
Dossier sectoriel · Cosmétique régénérative
Cosmétique régénérative : de l’ingrédient régénératif à la peau régénérée
Un cosmétique régénératif relie deux vivants : un sol et une peau. Un sol produit sa fertilité par sa vie microbienne, une peau son renouvellement par ses propres cycles — et dans les deux cas, on ne fabrique pas le résultat, on rend au milieu la capacité de le produire. C’est ce qui rend le même mot juste des deux côtés.
L’agriculture régénérative se démontre partout par ce qu’elle rend au sol ; la cosmétique régénérative va plus loin, parce qu’elle aboutit à la peau — le second vivant de la chaîne. Un chaînon de plus à établir, et c’est le fil de ce dossier.
Il porte sur les soins — crèmes, sérums, huiles et baumes —, là où l’actif végétal est fonctionnel et où sa teneur décide de l’effet. Il établit ce que chaque mention du rayon engage, ce que neuf cosmétiques régénératifs primés tiennent déjà, où la chaîne s’ouvre encore, et ce que ce lien vaut économiquement pour une marque.
Le cahier d’été n°7, à emporter
De l’ingrédient régénératif à la peau régénérée
Les quatre niveaux et les six chaînons, les neuf cosmétiques primés passés à la même grille, deux analyses d’entreprise au Capacity Score — et ce que la contribution rapporte, à qui, dans quel ordre. Vingt-cinq pages en PDF, pour le lire hors ligne ou le faire circuler en comité — distinct du rapport sectoriel de 56 slides cité plus haut.
La beauté française est le premier acteur mondial de son secteur — 35,6 milliards d’euros, 15 % des parts de marché, deuxième contributeur net à la balance commerciale nationale (FEBEA). Sa croissance vient de changer de moteur : en 2025, les exportations ont cessé de progresser pour la première fois depuis vingt ans hors Covid, et la croissance se déplace vers l’Europe — des marchés matures où le volume expédié compte moins que ce qui distingue un produit.
Un segment progresse pourtant quand le total stagne : le bio et naturel, plus de 1,2 milliard d’euros, environ 7 % du marché grand public (Xerfi). Et sa croissance se joue de plus en plus à l’officine — deuxième circuit et le plus dynamique, celui du conseil, où un prix se justifie par une preuve plutôt que par une promesse.
Le contrat de base de ce segment tient dans une seule promesse : des ingrédients naturels. Au minimum 95 % d’origine naturelle, une liste lisible, des substances contestées écartées — c’est ce que la cliente achète et ce que le rayon promet. Cette promesse est aujourd’hui remplie par tout le monde, et le calcul qui la fonde est large : un pourcentage d’origine naturelle compte de la matière, l’eau incluse. Ce qui distinguait une marque il y a dix ans se trouve partout.
Le bio y ajoute des pratiques auditées — sans chimie de synthèse ni OGM, vérifiée par un organisme tiers —, et c’est un engagement réel qui a fait son travail. Mais il dit ce qu’on a écarté, et une abstention ne restitue rien : son périmètre s’arrête aux intrants, quand l’état du milieu laissé derrière relève d’un autre engagement.
Il en résulte une asymétrie que le rayon ne corrige pas. Des soins très efficaces avancent l’argument du végétal sur la seule base de leur formule, pendant que les marques qui ont transformé leurs filières peinent à le faire valoir. Elles portent une contribution que le rayon ne restitue pas, sur un marché où le même vocabulaire est disponible à tous.
→ Cosmétique régénérative : où en sont les marques de leurs engagements — ce que chacune a transformé en amont, ce qu’elle affiche en rayon, et l’écart entre les deux.
Trois questions se posent alors, et elles se répartissent le long de la chaîne de valeur — de la parcelle au rayon. À l’amont d’abord, l’approvisionnement se tend pendant que la demande repart. Le climat en est la première cause : les épisodes de gel et de canicule perturbent les cycles végétatifs et font varier les rendements comme la concentration en molécules recherchées. S’y ajoutent les tensions géopolitiques sur les filières importées — argan, palme, glycérine —, et un marché américain en repli qui redistribue les volumes disponibles. Pour une marque qui sourcera des actifs végétaux dans les cinq ans, la question de la contractualisation se pose donc maintenant plutôt que demain — les chapitres 5 et 8 en donnent les mécanismes et les coûts.
Au cœur ensuite, là où se conçoit et se formule le produit, se pose la question de la teneur. Deux extraits certifiés d’une même plante peuvent différer par leur concentration en molécules actives, et les cahiers des charges biologiques ne prévoient pas de documenter cet écart. Le laboratoire achète sur une fiche technique, le marketing communique sur une origine — ce qui relie les pratiques agricoles à ce que la formule délivre reste à établir, et c’est l’objet des chapitres 5 et 6.
À l’aval enfin, au rayon, se pose la question du lien entre l’actif et la peau. Une marque affiche aujourd’hui une origine — telle plante, telle région — puis, séparément, un résultat d’efficacité établi sur le produit fini. Ces deux promesses coexistent sans se rejoindre, alors qu’une seule phrase les relierait : cette conduite a fait ce sol, ce sol a fait cet actif, et cet actif fait cela à votre peau. Le relevé des neuf produits primés, au chapitre 4, montre où en sont les marques les plus avancées sur ce point — et le chapitre 7 chiffre ce que cette formulation rapporte.
Un mot existe pourtant pour dire cela. Un cosmétique régénératif est un soin dont l’ingrédient provient d’une culture qui améliore l’état du milieu dont elle est issue — la vie du sol, la biodiversité, le revenu de ceux qui cultivent — et dont cette contribution est vérifiable : déclarée, attestée par un tiers de confiance, ou certifiée par un organisme accrédité. Le mot porte sur l’amont : il qualifie ce qui s’est passé au champ, et ce qui en arrive jusqu’au produit fini. Sur l’étiquette, il vient après trois autres — naturel, bio, équitable — et le rayon laisse au client le soin de distinguer ce que chacun engage ; c’est ce que le premier chapitre établit, mention par mention.
Il a une seconde propriété, et elle donne son titre à ce dossier : de l’ingrédient régénératif à la peau régénérée. Aux deux bouts de la chaîne se trouve un vivant. Un sol est un milieu vivant — sa fertilité vient de sa vie microbienne, de ses racines et de ses champignons, et une conduite ne la fabrique pas : elle lui rend la capacité de la produire. Une peau est un tissu vivant — elle se renouvelle par ses propres cycles, et un soin ne le fabrique pas davantage : il soutient un processus qu’elle conduit elle-même. Un vivant à chaque bout, et le même mot des deux côtés — côté sol, la vie du sol elle-même ; côté peau, le renouvellement qu’on soutient.
Entre les deux court une chaîne de six chaînons — les pratiques agricoles, la vie du sol, la plante et ses molécules, la teneur de l’actif, la formulation, et la peau qui le reçoit. Chaque chaînon apporte une preuve que les autres n’apportent pas, et c’est leur ensemble qui dit jusqu’où un produit va. Dans un rayon où le naturel ne distingue plus, c’est là que se recrée de la valeur.
Trois sources de valorisation s’y logent, et elles se cumulent. Une marque peut n’en activer qu’une, en tenir deux, ou les trois — c’est ce qui fait qu’un même travail agricole rapporte très différemment selon ce qu’on en fait.
Le sol, d’abord. Une biodiversité qui revient, une fertilité qui progresse, un revenu de producteur rétabli : c’est une contribution mesurable, attestable par un tiers, et celle des trois qui demande le plus de temps à reproduire. Elle se valorise par le récit et par la certification, et se démontre au champ.
L’actif, ensuite. Une teneur en molécules plus élevée, un procédé qui la préserve, une dose qui la met au travail : c’est une supériorité de matière première, celle qui autorise un prix et une allégation. Une plante fabrique ses molécules en réponse à son milieu — là où le tensioactif de synthèse se reproduit à l’identique, l’actif végétal porte la trace de la parcelle dont il vient. Cette variabilité se subit ou se travaille : subie, elle expose ; travaillée, elle fait des pratiques agricoles un levier de qualité produit.
La peau, enfin — et c’est là que se paie la valeur. Elle est vivante : elle se renouvelle au fil de cycles naturels, et c’est ce renouvellement qui résiste au vieillissement. Un soin qui soutient ce processus au lieu de le remplacer promet autre chose que combler ou lisser — un bénéfice que la peau produit elle-même, et qui dure au-delà de l’application. C’est une promesse d’efficacité avant d’être une promesse écologique, et c’est elle qui tient le prix.
Ce que viser la régénération veut dire. Régénérer ne remplace pas réduire — cela le prolonge. Une marque tient sa trajectoire de réduction d’impacts, et elle y ajoute des impacts contributifs : ce que son activité rend au vivant, humain et non humain. On ne régénère que le vivant — un procédé industriel s’optimise, un sol et une communauté se régénèrent.
Régénérer, c’est tisser des relations mutuellement bénéfiques entre les êtres vivants d’un territoire — la vie dans les sols, les populations animales et végétales, les communautés humaines — de sorte que chaque être vivant renforce par son activité propre la capacité des autres à poursuivre leur évolution. C’est une logique de capacités plutôt que d’états à atteindre : il ne s’agit pas de revenir à un point antérieur, mais de renforcer la capacité du vivant à exister, se relier, se renouveler et durer dans des conditions changeantes.
Viser la régénération signifie donc penser ses impacts, négatifs et positifs, sur un territoire donné — et le résultat s’y lit en triple impact : la vie des sols et la biodiversité, les revenus et les conditions de ceux qui cultivent, la viabilité économique de l’activité. Les trois progressent ensemble ou la démarche ne tient pas.
Ce qui suppose de retrouver un lien que la chaîne mondialisée a distendu. Un actif acheté sur catalogue vient d’un endroit que la marque ne connaît pas ; une filière régénérative suppose de savoir où, avec qui, et à quelles conditions.
Des marques l’ont déjà fait, et leurs produits sont en rayon. Neuf cosmétiques ont été primés aux Lauriers de la Régénération en trois éditions, portés par huit entreprises — des filières contractualisées sur plusieurs années, des sols dont l’état est relevé, des revenus producteurs garantis au contrat, des soins dont l’efficacité est établie par essais. Clarins a fait certifier ROC l’ensemble du Domaine de Serraval fin 2024 et vise un tiers de ses plantes issues de ses propres terres en 2030 — sans que les soins issus de ce domaine portent l’engagement en rayon. Davines cultive lui-même son calendula et publie les relevés qui comparent ses parcelles à des parcelles conduites autrement. Aucune n’a construit cette trajectoire contre son modèle économique.
Chacune y est entrée par une porte différente — la conception du produit, l’ingrédient certifié, la mesure au champ, la gouvernance, l’échelle industrielle. C’est le renseignement le plus utile de ce palmarès : il n’existe pas une voie unique, mais autant d’entrées que de configurations, et leur lecture croisée indique par quel bout commencer selon ce qu’une marque possède déjà. Un fabricant d’actifs n’entre pas par où entre une marque de distribution, ni une entreprise familiale par où entre un groupe coté.
Il reste à chacune le même pas à franchir, et il est plus court qu’il n’y paraît. Sept de ces neuf produits sont encore présentés dans le vocabulaire de l’origine et de l’absence ; deux seulement le sont par leur conduite de culture. L’écart tient donc à la traduction plutôt qu’aux pratiques — et il se comble à un coût sans commune mesure avec ce que la filière a déjà exigé. Pour une marque qui n’a pas encore engagé son amont, l’ordre est inverse : les pratiques d’abord, sur des années — et c’est précisément pourquoi celles qui s’y mettent maintenant prennent une avance difficile à rattraper.
Ce dossier déploie l’expertise que nous mobilisons dans nos accompagnements. Notre livre blanc fonde la doctrine — ce que la régénération veut dire pour une entreprise, et onze analyses d’entreprise. Le Capacity Score fournit la grille — quatre niveaux, six leviers — qui structure les chapitres 1 et 9. Notre classement des labels, scores et certifications situe près de cent cinquante repères sur onze secteurs, dont la cosmétique. Et nos analyses sectorielles appliquent la même lecture à l’alimentation, au textile, au lait ou au tourisme.
Les Lauriers de la Régénération, que nous organisons chaque année, donnent les neuf produits primés et leurs dossiers de candidature, où les pratiques sont documentées bien au-delà de ce qu’on en lit en rayon. S’y ajoutent notre rapport sectoriel cosmétique et la table ronde que nous avons animée avec quatre acteurs du secteur.
Et la méthode par laquelle nous accompagnons les entreprises vers la régénération : les cinq ateliers du REGEN BMC, exposés au chapitre 10 — de l’analyse de la chaîne de valeur jusqu’à l’atterrissage comptable. Le chapitre 11 montre ce que cela donne sur un cas réel, chez une marque de beauté.
Au sommaire
Partie I — Le cadre
Quatre mentions se succèdent sur les emballages, et chacune engage autre chose. Cette partie donne à chacune son périmètre exact, nomme les cinq endroits où la valeur créée se perd, et pose la chaîne qui relie le sol à la peau.
1. Naturel, bio, équitable, régénératif : ce que chaque mention engage
2. Les cinq paradoxes du rayon beauté, et les quatre niveaux de la régénération
3. Les six chaînons : ce qu’un cosmétique régénératif engage, du champ à la peau
Partie II — Ce qui existe déjà
Neuf produits primés aux Lauriers, tous en vente aujourd’hui. Chacun est passé à la même grille : ce qu’il documente, ce qu’il laisse ouvert, et ce qu’il démontre que les autres ne démontrent pas.
4. Les cosmétiques régénératifs existent déjà : neuf produits en vente en France
Partie III — Du sol à la peau
Le cœur du dossier. Ce que l’état d’un sol change à la teneur d’un actif, ce que cette teneur change à la peau — et les deux façons de refermer la chaîne quand la démonstration manque encore.
5. Ce que l’état du sol change à la plante, et où se joue la valeur
6. Ce qu’un actif régénératif change pour la peau : extrait, dose, efficacité
Partie IV — Le modèle économique
Ce que la contribution rapporte à une marque et ce que le silence coûte, qui finance la conversion d’une filière, et où en sont trois entreprises passées au Capacity Score.
7. Ce que la régénération rapporte à une marque de beauté, et ce que le silence coûte
8. Qui paie la régénération : le modèle économique, et les coalitions qui le rendent possible
9. Où en sont les marques de beauté : trois entreprises au Capacity Score
Partie V — Nos compétences
Comment se conçoit un cosmétique régénératif — la fonction avant la formule, sur un cas réel — et les quatre contributions sur lesquelles une marque peut faire appel à nous.
10. Concevoir un cosmétique régénératif : la fonction avant la formule
11. Accompagner une marque de beauté vers la régénération : nos quatre contributions
Conclusion. Six questions à poser à une marque qui annonce un soin régénératif
Partie I — Le cadre
Ce que chaque mention engage, les cinq paradoxes du rayon, et la chaîne du sol à la peau
1. Naturel, bio, équitable, régénératif : ce que chaque mention engage
Trois choses commandent la lecture d’une allégation en cosmétique régénérative, et aucune étiquette ne les dit. La première : une allégation régénérative peut porter sur trois objets — la formule, l’ingrédient, les impacts —, et seuls les deux derniers engagent l’amont agricole ; une marque peut donc revendiquer la régénération en ne travaillant que sa formule. La deuxième : ce qui monte d’un niveau à l’autre se lit au verbe — éviter un impact, le réduire, restaurer un état dégradé, puis régénérer, c’est-à-dire placer le vivant au cœur du modèle et renforcer la capacité du milieu et de ceux qui y vivent. La troisième : une pratique amont qu’aucune allégation ne porte ne se finance pas, et reste donc un coût.
De là vient l’utilité d’une échelle. Le Capacity Score® situe une activité sur quatre niveaux : limiter, la conformité responsable ; réduire, la gestion des risques ; restaurer, la robustesse écosystémique ; régénérer, la contribution écosystémique. Deux règles de lecture comptent dès maintenant : le niveau réel d’une activité est celui de son levier le plus lent, et restaurer est un aboutissement stratégique légitime, pas une demi-mesure.
Une distinction commande tout ce qui suit : écarter n’est pas restaurer. Le bio écarte la chimie de synthèse et les OGM — c’est une abstention, et une abstention ne restitue rien. Le niveau Restaurer commence là où un acte positif s’exerce sur un état dégradé : une biodiversité qu’on fait revenir, un revenu qu’on rétablit.
Ce que chaque mention engage, une par une
Quatre mots se succèdent sur les emballages de beauté, et chacun répond à une question différente — d’où vient la molécule, comment la plante a été cultivée, ce que gagne celui qui l’a cultivée, et ce que cette culture laisse au milieu. Ce qui les sépare est le niveau de preuve exigé : une composition déclarée par le fournisseur, des pratiques auditées chaque année, un revenu vérifié par entretiens, puis un état dont la progression doit être démontrée pour conserver la certification. D’un mot à l’autre, on passe de ce qu’on affirme à ce qu’on prouve, et de ce qu’on évite à ce qu’on rend.
Derrière chacun, l’engagement pris n’est pas du même ordre. Le naturel repose sur une norme de calcul, sans prescription au champ. Le bio, l’équitable et le régénératif reposent sur des cahiers des charges qui prescrivent des pratiques, vérifiées par un organisme tiers. De l’un à l’autre, l’engagement s’éloigne du produit et remonte vers le champ — l’origine de la matière, puis les pratiques agricoles, puis le sort de ceux qui cultivent, puis l’état du milieu qu’ils laissent.
Naturel parle de la matière et de son degré de transformation, en pourcentage. Le seuil est de 95 % d’ingrédients d’origine naturelle pour employer la mention « produit naturel » (prescriptions de l’ARPP), calculés selon la norme ISO 16128 — qui classe comme « dérivé naturel » tout ingrédient contenant plus de 50 % de matière naturelle. Aucun organisme ne contrôle ce calcul : il repose sur les déclarations des fournisseurs, et rien n’est prescrit au champ — un extrait de plante conventionnelle est parfaitement naturel. L’enjeu pour une marque : c’est le prix d’entrée du rayon, et il ne distingue plus.
Bio parle des pratiques agricoles, auditée par un tiers, sans chimie de synthèse ni OGM. Ses seuils portent sur la composition, jamais sur la teneur en actifs : en COSMOS Organic, environ 95 % d’ingrédients d’origine naturelle, 95 % de bio parmi les ingrédients qui peuvent l’être, 20 % de bio sur le total du produit et 10 % pour les produits à rincer — le contrôle étant assuré par des organismes accrédités, au moins une fois par an. Le mot dit donc ce qui n’est pas là, jamais ce que l’actif apporte : sa teneur en molécules actives ne figure nulle part au cahier des charges. L’enjeu : une abstention opposable, qui sécurise sans différencier.
