Non, l’économie régénérative ne se réduit pas au Donut de Kate Raworth

Économie régénérative et Donut de Kate Raworth

Le Donut de Kate Raworth trace un espace sûr et juste entre un plancher social et un plafond écologique. L’économie régénérative va plus loin : l’activité économique augmente les capacités du vivant, humain et non humain, dans le territoire où elle a lieu. Voici ce qui les distingue, sources à l’appui, et ce que cela change pour le modèle économique des entreprises.

L’essentiel

Le Donut est une boussole : il fixe des repères, un plafond écologique et un plancher social. L’économie régénérative est un modèle économique : elle dit d’où vient la valeur.

Sur les quatre niveaux du Capacity Score, issus de notre livre blanc, le Donut relève du niveau Réduire, faute de gain net, et l’économie régénérative du niveau Régénérer.

Kate Raworth emploie le mot « regenerate » pour restaurer un équilibre ; la régénération augmente les capacités du vivant.

Les deux s’additionnent : le Donut fixe le cadre, l’économie régénérative y crée de la valeur en renforçant le vivant.

L’enjeu est désormais économique : relier la régénération au bilan comptable et démontrer qu’elle est triplement profitable.

L’enjeu de la régénération est désormais économique

Collectivement, nous possédons la théorie, les outils et les mesures nécessaires. Beaucoup d’entreprises abordent encore la régénération comme un coût de protection supplémentaire ; elle devient une stratégie de contribution qui crée de la valeur dès qu’elle entre dans le modèle économique.

Pour que la régénération produise des effets tangibles dans les territoires, il faut la relier au bilan comptable, démontrer son effet de levier sur la continuité économique des activités et clarifier le rapport risque/rémunération des fonds investis. Les Lauriers de la Régénération montrent que contribuer est triplement profitable ; c’est l’objet de notre recherche-action pour démontrer la triple profitabilité régénérative, et de son cadrage.

Le Donut est une boussole, l’économie régénérative un modèle économique

Notre page sur les modèles économiques responsables vers l’économie régénérative trie les approches selon une question simple : proposent-elles un modèle, ou des repères ? Le développement durable et la RSE, les limites planétaires, le Donut, la décroissance, la résilience, la robustesse et l’économie symbiotique donnent des repères. L’économie circulaire, l’économie de la fonctionnalité, l’économie sociale et solidaire, l’économie de la mutualité et l’économie régénérative proposent des modèles.

L’économie régénérative oriente la finalité de l’activité de l’entreprise vers le vivant. Tout l’écart tient en une phrase : faire du bien en faisant du profit, ou tirer son profit du bien que l’on fait. C’est le sens de la croissance à impact régénératif : un modèle où la contribution est inscrite dans l’offre, plutôt que posée à côté de l’activité de l’entreprise.

La littérature scientifique traite elle aussi le Donut et l’économie régénérative comme deux corpus distincts : l’article de Zisopoulos, Fath et coauteurs paru dans Ecological Economics en 2025 les cite séparément parmi les théories à rassembler pour penser des économies circulaires régénératives. Le développement conceptuel des économies régénératives est récent, et plusieurs articles scientifiques convergent pour préciser le niveau 4 du Capacity Score : Régénérer.

Économie du Donut et économie régénérative dans la littérature scientifique

De l’économie verte à l’économie régénérative : les quatre niveaux du Capacity Score

Chaque approche se situe sur les quatre niveaux du Capacity Score, issus de notre livre blanc. La frontière entre le niveau Réduire et le niveau Restaurer est celle qui sépare soutenabilité faible et soutenabilité forte : des capitaux interchangeables d’un côté, des capitaux complémentaires, chacun restauré pour lui-même, de l’autre.

Niveau 1 : Limiter

Économie verte

Objectif : rendre l’activité de l’entreprise plus propre et respecter la conformité, sans changer le modèle. Posture : limiter le pire. Repères associés : la RSE de conformité et les limites planétaires.

Niveau 2 : Réduire

Économie durable

Objectif : réduire les impacts négatifs. Posture : minimiser les dommages. Niveau du Capacity Score : 2, Réduire.

Économie circulaire

Objectif : fermer les boucles, zéro déchet. Posture : optimiser les flux. Niveau du Capacity Score : 2, Réduire ; à la limite du niveau Restaurer quand elle porte un enjeu systémique sur un territoire.

Économie du Donut (Kate Raworth)

Objectif : rester dans les limites planétaires, au-dessus d’un plancher social. Posture : opérer dans « l’espace sûr ». Niveau du Capacity Score : 2, Réduire : le Donut fixe des limites à ne pas dépasser, sans viser de gain net.

Niveau 3 : Restaurer

Robustesse et économie symbiotique

Repères : réparer ce qui a été dégradé, en soutenabilité forte, chaque capital restauré pour lui-même. Niveau du Capacity Score : 3, Restaurer.

