Comment la certification ROC — Regenerative Organic Certified — grandit-elle, des États-Unis à l’Europe, et qu’est-ce qui en fait le standard à la plus forte croissance dans les rayons américains ? Réunis aux Lauriers de la Régénération 2026, la Regenerative Organic Alliance, l’organisme certificateur ICEA, Davines et Champagne Telmont ont retracé ce mouvement : ce que recouvre le label, les opportunités propres au contexte européen, les perspectives pour les agriculteurs, et l’effet concret de la certification sur les ventes et l’attractivité des marques.
Growing the Regenerative Organic Certified Movement in Europe
Animée par Jérémy Dumont, Nous Sommes Vivants.
Ce que recouvre la certification ROC™ et l’état de sa croissance aux États-Unis et en Europe ; les opportunités spécifiques au contexte européen (expérience d’ICEA) ; les perspectives pour les agriculteurs ; l’expérience de Davines et le parcours de Telmont vers ROC™ ; l’effet concret de la certification sur les ventes et l’attractivité des marques.
Avec Christopher Gergen (CEO, Regenerative Organic Alliance Worldwide) · Dario Fornara (Research Director, Davines · Rodale Institute European Center, Italie) · Justin Meade (Directeur Général, Champagne Telmont · Rémy Cointreau, France) · Mariano Serratore (Direction Générale, ICEA, Italie).
Jérémy Dumont a ouvert la première journée de l’édition 2026 en posant la thèse qui a traversé tout l’échange : la régénération n’est pas qu’une affaire d’agronomie, c’est une affaire de modèle économique. Là où la RSE traite l’impact comme un coût à réduire, la régénération en fait le moteur de la valeur : une autre façon de cultiver — des produits certifiés Regenerative Organic — génère des ventes et de la marge, et crée une valeur que le consommateur peut comprendre, chérir, et qui fait une différence concrète. C’est la triple profitabilité : un même geste sert l’économique, le social et l’environnemental, sur un territoire donné. Le palmarès 2026 distingue cette année trente-huit produits ; sept d’entre eux portent la certification ROC. Leur hétérogénéité est revendiquée : whisky, champagne, sucre, cosmétique. Des produits radicalement différents, mais qui partagent les mêmes valeurs et la même certification — avec un tampon Regenerative Organic Certified directement lisible sur le produit, si bien que la main du consommateur peut passer d’un produit à l’autre en rayon, par-delà les catégories.
Au-delà des sept lauréats ROC, les Lauriers de la Régénération récompensent près de cent produits et services sur trois éditions, dans quinze secteurs : champagne et cosmétique, mais aussi textile, architecture, distribution, tourisme, finance, numérique, éducation, culture et économie sociale. Banque coopérative (Crédit Coopératif), assureur mutualiste (MACIF), territoires en transition (Loos-en-Gohelle), santé communautaire (Le Jardin), micro-crédit (ADIE) : la régénération irrigue désormais toute l’économie, autour de quatre enjeux partagés — le climat, la biodiversité, l’équité, et la santé.
Ce que recouvre la certification ROC
Christopher Gergen pose le cadre de fond. La certification a été établie en 2020 par un collectif de parties prenantes convaincues qu’il fallait ancrer le régénératif dans le socle du bio. Sa formule est restée : « organic is our middle name ». Le bio est au cœur même de l’appellation, et le raisonnement est tranché — on ne peut pas être régénératif sans être bio. Continuer à s’appuyer sur des intrants chimiques toxiques et persistants tout en se réclamant du régénératif n’est pas, à ses yeux, authentiquement régénératif.
Sur ce socle organique se greffent trois piliers : la santé des sols, le bien-être animal et l’équité sociale. L’ensemble forme une certification tierce partie : la Regenerative Organic Alliance s’appuie sur des organismes certificateurs partenaires — comme ICEA — pour mener des audits indépendants des fermes et vérifier la conformité. Gergen revendique le statut de standard le plus exigeant au monde pour la pratique agricole, et file la métaphore de l’étoile polaire : dans le mouvement qui s’éloigne de l’agriculture industrielle conventionnelle, ROC devient le cap vers lequel on s’oriente, de plus en plus reconnu par les consommateurs.
