en amont, et s’y arrête. Au champ — si le coton a épuisé une nappe ou si la laine vient d’un élevage qui entretient des prairies. Puis l’atelier — si la teinture a été traitée avant rejet, si les ouvrières ont été payées au salaire vital. Puis le vêtement lui-même — combien de lavages il tiendra, s’il se répare. Et enfin ce qu’il laisse ici — un atelier qui tourne, un savoir-faire qui se transmet, ou rien. Chaque maillon produit une information que le maillon suivant connaît, et que l’acheteur final ignore.

La laine : une brebis, deux filières, une seule payée

La laine française en donne la démonstration la plus nette. Une brebis Lacaune des Grands Causses produit deux choses le même jour. Son lait part en AOP Roquefort : tracé, sous cahier des charges, payé à prix garanti. Sa toison part au feu ou s’exporte à moins de vingt centimes le kilo — plus de 70 % de la laine tondue en France connaît ce sort. Mêmes pratiques, même territoire, même animal : une filière est payée, l’autre non. Ce qui les sépare, c’est un cahier des charges qui nomme la fibre.

Le trou dans la raquette, et ce que la modélisation établit

Le trou est dans la raquette. Deux familles d’outils existent, et elles ne se rencontrent pas. Les cahiers des charges ovins — AOP, bio, Nature & Progrès — prescrivent les pratiques sur l’animal, et s’arrêtent au lait. Les certifications textile — RWS, GOTS, Clear Fashion — partent du produit fini, et s’arrêtent à la matière. Au mieux, ce qui s’affiche relève de l’éco-conception, mesurée par une analyse de cycle de vie qui compte des flux et ignore les services rendus par le pâturage. Entre la parcelle et la toison, personne ne regarde.

Le Capacity Score appliqué à la filière laine française : l’AOP Roquefort combinée au bio couvre déjà 55 à 60 % des quatre-vingt-dix-neuf indicateurs. Ces indicateurs viennent du lait. Le cahier des charges Roquefort prescrit la race, l’aire géographique, le pâturage obligatoire, une alimentation issue du territoire ; le bio y ajoute le zéro intrant de synthèse et la densité limitée. Ces règles portent sur l’animal entier — donc sur la toison autant que sur le lait. L’éleveur les applique déjà ; il est payé pour le lait qu’elles produisent, et pas pour la laine. Sur plus de quatre cent cinquante impacts positifs recensés, moins de 5 % sont rémunérés. Et là où Laines Paysannes paie 1,20 euro le kilo à ses éleveurs par la seule structuration de filière, LVMH achète 8 à 15 euros une laine régénérative certifiée en Australie et en Amérique du Sud, faute de source documentée en France.

Le calcul officiel ne voit rien de tout cela. L’affichage environnemental traite une laine Lacaune conduite en extensif et une laine importée de la même façon : il mesure le type de fibre et la géographie de transformation, pas les pratiques d’élevage. Et sur le carbone, l’IWTO a montré en juin 2026 jusqu’où porte la convention retenue — un mouton mange une herbe qui a capté du CO₂, la laine le relâche en se dégradant ; le carbone d’un polyester dormait dans le sous-sol depuis des millions d’années. Compter ces deux flux dans les deux sens fait s’effondrer l’intensité carbone de la laine, dans une étude publiée dans Agricultural Systems et certifiée ISO 14067 par TÜV SÜD.

Mesurer ou prescrire : deux façons de le prouver

Deux façons de le prouver existent pourtant déjà. NATIVA Regen mesure des états sur le terrain : carbone organique des sols en tonnes par hectare, indice d’intégrité de l’écosystème, diversité à l’indice de Shannon — 4,3 en moyenne sur trente-cinq fermes. Nous le situons au niveau réparateur, et il plafonne là : la chaîne part d’Australie et d’Amérique du Sud, sans ancrage territorial ni gouvernance partagée. Le ROC, lui, prescrit des pratiques et les fait auditer — socle bio, santé des sols avec une ligne de référence mesurée chaque année, bien-être animal, salaire vital vérifié par entretiens individuels. C’est le seul label qui certifie la régénération directement sur l’étiquette.