Niveau 4 : Régénérer

Économie régénérative

Objectif : augmenter les capacités du vivant, humain et non humain, dans un territoire. Posture : contribution active. Niveau du Capacity Score : 4, Régénérer.

Le Donut raisonne en limites, l’économie régénérative en liens mutuellement bénéfiques

DonutÉconomie régénérative
Plafond (limites planétaires) et plancher (besoins sociaux)Contribution au vivant : renforcer ses capacités
Rester dans l’espace sûrAugmenter les capacités du système
Ne pas dépasserRenforcer activement
Logique de limitesLogique de liens mutuellement bénéfiques
AnthropocentréInclut le vivant non humain comme acteur

L’écart entre une approche anthropocentrée et une approche qui inclut le vivant non humain renvoie aux quatre relations à la nature que la Fresque des Imaginaires illustre.

Kate Raworth emploie le mot « régénérer » pour restaurer un équilibre

Kate Raworth emploie « régénératif » dans le sixième de ses sept principes, « Create to Regenerate », présentés dans Introducing the Seven Ways. Son objectif reste d’entrer dans l’espace sûr du Donut :

« Éliminer à la fois le déficit social et le dépassement écologique. »

Son horizon est « to restore » (restaurer) et « thriving in balance » (prospérer en équilibre). La régénération, telle que la définit notre livre blanc, consiste à donner aux êtres vivants (dont les humains) les ressources leur permettant d’être en capacité d’atteindre leur plein potentiel dans leur environnement.

Cinq ans après le livre, Kate Raworth situe elle-même la limite de ce cadre. Dans un entretien accordé à edie en 2022, elle rappelle que la nature ignore le zéro : elle séquestre du carbone et entretient des cycles. Le zéro net est un point de passage, et les entreprises ont à viser le net positif. Elle ajoute que des politiques de zéro net qui dégradent la diversité écologique laissent le problème entier, faute de prendre les limites planétaires dans leur ensemble, biodiversité comprise — le point que relève aussi le livre blanc de Bpifrance Le Lab, cité plus bas. L’horizon qu’elle trace reste un solde : retirer plus de carbone que le monde n’en émet. La régénération se lit dans ce que le vivant gagne en capacité.

Le Donut suit une logique de limites : ne pas dépasser. L’économie régénérative suit une logique de contribution : augmenter les capacités.

Le Donut et l’économie régénérative s’additionnent

Le Donut est un cadre précis et exigeant : il fixe l’espace sûr et juste, sous le plafond écologique et au-dessus du plancher social. L’économie régénérative dit comment une activité économique crée de la valeur à l’intérieur de cet espace, en augmentant les capacités du vivant dans le territoire où elle a lieu. Le sixième principe de Kate Raworth, « Create to Regenerate », fait le pont entre les deux : une entreprise peut tenir les limites du Donut et contribuer au vivant.

Ce qui fait passer une entreprise au niveau Régénérer

Elle se demande si elle contribue à la vitalité du vivant dont elle fait partie. Sa marge vient de son modèle économique, qui augmente la capacité du vivant à prospérer dans son territoire. Elle mesure ce que le vivant gagne en capacité, au-delà d’un solde net. Sa gouvernance donne une voix au vivant, aux fournisseurs et aux consommateurs.

Patagonia finance le vivant à côté de son activité et relève du niveau Restaurer ; chez C’est qui le Patron ?!, le prix co-décidé avec les éleveurs fait de la contribution la règle du modèle, et l’entreprise atteint le niveau Régénérer. Voir nos analyses d’entreprises au Capacity Score.

La recherche distingue durable, circulaire et régénératif

L’article de référence de Konietzko, Das et Bocken (2023), que nous détaillons dans notre lecture des business models régénératifs face aux modèles durables, pose la distinction :

« Les business models régénératifs partagent certaines approches de conception avec les modèles durables et circulaires mais diffèrent dans leurs objectifs principaux et leurs perspectives systémiques. »
ModèleFocusObjectif
DurableSystèmes socio-techniques, triple bottom lineRéduire les impacts négatifs
CirculaireBoucles fermées, productivité matérielleZéro déchet
RégénératifSystèmes socio-écologiques, santé planétaireImpact net positif

Pour Nous Sommes Vivants, un impact net positif relève du niveau Restaurer : un solde, même positif, se compte en stocks et en flux. La régénération se lit dans ce que le vivant gagne en capacité, et c’est cette capacité gagnée qui situe le niveau Régénérer.