Une précision s’impose ici, parce qu’elle décide de la lecture des cartes qui suivent. Le bio agricole — le règlement européen, les pratiques au champ — relève du deuxième niveau : c’est une abstention auditée. Mais les labels cosmétiques bio vont au-delà de ces pratiques : COSMOS Organic et Cosmébio ajoutent la chimie verte, les procédés de transformation, les emballages et une dimension éthique à l’approvisionnement. C’est ce supplément qui les situe au troisième niveau, et non les pratiques agricoles seule.
Équitable parle du sort de ceux qui cultivent. Fair for Life demande que le salaire vital soit atteint, avec prix minimum garanti et conditions de travail vérifiées ; UEBT audite l’approvisionnement en ingrédients issus de la biodiversité et organise le partage des bénéfices. L’un et l’autre s’obtiennent sans prérequis biologique, sur un référentiel séparé qu’il faut faire certifier à part. L’enjeu : c’est le premier niveau où une marque a une histoire que ses concurrents n’ont pas.
Régénératif parle de l’état du milieu laissé derrière. La distinction tient en trois lignes : le naturel dit d’où vient la matière, le bio dit ce qu’on a écarté du champ, et le régénératif dit ce que la culture a rendu au milieu et à ses habitants — et ce que cela change à ce que la peau reçoit. Le ROC tient trois piliers dans un même cahier des charges — santé des sols, bien-être animal, équité vérifiée par entretiens individuels —, avec socle biologique obligatoire et obligation d’amélioration continue pour conserver la certification.
Le référentiel, une fois pour toutes
Trois choses le distinguent d’un référentiel de pratiques. Le socle biologique est obligatoire : il se construit sur une certification bio existante — le bio dit ce qu’une ferme doit éviter, le ROC lui dit en plus ce qu’elle doit construire. La trajectoire conditionne le maintien : là où le bio certifie une absence d’intrants année après année, le ROC mesure un état et n’est reconduit que si cet état progresse. Et les trois piliers sont audités dans le même passage, par un seul auditeur. Reste que le ROC couvre l’amont — les sols, le bien-être animal et la juste rémunération —, jamais ce que le produit fait à la peau.
Faut-il l’exiger de ses fournisseurs ? La réponse dépend de la maturité de la filière. Sur une filière déjà bio et structurée, la certification se construit en deux à trois ans. Sur une filière à créer, la marche est trop haute d’un coup : mieux vaut commencer par les pratiques et la mesure, et faire certifier ensuite ce qui sera déjà tenu.
C’est un référentiel holistique : l’exploitation y est regardée comme un système, et c’est ce qui permet à une même conduite de produire les trois impacts — environnemental, social, et la viabilité économique qui les tient. Demeter et Nature & Progrès portent le même niveau par d’autres voies. L’enjeu : c’est le niveau dont la preuve demande une filière entière, et celui qui est le plus long à reprendre.
Cette montée est aussi une montée de valeur, et c’est ce qui en fait un sujet de direction générale. Chaque niveau ajoute quelque chose que le précédent ne permettait pas de dire, et surtout quelque chose de plus difficile à reprendre. Une naturalité se calcule et s’affiche en une saison. Une certification biologique demande une conversion et un audit. Une filière contractualisée demande des années de relation. Et une conduite dont l’état progresse, mesurée et attestée, demande une filière entière — c’est le niveau qui produit l’avantage le plus durable, et c’est vers lui que la valeur se déplace à mesure que les niveaux inférieurs se banalisent.
Un mot ne garantit rien par lui-même : ce qui engage, c’est le cahier des charges derrière lui, l’organisme qui le vérifie et le repère qui le rend visible. Les quatre cartes ci-dessous les mettent donc en regard, ligne à ligne — le verbe qui caractérise le niveau, ce qui est prescrit au champ, ce que cela change sur l’actif et sur la peau, ce qui est couvert et ce qui reste hors périmètre, ce qui l’affiche en rayon, la façon de concevoir qui lui correspond, ce qu’une marque peut en dire, et pour finir ce que cela veut dire quand elle emploie ce mot. Un repère en rayon ne fait pas que garantir : il clarifie ce dont on parle.
N1 · Limiter — conformité responsable
NATUREL — une origine déclarée, et ses voisins « local » et les « sans »
Le verbe : éviter. On exclut un usage, on écarte une substance.
Au champ : rien n’est prescrit. La façon dont la plante a poussé reste hors du mot : un extrait de plante conventionnelle est parfaitement naturel.
Sur l’actif : le mot parle de la formule — une origine et un degré de transformation, en pourcentage. L’indice compte la matière sans distinguer l’eau de l’actif : c’est un ratio de composition, pas une qualité de soin.
Sur la peau : la sécurité réglementaire est acquise, et l’efficacité se démontre par les essais sur produit fini — ici comme à tous les niveaux qui suivent. Le mot lui-même n’y ajoute rien.
Ce qui est couvert : la santé de la cliente, par la réglementation. L’environnement, la biodiversité et le sort de ceux qui cultivent restent hors périmètre.
Ce qui l’affiche en rayon : réglementation cosmétique · ISO 16128, norme de calcul et non label · mentions d’origine · Leaping Bunny, PETA, One Voice, EVE Vegan, V-Label · Cosméto’Score, score de risque ingrédients
La conception : sobriété — des produits qui durent, le superflu supprimé.
Ce qu’on peut en dire : une origine et une composition. « Formulé avec des ingrédients d’origine naturelle », « sans tel composant ». Un discours que tout le rayon tient déjà.
Ce que cela veut dire : employer ce mot, c’est parler de la matière et de sa transformation. C’est exact dans ce périmètre, et cela n’engage rien au champ — aucun organisme ne le contrôle, et les pourcentages reposent sur les déclarations des fournisseurs.
N2 · Réduire — gestion des risques
BIO — une conduite de culture auditée, sans chimie de synthèse
Le verbe : réduire. On limite la durée, l’intensité et l’étendue de ce que l’activité prélève.
Au champ : des pratiques auditées, sans chimie de synthèse ni OGM, vérifiée par un organisme tiers. Naturel décrit une matière ; bio décrit la culture dont elle vient.
Sur l’actif : le mot parle de l’ingrédient, et il dit ce qui n’est pas là. Ce que l’actif apporte reste hors du cahier des charges — sa teneur en molécules actives n’y figure pas.
Sur la peau : l’innocuité gagne un niveau — adossée à des seuils publics et vérifiée par audit, avec les substances les plus contestées écartées et un emballage allégé.
Ce qui est couvert : l’environnement au sens abiotique — matière, énergie, transport, emballage — et la santé. La biodiversité et le sort de ceux qui cultivent restent hors périmètre.
Ce qui l’affiche en rayon : AB · NATRUE · Ecocert Cosmétique Écologique, l’échelon en deçà du bio · Slow Cosmétique, mention associative · Green Impact Index et Ecobeautyscore, qui sont des scores
La conception : éco-conception — cycle de vie du produit sur seize critères (ISO 14040 et 14062) ; la biodiversité n’en fait pas partie.
Ce qu’on peut en dire : des pratiques auditées, et ce qu’elle exclut. « Cultivé sans chimie de synthèse, certifié par un organisme tiers ». Vérifiable et opposable — mais formulé au négatif.
Ce que cela veut dire : dire bio, c’est nommer ce qu’on n’a pas fait. L’engagement est réel, audité et opposable ; il porte sur une abstention plutôt que sur une restitution. C’est aussi le socle qui ouvre l’accès au dernier niveau, sans conditionner le troisième.
N3 · Restaurer — robustesse écosystémique
UNE RESSOURCE RESTAURÉE — la biodiversité ou l’équité, avec ou sans bio
Le verbe : restaurer. On remet en état ce qui a été dégradé, sur l’un des deux registres. L’objet est une ressource nécessaire au vivant — un sol, une eau, un revenu — pensée dans son cycle.
Au champ : des pratiques qui font revenir une biodiversité que l’absence de chimie laissait en l’état — haies, couverts, rotations. Ou, chez celui qui cultive, un revenu rétabli. Un registre ou l’autre, et rien qui les relie.
Sur l’actif : il est tracé jusqu’à la parcelle et acheté sous engagement pluriannuel. Sa composition ne change pas ; ce qui change, c’est la fiabilité de l’approvisionnement et l’histoire qu’on peut en raconter.
Sur la peau : le bénéfice reste celui du niveau précédent, et c’est le premier endroit où l’écart devient visible : la filière progresse, la promesse faite à la cliente attend encore.
Ce qui est couvert : l’environnement et la santé, plus la biodiversité ou le social selon la voie choisie. Quand les deux sont couverts, c’est par deux cahiers des charges séparés.
Ce qui l’affiche en rayon : COSMOS Organic et le label Cosmébio · UEBT Sourcing with Respect, qui audite l’approvisionnement en ingrédients issus de la biodiversité — Weleda est certifiée · Fair for Life, qui demande que le salaire vital soit atteint, avec prix minimum garanti
La conception : éco-socio-conception — cycle de vie étendu aux impacts sociaux (ISO 14075), en visée net zéro.
Ce qu’on peut en dire : une parcelle, un producteur, un engagement de durée. « Notre lavande vient de tel domaine, sous contrat depuis cinq ans, à prix garanti ». Le premier niveau où la marque a une histoire que ses concurrents n’ont pas.
Ce que cela veut dire : on ne se contente plus d’écarter, on pose un acte : quelque chose qui s’était dégradé a été remis en état, et cela se constate. Pour l’entreprise, cela veut dire un approvisionnement sécurisé — et une équité qui cesse d’être un coût absorbé pour devenir un engagement dont le retour se documente.
N4 · Régénérer — contribution écosystémique
RÉGÉNÉRATIF — une capacité renforcée : le sol et ceux qui le cultivent, dans une même conduite
Le verbe : régénérer. On place le vivant au cœur du modèle, et l’activité renforce la capacité des écosystèmes et de ceux qui y vivent à atteindre leur plein potentiel — re-generare, recréer la capacité des écosystèmes à se développer.
Au champ : trois piliers tenus ensemble — santé des sols, bien-être animal, équité vérifiée par entretiens individuels. Le suivi est prescrit et daté, et l’exploitation doit démontrer une amélioration continue pour conserver sa certification. Le référentiel prescrit des pratiques, comme tous les labels — mais il les prescrit à partir d’une finalité contributive, et c’est ce qui le distingue.
Sur l’actif : il vient de ces sols, et c’est ici que se pose l’hypothèse d’une concentration supérieure en molécules actives. La certification porte sur l’ingrédient, jamais sur le soin entier : une marque y entre par un seul actif.
Sur la peau : l’efficacité se démontre comme partout, par les essais sur produit fini — mais la nature du bénéfice change. L’actif soutient les fonctions par lesquelles la peau assure son renouvellement, au lieu de faire le travail à sa place.
Ce qui est couvert : les quatre registres à la fois — biodiversité, environnement, social, santé — et pour la première fois par une seule conduite : celle qui fait revenir la vie du sol vaut aussi pour les humains qui la conduisent. C’est ce qui rend le triple impact atteignable, là où les niveaux inférieurs additionnent des garanties séparées.
Ce qui l’affiche en rayon : ROC, tous échelons, audité par Écocert en France, le seul à porter le mot · Demeter, qui applique le même socle aux actifs végétaux sans employer le terme · Nature & Progrès, par garantie participative
La conception : design régénératif — cycle de vie contributive : on mesure ce qu’on régénère en plus autant que ce qu’on dégrade en moins.
Ce qu’on peut en dire : des pratiques certifiées et son amélioration démontrée. « Cet actif vient d’une filière certifiée régénérative, où la conduite progresse d’année en année et où les producteurs sont associés à la valeur créée ». Le seul niveau où l’on parle de ce qu’on rend, plutôt que de ce qu’on évite.
Ce que cela veut dire : le référentiel est holistique — l’exploitation y est regardée comme un système plutôt que comme une somme de critères, et c’est ce qui permet à une même conduite de produire le triple impact : l’environnement, le social, et la viabilité économique qui les tient. Et pour l’entreprise, prendre part à la filière plutôt que d’acheter un actif déjà certifié : sourcer ce que d’autres ont fait certifier laisse le territoire où il était.
Trois précisions complètent ces cartes, et elles évitent les confusions les plus fréquentes.
Un référentiel, une certification et un label ne sont pas la même chose. COSMOS-standard est le référentiel — le cahier des charges, créé par cinq organisations européennes, Cosmébio, Ecocert, la Soil Association, le BDIH et l’ICEA. COSMOS Organic est la certification délivrée sur ce référentiel par un organisme accrédité : elle atteste sans nécessairement s’afficher. Cosmébio est le label, marque collective de l’association française, qui s’y adosse, y ajoute sa charte éthique et se voit en rayon. Le label AB, lui, porte sur l’ingrédient agricole.
Les seuils du bio portent sur la composition, jamais sur la teneur en actifs — c’est ce que les chiffres COSMOS donnés plus haut établissent, et c’est le point qui décide de tout le reste.
Quatre registres se distinguent, et il vaut mieux les nommer que les confondre. La pratique — ce qui est fait au champ, et qui a lieu ou non. La certification — qui le vérifie, et sur quel cahier des charges. L’allégation — ce qu’une marque a le droit d’en dire. Et la promesse — ce que la cliente en retire sur sa peau. Chaque niveau les fait progresser ensemble : la pratique se prescrit davantage, la certification passe de la déclaration à l’audit accrédité, l’allégation de la composition à l’état qui progresse, et la promesse de la sécurité à un bénéfice que la peau produit elle-même.
2. Les cinq paradoxes du rayon beauté, et les quatre niveaux de la régénération
Chacun de ces mots est exact, et aucun ne couvre ce que le suivant ajoute — c’est là que la cliente perd pied, et la direction marketing avec elle.
Le débat public s’est installé sur la composition — quelle part de matière naturelle, à partir de quel seuil, vérifiée par qui. Il laisse entières les deux questions qui décident de l’achat : ce que vaut l’actif, sa concentration en molécules actives qui se joue au champ puis au procédé ; et ce que son achat permet une fois la filière payée — un sol qui reprend vie, un producteur qui peut investir, une filière qui tient.
Et la charge de la preuve pèse sur celui qui s’engage. Une marque qui certifie une pratique doit la documenter, l’auditer et la financer ; une marque qui ne revendique rien n’a rien à démontrer. L’affichage restant facultatif, le silence coûte moins cher que la preuve — c’est ce que la directive EmpCo commence à corriger au 27 septembre 2026, et c’est le déséquilibre que ce dossier entreprend de renverser.
Cinq paradoxes en découlent. Chacun désigne un endroit où la valeur créée en amont se perd avant d’atteindre le produit — donc, aussi bien, un endroit où elle peut être captée.
Un · vous sécurisez votre amont sur cinq ans, et le rayon n’en sait rien. Contrats pluriannuels, prix convenus, préfinancement des récoltes, conversions accompagnées : cet engagement protège l’approvisionnement et il coûte, mais aucune mention ne le porte jusqu’au produit. Il est financé par la marge au lieu d’être payé par la vente. Chapitres 3 et 7.
Deux · vous payez un actif bio plus cher sans pouvoir dire qu’il est meilleur. Le cahier des charges biologique prescrit ce qu’on écarte, jamais ce que l’extrait apporte : la teneur en molécules actives n’y figure pas, donc l’écart entre deux lots ne se valorise nulle part. On achète une pratique, on vend un résultat, et le prix payé au fournisseur ne se retrouve dans aucun argument. Chapitres 4 et 5.
Trois · vous financez une filière, et votre étiquette n’en dit rien. Le bio parle des intrants, jamais du contrat. Ce qui est versé au producteur relève d’un référentiel séparé, qu’il faut faire certifier à part — et personne, devant le produit, ne sait lequel des deux il soutient. Chapitres 3 et 6.
Quatre · vous êtes primé pour votre contribution, et vous la racontez au négatif. Sur les neuf produits distingués aux Lauriers, sept communiquent encore dans le vocabulaire de l’origine et de l’absence — d’où vient la plante, ce que la formule ne contient pas. Deux seulement nomment leur conduite de culture. L’écart tient à la traduction plutôt qu’aux pratiques, et c’est celui qui se comble le plus vite. Chapitres 3 et 6.
Cinq · vous promettez de soutenir le renouvellement de la peau, vous financez le retour de la vie des sols, et rien ne relie les deux. Les deux démonstrations existent et tiennent, chacune dans son ordre — des essais sur le produit fini d’un côté, des relevés de terrain de l’autre. Ce qui manque est le pont entre elles. Chapitre 5.
Le cinquième commande les quatre autres, et deux pistes s’y ouvrent — une seule demande d’attendre. Prouver, en publiant le comparatif qui établirait le lien pour toute la filière : un travail de recherche, sur plusieurs campagnes. Ou relier, produit par produit, en rattachant des pratiques certifiées à des essais d’efficacité déjà conduits — ce qui ne demande aucune publication nouvelle, puisque les deux bouts sont déjà attestés séparément. Quatre lauréats l’ont fait. C’est la place à prendre, et l’avance que le bio seul n’a jamais donnée.
Notre table ronde sur le sujet
Les paradoxes qui précèdent, quatre acteurs du secteur les ont posés devant nous : Karen Lemasson (Laboratoires Expanscience), Élodie Carpentier (Le Rouge Français), Stéphanie Lumbers (FEBEA) et Pascale Brousse (Trend Sourcing), sous l’animation de Thomas Busuttil (La 5e saison). Plusieurs de leurs constats traversent ce dossier — la double exigence d’innocuité pour la peau et pour les milieux, la place de la RSE dans la gouvernance, et le renversement de ce qu’est un concurrent.
« Cosmétiques régénératifs : maturité, exemples et défis » · 1 h →
La dynamique : ce qui progresse d’un niveau à l’autre
Le triple impact se lit ici en trois colonnes : ce qui se fait au champ, ce qui revient à ceux qui cultivent, et ce qui le finance. Chacune franchit les mêmes quatre niveaux, et ce sont des pratiques qui y sont décrites, jamais des résultats — un cahier des charges prescrit une conduite, et les impacts en découlent.
