Dix projets. Trois continents. Un artisan menuisier en Ontario, une auberge dans une oasis marocaine abandonnée depuis 50 ans, un hôtel de séminaires à 35 minutes de Paris, une coopérative de 1 200 écolieux. Ce qui les relie : la vitalité du territoire est devenue leur proposition de valeur — pas une externalité gérée. Voici comment chacun y est arrivé, avec les chiffres.
Cet article documente huit projets qui ont résolu le même problème : construire un modèle économique où le tourisme contribue activement à la vitalité du territoire — et où cette contribution est mesurée, publiée, vérifiable. Pas des intentions. Des résultats. Chaque cas est analysé selon quatre dimensions : le contexte du lieu avant le projet, la démarche de construction, les chiffres terrain, et le levier principal — ce qui fait que ça marche là où ça marche.
Ces projets couvrent quatre continents, des budgets allant de quelques milliers d’euros à plus d’un million, des acteurs aussi différents qu’un artisan menuisier ontarien et un groupe hôtelier européen. Ce qu’ils ont en commun : aucun n’a commencé par l’offre touristique. Tous ont commencé par le lieu.
Le Capacity Score de Nous Sommes Vivants positionne tout acteur sur quatre niveaux de transformation régénérative : N1 Limiter → N2 Réduire → N3 Restaurer → N4 Régénérer. Les huit projets documentés ici ont tous atteint le niveau N4 : la vitalité du territoire est leur proposition de valeur centrale, les impacts contributifs sont mesurés et publiés, la coalition multi-acteurs est co-décideur. Le N4 n’est pas un label — c’est une posture vérifiable par les données terrain. Faire le diagnostic pour votre projet →
Playa Viva — Mexique
Le resort et le village ne font qu’un
528→691
habitants à Juluchuca
2006→2020
200 acres
de terres régénérées
Pacifique mexicain
N4
Capacity Score
FITUR 2023 Medal of Excellence
Le contexte
Juluchuca est un village de pêcheurs et d’agriculteurs sur la côte pacifique de l’État de Guerrero, au Mexique. En 2000, il comptait 641 habitants. En 2006, quand le propriétaire actuel acquiert les 200 acres de terres dégradées adjacentes au village, la population a chuté à 528 : les jeunes sont partis chercher du travail dans les villes, les terres se sont appauvries, les activités économiques locales se sont contractées. C’est dans ce contexte de déclin démographique et écologique que Playa Viva démarre — non pas comme un resort qui s’installe malgré une communauté, mais comme un projet co-construit avec elle.
La démarche
Dès la phase de planification, les villageois ont été associés. Pas en tant que bénéficiaires d’un programme RSE, mais en tant que co-créateurs du projet économique. La démarche s’est articulée autour de trois axes simultanés : la régénération écologique des terres (bassins versants, mangroves, population de tortues marines), la création d’activités économiques locales (coopérative de sel à prix équitable, ateliers d’agriculture biologique pour la communauté, enseignement dans les écoles locales, recrutement prioritairement local pour tous les postes), et une philosophie de l’accueil fondée sur l’immersion réelle — le visiteur n’est pas en spectateur de la vie du village, il y participe.
La philosophie relationnelle du projet est explicite : faire un pas vers l’autre sans juger, tout en avançant soi-même vers la meilleure version de soi. Les expériences proposées aux visiteurs (agriculture biologique, sorties de nidification des tortues, cuisine communautaire) ne sont pas des animations — elles sont des actes de vie du village dans lesquels le visiteur est accueilli le temps de son séjour.
Les résultats
En 2020, la population de Juluchuca est remontée à 691 habitants — avec des moyens de subsistance diversifiés qui ne dépendent plus uniquement de la pêche ou de l’agriculture. Des natifs ayant quitté le village sont revenus. La coopérative de sel génère des revenus directs pour des familles locales. Les terres dégradées ont été restaurées. La population de tortues marines nicheuses sur la plage est suivie et documentée chaque année. En 2023, Playa Viva reçoit la Medal of Excellence in Tourism au salon FITUR (Madrid) — l’une des distinctions touristiques les plus reconnues au monde. Le projet est documenté par des chercheurs (Dias, Brinkoff & Fugate) comme l’un des cas de référence du tourisme régénératif à l’échelle mondiale.
Le levier principal. Partir de la dynamique démographique du village comme indicateur de succès — pas du taux d’occupation de l’hôtel. Quand la population augmente et se diversifie économiquement, le projet a réussi. Ce renversement de l’indicateur de performance est le fondement du modèle.
Fogo Island Inn — Canada
La transparence financière comme modèle économique
84 %
des revenus restent
sur l’île ou au Canada
1 980 €
par nuit, décomposé
poste par poste
N4
Capacity Score
Ouverture 2013
Le contexte
L’île de Fogo est située au large de Terre-Neuve, dans l’une des régions les plus enclavées du Canada. Elle a été durement touchée par l’effondrement de la pêche à la morue dans les années 1990 : exode massif des jeunes, fermeture d’infrastructures, économie locale au point mort. Zita Cobb, native de l’île devenue femme d’affaires internationale dans le secteur technologique, rentre à Fogo au début des années 2000 avec une question simple : comment créer les conditions d’une économie locale viable sans reproduire les modèles extractifs qui ont contribué à l’appauvrissement du territoire ?