Bill Reed (Regenesis) fait la même distinction. Dès 2007, dans « Shifting from « sustainability » to regeneration » (Building Research & Information, 35-6, p. 674-680), il place le design vert au point neutre de sa trajectoire et situe la régénération au-delà, là où l’activité humaine participe à la santé des systèmes vivants. Il le redit dans un entretien sur le Really Regenerative Centre :

« Il existe de nombreuses théories : économie circulaire, smart cities, doughnut economics, wellbeing economy… Et puis il y a le regenerative economy design. »

Bpifrance Le Lab : réduire son impact négatif ne suffit pas

Sarah Dubreil et Valérie Brunel l’écrivent dans le livre blanc de Bpifrance Le Lab « Entreprises et systèmes vivants : appréhender les approches régénératives » (2023) :

« Réduire son impact négatif n’est pas suffisant, voire peut être contre-productif s’il n’intègre pas la biodiversité. »
« Seuls les systèmes vivants (communautés humaines, écosystèmes animaux, végétaux, …) ont la capacité de se régénérer. »
« L’approche régénérative consiste à s’appuyer sur la dynamique de ces systèmes vivants, et donc à augmenter leur vitalité et leur santé. »
« Orienter son organisation vers un renforcement des capacités de régénération des systèmes vivants. »
« La démarche régénérative vise l’impact positif “net” sur celui-ci. »

Figure publiée dans la revue Sustainable Development (Wiley)

Figure publiée dans la revue Sustainable Development (Wiley).

La régénération fait passer de « moins de dégâts » à « plus de vie »

« L’évolution en symbiose — l’activation continue du plein potentiel des systèmes vivants à travers des relations mutuellement bénéfiques. »
« La régénération c’est un changement. Un changement qui consiste à passer de “moins de dégâts” à “plus de vie”. Un changement qui consiste à passer d’une pensée mécanique à une intelligence systémique. Un changement qui consiste à passer d’une comptabilité carbone à une prise de conscience. » (paradigme de Regenesis)
« Ainsi, le développement régénératif est un processus continu de co-évolution qui incarne ce processus. »
« Le développement régénératif amène la durabilité au niveau supérieur… Le produit fini devrait lui-même être un écosystème ce qui est la racine de l’approche de développement régénératif. »

Le Regenerative Development and Design est l’un des trois apports théoriques de notre approche de la conception de produits régénératifs.

Le livre de référence : « Regenerative Development and Design: A Framework for Evolving Sustainability », Pamela Mang, Ben Haggard et Regenesis Group (Wiley, 2016).

ConceptDéfinition
RégénérationÉvolution en symbiose : activation continue du plein potentiel des systèmes vivants par des relations mutuellement bénéfiques
Développement régénératifProcessus continu de co-évolution
Différence avec la durabilitéAu-delà de la réduction des dommages, vers la vitalité systémique

Nos définitions de référence

La régénération consiste à donner aux êtres vivants (dont les humains) les ressources leur permettant d’être en capacité d’atteindre leur plein potentiel dans leur environnement. (Jeremy Dumont, fondateur de Nous Sommes Vivants, livre blanc, mars 2026)

L’économie régénérative, c’est une viabilité en multicapitaux pour une prospérité partagée dans nos territoires : le territoire et ses habitants prospèrent grâce à l’activité économique, pas malgré elle.

Pour aller plus loin : la régénération du vivant telle que la porte Nous Sommes Vivants, et l’entreprise régénérative : comment y parvenir.

Donut et économie régénérative : la synthèse

Économie du DonutÉconomie régénérative
AuteursKate RaworthRegenesis (Bill Reed, Pamela Mang)
LogiqueRester dans les limitesRenforcer les capacités
ObjectifEspace sûr et justeAugmenter les capacités du vivant dans un territoire
PostureNe pas dépasser (plafond, plancher)Contribuer activement
MétaphoreBoussole, diagnosticTrajectoire, co-évolution
Niveau du Capacity Score2. Réduire4. Régénérer

Cinq confusions fréquentes autour du mot « régénératif »

Notre relevé des acteurs qui assimilent le Donut ou d’autres approches au régénératif (fichier complet) fait apparaître cinq confusions, de la plus fréquente à la moins fréquente.

Restaurer = Régénérer ★★★★★

Novethic, Orseo, Youmatter, FP Conseil, Plenitude, Open Lande, AFNOR SPEC

Donut = Régénératif ★★★★★

2tonnes, Oxfam, Capitaine Carbone, Sounds Good, Suricats

Récupération du terme (greenwashing) ★★★★

LVMH, Dassault, TotalEnergies, H&M, Neste, Bayer, PepsiCo

Circulaire = Régénératif ★★★

Carenews, Eclaira, OpenStudio

Limites planétaires = Régénératif ★★★

Butterfly School, Suricats

La banalisation du mot « régénératif » est signalée depuis 2023

« Un groupe de militants écologistes, acteurs de l’agriculture bio et experts de la régénération dénoncent l’usage abusif du terme et le risque qu’il se vide de son sens. » (tribune dans Le Monde, août 2023)
« Risque de “greenwashing” associé à l’utilisation massive du terme, devenu le nouveau “buzzword”. » (Dina Martin, Institut Rodale, caution du label Regenerative Organic Certified)

Dans notre lecture des labels, scores et étiquettes comme jalons d’une trajectoire, le label ROC figure au niveau Régénérer.