« L’Europe est l’endroit où le mouvement régénératif accélère désormais. L’appétit est là — des consommateurs, des distributeurs, d’une nouvelle génération de marques. Notre rôle est de l’aider à grandir sur des bases solides, avec des standards rigoureux et certifiés par tierce partie. Des prix comme les Lauriers de la Régénération sont exactement ce qui construit la notoriété dont l’Europe a besoin. »
— Christopher Gergen, CEO, Regenerative Organic Alliance
L’échelle du mouvement
Plus de 53 000 petits producteurs certifiés — Gergen évoquait au panel un horizon proche de 70 000 — répartis dans des dizaines de pays, avec d’autres dans le pipeline.
Environ 520 fermes et ranchs certifiés, audités par 15 organismes certificateurs partenaires et plus de 200 auditeurs formés.
372 marques licenciées — contre un peu plus de 200 début 2025, soit un quasi-doublement en 18 mois, l’objectif des ~400 étant en vue.
Plus de 580 types de cultures et près de 3 100 produits certifiés, sur quelque 21 millions d’acres.
Un peu plus de 85 % des licenciés sont aux États-Unis — d’où l’enjeu européen de ce panel.
Gergen distingue deux façons d’être ROC, qui structurent la chaîne de valeur. La marque qui source des ingrédients certifiés, d’abord : Davines achète ainsi des ingrédients ROC pour ses cosmétiques. Le producteur-marque intégré, ensuite : Telmont est à la fois un producteur certifié — les vignerons utilisent les pratiques régénératives — et une marque licenciée qui appose le sceau sur le produit. Cette montée en puissance du nombre de licenciés est ce qui tire la demande adressée aux fermes.
Lever les trois barrières : le flywheel de l’impact
En interrogeant les agriculteurs, la Regenerative Organic Alliance a identifié trois barrières à la transition : le coût, la connaissance et — la plus déterminante — le marché. Sans signal de demande, sans engagements d’achat anticipés, les fermes ne transitionnent pas. D’où une stratégie en boucle : construire la demande (sensibilisation des consommateurs, dialogue avec les distributeurs, adoption croissante par les marques) ; accompagner l’offre avec des partenaires techniques comme le Rodale Institute et l’European Regenerative Organic Center ; puis capter les bénéfices de la transition pour réalimenter la demande.
Ces bénéfices sont au nombre de trois, voire quatre. Le bénéfice environnemental, d’abord : davantage de carbone séquestré, de matière organique dans les sols, de biodiversité, de rétention d’eau. En basculant d’un système chimique à un système biologique, l’agrosystème gagne en résilience. Le bénéfice économique et social, ensuite : parce qu’il existe un standard d’équité, les fermes certifiées versent un salaire décent et garantissent un prix juste — dans le Sud global, l’alignement se fait avec Fairtrade International, avec versement d’une prime aux producteurs, au bénéfice des communautés rurales environnantes. Le bénéfice santé et qualité, enfin, pour l’alimentaire : des aliments cultivés sur des sols vivants et denses en nutriments, sans produits chimiques, à la fois plus nutritifs et plus sûrs. Gergen indique disposer de données croissantes sur la densité nutritionnelle, et ajoute un gain de goût — grains ou raisins cultivés en environnement régénératif offrent de meilleures saveurs. On gagne côté goût et côté santé à la fois.
Le rôle de l’Alliance est alors de traduire ces bénéfices par un récit fondé sur la donnée, vers le marché : plus de consommateurs en demandent, plus d’offre bascule, plus d’impact se produit, plus de demande naît. La boucle se referme.
Sols vivants, aliments plus sains : le lien santé
C’est l’un des bénéfices les plus prometteurs, et l’un des moins explorés jusqu’ici. La régénération des sols ne change pas seulement le climat et la biodiversité : elle change ce que nous mangeons. Des sols vivants, riches en matière organique et en vie microbienne, donnent des plantes plus denses en nutriments — et donc des aliments à la fois plus nutritifs et meilleurs au goût. Dario Fornara, écologue des sols, résume le fil que comprennent immédiatement les visiteurs de l’EROC : des sols sains font des plantes saines, qui font des personnes saines.
