Compte rendu à date · Regenerative Circles
Paris, Lyon, Marseille et les filières agricoles : ce que les Regenerative Circles ont produit
Lancés en septembre 2025, les Regenerative Circles réunissent les acteurs de la régénération pour accélérer ensemble les projets régénératifs, avec le Business Model Régénératif. Le Circle Écosystème a réuni les accompagnants en quatre journées ; le Circle Agri, les marques des filières régénératives en deux sessions. Ce compte rendu en rassemble les constats, les projets nés et les suites.
Regenerative Circle Écosystème
Paris, 4 décembre 2025Paris, 30 janvier 2026Lyon, 10 juin 2026Marseille, 12 octobre 2026
Regenerative Circle Agri
En bref
- Quatre journées écosystème et deux sessions Agri : Paris le 4 décembre 2025 et le 30 janvier 2026, Lyon le 10 juin, Marseille le 12 octobre ; côté filières, le 17 décembre 2025 et en janvier 2026.
- Trois enjeux reviennent d’une ville à l’autre : dire la valeur en langage de dirigeant, prouver l’impact, coopérer sur des intérêts partagés.
- La chaîne de l’accompagnement est déséquilibrée : on sait sensibiliser et conseiller ; prouver et financer restent les maillons à construire.
- Côté filières, quatre murs : le référentiel, l’économie de la transition, la place du producteur, la promesse en rayon.
- Des projets sont nés : une recherche-action sur la triple profitabilité à Paris, une coopérative de moyens à Lyon ; à Marseille, des rencontres mensuelles et un répertoire des compétences sont décidés.
- La cartographie grossit à chaque journée : 873 fiches d’acteurs, dont 232 entreprises et 65 structures de financement.
Que sont les Regenerative Circles ?
Des parcours multi-acteurs en cinq journées sur six à douze mois, fondés sur le Business Model Régénératif et animés par les consultants du collectif, pour faire advenir une économie régénérative en faveur du vivant. Ils visent quatre choses :
- monter collectivement en compétences sur les pratiques régénératives ;
- lancer des innovations profitables en triple impact, environnemental, social et économique ;
- tisser des relations mutuellement bénéfiques entre acteurs ;
- délivrer des impacts régénératifs dans une logique de coalition et de filière.
Trois Circles, un objectif commun — accélérer les projets régénératifs pour accélérer la bascule économique en triple impact :
- Le Regenerative Circle Agri, pour les marques des filières régénératives — alimentation, textile, cosmétiques, alcools, bois : achats, marketing, innovation, direction générale. Focus sur l’innovation produit ou service ; des sessions dédiées sont possibles, les vins, la laine, et une entreprise pionnière peut prendre le lead dans sa catégorie avec ses partenaires clés.
- Le Regenerative Circle Écosystème, pour les structures qui accompagnent les entreprises, de la sensibilisation au conseil et au financement.
- Le Regenerative Circle Leadership, pour les directeurs métiers et managers opérationnels en poste, tous secteurs. Focus sur les leviers de la transformation — leadership, culture, gouvernance — pour mobiliser une coalition régénérative.
Les trois Circles se retrouvent chaque année en juin aux Lauriers de la Régénération.
Le Regenerative Circle Écosystème : ce que les journées ont produit, ville par ville
Le Regenerative Circle Écosystème réunit les acteurs de l’accompagnement des entreprises vers la régénération : deux journées nationales à Paris, puis des journées régionales à Lyon et à Marseille. Chaque journée a son compte rendu complet ; voici l’essentiel de chacune.
Paris — deux journées nationales, 4 décembre 2025 et 30 janvier 2026
90 participants sur 178 inscrits, majoritairement des accompagnants : le 30 janvier réunissait douze cabinets, huit indépendants, cinq associations, trois tiers-lieux, quatre organismes de formation, deux médias et trois fresques. Dirigeants, financeurs et élus y étaient peu nombreux.
