Tourisme régénératif : quand le voyage fait prospérer le territoire

 

Un hôtel peut afficher sa certification Clef Verte, trier ses déchets, acheter local, compenser ses émissions — et laisser la communauté qui l’entoure dans le même état qu’avant son ouverture. C’est du tourisme durable. Le tourisme régénératif pose une autre question, plus exigeante : est-ce que le territoire prospère grâce à cette activité touristique ? La différence n’est pas une question de degré — c’est un renversement de finalité.

Tourisme régénératif — territoire vivant — Nous Sommes Vivants

Cet article cartographie le tourisme régénératif à partir d’une question précise : qu’est-ce qui fait qu’une activité touristique contribue activement à la santé des écosystèmes, à la vitalité des communautés locales et à la viabilité économique du territoire — et comment le concevoir, le financer, le mesurer ? Les exemples documentés ici — de Playa Viva au Mexique à la Coopérative Oasis en France, de Fogo Island Inn au Canada à Visit Flanders en Belgique — ont tous résolu le même problème : construire un modèle où le touriste, la communauté d’accueil et le territoire sont dans une relation de réciprocité, pas d’extraction.


1. Le paradoxe du tourisme : l’industrie qui détruit ce qu’elle vend

Le tourisme représente 10 % du PIB mondial, 1 emploi sur 11 dans le monde, 220 millions d’emplois directs — dont 900 000 salariés directs en France (UNWTO). C’est l’une des industries les plus importantes de la planète. Et l’une des plus vulnérables à sa propre trajectoire.

Le paradoxe fondamental est documenté dans le rapport Nous Sommes Vivants sur le tourisme régénératif : les environnements les plus riches en biodiversité sont simultanément les plus attractifs pour le tourisme et les plus sensibles à ses impacts. En Méditerranée, 90 % de la biodiversité se concentre dans les 200 premiers mètres de la frange côtière — précisément là où la pression touristique est maximale. En 2023, le Jour du Dépassement de la Terre est tombé le 2 août : l’humanité consomme l’équivalent de 1,7 planètes par an. Le monde a connu une multiplication par 10 du nombre de catastrophes naturelles depuis les années 1960, le coût des dommages passant de 50 à 200 milliards de dollars par an (Ecological Threat Register, 2020). Un secteur fondé sur la stabilité climatique et la qualité des écosystèmes est directement exposé à cette accélération.

La crise Covid a démontré cette fragilité de façon brutale. L’hôtellerie a chuté de -80 % au pic de la crise en avril-mai 2020 — la plus longue à se rétablir. L’hôtellerie de plein air, plus ancrée dans le territoire et les ressources locales, a été la moins impactée et la plus rapide à rebondir, atteignant +60 % par rapport à 2019 en été 2022. Ce n’est pas un hasard : les modèles économiques les plus connectés à leur territoire écologique et social ont montré une résilience structurellement supérieure.

Le Cadre mondial pour la biodiversité, élaboré au cours d’un processus de consultation et de négociation de quatre ans, soutient les objectifs de développement durable des Nations Unies. Sa vision : un monde vivant en harmonie avec la nature pour 2050. Il couvre la santé des écosystèmes, la conservation des espèces, la diversité génétique et la garantie que la nature continue de fournir des avantages vitaux aux humains. Sa mise en œuvre nécessite un effort collectif — financement adéquat, gouvernance solide, participation de tous les secteurs de la société. Le tourisme, par ses 220 millions d’emplois directs et sa dépendance totale aux écosystèmes naturels, est un acteur central de ce cadre — qu’il le veuille ou non.

Susanne Becken, de l’Université Griffith (Nouvelle-Zélande), formule la question centrale : dans quelle mesure une activité commerciale peut-elle soutenir sans exploiter l’environnement ou les personnes ? Les modèles actuels érodent le capital — exactement comme l’agriculture intensive draine les sols. Le tourisme consomme les ressources qui font sa valeur. La régénération inverse cette logique.

Tensions internes au secteur qui aggravent la trajectoire : nombreux emplois touristiques sous-qualifiés, sous-payés, précaires — la saisonnalité aggrave la précarité. La manne financière ne bénéficie pas à l’ensemble de la population locale. Le développement des infrastructures touristiques se fait encore souvent au détriment de la préservation naturelle. Anna Pollock (Communauté de Pratique, Réseau des Îles Local2030) formule la réponse : « Le tourisme régénératif n’est pas anti-croissance ; cela demande simplement que nous développions les choses qui comptent le plus pour nous d’une manière qui profite à l’ensemble du système et jamais au détriment des autres. »


2. Ce que le tourisme durable ne résout pas — et le cadre théorique

Le tourisme durable est défini par l’UNWTO comme un tourisme « qui tient pleinement compte de ses impacts économiques, sociaux et environnementaux actuels et futurs, en répondant aux besoins des visiteurs, de l’industrie, de l’environnement et des communautés d’accueil. » C’est une définition de gestion des impacts. Elle ne contient aucune notion de contribution positive nette, de création de potentiels nouveaux ou de gouvernance des communs.

La limite est documentée. Dianne Dredge (The Tourism CoLab) identifie la résistance structurelle : dès qu’un changement s’opère dans les relations sociales, économiques et environnementales du tourisme, des frictions apparaissent parce que les habitudes et les modèles économiques sont profondément ancrés. Le morcellement, le dogmatisme et la politique sabotent les tentatives de rassemblement autour d’un projet commun.

Jérémy Dumont (fondateur de Nous Sommes Vivants) formule la question que tout le secteur évite : « Quelle est la pratique net zéro du tourisme ? » Comme le bio est la pratique de limitation maximale des impacts dans l’alimentation, comme la durabilité physique l’est dans le textile, il devrait exister une pratique équivalente dans le tourisme. La piste la plus documentée : allonger la durée de séjour, aller chercher des marchés moins émetteurs, favoriser les mobilités décarbonées et impliquer les habitants. Mais la réponse n’est pas encore stabilisée — et c’est précisément ce qui manque au secteur pour passer à l’échelle.

Autre lacune identifiée par Nous Sommes Vivants : il n’existe pas, à ce jour, de certification qui fonctionne vraiment pour le tourisme régénératif. « Il faudrait en avoir trois ou quatre. Je n’ai pas encore identifié lesquelles », dit Jérémy Dumont. Clef Verte, Écolabel Européen, Green Globe — ces certifications adressent des périmètres partiels (énergie, déchets, eau) et restent dans une logique de réduction des impacts négatifs. Aucune ne mesure la contribution à la vitalité du territoire, la trajectoire démographique de la communauté ou l’état des services écosystémiques locaux. La directive européenne sur les allégations vertes va rendre cette limite intenable : toute allégation environnementale — « éco-responsable », « durable », « régénératif » — devra être étayée par des données solides, fondées sur la science et vérifiables par un tiers. Pour le tourisme, qui a développé une culture de la communication environnementale très en avance sur la donnée terrain, c’est une rupture. Les acteurs qui ne peuvent pas documenter leurs impacts contributifs (pas seulement leurs réductions d’émissions) sont exposés.

Le spectre économique et la lemniscate

Sur le spectre économique Nous Sommes Vivants, cinq niveaux structurent la trajectoire : Conventionnel → Vert → Soutenable (Net Zero) → Restauratif → Thrivable (régénératif). Le point pivot est Net Zero : zéro impact négatif net, mais aussi zéro contribution positive nette. En dessous du pivot, les approches ralentissent la dégénération. Au-dessus, elles commencent à redonner. La régénération crée de nouveaux potentiels que le système n’avait pas encore.

La lemniscate (∞) formalise la double logique. Côté gauche (dégenération) : les ressources — Reuse, Repair, Recycle, Share, Reduce. C’est le territoire de l’économie circulaire. Nécessaire, insuffisant : il ne traite pas la régénération des capacités des êtres vivants. Côté droit (régénération) : les capacités — Transmit, Support, Supply, Regulate. Flux : Life resources / Common wealth / All living beings. La valeur régénérative est créée par une orchestration intentionnelle des parties prenantes — proportionnelle à leur degré de connexion. Plus les acteurs d’un territoire touristique sont connectés et plus leur action est délibérée, plus la valeur régénérative créée est grande.

La différence entre le modèle mécaniste du tourisme actuel et l’approche systèmes vivants est détaillée dans le Livre blanc Nous Sommes Vivants — vision du monde, causalité, mode de gestion, solutions, éthique. Le Capacity Score en est l’outil de diagnostic opérationnel.

Les services socio-écosystémiques : ce que le tourisme régénératif produit et mesure

Le référentiel Nous Sommes Vivants s’appuie sur le Millenium Ecosystem Assessment pour définir les services que les écosystèmes rendent — et que le tourisme régénératif doit contribuer à renforcer : formation des sols, photosynthèse, biodiversité, habitat, esthétique, éducation, récréation, air propre, stockage du carbone, purification de l’eau, contrôle des inondations, régulation, pollinisation, alimentation, bois, poissons. Le principe One Health reconnaît leur interdépendance : la santé humaine, animale et environnementale forment une seule réalité. Un territoire touristique régénératif identifie quels services il produit — et construit des mécanismes pour que l’activité touristique les finance et les mesure. L’office de tourisme ne gère plus des flux : il est garant de la vitalité socio-écosystémique du territoire.


3. Ce que la régénération change — définition et renversement de finalité

La définition académique consolidée (Araneda, Bellato, Pollock, Becken, 2019-2022) : le tourisme régénératif est un processus par lequel les parties prenantes du tourisme exercent collectivement un soin et une intendance pour l’amélioration d’un lieu lorsqu’elles s’y déplacent, le visitent, y vivent ou y opèrent. Ce faisant, elles créent de nouveaux potentiels pour le lieu et ses habitants — au-delà de leurs conditions actuelles de survie.