La réponse : créer Shorefast, une organisation caritative qui gère l’auberge et réinvestit ses bénéfices dans l’île. L’hôtel n’est pas la finalité — il est l’outil de financement d’un projet territorial.
La démarche
Fogo Island Inn ouvre en 2013. Son architecture — spectaculaire, perchée sur les rochers face à l’océan Atlantique — est conçue par Todd Saunders, architecte natif de Terre-Neuve. Chaque détail de la construction a été pensé pour employer des artisans locaux et utiliser des savoir-faire traditionnels de l’île. Les couvertures de lits sont fabriquées par des tisserands de Fogo. Les meubles sont construits par des menuisiers locaux. La cuisine s’approvisionne auprès des pêcheurs, des producteurs et des cueilleurs de l’île.
La transparence financière est au cœur du modèle depuis l’origine. Sur chaque chambre vendue 1 980 € la nuit, Shorefast publie la décomposition exacte : 49 % au personnel (dont les résidents de Fogo), 12 % en produits locaux de l’île ou du Canada, 18 % en coûts opérationnels, 4 % en marketing, 12 % réinvestis dans les programmes communautaires de Shorefast. Les 5 % restants couvrent les imprévus. Ce tableau de bord est public — accessible à quiconque. Zita Cobb : « Les voyageurs ont le pouvoir de faire bouger les lignes — encore faut-il savoir où va leur argent. »
Shorefast finance par ailleurs un programme de résidences d’artistes, la première exploitation d’algues marines certifiée de la province de Terre-Neuve, et un fonds de bourses pour les jeunes de l’île. Les initiatives ont commencé à inverser l’exode : des natifs de Fogo sont revenus vivre sur l’île à plein temps, attirés par les emplois créés et l’effervescence culturelle générée par le projet.
Les résultats
84 % de chaque chambre vendue reste sur l’île ou au Canada — chiffre publié et vérifiable. L’auberge est classée parmi les meilleurs hôtels du monde par les principales publications de voyage. Le programme de résidences d’artistes a accueilli des créateurs du monde entier, générant une notoriété internationale pour l’île sans recourir à aucune campagne publicitaire classique. L’exploitation d’algues marines est devenue un modèle pour d’autres communautés côtières canadiennes. Fogo Island Inn est cité dans la quasi-totalité des études académiques sur le tourisme régénératif comme le cas de référence en matière de gouvernance territoriale.
Le levier principal. La transparence financière totale comme proposition de valeur — pas comme communication RSE. Publier poste par poste où va l’argent du visiteur est à la fois la preuve de la démarche et l’argument commercial le plus fort. Aucun label ni certification ne remplace ce niveau de lisibilité.
Régénopolis / 700 000 Impact — Maroc
Le village abandonné devenu communauté autonome
~100
activités générées
en 3 ans
1 an
de processus d’émergence
avant ouverture
N4
Capacity Score
Répliqué au Pérou et Mexique
Le contexte
Une oasis de 50 hectares dans le fond du Maroc, ni raccordée à l’eau ni à l’électricité. Le village qui la surplombe est abandonné depuis 50 ans — la population s’est déplacée dans le village moderne d’à côté. Les maisons sont en ruine. La palmerie produit des dattes vendues au bord de la route à des prix dérisoires. Il n’y a pas de tourisme, pas de revenu significatif, pas de perspective économique visible pour les 150 familles de la communauté. C’est dans ce contexte que Dianne Binder (Régénopolis, 700 000 Impact) et un hôtelier travaillant depuis vingt ans sur la micro-hospitalité s’associent pour tenter autre chose.
La démarche
Le projet n’a pas commencé par un hôtel. Il a commencé par une ONG américaine qui a financé la restauration du grenier à grain collectif du village — un bâtiment communautaire symbolique. La réponse de l’association locale a été immédiate et directe : « Merci pour le grenier. Mais ce n’est pas ça qui va nous faire vivre. Créez une coopérative de tissage. » L’ONG a financé la formation de tisserandes pendant deux mois. Nouvelle demande : « Personne ne vient ni visiter le grenier, ni acheter ce qu’on produit. On voudrait un projet d’hospitalité. » C’est ainsi que le projet touristique a démarré — porté par la communauté, pas imposé par des investisseurs extérieurs.
Dianne Binder arrive à ce stade, juste avant l’ouverture. Sa mission : structurer l’écosystème économique autour de l’hospitalité. La première réunion de mobilisation rassemble une centaine de femmes — dans un village de 150 familles, c’est considérable. Un an de processus d’émergence et de co-construction suit : identification des savoir-faire locaux (menuiserie, tissage, transformation des produits de l’oasis, maçonnerie), identification des tensions et des besoins (garde d’enfants, formation, débouchés commerciaux), mobilisation du gouverneur de province, intégration de start-ups marocaines et d’entreprises régionales.
Tout est parti de l’oasis : le menuisier utilise le bois de la palmerie locale. Les femmes de la coopérative de tissage tissent avec des fibres de palmier et de la laine de mouton. Une coopérative de transformation des produits de l’oasis a été créée — pour ne plus vendre uniquement des dattes brutes, mais des produits transformés à valeur ajoutée. Deux femmes du village ont créé une crèche et des activités extrascolaires pour permettre aux mères de travailler — l’hospitalité a financé les équipements et la formation. L’emploi est organisé à raison de 3 à 4 heures par semaine par personne — pour ne pas casser le rythme de vie local ni créer de dépendance.