La preuve est donc à portée, et la place est libre. Aucune ferme ovine n’est certifiée ROC à ce jour, et aucune marque laine française n’a encore posé la revendication régénérative sur un produit. Le premier qui l’occupe prend une longueur d’avance difficile à rattraper — et il aura besoin que l’affichage la porte jusqu’au rayon.

Le passeport numérique, contenant du calcul

Le passeport numérique de produit, structuré par le règlement ESPR, réunira composition, origine, réparabilité, durabilité et empreinte carbone derrière un QR code : l’infrastructure réglementaire la plus complète jamais construite sur les produits. Son périmètre s’arrête au cycle de vie et à la qualité fonctionnelle ; la rémunération des producteurs, la contribution à la biodiversité et l’emploi territorial relèvent d’ailleurs. C’est lui qui portera le classement de la laine dans les rayons européens.

Et c’est maintenant que cela se décide. Le passeport est un contenant : sur l’environnement, il affichera ce que le PEF calcule. Chaque secteur reçoit son acte délégué, qui fixe la liste des champs — et il la fixe pour des années. Les batteries basculent le 18 février 2027, le textile suit fin 2027 pour une conformité vers 2028-2029, puis l’acier, le mobilier et les pneumatiques ; d’ici 2030, la quasi-totalité des biens manufacturés vendus en Europe sera couverte. Un indicateur entré dans l’acte s’affichera pendant des années ; un indicateur oublié attendra la révision de cet acte.

La méthode française et son biais documenté

La France a stabilisé son calcul sans lever ce biais. Le coût environnemental des produits alimentaires garde la division par le rendement et les seize indicateurs du PEF, puis ajoute par-dessus quatre compléments hors analyse de cycle de vie — haies, prairies permanentes, taille des parcelles, diversité territoriale ; le textile a les siens, microfibres et durabilité. Ces bonus allègent le coût final et réparent un biais réel : une conduite qui entretient des haies cesse d’être invisible. Le mode de calcul, lui, reste intact — l’élevage extensif porte toujours son rendement en dénominateur, et le bonus vient en déduction du résultat. Et ce qu’ils décrivent reste une structure de paysage : combien de kilomètres de haies, quelle part de prairies. Le bonus corrige un défaut de calcul ; ce que la pratique produit demande un relevé.

Le biais est documenté depuis six ans. L’ADEME et l’INRAE l’ont reconnu au colloque Agribalyse 3.0 — et c’est sur leurs travaux que repose la base de données du calcul français. Quatorze organisations européennes, dont Demeter, Fairtrade et Greenpeace, l’ont écrit à la Commission : le PEF « favorise les méthodes les plus intensives » (Food Policy Coalition). Le diagnostic est partagé ; le correctif reste à venir.

Ces compléments ont pourtant de l’effet : l’Office français de la biodiversité les juge capables de changer « radicalement le message » par rapport au PEF (OFB / ADEME, avril 2025). Et ils prouvent une chose que la révision européenne peut reprendre — un indicateur entre dans le calcul sans attendre que l’analyse de cycle de vie sache le produire. Ce précédent tient dans un seul pays ; sa convergence avec le cadre européen reste à construire, et c’est là que la décision se prend.

Cadrer, favoriser, financer : les trois leviers publics

Trois leviers publics commandent tout ce qui suit, et ils se tiennent dans cet ordre. Cadrer — l’État et Bruxelles fixent comment la contribution se compte, qui la vérifie, et ce que vaut chaque échelon. Favoriser — l’affichage rend cet échelon visible en rayon, pour que le marché récompense ceux qui vont plus loin. Financer — l’argent public et la finance à impact suivent l’échelon atteint plutôt qu’un seuil unique. Le premier porte les deux autres.

Cadrer

Cinq choses sont à poser, et elles ne se décident pas au même endroit. Deux se décident à Bruxelles : quels critères d’impact comptent, et sur quel périmètre ils se calculent — l’unité vendue. Trois relèvent de la loi française : à partir de quelle ligne de référence un gain est reconnu, qui vérifie, et ce que vaut chaque échelon dans la commande publique et dans les aides. Les certifications existantes deviennent alors des preuves parmi d’autres.