Deux mots méritent attention dans cette définition. Care (soin) : une disposition émotionnelle, une attention portée au lieu et à ses habitants humains et non-humains. Guardianship (intendance) : une responsabilité active, pas seulement passive. Le touriste n’est plus un consommateur d’expériences — il est un intendant temporaire d’un lieu vivant.

Carol Sanford, pionnière de l’entreprise régénérative, pose la responsabilité de manière radicale : « Les humains ont la responsabilité incontournable de veiller à ce que la planète reçoive un retour approprié sur l’investissement qu’elle a réalisé en nous. » Et plus précisément : « It is actually the business of business to fulfill this aspiration on the part of the planet. » La régénération n’est pas une option philanthropique ajoutée à un modèle économique — elle est la finalité même de l’activité économique. Araneda, Bellato, Pollock et Becken (2019-2022) précisent : l’objectif principal des acteurs économiques et locaux doit être de servir l’évolution saine de la vie à travers des systèmes durables et régénérants, et le rôle du tourisme est non seulement de gérer mais d’alimenter ces processus.

Reed et al. formulent le critère de succès : une régénération est réussie si elle développe de nouveaux potentiels. Les écosystèmes régénérés deviennent des lieux où les gens veulent vivre, travailler — et se rendre. La vitalité du lieu est elle-même la proposition touristique.

La Fresque des Imaginaires de Nous Sommes Vivants (3h) opérationnalise ce renversement en ancrant le basculement de modèle mental dans les quatre relations à la nature (IPBES) — développées en section 2 de cet article. C’est le pluricentrisme — vivre comme la nature, en interdépendance avec tous les êtres vivants du territoire — qui fonde l’imaginaire du tourisme régénératif. Sans ce basculement d’imaginaire, les pratiques régénératives restent des ajustements sur un modèle inchangé.

Cela produit ce que Nous Sommes Vivants nomme un retournement de finalité : la finalité de l’activité touristique n’est plus de maximiser les flux et les revenus extraits du territoire — c’est d’augmenter la capacité du territoire à prospérer. La vitalité du lieu devient la condition et la mesure du succès économique, pas son externalité.

Ce retournement se traduit différemment dans chaque rôle. L’office de tourisme ne gère plus des flux — il cultive une communauté d’accueil. C’est ce que Toerisme Vlaanderen a formalisé en 2018 dans son programme Travel to Tomorrow : au cours d’une consultation multi-acteurs, un habitant flamand a utilisé la métaphore du tilleul — commun en Flandre — pour exprimer comment un système touristique florissant devrait fonctionner : un arbre qui nourrit et abrite, qui pousse dans la durée, qui régénère le sol autour de lui. L’arbre a été adopté comme symbole officiel de la stratégie touristique de la Flandre. Toerisme Vlaanderen le formule : « A destination is a living system in the same way that a forest is a living system. »

L’hôtelier ne maximise pas le taux d’occupation — il mesure sa contribution à la vitalité du territoire. La différence entre les deux postures est celle que Robin Wall Kimmerer (autrice et botaniste autochtone) exprime en une phrase : « Tout épanouissement est mutuel. » Le tourisme extractif prospère en prélevant sur le territoire. Le tourisme régénératif prospère avec lui.

La pensée des systèmes vivants définit comment mettre en œuvre concrètement ce renversement. Trois étapes structurent tout projet régénératif : d’abord comprendre comment les systèmes de vie fonctionnent dans cet endroit unique — qui vit là, de quoi, avec quelles tensions. Ensuite comprendre les avantages que chacun des systèmes imbriqués apporte aux autres — comment la forêt nourrit la rivière qui nourrit l’agriculture qui nourrit la communauté qui nourrit le tourisme. Enfin, au lieu de se concentrer sur des problèmes isolés (ce qui entraîne inévitablement de nouveaux problèmes et des conséquences imprévues), travailler de manière holistique — prendre en compte un contexte plus large avec toutes ses interrelations. Toute approche moins exhaustive risque d’être fragmentée et de ne pas permettre à la communauté d’atteindre son potentiel de prospérité.

Daniel Wahl, auteur de « Designing Regenerative Cultures », a développé la notion de « culture régénérative » comme cadre opérationnel. En France, deux voyageurs de Voyageons-autrement.com, Martin et Carlos, s’en sont inspirés pour organiser des formations au tourisme régénératif articulées autour de quatre axes : la compréhension des organisations vivantes, la création d’expériences touristiques basées sur la relation avec soi-même, les autres et la nature, le design écologique inspiré du biomimétisme, et les capacités à maintenir un leadership régénératif dans l’optique de sensibiliser à l’engagement.

Pauline Sheldon (économiste spécialiste du tourisme) nomme ce que cela implique concrètement : « C’est un tourisme qui nécessite un changement fondamental dans notre façon de voir le monde — un engagement envers le tourisme en tant qu’outil pour créer des communautés d’accueil prospères et pour régénérer et soigner les ressources abîmées. »


4. Tourisme régénératif vs tourisme durable : ce qui change dans chaque dimension

La comparaison systématique entre tourisme durable et tourisme régénératif révèle que la différence n’est pas graduelle — c’est un changement de paradigme complet. Le durable reste dans une logique d’industrie à gérer. Le régénératif pense le tourisme comme un système vivant.

Dimension Tourisme durable Tourisme régénératif
ParadigmeTourisme = industrieTourisme = système vivant coexistant avec le paradigme régénératif
FinalitéMinimiser les impacts sociaux et environnementaux tout en poursuivant la croissancePermettre aux communautés et écosystèmes d’évoluer, se renouveler, se restaurer
ApprocheTrouver des moyens de réduire l’impact du tourisme sur les écosystèmes et communautésS’aligner avec la nature, harmoniser développement économique, social, culturel, spirituel et écologique
RessourcesUsage responsable des ressources (souvent profit-driven)Contribuer aux ressources comme des capitaux
GouvernanceGestion des parties prenantes traditionnelleOrchestration collective multi-acteurs incluant nature et générations futures
MétriqueRéduction des impacts négatifs, efficienceCréation de potentiels nouveaux, net benefit pour la communauté

Les cinq caractéristiques distinctives du tourisme régénératif

Destination Canada formalise l’approche en trois éléments : connecter les gens à leur lieu dans une relation profonde et intentionnelle ; traduire ce projet partagé en expériences d’accueil animées par les histoires, les apprentissages et le soin locaux ; travailler d’une manière qui augmente les capacités de prospérité et de résilience chez les personnes, les entreprises, les communautés et les écosystèmes. Le manuel de 46 pages publié en 2023 insiste sur un point structurant : la transformation passe par une « hosting economy ecosystem » — une économie d’accueil considérée comme un écosystème, où chaque acteur contribue à la vitalité collective plutôt qu’à extraire de la valeur individuelle.

Le FlippingBook Nous Sommes Vivants sur le tourisme régénératif formalise cinq caractéristiques qui distinguent structurellement le régénératif du durable.

1. Évolution du tourisme durable. Le régénératif va au-delà de la réduction et de la compensation des impacts : il restaure les ressources naturelles pour tous les êtres vivants (humains inclus) ET donne à tous les êtres vivants les ressources nécessaires pour atteindre leur plein potentiel dans leur environnement. Double mouvement : restaurer ce qui manque + amplifier les capacités au-delà du minimum vital.

2. Community-driven. Tous les habitants — touristes inclus — dans des activités mutuellement bénéfiques. Working in a manner that grows capacity for flourishing and resilience among people, businesses, communities, and ecologies. Objectif final : améliorer le bien-être local (#onehealth). Le touriste n’est plus un consommateur extérieur mais un contributeur temporaire à la communauté locale.

3. Responsabilisation des touristes. Le défi : comment le touriste peut-il être catalyseur du changement tout en profitant de son expérience ? Comment passer des valeurs aux actes ? Le régénératif ne sacrifie pas la dimension hédonique — il la recontextualise dans une logique de contribution. « Such an approach does not reject the pursuit of profits in larger spectrum: prosperity. »

4. Délivrance locale de services socio-écologiques. Carbone, biodiversité, éducation, eau, transmission culturelle — une approche place-based : coalition locale focalisée sur un lieu, pensé comme écosystème vivant à potentiel unique. Anti-scalabilité : ce qui fonctionne à Juluchuca (Mexique) ne se copie pas mécaniquement à Bali. Chaque lieu a une singularité irréductible.

5. Nature-inspired. Relations symbiotiques, écosystèmes vivants, humains comme partie de la nature — pas seulement comme ressource à préserver. La nature comme modèle de conception de l’offre touristique.

Les cinq résultats observés dans les communautés régénératives (Michelle Holliday)

Michelle Holliday (Canada), dont l’approche régénérative des communautés s’ancre dans les mêmes travaux de Regenesis Group que le référentiel Nous Sommes Vivants, documente cinq résultats concrets dans les territoires touristiques qui ont engagé une démarche régénérative.

Cohésion

Cohésion communautaire. Chaque communauté d’accueil peut développer son propre caractère et être cohérente — ce qui se répercute sur les résidents, attire et enrichit les visiteurs, et mobilise des ressources en soutien.

Accueil

Accueil universel. Partout, les gens sont capables de cultiver un accueil chaleureux envers leurs voisins et les visiteurs, même au-delà des différences et des conflits.

Soin

Soin étendu à la terre. L’accueil peut s’étendre à la terre elle-même, lorsque les gens trouvent du sens à travailler ensemble pour régénérer les écosystèmes environnants — et en viennent à se sentir soutenus et accueillis par le lieu.

Possibilités

Multiplication des possibilités. Les communautés découvrent que les possibilités se multiplient quand on travaille ensemble et qu’on conjugue apprentissage, guérison, vitalité et potentiel. De ce « terreau fertile » émergent continuellement de nouveaux projets — comme des plantes dans un sol renouvelé.