Tableau large — faites défiler horizontalement sur mobile.
| Niveau | La conduite de culture | Le registre social | Le modèle économique |
|---|---|---|---|
| N1 · Limiter | Aucune prescription : la façon dont la plante a poussé reste hors du périmètre, et un extrait de culture conventionnelle est éligible. | Le droit du travail s’applique, et rien de plus n’est demandé. Ce qui revient au producteur n’entre dans aucun cahier des charges. | Le coût de la conformité, subi. Rien n’est piloté. |
| N2 · Réduire | Une abstention auditée : ni chimie de synthèse, ni OGM, vérifié par un tiers. | Aucun volet social n’est prescrit : le règlement bio européen ne porte ni exigence de rémunération ni condition de travail. Ce registre relève d’un autre référentiel, à certifier séparément. | Un budget prélevé sur la marge, arbitré chaque exercice — la première variable d’ajustement quand les résultats se resserrent. |
| N3 · Restaurer | Un acte qui remet en état : des haies qu’on replante, des couverts qu’on installe, des rotations qu’on allonge. | Un revenu rétabli : prix fondé sur les coûts, engagement dans la durée, salaire vital atteint et non seulement mesuré. | Un investissement pluriannuel dont le retour se calcule en robustesse — coûts évités, approvisionnement sécurisé, risque réglementaire écarté. La dépense sort des variables d’ajustement. |
| N4 · Régénérer | Trois piliers tenus dans un même cahier des charges — santé des sols, bien-être animal, équité —, avec socle biologique obligatoire, suivi prescrit et daté, et amélioration continue à démontrer pour conserver la certification. | L’équité se vérifie par des entretiens individuels avec les travailleurs au moment de l’audit — on ne contrôle plus ce qui est signé, on contrôle ce qui est vécu. | La contribution est incorporée dans l’offre et payée par ceux qui en bénéficient : co-investissement avec les partenaires, partage équitable des gains créés, atterrissage en triple comptabilité. Les volumes vendus font alors progresser les trois impacts ensemble, au lieu d’alourdir une charge. |
Le social part de plus loin que l’environnemental. Le socle du secteur est le naturel, où ni les pratiques agricoles ni le sort du producteur n’entrent dans le périmètre. Le bio corrige la première moitié — des pratiques auditées par un tiers — et laisse la seconde intacte : le règlement européen ne porte ni exigence de rémunération ni condition de travail. Une marque peut donc avoir vingt ans de certification bio sans avoir jamais regardé ce que gagne celui qui cultive.
Le modèle économique change de nature, pas d’intensité. Il ne s’agit pas de dépenser plus à chaque niveau : un coût subi devient un budget arbitré, puis un investissement dont le retour se calcule, puis une contribution payée par la vente. Ce n’est pas une échelle de dépense, c’est une échelle de statut comptable — et c’est ce statut qui décide si la trajectoire survit au prochain exercice difficile.
La bascule se joue au passage du troisième au quatrième. Aux trois premiers niveaux, les colonnes avancent séparément : on peut être excellent au champ et vide côté social, ou l’inverse. Au quatrième, une même conduite les produit toutes les trois — c’est le caractère holistique du référentiel, et c’est ce qui rend le triple impact atteignable au lieu d’être une addition de programmes.
Pour une direction générale, la conséquence est simple : la colonne la plus faible n’est probablement pas celle qu’on surveille. Le social accuse un retard que le bio n’a jamais comblé, et le modèle économique décide de la tenue des deux autres.
3. Les six chaînons : ce qu’un cosmétique régénératif engage, du champ à la peau
L’ouverture a posé les trois sources de valeur — le sol, l’actif, la peau. Les six chaînons disent comment elles se relient, et ils s’y répartissent deux par deux : les pratiques agricoles et la vie du sol font la valeur du sol ; la plante et la teneur de l’actif font celle de l’actif ; la formulation et la peau font celle du soin. Une seule grille, à deux échelles de lecture.
La chaîne cosmétique prolonge celle de l’agriculture régénérative, dont nous avons posé le passage au modèle économique dans un article fondateur. Un piège précède pourtant tout examen : « régénératif » s’emploie sur trois objets — la formule, l’ingrédient, les impacts — et seuls les deux derniers engagent l’amont agricole. Une marque peut donc travailler sérieusement sa formule et employer le mot sans qu’aucune parcelle en soit changée.
C’est ce qui sépare un argument moral d’un argument de vente : une contribution agricole isolée se plaide en dernier, une contribution rattachée à la teneur se plaide en premier. Le chapitre 7 en donne la mesure commerciale.
Les six chaînons, un par un
Cette chaîne causale est aussi une chaîne de valeur : chaque chaînon se tient chez un acteur, coûte quelque chose à établir et rapporte une fois établi — c’est ce que les cinq ateliers du REGEN BMC servent à relier. Un maillon est un acteur économique, un chaînon une étape causale ; un maillon peut en tenir plusieurs, et un chaînon en traverser plusieurs. Lue chaînon par chaînon, cette chaîne situe où en est un produit et ce qui lui reste à parcourir — et ce que le prochain geste coûte : un chaînon manquant à l’aval se comble en une saison, à l’amont en années. Un seul produit du palmarès renseigne les six chaînons — et le chaînon de la plante y reste le chantier commun à tous, celui dont la mesure ouvrirait la démonstration pour la filière entière.
Cas phare · la chaîne parcourue de bout en bout
TULSINITY® Bio — le seul produit du palmarès dont les six chaînons sont renseignés
L’actif d’Expanscience primé aux Lauriers 2025 renseigne les six chaînons — à des degrés de preuve très inégaux : certifié par un organisme accrédité à l’amont, établi par deux protocoles à l’aval, encadré au milieu. C’est un actif nutraceutique — le premier lancé par Expanscience — dont le bénéfice est cutané : élasticité, densité, barrière de la peau face au stress. La chaîne se lit donc de bout en bout, avec une voie d’administration différente. Expanscience en propose d’ailleurs le pendant topique avec AYUREDI®, sur la même filière.
| ① | La conduite de culture | Une filière de 3 800 agriculteurs indiens, certifiée ROC, AB et Fair for Life — le seul actif du palmarès à cumuler les trois. Santé des sols, bien-être animal et équité vérifiée par entretiens individuels, dans un même cahier des charges audité. |
| ② | La vie du sol | Des analyses prescrites et datées, avec obligation d’amélioration continue pour conserver la certification. |
| ③ | La plante et ses molécules | La variété — le tulsi Krishna — et l’organe récolté sont fixés par le cahier des charges, ce qui borne la matière première d’un lot à l’autre. |
| ④ | La teneur de l’actif | Une concentration en molécules actives annoncée, obtenue par un procédé maîtrisé de bout en bout. |
| ⑤ | La formulation | L’actif est vendu en B2B avec une dose journalière de 250 mg — c’est un actif nutraceutique, ingéré et non appliqué, et cette dose est celle sur laquelle l’efficacité a été établie. |
| ⑥ | La peau et son renouvellement | Deux protocoles. Une étude in vitro sur modèles de cellules cutanées stressées : l’extrait y réduit la production de cortisol, l’oxydation des protéines et les cytokines pro-inflammatoires, et préserve collagène, élastine et acide hyaluronique. Puis un essai pilote randomisé contrôlé de huit semaines à 250 mg par jour chez des adultes stressés à peau sensible : cortisol salivaire réduit, élasticité améliorée, sensibilité cutanée réduite. |
Les six chaînons sont documentés, à des degrés qui varient. La conduite est certifiée par un organisme accrédité, l’état du sol relevé et daté, l’effet sur la peau établi par essais publiés. Le chaînon de la plante est encadré sans être relevé, et la teneur est revendiquée sans être comparée — c’est là que la chaîne s’ouvre, et ce manque est celui de toute la filière plutôt que d’une entreprise. Trois enseignements en découlent pour les autres : un cahier des charges peut porter trois chaînons sur six sans dispositif propre à monter ; borner la variété et l’organe récolté coûte peu et se décide à la contractualisation, alors que c’est le préalable de tout relevé ; et deux protocoles tiennent une allégation quand un seul laisse une prise — l’étude in vitro montre par quoi l’actif agit, l’essai randomisé qu’il agit sur des personnes réelles.
Le cadre est posé, et il tient en deux instruments. Quatre niveaux pour situer une allégation — ce que chaque mention engage, ce qu’elle couvre, et à quel niveau de preuve. Six chaînons pour suivre la régénération du sol à la peau — où la contribution se démontre, et où elle se perd.
Les pages qui suivent les appliquent en trois temps.
D’abord aux produits qui existent. Les neuf cosmétiques primés aux Lauriers, passés à la même grille : ce que chacun documente, ce qu’il laisse ouvert, et ce qu’il démontre que les autres ne démontrent pas. C’est la partie qui répond à la question « est-ce que ça existe déjà ».
Puis aux deux chaînons qui portent la démonstration. Ce que l’état du sol change à la teneur d’un actif, et ce que cette teneur change à la peau — les deux endroits où la valeur agricole peut devenir un argument de vente, et les deux où elle reste aujourd’hui à établir. C’est le cœur du dossier.
Enfin à ce que cela rapporte, et à ce qui le finance. Ce qu’une marque gagne à rendre sa contribution visible, qui paie la conversion d’une filière, et comment la valeur créée se répartit entre ceux qui la produisent. C’est la partie qui décide si la trajectoire tient dans la durée.
Partie II — Ce qui existe déjà
Neuf produits en vente, lus chaînon par chaînon
4. Les cosmétiques régénératifs existent déjà : neuf produits en vente en France
La cosmétique régénérative n’est pas une catégorie à venir : neuf produits ont été primés aux Lauriers de la Régénération en trois éditions, et tous sont en vente aujourd’hui. Deux sérums, un beurre multi-usage, des hydrolats, un gel nettoyant, une gamme de soins aux jus frais, une huile d’argan de grande diffusion — le régénératif au prix du rayon — et deux actifs végétaux, vendus non pas à la cliente mais à d’autres marques, qui les intègrent dans leurs propres formules.
Huit entreprises les portent, de tailles et de métiers très différents : des marques de distribution, un fabricant d’actifs, une entreprise familiale de taille intermédiaire, un groupe européen. Chacune est entrée par une porte différente, et c’est ce qui rend leur lecture croisée utile.
Un produit du palmarès montre à quoi ressemble une gamme qui tient les trois piliers, et comment son modèle économique la finance.
Davines · beurre WE STAND/for regeneration, lauréat 2026
Prendre soin de soi
Un beurre multi-usage — cheveux, visage et corps —, dont l’efficacité s’établit comme celle de tout soin, par des essais sur produit fini. La formule est chiffrée : 93,25 % d’ingrédients naturels, 85,5 % de biodégradabilité, fabriquée en Italie.
Prendre soin des autres
L’équité de rémunération relève du pilier social de la certification et se vérifie par audit, non par déclaration. Seize fermes ont été accompagnées jusqu’à la certification, et chaque édition du produit-manifeste finance à hauteur de cinquante mille euros par an le Rodale Institute et Slow Food International.
Prendre soin de la nature
Le calendula n’est pas « issu de pratiques durables » : il est cultivé par la marque elle-même, sur le centre de recherche qu’elle a fondé près de Parme avec le Rodale Institute — celui dont le chapitre 5 rapporte les relevés. Un même cahier des charges, le Regenerative Organic, tient les trois piliers — sols, animal, équité — au lieu de les additionner.
Un même geste, trois destinataires. Prendre soin de soi, des autres et de la nature y forme une seule séquence plutôt que trois engagements juxtaposés — et c’est ce que le chapitre 7 reprendra pour montrer comment les trois profitabilités s’y renforcent.
Ces neuf produits ont été retenus sur une grille en triple impact. Le jury des Lauriers évalue ce que le produit limite et ce qu’il rend au milieu ; ce qu’il apporte à ceux qui le produisent, gouvernance et partage de la valeur compris ; et sa viabilité économique, à laquelle s’ajoute la capacité à diffuser. S’y ajoutent le leadership porté par la direction et la trajectoire de l’entreprise.
Cette grille et nos six chaînons regardent deux choses différentes, et c’est ce qui les rend complémentaires. Le jury établit ce qu’un produit rend au vivant, aux trois registres. Les six chaînons suivent le chemin de cette contribution, du sol jusqu’à la peau. Un produit peut donc être pleinement régénératif au sens du jury tout en laissant des chaînons ouverts — et c’est le cas des neuf. Nous retenons pour chacun ce qu’il démontre de plus inspirant, sans exiger qu’il couvre la chaîne entière. TULSINITY, le neuvième, y a déjà été passé au chapitre précédent.
Le standard qui porte le mot a par ailleurs changé d’échelle, et vite. Le Regenerative Organic Certified réunit aujourd’hui plus de 53 000 petits producteurs, environ 520 fermes et ranchs, 372 marques licenciées contre un peu plus de 200 début 2025, près de 3 100 produits certifiés et quelque 21 millions d’acres. Deux signaux de 2026 confirment le mouvement. À Expo West, plus grand salon mondial des produits naturels — 3 300 exposants, 60 000 acheteurs professionnels —, les certifications régénératives ont été classées tendance numéro un. Et sur les ventes, le ROC a gagné 22 % d’acheteurs en 2025, devant Fair Trade USA à 10,7 % et USDA Organic à 6,6 % (SPINS) — deux référentiels partant pourtant d’une base beaucoup plus large.
Un peu plus de 85 % de ces licenciés se trouvent aux États-Unis. Autrement dit : le standard le plus exigeant du marché a fait la preuve de son effet commercial, et le terrain européen reste à occuper. Pour une marque française qui certifie une filière maintenant, l’avantage ne tient pas seulement à la preuve — il tient à l’antériorité sur une catégorie dont les codes s’écrivent en ce moment.
La chaîne causale, lauréat par lauréat
Les six chaînons du chapitre 3 forment les colonnes ; les neuf produits primés, les lignes. Chaque case dit ce que le lauréat documente à ce chaînon — et la lecture verticale montre, mieux qu’un raisonnement, où la chaîne s’ouvre.
Tableau large — faites défiler horizontalement sur mobile.
| Produit | ① Les pratiques agricoles | ② La vie du sol | ③ La plante et ses molécules | ④ La teneur de l’actif | ⑤ La formulation | ⑥ La peau et son renouvellement |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Éclo | ◐ Filière lin créée en régénératif · tiers PADV | — | — | — | — | Test publié, 20 femmes, labo indépendant |
| Expanscience GAÏALINE ★ | ◐ ACS depuis 20 ans · Au Cœur des Sols | Vers de terre ×4 à ×8 | — | Distillation moléculaire · 1 % suffit | — | Clinique publiée contre placebo, 48 femmes |
| PY’STILL | ● Agroforesterie · bio AB depuis 2008 | — | — | Osmose inverse à froid ×10 et ×30 | — | — |
| SO’BiO étic | ● Contrat de filière · grenade bio FR | — | — | — | — | Résultats publiés à 14 et 28 jours |
| Davines | ● ROC · 16 fermes accompagnées | Parcelles comparées à cultures identiques | objet de recherche | — | — | — |
| Le Petit Olivier | ○ Replantation · pépinière 4 000 arbres | — | — | — | — | — |
| Horée | ● Bio français de saison | — | — | — | 93 % de jus, zéro eau | — |
| Mon Miracle ★ | ○ Culture en jardin sous-marin | — | — | — | Algue en tête d’INCI | — |
| TULSINITY® | ● ROC + AB + Fair for Life · 3 800 agriculteurs | Analyses prescrites et datées, amélioration continue exigée | Variété Krishna et organe fixés — pas de relevé publié | ○ Concentration revendiquée, non comparée | Actif B2B — la dose appartient au client | Cortisol et barrière cutanée — in vitro puis essai randomisé contrôlé, 8 semaines |
Colonne ① — ● certifié par un organisme accrédité · ◐ attesté par un tiers de confiance · ○ déclaré par la marque. ★ Coup de cœur du jury, non Laurier. Une case renseignée sans symbole désigne un fait établi par la marque et non comparé d’une conduite à l’autre.
La colonne ③ est la seule dont aucun relevé ne soit publié. Un lauréat en fait un objet de recherche, un autre borne la variété et l’organe récoltés — et rien de plus. C’est la démonstration de ce dossier en une image : neuf produits primés, six chaînons, et celui du milieu dont la mesure reste à produire.
Ce que le tableau montre
La conduite de culture est le chaînon le mieux tenu, et c’est là que l’agriculture régénérative se laisse le mieux attester, et trois types d’outils l’attestent — qui n’engagent pas le même degré de preuve. Un label certifié par un organisme accrédité : Davines est ROC, sur son champ comme sur les fermes qu’il accompagne. Un label porté par une association de producteurs : GAÏALINE s’adosse à Au Cœur des Sols, qui couvre la ferme et l’huilerie. Un outil de notation, qui mesure sans certifier : Éclo travaille avec l’Indice de Régénération, qui note la ferme à partir de données de parcelle contrôlées par un tiers. Deux précisions du jury situent la portée de ces attestations — Éclo est primé sans certification AB, et l’exploitation qui fournit GAÏALINE n’est pas certifiée bio : l’agriculture de conservation des sols atteste des pratiques de sol, elle n’interdit pas la chimie de synthèse.
La vie du sol et la teneur se mesurent, mais jamais l’une contre l’autre. Deux lauréats publient un relevé de sol — des parcelles comparées à cultures identiques d’un côté, un comptage de vers de terre de l’autre. Deux avancent une teneur — un facteur de concentration contractualisé, un extrait présenté comme le plus concentré du marché ; seul le premier est opposable, le second relève de la déclaration. Ces mesures sont réelles ; elles portent toutes sur une seule conduite, et c’est le comparatif qui reste à produire. Quant à la plante, le relevé reste à publier : le chaînon du milieu est ouvert chez les neuf. Deux lauréats l’ont pourtant préparé — Davines en fait l’objet déclaré de sa recherche, TULSINITY borne sa matière première par la variété et l’organe récolté. Le relevé n’est donc pas à inventer : il est à conduire.
Trois opérations se confondent dans le débat, et les séparer éclaire tout le reste. Mesurer, c’est constater un état par un relevé. Certifier, c’est faire attester par un tiers qu’un cahier des charges est respecté. Valoriser, c’est faire reconnaître ce travail par celle qui achète. Les trois sont indépendantes : on peut mesurer sans certifier, certifier sans valoriser, et valoriser sans label. Appliquées au tableau, elles se répartissent inégalement — la certification couvre la conduite chez cinq lauréats, la mesure couvre la peau chez quatre, et la valorisation reste le chaînon vacant : ce qui est tenu au contrat n’a pas encore trouvé sa place en rayon.
Le vocabulaire disponible change à chaque niveau, et le relevé est net. Au premier, on parle d’origine ; au deuxième, d’absence — sans chimie de synthèse, sans silicone ; au troisième, de pratiques et d’un revenu rétabli ; au quatrième, les trois registres basculent ensemble — un état qui progresse, une valeur partagée, et un bénéfice d’une autre nature. Or Davines est le seul à parler des deux premiers chaînons, Éclo nomme sa conduite, et les sept autres s’arrêtent à l’origine ou à la composition. Sur le social, tout figure dans les dossiers de candidature et rien sur les produits. Et sur la peau, le vocabulaire employé reste celui de tout le marché — hydrate, adoucit, effet propre — alors que quatre d’entre eux portent des essais publiés.
Une lecture verticale du tableau donne pourtant une bonne nouvelle : cinq des six chaînons sont tenus par au moins un lauréat — la conduite chez cinq d’entre eux, la vie du sol chez deux, la teneur chez PY’STILL, la dose chez Horée, la peau chez quatre. Aucun n’est hors de portée technique. Ce qui manque est l’intégration, pas la faisabilité.