Deux obstacles bloquent ce levier. Le premier est méthodologique : le calcul officiel compte ce qu’une production prélève, jamais ce qu’elle rend. Le second est politique : afficher la contribution, c’est créer un classement, et ceux qui y perdraient obtiennent des reports depuis trois ans.

Favoriser

Une fois le cadre posé, deux gestes sont possibles : pénaliser et récompenser. Pénaliser est la voie déjà empruntée — la loi contre la fast-fashion ajoute un malus par article et une restriction de publicité. Elle écarte le pire, et elle s’arrête là. Récompenser trace le cap qui manque : chaque échelon gagné rapporte quelque chose, et l’affichage devient un argument commercial. C’est le principe du bonus-malus, que le collectif En Vérité a formulé pour l’alimentaire — une taxe sur les produits qui n’affichent rien, un fonds redistributif pour ceux qui affichent tout, et une neutralité pour les finances publiques puisque le malus finance le bonus.

Financer

Trois circuits d’argent public partagent le même angle mort : l’argent suit un statut ou un secteur plutôt qu’un échelon. L’agrément ESS ouvre des droits ; une marque qui régénère ses sols n’entre dans aucune case à ce titre. La conditionnalité le déplacerait — à condition, là encore, que cet échelon soit mesuré et comparable, ce que seul le premier levier peut poser.

Un quatrième circuit échappe à la puissance publique : la finance à impact. Elle finance pour l’essentiel la réduction des impacts négatifs, souvent au niveau de ce que la loi exige déjà — on finance la conformité, et on l’appelle impact. Personne ne peut le lui imposer ; mais un échelon lisible et comparable lui donnerait ce qui lui manque pour distinguer un produit qui contribue d’un produit qui se conforme.

Nos quatre demandes pour un affichage de la contribution

Le principe qui porte les quatre demandes

Quatre demandes actionnent ces trois leviers, et un principe les porte : reconnaître les certifications de pratiques vérifiées par des tiers indépendants, et les rendre visibles au consommateur. Tout est déjà mesuré et certifié : il reste à le faire compter.

1. Compter ce que la production renforce, et pas seulement ce qu’elle prélève. C’est la condition de tout le reste : tant que le PEF ne retient que des pressions rapportées à l’unité produite, aucun affichage ne peut dire ce qu’une production rend aux sols, aux espèces et aux gens. Trois véhicules portent cette révision, et ils ont leur calendrier propre : le PEF lui-même, dont la Commission a engagé la révision en 2025 ; la méthode française d’affichage, qui relève de la loi nationale ; et le passeport numérique des produits, dont chaque acte délégué fixe les champs d’un secteur pour des années — batteries au 18 février 2027, textile attendu fin 2027, puis acier et fer.

2. Rendre obligatoires les scores gradués dans leur périmètre. Nutri-Score sur tous les produits alimentaires, Planet Score sur l’offre en rayon, Clear Fashion et Cyclescore dans leurs secteurs. Un score gradué ajoute trois choses au label : une diversité d’indicateurs, notés séparément ; une amplitude, sur une échelle A à E qui rend les produits comparables ; et une amélioration continue, puisqu’un producteur voit où il se situe et ce qui lui reste à franchir. Tant que l’affichage reste facultatif, il y a une prime au silence : la marque qui n’affiche rien garde le bénéfice du doute, celle qui affiche paie sa transparence.

3. Promouvoir les labels qui attestent une contribution. Fairtrade, Agri-Éthique et ATES garantissent un revenu ; PEFC et FSC encadrent la gestion forestière ; le GOTS le textile bio ; Demeter et le Regenerative Organic Certified prescrivent des pratiques qui renforcent les sols, le bien-être animal et le revenu des producteurs. Les faire connaître est un travail public, et il passe par trois gestes. Les nommer : des campagnes de l’État et de ses opérateurs qui disent ce que chaque label atteste. Les acheter : une formation des acheteurs publics, pour que ces labels comptent dans les marchés. Les afficher ensemble : les inscrire dans l’affichage intégral et harmonisé que porte le collectif En Vérité — origine, qualité nutritionnelle, impact environnemental et juste répartition de la valeur, réunis sur une même face d’emballage. Là où le référentiel reste à écrire, il faut le construire.