Le modèle financier repose sur un partenariat à trois niveaux : philanthropique pour l’amorçage et le temps invisible (le grenier, la formation des tisserandes, les équipements de la crèche), public pour structurer et légitimer (le gouverneur de province comme interlocuteur officiel), privé pour assurer la viabilité dans la durée (l’hospitalité comme premier acheteur des produits locaux). Dianne Binder formule l’objectif central : « Amener la communauté à l’autonomie pour qu’elle ne dépende pas uniquement de l’hospitalité. » Le tourisme est un catalyseur, pas une fin en soi.
Les résultats
En trois ans d’activité : environ une centaine d’activités économiques générées dans ce tout petit village, dont une coopérative de tissage active, une coopérative de transformation de produits de l’oasis, une crèche, une menuiserie valorisant le bois local, et plusieurs postes dans l’hospitalité elle-même. D’autres débouchés que l’hospitalité ont été trouvés pour les produits de la coopérative. Le village abandonné est habité à nouveau. Le modèle a été répliqué au Pérou et au Mexique, dans des environnements très différents mais avec la même philosophie : partir de ce que le lieu et la communauté ont, pas de ce qu’un investisseur veut y amener.
Le levier principal. Investir dans le temps invisible — un an de processus d’émergence avant toute ouverture commerciale. C’est le coût que la plupart des acteurs de l’hospitalité ne veulent pas payer, parce qu’il ne génère pas de revenus immédiats. C’est pourtant ce qui fait que tout le reste tient.
Ce que les cas 1, 2 et 3 ont en commun
Le modèle PPP : philanthropie · public · privé
Playa Viva, Fogo Island Inn et Régénopolis ont tous les trois mobilisé des ressources à trois niveaux : de l’argent philanthropique ou non-lucratif pour financer ce qui ne se vend pas (le temps d’émergence, les programmes communautaires, les résidences d’artistes), un ancrage dans les institutions publiques locales pour légitimer et structurer, et une activité économique privée (l’hospitalité) pour assurer la viabilité dans la durée. Aucun des trois n’a tenté de tout financer par les seuls revenus touristiques. C’est précisément ce qui les distingue du tourisme durable bien intentionné mais structurellement fragile.
Ottercreek Woodworks — Ontario, Canada
L’artisan, la forêt et le tourisme
20 %
du chiffre d’affaires
en nouvelle source
8 m²
d’écozone carolinienne
régénérée par ticket
N4
Capacity Score
Carolinian Canada Coalition
Le contexte
David Schonberger est menuisier artisan à Tillsonburg, en Ontario. Son atelier, Ottercreek Woodworks, fabrique des planches de charcuterie artisanales et des meubles. En 2018, il vend des planches — point. Il n’y a aucun lien apparent avec le tourisme, avec la régénération des forêts, avec l’expérience visiteur. Il est seul dans son atelier. L’écozone carolinienne qui entoure Tillsonburg est l’une des zones forestières les plus menacées du Canada — elle abrite une biodiversité exceptionnelle mais subit une pression constante de l’urbanisation et de l’agriculture intensive. Peu de gens le savent. Moins encore se sentent concernés.
La démarche
Avec l’aide de Celes Davar (Earth Rhythms, Nouvelle-Écosse), spécialiste de la conception d’expériences touristiques régénératives, David Schonberger conçoit « From Tree to Table: A Build-Your-Own-Board Experience ». Le principe : chaque visiteur vit une journée complète qui commence dans la forêt et se termine autour d’une table en pin blanc de 5 mètres que David a construite spécialement pour l’expérience.
La journée se déroule ainsi : rassemblement autour d’un feu avec bacon et saucisses artisanaux locaux, puis immersion en forêt où David raconte l’histoire de l’écozone carolinienne — ses espèces, son mycélium, ses menaces. « Si les visiteurs vont utiliser un morceau de bois de cet endroit, ils devraient d’abord connaître d’où vient ce bois », explique Schonberger. Puis, dans l’atelier, chaque participant fabrique sa propre planche de charcuterie en bois local prélevé dans un rayon de 40 à 50 kilomètres, avec les outils de David — y compris les outils à main de son grand-père. « Le message est : je vous fais assez confiance pour travailler avec mes outils les plus personnels. » Le déjeuner est servi autour de la grande table : charcuteries, fromages, conserves — « la générosité du comté », comme dit David.
Le partenariat avec la Carolinian Canada Coalition est au cœur du modèle économique régénératif : chaque ticket vendu finance directement la régénération de 8 m² d’écozone carolinienne. Ce n’est pas une compensation carbone volontaire en fin d’achat — c’est intégré dans la structure du prix et de l’expérience dès le départ. En tout, plus de 800 arbres ont été plantés et 5 000 m² d’écozone régénérés grâce aux revenus du programme.