Pour étayer ce lien par la donnée, la Regenerative Organic Alliance s’est associée à Edacious afin de mesurer la relation entre les cultures certifiées Regenerative Organic et la santé humaine. C’est un tournant : après le climat, la biodiversité et l’équité, la santé devient le quatrième pilier du récit régénératif — celui qui parle le plus directement au consommateur, et qui relie l’assiette au sol.
Les ambitions européennes
Gergen annonce le deuxième événement annuel « Together We ROC Europe », prévu chez Davines, à l’EROC, en octobre. Les objectifs affichés pour l’Europe sont nets : accroître la sensibilisation des consommateurs — Gergen salue ici le rôle des Lauriers, qui braquent la lumière sur ces marques — ; dépasser cent marques ROC en Europe ; transitionner plus de cent mille acres toutes catégories confondues, avec une dynamique déjà visible dans le champagne et le vin mais présente sur toutes les lignes de produits ; s’appuyer sur des distributeurs partenaires comme BioCoop, qui cherchent à mettre davantage de produits ROC en rayon ; et peser dans le débat européen sur les standards, en travaillant avec des leaders comme IFOAM International pour lutter contre le greenwashing, exiger des standards rigoureux certifiés par tierce partie et éclairer la future politique européenne en l’adossant à une science solide.
Le regard d’ICEA : une opportunité doublée d’une menace
Mariano Serratore présente ICEA — Institute for Environmental and Ethical Certification —, consortium à but non lucratif né en Italie au cœur du mouvement bio, actif dans l’alimentaire comme dans le non-alimentaire : cosmétique, textile, bâtiment durable. ICEA a co-fondé avec Ecocert le standard Cosmos, opère comme organisme certificateur tout en conservant son esprit non lucratif, a créé une division dédiée — ICEA Open Sustainability — vouée à promouvoir le bio et le régénératif, et est devenu ambassadeur de la Regenerative Organic Alliance.
Serratore pose une tension de fond. D’un côté, le régénératif est une grande opportunité d’innovation pour le mouvement bio. De l’autre, il porte une menace : il n’existe pas encore de définition globale précise du terme « régénératif », et ce flou ouvre la porte à des interprétations divergentes — donc au risque de dilution et de greenwashing.
Le moment charnière qu’il met en avant est le Congrès IFOAM organisé à Taïwan en 2024. ICEA y a co-organisé, avec IFOAM Organics Europe et la Regenerative Organic Alliance, une table de travail réunissant les principaux acteurs européens et mondiaux du bio et du régénératif. Le résultat fut un chemin partagé, puis, lors de l’assemblée finale, l’approbation de la première déclaration officielle du mouvement bio sur le régénératif — « Elevating Fully Regenerative Agriculture », disponible sur le site d’IFOAM. Point essentiel : cette déclaration colle étroitement à l’approche ROC, en établissant une forte connexion entre système de production bio et régénération, posée comme une évolution du bio.
Pour Serratore, l’atout majeur de ROC est son approche holistique : la certification part du champ mais s’applique aussi bien à l’alimentaire qu’au non-alimentaire — cosmétique, textile, bâtiment. C’est un levier d’innovation puissant.
Les filières en demande en Europe
À partir de l’expérience directe d’ICEA, Serratore cartographie les filières en croissance. Côté alimentaire, les pâtes, le vin et l’huile d’olive constituent aujourd’hui les filières principales en demande ; le riz est une filière particulièrement intéressante, avec un nombre croissant de marques et de producteurs visant la certification ; les aliments transformés intégrant un ingrédient ROC offrent une opportunité, car des marques européennes peuvent piloter directement ces produits ; les huiles végétales s’ajoutent au-delà de l’huile d’olive. Côté non-alimentaire, la demande porte sur les matières premières cosmétiques, le coton, le chanvre — fibre végétale émergente pour le textile —, le lin et les fibres animales, eux aussi en demande croissante.