4. Faire compter le niveau atteint dans l’argent public. Trois circuits, et le même principe : le soutien suit le niveau atteint plutôt qu’un statut ou un secteur. Les opérateurs publics d’abord — ADEME, Bpifrance, agences de l’eau, chambres consulaires —, dont les dispositifs financent des diagnostics et des investissements sans jamais demander à quel niveau la contribution se situe. Les aides aux entreprises ensuite, à conditionner à une croissance en triple impact. La commande publique enfin — restauration scolaire et hospitalière —, où un critère de contribution qui vaut des points déplace des volumes sans attendre aucun arbitrage européen.

Ce que cette visibilité produirait

Cette visibilité produit trois effets, et ils se tiennent. Le consommateur finance ce qu’il veut financer, puisqu’il voit enfin ce que son achat soutient. L’entreprise engagée retrouve une concurrence loyale : ce qu’elle a payé en contrats longs et en cahiers des charges devient un argument de vente au lieu d’un surcoût invisible. Et le territoire gagne une usine défendable — quand la contribution se lit sur le produit, elle se défend avant la liquidation, plutôt qu’après. C’est le levier de demande qui manque à la réindustrialisation.

Le prochain Teisseire partira. Le prochain Jean Fourche sera racheté par un fonds qui ne voit pas la filière. Le prochain Duralex n’aura pas de salariés pour le reprendre. À moins que ce qui compte pour les producteurs, les territoires et les consommateurs devienne enfin visible au rayon.

D’où nous parlons, et ce que nous demandons

D’où nous parlons. Nous Sommes Vivants est un collectif de consultants qui accompagne les entreprises vers des modèles économiques régénératifs, et qui organise depuis trois ans les Lauriers de la Régénération — près de cent produits et services primés, examinés par un jury et situés au Capacity Score. Nous ne certifions rien et ne vendons aucun label : nous documentons ce qui existe, secteur par secteur.

Ce que nous demandons. Que les scores gradués deviennent obligatoires dans leur périmètre, que les labels qui attestent une contribution soient promus par la puissance publique, que le calcul officiel compte ce qu’une production renforce, et que l’argent public suive le niveau atteint. C’est l’objet du manifeste porté publiquement lors des Lauriers de la Régénération 2026 et remis aux ministères de l’Agriculture, de l’Industrie et du Commerce, avec les acteurs qui ont déjà construit la réponse : porteurs de labels et de scores, marques qui les affichent, distributeurs qui les ont intégrés en rayon.

Produits régénératifs français : les lauréats secteur par secteur

Ces produits existent, et leur contribution se lit déjà sur l’emballage. Les lauréats des Lauriers de la Régénération couvrent quinze secteurs : l’alimentaire et les filières agricoles, mais aussi le textile, le bois, l’énergie, la finance, le numérique, le tourisme et le territoire. Chacun porte une certification ou une preuve vérifiable par un tiers — et chacun tient économiquement. En voici un échantillon, par grande famille.

Alimentaire

LauréatCertificationContribution clé
C’est qui le Patron ?! × LSDHBio AB · prix producteur garanti · certifié Bureau VeritasRémunération vérifiée chaque mois · lait bio au prix du conventionnel
OMIEPlanet Score AAAA · Bio AB1 % du CA reversé aux producteurs · traçabilité totale
Jardins de GaïaBio AB · Commerce Équitable (Biopartenaire)Milliers de familles productrices · conditionné à la main en Alsace

Filières agricoles

LauréatCertificationContribution clé
Nectar OléicultureBio AB · agroforesterie certifiéeOliveraie bio-régénérative · haies et nichoirs · Occitanie
La Ferme du ValentinPlanet Score AAAA · Bio AB · Entreprise à MissionMicro-laiteries en ferme · emploi rural ancré
Les Compagnons du MielBio AB · Commerce Équitable France (Biopartenaire)Centaines d’apiculteurs · premier miel bio-équitable certifié en France