La chaîne de valeur de l’accompagnement, cartographiée
Les acteurs positionnés sur la chaîne se répartissent ainsi : sensibilisation 60, saturée · vision et cap 17, fragile · stratégie et conseil 63, dominante · projets et terrain 51, isolés et peu documentés · reporting et communication 16 · labels 10 · finance 21, avec trois financeurs présents le 30 janvier. Côté approche humaine, la Tête domine à 60 %, devant le Cœur et le Corps à 20 % chacun. La formule retenue : on sait sensibiliser, on sait conseiller ; prouver et financer restent à construire.
Quatre murs nommés
- Le mur du langage : le mot « régénératif » crispe, le jargon exclut, le regen-washing monte.
- Le mur humain : le facteur humain est partout dans les pratiques, jamais nommé ni facturé.
- Le mur économique : l’économie est centrale, sans être assumée comme expertise ; on parle peu aux directions financières.
- Le mur de la coopération : « on est des handicapés de la coopération », en concurrence sur les mêmes budgets RSE.
De ces journées est née une recherche-action pour démontrer la triple profitabilité sur un produit réel. Les comptes rendus : la première journée · l’état des lieux.
Lyon — première journée régionale, 10 juin 2026
À la Maison de l’Environnement de Lyon et en visioconférence, avec Genact AURA, Les Collectifs AURA, Mush et la Fédération du Conseil. 52 réponses d’inscription pour 44 personnes ; une trentaine de présents, moitié en salle, moitié en ligne, la présence ayant été réduite par les grèves de train.
Le matin : qui fait quoi, et quels enjeux
Sur les six étapes de la chaîne de valeur, les acteurs positionnés en atelier se répartissent ainsi : prendre conscience du vivant 20 %, poser un cap régénératif 0 %, élaborer une stratégie 16 %, accompagner les projets 44 %, communiquer 8 %, financer 12 %. L’approche humaine est holistique pour plus de la moitié — tête, cœur et corps mobilisés ensemble. Le positionnement a surtout révélé un écosystème circulaire et fractal, où chacun se sent « un peu partout ».
L’échange le plus marquant, lancé par Diane Dupré la Tour et retourné par Cyrille Souche : passer d’une confiance qui se gagne, méritocratique et fragile, à une confiance qui se donne d’emblée — condition de départ de toute coopération dans un monde incertain.
Cinq enjeux dégagés :
- rémunérer et valoriser le facteur humain, tête-cœur-corps, pour qu’il figure dans les devis ;
- une communauté apprenante dans un espace sécurisé, où la confiance est le premier apprentissage ;
- développer la coopération — le duo dirigeant éclairé et animateur, le passage de la compétition à la coopétition ;
- changer de niveau de conscience pour basculer progressivement ensemble ;
- articuler le portage stratégique du décideur et l’adhésion des salariés.
L’après-midi : de la vision aux projets
Une vision 2036 dessinée collectivement — un chapiteau où la communauté régénérative se retrouve, des frontières devenues bassins versants, un territoire pilote où entreprises, élus, écoles et habitants apprennent ensemble, le facteur humain reconnu et rémunéré. Puis les enjeux travaillés en sous-groupes avec le Canvas des Actants :
- La structure commune, le projet le plus abouti : une coopérative de moyens entre indépendants qui mutualise apport d’affaires, design pédagogique et communauté de facilitateurs, pour viser de gros projets de long terme et partager la valeur équitablement. Quatre porteurs se sont engagés à la faire avancer.
- Le facteur humain : la piste d’un référentiel de bonnes pratiques de facturation de l’accompagnement humain, pressenti pour être porté par le Conseil Regen ; aucune structure ne le porte à date.
- La communauté apprenante : un espace sécurisé, avec du temps et du repos comme conditions.
- La coopération : installer dans les organisations le duo dirigeant éclairé et animateur de communauté.
La journée a réuni une large majorité de consultants et d’accompagnants, peu d’entreprises et de financeurs : élargir le cercle est la suite logique. Le compte rendu de Lyon.