Net benefit

Net benefit. Le secteur touristique ne génère pas seulement des recettes brutes, mais aussi un « bénéfice net » pour les communautés — terme auquel elles donneront leur propre définition. Il procure également du bien-être aux hôtes comme aux visiteurs. Sur cette base, les communautés développent la résilience nécessaire pour résister aux perturbations futures. Chaque lieu devient un chez-soi, pour les résidents et, temporairement, pour les visiteurs.


5. Le Capacity Score appliqué au tourisme : quatre niveaux, quatre relations à la nature

Le Capacity Score de Nous Sommes Vivants positionne tout acteur touristique sur quatre niveaux — qui correspondent exactement aux quatre relations à la nature identifiées par l’IPBES. Ce n’est pas une coïncidence : la posture d’un hôtelier, d’un office de tourisme ou d’un opérateur vis-à-vis du territoire reflète directement la vision du monde qui sous-tend son modèle économique. La même grille de lecture, appliquée aux quatre niveaux.

Quatre relations à la nature, quatre modèles économiques

La matrice organisationnelle de Sarkar, Foglia et Kotler (2021) pose le diagnostic en deux axes : valeur organisationnelle / valeur communautaire. L’organisation extractive maximise la valeur économique sans retour au territoire — modèle dominant. L’organisation caritative redistribue sans viabilité propre. L’organisation dégénérative détruit les deux. Seule l’organisation régénérative crée simultanément une forte valeur économique ET une forte valeur communautaire. Cette matrice s’articule avec la grille intellectuelle de Nous Sommes Vivants, qui structure la régénération sur deux axes croisés : individualisme/holisme (comment on se situe dans le système) et ségrégation/intégration (comment on se relie aux autres éléments). Elle produit quatre relations à la nature — identifiées par l’IPBES — et quatre modèles économiques correspondants. La même grille de lecture s’applique au tourisme, à l’alimentation, au textile, aux cosmétiques — elle est développée dans les articles piliers cosmétiques régénératifs, vin régénératif et agriculture régénérative.

Les quatre relations à la nature : anthropocentrisme, biocentrisme, écocentrisme, pluricentrisme — Nous Sommes Vivants
Les quatre relations à la nature et les quatre modèles économiques correspondants — Nous Sommes Vivants

Anthropocentrisme — individu/ségrégation

Vivre de la nature

La nature est un ensemble de ressources à disposition de l’humain. Économie extractive ou verte. Tourisme : moins de dommages, mais chaque acteur optimise ses impacts indépendamment.

Biocentrisme — holisme/ségrégation

Vivre dans la nature

La nature a une valeur intrinsèque indépendante de l’humain. Économie de décroissance. Tourisme : zéro dommage — réserves naturelles, slow travel, ségrégation humains/nature.

Écocentrisme — holisme/intégration

Vivre avec la nature

L’humain comme intendant des systèmes de la Terre. Économie durable — People, Profit & Planet. Tourisme : restaurer l’équilibre, adapter les activités. Maintenir — pas régénérer.

Pluricentrisme — individu/intégration ← cible

Vivre comme la nature

Communautés humaines et non-humaines en interdépendance. Économie régénérative : augmenter les capacités de tous les êtres vivants dans un territoire partagé. Tourisme : territoire prospère — humains et nature coévoluent.

Le positionnement de Nous Sommes Vivants est le pluricentrisme — ni l’anthropocentrisme extractif, ni le biocentrisme de la décroissance, ni l’écocentrisme adaptatif. La régénération comme mode de vie prospère en lien avec la nature, pas en dehors d’elle ni malgré elle. Ce n’est pas anti-croissance : c’est une croissance de ce qui compte, dans les limites de ce qui est vivant.

Niveau Relation à la nature (IPBES) Ce que ça signifie dans le tourisme Exemples et certifications
N1
Limiter

Anthropocentrisme

Vivre de la nature

Chaque acteur réduit ses propres nuisances indépendamment. La nature est un fond de scène à ne pas trop abîmer. Moins de dommages — pas de contribution. Clef Verte (eau, déchets, énergie, politique environnementale — 3 000+ établissements en France, audit annuel, pas de bilan carbone obligatoire, pas de mesure contribution territoriale), ISO 14001, compensation carbone, achats locaux ponctuels.
N2
Réduire

Biocentrisme

Vivre dans la nature

La nature a une valeur intrinsèque — il faut la protéger des activités humaines. Réserves naturelles, slow travel, ségrégation humains/nature. Zéro dommage — mais pas de lien productif entre tourisme et écosystème. Écolabel Européen, HQE hébergement, bilan carbone documenté, politique achats locaux structurée, rapport RSE annuel. Pierre & Vacances en trajectoire N2→N3.
N3
Restaurer

Écocentrisme

Vivre avec la nature

L’humain comme intendant des systèmes de la Terre. Coalition territoriale engagée, services écosystémiques identifiés. Restaurer les équilibres — People, Profit & Planet. Le modèle économique évolue mais la vitalité territoriale n’est pas encore la proposition de valeur centrale. Grands Sites de France, Chambéry Montagnes, Grand Site Salagou, Regenerate Open Lande, Dolomiti Paganella, Hôtels au Naturel. Châteauform’ Regen’ Ronqueux en trajectoire N3→N4 (expérimentation lancée 2024, objectif extension à l’ensemble des maisons si 70 % d’occupation atteints).
N4
Régénérer

Pluricentrisme ← cible

Vivre comme la nature

Communautés humaines et non-humaines en interdépendance. La vitalité du territoire est la proposition de valeur — pas une externalité gérée. Retournement de finalité complet. Augmenter les capacités de tous les êtres vivants dans un territoire partagé. Fogo Island Inn (84 % des revenus restent sur l’île), Playa Viva (Juluchuca 528→691 habitants), Éco-Domaine La Fontaine, Soliderrance, Coopérative Oasis, Régénopolis (Maroc, Pérou, Mexique), Nadia Sammut / La Fenière (potager expérimental, mouvement NOURRIR, semences de demain).

Pour les Lauriers de la Régénération, Nous Sommes Vivants retient quatre indicateurs clés : eau, carbone, biodiversité, santé humaine. Jérémy Dumont : « On ne peut pas être juste bon pour la société humaine et pas bon pour la nature. Et si un gîte n’est pas net positif dans l’ensemble, certaines de ses offres peuvent l’être. »

Le Capacity Score révèle en 20 minutes le niveau d’un acteur touristique et ses verrous de transformation. Faire le diagnostic gratuit →

Le triple modèle économique : Not Sustainable → Not Viable → Resilient

Le référentiel Nous Sommes Vivants distingue trois modèles de relation entre Profit, People et Planet. Not Sustainable : un grand cercle Profit, deux petits cercles séparés People et Planet. Plan d’action pour maximiser le profit — People et Planet sont des externalités. C’est le modèle du tourisme extractif. Not Viable : trois cercles de taille comparable qui se recoupent partiellement — le diagramme de Venn RSE. Plan d’action pour réduire les impacts négatifs. La tentative d’équilibre crée des compromis permanents plutôt qu’une intégration systémique. C’est le tourisme durable bien intentionné — mais structurellement instable. Resilient : grand cercle Planet contenant un cercle People contenant un cercle Profit — les poupées russes. L’économie est un sous-système du social qui est lui-même un sous-système de l’écosystème planétaire. C’est le modèle du tourisme régénératif — et celui qu’opérationnalise le Business Model de l’entreprise régénérative.

Outil sectoriel · Nous Sommes Vivants

Le Business Model de l’entreprise régénérative — cinq ateliers pour un acteur touristique

Atelier 1 — Cartographier la chaîne de valeur dégénérative : où sont les points de prédation, quelles ressources sont extraites sans compensation, quels acteurs sont fragilisés. Atelier 2 — Engager les nouvelles parties prenantes dans une mission régénérative à 5-10 ans — y compris les générations futures et la nature représentée. Atelier 3 — Construire la proposition de valeur mutuellement bénéfique. Ateliers 4 et 5 — Produire le plan d’action et les KPIs régénératifs : mesure des capacités restaurées, pas seulement des impacts réduits.

L’Éco-Domaine La Fontaine (Lauréat Nous Sommes Vivants 2025) illustre ce que produit la démarche en 5 ateliers : un écosystème économique ancré dans le territoire qui relie agriculture, hôtellerie, restauration, pédagogie et événementiel — où chaque atelier a permis d’identifier les services écosystémiques valorisables (permaculture, énergie renouvelable, circuits courts) et de co-construire une proposition de valeur avec les parties prenantes du territoire.

Les Regenerative Circles de Nous Sommes Vivants sont des parcours multi-acteurs sectoriels en cinq journées sur un an. Sessions existantes : agriculture, alimentation, textile, cosmétique, vin. Un Regenerative Circle tourisme est en cours de construction — Nous Sommes Vivants cherche des acteurs du territoire prêts à beta-tester la méthode. 10 places par session.

6. En France : lauréats Nous Sommes Vivants et territoires en transition

Les lauréats des Lauriers de la Régénération 2024–2025

Les Lauriers de la Régénération 2025 ont distingué deux initiatives touristiques françaises. L’Éco-Domaine La Fontaine (lauréat Tourisme) incarne le modèle intégré : un écosystème économique ancré dans le territoire relie agriculture, hôtellerie, restauration, pédagogie et événementiel. 50 % des légumes servis au restaurant proviennent des potagers en permaculture du domaine. 70 % des besoins énergétiques sont couverts par les renouvelables. Taux d’occupation 2024 : 49 %, avec une croissance de 49,55 % sur trois ans et l’ouverture de 42 chambres supplémentaires en écoconception. La valeur créée ne se mesure pas seulement en euros, mais aussi en biodiversité, en bien-être humain et en vitalité territoriale.

89 %

Score global · Capacity Score Nous Sommes Vivants · 2025

Niveau N4 — Régénérer · Le score le plus élevé du corpus

Six leviers évalués · 38 questions · Pratiques documentées 2025. Au-dessus d’ETIC (76,1 %), Expanscience (72 %) et Patagonia (68 %). Prochaine capacité à activer : L6 Gouvernance (79,2 %) — ouvrir la co-décision territoriale.