Cosmétique & ingrédients

LauréatCertificationContribution clé
Expanscience — TULSINITY®ROC · Fair for Life · bio certifiéMilliers d’agriculteurs · premier actif cosmétique triple certifié
Léa Nature / SO’BiO éticISO 26000 Excellence · Green Impact Index A · Fonds FICUSSites de production en France · capital transmis à une fondation

Textile & mode

LauréatCertificationContribution clé
Laines PaysannesBio AB · SCIC à lucrativité limitéeBrebis tarasconnaises · transhumance · transformation locale
Picture Organic ClothingClear Fashion 86/100 · matières recyclées certifiées · B CorpMajorité de matières recyclées/bio · garantie · réparation · location
Royal MerLaine vierge tracée · zéro fibre synthétique · garantie à viePull garanti à vie · savoir-faire transmis sur trois générations

Vins & viticulture

LauréatCertificationContribution clé
Domaine des Hautes GlacesROC · Bio ABPremière ferme-distillerie de whisky bio au monde · céréales du Trièves
Château GaloupetROC · Bio AB · Natura 2000Vignes et forêt Natura 2000 · hydrologie régénératrice
Vins OéBio · B CorpZéro labour · haies agroforestières · bouteille consignée

Architecture, bois & foncier

LauréatPreuve / statutContribution clé
Tour en Bois Wood UpFilière bois biosourcéTour en bois français · stockage carbone · filière forestière
Deschaumes — NaofloorPEFC / FSC · forêts gérées durablementParquets bois ancrés dans la filière française
ETIC — foncières solidairesFinance solidaire · Entreprise à MissionFriches transformées en tiers-lieux · sobriété énergétique

Énergie, finance & numérique

LauréatPreuve / statutContribution clé
elmyVertVolt ADEME · Société à MissionÉnergie renouvelable · 100 % français
Crédit Coopératif — Livret Coopération régionaleBanque coopérativeÉpargne fléchée vers des projets écologiques et solidaires du territoire
MACIF — Fonds Swen TerraFonds d’investissement à impactFinance les sols vivants et les filières agricoles de demain
EcosiaEntreprise à mission (purpose-locked)Moteur de recherche dont les revenus financent la reforestation

Services, tourisme & territoire

LauréatPreuve / statutContribution clé
Ekip — Titres RestaurantSociété à missionOriente la consommation vers une alimentation durable et locale
Éco-Domaine La FontaineBio · pratiques régénérativesAutonomie hydrique et alimentaire · séjours régénératifs viables
Loos-en-GohelleVille pilote en transitionTerritoire minier transformé en modèle de transition écologique
Les Petites CantinesRéseau associatif · prix libreCantines de quartier tissant le lien social autour du repas partagé

Triple profitabilité régénérative : du cas inspirant au modèle finançable

Ces lauréats établissent un fait : des modèles régénératifs existent et tiennent économiquement. Reste à en démonter le mécanisme — pourquoi, et dans quelles conditions, la contribution au vivant génère-t-elle de la valeur économique ? Tant que ce lien reste à formaliser, chiffres à l’appui, les financeurs le traiteront comme un pari plutôt que comme un modèle. C’est précisément l’objet de notre recherche-action sur la triple profitabilité régénérative : établir, secteur par secteur, la chaîne qui relie les pratiques aux impacts, les impacts à la valeur, et la valeur à la viabilité. Faire passer la régénération du cas inspirant au modèle finançable.

Rendre la contribution visible sur le produit, c’est donner au consommateur, à l’État et aux territoires le moyen de soutenir ce qui renforce le vivant — et de faire progresser le bien vivre, tous ensemble.

Rejoindre la démarche

Porteurs de labels et de scores, marques, distributeurs : rejoignez les acteurs qui demandent que la contribution réelle des produits devienne visible au rayon. Le Regenerative Circle Agri & matières vivantes réunit les filières alimentaire, cosmétique, textile et alcools sur cinq journées en douze mois, pour concevoir ces produits avec leur coalition.

Le lancement du manifeste →Découvrir la recherche-action →Le Regenerative Circle Agri →

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