« L’entreprise régénérative risque bien de devenir un énième prétexte au greenwashing si aucun cadre réglementaire ne vient le définir. » (Novethic, avril 2024)
« La restauration des écosystèmes dégradés est mieux définie que la régénération. […] Le concept d’économie régénérative reste aux contours encore flous. » (Millénaire 3, Grand Lyon)

Les quatre niveaux du Capacity Score séparent Restaurer et Régénérer

Niveau 1 : Limiter

Respecter la conformité et éviter le pire.

Niveau 2 : Réduire

Diminuer les impacts négatifs : la RSE classique.

Niveau 3 : Restaurer

Réparer ce qui a été dégradé — les sols, l’eau, la biodiversité —, en soutenabilité forte. Acteurs qui le confondent avec le niveau Régénérer : Novethic, Youmatter, AFNOR SPEC…

Niveau 4 : Régénérer

Augmenter la capacité du vivant humain et non humain dans un territoire.

Les acteurs qui font la distinction

Guibert del Marmol (2014)

« N’être que durable ne suffit plus » : avec Sans plus attendre !, il appelle un modèle économique « régénérateur », qui crée pour tous plus de valeur qu’il n’en détruit. Lire notre article sur l’économie régénératrice de Guibert del Marmol.

Sarah Dubreil et Valérie Brunel (Bpifrance Le Lab)

« Réduire n’est pas suffisant… augmenter la vitalité des systèmes vivants ». Livre blanc Bpifrance Le Lab, 2023.

CEC (Éric Duverger)

Un webinaire dédié : Donut ≠ économie régénérative. Webinaire 2tonnes / GenAct.

Nous Sommes Vivants

Capacity Score : le niveau Restaurer (3) ≠ le niveau Régénérer (4). Méthode exposée dans la FAQ du Capacity Score et fondée sur notre livre blanc.

Pour situer les structures qui accompagnent les entreprises sur ce chemin : l’écosystème des acteurs de la régénération en France.

Le Capacity Score évalue votre capacité à tenir vos trajectoires RSE, innovation et business, et identifie vos leviers d’action prioritaires.

Les cercles de la soutenabilité

Réfléchissons ensemble au modèle économique régénératif

Rejoignez le groupe de réflexion « Modèle Économique Régénératif » et suivez la recherche-action pour démontrer la triple profitabilité régénérative.

Pour transformer le modèle économique de votre entreprise : le business model régénératif en 5 ateliers.

Pour rejoindre les acteurs qui accompagnent les entreprises vers la régénération : le Regenerative Circle Écosystème.

Sources

Kate Raworth, Doughnut Economics Action Lab, Introducing the Seven Ways ; « Net-zero is not enough, businesses must shoot for net-positive », entretien, edie, 2022.

F. K. Zisopoulos, B. Fath et al., « Towards an ecological metaphor for regenerative circular economies », Ecological Economics, vol. 231, 2025.

J. Konietzko, A. Das, N. Bocken (2023), présenté dans en quoi les business models régénératifs diffèrent des modèles durables.

Bill Reed, « Shifting from « sustainability » to regeneration », Building Research & Information, 35(6), 2007, p. 674-680 ; Learning to see: walking the path of regeneration with Bill Reed.

V. Brunel, S. Dubreil, livre blanc Bpifrance Le Lab, octobre 2023.

Sustainable Development (Wiley), doi 10.1002/sd.70112.

P. Mang, B. Haggard, Regenesis Group, Regenerative Development and Design, Wiley, 2016 ; paradigme de Regenesis.

Le Monde, tribune du 26 août 2023 ; Rodale Institute, Regenerative Organic Certified ; Novethic, avril 2024 ; Millénaire 3, Grand Lyon, 2022.

Nous Sommes Vivants : livre blanc (mars 2026), les modèles économiques responsables, FAQ du Capacity Score, l’économie régénératrice de Guibert del Marmol.

Une réponse à « Non, l’économie régénérative ne se réduit pas au Donut de Kate Raworth »

  1. […] Le référentiel . Sans référentiel de preuves partagé, les financeurs classifient la régénération comme risque élevé. BPI, banques, fonds d’impact ne financent pas ce qu’ils ne peuvent pas évaluer. Par exemple : Non, l’économie régénérative ne se réduit pas au Donut. Source […]

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