Prisme de communication
Où se situe votre claim ?
Insister sur ce qu’un produit évite, ou valoriser ce qu’il permet ? Les deux sont légitimes — tout dépend d’où en est votre produit sur sa trajectoire. Et c’est la préposition de votre message qui le révèle.
Dans la même série
→ La communication régénérative : du désir à la preuve — la méthode complète
À force de communiquer sur ce qu’elles suppriment — sans pesticides, sans plastique, moins de carbone —, les marques ont oublié de dire ce qu’elles apportent. Or la valeur n’est jamais dans le retrait : elle est dans ce qu’une activité rend possible.
Ce glissement n’est pas qu’affaire de vocabulaire. « Sans » dit ce que l’on évite ; « avec » dit ce à quoi l’on s’engage. Ce ne sont pas la même promesse, ni la même force d’engagement — et le choix des mots, à commencer par les prépositions, en dit long sur ce qu’une marque est réellement prête à porter.
Cet article propose un prisme pour situer le message que vous portez aujourd’hui — quel que soit votre secteur. Alimentaire, cosmétique, textile, tourisme, énergie : la même grille de lecture s’applique partout, car partout un produit peut se raconter du « sans » qu’il évite au « avec » qu’il rend possible. Le quoi raconter et le comment le prouver, nos articles sur l’imaginaire désirable et sur le passage du désir à la preuve s’en chargent.
Sortir des imaginaires anxiogènes
La Fresque des Imaginaires part d’un constat : nos représentations de l’écologie sont saturées de récits dystopiques — l’effondrement, la contrainte, le renoncement. Son travail est d’ouvrir vers des imaginaires désirables, où la transition n’est plus une punition mais une manière plus riche d’habiter le vivant. La régénération en est l’horizon.
Pour cela, elle s’appuie sur quatre relations au vivant. L’IPBES les formule comme quatre systèmes de valeurs :
Vivre DE la nature (anthropocentrisme) — la nature est une ressource au service du confort individuel et de l’agir collectif.
Vivre DANS la nature (biocentrisme) — toute vie mérite une considération morale égale ; l’humain protège les êtres vivants.
Vivre AVEC la nature (écocentrisme) — au sein de l’écosystème Terre, les êtres vivants interagissent autour des ressources nécessaires à la vie.
Vivre CONNECTÉ à la nature (multicentrisme) — le vivant se régénère dans une trame de relations entrelacées entre humains, non-humains et ressources vitales. Chacun intègre le point de vue des autres dans la recherche d’un intérêt mutuel. C’est le cadre de référence de Nous Sommes Vivants, développé dans la régénération du vivant telle que nous la portons.
Ces quatre relations, identifiées par l’IPBES et complétées par les travaux de la psychosociologue Nicole Huybens, se structurent par deux axes issus de l’éthique environnementale. En vertical, l’individualisme (je me pense comme un sujet) face à l’holisme (je me pense comme partie d’un tout). En horizontal, la ségrégation (je me sépare du reste du vivant) face à l’intégration (je m’y relie).
Lue côté message, cette grille devient un prisme. Car l’axe horizontal, ségrégation → intégration, sépare deux grammaires du claim — et ces deux grammaires portent chacune un imaginaire.
À gauche, se protéger CONTRE — l’imaginaire de la menace conjurée. Le claim barre, exclut, se défend : « sans », « zéro », « lutte contre ».
À droite, œuvrer AVEC — l’imaginaire désirable de l’alliance. Le claim relie et contribue : « avec », « pour », « grâce à ».
Les quatre postures de claim, dans l’alimentaire
Chaque quadrant porte sa propre grammaire. Repérez celle de votre dernier message.
↑ Individualisme
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Anthropocentrisme Vivre DE la nature · Limiter Le claim du moindre mal. L’humain reste maître, il prélève simplement moins. La préposition : « moins de… » moins de plastiqueempreinte réduite |
Multicentrisme Vivre CONNECTÉ à la nature · Régénérer — la cible Le claim contributif. On tisse des liens avec les êtres vivants, humains et non-humains, pour augmenter leurs capacités. La préposition : « pour / grâce à / avec… » régénérer les sols avec nos éleveursun revenu juste aux paysans |
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Biocentrisme Vivre DANS la nature · Réduire Le claim défensif — celui du bio historique. On protège en renonçant à ce qui nuit. La préposition : « sans / zéro / contre… » sans pesticideszéro OGM |
Écocentrisme Vivre AVEC la nature · Restaurer Le AVEC qui s’amorce. On répare, on relocalise, on travaille avec le système — écosystèmes et emplois du territoire. La préposition : « avec le système… » circuit courtfilière relocalisée |
↓ Holisme
| ← Ségrégation (CONTRE) | (AVEC) Intégration → |
La colonne de gauche réunit deux façons de se situer. En haut, l’anthropocentrisme met l’humain au centre : la nature est une ressource, on limite le prélèvement. En bas, le biocentrisme met la nature au centre : on protège le vivant en gardant l’activité humaine à distance. Deux postures sincères et souvent nécessaires — mais qui pensent encore l’entreprise et le vivant comme deux mondes séparés.