Les résultats
L’expérience représente désormais 20 % du chiffre d’affaires d’Ottercreek Woodworks — une source de revenus qui n’existait pas en 2018. Prix Ontario’s Culinary Experience of the Year 2019, Ontario’s Southwest Innovative Experience of the Year 2018 et Ontario’s Southwest Sustainability Trailblazer of the Year 2021. David Schonberger est devenu un acteur reconnu de la régénération de l’écozone carolinienne — pas seulement un menuisier artisan. Il collabore désormais avec d’autres entreprises de sa communauté. Il a co-construit des programmes pédagogiques avec des écoles locales. « Moving towards a regenerative approach is the future, » dit-il, « and I think people are going to be looking for that when choosing where to go. »
Le levier principal. Le tourisme régénératif ne nécessite pas un grand hôtel ni une destination reconnue. Il peut émerger d’un artisan, d’une forêt locale et d’une idée. L’entrée par le savoir-faire — et sa mise en relation avec l’écosystème qui le nourrit — est l’une des voies les plus accessibles et les plus authentiques.
Nomad Lodge — Amazonie, Colombie
La réserve indigène comme modèle d’accueil
100 %
du personnel
issu de la communauté locale
10 ans
de construction
progressive avec les Indiens
N4
Capacity Score
Réserve indigène amazonienne
Le contexte
Pierre-André Kruger est tour-opérateur spécialisé sur l’Amérique du Sud depuis plus de 30 ans. Lors d’un voyage d’inspection au cœur de l’Amazonie colombienne, il découvre un lieu qui lui parle différemment des autres — pas seulement pour sa beauté environnementale, mais pour quelque chose d’invisible : la façon dont les habitants indigènes de la réserve vivent en relation avec leur forêt. « On a on a toujours travaillé contre nature et jamais avec la nature », dit-il. Ce qu’il observe ici, c’est l’inverse — des communautés qui depuis des générations comprennent les rythmes de l’écosystème et y participent plutôt que de les subir.
Il revient trois mois plus tard, décide de développer un projet. Il ne s’agit pas de créer un lodge touristique dans la forêt amazonienne — il s’agit de créer les conditions pour que les visiteurs accèdent à cette façon d’être au monde que les communautés indigènes pratiquent depuis des millénaires, et que nous avons largement perdue.
La démarche
Le projet prend dix ans. Pas parce que la construction est lente, mais parce que l’intégration est progressive. Pierre-André Kruger part de plans architecturaux produits par un bureau de Genève — et les déploie avec les Indiens de la réserve qui construisent leurs habitations depuis des générations. « L’architecte du projet est venu un mois après la construction avec sa famille et a dit : ‘Comment vous avez fait ça ? Sans ingénieur, sans corps de métier spécialisé.’ » La réponse est dans la méthode : observation, adaptation, co-construction sur la durée.
Le modèle de gestion est fondé sur l’intégration totale dans la communauté. 100 % du personnel qui travaille avec Nomad Lodge est issu du village adjacent — des gens nés dans la région. Chaque employé travaille 3 à 4 heures par semaine maximum, pour ne pas casser le rythme de vie local. La fierté de participer au projet est réelle : « Il y a une certaine fierté de pouvoir travailler sur le projet, de pouvoir le développer. »
Le chaman de la communauté est intégré au projet comme condition de légitimité locale — pas comme attraction touristique. Sa présence n’est pas mise en scène pour les visiteurs : elle est constitutive du projet lui-même. La réserve indigène est un espace de vie, pas un parc à visiter. Les visiteurs sont accueillis en tant qu’hôtes — avec tout ce que cela implique de réciprocité.
Les résultats
Nomad Lodge propose une expérience de reconnexion à la nature qui s’appuie sur les savoirs indigènes de la forêt amazonienne — slow down, baisse du rythme de vie, réadaptation à un niveau naturel, ouverture de tous les sens. L’échange entre les enfants des visiteurs (souvent des grandes villes) et les enfants du village amazonien est l’un des moments les plus forts de l’expérience. Les revenus générés par le lodge restent intégralement dans la communauté. Le projet est présenté au niveau international — notamment à l’École Hôtelière de Lausanne — comme un modèle d’intégration communautaire dans le tourisme régénératif.
Le levier principal. L’intégration progressive sur dix ans — pas une ouverture rapide mais une construction du projet avec la communauté dans le temps. C’est ce qui fait que le chaman est partenaire et non attraction, que les empleados sont co-constructeurs et non main-d’œuvre, que le projet survit parce qu’il appartient au territoire.
Assi-Nipi / Pekuakamiulnuatsh — Mashteuiatsh, Canada
La forêt nourricière comme proposition touristique
~1 M$
investis pour développer
le tourisme régénératif innu
70
emplacements dont 20
au cœur d’une forêt nourricière
N4
Capacity Score
Peuples Pekuakamiulnuatsh
Le contexte
Mashteuiatsh est une communauté innue au bord du lac Saint-Jean, au Québec. Les Pekuakamiulnuatsh ont développé depuis des millénaires un rapport à la forêt qui n’est pas celui de la gestion forestière conventionnelle : la forêt n’est pas une ressource à exploiter, c’est un milieu de vie nourricier, un espace de transmission culturelle, un tissu de relations entre espèces humaines et non-humaines. L’écohébergement Assi-Nipi (Ter-Eau) est né de la volonté de la communauté de partager cette vision avec des visiteurs — non pas en la mettant en scène, mais en la faisant vivre.
