Ce que la CSRD ne mesure pas

Ce que les CSRD ne mesurent pas — et ce que les consommateurs réclament

Analyse · CSRD · Double Matérialité · Mars 2026

Ce que les CSRD ne mesurent pas — et ce que les consommateurs réclament

Les entreprises reportent ce qu’elles mesurent déjà. Moins de 1 % publient un reporting biodiversité. Et 55 % des consommateurs veulent savoir que les producteurs sont justement rémunérés. L’angle mort est documenté — la réponse existe.

Jérémy Dumont — Nous Sommes Vivants 5 minutes de lecture

Les premiers rapports CSRD français sont publiés. Les entreprises documentent leur bilan carbone avec précision — elles citent leurs outils, leurs méthodologies, leurs trajectoires. Sur la biodiversité et la rémunération des producteurs dans leur chaîne de valeur : silence ou objectifs sans chiffres ni horizon temporel. Ce n’est pas un oubli. C’est un angle mort structurel — qui correspond exactement à ce que les consommateurs réclament le plus.

La transparence à deux vitesses des premiers CSRD français

L’étude de la Chaire Double Matérialité sur les premiers rapports CSRD français révèle un écart saisissant. Sur le climat (ESRS E1), les entreprises détaillent leurs méthodologies, citent TNFD, SBTN, ENCORE, Aqueduct. Sur les sujets sociaux — rémunération des travailleurs dans la chaîne de valeur (ESRS S2) — les objectifs sont absents, non chiffrés, ou formulés sans horizon temporel.

Et sur la biodiversité : moins de 1 % des entreprises publient actuellement un reporting mentionnant leur impact sur la biodiversité. Plusieurs ne justifient pas les sujets qu’elles ont écartés de leur DMA. Elles reportent ce qu’elles mesurent déjà — le carbone, parce qu’elles ont des outils. Pas le vivant humain et non-humain, parce qu’elles n’ont pas encore le cadre pour le mesurer.

<1 %
des entreprises reportent leur impact sur la biodiversité dans leur CSRD
55 %
des consommateurs veulent savoir que les producteurs sont justement rémunérés (Kantar, 2023)
67 %
accordent de l’importance aux bénéfices nutritionnels — 23 % du marketing en parle (OTA, 2025)

L’angle mort du marketing bio — documenté depuis 2023

Ce paradoxe n’est pas nouveau. Deux analyses terrain qualitatives menées en France et aux États-Unis en 2023 (Nous Sommes Vivants) l’avaient identifié avec précision. Les consommateurs réclament trois choses simultanément : du bio (santé, pas de pesticides), du local (goût, lien humain, territoire), et la certitude que le producteur est justement rémunéré. Les marques parlent de pesticides, de carbone, de biodiversité. Elles ne parlent presque jamais du paysan derrière le produit.

Résultat : le gap entre ce que les consommateurs veulent entendre et ce que les marques communiquent est l’espace blanc où se joue la différenciation. Une étude du collectif « En vérité » (1 000 répondants, septembre 2024) le quantifie : quand Origin’Info + Nutri-Score + Planet Score sont affichés simultanément, les marques plus vertueuses voient leurs intentions d’achat multipliées par près de 20. La transparence n’est pas un coût — c’est un levier de parts de marché.

Pourquoi l’ACV ne suffit pas — et ce que ça change pour la conception

L’analyse du cycle de vie (ACV) et l’économie circulaire sont des outils précieux pour réduire les impacts négatifs. Mais ils restent abiotiques : ils optimisent les flux de matières sans intégrer le vivant humain et non-humain. L’économie circulaire, au mieux, tend vers la neutralité. Le régénératif va au-delà : contribution positive mesurée sur les écosystèmes, la biodiversité, la santé des sols, les communautés.

L’agroalimentaire et l’agriculture sont en première ligne — à la fois à l’origine d’une partie de la perte de biodiversité et premières victimes de sa dégradation (diminution des rendements, recul de la pollinisation). Mais tous les secteurs sont concernés : une entreprise qui dégrade les écosystèmes dont elle dépend fragilise ses propres conditions d’existence.

Ce que le CSRD exigera demain — ce que les pionniers font déjà

  • ESRS E4 (biodiversité) : impacts mesurés sur les sols, la faune, l’eau — actuellement quasi absent des rapports
  • ESRS S2 (chaîne de valeur sociale) : rémunération juste des producteurs, conditions de travail — objectifs sans chiffres dans les premiers CSRD
  • C’est qui le Patron ?! : prix plancher 0,59 €/L garanti, contrat 5 ans certifié Bureau Veritas — 8 normes ESRS couvertes
  • Expanscience TULSINITY® : triple certifié ROC + AB + Fair for Life — biodiversité et équité sociale intégrées dès la conception

La réponse : concevoir l’offre avec les indicateurs CSRD intégrés dès l’amont

La réponse n’est pas un label supplémentaire à empiler. C’est une conception régénérative de l’offre qui intègre nativement les indicateurs CSRD (E4 biodiversité, S2 social chaîne de valeur) dès la phase amont — avant le brief produit, avec les parties prenantes de la filière. Les labels et scores deviennent des jalons vérifiables sur une trajectoire, pas des cases à cocher. Quel que soit le secteur.

Green Claims, CSRD, ESRS E4 vont imposer des obligations de preuve précises sur les allégations environnementales. Ceux qui auront conçu la biodiversité et l’équité sociale dans leur offre dès aujourd’hui seront en avance. Les autres devront rattraper ce qui aurait pu être leur différenciation.

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