Le contrat direct suffit à faire, il ne suffit pas à montrer. C’est le fil de ce dossier, et la partie qui suit le parcourt chaînon par chaînon.
Partie III — Du sol à la peau
Les six chaînons parcourus dans l’ordre, et le point où la chaîne s’ouvre
5. Ce que l’état du sol change à la plante, et où se joue la valeur
Le relevé du chapitre précédent a situé les neuf produits sur les six chaînons. Cette partie les parcourt dans l’ordre : ce que les pratiques agricoles rend possible au sol et à la plante, puis ce qui en arrive jusqu’à la peau.
Dario Fornara, qui dirige la recherche du centre ouvert près de Parme, résume la chaîne en une phrase : des sols sains font des plantes saines, qui font des personnes saines. Tout ce dossier tient à savoir si cette phrase se démontre. Elle se parcourt dans l’ordre, un chaînon après l’autre — et ce chapitre en couvre les deux premiers — les pratiques agricoles et la vie du sol — puis désigne le troisième, celui où la valeur reste à créer.
La question se pose ainsi parce que la cosmétique achète des plantes, et que la valeur d’une plante tient à ce qu’elle contient. Ce que nous appliquons matin et soir, pendant des décennies, vient de sols dont l’état détermine la qualité biologique. C’est le principe d’une seule santé appliqué au rayon beauté : la qualité de ce qu’on applique tient à celle des milieux qui la produisent.
Quand les conditions de culture changent, la teneur change
Une filière française en donne la démonstration la plus directe. Dans la Drôme, sur les huiles essentielles, le nombre de jours de gel est passé de vingt-cinq ou trente à presque zéro. Le cycle végétatif s’en trouve bouleversé, et avec lui la concentration en métabolites recherchés ; les espèces invasives et les ravageurs prospèrent, et les rendements chutent (Guillaume Lascourrèges, groupe Clarins, Lauriers 2026).
Le climat n’attaque donc pas seulement les volumes : il attaque la teneur. C’est la preuve indirecte la plus solide du lien que ce dossier cherche à établir — si des conditions de culture qui se dégradent font baisser la concentration en molécules actives, alors des conditions qui s’améliorent devraient la faire monter. Le mécanisme est le même, dans un sens comme dans l’autre. Ce constat a fait basculer le groupe vers le bio à partir de 2020, l’agriculture régénératrice s’imposant ensuite comme l’étape suivante.
L’ampleur de l’exposition se chiffre, et deux groupes français l’ont fait. Expanscience a établi que 99 % de son chiffre d’affaires dépend de la biodiversité, au titre de l’Indice d’Interdépendance Entreprise-Biodiversité, mesure publiée en 2022. Clarins a appliqué les scénarios du GIEC à la localisation de ses quelque deux cents actifs : sur la trajectoire médiane, 70 % du catalogue ressort exposé à des crises d’intensité moyenne à très grave.
La régénération apparaît alors pour ce qu’elle est dans ce secteur : une réponse de gestionnaire. La qualité de l’actif et la pérennité de la filière tiennent à l’état du sol qui les produit, et cette dépendance se chiffre.
Les trois qualités d’un sol vivant
Trois qualités s’y répondent, et elles se constatent au champ. La vie biologique d’abord : un sol vivant abrite un microbiome actif, des champignons mycorhiziens en symbiose avec les racines, une faune souterraine dense — ce sont eux qui rendent les nutriments disponibles pour la plante. La structure ensuite : une matière organique en progression retient l’eau, résiste à l’érosion et laisse les racines descendre chercher ce dont elles ont besoin. La couverture enfin : un sol laissé nu perd sa vie biologique, son eau et sa terre.
Sept pratiques les construisent, et chacune agit sur un point précis — elles se combinent plutôt qu’elles ne se substituent.
La couverture permanente. On ne laisse jamais la terre nue : entre deux cultures de rente, un couvert végétal occupe le sol. Ses racines nourrissent la vie microbienne en continu, son feuillage protège de l’érosion et de l’évaporation, et sa décomposition restitue de la matière organique. C’est la pratique qui produit le plus d’effets pour le moins d’intrants.
Le semis sans travail du sol. Labourer retourne la couche vivante, expose les micro-organismes à l’air et au soleil, et détruit les galeries creusées par la faune du sol. Semer directement dans le couvert préserve cette architecture — et c’est elle qui fait descendre l’eau au lieu de la laisser ruisseler.
La diversité et la rotation des cultures. Une même plante répétée épuise les mêmes nutriments et sélectionne les mêmes ravageurs. Alterner les familles botaniques, associer légumineuses et céréales, casse ces cycles et enrichit le sol en azote sans engrais de synthèse.
Les apports organiques. Composts, fumiers, résidus de récolte : on rend au sol de la matière carbonée, qui est la nourriture de sa faune. C’est ce qui distingue un sol qu’on alimente d’un sol qu’on perfuse — l’engrais minéral nourrit la plante, la matière organique nourrit le sol qui nourrit la plante.
Les arbres et les haies. Agroforesterie, alignements, zones refuges : les racines profondes remontent l’eau et les minéraux, l’ombre tempère le sol en été, et les haies abritent les auxiliaires qui régulent les ravageurs. C’est aussi la pratique qui installe la biodiversité que le bio seul laisse en l’état.
La gestion de l’eau. Mares, noues, ralentissement du ruissellement, réduction du drainage : on garde l’eau sur la parcelle plutôt que de l’évacuer. Un sol qui infiltre recharge les nappes et traverse les sécheresses — c’est l’hydrologie régénérative, dont les effets se révèlent sur plusieurs années.
L’intégration animale. Le pâturage tournant, le passage d’un troupeau sur les couverts, la restitution de matière organique par les déjections : l’élevage cesse d’être une activité parallèle pour devenir un rouage du cycle de fertilité. C’est aussi ce qui rend le bien-être animal exigible dans le même cahier des charges.
Ces sept pratiques sont agronomiques, et elles ne couvrent qu’un registre. On les retrouve dans le référentiel « Au Cœur des Sols », reconnu par la FAO, sur lequel Expanscience adosse le lin de GAÏALINE®, et dans le pilier santé des sols du ROC, qu’Écocert audite. Le ROC y ajoute deux piliers que le même cahier des charges tient ensemble : le bien-être animal, et l’équité vérifiée par entretiens individuels avec ceux qui cultivent. Aucune de ces pratiques n’est propre à la cosmétique — ce qui change d’un secteur à l’autre, c’est la plante, pas la conduite.
Les résultats obtenus par ces pratiques commencent à être publiés, et le dispositif de référence en cosmétique est italien : des parcelles régénératives comparées à des parcelles conduites chimiquement, à cultures identiques, où le microbiome, les micro-arthropodes et les vers de terre progressent dès la deuxième année. Le cas complet figure au chapitre 4. Les deux premiers chaînons sont donc tenus : on sait conduire un sol, et on sait constater qu’il revient.
Un sol vivant rend des services que la marque ne paie pas et dont elle dépend. Il retient l’eau, ce qui réduit le besoin d’irrigation et protège la culture des sécheresses — l’arganier accède ainsi aux eaux souterraines par ses racines profondes, et PY’STILL conduit ses hamamélis sans irrigation depuis 2008. Il stocke du carbone dans sa matière organique. Il abrite une biodiversité qui régule les ravageurs. Et il tient la terre en place, contre l’érosion éolienne comme contre le ruissellement.
Ces services relèvent du même geste agronomique que la teneur en actifs. C’est ce qui rend la démonstration économique possible : une marque qui investit dans les pratiques de son fournisseur achète simultanément la qualité de son ingrédient, la sécurité de son approvisionnement et une contribution qu’elle peut documenter.
La plante : le chaînon où la démonstration se joue
Vient le troisième chaînon, et c’est celui qui décide de tout le reste. Ce qu’une plante fabrique sous des pratiques données — ses métabolites secondaires, polyphénols, caroténoïdes, terpènes, insaponifiables — est exactement ce que la cosmétique achète. C’est aussi le point de la chaîne dont le relevé reste à publier sur une plante cosmétique — alors même que les allégations aval vont jusqu’à promettre la régénération de la peau. Le comparatif prend deux formes : le même actif issu de deux façons de cultiver, ou deux actifs naturels mis en regard, et c’est donc là que se trouve la place à prendre.
Le mécanisme de l’agriculture régénérative est simple, et il joue dans les deux sens. Sous engrais azotés, la croissance accélérée dilue les métabolites dans une biomasse plus abondante — la plante produit moins de composés de défense quand rien ne l’y oblige. Une conduite qui la laisse se défendre produit l’effet inverse. La méta-analyse de Newcastle le mesure sur 343 études : 19 à 69 % d’antioxydants en plus dans les cultures biologiques, selon la famille de composés (Barański et al., British Journal of Nutrition, juillet 2014).
Ce que ces travaux établissent tient en une phrase : le mode de conduite décide de ce que la plante fabrique. Ils portent sur des cultures alimentaires et comparent le bio au conventionnel — c’est ici que la valeur se crée en cosmétique, sur une plante à parfum ou à actif, entre une conduite bio et des pratiques régénératives.
Trois lauréats y travaillent déjà, chacun par un bout différent. Davines en fait l’objet déclaré de son centre de recherche près de Parme. La fondatrice d’Éclo en énonce l’hypothèse dès 2022 — des terres régénérées donnent ce qui pousse plus riche. Et PY’STILL choisit ses plantes pour la fraction qu’elles contiennent, avec un alambic dédié aux espèces sélectionnées pour cela. Le chantier n’est donc pas à ouvrir : il est engagé, et il attend d’être publié.
6. Ce qu’un actif régénératif change pour la peau : extrait, dose, efficacité
Le sol décide de ce que la plante fabrique. Restent les trois chaînons où se joue la promesse d’un cosmétique régénératif — la teneur de l’actif, la dose dans la formule, et le bénéfice qu’elle produit — et chacun décide de ce que le précédent laisse passer. Le procédé les précède tous : c’est lui qui décide de ce qui arrive du champ jusqu’à l’extrait. Une distinction s’impose d’abord, que le secteur laisse dans le flou : l’extrait n’est pas le principe actif. L’extrait est ce qu’une marque achète — un hydrolat, un concentré d’insaponifiables, un jus pressé. Le principe actif est ce qu’il contient, et c’est lui seul qu’il faudrait relier aux pratiques agricoles. La teneur d’un extrait dépend en effet de deux choses distinctes : ce que la plante a fabriqué, et ce que le procédé en a préservé ou concentré. Confondre les deux revient à créditer l’agronomie de ce que fait un alambic.
Le procédé : préserver ce que la plante a fabriqué, et le documenter
Une richesse gagnée au champ ne survit pas seule à la transformation, et le palmarès montre trois manières de la préserver — chacune portée par un lauréat qui en a fait son métier.
Concentrer à froid. PY’STILL est né d’un atelier d’hydrodistillation et a fait de la concentration à basse température sa spécialité : osmose inverse à température ambiante, alambic dédié aux hydrolats, filtration stérile sans conservateur. La certification COSMOS y porte sur l’intégralité du procédé, équipements et modes opératoires compris — un périmètre rare, puisque la plupart des certifications s’arrêtent à la matière.
Supprimer ce qui dilue. Horée part d’un constat frontal : la majorité des cosmétiques traditionnels est composée de plus de 80 % d’eau distillée inerte, à laquelle on ajoute quelques actifs. La marque remplace cette eau par des jus de fruits et légumes bio français de saison, pressés à froid localement et transformés frais sous vingt-quatre heures. Le procédé est ici la difficulté même : il aura fallu trois années de recherche et des formules brevetées pour stabiliser des actifs frais directement assimilables et garantir une efficacité de plusieurs mois sans pétrochimie.
Rapprocher l’usine du champ. Chez Expanscience, le partenaire agricole transforme lui-même dans sa propre huilerie, et le lin de GAÏALINE® pousse à trente-deux kilomètres du site industriel. Moins de trajet, moins d’intermédiaires, moins de dégradation entre la récolte et l’extrait — et une traçabilité qui ne repose pas sur un document mais sur une distance. La logique vaut au-delà : chez PY’STILL, les marcs sont compostés sur place une fois épuisés, et la matière revient au sol qui l’a produite.
Un lauréat va plus loin que les autres, et c’est le point le plus intéressant de ce chaînon : PY’STILL contractualise la concentration de ce qu’il vend — dix fois pour l’hamamélis, trente fois pour l’eau florale de bleuet, deux kilos de plante dans deux cents millilitres. C’est le seul du palmarès à garantir par contrat ce que son actif contient. Là où le secteur documente une origine, celui-là documente une teneur.
La teneur : trois états, et trois façons de l’augmenter
Le dossier documente abondamment l’amont — des pratiques certifiées, un relevé de sol — et l’aval — un essai sur produit fini. Entre les deux, trois énoncés seulement rattachent l’état du sol à ce que contient l’actif, et ils viennent tous d’entreprises. Le lien n’est donc pas une hypothèse d’analyste : c’est une hypothèse que le marché formule déjà.
Davines l’énonce dans son dossier de candidature, et son mérite est d’être prudent : la recherche menée à Parme vise à démontrer qu’un ingrédient cultivé en régénératif peut offrir une efficacité supérieure, avec des ingrédients potentiellement plus concentrés. Ni « démontre », ni « offre ». Cette prudence vient avec un dispositif agronomique rare pour une marque de beauté — des parcelles régénératives comparées à cultures identiques.
Éclo l’énonce dès 2022, avant que sa gamme n’existe : le lien n’est pas une justification construite après coup pour valoriser une filière déjà payée, c’est l’intuition fondatrice de la catégorie. La marque apporte en plus le seul outil du corpus qui prenne la plante comme objet d’évaluation — l’Indice de Régénération, qui note sur trois niveaux agronomiques : sol, plante et paysage. L’instrument du chaînon manquant existe donc déjà, et il vient de l’agriculture — son application à un actif cosmétique reste à faire.
Horée est le contre-exemple qui clarifie tout. La marque n’argumente pas sur la conduite mais sur l’inertie : la majorité d’un cosmétique est de l’eau distillée, et remplacer cette eau par des jus pressés augmente la teneur du produit fini sans rien changer au champ. C’est le seul geste du palmarès qui joue sur la matière plutôt que sur le procédé — et il montre qu’il existe trois façons distinctes d’augmenter ce que la peau reçoit : la conduite, le procédé, la formule.
Les trois états de la teneur, et ce que chacun autorise à dire
Déclarée. Une fiche technique fournisseur, une mention marketing — l’extrait le plus concentré du marché, riche en polyphénols. Rien n’est faux, rien n’est opposable, aucun comparateur. C’est l’état de la majorité du palmarès, et il autorise à parler d’une origine.
Contractualisée. Un seul lauréat inscrit sa concentration au contrat — les facteurs décrits plus haut, lot par lot. L’entreprise s’engage alors sur ce que l’actif contient, et l’acheteur sait ce qu’il paie. Mais l’engagement porte sur une seule conduite : il dit combien, jamais grâce à quoi. Il autorise à parler d’une qualité de matière première.
Comparée. La même variété, le même organe, le même terroir, le même procédé, deux itinéraires agricoles, deux teneurs mesurées. C’est l’état qui rattache la molécule au sol, et sa publication reste à venir sur une plante cosmétique. Il autorise à dire meilleur.
C’est le troisième état qui fait basculer l’argument, et c’est pourquoi l’échelle mérite d’être posée : elle fait passer les pratiques agricoles du registre de la responsabilité à celui de l’efficacité. Les deux premiers états se plaident auprès d’un directeur RSE ; le troisième se plaide auprès d’un directeur marketing. Concrètement, trois demandes complètent une fiche technique fournisseur : la variété et l’organe récolté fixés au cahier des charges, la concentration mesurée lot par lot, la conduite de la parcelle qui a produit le lot. Et chaque état fait monter le produit d’un cran dans ce qu’il peut dire, et d’un cran dans ce qu’il doit tenir.
La formulation : la dose décide de tout, et elle appartient à la marque
Vient le chaînon que ni le certificateur ni le cahier des charges ne couvrent, et c’est le seul où la marque décide entièrement chez elle. Le formulateur fixe la dose incorporée, ce qu’il supprime pour lui laisser la place, le rang de l’actif dans la liste des ingrédients. Un actif riche incorporé à l’état de trace ne produira rien — et l’inverse est vrai aussi.
Trois lauréats l’ont attaqué de trois façons différentes, et les trois sont lisibles sur l’emballage. Horée porte les jus jusqu’à quatre-vingt-treize pour cent de la formule, et dimensionne ses contenants pour quatre à cinq semaines d’utilisation — la juste dose d’actifs frais adaptée à la saison, plutôt qu’un volume qui survit à sa fraîcheur. Mon Miracle place l’extrait d’algue en tête de l’INCI, devant l’eau et l’eau de mer : là où un soin classique dose son actif à quelques pour cent, celui-ci en est majoritairement constitué. Et SO’BiO étic atteint quatre-vingt-dix-neuf pour cent d’origine naturelle sur un produit de grande diffusion, avec une efficacité datée — action de la grenade dès quatorze jours, résultats de la routine dès vingt-huit.
À l’opposé du spectre, Expanscience apporte le chiffre qui change la conversation économique : 1 % de l’actif dans une formulation suffit. C’est-à-dire qu’un actif dont la contribution est certifiée, tracée et payée au juste prix pèse très peu dans le coût d’une formule — l’obstacle à la bascule n’est donc pas le prix de la matière régénérative, mais la décision de la mettre là et de le dire.
C’est aussi ici que se joue le sort d’un actif vendu à des tiers : la teneur gagnée sur la filière appartient au fournisseur, la dose appartient à son client. Un fabricant d’ingrédients peut donc conduire toute la chaîne jusqu’à l’extrait sans maîtriser le dernier geste — celui qui décide de ce que la peau reçoit.
Les essais d’efficacité : ce qu’ils établissent, et ce qu’ils ne rattachent pas
Le bénéfice d’un soin s’établit sur le produit fini, jamais sur l’actif isolé — et le protocole ne change pas parce que la plante vient d’une parcelle certifiée. Trois choses décident du résultat, et une seule relève de l’agronomie : l’actif et sa teneur, la formule et sa dose, la routine de celle qui l’applique. Un même actif dans deux formules donne deux résultats ; une même formule sur deux routines aussi.
Ces essais établissent donc qu’un produit agit. Aucun n’établit qu’il agit parce que son actif vient de tel sol. Le comparateur y est un placebo ou l’absence de traitement — jamais le même produit formulé avec un actif issu d’une autre conduite. C’est le pas ④ vers ⑥ : deux lots du même extrait, cultivés autrement, la même formule, le même protocole.