Les opportunités qu’il identifie pour ROC en Europe tiennent à la montée de la conscience des consommateurs, qui réclament des approches plus compatibles avec le climat, y compris sur le volet mesure d’impact ; à l’évolution des politiques européennes ; et à l’exploration de nouvelles formes de soutien financier fondées sur une logique de crédits nature, cadre dans lequel ROC s’inscrit bien. Le défi central reste d’améliorer la sensibilisation du consommateur européen. Pour l’avenir, Serratore appelle à des standards rigoureux, fondés sur la donnée et clairs : ROC est selon lui la référence aujourd’hui reconnue, parce qu’elle conjugue une approche scientifique et transparente du régénératif avec un lien explicite à la production bio — une valeur de tête pour gagner la confiance du consommateur.
L’EROC de Davines : accompagner la transition des fermes
Dario Fornara présente le projet EROC — European Regenerative Organic Center. Lancé il y a quatre ans comme partenariat entre le groupe Davines et le Rodale Institute, il est conçu comme un laboratoire ouvert poursuivant trois objectifs : recherche, éducation et dissémination des principes de l’agriculture régénérative bio. Concrètement, environ dix-sept hectares près de Parme ont été progressivement transformés en plateforme de démonstration — expérimentations, chemins, lisières, système d’irrigation —, un lieu pour montrer aux visiteurs ce que recouvre la régénération en pratique. Fornara, écologue des sols, raconte avoir récemment accueilli un groupe de soixante-quinze coiffeurs et clients venus des États-Unis : des professionnels très sensibles au sujet, qui comprennent le lien entre des sols sains, des plantes saines et des personnes saines — le message clé.
La motivation initiale de Davines, il y a cinq ans, était d’augmenter le nombre d’ingrédients régénératifs bio, issus de plantes saines poussant sur des sols sains. Pour un fabricant de cosmétiques, intégrer un tel ingrédient signifie qu’un agriculteur a conduit son sol de façon régénérative bio : une solution gagnant-gagnant dès l’origine. Davines sélectionne des fermes déjà bio susceptibles de fournir les ingrédients dont la maison a besoin, puis les accompagne vers la certification ROC avec les équipes de la ROA et d’ICEA. Au total, la maison a aidé au moins seize fermes à obtenir la certification, et travaille sur plusieurs autres. Sa ligne phare lancée cette année, Essential, mobilise des ingrédients venus principalement d’Italie, mais aussi d’Afrique du Nord et du Burkina Faso (baobab, hibiscus blanc), avec du café vert du Pérou. Le rôle d’une marque cosmétique, souligne Fornara, est ainsi d’ouvrir à ces fermes — souvent déjà actives dans l’agroalimentaire — un petit marché parallèle qui diversifie leur portefeuille.
Côté science, l’EROC mesure au champ les bénéfices de la régénération bio par rapport au conventionnel. Sur des parcelles traitées chimiquement et travaillées comme dans le nord de l’Italie, comparées à des parcelles régénératives bio portant les mêmes cultures, trois indicateurs clés ne laissent aucun doute : le microbiome du sol, le nombre de micro-arthropodes et le nombre de vers de terre progressent nettement sur les parcelles régénératives — et ces changements de la biologie du sol s’observent dès la deuxième année. Davines a transformé ces résultats en une vidéo d’une minute pour convaincre coiffeurs et esthéticiennes, en première ligne pour transmettre le message.
Telmont : le premier champagne ROC au monde
Christopher Gergen amorce la transition vers Justin Meade en rappelant que le mouvement croît dans toutes les industries — le vin et le champagne comptant parmi les plus enthousiasmants, avec désormais quarante et un domaines viticoles certifiés ROC dans le monde. Il cite deux constats marquants : en Californie, où l’eau manque, les domaines régénératifs bio consomment jusqu’à 70 % d’eau en moins grâce à la richesse et à la fertilité du sol ; et dans un domaine de Paso Robles, une dégustation comparée entre une parcelle conventionnelle et une parcelle régénérative bio révèle des arômes sensiblement plus complexes côté régénératif. Le gain agronomique s’accompagne d’un gain de goût.