Marseille — journée régionale PACA, 12 octobre 2026
À la Cité des Transitions et en ligne, avec Genact : 24 personnes. Animation : Nathalie Wirth (Genact) ; Stéphanie Baudouin, Cyrille Souche, Jacques-Yves Dardun et Florie Martin (Nous Sommes Vivants) ; Camille Lecoq (Cité des Transitions) ; Jérémy Dumont à distance.
Session 1 : se situer sur la chaîne de valeur du conseil
- Le groupe en ligne place la biodiversité et la preuve au centre : les entreprises maîtrisent le bilan carbone et connaissent mal leur lien à la biodiversité ; il cherche des écologues, des praticiens de l’ACV et la capacité à chiffrer la valeur économique des actions.
- Le groupe « prendre conscience » veut mutualiser formation, conseil, accompagnement et communication pour passer à l’action, et atteindre les directions générales, où se trouvent la décision et le budget.
- Le groupe « poser un cap » constate que la plupart sont venus apporter, peu sont venus chercher — d’où la concurrence dès qu’une mission est sur la table, et l’appel à des écosystèmes aux intérêts partagés et au cadre explicite.
- Le groupe « élaborer une stratégie » propose de parler la langue des dirigeants et d’aller d’abord vers ceux qui sont déjà en mouvement.
- Le groupe « accompagner et communiquer » relie budgets RSE et retour sur investissement, et plaide pour une stratégie unique intégrant la RSE.
Session 2 : mesurer ses impacts
- Environnement et social : les impacts s’entraînent par la relation ; le mot « climat » est devenu connoté ; les impacts humains se documentent bien en qualitatif, difficilement en quantitatif — et un client demande pourquoi acheter ce dont l’impact n’est pas présenté.
- Tête-cœur-corps : viser l’ancrage puis la mise en action, avec des points de suivi à un, deux et trois mois.
- Économie : tout se tient, et l’argument doit parler au dirigeant — montrer ce que l’entreprise gagne, ou ce qu’elle évite de perdre demain.
Jérémy Dumont a proposé de parler aux entreprises d’adaptation régénérative : face aux chocs climatiques et sociaux, faire prospérer son territoire plutôt que s’en protéger.
Les suites décidées
- des rencontres mensuelles — un témoignage ou une présentation d’offre, suivi d’un apéro ;
- un apéro entreprises avec la Cité des Transitions ;
- un répertoire des compétences, des expériences sectorielles et des taux journaliers, qui forme la cartographie PACA ;
- une prospection à plusieurs, à partir du fichier des contacts PACA ;
- une session découverte du Business Model Régénératif le 12 novembre chez Mars’Impact.
Ce que les trois villes disent ensemble
Paris, Lyon et Marseille aboutissent aux mêmes constats. Le marketing : présenter clairement la valeur, avec une offre identifiable. La mesure d’impact : difficile en quantitatif en début de chaîne. La coopération : réunir des acteurs variés, financeurs compris, avec de l’argent sur la table et de la transparence sur son usage. Soit trois besoins : dire la valeur en langage de dirigeant, prouver l’impact, coopérer sur des intérêts partagés.
Le Regenerative Circle Agri : ce que les sessions ont produit
Le Regenerative Circle Agri réunit les marques des filières régénératives avec les acteurs de leur filière, du champ au rayon. Deux sessions fondatrices ont eu lieu en visioconférence : une session de travail opérationnelle le 17 décembre 2025 avec cinq acteurs engagés dans des filières agricoles et agro-industrielles, puis une session de présentation et de lancement en janvier 2026 avec une vingtaine de participants. Au total, une trentaine de participants, plus de sept secteurs — agriculture, alimentation, textile, cosmétique, luxe, énergie, ESS — et quatre familles d’acteurs : grands groupes, PME et start-up, consultants, fondation. Animation : Jérémy Dumont, Laurence Loth, Andreea Fauchille et Albane Roussot. Les replays : session 1 · session 2.