L1 — Leadership96,4 %
N4 — Régénérer
L2 — Intelligence écosystémique87,5 %
N4 — Régénérer
L3 — Chaîne de valeur83,3 %
N4 — Régénérer
L4 — Innovation produit95,8 %
N4 — Régénérer
L5 — Dynamiques humaines91,7 %
N4 — Régénérer
L6 — Gouvernance79,2 %
N4 · levier de progression prioritaire

Lecture du score : 89 % place l’Éco-Domaine dans le profil du Jardinier — le quatrième niveau du Capacity Score. Leadership (96,4 %) et Innovation produit (95,8 %) sont les leviers les plus forts : la contribution au vivant est démontrée par des preuves, pas communiquée par des labels. La trajectoire nappe phréatique (4 mois de pompage en 2021 → 0 litre en 2024) et la ferme rentable à +5 000 € sont des preuves comptables que la régénération est un levier de viabilité — pas un coût assumé. Deux chemins vers N4 : ETIC y arrive par la voie institutionnelle (ESUS, QUINTESSENTIELLES), l’Éco-Domaine par la voie fondatrice — la finalité traverse directement l’opérationnel.

Soliderrance (coup de cœur International, Lauriers de la Régénération 2025) est une agence de voyages solidaires et régénératifs fondée par Adrien Ruffino. Son modèle repose sur un principe radical : immerger les voyageurs chez des hôtes qui régénèrent activement leur territoire au quotidien — et dont le tourisme n’est pas l’activité principale. Ces hôtes conservent des forêts, reforestent, éduquent leurs communautés, prennent soin de leurs écosystèmes. Les voyageurs leur génèrent des revenus additionnels tout en participant directement à leurs projets. Séjours minimum de 3 nuits par famille pour favoriser l’échange réel. Destinations actuelles : Colombie et Sénégal. Hôtes sélectionnés sur critères précis — habitat éco-construit, énergie renouvelable, optimisation des cycles de l’eau, alimentation locale. Mitigation carbone incluse dans le prix des voyages. Membre de l’ATES (Association pour le Tourisme Équitable et Solidaire). La régénération n’est pas la couche de communication du voyage — c’est sa matière même.

Les Lauriers 2024 ont distingué la Coopérative Oasis (lauréat Tourisme) : 1 200 écolieux en France, plateforme Destination Oasis, cabanes dans les bois à 30-40 euros la nuit, gîtes d’étapes à la ferme, chambres d’hôtes au cœur de vergers-potagers en cohabitation avec les animaux du lieu. Tout l’intérêt de cette initiative : à l’heure où la plupart des offres de tourisme durable semblent destinées à une élite, la Coopérative Oasis apporte une réponse accessible — venir se régénérer au contact de ceux qui ont déjà passé le cap du changement de vie.

Les Lauriers 2024 ont également distingué La Fenière / Nadia Sammut (lauréat Restauration) — un cas singulier dans le paysage du tourisme régénératif français. Nadia Sammut est la première cheffe étoilée (Michelin) à avoir fait de l’intolérance au gluten la matière d’une révolution culinaire : la Cuisine Libre®, fondée sur les céréales et légumes anciens, les produits fermentés, les techniques de transformation naturelle. Son potager expérimental à Lourmarin (Luberon) est un laboratoire vivant de biodiversité cultivée — semences de demain, variétés oubliées, interactions sol-plante. Le mouvement NOURRIR, co-fondé avec son père René Sammut, propose des séjours régénératifs de 2 à 6 nuits articulant gastronomie, transmission des savoirs du vivant et reconnexion à l’écosystème provençal. Le fonds VIE (Vivre en Interdépendance avec l’Écosystème), créé pour financer la recherche sur les semences et les pratiques agricoles régénératives, boucle la boucle : la table étoilée finance la régénération du territoire qui la nourrit. 700 personnes par an passent par NOURRIR — pas pour consommer de la gastronomie, mais pour retrouver le lien entre alimentation, santé et écosystème.

Hébergements et expériences pionniers

En Suisse, le projet Votre Cercle de Vie a remporté le Hotel Innovation Award 2022 de GastroSuisse : une ferme biodynamique, un hôtel pédagogique, un restaurant inclusif et un espace bien-être réunis sur un même site — un centre de compétences pour la transition au cœur d’un écosystème vivant, qui sensibilise le grand public, les entreprises et les écoles. En Alaska, Within The Wild imprègne la cuisine de son hôtel d’un engagement total envers la nature : aliments biologiques locaux, expéditions de cueillette pour le personnel et les invités, serres sur place et chez les fermes voisines, zéro déchet dans une région où les ressources sont rares.

Au Canada, l’Écohébergement Assi-Nipi (Ter-Eau) à Mashteuiatsh investit près d’un million de dollars pour développer le tourisme régénératif ancré dans la culture innue. Sonia Robertson explique : « Ce que l’on propose, c’est une expérience transformatrice de symbiose entre la nature et l’humain, avec de l’hébergement écologique au cœur d’une forêt nourricière. Un lieu qui met en valeur les savoirs des Pekuakamiulnuatsh qui ont vécu de façon harmonieuse avec l’environnement durant des millénaires. » Le camping dispose d’environ 70 emplacements dont une vingtaine au cœur d’une forêt nourricière.

La plateforme Regenerative Travel (Amanda Ho, Lisbonne) recense 33 hôtels régénératifs dans le monde — The Datai Langkawi (Malaisie), Rockhouse (Jamaïque), Wythe Hotel (New York) — avec un programme d’audit et de vérification tous les trois ans. La démarche FairBnB propose une alternative au tourisme de masse : logements de courte durée via une plateforme coopérative respectueuse des résidents et des communautés locales, avec redistribution d’une partie des revenus au territoire.

Châteauform’ illustre la trajectoire d’un acteur hôtelier de taille (numéro 1 des séminaires en Europe, 80 maisons) qui passe de N2 à N3 par l’expérimentation. En 2024, le groupe a lancé Regen’ Ronqueux — un château du XVIIIe siècle dans la Haute Vallée de Chevreuse, à 35 minutes de Paris, transformé en lieu pilote régénératif. Serres bio de 400 m² produisant les légumes cuisinés sur place, alimentation 100 % circuit court avec petits producteurs locaux, cuisine végétale, zéro déchet, activités de reconnexion (méditation, éveil corporel, peinture), 48 chambres. Delphine Bouclon (responsable développement Châteauform’) : « L’idée n’est plus de limiter les dégâts, mais de créer un impact positif sur le monde. Contrairement aux concepts de zéro déchet ou neutralité carbone, l’approche régénérative va beaucoup plus loin : créer des conditions propices au développement environnemental dans un cadre de prospérité partagée. » Taux d’occupation actuel : 50-60 %. Objectif : 70 % pour déclencher l’extension du modèle à d’autres maisons. Le groupe se donne 3 ans pour évaluer l’expérimentation.

Nadia Sammut (Auberge La Fenière, Lourmarin, Luberon) est lauréate Nous Sommes Vivants dans la catégorie restauration — première cheffe étoilée 100 % sans gluten au monde, troisième génération de femmes cheffes (étoile Michelin depuis 1995, étoile verte depuis 2019). Sa Cuisine Libre® est une gastronomie régénérative complète : produits issus d’une agriculture engagée et bio, farines alternatives (riz, pois chiche, châtaigne) sourcées localement, potager expérimental comme laboratoire vivant de semences adaptées au climat de demain, partenariats profonds avec les producteurs locaux — « Je préfère réduire le nombre de couverts et libérer du temps pour aller sur les routes à la rencontre de ceux qui travaillent pour moi. » Le mouvement NOURRIR forme 700 personnes par an à une alimentation vivante et régénératrice. Le fonds de dotation VIE mène des projets de recherche avec SupAgro Montpellier sur les semences de 2040. La Fenière propose des séjours thématiques régénératifs de 2 à 6 nuits (« Respiration », « Régénération », « Le goût du bonheur »). Le lieu est une auberge de 11 chambres — mais son rayonnement couvre l’ensemble de la chaîne agriculture-alimentation-santé du Luberon.

En France, le groupement Hôtels au Naturel structure la démarche autour de trois piliers — l’Humain, le Respect de l’environnement et le Territoire — avec une progression par étapes permettant à chaque membre d’avancer à son rythme. Pierre & Vacances Center Parcs pose désormais la question régénérative pour ses nouveaux projets : comment mesurer l’évolution de la qualité de la biodiversité du démarrage des travaux à la fermeture ou réhabilitation du site ?

Tourisme solidaire et équitable : les précurseurs du lien territorial

Le tourisme régénératif s’inscrit dans une généalogie de formes alternatives qui ont préparé le terrain. L’écotourisme : forme de tourisme axée sur la nature dans laquelle la principale motivation du touriste est d’observer et d’apprécier la nature et les cultures traditionnelles, avec une part d’éducation et d’interprétation. Le tourisme solidaire : formes de tourisme « alternatif » qui mettent au centre du voyage l’humain et la rencontre, dans une logique de développement des territoires — co-construction avec les populations locales, juste rémunération, fonds de développement dédié. Le tourisme participatif : faire de son voyage un engagement, rencontrer les populations d’accueil au-delà de toute relation marchande. L’International Greeters Association propose aujourd’hui plus de 120 destinations dans 31 pays : des habitants bénévoles partagent leur connaissance de leur territoire avec les visiteurs, gratuitement, dans une logique d’hospitalité pure. Les greeters deviennent acteurs de leur territoire en réinventant l’hospitalité des grandes villes modernes — art, sport, histoire, artisanat.

Le tourisme régénératif arrive en extension de ces précurseurs — pas en rupture. Il les intègre et ajoute une dimension supplémentaire : la mesure des impacts contributifs sur les écosystèmes, la coalition multi-acteurs à l’échelle du territoire, et la gouvernance des communs.