La démarche
Près d’un million de dollars canadiens ont été investis pour développer un hébergement écologique qui place la forêt nourricière au cœur de l’expérience. Le camping dispose d’environ 70 emplacements dont une vingtaine au cœur de la forêt nourricière elle-même — là où les visiteurs peuvent observer, apprendre et participer aux pratiques de cueillette, de reconnaissance des plantes médicinales et des cycles naturels que les Pekuakamiulnuatsh pratiquent depuis des millénaires.
Sonia Robertson, porte-parole du projet, l’explique ainsi : « Ce que l’on propose, c’est une expérience transformatrice de symbiose entre la nature et l’humain, avec de l’hébergement écologique au cœur d’une forêt nourricière. Un lieu qui met en valeur les savoirs des Pekuakamiulnuatsh qui ont vécu de façon harmonieuse avec l’environnement durant des millénaires. » Ce n’est pas du tourisme culturel au sens muséographique — c’est une transmission vivante de savoirs qui ne peuvent pas se lire dans un livre.
Le modèle de gouvernance est entièrement contrôlé par la communauté innue. Les revenus touristiques restent dans la communauté et financent des programmes culturels, éducatifs et environnementaux. La forêt nourricière est gérée selon les pratiques traditionnelles des Pekuakamiulnuatsh — le tourisme n’en est pas le propriétaire ni le gestionnaire, il en est l’invité.
Les résultats
Assi-Nipi est reconnu comme l’un des projets les plus avancés de tourisme régénératif autochtone au Canada. Il contribue à la transmission de savoirs qui risquaient de disparaître avec les générations les plus âgées. Il génère des revenus directs pour la communauté tout en renforçant l’identité culturelle plutôt qu’en la consumant. Il est cité dans le manuel de Destination Canada (2023) comme exemple de tourisme ancré dans la sagesse des peuples autochtones.
Le levier principal. La gouvernance communautaire totale. Le tourisme n’est ni le propriétaire ni le décideur — il est l’invité. Cette inversion de la relation de pouvoir est ce qui garantit que les savoirs transmis restent vivants et ne deviennent pas des attractions figées.
La grille Nous Sommes Vivants appliquée aux 6 premiers cas
Ce que le Capacity Score révèle sur ces 6 projets
Les six cas documentés jusqu’ici sont tous positionnés au niveau N4 (Régénérer) du Capacity Score de Nous Sommes Vivants. Ce qui les y place : la vitalité du territoire est leur proposition de valeur centrale — pas une externalité gérée. Les revenus touristiques financent des services socio-écosystémiques identifiés et mesurés. La coalition des parties prenantes inclut la communauté comme co-décideur, pas seulement comme bénéficiaire. Les impacts contributifs sont documentés et publiés avec des données terrain.
Ce qui les distingue entre eux, c’est le levier d’entrée : démographie (Playa Viva), gouvernance financière (Fogo Island Inn), processus d’émergence communautaire (Régénopolis), savoir-faire artisanal (Ottercreek), intégration culturelle progressive (Nomad Lodge), gouvernance autochtone (Assi-Nipi). Il n’y a pas un seul chemin vers le N4 — il y a autant de chemins que de lieux singuliers. Faire le diagnostic pour votre projet →
Le tourisme régénératif n’est pas réservé aux destinations lointaines
Les six cas qui précèdent sont au Mexique, au Canada, au Maroc et en Amazonie. On pourrait conclure que le tourisme régénératif nécessite des conditions exceptionnelles — un village isolé, une réserve indigène, une île enclavée. Les deux cas qui suivent montrent que ce n’est pas le cas. L’un est un domaine agricole et hôtelier en France, à une heure de Lyon. L’autre est une plateforme de 1 200 écolieux accessibles partout en France pour 30 à 40 euros la nuit. Le cadre peut être extraordinaire ou ordinaire. Ce qui compte, c’est la posture.
Éco-Domaine La Fontaine — France
Lauréat Nous Sommes Vivants Tourisme 2025
49,55 %
de croissance
sur 3 ans
50 %
des légumes servis
issus des potagers du domaine
N4
Capacity Score
Lauréat Nous Sommes Vivants 2025
Le contexte
L’Éco-Domaine La Fontaine est un domaine agricole et hôtelier en France. Il illustre un modèle qu’on pensait difficile à atteindre dans le contexte hexagonal : un établissement hôtelier qui génère des impacts contributifs documentés sur la biodiversité, la santé humaine et la vitalité du territoire, tout en affichant une croissance économique robuste. La question que pose ce cas : comment un domaine hôtelier « classique » peut-il devenir un acteur régénératif sans sacrifier sa viabilité économique ?
La démarche
Le modèle de l’Éco-Domaine La Fontaine est fondé sur l’intégration complète des activités : agriculture, hôtellerie, restauration, pédagogie et événementiel ne sont pas des pôles séparés mais les composantes d’un écosystème économique unique. Les vignes, les potagers en permaculture, le compostage, les énergies renouvelables ne sont pas des arguments de communication verte — ils sont la matière même de l’offre touristique. 50 % des légumes servis au restaurant proviennent des potagers du domaine. 70 % des besoins énergétiques sont couverts par les énergies renouvelables. Les équipes sont formées aux logiques permacoles.
