Une trajectoire RSE financée sur les marges se rediscute chaque automne. Financée par le modèle économique, elle tient : c’est le business case de la régénération. Pour passer de l’une à l’autre, l’économie régénérative met à disposition quatre mécanismes, qui se combinent, et trois endroits où les inscrire pour qu’ils engagent. Encore faut-il savoir d’où l’on part, et les instruire avec ceux qui les portent.
Ce qui bloque le financement, c’est le modèle économique
Notre baromètre Capacity Score le mesure chez les acteurs déjà engagés, sur 116 diagnostics complets : la contribution au vivant reste un coût prélevé sur les marges pour 62 % des répondants, une source de revenu pour 14 %. Chez les 74 répondants en poste, le levier le plus en retrait des six est la gouvernance et le financement, à 54 % : qui décide, avec quel modèle économique, et quel financement.
Le baromètre en tire une phrase qui commande la suite : le déblocage tient au modèle plus qu’au budget. Il suppose de passer d’un modèle où l’écologie doit rapporter des économies à un modèle où la contribution est d’abord un investissement partagé, puis une source de valeur. Le financement suit le modèle. C’est aussi ce que montre notre lecture de l’arbitrage annuel : un budget RSE se gagne sur une ligne de compte de résultat.
1. D’où l’on part : l’intention devance la capacité
Le Capacity Score situe une organisation sur quatre niveaux, limiter, réduire, restaurer, régénérer, et révèle sa posture de leadership dominante : le Garde-fou, qui se conforme pour préserver l’activité ; l’Optimisateur, qui réduit les impacts négatifs à modèle constant ; l’Architecte, qui adapte le modèle pour réparer les écosystèmes dégradés ; le Jardinier, qui transforme le modèle pour que le territoire et ses habitants prospèrent avec l’activité, la contribution au vivant devenant la source de sa valeur.
L’écart que le baromètre met au jour. La trajectoire affichée la plus fréquente est régénérative, pour un tiers des répondants. Près de quatre sur dix n’ouvrent pourtant la décision à aucune voix du vivant, et une entreprise sur sept seulement la partage en co-décision. L’intention devance la capacité : c’est cet écart, plus que le montant du budget, qu’il s’agit de combler.
2. Quatre mécanismes financent la trajectoire, à deux moments différents
L’économie régénérative offre quatre mécanismes. Ils se combinent, et chacun traite une partie différente du problème.
| Mécanisme | Ce qu’il change | Le cas |
|---|---|---|
| La mutualité | La valeur naît des relations entre les acteurs d’une chaîne plutôt que de l’optimisation de chacun. C’est le cadre formulé par Bruno Roche à partir de quinze ans de travaux chez Mars : on optimise la solidité de la relation qui produit la marge. | C’est qui le Patron ?! × LSDH : le cahier des charges du lait bio est voté par 7 365 consommateurs, le prix est demandé par les éleveurs à partir de leurs coûts puis validé par les sociétaires, 0,59 € le litre pour l’éleveur sur un prix rayon de 1,47 €. |
| Le co-investissement | Plusieurs acteurs d’une même chaîne engagent ensemble de la durée, du préfinancement et des outils, puis se partagent la valeur créée. Le capital construit à l’extérieur de l’entreprise apparaît dans les comptes classiques des deux parties. | Royal Canin : 250 000 € investis dans la formation de six cents cliniques vétérinaires, avec groupe témoin, plus de deux millions d’euros de ventes supplémentaires d’un côté, 40 % de turnover en moins et plus de cinq millions de dollars de rentabilité cumulée de l’autre. Un rapport de un à huit. |
| La multivalorisation | Une même matière première ouvre plusieurs marchés, ce qui rend une filière viable quand un seul débouché couvre mal le coût des pratiques. Le mécanisme se travaille à la conception : on pense les usages avant de planter. | La filière ortie : la même plante alimente le textile, la boisson et la cosmétique, avec trente parties prenantes réunies sur trois régions. |
| Le temps | Un sol met des années à retrouver sa vie, une filière à nouer des engagements qui tiennent, quand une entreprise se pilote en exercices de douze mois. L’engagement long est le mécanisme le moins coûteux et le plus rarement actionné : il demande une signature plutôt que de la trésorerie. | Léa Nature : dix-sept filières françaises en co-construction, dont dix sous label de commerce équitable, avec prix minimum garanti indépendant des cours, préfinancement des récoltes et co-investissement dans les outils de première transformation. |
Ces quatre mécanismes financent deux moments différents. Le co-investissement et le temps portent la période de bascule, celle où les rendements baissent et où les investissements montent. La mutualité et la multivalorisation portent le modèle une fois installé, parce qu’elles agissent sur ce qui se vend. Une aide publique facilite la traversée de la bascule ; elle vient en plus des mécanismes, jamais à leur place. Les montages sont détaillés dans notre article sur qui va payer pour la régénération.