Terres d’Aventure illustre l’impact patrimonial concret : son circuit « À la rencontre des Khampas » en Chine a permis à l’association Lab Dra Khampa de construire une auberge-école qui scolarise des enfants, génère des emplois et limite l’exode rural. Les voyageurs se relaient sur le terrain pour assurer la continuité du projet. Double Sens (Kirghizistan, Cambodge) permet deux fois par an aux voyageurs d’accompagner des semi-nomades lors de leurs transhumances annuelles, et a créé un outil de mesure d’impact à échelle locale.

L’ATES (Association pour le Tourisme Équitable et Solidaire), créée en 2006, regroupe plus de 30 producteurs de voyages engagés dans la co-construction avec les populations locales et la juste rémunération des guides et familles d’accueil. Terres des Andes (SCOP) propose un tourisme en immersion co-construit avec les habitants locaux au Pérou — un pourcentage du coût du voyage finance un Fonds de développement local. Voyageurs du Monde documente que la venue des voyageurs a permis de sauvegarder la vieille ville de Hội An (Vietnam), classée UNESCO en 1999 — exemple concret d’impact contributif patrimonial.

Territoires français en transition

Le tourisme régénératif fait partie des cinq tendances majeures identifiées dans la 8e édition du cahier-tendances de Paris & Co / Atout France. Plusieurs régions françaises l’intègrent dans leurs stratégies : la Bretagne (précurseur pour les séjours sans voiture), la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (écotourisme et lutte contre le surtourisme), l’Auvergne-Rhône-Alpes (« Tourisme bienveillant »), l’Occitanie (« Plan tourisme durable et responsable 2021 »).

L’Hérault, premier département touristique d’Occitanie, a posé un nouveau schéma départemental : mieux répartir les flux dans l’espace et dans le temps, tourisme quatre saisons, itinérances douces. Jean-Louis Gély, Vice-Président délégué au tourisme : « L’enjeu est d’affirmer une forme de résilience via une stratégie touristique durable et responsable. » Chambéry Montagnes vise explicitement le tournant régénératif sur 20-30 ans — le « tout ski » ne peut plus être une stratégie.

Le Grand Site Salagou – Cirque de Mourèze illustre le lien tourisme-agriculture : un projet agro-environnemental dès 2011 soutient l’agriculture biologique, la réduction des herbicides et le maintien des milieux ouverts — 8 éleveurs et 22 viticulteurs bénéficiaires, 15 exploitations en bio. Le territoire touristique est aussi un territoire agricole vivant. Les Grands Sites de France (32 millions de visiteurs) expérimentent depuis 2019 la transition énergétique en accord avec les valeurs paysagères locales. Les Parcs Naturels Régionaux (PNR des Ardennes / Sylv’ACCTES) encouragent la régénération naturelle des forêts avec des propriétaires de parcelles. Le mouvement Vercors Citoyens rassemble plus de 1 500 foyers adhérents et sympathisants — sensibiliser, informer, veiller au respect de la charte du Parc Naturel Régional du Vercors, contribuer au débat citoyen et co-construire des projets responsables pour le massif. Ni élus, ni promoteurs : des citoyens de tous horizons qui participent au présent et à l’avenir de ces montagnes de moyenne altitude. Le Parlement de Loire (POLAU, 2019) explore la reconnaissance d’une personnalité juridique du fleuve — droits de la nature appliqués au bassin versant. Le programme Regenerate (Open Lande, Pays de la Loire, lauréat 2022) vise à régénérer le territoire tout en créant des emplois, en accompagnant les acteurs économiques vers des projets de régénération.

L’Agence Régionale du Tourisme du Grand Est (Elisa Bremont) a intégré le tourisme régénératif dans ses tendances prioritaires : « L’économie régénérative vise à mettre en œuvre des modèles économiques viables tout en régénérant les écosystèmes naturels et sociaux du territoire, ce qui suppose de créer de nouvelles modalités de coopération multi-sectorielles. »


7. Les cinq conditions d’un projet touristique régénératif réel

La différence entre tourisme durable et tourisme régénératif n’est pas une question de degré — c’est une question de finalité. Le durable demande : qu’est-ce que nous réduisons ? Le régénératif demande : qu’est-ce que nous contribuons ? Cinq conditions définissent un projet touristique à vocation régénérative réelle — et permettent de distinguer le régénératif authentique du greenwashing. Ces conditions ne sont pas une checklist séquentielle : elles sont interdépendantes. Chacune renforce les autres.

Condition 1

L’écosystème territorial comme point de départ — pas l’offre touristique

Comprendre comment les systèmes de vie fonctionnent dans cet endroit unique avant de concevoir l’offre — qui sont les habitants humains et non-humains, quelles ressources les font vivre, quelles tensions les fragilisent, quel est le potentiel inexploité du lieu. L’offre est construite à partir de cette compréhension, pas plaquée sur elle. C’est ce que les théoriciens nomment une approche « place-based » : chaque lieu a une singularité irréductible.

La pensée des systèmes vivants (Bill Reed, Regenesis Group) formalise ce principe en trois étapes : comprendre comment les systèmes de vie fonctionnent dans ce lieu unique, identifier les avantages que chaque système imbriqué apporte aux autres (comment la forêt nourrit la rivière, qui nourrit l’agriculture, qui nourrit la communauté, qui nourrit le tourisme), puis travailler de manière holistique — prendre en compte le contexte plus large avec toutes ses interrelations plutôt que de se concentrer sur des problèmes isolés.

Cas terrain. Playa Viva (Mexique) : avant d’ouvrir le resort, le propriétaire a passé plusieurs mois à comprendre l’écosystème de Juluchuca — les traditions de pêche et d’agriculture, la dynamique démographique (641 → 528 habitants en 6 ans), les tensions entre les générations. L’offre — coopérative de sel, recrutement local, ateliers d’agriculture biologique — a été construite à partir de cette compréhension. Résultat : 691 habitants en 2020, dynamiques économiques diversifiées.

Condition 2

Une coalition multi-acteurs — pas un opérateur exemplaire isolé

Bill Reed (Regenesis Group) l’a formulé sans ambiguïté : le comportement d’un visiteur seul ne peut pas avoir la responsabilité de revitaliser une communauté. Il faut réunir hôteliers, offices de tourisme, agriculteurs, artisans, élus, habitants, associations — mobilisés dans l’intérêt collectif du territoire. Ce que les théoriciens nomment un « cercle d’intendance des écosystèmes ». Jon Genovea le formule : « Taking Regenerative Tourism to Scale — Everyone has a Role to Play. »

Cette coalition ne s’improvise pas. Elle demande du temps, de l’humilité et un processus délibéré de mobilisation. Dianne Binder (Régénopolis) documente qu’il faut compter sur un an de processus d’émergence avant même d’ouvrir un hébergement : mobilisation du gouverneur de province, intégration de start-ups locales, d’entreprises régionales, d’associations villageoises. « C’est pas du tout compatible avec le temps de l’hospitalité et du service. Il faut investir dans ce temps invisible. »

Cas terrain. Dolomiti Paganella (Italie) a formalisé cette coalition en une charte des valeurs partagées signée par toutes les parties prenantes — hébergeurs, producteurs locaux, guides, communes, associations — avec des projets expérimentaux co-construits. La Nouvelle-Zélande a institutionnalisé la même logique au niveau national : le concept maori de manaakitanga (générosité envers les autres) et kaitiakitanga (garde de la terre) sont les fondements formels de sa stratégie touristique depuis 2018.

Condition 3

Des services socio-écosystémiques identifiés, financés, mesurés

Qualité de l’eau, biodiversité, climat local, transmission culturelle, emploi rural, séquestration carbone, santé humaine : identifier ces services et construire des mécanismes pour que l’activité touristique les finance et les renforce. Les Paiements pour Services Environnementaux, les coopératives locales, les circuits courts, les résidences d’artistes, les partenariats avec les agriculteurs locaux sont autant de dispositifs qui transforment la valeur touristique en valeur territoriale partagée.

Le secteur touristique ne génère alors pas seulement des recettes brutes, mais un « net benefit » pour les communautés — terme auquel elles donneront leur propre définition (Michelle Holliday). L’objectif régénératif ultime, formulé par Dianne Binder (Régénopolis) : que la communauté n’ait plus besoin de l’hospitalité pour prospérer — qu’elle soit autonome à partir de ce qui lui appartient. L’hospitalité est un premier acheteur et un catalyseur, pas une dépendance.

Cas terrain. Fogo Island Inn (Canada) : sur chaque chambre vendue 1 980 € la nuit, 84 % reste sur l’île ou au Canada (49 % au personnel, 12 % produits locaux, 12 % réinvestis dans Shorefast). Ce mécanisme transforme la valeur touristique en services socio-économiques directs pour la communauté. Grand Site Salagou : le tourisme finance un projet agro-environnemental associant 8 éleveurs et 22 viticulteurs — le paysage qui attire les visiteurs est maintenu par les pratiques agricoles que le tourisme contribue à financer.

Condition 4

Le touriste comme participant actif — pas comme consommateur

Pauline Sheldon (économiste spécialiste du tourisme) : « Ce tourisme met les voyageurs au défi de passer du statut d’observateur à celui de participant actif et engagé. » Ce n’est pas de l’écotourisme au sens de « contempler sans déranger » : c’est une participation concrète à la régénération du lieu, pendant et après le séjour. Le Centre for the Promotion of Imports (CBI) précise : le tourisme régénératif permet aux visiteurs d’avoir un impact contributif sur la biodiversité, les populations locales et l’économie locale.

Cela ne signifie pas sacrifier la dimension hédonique — le plaisir du voyage reste entier. Il est recontextualisé dans une logique de contribution : le touriste rentre chez lui changé, porteur d’une histoire et d’une relation au lieu. Maeva Cabanis (Eracom) : « Quand on fait du tourisme vraiment régénératif, c’est plus du tourisme, c’est de la régénération. » Le visiteur devient temporairement un habitant, un intendant du lieu.