Les clients ne sont pas des consommateurs de l’offre — ils sont invités à en devenir des acteurs. Les séjours pédagogiques, les ateliers de cuisine, les visites des potagers transforment chaque visiteur en participant au modèle plutôt qu’en spectateur. L’ouverture de 42 chambres supplémentaires en écoconception a été réalisée sans compromis sur les principes régénératifs : matériaux locaux, isolation naturelle, intégration paysagère.
La démarche a été structurée avec le Business Model de l’entreprise régénérative de Nous Sommes Vivants — les cinq ateliers ont permis d’identifier les services écosystémiques valorisables (permaculture, énergie renouvelable, circuits courts, biodiversité), de cartographier les parties prenantes du territoire à engager, et de co-construire une proposition de valeur mutuellement bénéfique avec elles.
Les résultats
Taux d’occupation 2024 : 49 % — chiffre en croissance de 49,55 % sur trois ans, dans un marché hôtelier sous pression. 42 chambres supplémentaires ouvertes en écoconception. Les données de biodiversité, de consommation d’eau et d’énergie par visiteur, et les flux financiers vers les producteurs locaux sont documentées dans le dossier Lauriers 2025 soumis au jury de Nous Sommes Vivants. L’Éco-Domaine La Fontaine est le premier lauréat touristique des Lauriers de la Régénération dans la catégorie Tourisme.
Le levier principal. L’intégration des activités — agriculture, hôtellerie, restauration, pédagogie, événementiel — dans un écosystème économique unique plutôt que dans des pôles séparés. Cette intégration est ce qui rend possible une proposition de valeur où chaque élément renforce les autres, plutôt que d’additionner des arguments verts à un modèle inchangé.
Coopérative Oasis — France
Lauréat Nous Sommes Vivants Tourisme 2024
1 200
écolieux en France
plateforme Destination Oasis
30-40 €
la nuit en cabane
ou gîte de ferme
N4
Capacity Score
Lauréat Nous Sommes Vivants 2024
Le contexte
La Coopérative Oasis rassemble plus de 1 200 écolieux en France — des lieux où des personnes et des familles ont fait le choix de vivre différemment, en lien avec la terre, la communauté et les cycles naturels. Ces lieux existent depuis des années, voire des décennies pour certains. Ils ne sont pas des offres touristiques au sens conventionnel : ce sont des milieux de vie où le tourisme est accueilli comme une opportunité de partage et de génération de revenus complémentaires.
La plateforme Destination Oasis est née du constat suivant : la plupart des offres de tourisme régénératif sont tarifées pour une clientèle aisée. Fogo Island Inn à 1 980 € la nuit, des lodges amazoniens à plusieurs centaines d’euros — des expériences légitimes, mais inaccessibles à la majorité. La Coopérative Oasis apporte une réponse à l’angle mort de l’accessibilité.
La démarche
Destination Oasis est une plateforme coopérative de mise en relation entre les écolieux du réseau et des voyageurs en quête d’une expérience de vie différente. Cabanes dans les bois pour 30 à 40 euros la nuit, gîtes d’étapes à la ferme, chambres d’hôtes au cœur de vergers-potagers, en cohabitation avec les animaux du lieu. Ces tarifs ne sont pas des prix d’appel — ils reflètent le modèle économique réel des écolieux, dont l’hospitalité n’est pas l’activité principale mais un complément de revenu cohérent avec leur mode de vie.
Le modèle coopératif est au cœur du projet : les écolieux sont membres de la coopérative, pas prestataires d’une plateforme. Les décisions sur les critères d’accueil, les standards de qualité et les orientations stratégiques sont prises collectivement. La valeur générée par le tourisme reste dans les écolieux et dans le réseau — elle n’est pas captée par une plateforme intermédiaire qui prélèverait une commission de 18 à 25 %.
Ce que le visiteur vient chercher ici n’est pas une expérience fabriquée pour lui — c’est le contact avec des personnes qui ont déjà fait le choix du changement de vie, qui le vivent au quotidien, et qui l’accueillent dans leur réalité plutôt que dans une mise en scène. C’est la différence fondamentale avec l’écotourisme standard : le visiteur ne regarde pas une vie différente depuis l’extérieur — il y est provisoirement immergé.
Les résultats
La Coopérative Oasis est lauréate des Lauriers de la Régénération 2024 de Nous Sommes Vivants dans la catégorie Tourisme. La plateforme Destination Oasis est active et référence l’ensemble du réseau de 1 200 écolieux. Elle est l’une des rares offres touristiques régénératives accessibles à toutes les bourses en France — sans sacrifier la profondeur de l’expérience. À une heure où la demande pour un tourisme différent est documentée (71 % des Français déclarent vouloir voyager de manière plus responsable en 2023, source ADN Tourisme) mais où les offres accessibles restent rares, ce modèle adresse une lacune structurelle du secteur.
Le levier principal. L’accessibilité économique comme condition de la démocratisation du tourisme régénératif. En France, la majorité des offres régénératives documentées sont hors de portée de la plupart des budgets. La Coopérative Oasis prouve que le modèle fonctionne aussi à 30-40 € la nuit — à condition que le tourisme ne soit pas l’activité principale de l’hôte.
Les autres lauréats français des Lauriers de la Régénération
Deux autres lauréats des Lauriers de la Régénération méritent d’être documentés ici — ils illustrent deux entrées complémentaires aux cas 07 et 08 : l’une par la restauration gastronomique régénérative, l’autre par l’agence de voyage solidaire internationale.