« Le vin est bon si la terre est belle. On ne peut pas être régénératif sans être d’abord bio. »
— Justin Meade, Directeur Général, Champagne Telmont (Rémy Cointreau)
Justin Meade prend le relais avec cette formule qui résume la philosophie de la maison. Telmont est une petite maison de dix-sept personnes, de la culture du raisin à l’élaboration des vins, qui entend faire le meilleur champagne sans aucun compromis environnemental. Il rappelle que seuls 5 % du champagne sont certifiés bio : Telmont est une minorité. Il vise aussi un mot galvaudé dans la catégorie — « régénératif » —, parfois employé par des acteurs qui continuent d’utiliser herbicides, pesticides, fongicides et engrais chimiques. Pour Telmont, c’est incompréhensible : on ne peut pas être régénératif sans être d’abord bio. C’est précisément là que la maison rejoint la ROA et la certification ROC — le bio comme première marche, puis l’ajout de pratiques qui renforcent la biodiversité (couverts végétaux, pratiques biodynamiques) à l’échelle du vignoble.
Meade illustre la différence par un test mené en Champagne : déraciner un cep conventionnel donne des racines d’environ 70 centimètres ; un cep bio régénératif descend à 3 mètres. À ce stade, dit-il, ce n’est plus la même plante — elle ne se nourrit plus de la même façon, ne se comporte plus pareil, et ne donne donc pas le même fruit. Telmont est fier d’être la première maison de champagne certifiée ROC, et pour l’instant la seule, avec l’espoir d’ouvrir la voie en Champagne et au-delà.
Cette philosophie se traduit par un principe simple : pour être plus durable à son échelle, il y a des choses qu’il faut tout bonnement cesser de faire. Telmont a supprimé les coffrets cadeaux, étuis métalliques et éditions limitées ; abandonné les bouteilles de forme spéciale, parfois jusqu’à un kilo, au profit du format classique optimisé à 835 grammes ; remplacé les bouteilles transparentes (0 % de verre recyclé) par la bouteille verte à 86 % de verre recyclé — ce seul changement réduisant les émissions de CO2 de 19 %. La maison a ensuite codéveloppé avec son verrier la bouteille de champagne la plus légère au monde, testée trois ans, et l’a placée en open source, sans brevet, pour que toute la Champagne puisse l’adopter. Le transport aérien, qui pollue quarante-trois fois plus que le transport maritime, a été banni au profit du plus grand cargo à voile au monde. Le domaine fonctionne aux énergies renouvelables, les tracteurs au biocarburant, les véhicules à l’électrique — le tout dans une logique de transparence radicale, avec la recette du vin imprimée sur l’étiquette.
C’est pour ces raisons que Leonardo DiCaprio a rejoint la maison comme investisseur, après avoir goûté les vins et observé la démarche, pour aider à changer les pratiques agricoles en Champagne. Meade conclut sur le résultat dans le verre : des vins plus vivants, plus vibrants, plus minéraux, salués des États-Unis au Japon, à Singapour et à la Suisse. Telmont est l’une des maisons les plus médiatisées sans publicité payante — citée dans People, le Financial Times, Vanity Fair —, champagne officiel du Festival de Cannes et de l’équipe britannique de SailGP, deux partenaires en quête d’un acteur porteur de sens.
L’effet concret sur les ventes et l’attractivité des marques
Ce que ce panel illustre à l’échelle de quelques marques, Nous Sommes Vivants l’a documenté à l’échelle du marché : au Natural Products Expo West 2026, le plus grand salon mondial des produits naturels (3 300 exposants, 60 000 acheteurs), les certifications régénératives sont arrivées en tête des neuf tendances identifiées par les organisateurs — devant les protéines, les fibres et le plant-based. Aux États-Unis, toute la chaîne bascule : les agriculteurs se certifient, les marques convertissent leurs filières, les distributeurs — Whole Foods en tête — structurent leurs rayons autour des certifications régénératives. Le panel des Lauriers donne le visage européen de cette bascule.