La peau : un actif régénératif y fait ce que la conduite fait au sol
Le parallèle demande une précision, et elle commande tout le chapitre. Remonter le taux de matière organique d’un sol et rétablir sa fertilité, c’est le restaurer. Une conduite régénérative va au-delà : elle agit sur la vie du sol elle-même — faune, champignons, micro-organismes, et les fonctions qu’ils assurent. Un actif régénératif procède de la même façon côté peau : il soutient les fonctions par lesquelles la peau se renouvelle, plutôt que d’apporter l’effet à sa place.
Le parallèle se tient terme à terme, et il vaut d’être déplié. Un sol produit sa fertilité par sa vie microbienne — bactéries, champignons, faune souterraine —, et une conduite ne la fabrique pas : elle lui rend les conditions de la produire. Une peau produit son renouvellement par sa couche basale : les kératinocytes y naissent, migrent vers la surface en une trentaine de jours, et forment en fin de course la barrière lipidique qui retient l’eau et arrête les agressions. Un soin ne fabrique pas ce cycle — il protège les structures qui le portent, ou il ne fait rien.
C’est ce qui rend le mot juste des deux côtés : dans les deux cas, le milieu conduit son propre renouvellement, et l’intervention porte sur les conditions plutôt que sur le résultat. Un sol appauvri ne se fertilise pas par apport, il se remet en état de produire. Une peau dont la barrière est altérée ne se répare pas par comblement, elle se remet en état de se renouveler.
GAÏALINE® en donne la démonstration la mieux établie du palmarès français. L’actif protège les télomères du stress oxydatif, préserve l’acide hyaluronique, la kératine 10 et la filaggrine des agressions, renforce les céramides, la kératine 14 et le collagène 17 — et c’est par cette barrière protégée et renforcée que la peau peut assurer sa régénération, sachant qu’un mois complet est nécessaire au renouvellement de l’épiderme, délai qui s’allonge avec l’âge. Une étude clinique sur quarante-huit femmes contre placebo l’établit. TULSINITY® Bio suit la même logique sur un autre registre, et sur deux protocoles — l’étude in vitro et l’essai randomisé de huit semaines, détaillés au chapitre 3.
Les deux protocoles ne disent pas la même chose, et c’est ce qui fait leur valeur ensemble. L’in vitro montre par quoi l’actif agit ; l’essai randomisé contrôlé montre qu’il agit chez des personnes réelles, contre un groupe témoin. Un dossier qui ne porte que le premier décrit un mécanisme sans effet établi ; un dossier qui ne porte que le second établit un effet sans savoir par quoi il passe.
La distinction est opérationnelle, et elle sépare deux familles de produits. Combler, lisser, masquer : l’effet est apporté de l’extérieur et cesse avec l’application. Soutenir une fonction : l’effet se poursuit parce que la peau le produit elle-même. Seule la seconde mérite le mot régénératif — comme au champ, où l’on ne parle pas de régénération quand la fertilité vient du sac d’engrais.
Ce que la chaîne établit aujourd’hui
Cinq chaînons sur six sont aujourd’hui documentés, et ils se lisent en quatre blocs. Le sol : conduit, certifié chez cinq lauréats, mesuré dans la durée chez deux. L’extrait : sa teneur est avancée par trois lauréats, et un seul la garantit par contrat. La formulation : trois en font un argument lisible sur l’emballage. La peau : établie par essais chez quatre, dont un seul contre placebo. Reste un chaînon ouvert, le troisième — ce que la plante fabrique sous des pratiques données, et le rattachement de la teneur mesurée à ces pratiques.
Relever ce que la plante fabrique sous des pratiques données rendrait la teneur d’un extrait attribuable, et l’effet cutané rattachable au sol dont il vient. Un seul relevé referme les deux — c’est ce qui rend ce chantier rentable.
La lenteur de cette démonstration a une cause agronomique, que Clarins formule sans détour : les programmes d’agroforesterie sur grandes cultures sont financés depuis près de dix ans et les tests de sol conduits depuis six, mais un arbre met dix à vingt ans à exprimer pleinement ses effets. Il en va de même pour l’hydrologie régénérative, dont le bénéfice se révèle progressivement. D’où une approche assumée — conviction d’abord, mesure ensuite —, avec le parallèle que fait le groupe : la RSE il y a trente ans, le bilan carbone il y a vingt-cinq.
Le tableau du chapitre 4 montre où chaque lauréat peut aller plus loin, et ce qu’il a déjà de quoi valoriser. TULSINITY est le lauréat français le plus proche de la publication : filière certifiée, analyses datées, variété fixée, concentration connue — c’est un bras complet de l’étude. Ce qui lui manque tient au second : la même variété, le même organe, le même terroir et le même procédé, sous une autre conduite. Un témoin, pas une décennie de travaux. GAÏALINE tient quatre chaînons avec des relevés forts — vers de terre multipliés par quatre à huit, distillation moléculaire, efficacité établie contre placebo — et il lui manque le lien entre les deux. Chaque lauréat est fort là où les autres sont vides : pris ensemble ils couvrent la chaîne entière, ce qui rend la démonstration collective plus proche qu’elle n’y paraît.
Une nuance sur ce creux : les lauréats qui documentent leur teneur ou leur formulation tiennent tous leur conduite. Ce qui manque n’est donc pas l’amont — c’est le milieu : ni la teneur ni la formulation ne se relient jamais à la vie du sol ni à la plante.
Le comparatif qui refermerait ce creux est écrit, et il n’attend que d’être conduit : la même variété, le même organe, le même terroir, le même procédé, deux itinéraires agricoles, deux teneurs mesurées. C’est le chantier que porte notre recherche-action sur la triple profitabilité, qui pose une chaîne de même forme sur le terrain économique — pratiques régénératives, produits à survaleur, performance financière durable, prospérité du territoire.
→ Notre recherche-action sur la triple profitabilité — la méthode en double différence, et le terrain que nous cherchons.
7. Ce que la régénération rapporte à une marque de beauté, et ce que le silence coûte
Ce qu’une cosmétique régénérative permet de dire aujourd’hui n’attend aucune publication nouvelle : quatre lauréats portent déjà des essais d’efficacité publiés — ce qui reste distinct du fait de nommer ses pratiques agricoles en rayon, que deux seulement font. Voici ce qui se raconte avec ce qui est déjà attesté, et ce que cela rapporte.
Cela repose sur un fait que les marques sous-estiment : personne ne demande à une cliente de croire que la santé de sa peau passe par celle des sols. Elle le trouve évident. Prendre soin de soi, des autres et de la nature forme une seule idée dans son esprit, et l’analogie fait le reste — un sol est vivant, une peau est vivante, l’un et l’autre se renouvellent quand on les entretient plutôt que quand on les force.
La cosmétique dispose ici d’un atout que nul autre secteur n’a. Nos analyses terrain conduites en France et aux États-Unis établissent que la puissance émotionnelle du régénératif y est maximale : la cliente est déjà dans une relation de soin avec son corps, et le récit régénératif étend cette relation à la nature. Prendre soin de sa peau, prendre soin de la nature — le triptyque s’active plus facilement qu’en alimentaire, où le rapport qualité-prix reste dominant.
Ces mêmes explorations donnent deux repères de plus. La faible notoriété du régénératif est une fenêtre, pas un frein : les codes de la catégorie ne sont pas encore écrits, et les marques qui s’engagent maintenant les écrivent. Et tous les angles ne se valent pas — la santé des sols résonne, quand la biodiversité et l’agroforesterie restent trop abstraites. Mieux vaut incarner que définir.
Relier aujourd’hui installe le vocabulaire et forme la clientèle — de sorte que le comparatif du chapitre 6, le jour où il sort, trouve une audience déjà constituée. L’inverse n’est pas vrai : une preuve publiée sans récit reste dans une revue.
Ce que la cliente attend, et dans quel ordre
L’attente existe, et elle est chiffrée — ce qui manque est la crédibilité. 64 % des Français se déclarent prêts à changer de marque selon un score affiché, mais seuls 45 % pensent les entreprises cosmétiques réellement engagées (Verian pour le consortium Green Impact Index, septembre 2025). Dix-neuf points séparent ce que la cliente est prête à faire de ce qu’elle croit les entreprises capables de tenir — et c’est cet écart qu’une preuve tierce vient combler. Les sources de confiance sont les scientifiques à 57 % et les associations de consommateurs à 55 %, loin devant la parole de marque.
Les quatre moteurs de la consommation responsable se présentent chez elle dans une hiérarchie stable : la santé d’abord — une bonne composition, peu d’additifs, rien de réputé nuisible —, puis l’origine, puis la solidarité, et la planète en dernier (Worldpanel by Numerator pour l’Ilec, juin 2026). La mesure porte sur l’alimentaire et l’ordre se transpose. Nous les relions plutôt que nous les hiérarchisons, parce qu’un sol vivant nourrit à la fois la santé, le territoire et la planète — c’est le triptyque d’un produit régénératif : prendre soin de soi, des autres et de la nature. C’est ce qui donne au régénératif son avance en cosmétique : il relie la santé de la peau et celle du milieu au lieu de les opposer, sur un produit que la cliente applique sur elle-même.
D’où l’arbitrage que cette hiérarchie impose, et il décide de tout ce qui suit. Le même travail agricole peut se raconter dans le dernier registre ou dans le premier. Une contribution agricole isolée — achetez ce soin, il fait du bien aux sols — arrive en quatrième position dans l’ordre des attentes, ne justifie aucun écart de prix, et reste financée par la marge. La même contribution rattachée à la teneur de l’actif arrive en première : elle devient une raison de croire à l’efficacité.
Ce qui décide n’est donc pas le budget de communication, c’est d’avoir rattaché la conduite à la teneur. C’est le seul endroit du dossier où les deux moitiés de la démonstration se rencontrent — le lien du sol à la peau d’un côté, la valeur qu’il crée de l’autre.
L’écart qui suit mesure alors l’espace disponible pour ce récit précisément. La nutrition et la santé ressortent à 67 % d’importance déclarée pour seulement 23 % de présence dans les messages — quarante-quatre points d’écart —, et la juste rémunération des producteurs à 55 % d’importance en restant quasi absente (Organic Trade Association, octobre 2025). Le climat, à l’inverse, est saturé. La règle : hiérarchiser ses bénéfices par l’écart entre ce que la cliente attend et ce que la concurrence dit déjà.
Ce que l’affichage produit en rayon
Une objection précède toutes les autres : nous ne pouvons pas afficher tant que tout n’est pas irréprochable. Les données de l’alimentaire la lèvent. Les produits les moins bien notés qui affichent malgré tout leur score performent mieux que ceux qui se taisent, et afficher une provenance — même étrangère — produit le même effet positif (Worldpanel by Numerator pour l’Ilec, juin 2026). C’est la transparence qui est récompensée, plus que la note elle-même.
Et la combinaison des signes pèse davantage que le signe isolé. Le collectif En Vérité a mesuré ce qui se passe quand l’origine, la qualité nutritionnelle et l’impact environnemental s’affichent ensemble : les intentions d’achat des marques les plus vertueuses sont multipliées par près de vingt (En Vérité, septembre 2024, 1 000 répondants). Une certification seule informe ; trois signes cohérents installent une préférence.
Reste une réserve à connaître avant d’investir : la notoriété des signes est acquise jusqu’au niveau qui restaure, et le niveau qui contribue reste à faire connaître. Les labels sont connus à 47 % en moyenne quand le bio atteint 96 % (Panel Voice, avril 2025). C’est la limite d’aujourd’hui et l’avantage de demain : la place se prend maintenant, avant que le signe ne devienne banal.
Les conditions de réussite, pour l’un comme pour l’autre chantier
Les deux chantiers ouverts au chapitre précédent — publier le comparatif, ou relier avec ce qui est déjà attesté — réussissent ou échouent aux mêmes conditions.
Le bon registre d’abord. Notre Fresque des Imaginaires distingue quatre relations à la nature, et une seule est à la fois responsable et désirable : celle où l’humain est partenaire du vivant et où l’activité renforce sa capacité, plutôt que de seulement la ménager ou la réparer. Les trois autres butent — sur la prédation, sur la culpabilité qui lasse, sur une technicité qui informe sans faire envie. Un cosmétique régénératif relève du quatrième registre par construction : un actif qui soutient les fonctions de la peau, issu d’une conduite qui soutient celles du sol. Le récit ne demande pas à être inventé — il découle du produit.
Quatre règles d’écriture suffisent ensuite. Nommer le lieu et la conduite plutôt que d’invoquer le régénératif en général : une parcelle, un producteur, un cahier des charges, c’est ce qui rend l’affirmation vérifiable. Faire attester par un tiers ce qui peut l’être, parce que la preuve tierce l’emporte sur l’affirmation, y compris quand l’affirmation est exacte. Afficher la teneur quand elle est un argument, plutôt que de laisser l’actif figurer en fin de liste sans que rien n’en dise la dose. Et séparer les deux plans — ce que le milieu reçoit, ce que la peau reçoit —, le lien entre les deux restant une question ouverte, énoncée comme telle plutôt qu’en raccourci que la première contestation défera.
Deux conditions valent enfin pour les deux chantiers — celui qui prouve comme celui qui relie. La durée : une conduite agricole met des années à produire ses effets, un récit met des saisons à s’installer, et une marque qui change d’angle tous les six mois n’obtient ni l’un ni l’autre. Et la cohérence de l’entreprise : un produit régénératif dans une gamme dont le reste contredit la démarche s’expose au premier journaliste venu.
→ Communiquer un imaginaire désirable : la marque régénérative · La communication régénérative : du désir à la preuve · Notre recherche-action sur la triple profitabilité
Partie IV — Le modèle économique
Ce que la contribution rapporte, qui la finance, et où en sont les marques
Les chapitres qui précèdent ont établi ce qu’une filière construit et ce qu’elle peine encore à démontrer. Reste le chaînon qui décide de tout : celui où la contribution se vend, ou ne se vend pas. C’est le verrou du secteur — les deux entreprises françaises les mieux documentées de ce dossier y butent l’une et l’autre.
Quatre effets sur la marge, dont un seul se lit avant le rayon
Le soutien du cœur de gamme d’abord, et c’est le seul des quatre qui tienne à ce lien précisément. Un récit qui va du sol à la peau tient les prix hors promotion et justifie un positionnement, parce qu’il parle d’efficacité et non d’intention. Les trois effets suivants valent pour toute contribution rendue visible ; celui-ci ne s’obtient qu’en rattachant la conduite à la teneur.
Un chiffre d’affaires additionnel ensuite, sur des gammes que la contribution rend possibles : un actif dont la conduite est certifiée ouvre des références que la marque ne pouvait pas porter.
L’anticipation réglementaire : la directive EmpCo encadre les allégations environnementales à compter du 27 septembre 2026, et une marque qui affiche déjà une preuve tierce n’a rien à corriger.
Et la sécurisation des marges enfin, par la maîtrise d’un approvisionnement sous tension — l’effet le plus lourd financièrement, et le seul qui ne se voie jamais en rayon. C’est l’objet de notre dossier sur la supply chain régénérative : une chaîne est robuste parce que ses relations le sont. Le coût de l’inaction se chiffre : 99 % du chiffre d’affaires d’un laboratoire dépend de la biodiversité, 70 % du catalogue d’un groupe ressort exposé aux scénarios du GIEC.
Reste ce que ce dossier ne peut pas encore chiffrer : de combien un argument de teneur tient le prix. C’est le prochain chantier de mesure, et il porte un nom dans nos travaux — la double différence de la recherche-action, qui compare un modèle régénératif à un modèle qui ne l’est pas, puis le compare à lui-même dans le temps. Les données disponibles aujourd’hui chiffrent ce que rapporte l’affichage ; elles ne chiffrent pas encore ce que rapporte cet affichage-là.
Trois leviers sont à la main d’une marque de beauté
L’étiquette et la fiche produit : nommer le territoire, la pratique et l’organisme qui l’atteste, plutôt que le mot seul. Le point de vente, dernier endroit où la filière se raconte — LUSH pousse la régénération jusqu’au merchandising, Naturalia et Biocoop portent le récit de filière en linéaire. Et le modèle lui-même, quand il fait de la cliente une partie prenante : le partage de la valeur relie d’un seul mécanisme celui qui achète et celui qui produit.
Sur ce dernier levier, la place est vacante. Aucun des neuf lauréats ne donne de rôle à sa cliente : elle achète un produit, elle ne participe pas à un modèle. C’est ce qu’un concurrent ne peut reprendre sans changer son propre modèle.
Les deux entreprises françaises les mieux documentées de ce dossier y butent l’une et l’autre, de deux façons différentes. Expanscience détient l’appareil de preuve le plus complet du corpus — mais son actif se vend en B2B, et ce sont les marques clientes qui décident de ce qu’elles en disent : la preuve est produite, elle reste captée à l’étage du fournisseur. Léa Nature porte un modèle économique primé — prix garanti, préfinancement, dix-sept filières contractualisées — dont la revendication en rayon reste très en deçà de ce que le contrat établit.
L’un produit la preuve et ne la vend pas au bon client ; l’autre tient les pratiques et ne les fait pas attester. Dans les deux cas, ce qui manque est le même geste : faire remonter jusqu’à la cliente ce que la filière a déjà réglé. C’est le verrou du secteur, et il est à l’aval.
Reste l’obstacle le plus fréquent, et il n’est pas technique : le silence par prudence. Une pratique contributive que personne ne raconte reste au bilan de la marque et jamais dans son chiffre d’affaires. Un récit honnête, qui dit ce qui est établi et ce qui ne l’est pas, est plus solide qu’un silence : il ne peut pas être défait.
Les trois profitabilités se renforcent au lieu de s’additionner
C’est la différence entre une addition de programmes et un modèle. Une entreprise qui mène un programme environnemental, un programme social et un plan de rentabilité fait trois choses en parallèle, arbitrées séparément à chaque exercice. Une entreprise régénérative en fait une seule, dont les trois effets découlent — et c’est ce qui rend la contribution tenable quand les résultats se resserrent.
Le cercle se lit dans l’ordre. Un sol vivant produit un actif plus riche, donc les pratiques agricoles devient un levier de qualité produit. Un actif plus riche justifie une préférence, qui tient à l’efficacité et non seulement à l’intention. La préférence tient le prix, et la marge cesse d’être défendue au détriment de l’amont. La marge dégagée finance ce qui améliore le sol — recherche, accompagnement des fermes, engagements pluriannuels : chaque tour élargit le cercle.
Le beurre WE STAND/for regeneration, décrit au chapitre 4, montre ce que ce cercle produit une fois refermé. Son volet économique le vérifie.
Davines · beurre WE STAND/for regeneration, lauréat 2026
Et les trois profitabilités en découlent. L’environnementale se lit dans les relevés, parcelle contre parcelle. La sociétale dans une équité auditée et une compétence transmise à d’autres fermes. L’économique se lit dans le fait que l’activité qui porte tout cela est prospère : environ 295 millions d’euros de chiffre d’affaires, en croissance de 12 %, entièrement organique et sans acquisition, avec plus de 80 % à l’international et une présence dans plus de quatre-vingt-dix pays.