Autour de la table
- Session 1 : Oé, vins, champagnes et softs bio, B Corp · Guatex, latex et caoutchouc naturel · le Château Galoupet (Moët Hennessy), domaine viticole certifié ROC · Biosphères, conseil en agriculture régénérative · Tokilia, valorisation de la laine locale basque de race Manex, dans l’ESS.
- Session 2 : Decathlon, Bjorg (Ecotone), L’Oréal, FDJ United, LVMH Recherche, Chargeurs Luxury Fibers (Nativa Regen), la Datams Sustainability Foundation, Vergers Boiron (B Corp, société à mission), Livosphère, Alimentys, Carbone 4, WiFi (IA textile), ACE (énergie des vagues, déchets agricoles) et un consultant indépendant en transition agricole et alimentaire.
Une compréhension partagée de la régénération
Les deux sessions convergent vers une même définition : renforcer les capacités du vivant, humains compris, plutôt que seulement réduire les impacts négatifs — à l’échelle du paysage, avec les animaux et les humains, en améliorant les conditions de vie des agriculteurs, au-delà d’une vision centrée sur le carbone. Deux distinctions en sortent clarifiées. Le circulaire réduit les pertes et reste abiotique ; la régénération y ajoute le vivant, humain et non humain, et une robustesse économique tirée des liens au territoire. Restaurer, c’est réparer et stabiliser un système abîmé pour résister aux chocs ; régénérer, c’est inscrire l’activité dans des relations mutuellement bénéfiques avec le vivant sur un territoire — une bascule de nature, d’une logique d’impact à une logique de capacité.
L’enjeu collectif et quatre murs
Faire basculer d’une agriculture certifiée vers des filières régénératives dont le modèle économique tient, en partageant les coûts et la valeur entre les acteurs de la chaîne plutôt qu’en les faisant porter par le producteur ou par le consommateur. Quatre murs barrent la route :
- Le mur du référentiel : pas de définition partagée du régénératif ; le ROC existe mais reste peu reconnu en France ; risque de dilution du terme et de dévalorisation des pionniers.
- Le mur économique : les coûts sont immédiats, les bénéfices différés, et personne ne sait qui finance la transition sans la faire porter au producteur ou au consommateur.
- Le mur du producteur : les agriculteurs sont sollicités par de multiples donneurs d’ordre, chacun avec son questionnaire et son cahier des charges ; le rapport de force reste à rééquilibrer.
- Le mur du rayon : revendiquer un travail régénératif sans surpromesse, et expliquer simplement des pratiques complexes.
Six enjeux communs, de la définition à la valorisation
- Un référentiel partagé face au « régénératif opportuniste ». Le standard international existe — ROC, porté par le Rodale Institute et certifié en France par Ecocert —, Regeneration International a publié le sien en 2025, et le besoin d’un cadre crédible, adapté à une approche par nature contextuelle, fait l’unanimité.
- Les labels et scores comme leviers de bascule. Planet-score, Fashion Score, B Corp, AB et Fair Trade jalonnent le niveau 3 ; la certification ROC, qui combine bio, équitable et pratiques régénératives mesurées, matérialise le passage au niveau 4. Le Château Galoupet en est un cas concret en France.
- L’équation économique, coûts immédiats contre bénéfices différés, se résout par la coalition et le partage des coûts et de la valeur. La multivalorisation des matières est un levier concret — l’ortie donne du textile, du thé et de la cosmétique —, Guatex fait de son ACV positive un argument de souveraineté industrielle, et la philanthropie peut financer les diagnostics sans contrainte de retour sur investissement.
- La coalition et l’allègement de la charge sur les producteurs : s’entendre sur une méthode commune et placer les producteurs au cœur, comme co-concepteurs. Nous Sommes Vivants y tient un rôle de facilitateur neutre, pour rééquilibrer le rapport de force.