La question des ventes traverse le débat final. Christopher Gergen partage des données américaines suivies de près, issues de SPINS, qui capte les données de points de vente en grande distribution. Le constat : la certification ROC est de loin le standard à la plus forte croissance dans les rayons. Et elle agit comme un amplificateur — une mention non-OGM seule progresse d’environ 5 %, mais combinée à ROC, la croissance dépasse 30 %.
Les bénéfices, pour l’agriculteur et pour la marque
Pour l’agriculteur : une prime de prix, une meilleure différenciation sur le marché, une baisse du coût des intrants (sans chimie, plus de dépendance à la hausse du pétrole) et une plus grande résilience aux chocs climatiques — sécheresse ou excès de pluie.
Pour la marque : dans le contexte européen, les marques devront prouver leur impact climatique positif et le versement d’un salaire décent. ROC devient un proxy fiable : acheter un produit certifié, c’est s’assurer qu’il respecte ces standards environnementaux et d’équité sociale — et qu’il produit un meilleur produit.
Jérémy Dumont prolonge avec le contexte français : une compréhension grandissante de l’agriculture régénérative, une préoccupation montante pour le carbone, la biodiversité, l’équité sociale — le sujet du juste revenu agricole étant central en France — et la santé. Si la grande distribution américaine soutient le mouvement, la France voit aussi Naturalia prendre position dès mai sur l’agriculture régénérative comme étant bio. Il rappelle qu’un quart des consommateurs se disent prêts à payer davantage pour du bio, et que les déboires récents du bio tenaient surtout au retrait des produits des rayons par crainte de l’inflation — les réseaux bio spécialisés ayant, eux, progressé de 15 %. Le consommateur veut du bio, mais aussi du local, savoir qui se trouve derrière son alimentation et que ces personnes soient bien rémunérées, de la biodiversité, de l’intégrité : l’écologie est holistique, et c’est exactement ce que ROC réunit — malgré une notoriété encore à construire. Le débat se referme sur l’ambition partagée : faire croître, en France, la conscience et la demande de produits régénératifs bio, en reliant agriculture, alimentation, textile et tourisme.
Pour aller plus loin
Voir le programme complet des Lauriers de la Régénération 2026 →
Une thèse posée dès 2024, approfondie en 2025, portée en Europe en 2026
Ce panel prolonge les tables rondes des éditions précédentes des Lauriers de la Régénération. Dès 2024, « Les produits issus de pratiques régénératives aux USA connaissent un succès commercial tout en régénérant le vivant » — animée par Jérémy Dumont, en direct des États-Unis, avec Elizabeth Whitlow (Regenerative Organic Alliance), Anthony Corsaro (The ReGen Brands Podcast), Michael D. Ham (Wild Orchard Tea Company) et Fanny Corpet Sauvageon (Lively.earth) — établissait la thèse centrale : aux États-Unis, les produits régénératifs rencontrent un succès commercial tout en régénérant le vivant. Christopher Gergen est également intervenu lors de l’édition 2025. Wild Orchard, présent dès 2024, figure cette année parmi les sept lauréats ROC. L’édition 2026 fait franchir une étape à cette démonstration : la porter dans le contexte européen.
Sept lauréats, un même tampon sur l’étiquette
Le panel éclairait directement les sept premiers lauréats certifiés ROC de l’édition 2026 : Telmont, Clarins, Davines, le Domaine des Hautes Glaces, Wild Orchard, Ecoidées et Patagonia. Whisky, champagne, sucre, cosmétique, thé, textile : des produits que tout sépare, réunis par la même certification sur l’étiquette. Le détail de chaque lauréat et de sa trajectoire est présenté dans l’article dédié au palmarès ROC 2026.
Pour Nous Sommes Vivants, la certification ROC correspond au niveau N4 du Capacity Score™, le plus haut de l’échelle de la régénération. Le levier de ce niveau est l’innovation produit — celle qui opère le retournement de finalité du modèle d’affaires, opérable dans tous les secteurs. Appliquée aux produits français, cette dynamique dessine le Made in France régénératif : le territoire et ses habitants prospèrent grâce à l’activité économique — pas malgré elle. Chaque ferme et chaque produit certifié est consultable dans le registre public de la Regenerative Organic Alliance.
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