La Fenière / Nadia Sammut — Restauration
La première étoilée qui fait de l’intolérance au gluten une révolution du vivant
700
personnes/an
par NOURRIR
2–6 nuits
séjours régénératifs
Lourmarin, Luberon
Fonds VIE
Vivre en Interdépendance
avec l’Écosystème
Nadia Sammut est la première cheffe étoilée Michelin à avoir fait de l’intolérance au gluten la matière d’une révolution culinaire : la Cuisine Libre®, fondée sur les céréales et légumes anciens, les produits fermentés, les techniques de transformation naturelle. Son potager expérimental à Lourmarin est un laboratoire vivant de biodiversité cultivée — semences de demain, variétés oubliées, interactions sol-plante documentées et transmises.
Le mouvement NOURRIR, co-fondé avec son père René Sammut, propose des séjours régénératifs de 2 à 6 nuits articulant gastronomie, transmission des savoirs du vivant et reconnexion à l’écosystème provençal. Le fonds VIE (Vivre en Interdépendance avec l’Écosystème) finance la recherche sur les semences et les pratiques agricoles régénératives. La boucle est complète : la table étoilée finance la régénération du territoire qui la nourrit. 700 personnes par an passent par NOURRIR — pas pour consommer de la gastronomie, mais pour retrouver le lien entre alimentation, santé et écosystème.
Le levier principal. La gastronomie régénérative comme porte d’entrée vers la biodiversité cultivée et les savoir-faire territoriaux. La contrainte (intolérance au gluten) devient le moteur d’une exploration des céréales et légumes anciens — et d’une relation renouvelée avec les agriculteurs, les semenciers et les écosystèmes du Luberon.
Soliderrance / Adrien Ruffino — Coup de cœur International
Voyager chez ceux qui régénèrent — Colombie et Sénégal
3 nuits min.
par famille
immersion réelle
Colombie
Sénégal
destinations actives
hôtes sélectionnés
ATES
membre associé
tourisme équitable
Fondée par Adrien Ruffino après deux ans de voyage en Amérique Latine, Soliderrance est une agence de voyages solidaires et régénératifs dont le modèle repose sur un principe radical : immerger les voyageurs chez des hôtes qui régénèrent activement leur territoire au quotidien — et dont le tourisme n’est pas l’activité principale. Ces hôtes conservent des forêts, reforestent, éduquent leurs communautés, prennent soin de leurs écosystèmes. Le voyage génère des revenus additionnels pour ces familles engagées — il ne les transforme pas en prestataires touristiques.
Séjours minimum de 3 nuits par famille pour permettre un échange réel au-delà de la relation marchande. Hôtes sélectionnés sur des critères précis : habitat éco-construit, énergie renouvelable, optimisation des cycles de l’eau, alimentation locale, mobilité douce. La mitigation carbone des vols est incluse dans le prix des voyages. Membre de l’ATES (Association pour le Tourisme Équitable et Solidaire).
Le levier principal. Faire du voyageur un soutien économique direct à des projets régénératifs déjà existants — sans créer une dépendance touristique. L’hospitalité est le revenu complémentaire, pas l’activité centrale. La régénération du territoire n’attend pas le visiteur pour exister.
Ce que ces projets enseignent
En parcourant ces huit projets, une grille de lecture se dégage. Non pas une recette — chaque lieu a sa singularité irréductible, et ce qui fonctionne à Juluchuca ne se transpose pas mécaniquement à Tillsonburg ou à Mashteuiatsh. Mais des constantes structurelles, oui.
1. Tous ont commencé par le lieu, pas par l’offre. Playa Viva a compris l’écosystème de Juluchuca avant de concevoir l’expérience. Fogo Island Inn a compris les savoir-faire des artisans de l’île avant de concevoir les chambres. Régénopolis a passé un an à co-construire avec la communauté avant d’ouvrir une seule chambre. Le lieu n’est pas le décor de l’offre — il en est la matière.
2. Tous publient des chiffres terrain — pas des certifications. Population de Juluchuca (528→691), flux financiers de Fogo Island Inn (84 % sur l’île), activités générées à Régénopolis (~100 en 3 ans), m² régénérés par ticket chez Ottercreek (8 m²), taux d’occupation et croissance de l’Éco-Domaine La Fontaine (49 %, +49,55 %). Ces chiffres sont la preuve de la démarche — ils ne s’obtiennent pas avec une certification.
3. Tous ont renversé la relation de pouvoir avec la communauté. Les habitants ne sont pas bénéficiaires d’un programme RSE — ils sont co-décideurs, parfois propriétaires, toujours partenaires. Chez Assi-Nipi, la communauté innue décide. Chez Nomad Lodge, l’intégration est progressive et le chaman est partenaire. Chez Régénopolis, un an d’émergence communautaire précède chaque ouverture. Ce renversement est structurel, pas symbolique.
4. Tous ont trouvé leur levier d’entrée singulier. Il n’y a pas un seul chemin vers le N4 du Capacity Score. La démographie (Playa Viva), la transparence financière (Fogo), le processus d’émergence (Régénopolis), le savoir-faire artisanal (Ottercreek), l’intégration culturelle (Nomad Lodge), la gouvernance autochtone (Assi-Nipi), l’intégration des activités (Éco-Domaine La Fontaine), l’accessibilité économique (Coopérative Oasis) — chacun a trouvé le sien en partant de ce que le lieu avait déjà, pas de ce qu’un modèle imposait.