Cas terrain. Ottercreek Woodworks (Ontario) : l’expérience « From Tree to Table » (immersion en forêt, fabrication d’une planche en bois local, déjeuner autour d’une table en pin blanc) transforme chaque ticket en financement direct de la régénération de l’écozone carolinienne — 8 m² régénérés par ticket. Floriane Colonnier (Laponie, Finlande) : les visiteurs plantent des arbres, accompagnent des bergers, contribuent à la protection d’espèces menacées. Ce ne sont pas des animations — ce sont des actes régénératifs documentés.

Condition 5

Mesure des impacts contributifs — avec données terrain publiées

La directive européenne sur les allégations vertes va rendre cette mesure légalement contraignante pour toute allégation « régénérative » : les données devront être solides, fondées sur la science et vérifiables par un tiers. Les KPIs régénératifs mesurent la vitalité du territoire — pas des certifications de process. Ce que mesurent les Lauriers de la Régénération de Nous Sommes Vivants : eau (consommation et restitution à l’écosystème), carbone (bilan et trajectoire), biodiversité (contribution aux écosystèmes du territoire), santé humaine (bien-être des équipes, des communautés, des visiteurs).

La transparence financière totale est la forme la plus rigoureuse de cette mesure. Elle ne nécessite pas de certification : elle nécessite du courage et de la méthode. Les acteurs qui la pratiquent déjà ont une longueur d’avance structurelle sur ceux qui devront la mettre en place sous contrainte réglementaire.

Cas terrain. Fogo Island Inn : transparence financière totale publiée (84 % restent sur l’île ou au Canada — chiffres détaillés par poste). Playa Viva : suivi démographique de Juluchuca depuis 2000 (528 → 691 habitants en 2020). Éco-Domaine La Fontaine : TO 49 %, croissance 49,55 % sur 3 ans, 50 % légumes du domaine, 70 % énergie renouvelable — données publiées dans le dossier Lauriers 2025.


8. Les références mondiales : ce qui a été prouvé terrain

Playa Viva, Mexique — quand le complexe et le village ne font qu’un

Hôtel boutique de 200 acres près de Juluchuca (Guerrero, Pacifique mexicain). Lorsque le propriétaire actuel a acquis le site en 2006, les terres étaient dégradées et la population avait chuté de 641 à 528 habitants depuis 2000. Dès la planification, les villageois ont été associés sur la base de l’économie régénérative. En 2020 : 691 habitants, avec des moyens de subsistance diversifiés. FITUR 2023 : Medal of Excellence in Tourism. Ateliers d’agriculture biologique pour la communauté, enseignement dans les écoles, coopérative de sel à prix équitable, recrutement prioritairement local. Le visiteur s’intègre pleinement à la vie du village — en contact avec les habitants, immergé dans leur réalité, pas en spectateur. La philosophie relationnelle : faire un pas vers l’autre sans juger, tout en avançant soi-même vers la meilleure version de soi.

Fogo Island Inn, Canada — la transparence comme modèle économique

Terre-Neuve, région très enclavée, ouverture 2013. L’hôtel appartient à Shorefast, organisation caritative qui gère l’auberge et réinvestit ses bénéfices dans l’île. Sur une chambre vendue 1 980 € la nuit : 49 % au personnel, 12 % en produits locaux, 18 % en opérationnel, 4 % en marketing, 12 % réinvestis dans l’association. 84 % restent sur l’île ou au Canada. Zita Cobb : « Les voyageurs ont le pouvoir de faire bouger les lignes — encore faut-il savoir où va leur argent. » Résidences d’artistes, première exploitation d’algues marines de la province, programme de parrainage des clients — des initiatives qui ont incité des natifs à revenir vivre sur l’île à plein temps. La transparence totale est la technique anti-greenwashing la plus efficace : pas de certifications ni de labels — des chiffres.

Régénopolis / 700 000 Impact, Maroc — le village abandonné devenu communauté autonome

Dianne Binder (Régénopolis, 700 000 Impact) documente le cas le plus complet de tourisme régénératif ancré dans une communauté rurale : un village abandonné depuis 50 ans dans une oasis de 50 hectares au fond du Maroc, ni raccordé à l’eau ni à l’électricité. Le projet a démarré non par un hôtel mais par une ONG américaine qui a financé la restauration du grenier à grain collectif. La réponse de l’association du village a été immédiate : « Ce n’est pas ça qui va nous faire vivre. Créez une coopérative de tissage. » L’ONG a financé la formation. Nouvelle demande : « Personne ne vient. On voudrait un projet d’hospitalité. » C’est ainsi que le projet touristique a démarré — porté par la communauté, pas imposé de l’extérieur.

Première réunion de mobilisation : une centaine de femmes présentes dans un village de 150 familles. Un an d’émergence et de co-construction. Tout est parti de l’oasis elle-même : le menuisier utilise le bois de la palmerie, les femmes tissent avec des fibres de palmier et de la laine de mouton, une coopérative de transformation des produits de l’oasis a été créée pour éviter de vendre uniquement des dattes au bord de la route. Deux femmes du village ont créé une crèche et des activités extrascolaires pour permettre aux mères de travailler — l’hospitalité a financé les équipements et la formation. Au total : une centaine d’activités générées en trois ans dans ce tout petit village. L’emploi fonctionne à raison de 3-4 heures par semaine par personne — pour ne pas casser le rythme de vie et les habitudes locales.

L’objectif explicite : amener la communauté à l’autonomie pour qu’elle ne dépende pas uniquement de l’hospitalité. Dianne Binder : « Idéalement, les communautés locales ne doivent pas dépendre de l’hospitalité — dans ce cas, on crée vraiment de l’autonomie à partir de quelque chose qui leur appartient. » L’hospitalité reste un premier acheteur des produits locaux, mais d’autres débouchés ont été trouvés. Le modèle a été répliqué au Pérou et au Mexique, dans des environnements différents mais avec le même état d’esprit. Mobilisation systématique du gouverneur de province, de start-ups locales, d’entreprises régionales bien implantées — parce que la régénération nécessite un partenariat philanthropique, public et privé : de l’argent gratuit (philanthropie) pour catalyser, de l’argent public pour structurer, du privé pour prendre le relais dans la durée.

Ottercreek Woodworks, Canada — l’artisan, la forêt et le tourisme

David Schonberger, menuisier à Tillsonburg (Ontario), vendait des planches de charcuterie artisanales — sans lien apparent avec le tourisme. Avec l’aide de Celea Davar (Earth Rhythms, Nouvelle-Écosse), il a créé « From Tree to Table: A Build-Your-Own-Board Experience » : rassemblement autour d’un feu, immersion en forêt, découverte du mycélium, fabrication d’une planche en bois local dans un rayon de 40-50 km. Résultat : 20 % du chiffre d’affaires en nouvelle source de revenus, Ontario’s Culinary Experience of the Year 2019, Ontario’s Southwest Sustainability Trailblazer of the Year 2021, et un partenariat avec la Carolinian Canada Coalition — 800 arbres plantés, 5 000 m² régénérés. David Schonberger : « Moving towards a regenerative approach is the future — and I think people are going to be looking for that when choosing where to go. » L’exemple démontre que le tourisme régénératif n’est pas réservé aux grands complexes ou aux destinations reconnues — il peut émerger d’un artisan, d’une forêt locale et d’une idée.

Nouvelle-Zélande, Finlande, Afrique du Sud — trois stratégies nationales

La Nouvelle-Zélande est considérée comme le leader mondial du tourisme régénératif depuis que le gouvernement a ancré les principes maoris dans sa stratégie nationale en 2018 : manaakitanga (générosité et respect envers les autres) et kaitiakitanga (garde de la terre pour les générations futures). En 2023, son plan stratégique pour l’industrie touristique place le tourisme régénératif au premier plan — l’objectif étant de laisser la communauté et l’environnement dans un meilleur état qu’auparavant. Une grande partie est gérée par les habitants eux-mêmes : excursions guidées en canot par des autochtones, ateliers d’artisanat maori, visites dirigées par les communautés locales.

La Finlande (72 % de sa superficie couverte de forêts, pays le plus boisé d’Europe) développe un modèle d’immersion active. Floriane Colonnier (organisation touristique de Laponie) : « Lors d’un voyage régénérateur, le visiteur fait quelque chose d’actif pour améliorer le lieu — planter des arbres, avoir des contacts sociaux avec des populations locales plus âgées, contribuer à la protection d’espèces menacées. » Séjours en compagnie de bergers (opérateur Metsähallitus, gestionnaire des parcs nationaux), hébergements exemplaires comme le Haltia Lake Lodge à 40 minutes d’Helsinki.

L’Afrique du Sud a fait du tourisme régénératif la pierre angulaire de sa stratégie nationale : réserves naturelles qui servent simultanément de sanctuaires et de moteurs économiques, inclusion active des communautés (artisanat, gastronomie régionale, emplois locaux), rencontres authentiques avec les peuples autochtones. L’Oregon (États-Unis) illustre le rôle des offices de tourisme : Travel Oregon propose des programmes participatifs aux collectivités, intégrant diversité, inclusion et changement climatique. Destination Canada a publié en 2023 un manuel de 46 pages sur l’approche régénérative, ancré dans la sagesse des peuples autochtones.



9. Le tourisme régénératif comme levier de développement du patrimoine

Le patrimoine — naturel, culturel, immatériel — est à la fois la matière première du tourisme et la première victime de son développement non maîtrisé. La logique extractive consomme le patrimoine : elle attire les visiteurs grâce à un lieu exceptionnel, puis contribue à sa dégradation par la sur-fréquentation, la banalisation ou la décontextualisation. La logique régénérative inverse ce rapport : le tourisme devient un vecteur de développement actif du patrimoine — pas seulement de sa préservation.