La colonne de droite les relie. En bas, l’écocentrisme réintègre l’activité dans le système : on restaure, on relocalise, on travaille avec les écosystèmes et le territoire. En haut, le multicentrisme tisse des liens entre tous les vivants, humains et non-humains : l’activité ne se contente plus de s’inscrire dans le système, elle en augmente les capacités. L’entreprise et le vivant cessent d’être deux mondes.
C’est tout le mouvement que ce prisme donne à voir : le passage de « se protéger contre » à « œuvrer avec ».
Ce mouvement n’est pas qu’une affaire de posture : il change le futur que l’on raconte. Se définir par ce qu’on évite, c’est se raconter depuis le pire à fuir — le monde empoisonné, dégradé, dont on ne veut pas. C’est le récit dystopique : un futur redouté que l’on cherche à conjurer. Le « avec » renverse le regard et projette un futur désirable que l’on fait advenir. Là où le « sans » mobilise par la peur, le « avec » donne envie.
Un yaourt qui passe du « sans » au « avec »
Un même produit peut se situer à quatre endroits de sa relation au vivant. Ce ne sont pas quatre options interchangeables : un récit gagne en légitimité à mesure qu’il s’appuie sur du concret. Difficile de raconter « régénérer » sans avoir d’abord réduit ce qui nuit. Et à mesure qu’on avance, le message glisse de ce qu’on retire vers ce qu’on rend possible.
Alimentaire · un yaourt
D’un cran à l’autre, on passe de ce qu’on retire (moins, sans) à ce qu’on rend possible (avec, pour) : de la séparation à la relation.
Deux façons de dire « avec »
La colonne de droite abrite deux « avec » — et ils ne disent pas la même relation au vivant. C’est la nuance la plus fine du prisme, celle qui sépare l’adaptation de la régénération.
Le premier, celui de l’écocentrisme, c’est œuvrer avec le système. On travaille avec les équilibres de l’écosystème, on répare, on s’adapte, on relocalise. La nature est un tout que l’on gère de l’extérieur, avec soin — mais l’entreprise reste le pilote qui optimise sa relation à un environnement.
Le second, celui du multicentrisme, c’est œuvrer avec les vivants. Non plus un système à gérer, mais des partenaires singuliers avec qui l’on tisse des liens réciproques : ces éleveurs, ces sols, ces habitants du territoire. On ne pilote plus le vivant de l’extérieur, on co-évolue avec lui. C’est là que le claim devient contributif : régénérer, c’est tisser des relations mutuellement bénéfiques entre les êtres vivants d’un territoire, de sorte que chacun renforce par son activité la capacité des autres à évoluer — ce que le modèle économique organise dans une alliance de parties prenantes.
Insister sur ce qu’on évite a un effet caché. Se définir par le « sans », c’est encore se raconter à partir du pire — le monde empoisonné, dégradé, qu’il faudrait fuir. Le claim défensif projette vers un futur qu’on redoute, jamais vers celui qu’on construit. C’est la structure même du récit dystopique : un horizon de catastrophe à éviter. Le « avec », lui, projette vers un futur désirable que l’on fait advenir.
Et c’est ce second « avec » qui embarque. « Avec le système » rassure ; « avec nos éleveurs qui régénèrent leurs prairies » raconte des gens, un lieu, un devenir. Le consommateur s’attache à ces liens vivants bien plus qu’à une gestion, aussi vertueuse soit-elle.
Retour d’expérience · La Poste
Avec les déléguées RSE de La Poste, nous avons construit la feuille de route de l’année à venir à partir de la Fresque des Imaginaires et de planches illustrées sur le numérique, les services, les agences et le territoire. Voir le retour d’expérience →
Une même grille pour le dire et pour le vivre
Le message d’une marque et sa manière de faire se lisent sur les mêmes quatre imaginaires — anthropocentrisme, biocentrisme, écocentrisme, multicentrisme. Le prisme situe ce que la marque dit ; la même grille, appliquée à ses pratiques, révèle ce qu’elle fait. Quand un message relève de l’imaginaire de la régénération mais que les pratiques en sont encore à limiter, le décalage saute aux yeux sur la grille — et trace, dans la foulée, le chemin pour le résorber.
C’est tout l’objet de la Fresque des Imaginaires : travailler collectivement l’imaginaire de sa marque pour ouvrir un récit désirable, ancré dans le vivant.
Découvrir la Fresque des Imaginaires →Et pour situer votre posture sur cette même trajectoire, l’auto-diagnostic Capacity Score révèle où vous en êtes — de Limiter à Régénérer.
Pour aller plus loin
→ Communiquer un imaginaire désirable — l’amont du récit
→ Les imaginaires de l’écologie ouvrent l’innovation — les 4 pistes d’innovation
→ Le jugement Volvic — quand le claim défensif se fait rattraper par la preuve

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