3. Ils engagent quand ils s’écrivent : le contrat, les statuts, la coalition
Ces mécanismes engagent quand ils s’écrivent quelque part. Trois endroits coexistent, du plus rapide au plus engageant.
| Endroit | Comment | Ce qu’il sécurise |
|---|---|---|
| Le contrat | La voie du commerce équitable : prix minimum garanti, engagement pluriannuel, prime de développement, vérification par un tiers | Le producteur, immédiatement, avec le moins de transformation pour l’acheteur |
| Les statuts | La voie de la gouvernance : titres incessibles, lucrativité limitée, sociétariat des producteurs ou des consommateurs | Un partage de la valeur qui tient au changement de direction |
| La coalition territoriale | Coopératives, industriels, financeurs et acteurs publics d’un même bassin autour de la table, avec un indicateur commun | Ce qu’un contrat bilatéral atteint mal : la ressource partagée d’un territoire |
Pour une filière entière, la coalition est le point d’arrivée : le Regenerative Circle Agri réunit ses acteurs sur douze mois, autour des cinq ateliers du business model régénératif.
4. Ils s’instruisent à plusieurs : les cinq ateliers du business model régénératif
Cinq questions se posent, dans cet ordre, chacune dépendant de la précédente. De quoi votre activité dépend-elle vraiment, et à quelle vitesse ces ressources se renouvellent-elles ? Qui décide de cette dépendance, et qui manque à la table : le producteur, le transformateur, le financeur, la collectivité ? Qu’est-ce qui se vendrait autrement si on le concevait ensemble ? Qui avance quoi, et qui gagne quoi ? Comment cela se lit-il dans les comptes, à un an et à dix ans ?
Ce sont les cinq ateliers du business model régénératif, menés avec les parties prenantes de votre chaîne de valeur. Les deux derniers portent la question budgétaire : le quatrième chiffre ce que la trajectoire coûte et rapporte, le cinquième la rend lisible par une direction financière. Les mécanismes et les endroits décrits plus haut y prennent leur forme, construite avec ceux qui les porteront.
Poser le modèle économique de votre trajectoire
Éprouvez le business model régénératif sur un exemple de produit, en deux à trois heures, avant de poser votre stratégie. Pour le conduire vous-même, la formation à l’animation dure deux jours, certifiée Qualiopi et éligible aux OPCO.
Réserver une session découvertePour le dérouler sur votre offre, avec vos parties prenantes : faire appel à nos consultants.
Top line exécutive
Le déblocage tient au modèle plus qu’au budget. Chez les acteurs engagés, la contribution reste un coût prélevé sur les marges pour 62 % des répondants au baromètre, une source de revenu pour 14 %, et chez les répondants en poste, le levier le plus en retrait est la gouvernance et le financement, à 54 % : qui décide, et avec quel modèle.
Quatre mécanismes économiques y répondent et se complètent. Le co-investissement et le temps portent la période de bascule ; la mutualité et la multivalorisation portent le modèle une fois installé, parce qu’elles agissent sur ce qui se vend. Une aide publique facilite la traversée de la bascule, en plus des mécanismes.
Ces mécanismes engagent quand ils s’inscrivent : dans un contrat, dans des statuts, dans une coalition territoriale. Et ils s’instruisent avec les acteurs de la chaîne de valeur, dans les cinq ateliers du business model régénératif, parce que c’est entre eux que la valeur se crée et se partage.

Laisser un commentaire