Reed et al. formulent le critère qui s’applique directement au patrimoine : une régénération est réussie si elle développe de nouveaux potentiels. Les écosystèmes régénérés — paysages, savoir-faire, langues, architectures, espèces — deviennent des lieux et des pratiques où les gens veulent vivre, travailler et se rendre. La vitalité du patrimoine est elle-même la proposition touristique. Quand le tourisme contribue à sa régénération, il crée une attractivité durable — pas une attractivité qui se consomme jusqu’à épuisement.

Patrimoine naturel : de la préservation à la régénération active

La distinction entre préservation et régénération du patrimoine naturel est fondamentale. Préserver, c’est protéger un état existant contre les atteintes humaines — logique biocentrique (N2). Régénérer, c’est augmenter activement la capacité d’un écosystème à abriter de la faune et de la flore, à purifier l’eau, à séquestrer du carbone, à maintenir la biodiversité — logique pluricentrique (N4).

Playa Viva l’illustre concrètement : la restauration des bassins versants, des forêts et de la population de tortues marines est intégrée dans les expériences proposées aux visiteurs. Le touriste ne contemple pas la nature régénérée — il y participe. La Finlande (pays le plus boisé d’Europe, 72 % de superficie couverte) a structuré son modèle de tourisme régénératif autour de cette participation active : planter des arbres, contribuer à la protection d’espèces menacées, accompagner des bergers lors de transhumances. La Nouvelle-Zélande a ancré ce principe dans le concept maori de kaitiakitanga — la garde de la terre pour les générations futures — comme fondement de sa stratégie nationale.

Patrimoine culturel et immatériel : transmission et co-création

Le patrimoine culturel immatériel — savoir-faire ancestraux, langues, musiques, gastronomies, pratiques agricoles traditionnelles — est le plus menacé et le plus difficile à régénérer une fois perdu. Les jeunes générations partent vers les villes. Les savoir-faire transmis par oral disparaissent avec leurs derniers détenteurs. Le tourisme extractif aggrave cette dynamique en transformant la culture en spectacle consumable, décontextualisée de sa communauté. Le tourisme régénératif l’inverse en créant les conditions économiques qui permettent à la culture de vivre — pas seulement d’être montrée.

Dianne Binder (Régénopolis) le documente au Maroc : le menuisier du village travaille le bois de la palmerie locale, les femmes de la coopérative tissent avec des fibres de palmier et de la laine de mouton, une coopérative de transformation des produits de l’oasis valorise des savoir-faire de transformation alimentaire largement oubliés. « On a aussi tout un travail autour de la mémoire — les jeunes générations oublient des savoir-faire transmis oralement. On est à un carrefour où les jeunes partent à la ville sans avoir eu le temps d’écouter les anciens. » Le tourisme régénératif crée l’incitation économique à rester, à transmettre, à valoriser ce qui était en train de disparaître.

Pierre-André Kruger (Nomad Lodge, Amazonie) incarne la même logique dans un contexte de culture indigène : le chaman du village est intégré au projet comme condition de légitimité locale — pas comme attraction touristique. Les savoirs des Pekuakamiulnuatsh (Assi-Nipi, Mashteuiatsh) sur la forêt nourricière sont la matière même de l’expérience proposée aux visiteurs. Voyageurs du Monde documente que la venue des touristes a permis de sauvegarder la vieille ville de Hội An au Vietnam (UNESCO 1999) — les projets de rénovation ont été financés par les retombées touristiques. Dans ces trois cas, le tourisme ne consomme pas le patrimoine culturel — il en est le financeur et le garant.

La Nouvelle-Zélande a institutionnalisé cette logique avec le concept maori de manaakitanga : la générosité, la gentillesse et le respect envers les autres comme fondement de l’accueil touristique. Les excursions guidées par des autochtones, les ateliers d’artisanat maori, les visites dirigées par les communautés locales ne sont pas des animations culturelles — elles sont des actes de transmission vivante d’une culture à des visiteurs qui deviennent, le temps du séjour, des participants à sa perpétuation.

Gastronomie et terroir : le patrimoine dans l’assiette

La gastronomie régénérative est l’un des vecteurs les plus puissants de développement du patrimoine par le tourisme. Elle relie directement l’agriculture locale, les savoir-faire culinaires, la biodiversité cultivée et l’expérience touristique dans une chaîne de valeur où chaque maillon renforce les autres. L’Éco-Domaine La Fontaine en est l’exemple français le plus documenté : 50 % des légumes servis au restaurant proviennent des potagers en permaculture du domaine, les vins sont produits sur place, les équipes sont formées aux logiques permacoles. Le repas n’est pas seulement la restitution d’un terroir — il est la preuve vivante que le territoire produit, que la ferme est en vie, que le modèle économique régénératif est viable.

Un terroir régénéré, un savoir-faire transmis, une recette ancestrale revisitée avec des produits locaux cultivés en agriculture régénérative — c’est une forme de valeur que le tourisme peut financer, valoriser et amplifier. Le patrimoine gastronomique n’est pas un héritage à conserver sous cloche : c’est un système vivant à nourrir.


10. Tourisme régénératif et agriculture régénérative : l’alliance territoriale

Sophia Alami établit le lien structurant : l’agriculture régénérative joue un rôle central et structurant au niveau des territoires et donne à chacun les moyens de devenir acteur du changement. Les deux secteurs partagent une philosophie commune — optimisation des synergies naturelles et humaines, services socio-écosystémiques, ancrage territorial, circuits courts — et se renforcent mutuellement quand ils sont pensés ensemble sur un même territoire.

L’Éco-Domaine La Fontaine (Lauréat Nous Sommes Vivants 2025) incarne cette alliance : les vignes, les potagers en permaculture, le compostage, les énergies renouvelables ne sont pas des éléments de communication verte — ils sont la matière même de l’offre touristique. Le WWOOFing et les séjours à la ferme illustrent la même logique à plus petite échelle : à l’heure où plus de 80 % de la population vit en ville, ces formes de tourisme permettent à tous d’être en contact avec la terre et de se réapproprier les bases de leur alimentation, tout en apportant une aide concrète à des fermes bio et paysannes.

Le cas Ottercreek Woodworks le démontre : un artisan menuisier qui vend des planches de charcuterie peut devenir un acteur régénératif majeur de son territoire forestier, en créant une expérience touristique ancrée dans la forêt locale et en partageant 20 % de son chiffre d’affaires issu de cette nouvelle activité avec la régénération de l’écozone carolinienne.

Marion Gléréan (Nature Profonde) articule la dimension intérieure de cette reconnexion : au-delà de générer des impacts contributifs pour les écosystèmes et la société, le tourisme régénératif a un rôle à jouer pour changer de paradigme et repenser le rapport que nous entretenons avec le vivant sous toutes ses formes. Nature Profonde conçoit ses voyages autour de trois axes : reconnexion pleine nature par les cinq sens (balades, bains de forêt, marches méditatives), rencontre de personnalités locales inspirantes, invitation à retrouver les capacités d’émerveillement. Ce mouvement est porté en France par l’AFECOP (Association Francophone d’Écopsychologie), par Tous Dehors France, et par Le Lichen — espace de recherche de dispositifs de considération des non-humains applicables aux politiques publiques et aux aménagements territoriaux.


11. Greenwashing : comment ne pas le faire

La prolifération de l’adjectif « régénératif » sans données terrain est le risque majeur du secteur. Regenerative Travel (Amanda Ho) prévient : « Nous mènerons des audits méticuleux dans tous les hôtels amenés à nous rejoindre et vérifierons les engagements de ceux déjà membres tous les trois ans. » La directive européenne sur les allégations vertes va rendre cette exigence légalement contraignante pour tous les acteurs qui utilisent des allégations environnementales.

Bill Reed identifie les quatre erreurs classiques du greenwashing touristique : croire que le comportement d’un visiteur seul peut régénérer une communauté ; limiter la démarche à l’offre d’un seul opérateur ; la réduire à une action isolée ou à une fonctionnalité d’un programme ; oublier que les approches régénératives sont l’occasion de former la communauté qui attirera et nourrira à son tour les visiteurs.

La coalition régénérative doit se fixer des objectifs clairs de services écosystémiques à rendre, certifier les pratiques et mesurer les impacts. Fogo Island Inn démontre que la transparence totale est la technique anti-greenwashing la plus efficace — pas de labels, des chiffres publics. Playa Viva démontre que des données démographiques (population de Juluchuca 2000-2020) valent mieux qu’une certification.

Maeva Cabanis (Eracom, animatrice de la table ronde des Lauriers de la Régénération 2025) formule la contradiction centrale du secteur : « Quand on fait du tourisme vraiment régénératif, c’est plus du tourisme, c’est de la régénération. » La porte d’entrée touristique mène inévitablement à des transformations qui dépassent le secteur — gestion forestière, coopératives agricoles, gouvernance communautaire, transmission de savoirs ancestraux. C’est précisément pourquoi la démarche est difficile : elle n’est pas compatible avec le temps de l’hospitalité commerciale.

La tension est réelle et documentée. La régénération s’inscrit dans le temps long, l’émergence collaborative, la mobilisation de tout un écosystème. L’hospitalité, elle, a besoin d’images pour commercialiser, d’ouverture immédiate, de service opérationnel dès le premier jour. Dianne Binder l’a vécu au Maroc : un an de processus d’émergence avant d’ouvrir, mobilisation du gouverneur de province, intégration de start-ups locales, co-construction avec une centaine de femmes du village. « C’est pas du tout compatible avec le temps de l’hospitalité et du service. Il faut investir dans ce temps invisible pour les clients et pour les partenaires. » La régénération demande d’investir dans quelque chose qui ne se vend pas — avant de vendre quoi que ce soit.