La viabilité économique n’est pas une conséquence heureuse, c’est une condition. Une contribution que l’activité ne peut pas porter se rediscute au premier exercice difficile. Ici, le modèle la rend soutenable — une distribution en salons professionnels qui préserve la marge et le conseil, une croissance autofinancée qui n’impose aucun retour à court terme, un statut de Société Benefit qui inscrit l’objet d’intérêt général dans les statuts. C’est ce modèle qui permet de financer un centre de recherche agronomique et un soutien annuel aux organisations qui portent le sujet, sans les prélever sur autre chose.
La démarche a le mérite d’être honnête : la marque ne prétend pas que toute sa gamme est régénérative. Elle sort un produit-manifeste par an, plus exigeant que le précédent, au rythme de la terre — le temps de cultiver, récolter et certifier — plutôt qu’à celui du marketing. Ce qui manque ici comme ailleurs, c’est le lien publié entre la teneur de cet extrait et la conduite qui l’a produit ; Davines est précisément l’acteur qui dispose des témoins pour l’établir.
Un modèle économique régénératif tient en une phrase : plus on vend, plus on contribue. La contribution doit donc passer par le produit vendu — financée par un budget, elle se rediscute chaque année ; incorporée dans l’offre, elle est payée par ceux qui en bénéficient. Ce qui suppose deux gestes : porter la régénération dans le bénéfice client, et la porter sur l’étiquette, là où l’acheteur décide. Sans produit en rayon, il n’y a pas de bascule, seulement une intention.
→ Produit régénératif : le décryptage des Lauriers 2026, avec GenAct
8. Qui paie la régénération : le modèle économique, et les coalitions qui le rendent possible
Une marque de beauté ne peut pas transformer seule une filière qu’elle partage avec l’agroalimentaire. Le compte rendu de notre Regenerative Circle sur les filières bio régénératives en France — agriculture, alimentation, cosmétiques, textile, alcools, bois — recense les six verrous systémiques que les acteurs ont identifiés ensemble. Huile de palme, glycérine et alcool sont des co-produits de l’industrie alimentaire, et la beauté ne pèse qu’une fraction des volumes achetés. Pour déplacer les pratiques en amont de ces chaînes, il faut peser ensemble — et la coopération entre concurrents y est devenue une condition d’exercice plutôt qu’une vertu affichée.
Une coalition n’est donc pas un cercle de bonnes intentions : c’est un mécanisme de financement. Elle répartit sur plusieurs acteurs un investissement qu’aucun ne porterait seul, elle ouvre plusieurs marchés sur une même récolte, et elle transforme la contribution en actif partagé plutôt qu’en charge individuelle. C’est le seul mode où la contribution est payée par la valeur qu’elle crée — la différence entre une dépense qu’on justifie chaque exercice et un investissement qui rapporte.
Karen Lemasson (Expanscience) formule le renversement mieux que n’importe quelle analyse : « Nos concurrents, ce n’est pas Pierre Fabre, L’Oréal ou L’Occitane. C’est la chute de la biodiversité, la rupture de la supply chain, les canicules qui viennent. On n’aura pas de parts de marché dans un monde comme ça. »
Le modèle économique : ce qui finance la contribution
→ Le cadre général est posé dans Démontrer que le modèle économique régénératif est triplement profitable : la valeur se loge dans la qualité des relations entre les parties prenantes d’une chaîne — humaines et non humaines — davantage que dans l’optimisation d’un maillon isolé, et une chaîne est robuste parce que ses relations le sont.
Un obstacle est comptable, et il se lève à part : le verrou de la valeur. Tant que les ressources naturelles ne figurent pas comme capital dans la comptabilité, leur dégradation n’apparaît pas comme un passif — pour une marque dont les actifs viennent de plantes, cela revient à ne pas inscrire au bilan ce dont dépend la marge. C’est le chantier de la triple comptabilité, nommé en clôture de ce chapitre.
Trois autres se lèvent à plusieurs, et c’est ce que font les coalitions : le temps, l’investissement et la preuve. Les trois sections qui ferment ce chapitre les prennent un à un, en remontant la chaîne de l’amont vers le rayon. Sur ce dernier verrou, la cosmétique a d’ailleurs un avantage : ses filières sont courtes et ses volumes modestes, ce qui rend les données de terrain — prélèvements de sols, biodiversité locale, rendements sur cinq ans — plus directes à produire qu’ailleurs.
Le déplacement tient alors en une phrase : passer de comment réduire nos impacts à de quoi notre activité dépend-elle pour continuer dans cinq, dix, vingt ans. C’est un retournement de finalité, pas une amélioration de méthode — et il conduit à poser les services rendus au territoire, climat, eau, sols, biodiversité et juste rémunération, comme colonne vertébrale du modèle plutôt que comme externalité à compenser.
Restent cinq sources de financement, qui se complètent plus qu’elles ne se substituent. La cliente, quand l’information est visible et crédible : la juste rémunération des producteurs ressort à 55 % d’importance déclarée, tout en restant quasi absente des messages (Organic Trade Association, Inside Organic Summit, octobre 2025). La marque elle-même, par l’insetting : financer les services écosystémiques au sein de sa propre chaîne de valeur plutôt que de les externaliser en compensation — c’est ce que fait Clarins en cultivant ses domaines, et Davines en finançant la recherche agronomique qui alimente ses formules. Les fonds d’impact, qui valorisent les actifs naturels reconstitués. Les paiements pour services environnementaux, qui rémunèrent directement les pratiques sur la base de mesures terrain vérifiées. Et la structuration de filière, avec des contrats pluriannuels qui organisent le co-investissement et la répartition des gains — ce qu’Expanscience a construit avec son producteur de lin, et ce que le REGEN BMC permet de formaliser avec l’ensemble des parties prenantes.
Reste l’ordre de grandeur, et il désarme l’objection budgétaire. Le chapitre 6 donne le chiffre : 1 % de l’actif dans une formulation suffit — un actif certifié, tracé et payé au juste prix pèse donc très peu dans le coût d’une formule. Et à l’autre bout, notre modélisation de la filière laine chiffre le coût au champ par niveau d’exigence, de la tonte au vêtement. Le coût amont d’un côté, le poids dans la formule de l’autre : la bascule se finance sur un écart de quelques centimes par unité, pas sur un basculement de structure de coût.
Ce qui change en cosmétique tient à la nature de ce que le produit fait. Ailleurs, la contribution amont et le bénéfice pour l’acheteur sont deux choses distinctes qu’il faut relier par un argument. Ici, c’est le même geste aux deux bouts d’une seule relation commerciale : une conduite renforce la capacité du sol à produire par sa propre vie, et le soin renforce la capacité de la peau à assurer son renouvellement. Le mot régénérer vaut aux deux extrémités, et pour la même raison — les deux milieux sont vivants.
De là vient le mécanisme économique du secteur, et il n’est pas celui de l’alimentaire. Le prix voté par le consommateur demande une forme coopérative, une marque bâtie sur ce principe et une filière isolable — la cosmétique n’a rien de tout cela, et ses volumes sont trop faibles pour peser seuls sur une filière partagée avec l’agroalimentaire. Ce qui finance la contribution ici tient à ce que le lien entre les deux capacités permet de dire, et que personne d’autre ne peut dire.
Aujourd’hui la contribution est portée par la marge ; demain elle est choisie par l’acheteur. C’est le déplacement, et c’est le geste qui reste à faire.
Ce que ces mécanismes produisent, au bout, n’est ni une gamme régénérative ni un récit qui tient : c’est un modèle économique dont les trois capitaux — naturel, humain, financier — se nourrissent mutuellement. C’est ce qui le sépare d’une politique de responsabilité mieux racontée, et le chapitre 7 en décrit le cercle.
Reste à faire figurer les trois capitaux au bilan. C’est le prochain chantier — celui de la triple comptabilité en multicapitaux, et de la recherche-action qui cherche à l’établir sur un produit réel, avec l’ensemble des parties prenantes de sa chaîne de valeur.
Les coalitions, chacune levant un verrou précis
Sur presque tous les sujets difficiles, une structure existe déjà à rejoindre — recharge, emballage végétal, traçabilité, glycérine, palme, mise en relation agricole, certification régénérative. Chacune répond à l’un des trois verrous nommés plus haut, et se rejoint sans avoir à la créer. Les trois sections qui suivent prennent chacune un verrou, en remontant la chaîne de l’amont vers le rayon.
Le verrou du temps se lève à l’amont, par le contrat
→ La méthode existe et elle est chiffrée ailleurs : notre modélisation de la filière laine française établit le prix par niveau d’exigence, de la tonte au vêtement — la seule filière du corpus chiffrée de bout en bout.
Le premier maillon est celui où une marque seule bute le plus vite, parce qu’une conversion agricole se décide sur des années et se finance avant de rapporter. Les mécanismes qui l’y aident sont ceux du modèle économique décrits plus haut — durée des engagements, prix convenu, préfinancement des récoltes, participation aux outils de première transformation, répartition de la valeur créée. Ce sont des clauses de contrat, et elles engagent l’acheteur autant que le producteur.
La multi-valorisation change l’équation, et la cosmétique y tient une place que le secteur sous-estime. La filière ortie que nous accompagnons dans le nord de la France en donne la démonstration économique : l’ortie ne produit pas de fibre de qualité optimale avant la deuxième ou la troisième année, et les agriculteurs investissent en plants, en travail et en sol sans revenu textile immédiat. C’est la feuille, disponible dès la première année à chaque fauche, qui crée le revenu qui rend la trajectoire viable — et deux des débouchés engagés sont hors textile, dont un partenariat de recherche cosmétique sur l’extraction de ses molécules actives. Un actif cosmétique peut donc financer l’amorçage d’une filière que le textile seul ne rentabiliserait pas. Pour une marque de beauté, c’est une position rarement envisagée : entrer dans une filière structurée par un autre secteur, en apportant précisément la valorisation qui la rend viable.
→ Le cas complet de la filière ortie, déroulé sur trois ans et trois régions
Le verrou de l’investissement se lève à la transformation, par la mutualisation
C’est le maillon où les consortiums se sont formés, et chacun résout un problème d’investissement précis. Pharma-Recharge installe le packaging rechargeable en pharmacie : neuf laboratoires dermo-cosmétiques partagent la même machine et les coûts d’infrastructure, pour un taux de recharge moyen de 63 % — un équipement qu’aucun d’eux n’aurait amorti seul. Pulp in Action réunit douze acteurs sur les emballages en fibres végétales : mutualiser la recherche matériau et les volumes permet d’atteindre les séries qui rendent une alternative au plastique industriellement viable. TRASCE, alliance de traçabilité annoncée en janvier 2024 à l’initiative de Chanel avec quinze entreprises fondatrices et la FEBEA en sponsor, en compte dix-huit depuis l’arrivée du Groupe Rocher, de Naos et des Laboratoires Expanscience : ses membres cartographient leurs chaînes d’approvisionnement sur une plateforme commune, et ont traité ensemble deux filières prioritaires, la noix de coco et le bois. Sur des chaînes qui comptent parfois des dizaines d’intermédiaires entre la plantation et l’usine, cette cartographie est hors de portée d’une marque seule — et elle profite à toutes celles qui s’approvisionnent au même endroit.
Deux travaux ciblent enfin les matières les plus difficiles, et ils conditionnent toute progression amont : un livre blanc sur la glycérine, ingrédient omniprésent et peu valorisé côté marketing, et un projet sur l’huile de palme qui identifie les fonctionnalités à remplacer par des alternatives végétales ou biotechnologiques.
→ La chimie régénérative de Claude Grison — comment un procédé de synthèse repensé par écocatalyse ouvre une troisième voie entre la synthèse conventionnelle et l’extraction d’une plante rare.
Le verrou de la preuve se lève à l’aval, par une règle partagée
Le maillon aval se joue sur l’affichage, et la stratégie collective y est plus efficace qu’un signe propriétaire. Le Green Impact Index en est l’exemple français : un référentiel publié sous AFNOR SPEC 2215 en juin 2023, élaboré au consensus — une organisation valant une voix —, avec une composition publique : 80 % d’environnemental et 20 % de sociétal. L’association qui le porte compte vingt-deux membres fondateurs issus de dix-huit groupes. Une marque qui l’affiche ne défend pas sa note, elle installe une règle commune. Et c’est ce qui déplace un marché : un label maison ne transforme que celui qui le porte, une règle partagée transforme le terrain de jeu de tous ceux qui l’adoptent, concurrents compris.
La distribution ferme la chaîne, et deux enseignes s’y emploient déjà : Naturalia et Biocoop portent le récit de filière en linéaire — affichages pédagogiques, vidéos tournées chez les producteurs, sélections dédiées. Reste le maillon le plus rarement organisé : la rencontre entre ceux qui formulent et ceux qui cultivent. Le Cosm’Agri Business Day, co-organisé par Sandrine Lecointe, fondatrice de Oane, y répond directement — première édition à Bordeaux en 2025, cent quarante personnes pour moitié cosmétiques et pour moitié agriculteurs, deuxième édition à Marseille en juin 2026 autour de l’empreinte hydrique, de la régénération des sols et de la préservation de l’eau. Un formulateur qui cherche un actif issu de sols vivants et un producteur qui cherche un débouché rémunérateur mettent aujourd’hui des mois à se trouver ; un forum réduit ce délai à une conversation.
Le mouvement avance de la même manière à l’échelle européenne
Le mouvement avance de la même manière au-dessus des frontières. Le rendez-vous annuel Together We ROC Europe se tient chez Davines, avec un objectif affiché de cent marques certifiées et de cent mille acres transitionnés, la distribution associée à l’effort. L’organisme italien ICEA, co-fondateur du standard COSMOS avec Écocert, est devenu ambassadeur de la Regenerative Organic Alliance — un même acteur portant le référentiel du troisième niveau et l’accès au quatrième. Et côté financement, le Regenerative Fund for Nature réunit Kering et le groupe L’Occitane sur cinq bonnes pratiques : santé des sols, biodiversité, moyens d’existence des communautés, réduction des intrants de synthèse, bien-être animal.
La conséquence pratique est encourageante : sur presque tous les sujets difficiles, une structure existe déjà à rejoindre — recharge, emballage végétal, traçabilité, glycérine, palme, mise en relation agricole, certification régénérative. Et la dynamique est enclenchée : les concurrents qu’il fallait démarcher au début demandent désormais à rejoindre.
Trois gestes en découlent pour une marque de beauté, et ils se prennent dans cet ordre. Rejoindre plutôt que créer — sur presque tous les sujets, un collectif existe et cherche des membres. Chercher la valorisation croisée — un actif cosmétique vaut souvent plus qu’un volume textile ou alimentaire, et c’est ce qui peut rendre viable une filière entière. Co-écrire les règles d’affichage plutôt que défendre un signe propriétaire, parce qu’un référentiel partagé déplace le marché quand un label maison ne déplace que celui qui le porte.
9. Où en sont les marques de beauté : trois entreprises au Capacity Score
Trois entreprises montrent trois manières de tenir une trajectoire en cosmétique régénérative — et elles ne s’opposent pas, elles se complètent. L’une pose la visée et la fait certifier. L’autre transforme son modèle économique avec ses producteurs. La troisième convertit ses filières et publie où va la valeur. Aucune ne fait les trois, et c’est ce qui rend leur lecture instructive.
Ce que le Capacity Score évalue, et comment le lire
Un mot sur l’outil avant les analyses, parce que ce qu’il mesure décide de ce que les scores veulent dire. Le Capacity Score n’évalue pas une performance atteinte : il évalue la capacité d’une entreprise à tenir ses objectifs — d’impact environnemental et social autant qu’économiques — et il les relie plutôt que de les traiter séparément. Une entreprise qui affiche de bons résultats environnementaux sans modèle qui les finance est fragile ; une entreprise rentable dont la matière première se dégrade l’est aussi. Le score dit dans quelle mesure les deux tiennent ensemble.
Il situe une entreprise sur les quatre niveaux de l’échelle posée au chapitre 1 — limiter, réduire, restaurer, régénérer —, les mêmes qui servent à lire les mentions sur un emballage. Le score global donne le niveau atteint ; chacun des six leviers est coté séparément, et c’est leur dispersion qui dit où la trajectoire se joue.
Les six leviers de transformation. Ce sont les six endroits où une capacité se construit ou se bloque, et chacun est coté séparément.
① Leadership personnel — ce que la direction porte elle-même, et jusqu’où elle engage sa parole.
② Intelligence écosystémique — la connaissance des milieux dont l’activité dépend, et la mesure de ce qu’elle leur fait.
③ Chaîne de valeur localisée — les relations avec l’amont et l’aval, du contrat avec le producteur à la valorisation en rayon.
④ Innovation produit — la capacité à concevoir des offres qui portent la contribution, plutôt qu’à l’ajouter après coup.
⑤ Dynamiques humaines — la mobilisation des équipes et la transmission des compétences que la trajectoire demande.
⑥ Gouvernance de l’activité — ce que les statuts, l’actionnariat et les instances rendent possible ou empêchent.
Expanscience : une trajectoire tenue, un verrou à l’aval
Une décision résume la trajectoire mieux que les scores. En 2022, l’entreprise annonce l’arrêt mondial des lingettes de sa marque phare d’ici 2027 — vingt pour cent du chiffre d’affaires de la marque en France, treize ans avant l’échéance de la loi AGEC, fixée à 2040. Le calendrier et la publicité de l’annonce sont délibérés : il s’agit de pousser les concurrents à se poser la même question. L’entreprise nomme elle-même le mécanisme, celui de la fenêtre d’Overton — en renonçant publiquement, on rend l’idée acceptable pour les grands groupes. C’est une forme de leadership que peu d’entreprises pratiquent : renoncer devant témoins pour déplacer ce qui est pensable dans un secteur.
Ce leadership est inscrit dans les statuts. Entreprise à mission depuis 2021, l’entreprise s’est donné quatre engagements qui la lient — préserver le capital naturel, développer l’accès aux soins, contribuer au développement des territoires, et faire de la trajectoire régénérative le cadre de ses décisions. La direction générale le traduit en gestion : un budget carbone alloué par équipe comme un budget financier, plus de trente millions d’euros investis sur le site industriel, et un résultat net divisé par deux assumé comme le coût de la transformation.
Le Capacity Score situe le groupe à 75 %, au seuil du niveau Régénérer. Vingt-deux points séparent le levier le plus haut du plus bas, et le profil se lit en deux blocs : les deux leviers humains tiennent le niveau Régénérer — dynamiques humaines à 89 % et leadership personnel à 86 %, le plus élevé de nos analyses de groupes. Les quatre leviers d’appareil se tiennent dans le haut du niveau Restaurer : innovation produit à 72 %, puis intelligence écosystémique, chaîne de valeur localisée et gouvernance à 67 %.