- Le passage à l’échelle au-delà des convaincus : le monde industriel a besoin de cas diversifiés, et les sessions en ont apporté — un domaine viticole certifié ROC, une PME du latex à l’ACV positive, une initiative ESS de laine locale. Embarquer les directions de l’innovation, au-delà de la RSE, est décisif, et l’inspiration venue d’autres secteurs nourrit davantage que les exemples du même secteur.
- La valorisation auprès du consommateur : expliquer simplement des pratiques complexes, revendiquer sans greenwashing. La promesse — bio, local, santé, juste rémunération — est la clé de la viabilité, la qualité sensorielle et nutritionnelle reste le vrai déclencheur d’achat en alimentaire, et le Made in France régénératif est évoqué comme récit engageant.
Des positions tranchées en session
- Le bio est la base : un produit qui n’est pas bio ne peut pas revendiquer le régénératif. Pour orchestrer la transition, une innovation de transition est admise, à condition d’être locale ou équitable.
- L’excellence des pratiques pour la biodiversité, la santé et la juste rémunération ne se traduit pas forcément par un prix plus cher, et elle contribue au territoire.
- Une trajectoire plutôt qu’un basculement : se concentrer sur un produit et ses cahiers des charges, se déclarer en transition vers le régénératif sans surpromesse, et se donner une trajectoire collective sur dix ans.
- La mesure s’appuie sur les normes de la CSRD regroupées en services socio-écosystémiques, pour un langage commun, et va au-delà en mesurant les capacités du vivant que l’activité renforce.
Ce que les participants retiennent : la dimension inter-filières, qui fait sortir des silos ; le dialogue, rare, entre grands groupes et petites structures ; une approche par les produits, les filières et le terrain. Le message central : la régénération est un modèle économique viable, fondé sur la coopération entre acteurs d’une même filière, la multivalorisation des ressources et une valeur perçue par le client final ; les labels et scores structurent le chemin, la certification ROC matérialise la bascule.
Les suites prévues : un onboarding multi-filières, et des cercles par filière — alcools, cosmétiques, alimentation, textile. Le compte rendu complet : où en sont les filières bio régénératives en France · le compte rendu de la session du 17 décembre.
Sept enseignements communs aux Regenerative Circles
Des premières réunions aux journées de Lyon et de Marseille, les Regenerative Circles ont révélé des enjeux partagés et une envie de collaborer entre acteurs de la régénération. Sept enseignements les résument ; chacun s’appuie sur ce que le terrain a dit, ville par ville.
1. Passer d’une logique réparatrice à une logique régénérative
Les démarches actuelles, de la RSE à l’éco-conception, ont permis de réduire certains impacts négatifs. Elles restent insuffisantes face à l’érosion de la biodiversité, à la dégradation de la santé humaine et à la fragilisation des territoires : elles optimisent un modèle extractif sans régénérer le vivant.
Enseignements terrain
- La performance économique est robuste quand elle s’appuie sur une contribution réelle au vivant.
- En agriculture, le bio est essentiel pour viser la régénération ; il ne suffit pas à régénérer le vivant.
- Dans le textile et les matériaux, remplacer une matière polluante par une matière naturelle Made in France reste en deçà de la régénération.
- Dans l’industrie, optimiser la supply chain sans transformation ni collaboration avec les fournisseurs en amont laisse les ressources critiques exposées.
- Dans toutes les entreprises : mal-être au travail, démotivation, et plus largement une crise sociale en France.
- Les entreprises maîtrisent le bilan carbone et connaissent mal leur lien à la biodiversité ; une approche limitée au carbone produit des décisions monocritères qui peuvent dégrader le reste (Marseille).
2. Réconcilier modèle économique et régénération du vivant
La régénération révèle une tension entre des investissements immédiats et des bénéfices environnementaux, sociaux et économiques différés — idéalement trois ans, souvent cinq à quinze. L’enjeu central est de concevoir des innovations à financer sur des modèles économiques régénératifs, capables de sécuriser la viabilité à court terme tout en orientant l’activité vers une trajectoire régénérative.