David Bollier (théoricien des communs, Amherst) donne à cette exigence sa dimension philosophique : « Nous réapprenons à voir que la valeur s’épanouit à travers nos relations sociales — ainsi qu’à travers nos relations avec les forêts et l’atmosphère, les océans et la Terre. La valeur est la vie elle-même. » Le territoire touristique régénératif est un territoire commun — un espace partagé qu’il convient de régénérer en réunissant tous ses habitants. Sans ce renversement de finalité, le « régénératif » reste un label vide.

Les 15 postures du Tourism CoLab (Dianne Dredge) définissent la disposition intérieure nécessaire avant toute pratique régénérative : Care. Share. Unlearn. Connect. Collaborate. Flip thinking. Deep listening. Build empathy. Ask good questions. De-centre ourselves. Embrace complexity. Identify what matters. Challenge assumptions. Evolve our consciousness. Experiment. Reflect. Repeat. « Unlearn » (désapprendre) et « De-centre ourselves » (se décentrer) signalent une rupture épistémique : il faut d’abord abandonner ses certitudes avant de construire quelque chose de nouveau. Sans cette rupture, le « régénératif » reste un mot plaqué sur un modèle inchangé.


12. CSRD, financement et Business Model de l’entreprise régénérative

La directive CSRD oblige les entreprises touristiques de plus de 250 salariés à documenter leurs impacts et dépendances sur la biodiversité dès 2025-2026, et les PME à partir de 2026-2027. Pour un établissement hôtelier, cela signifie documenter l’état des écosystèmes locaux, la contribution à la biodiversité, la consommation d’eau et d’énergie par visiteur, la rémunération des travailleurs saisonniers, les flux financiers vers la communauté locale. 85 % des entreprises du S&P Global 1200 ont une dépendance significative à la nature dans leurs opérations directes (S&P Global Sustainable). Pour le tourisme, cette dépendance est totale. Les acteurs qui ont anticipé cette mesure — Fogo Island Inn, Playa Viva, l’Éco-Domaine La Fontaine — ont une longueur d’avance structurelle.

Le modèle de financement de la régénération touristique est rarement unique. Dianne Binder (Régénopolis) le formule explicitement : « Il faut de la philanthropie, il faut de l’argent gratuit, il faut de l’argent public pour financer et catalyser cette régénération. Et ensuite, le privé prend le relais. » Ce partenariat à trois niveaux — philanthropique pour l’amorçage et le temps invisible, public pour structurer et légitimer, privé pour assurer la viabilité dans la durée — est la condition d’une transformation qui dure. L’hospitalité seule ne peut pas financer la régénération d’un territoire : elle en est l’un des acteurs économiques, pas le seul bailleur.

Les études ADEME sur les externalités des mobilités touristiques (scénarios 2030, trois régions françaises) ont produit un résultat clair : allonger la durée de séjour, aller chercher des marchés moins émetteurs, favoriser les mobilités décarbonées et impliquer les habitants sont les quatre leviers les plus efficaces pour réduire l’empreinte du tourisme — avant même les certifications environnementales des hébergements. Autrement dit, la stratégie de réduction passe d’abord par la conception de l’offre touristique (durée, marché d’origine, mobilité) plutôt que par les seuls comportements sur place.

Les Paiements pour Services Environnementaux représentent une opportunité de financement encore sous-exploitée par le secteur. Les territoires touristiques qui maintiennent des forêts, des zones humides, des prairies et des espèces protégées rendent des services mesurables à la qualité de l’eau, à la biodiversité régionale et à la séquestration carbone — pour lesquels des mécanismes de paiement existent via les collectivités territoriales, les agences de l’eau et les fonds carbone volontaires.


13. Par où commencer

Six étapes pratiques (source : Tourism CoLab) pour un acteur touristique souhaitant adopter l’approche régénérative. 1 — Évaluer ses pratiques existantes : les démarches durabilité en place sont les fondations, pas les obstacles. 2 — Fixer des objectifs clairs sur les services écosystémiques à rendre. 3 — Écrire une politique de tourisme régénératif qui décrit les pratiques et comment elles aident à atteindre ces objectifs. 4 — Continuer à réduire les impacts négatifs : la durabilité reste le socle. 5 — Chercher des partenaires dans les communautés locales : les connaître vraiment, identifier leurs priorités. 6 — Former les équipes aux principes du tourisme régénératif et aux sensibilités culturelles spécifiques.

Trois points d’entrée avec les outils Nous Sommes Vivants : le Capacity Score (20 minutes, gratuit, pour se positionner sur les quatre niveaux et identifier ses verrous), le Business Model de l’entreprise régénérative version tourisme (cinq ateliers, coalition multi-acteurs, plan d’action et KPIs régénératifs), les Lauriers de la Régénération 2026 (candidatures ouvertes jusqu’à fin mai 2026, édition Paris 11-12 juin 2026).

Outil · Nous Sommes Vivants

La Fresque des Imaginaires — changer de modèle mental avant de changer de modèle économique

La Fresque des Imaginaires (3h) permet à une équipe touristique, une coalition d’acteurs ou un office de tourisme en transition de projeter son territoire dans un futur régénératif — à travers les quatre relations à la nature (IPBES) : anthropocentrisme, biocentrisme, écocentrisme, pluricentrisme. Sans ce basculement d’imaginaire, les pratiques régénératives restent des ajustements sur un modèle inchangé.


Sources — Araneda (2019), Bellato et al. (2022), Pollock (2019), Becken & Kaur (2021). Tourisme régénératif et systèmes vivants. — Atout France / Paris & Co. 8e édition Cahier-tendances tourisme : tourisme régénératif parmi les 5 tendances majeures. — Becken, S. Université Griffith (NZ). Modèles économiques régénératifs dans le tourisme. — Bollier, D. (Amherst). La pratique des communs : la valeur est la vie elle-même. — Bremont, E. Agence Régionale du Tourisme du Grand Est. Économie régénérative et tourisme multi-sectoriel. — CBI (Centre for the Promotion of Imports). Tourisme régénératif et impact visiteur. — Destination Canada (2023). A Regenerative Approach to Tourism in Canada. Manuel 46 pages. Marsha Walden (PDG). Cas : Ottercreek Woodworks, Orillia, Playa Viva, Las Salinas (Chili). Trois éléments : connexion lieu/personnes, expériences d’accueil ancrées, augmentation des capacités de prospérité. — Dredge, D. (The Tourism CoLab). Résistance et 15 postures régénératives. — Ecological Threat Register 2020. Multiplication par 10 des catastrophes naturelles. — Éco-Domaine La Fontaine (2025). Lauréat Nous Sommes Vivants 2025. TO 2024, croissance, énergie renouvelable. — Fogo Island Inn / Shorefast (2013-2025). Transparence financière, impacts île de Terre-Neuve. — Gléréan, M. (Nature Profonde). Tourisme régénératif et reconnexion intérieure. — Grand Chambéry Alpes Tourisme. Marque Chambéry Montagnes. — Grand Site Salagou – Cirque de Mourèze. PAEC 2011. — Grand Site de France. Expérimentation paysage et transition énergétique depuis 2019. — Genovea, J. (2020). Taking Regenerative Tourism to Scale. Regenerative Travel. — Ho, A. (Regenerative Travel). Plateforme, audit, programme vérification 2023. — Holliday, M. Approches régénératives de la communauté, Canada. 5 résultats observés. — Kotler P., Sarkar C., Foglia E. (2021). Matrice valeur organisationnelle / communautaire. — Kimmerer, R.W. Tout épanouissement est mutuel. — Nous Sommes Vivants (2024-2025). Lauriers de la Régénération : Éco-Domaine La Fontaine, Soliderrance, Coopérative Oasis. — Ottercreek Woodworks / Carolinian Canada Coalition. Cas terrain Ontario, 800 arbres, 5 000 m². — Open Lande (2022). Programme Regenerate, Pays de la Loire. — Playa Viva (Mexique). Dias, Brinkoff & Fugate. Juluchuca 528→691 habitants. FITUR 2023 Medal of Excellence. — PNR des Ardennes / Sylv’ACCTES. Régénération naturelle des forêts. — Pollock, A. Communauté de Pratique, Local2030. — Reed, B. (Regenesis Group). Régénération et greenwashing. — S&P Global Sustainable. 85 % S&P 1200 dépendants de la nature. — Sheldon, P. Tourisme régénératif, changement fondamental. Le Devoir. — Toerisme Vlaanderen / Visit Flanders (2018-2019). Travel to Tomorrow, métaphore du tilleul. — Tourism CoLab / Dredge, D. 15 postures régénératives. — Travel Oregon. Jordan McCauley. — UNWTO. Définitions tourisme et tourisme durable. — Visit New Zealand (2023). Stratégie tourisme régénératif, manaakitanga, kaitiakitanga. — Within The Wild (Alaska). Zéro déchet, aliments biologiques locaux. — Votre Cercle de Vie (Suisse). Hotel Innovation Award 2022, GastroSuisse.

2 réponses à « Tourisme régénératif : quand le voyage fait prospérer le territoire »

  1. Tres bel article! Merci d’avoir mentionner Soliderrance (lien hyperlink possible avec http://www.soliderrance.com :) Je me sens honnoré de paraître dans un article aussi bien documenté et rédigé.
    Je vous félicite pour ce travail et serais ravi d’échanger sur ce sujet.

  2. Merci pour cet article bien documenté.
    Parmi les acteurs et pionniers, il convient de ne pas oublier les accompagnateurs en montagne.
    Beaucoup travaillent en lien avec les Parcs nationaux et les PNR, notamment pour la protection de la faune.
    D’autres sont formés au yoga ou autres techniques de ressourcement, et d’autres encore à la sylvothérapie.
    En outre, leur métier de médiateur à l’environnement permet une sensibilisation des publics, notamment des plus jeunes, ce qui sert la cause du respect et de la protection des écosystèmes.
    Ils jouent un rôle majeur sur de nombreux territoires.

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