Le verrou est la chaîne de valeur localisée, et il se referme à l’aval. L’amont est transformé sur les filières pionnières ; c’est le dernier maillon, celui du rayon, qui ne porte pas encore la contribution établie en amont. L’équipe achats pilote 200 M€, et ces achats portent plus de 50 % de l’empreinte carbone et 90 % de l’empreinte biodiversité du groupe.
L’appareil de preuve est parmi les plus complets du corpus — indice d’interdépendance à la biodiversité, analyses de cycle de vie internalisées, triple certification sur un actif, séquestration mesurée à la parcelle. Cette double position — à la fois marque et fournisseur d’actifs vendus à d’autres marques — explique où la valeur se loge : l’appareil de preuve se monnaie sur le marché des ingrédients, en B2B, et le parent qui achète en pharmacie n’en voit rien : un soin de la marque phare n’affiche ni le territoire de ses ingrédients, ni les pratiques qui les produisent. La parole publique suit le même partage — elle s’adresse à des dirigeants, à des écoles, à des pairs ; jamais à celui qui achète.
Le verrou est le levier qui retient la progression de l’ensemble : soit parce qu’il est le plus bas du profil, soit parce qu’il accuse un retard sur la trajectoire que l’entreprise s’est fixée. Le niveau réel d’une activité est celui de son levier le plus lent — le débloquer conditionne tout le reste.
Le levier de bascule est celui dont la progression est nécessaire pour atteindre le niveau suivant. Il ne se confond pas avec le verrou : l’un dit ce qui bloque aujourd’hui, l’autre ce qu’il faut armer pour franchir le palier. Ce sont deux gestes distincts, et ils appellent deux décisions distinctes.
Deux lectures se distinguent alors, et elles ne désignent pas le même levier. Le levier de bascule — celui dont la progression est nécessaire pour franchir le palier — est l’innovation produit, à 72 %, avec deux actifs dont la contribution est certifiée par un tiers. Le verrou — celui qui retient la valeur — est la chaîne de valeur localisée, et il se situe à l’aval, dans la valorisation en rayon des impacts contributifs. La conséquence se lit dans les scores par métier : la division qui vend ses actifs à d’autres marques est au niveau supérieur, celle qui vend aux parents un niveau en dessous.
Les dix-neuf points de dispersion relevés plus haut disent à eux seuls le type de chantier : trente-huit points signalent chez Michelin un verrou de sincérité, vingt-cinq chez Patagonia un verrou technique, et dix-neuf ici un verrou de diffusion — le plus facile à débloquer des trois. Le profil tient en une phrase : Expanscience a transformé son amont, l’a fait certifier et en a fait un argument — pour d’autres marques que la sienne.
Léa Nature : un modèle économique transformé avec les producteurs
Le Capacity Score situe le groupe à 64 %, en niveau Restaurer, et vingt-deux points séparent son levier le plus haut du plus bas — c’est un profil polarisé plutôt que moyen. Ce que cet écart recouvre tient en une phrase : un segment du modèle économique a changé de nature. Dix-sept filières françaises développées en co-construction, dont dix sous label de commerce équitable, avec un prix minimum fixé au contrat pour au moins trois ans, indépendant des cours, complété par un préfinancement systématique des récoltes et des engagements gradués de trois à dix ans qui ajoutent l’exclusivité, le choix variétal et le co-investissement dans les outils de première transformation.
Une seule relation y produit les trois effets : l’environnemental par la conversion et le maintien en bio, le social par le revenu sécurisé et la présence industrielle en région, l’économique par la sécurisation d’un approvisionnement bio français. Aucun des trois ne se paie sur les deux autres — c’est la définition d’une relation mutuellement bénéfique, et c’est ce que distingue le Laurier Modèle Économique Régénératif reçu en 2026.
Son verrou porte sur l’intelligence écosystémique, et sa cause tient à l’histoire de l’entreprise : les indicateurs pilotés sont ceux de la réduction — carbone, eau, énergie, emballages —, sur un périmètre qui s’arrête aux sites. La fertilité des sols et la biodiversité des bassins d’approvisionnement restent à mesurer. Trente ans bâtis sur le « sans » n’ont jamais rendu nécessaire de prescrire des pratiques de construction. C’est un angle mort, pas une résistance — et le groupe l’a nommé lui-même en s’engageant à travailler la biodiversité au-delà de l’agriculture bio.
D’où une figure que ce dossier rencontre pour la première fois : l’écart de revendication. Les pratiques sont en place, la propriété les protège, le financement suit — et l’entreprise n’en tire aucun bénéfice commercial, faute de les avoir fait attester et faute de les raconter.
Son levier de bascule est l’innovation produit — un soin dont l’étiquette porte ce que les contrats financent déjà. En rayon, la cliente voit une certification biologique et une note multicritère. Elle ne voit ni le prix garanti, ni le contrat de dix ans, ni le choix variétal — et surtout, elle ne voit pas ce que ces engagements produisent : un actif dont la qualité tient à la conduite, et un territoire qui prospère grâce à cet achat. Deux revendications, portées par une seule relation.
Le verrou est donc à l’aval, et c’est le même que celui du chapitre 7. Ce que l’entreprise finance seule pourrait être payé par la vente, et cela ne demande aucune conversion nouvelle : les pratiques existent déjà.
→ L’analyse Capacity Score de Léa Nature : un modèle économique régénératif du vivant
Dr. Bronner’s : ce qu’une entreprise peut rendre vérifiable
Ce troisième cas se lit autrement que les deux précédents : hors palmarès cosmétique et sans cotation par leviers, à partir de ses seules publications — parce qu’il montre ce qu’aucune entreprise française ne publie encore.
Dr. Bronner’s est un savonnier familial californien, co-auteur du référentiel ROC avec le Rodale Institute et Patagonia, et lauréat des Lauriers 2025 pour son chocolat. Sa devise fondatrice — All-One — désigne à la fois une philosophie et un modèle produit : un savon de Castille dix-huit usages qui remplace une gamme entière, corps, cheveux, vaisselle et linge. La sobriété y est le produit, pas un renoncement.
Son rapport annuel publie un document rare en cosmétique : la répartition intégrale de son chiffre d’affaires — 209,8 millions de dollars en 2024. Les matières premières y pèsent 35 %, les salaires et la participation 26,4 %, les biens et services 26 %, les dons 4 % — et le résultat conservé moins de 2 %. Le tableau répond à une question que le secteur pose rarement : qui gagne quoi.
Trois autres engagements se lisent en chiffres plutôt qu’en intentions. La conversion est payée par les achats : 52 783 acres certifiés Regenerative Organic dans ses filières, contre 27 288 en 2022 — dont 68 % attribuables à l’entreprise. Le partage est affecté : 1,67 million de dollars de primes équitables distribuées, dont 53 % en soutien direct aux producteurs. Et l’équité interne est plafonnée par une règle : la rémunération des dirigeants ne peut excéder cinq fois celle du poste le moins payé, quand le rapport moyen aux États-Unis s’établit à 290 pour 1.
Le mécanisme qui referme ce cas intéresse directement une marque de beauté. Le chocolat primé aux Lauriers est né de la chaîne du savon : les fournisseurs d’huile de palme du Ghana cultivaient aussi du cacao, et l’entreprise a ouvert un débouché alimentaire sur une filière déjà structurée pour la cosmétique. La même conduite, les mêmes producteurs, un marché de plus — et une conversion en agroforesterie financée par les deux débouchés à la fois.
C’est le pendant exact de la filière ortie du chapitre 8 : une filière régénérative se rentabilise mieux quand plusieurs marchés la portent. Et la cosmétique peut être celui qui l’amorce comme celui qui en profite.
→ Publier où va la valeur : ce que Dr. Bronner’s rend vérifiable — la répartition complète, les acres convertis, le plafond de rémunération et la carte des fournisseurs.
10. Concevoir un cosmétique régénératif : la fonction avant la formule
Un produit régénératif ne s’obtient pas en substituant un actif certifié dans une formule existante. Il se conçoit autrement, avec d’autres parties prenantes, à partir d’une autre question de départ — et cette question précède la formule.
Cette question, nous l’appelons l’unité fonctionnelle régénérative. L’éco-conception part du service rendu — hydrater une peau pendant trente jours — et cherche à en réduire les impacts. L’unité fonctionnelle régénérative conçoit la fonction elle-même pour qu’elle soit contributive au territoire et à ses habitants, humains et non humains. On cesse de demander à quoi sert le produit pour demander quelle est sa contribution cible.
Les lauréats de la beauté ont tous fait cet exercice, et chacun a redéfini ce que son produit sert à faire : de nourrir la peau à régénérer du sol à la peau, de fournir un hydrolat à transformer un déséquilibre écologique en ingrédient. Dans chaque cas, l’unité fonctionnelle est devenue un service rendu à un milieu autant qu’à un visage — et c’est ce qui rend le résultat difficile à copier : elle engage une filière entière, pas une formule.
La méthode appliquée : rendre régénérative une crème ordinaire
Nous conduisons cet exercice avec les équipes, et il commence toujours par le produit le plus banal du catalogue. Une crème hydratante de jour, cinquante millilitres, vendue en grande surface : de l’eau, un émulsifiant, un corps gras, un conservateur, un extrait végétal en fin de liste, des actifs achetés sur catalogue là où les volumes sont les moins chers. Rien ne la prédispose, et c’est ce qui en fait un bon cas d’école.
La première question de l’atelier 1 n’est pas écologique, elle est économique : de quoi ce produit dépend-il ? Les extraits végétaux dépendent de récoltes que le climat perturbe, de filières lointaines exposées aux tensions géopolitiques, et de fournisseurs dont l’entreprise ne connaît ni les parcelles ni les producteurs. C’est la vulnérabilité, plus que la conviction, qui déclenche la démarche — et c’est ce qui la rend défendable devant un comité exécutif.
Les deux mouvements que l’atelier fait franchir
Réduire. Les réflexes viennent vite : alléger l’emballage ou passer à la recharge, raccourcir la formule, écarter les substances contestées avant que la réglementation ne l’impose, passer certains ingrédients en bio. Tout cela diminue la pression sur les ressources, et l’on reste dans une logique de moins pire.
Augmenter les capacités du vivant. C’est là que le produit bascule. Sourcer l’extrait auprès de producteurs dont la conduite fait progresser la vie du sol, et nouer avec eux des contrats longs qui sécurisent leur revenu. Aller au-delà du cahier des charges bio — haies, couverts, rotations allongées, relevés de sol dans la durée. Choisir un procédé d’extraction qui préserve ce que la plante a produit. À chaque étape, la question change : non plus comment polluer moins, mais comment laisser le territoire et ses habitants plus riches qu’avant.
Deux indicateurs absents de l’analyse de cycle de vie deviennent alors centraux, et c’est ce que l’atelier 1 fait entrer dans le diagnostic : la biodiversité, qui déplace l’attention de l’emballage vers les champs et les filières amont ; et la santé humaine, qui pose enfin la question de ce que le produit fait à celle qui l’utilise. Une analyse de cycle de vie mesure ce que ses seize critères couvrent, et la biodiversité n’en fait pas partie : c’est pourquoi l’attention se porte sur l’emballage.
Reste la question du prix, et c’est celle qui arrête la plupart des projets. Un sourcing qualitatif coûte structurellement plus cher qu’un achat de volume. Deux leviers le desserrent, et l’atelier 3 les travaille ensemble. Le premier tient à l’affichage : rendre lisibles les engagements du produit — la parcelle, la conduite, ce qui revient au producteur — donne à la cliente une raison de choisir et une contribution à laquelle elle participe.
Le second est moins intuitif, et c’est celui qui surprend le plus en atelier. Quand chaque maillon de la chaîne entretient une relation de confiance avec les autres, le besoin de surmarger les uns sur les autres diminue — et ce sont souvent ces marges accumulées, bien plus que le coût de production, qui renchérissent un produit. Bien conçu, un cosmétique régénératif échappe au rayon du luxe.
→ La conception régénérative en cosmétique : concevoir un soin en cinq ateliers — les cinq ateliers du Business Model Régénératif, les quatre façons de concevoir, et les unités fonctionnelles des cinq lauréats.
11. Accompagner une marque de beauté vers la régénération : nos quatre contributions
Notre apport tient en deux temps : valoriser les bonnes pratiques déjà en place, de bout en bout de la chaîne de valeur — puis concevoir avec toutes les parties prenantes le produit qui les porte. Un produit qui ne se contente pas d’afficher une ambition : il la délivre en triple impact, et chaque vente la finance. La conception est une porte d’entrée vers la cosmétique régénérative, ce n’est pas la seule. Une marque qui a déjà transformé son amont entre par la valorisation ; une marque dont les équipes n’ont pas suivi entre par la mobilisation. Voici les quatre contributions sur lesquelles une marque de beauté peut s’appuyer — illustrées par un cas — et par quoi commencer.
Le cas Melvita : valoriser des pratiques que le rayon ne dit pas
Une marque résume à elle seule ce que ce dossier a documenté. Melvita compte parmi les marques fondatrices de Cosmébio — ses pratiques sont antérieures au référentiel qui les atteste. Cosmétique bio, fabriquée en France, avec des filières suivies de longue date — argan du Maroc, rose de Provence, ruche d’Ardèche — et des agronomes qui travaillent en direct avec les producteurs. Des pratiques réelles, antérieures aux référentiels, et une valorisation qui ne les nomme pas : c’est exactement le verrou aval que les chapitres 7 et 9 décrivent, et c’est la situation de la plupart des marques de beauté françaises.
La question qui nous a été posée est celle du chapitre 7, formulée devant un comité exécutif : qu’est-ce qui justifie d’investir dans la régénération, et qu’est-ce que cela rapporte à la marque ? Une question d’arbitrage, avec les exigences de preuve qui vont avec. Le contenu de la plateforme construite avec le comité et les pistes créatives appartiennent au client ; ce qui se partage ici, c’est la démarche et ce qu’elle a établi.
Cas client · Nous Sommes Vivants
Melvita, groupe L’Occitane — une stratégie et un plan d’action pour engager le comex
Le point de départ
La mission portait sur la stratégie et le plan d’action qui permettent à un comité exécutif de décider de s’engager, pas sur une orientation de communication. La demande portait donc sur la valeur : ce qu’une trajectoire régénérative rapporte, à quelle échéance, et sur quels registres.
La question posée n’était pas de savoir s’il fallait faire du régénératif, mais ce qu’une trajectoire régénérative vaut pour une marque de beauté.
Le déroulé du travail
Le travail a commencé par la définition que nous employons partout — la régénération consiste à donner aux êtres vivants, humains compris, les ressources leur permettant d’atteindre leur plein potentiel dans leur environnement — avec la distinction qui commande la suite : réduire ses impacts et contribuer à la régénération sont deux gestes différents, et ils s’additionnent. Il s’est poursuivi par un état des lieux du rayon, puis conclu par une plateforme de marque construite en séparant ce qui est déjà vrai de ce qui reste à inventer.
Quatre familles de retombées
Le soutien du cœur de gamme. Le récit qui relie le sol à la peau renforce la promesse d’efficacité, la fidélité et la tenue des prix hors promotion. Il s’applique d’abord aux produits signature, là où la marge est la plus élevée.
Le chiffre d’affaires additionnel. De nouvelles gammes régénératives ouvrent jusqu’aux frontières de la cosmétique fonctionnelle, un marché en croissance soutenue.
L’affichage et la transparence. Rendre visibles les trois impacts — santé, environnement, société — agit sur l’intention d’achat et prépare l’entrée en application de la directive EmpCo au 27 septembre 2026. La conformité devient un actif commercial plutôt qu’une charge.
La sécurisation des marges. Elle répond à un risque déjà visible : un actif dont le prix monte et dont l’approvisionnement se tend appelle une réponse d’achat autant qu’une réponse environnementale. Restaurer l’écosystème d’où il vient et sécuriser la relation avec ceux qui le récoltent revient à protéger un revenu. La régénération est une politique d’achat autant qu’une politique de marque.
Trois chantiers, et l’ordre compte
À six mois — valoriser ce qui est déjà là. Filières documentées, relations anciennes avec les producteurs, savoir-faire agronomique — et lancer l’étude de faisabilité d’une certification sur une filière emblématique.
À deux ans — étendre le capital de marque. La plateforme régénérative, la certification de cette filière, et la conception des produits avec l’ensemble des parties prenantes par le REGEN BMC.
À horizon long — faire évoluer le modèle. L’évolution du modèle économique, que les neuf voies passées en revue avec le comité rendent concrète — réemploi consigné en magasin, valorisation des co-produits, remontée dans la chaîne, autonomisation du client, partage de la valeur, durée de vie, efficience, location, services contributifs.
Ce que ce cas apprend aux autres marques
Trois enseignements dépassent le cas. Une piste de coalition vaut mieux qu’un effort solitaire — le groupe L’Occitane est déjà membre du Regenerative Fund for Nature et du consortium TRASCE : une partie des convives est à table avant même d’inviter.
Un investissement dans la régénération se démontre à quatre endroits, et il faut les tenir ensemble : ce qui est déjà vrai en rayon, les relations d’achat qui sécurisent la marge, la place de marque à occuper, et le modèle économique qui finance la durée.
L’ordre des opérations compte : Melvita n’avait pas à créer ses pratiques, elle avait à les rendre certifiables, lisibles et rémunératrices. C’est la situation de la plupart des marques de beauté françaises, et c’est une bonne nouvelle — le chemin commence par un inventaire, pas par une refonte.
→ Le cas client Melvita × Nous Sommes Vivants, regenerative skincare brand pour L’Occitane
Ce cas occupe une place particulière parmi nos accompagnements, et c’est ce qui le rend utile ici. Sur la filière ortie, sur l’alimentaire, sur les services numériques, l’entrée s’est faite par le produit et la chaîne de valeur, avec les ateliers du REGEN BMC. Ici, elle s’est faite par le comité exécutif, sur une décision d’investissement — et le REGEN BMC apparaît en sortie, comme l’outil du chantier suivant, au moment où la coalition de la filière se réunit autour d’un produit précis. La marque est une excellente porte d’entrée : elle ouvre sur l’entreprise.
Nos quatre axes d’intervention, et les cas qui les illustrent
Nous intervenons comme tiers capacitant : rendre lisibles les dépendances et les contributions réelles au vivant, réunir toutes les parties prenantes de la chaîne de valeur d’un produit, et faire émerger des solutions en intelligence collective. Cela se décline en quatre contributions, et une marque de beauté peut entrer par n’importe laquelle.
① Valorisation économique — valoriser vos pratiques et sécuriser vos marges. C’est l’axe que ce dossier documente le plus, parce que c’est là que le secteur bute. Rendre visibles des engagements régénératifs auprès des clients, des investisseurs et des partenaires, et transformer des pratiques en avantage concurrentiel. Nos outils : le Capacity Score, les Lauriers de la Régénération, la lecture des labels et référentiels. Le cas Melvita relève de cet axe — une question d’investissement posée devant un comité exécutif. Nous l’appliquons aussi à l’échelle d’une filière entière : le Capacity Score de la filière laine en diagnostique les six leviers, les verrous systémiques et la trajectoire collective.