Enseignements terrain
- Les agriculteurs ne peuvent pas absorber seuls les coûts de transition.
- Les marques engagées sont prises en étau entre les exigences de l’amont et la pression prix de l’aval.
- Les industriels reconnaissent l’intérêt stratégique — sécurité, souveraineté, résilience — et peinent à sortir du court-termisme.
- Les filières appellent à passer d’une logique de « coût de la transition » à une logique d’investissement collectif, avec des retours partagés dans le temps : l’économie de la mutualité.
- La multivalorisation des matières multiplie les usages et les revenus — l’ortie donne du textile, du thé et de la cosmétique (Agri).
- Les dirigeants raisonnent d’abord en économie : l’argument doit montrer ce que l’entreprise gagne, ou ce qu’elle évite de perdre demain (Marseille).
3. Sortir de l’isolement : coopérer à l’échelle des filières
La régénération est systémique par nature : transformer une chaîne de valeur se fait à plusieurs. L’enjeu est de passer de la performance individuelle à une coopération structurée de filière, fondée sur le partage des risques, des investissements et des bénéfices.
Enseignements terrain
- En viticulture, les pratiques régénératives restent fragiles sans contrats longs et sans alignement de l’aval — la distribution, mais aussi les consommateurs, par des labels régénératifs ou des scores de transition vers la régénération.
- Dans le textile, une fibre locale devient viable quand agriculture, transformation, marques et distribution se coordonnent.
- Dans les matériaux biosourcés, une filière prend forme quand l’aval s’engage réellement.
- La coopération conditionne la viabilité économique des projets.
- Les accompagnants viennent apporter plus que chercher, et se retrouvent en concurrence dès qu’une mission est sur la table : la coopération demande des intérêts partagés et un cadre explicite (Marseille). Une coopérative de moyens entre indépendants en est une réponse (Lyon).
4. Clarifier le sens et les preuves du « régénératif »
L’usage opportuniste du terme crée de la confusion pour les investisseurs, du greenwashing volontaire ou non, et dévalorise les pionniers réellement engagés. L’enjeu est de s’accorder sur un référentiel commun — la certification ROC, américaine, est la plus avancée — sans imposer à tous une même mesure quantitative auditée par des tiers ; de relier pratiques réelles, cahiers des charges exigeants et preuves tangibles en affichage produit ; et de garantir la crédibilité sans discours moral ni idéal hors d’atteinte.
Enseignements terrain
- Des pratiques agricoles incompatibles avec le vivant sont revendiquées comme régénératives — hors bio, tunnel carbone —, tout comme des pratiques qui surexploitent les ressources humaines ou excluent les plus fragiles.
- Acheteurs et consommateurs perçoivent le régénératif comme un bio bon pour la biodiversité et la santé, qui rémunère correctement les producteurs.
- Les pionniers, engagés depuis des dizaines d’années dans la régénération de la biodiversité et des humains, voient leur exigence diluée.
- Les filières demandent un lien clair entre pratiques amont et affichage aval, en B2B comme en B2C : lire les labels, scores et étiquettes comme des jalons.
- Les mots comptent : « régénératif » crispe une partie des accompagnants (Paris), « écologie » est devenu clivant et « climat » connoté auprès des entreprises (Marseille).
5. Réconcilier temps court et temps long
Le temps du vivant, dix à vingt ans, est en tension avec les cycles budgétaires annuels, les décisions d’achat de court terme et les exigences de reporting financier. L’enjeu est de penser la régénération comme une trajectoire.
Enseignements terrain
- Les producteurs engagent des changements profonds quand ils ont de la visibilité à moyen terme.
- Les projets tiennent quand ils produisent des résultats économiques intermédiaires.
- Consensus autour de stratégies à trois horizons : sécuriser l’existant, lancer des innovations de transition viables, converger vers des modèles pleinement régénératifs.