5. Tous sont économiquement viables. Ce n’est pas le moins important. Le tourisme régénératif n’est pas une philanthropie ou un sacrifice économique. Ottercreek a créé 20 % de chiffre d’affaires supplémentaire. L’Éco-Domaine La Fontaine affiche une croissance de 49,55 % sur trois ans dans un marché difficile. Fogo Island Inn est régulièrement classé parmi les meilleurs hôtels du monde. La régénération du territoire et la viabilité économique ne sont pas en tension — elles se renforcent mutuellement.
Par où commencer pour votre propre projet
Ces huit cas sont des éclaireurs, pas des modèles à copier. Chacun a trouvé son levier d’entrée en partant des singularités de son lieu — et non d’un modèle importé. La question n’est pas « comment reproduire Playa Viva ou Fogo Island Inn », mais « quel est mon levier à moi, dans ce territoire, avec ces parties prenantes ». Les outils de Nous Sommes Vivants sont conçus pour répondre à cette question, pas pour fournir une recette universelle.
Trois points d’entrée selon votre stade :
Se positionner — Capacity Score (20 min, gratuit)
Le Capacity Score révèle en 20 minutes où se situe votre projet sur les quatre niveaux (N1 Limiter → N4 Régénérer) et identifie votre verrou de transformation — gouvernance, pratiques, modèle économique ou leadership. C’est le point de départ. Sans ce diagnostic, on risque d’ajouter des couches de vert à un modèle inchangé plutôt que d’identifier le levier qui fait basculer.
Construire la coalition et le modèle — Business Model de l’entreprise régénérative (5 ateliers)
Les cinq ateliers permettent de cartographier la chaîne de valeur actuelle (où sont les points de prédation ?), d’identifier les services écosystémiques que le lieu peut produire, de mobiliser les parties prenantes du territoire, et de co-construire une proposition de valeur mutuellement bénéfique avec elles. C’est le travail de fond que les huit cas documentés ici ont tous fait — sous des formes différentes, avec des temporalités différentes. Un Regenerative Circle tourisme est en cours de construction : Nous Sommes Vivants cherche des acteurs prêts à tester la méthode dans le secteur.
Faire reconnaître la démarche — Lauriers de la Régénération 2026
Les Lauriers de la Régénération ne sont pas un concours classique — c’est un dispositif apprenant. Chaque dossier reçoit un retour structurant du jury qui croise les regards d’experts sur la trajectoire régénérative du projet. Même sans trophée, chaque candidat repart avec un diagnostic structurant. Les candidatures 2026 sont ouvertes jusqu’à fin mai 2026. Édition Paris, 11-12 juin 2026.
Avant de commencer · Nous Sommes Vivants
La Fresque des Imaginaires — changer de modèle mental avant de changer de modèle économique
Les huit cas documentés ici partagent une même vision du monde : le territoire est un système vivant, pas un fond de scène à gérer. Ce basculement d’imaginaire précède tout changement de pratique. La Fresque des Imaginaires (3h) permet à une équipe touristique ou à une coalition d’acteurs de projeter son territoire dans un futur régénératif — à travers les quatre relations à la nature (IPBES). Sans ce travail, les pratiques régénératives restent des ajustements cosmétiques sur un modèle inchangé.
Sources
— Dias, Brinkoff & Fugate. Playa Viva — cas de référence en tourisme régénératif. Juluchuca 528→691 habitants 2006-2020. FITUR 2023 Medal of Excellence in Tourism.
— Destination Canada (2023). A Regenerative Approach to Tourism in Canada. 46 pages. Cas : Ottercreek Woodworks, Orillia, Playa Viva. Marsha Walden, PDG.
— Fogo Island Inn / Shorefast (2013-2025). Transparence financière publiée. Île de Terre-Neuve. Zita Cobb.
— Binder, D. (Régénopolis / 700 000 Impact). Table ronde Lauriers de la Régénération 2025. Maroc, Pérou, Mexique.
— Kruger, P.-A. (Nomad Lodge). Table ronde Lauriers de la Régénération 2025. Amazonie colombienne.
— Assi-Nipi / Ter-Eau. Mashteuiatsh (Pekuakamiulnuatsh). Forêt nourricière. Sonia Robertson.
— Nous Sommes Vivants (2024-2025). Lauriers de la Régénération : Éco-Domaine La Fontaine (Tourisme 2025), Coopérative Oasis (Tourisme 2024).
— Éco-Domaine La Fontaine. Dossier Lauriers 2025. TO 2024, croissance sur 3 ans, énergie renouvelable, permaculture.
— Coopérative Oasis. Plateforme Destination Oasis. 1 200 écolieux en France. Tarifs 30-40 €/nuit.
— Reed, B. (Regenesis Group). Le comportement d’un visiteur seul ne peut pas revitaliser une communauté.
— Carolinian Canada Coalition. Partenariat Ottercreek Woodworks. 800 arbres, 5 000 m² régénérés.
— ADN Tourisme (2023). 71 % des Français déclarent vouloir voyager de manière plus responsable.

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