② Stratégie et innovation — concevoir votre offre régénérative. Un canvas et cinq ateliers avec vos parties prenantes, pour aligner le modèle économique sur les capacités du vivant. C’est l’axe du chapitre 10. Trois cas le déroulent hors cosmétique, et chacun éclaire ce dossier : la filière ortie textile, dont un débouché cosmétique rend viable ce que le textile seul ne rentabilisait pas ; Orange, avec l’ESG intégré dès le design des services ; et Bel, dont la learning expedition France–États-Unis sur six mois a établi l’ordre des attentes que ce dossier reprend.
③ Transformation et capacités humaines — mobiliser vos équipes. Développer les capacités humaines, émotionnelles et collectives pour tenir les trajectoires sans s’épuiser, avec la Fresque du Facteur Humain, la Fresque des Émotions et la Fresque des Imaginaires. Le cas le plus proche de ce dossier est cosmétique : Expanscience, double lauréat, a mobilisé la Fresque du Facteur Humain pour ancrer les mécanismes du changement — ce qui éclaire son levier dynamiques humaines à 89 %, le plus haut de son profil.
④ Formation et déploiement — ancrer les pratiques en interne. Formations certifiées Qualiopi, et les Regenerative Circles — des parcours multi-acteurs en cinq journées sur douze mois. Le Regenerative Circle Cosmétique réunit les parties prenantes du secteur, de l’amont à l’aval, autour de l’innovation produit avec les filières : c’est l’endroit où se lèvent les freins systémiques décrits au chapitre 8.
Un point de méthode vaut pour les quatre : nous demandons à nos clients de commencer par leur Capacity Score. Trente-huit questions, six leviers, un positionnement sur la trajectoire — c’est le point de départ de toutes nos interventions, et il est gratuit.
Par où commencer, et dans quel ordre
Les chantiers décrits plus haut valent au-delà de ce cas, et chacun a son outil, son horizon et son rendement propre. L’ordre compte : chaque étape rend la suivante finançable.
Se situer — tout de suite. Le Capacity Score situe l’activité sur les quatre niveaux et ses six leviers : trente minutes pour le diagnostic complet en 38 questions, dix pour la version flash. Il désigne le verrou, c’est-à-dire le prochain geste. C’est gratuit, et c’est le point de départ de toutes nos interventions.
Mobiliser la chaîne de valeur — en parallèle. Producteurs, fabricants d’actifs, formulateurs et distributeurs sont embarqués, ou la trajectoire s’arrête au premier maillon qui n’a pas compris pourquoi il change. Les trois fresques y préparent, et elles s’animent aussi bien en interne qu’avec les partenaires de la filière.
Concevoir le produit — à deux ans. Le REGEN BMC organise cette conception avec l’ensemble des parties prenantes, en cinq ateliers décrits au chapitre 10, jusqu’à un produit de transition sous cinq ans.
Avancer en collectif — à l’horizon long. Les Regenerative Circles sont des parcours multi-acteurs en cinq journées sur douze mois, fondés sur le Business Model Régénératif. Le Regenerative Circle Cosmétique réunit les parties prenantes clés de la filière, de l’amont à l’aval — producteurs, fabricants d’actifs, marques, distributeurs. Son objet est précisément celui du chapitre 8 : lever les freins systémiques, ceux qu’aucune entreprise ne déplace seule. L’argan, la glycérine, la palme, la recharge, la mesure au champ — chacun de ces sujets demande que ceux qui achètent et ceux qui cultivent soient dans la même pièce.
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Cinq journées sur douze mois, fondées sur le Business Model Régénératif. Le Circle réunit les parties prenantes d’une même filière — producteurs, fabricants d’actifs, marques, distributeurs — pour concevoir ensemble une offre que personne ne tient seul.
Ce qui s’y traite est exactement ce que ce dossier a nommé : le relevé du troisième chaînon, la teneur comparée d’une conduite à l’autre, le récit qui relie l’amont au rayon, et le partage de la valeur qui rend la contribution payable par la vente. Certifié Qualiopi, éligible OPCO.
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Beaucoup cherchent à tenir, à résister. Nous croyons qu’on peut aller plus loin : bâtir un modèle qui fait prospérer les territoires et le vivant dont il dépend. Les consultants de Nous Sommes Vivants vous accompagnent, du diagnostic à la conception du produit — de l’ingrédient régénératif jusqu’à la peau.
Faire appel à Nous Sommes Vivants →Conclusion. Six questions à poser à une marque qui annonce un soin régénératif
Ce dossier est parti d’un constat simple. Le bio a fait son travail, et il l’a fait bien : des pratiques auditées, sans chimie de synthèse ni OGM, vérifiée par un tiers. Mais c’est une abstention — il dit ce qu’on n’a pas fait, et une abstention ne restitue rien. C’est pourquoi il se situe au deuxième niveau de l’échelle, et pourquoi une marque qui s’y arrête paie un actif plus cher sans pouvoir le dire meilleur.
Passer du bio au régénératif suppose deux choses que le socle bio ne donne pas. Que l’état du milieu progresse, et que cette progression doive être démontrée pour conserver la certification. Et qu’une même conduite produise les deux registres à la fois, la biodiversité et le revenu de ceux qui cultivent, au lieu de les additionner par deux cahiers des charges séparés. C’est là que le mot cesse d’être une allégation pour devenir un modèle.
La chaîne causale est le moyen d’y parvenir, et c’est l’apport de ce dossier au sujet. Six chaînons — les pratiques agricoles, la vie du sol, la plante et ses molécules, la teneur de l’actif, la dose dans la formule, la peau et son renouvellement. Chacun se vérifie séparément, chacun apporte une preuve que les autres n’apportent pas, et l’ensemble dit jusqu’où un produit va. Elle sert à trois choses : reconnaître un cosmétique régénératif sans se fier au mot, situer où une marque en est, et désigner l’endroit précis où engager le prochain geste.
Ce que le parcours a établi
Les produits existent et ils se vendent. Neuf ont été primés en trois éditions, portés par huit entreprises, et leur croissance est organique. La démonstration n’est plus à faire sur la faisabilité — elle est faite, en rayon.
Aucun ne tient toute la chaîne. La conduite est certifiée chez cinq — attestée par un tiers chez deux autres, déclarée chez les deux derniers —, et la peau est établie par essais chez quatre. Entre les deux, ce que la plante fabrique sous des pratiques données n’est pas encore relevé : le chaînon du milieu reste ouvert chez les neuf, et c’est ce qui rend la teneur d’un extrait inattribuable.
Le verrou du secteur est à l’aval, pas à l’amont. Les deux entreprises françaises les mieux documentées y butent l’une et l’autre — l’une produit la preuve et la vend en B2B, l’autre tient les pratiques sans les faire attester, et aucune n’a mis la contribution devant la cliente. Ce qui n’apparaît pas sur le produit reste payé par la marge et jamais par l’acheteur.
Deux pistes s’ouvrent, et une seule demande d’attendre. Publier le comparatif qui manque, ou relier honnêtement les deux bouts par un récit qui dit ce qui est établi et ce qui ne l’est pas. La seconde se pratique dès aujourd’hui, et elle repose sur un fait acquis : la cliente n’a pas besoin qu’on lui démontre qu’un sol vivant donne une plante plus riche — elle le trouve évident.
Les cinq paradoxes, tranchés
L’ouverture posait cinq paradoxes, chacun désignant un endroit où la valeur créée en amont se perd avant d’atteindre le produit. Ils se referment ici.
Un · l’amont sécurisé sur cinq ans que le rayon ignore. Les quatre mentions prises une par une — naturel, bio, équitable, régénératif — donnent à chacune son périmètre exact, et aucune ne porte l’engagement de filière : ni le contrat pluriannuel, ni le prix convenu, ni le préfinancement. Le vocabulaire du dernier niveau existe pourtant, et il est disponible.
Deux · l’actif bio qu’on paie plus cher sans pouvoir le dire meilleur. Le chaînon manquant est identifié : ce que la plante fabrique sous des pratiques données reste à relever. Le protocole qui le comblerait est écrit — variété, organe, terroir et procédé identiques, deux conduites comparées, la même formule et le même essai d’efficacité.
Trois · la filière qu’on finance et que l’étiquette ne dit pas. Le relevé des neuf lauréats l’établit : aucun ne fait figurer en rayon ce qu’il tient au contrat. Ce qui est versé au producteur relève d’un référentiel séparé, qu’il faut faire certifier à part — et rien, devant le produit, ne dit lequel des deux la cliente soutient.
Quatre · la contribution primée, racontée au négatif. Sept des neuf lauréats communiquent encore dans le vocabulaire de l’origine et de l’absence ; deux seulement nomment leur conduite de culture. L’écart tient à la traduction plutôt qu’aux pratiques — et c’est celui qui se comble le plus vite, à un coût sans commune mesure avec ce que la filière a déjà exigé.
Cinq · la jonction vacante entre le sol et la peau. Deux pistes s’ouvrent, et une seule demande d’attendre. Prouver, en publiant le comparatif. Ou relier avec ce qui est déjà attesté, en racontant la symbiose — une conduite qui fait revenir la vie d’un sol nourrit une plante qui se défend elle-même. Le mécanisme s’explique, il se raconte, et il n’attend personne.
Les cinq se referment sur le même geste : cesser de dire ce qu’on a retiré pour dire ce qu’on a rendu, et le dire là où l’achat se décide.
Le modèle économique de cette filière, en une phrase
Ce qui finance la contribution en cosmétique n’est ni le prix voté par le consommateur, ni la compensation : c’est la survaleur. Le secteur n’a ni la forme coopérative ni les volumes qui permettraient les deux premiers mécanismes — ses filières sont partagées avec l’agroalimentaire, et il n’en achète qu’une fraction. Ce qu’il a en propre, c’est ce que le lien entre les deux capacités permet de dire, et que personne d’autre ne peut dire.
La boucle s’écrit en quatre temps. Une conduite renforce la capacité du sol. Un actif en sort, dont la teneur se documente. Le soin renforce la capacité de la peau — et cette phrase, dite en rayon, crée une préférence que la certification rend vérifiable. La préférence tient le prix hors promotion, et la marge dégagée finance les engagements longs qui permettent au producteur d’investir à son tour.
Le déplacement tient alors en une ligne : aujourd’hui la contribution est portée par la marge, demain elle est choisie par l’acheteur. Et il ne se joue pas seul — la durée des engagements, le préfinancement, la participation aux outils de première transformation et la répartition de la valeur créée se négocient avec ceux qui cultivent, puis s’inscrivent en triple comptabilité. C’est ce que les cinq ateliers du REGEN BMC formalisent avec l’ensemble des parties prenantes.
Six questions à poser à une marque qui annonce un soin régénératif
Elles suivent l’ordre de la chaîne, de l’agriculture régénérative jusqu’à la peau, et chacune se répond par un fait ou ne se répond pas.
① D’où vient la plante, et qui l’atteste ? Une parcelle, une conduite, un organisme accrédité — ou une origine déclarée.
② Quel relevé de sol, et depuis quand ? Un état de départ, des relevés dans la durée sur les mêmes parcelles — ou un diagnostic ponctuel.
③ Que sait-on de ce que la plante fabrique sous cette conduite ? C’est aujourd’hui la question la moins documentée du secteur.
④ Quelle teneur en molécules actives, et comparée à quoi ? Une concentration mesurée est utile ; une concentration comparée d’une conduite à l’autre change tout.
⑤ Quelle dose incorporée, et à quel rang de l’INCI ? Le chaînon que la marque décide entièrement chez elle — et celui qui se lit sur l’emballage.
⑥ Quelle efficacité établie, et rattachée à quoi ? Des essais sur produit fini, comme partout — la question est de savoir s’ils sont reliés à la conduite ou seulement au produit.
Une seule sans réponse suffit à situer la démarche — ce qui n’est pas un verdict, mais une indication de l’endroit où le travail reste à faire. Aucune marque française ne les couvre encore toutes — et c’est ce qui rend la place disponible.
Et trois données à demander à un fournisseur
Les six questions précédentes s’adressent à une marque. Un acheteur qui remonte d’un maillon, vers celui qui cultive, peut en demander trois de plus — et elles existent.
L’absence d’intrants de synthèse, le socle non négociable. La certification atteste cette réalité, elle ne la crée pas.
Les analyses de biodiversité au niveau local, l’objectif propre du régénératif : l’agriculture de conservation des sols restaure la fertilité et limite l’érosion, la régénération vise en plus le retour du vivant.
Les prélèvements de sol dans la durée, avec un état de départ puis un relevé annuel sur trois ans au moins, produit par un laboratoire tiers accrédité. Une progression de 0,1 % par an du taux de matière organique constitue déjà un signal concret.
Les pratiques, elles, se lisent au cahier des charges — couverts et cultures intercalaires, allongement des rotations, réduction du travail du sol, apports organiques, intégration de l’élevage, haies et arbres. Elles produisent les deux résultats ci-dessus, et c’est à ces résultats qu’on les juge.
→ Les produits de beauté régénératifs : guide d’achats — comment évaluer une allégation fournisseur, les certifications à connaître et leurs registres publics.
Ce dossier aura servi si une marque de beauté est la première à le faire.
Dossier mis à jour le 23 août 2026 · Nous Sommes Vivants
Sources
Référentiels et institutions. Regenerative Organic Alliance — Regenerative Organic Certified Framework et Soil Sampling Guidelines · Écocert France, déploiement du ROC · ISO 16128 parties 1 et 2 · COSMOS-standard et charte Cosmébio · AFNOR SPEC 2215 (Green Impact Index) et AFNOR SPEC Économie à visée régénérative (2023) · directive européenne EmpCo, applicable au 27 septembre 2026 · DGCCRF, allégations « naturel » et « biologique » · IFOAM, déclaration Elevating Fully Regenerative Agriculture, congrès de Taïwan 2024 · UNESCO (arganier, 2014), FAO (système agro-sylvo-pastoral, 2018), Nations unies, résolution 75/262.
Science et données de marché. Barański et al. (2014), British Journal of Nutrition, méta-analyse sur 343 études · INRAE et UMR AGAP (CIRAD / Institut Agro), métabolites secondaires et chimiotaxonomie · Morseletto (2020), Journal of Industrial Ecology · Sarkar, Foglia & Kotler (2021) · Xerfi (2024-2025), marché des cosmétiques bio et naturels · Agence Bio / Kantar (2025) · consortium Green Impact Index, deck de présentation de l’association (juin 2024) ; baromètre GreenFlex ; BVA pour TBWA Corporate (2020) · Rodale Institute / SPINS / NIQ et FoodNavigator (2024-2026) · Premium Beauty News, Cosmébio, FEBEA, Environnement Magazine, Usine Nouvelle, Emballage Digest.
Nos travaux et rapports. Rapport sectoriel « Les cosmétiques régénératifs » (56 slides) — données de marché citées : SPINS sur les ventes de produits certifiés régénératifs, Regenerative Organic Alliance sur les surfaces certifiées, marché de la cosmétique fonctionnelle. Entreprises et dossiers de candidature. Laboratoires Expanscience — fiches TULSINITY® et GAÏALINE®, rapport de mission 2024 vérifié par OTI Fid’Impact (Cofrac), IIEB 2022 · Léa Nature / SO’BiO étic · Éclo · PY’STILL · Horée · Davines · Le Petit Olivier · Le Rouge Français · Groupe Clarins. · Dr. Bronner’s — All-One! Report 2025 (exercice 2024) : répartition financière, indicateurs Fair Trade et acres certifiés, carte des partenaires d’approvisionnement
Cosmébio — décryptage de la norme ISO 16128 (classification des dérivés naturels, retrait du groupe de travail, analyse d’une crème à 88 % d’origine naturelle) · Agence Bio / ObSoCo — 23ᵉ baromètre des produits biologiques, février 2026 · Verian pour le consortium Green Impact Index, septembre 2025 (1 000 personnes) — scores d’impact, notoriété et confiance · IFOP pour Cosmébio, 2022 — consommation de cosmétiques bio et ancienneté des acheteurs · SPINS — croissance des acheteurs de produits certifiés ROC · FEBEA — chiffres clés du marché cosmétique et communiqué « Coup de frein sur les exportations » (février 2026) : 35,6 Md€, 15 % de parts mondiales, 58 000 emplois directs, 17,6 Md€ d’excédent commercial, exportations 2025 à 22,4 Md€ · Xerfi — Le marché des cosmétiques bio et naturels : périmètre à 95 % d’ingrédients naturels, plus de 1,2 Md€, projection +5 %/an, répartition des circuits · Premium Beauty News, décembre 2024 — reprise des projections Xerfi et de la photo de distribution · Cosmébio, dossier de presse — 757 M€ en 2018 · Agrobiobase — plus de 230 fournisseurs de matières premières référencés par Ecocert · Registre public des entreprises (base SIRENE) — répartition fabrication / négoce par marque. Ilec / Worldpanel by Numerator (ex-Kantar Worldpanel) — entretien de Gaëlle Le Floch, 30 juin 2026, et document « Quelques chiffres », Consumer Day 2026 (Panel Voice Labels et Mentions, avril 2025, 7 515 répondants) · Organic Trade Association, enquête consommateurs, Inside Organic Summit, octobre 2025 · collectif En Vérité, étude sur l’affichage combiné, septembre 2024, 1 000 répondants représentatifs. Sources Nous Sommes Vivants. Table ronde « Cosmétiques régénératifs : maturité, exemples et défis », animée par Thomas Busuttil (La 5e saison), avec Pascale Brousse, Stéphanie Lumbers, Karen Lemasson et Élodie Carpentier · table ronde des Lauriers 2026 « Régénérer plutôt que préserver », animée par Olivier Classiot, avec Guillaume Lascourrèges (Clarins) et Laurent Lefebvre (Écocert) · panel « Le mouvement ROC grandit en Europe » avec Christopher Gergen, Dario Fornara, Justin Meade et Mariano Serratore · rapport Les cosmétiques régénératifs, 56 slides · recueils des Lauriers 2025 et 2026 · livre blanc Ce que la régénération veut dire pour une entreprise, 73 pages · analyses Capacity Score Expanscience et Léa Nature · recherche-action Démontrer la triple profitabilité régénérative, cadrage méthodologique avec Louis Dupuy (économiste, groupe de travail de l’Autorité des Normes Comptables) — double différence, ligne de référence IPBES, école française de la mesure d’impact (E&MISE, ESSEC) · cas client Melvita, groupe L’Occitane · masterclass La conception régénérative et REGEN BMC · Nous Sommes Vivants, The Regenerative Opportunity — France (32 participants, 4 focus groups, Paris, 2023) et The Regenerative Opportunity — USA (2023), analyses terrain qualitatives.

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