- La décision prend du temps : jusqu’à trois ans avant qu’un client lance un premier chantier (Marseille).
6. Intégrer pleinement l’humain
Les principaux freins à la régénération sont relationnels, culturels et émotionnels plus que techniques. La régénération, c’est prendre soin de soi, des autres et de la nature.
Enseignements terrain
- Des chocs culturels entre agriculture, industrie, marketing, achats — et la finance.
- Des méfiances entre l’amont, le cœur d’activité et l’aval d’une même chaîne de valeur : on ignore qui fait quoi, et la confiance manque faute d’un cadre aux valeurs claires et aux engagements mutuels posés.
- Fatigue, solitude et tension chez un nombre croissant d’acteurs de la régénération, de l’ESS et du monde associatif.
- Une transformation tient dans la durée quand elle prend soin de tous les humains, sans exclusion.
- Le facteur humain est partout dans les pratiques, jamais nommé ni facturé (Paris) ; la confiance qui se donne d’emblée, plutôt que celle qui se gagne, est la condition de départ de la coopération (Lyon).
7. Le leadership régénératif, force motrice
Plusieurs initiatives ont vu le jour ces dernières années : Regen Ecosystem, la communauté Conseil Regen, Genact, et bien d’autres. Nous Sommes Vivants y a pris sa part avec les Lauriers de la Régénération, qui démontrent chaque année que la régénération du vivant est possible aujourd’hui, dans de nombreux secteurs, par des produits et services qui restaurent des capacités du vivant, des modèles économiques qui équilibrent viabilité et contribution, et une écosophie pratique qui reconnecte humains, nature et économie. La régénération y apparaît comme une réalité opérationnelle, qui inspire d’autres acteurs.
Nous continuons à faire notre part avec les Regenerative Circles : animer et outiller les écosystèmes d’acteurs de la régénération en croisant théorie et pratique — pratiques agricoles, d’accompagnement des entreprises, d’innovation et de leadership.
L’écosystème des acteurs de la régénération, cartographié
Chaque journée enrichit la cartographie des acteurs de la régénération en France. Elle situe chaque acteur sur la chaîne de valeur de l’accompagnement, de la prise de conscience au financement, et se lit aussi par région : l’axe Lyon-Grenoble-Clermont après la journée de Lyon, la région Sud après celle de Marseille.
873
fiches d’acteurs
232
entreprises, dont 97 lauréats des Lauriers
65
structures de financement
116
diagnostics Capacity Score au baromètre 2026
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Ajouter ma structure à la cartographieParcourir la cartographie
L’écosystème français des acteurs de la régénération du vivant en retrace les racines. Le baromètre Capacity Score 2026 situe celles et ceux qui portent la régénération, et nomme leur verrou commun : le modèle économique, quand il ne porte pas l’ambition affichée — le constat même des journées.
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Trois Circles, selon votre place dans la chaîne, et un objectif commun : accélérer les projets régénératifs.
Pour les marques
Regenerative Circle Agri
Alimentation, textile, cosmétiques, alcools, bois : poser la stratégie régénérative d’un produit avec les acteurs de sa filière, du champ au rayon.
Pour les accompagnants
Regenerative Circle Écosystème
Consultants, cabinets, réseaux, financeurs : coopérer entre acteurs de la sensibilisation au financement, en journées nationales et régionales.
Pour les managers en poste
Regenerative Circle Leadership
Directeurs métiers et managers opérationnels, tous secteurs : activer les leviers de la transformation — leadership, culture, gouvernance.
Trois façons d’entrer : faire le Capacity Score, qui évalue votre capacité à tenir vos trajectoires RSE, innovation et business et désigne le levier à travailler ; vivre un atelier en session découverte ; ou faire appel aux consultants du collectif.
Faire mon Capacity ScoreLes trois Regenerative CirclesFaire appel aux consultants
Que le territoire et ses habitants prospèrent grâce à l’activité économique — pas malgré elle. C’est le sens même de ces cercles.


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