De l’agriculture régénérative au business model de l’entreprise régénérative

Agriculture régénérative · Nous Sommes Vivants

Loin d’être une niche, l’agriculture régénérative est en train de restructurer l’économie des entreprises. En quarante ans, elle a forgé les concepts qui fondent aujourd’hui la transition : capital naturel, services écosystémiques, contribution au vivant. Des savoirs ancestraux à Rodale, du champ au business model régénératif.

L'agriculture au prisme des 4 imaginaires écologiques

L’agriculture au prisme des 4 imaginaires écologiques. En savoir plus sur la Fresque des imaginaires.

Le modèle d’exploitation intensive des terres est en crise — climatique, nutritionnelle, économique, sociale. En même temps, un autre modèle se construit : l’agriculture régénérative. Ce n’est pas une tendance marketing. C’est le laboratoire où se sont forgés, depuis quarante ans, les concepts qui structurent aujourd’hui la transition des entreprises vers le régénératif — services socio-écosystémiques, capital naturel, logique de contribution au vivant.

Cet article retrace cette généalogie : des savoirs ancestraux à la définition Rodale 1983, des pratiques agronomiques aux certifications internationales, des pionniers américains aux cas d’entreprises françaises. Il pose les bases du REGEN BMC et du Capacity Score Transition — deux outils de Nous Sommes Vivants dont la logique profonde est issue de ce terrain.

La validation internationale est arrivée au Natural Products Expo West — 3 300 exposants, 60 000 acheteurs professionnels, le plus grand salon mondial des produits naturels — les certifications régénératives ont été identifiées comme tendance n°1, devant les protéines, les fibres et le plant-based, à nouveau en 2026. Ce qui était un mouvement de niche il y a cinq ans est en train de restructurer l’industrie des produits de grande consommation. → Pour l’analyse marché complète (France, USA, Expo West 2026, 55 lauréats) : Du bio au régénératif : ce qui manque encore du champ au produit en rayons →

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Le modèle d’exploitation intensive des terres est en crise

Avant de parler de régénération, il faut nommer l’état du système. Les données sont connues, mais elles restent sous-estimées dans les décisions d’entreprise. Ce que le Capacity Score Transition mesure au niveau des organisations, ce bilan le mesure au niveau des territoires agricoles : jusqu’où le modèle dominant a-t-il dégradé les capacités du vivant ?

Pilier 01 · ESRS E1 E2 E3 E4 E5

Environnemental

Climat. L’agriculture représente 19 % des émissions de GES de la France — 33 % si l’on intègre l’ensemble de la chaîne alimentaire (source). Les engrais minéraux sont de gros émetteurs de CO₂ et de protoxyde d’azote. Les systèmes bio émettent 40 % moins de N₂O à l’hectare (FiBL). (source)

Sols. Un quart des terres cultivables sont déjà arides. À ce rythme, selon une estimation FAO largement reprise, les terres arables pourraient être épuisées d’ici quelques décennies. Les résidus de glyphosate détruisent les bactéries bénéfiques du sol. (Journal of Applied Microbiology)

Biodiversité & eau. −40 % d’oiseaux des champs en 30 ans. Les insectes disparaissent. Le modèle agricole dominant traite l’eau comme un moyen de sécuriser la production, au détriment des écosystèmes (OFB). (source)

Densité nutritionnelle. En 60 ans : −48 % de fer, −27 % de vitamine C, −16 % de calcium dans les 70 fruits et légumes les plus consommés (ANSES). Riz et blé : −36 % à −57 % de minéraux, +78 % d’aluminium (Nature, 2023). Cause principale : l’effet de dilution par les intrants extérieurs.

Pilier 02 · ESRS S1 S2

Social

Concentration & emploi. 100 000 fermes perdues en dix ans (−20 %). 320 000 emplois agricoles détruits en 20 ans. 1 ferme sur 5 (136 ha en moyenne) couvre désormais 40 % du territoire. La PAC, indexée sur les surfaces, alimente cette concentration. Le tiers de l’emploi agricole est précaire (CDD, saisonniers). (source)

Transmission. Un quart des agriculteurs ont 60 ans et plus. Près de 5 millions d’hectares changeront de main d’ici 2030. En 2019 : 21 000 départs à la retraite pour seulement 13 400 nouvelles installations. Un agriculteur sur trois partant à la retraite n’est pas remplacé. (source)

Pilier 03 · ESRS E5 G1

Économique

Valeur ajoutée en chute. Le rapport Safer documente la corrélation entre agrandissement des fermes et baisse de la valeur ajoutée par hectare. L’élevage bovin viande et les céréales ont perdu −21 % et −13 % de productivité entre 1990 et 2013 — tout en s’étendant. Les fermes en polyculture-élevage, à plus haute valeur ajoutée, reculent. (source)

Partage de la valeur. Le capital immobilisé par ferme est passé de 173 000 € à 275 000 € entre 2000 et 2020 — le double des autres professions. La pression sur les coûts pousse à l’agrandissement, à la spécialisation et à la réduction des marges, sans que la valeur créée ne revienne aux producteurs. (source)

Pilier 04 · ESRS S3 G1

Filière & territoire

Déconnexion territoriale. La France a la surface nécessaire pour nourrir ses habitants — mais la moitié des fruits et légumes consommés sont importés. 2,8 millions de tonnes de soja importées du Brésil en 2018 (+60 % depuis 2011). 45 % des céréales exportées. 40 % des terres agricoles travaillent pour l’export. (source)

Souveraineté alimentaire. Les filières longues exposent les territoires aux chocs d’approvisionnement, à la volatilité des intrants et à la dépendance aux énergies fossiles. La relocalisation des filières — traçabilité, circuits courts, contrats pluriannuels — est le premier levier de résilience et de valeur ajoutée territoriale.

Ces quatre piliers couvrent 9 des 10 normes ESRS thématiques — les enjeux agricoles sont directement liés aux obligations de reporting des entreprises sous CSRD. Et ils ne s’additionnent pas : ils se démultiplient. Une seule pratique bien choisie — le pâturage tournant dynamique — génère des impacts simultanés sur les sols, l’eau, le climat, le bien-être animal, la qualité du produit et l’économie rurale. Plusieurs familles de KPIs activées par une seule décision : c’est l’effet domino que documente notre modélisation de la filière laine (99 indicateurs, effet domino). C’est précisément ce que le Capacity Score Transition de Nous Sommes Vivants permet d’identifier : le levier porteur — celui qui, une fois activé, débloque la cohérence entre ambition déclarée et réalité des pratiques. Poursuivre dans la voie du modèle intensif, c’est au contraire hypothéquer définitivement la capacité de la terre à nous nourrir, à faire vivre les espèces qui en dépendent, et à subvenir aux besoins des agriculteurs et de la société.


Vers des pratiques plus durables dans l’agriculture

Si on fait un premier pas vers des pratiques durables selon les principes du développement durable, alors l’agriculture de demain se doit de diminuer sa dépendance aux intrants non renouvelables, intégrer les processus biologiques et écologiques, impliquer les acteurs locaux et favoriser des actions collectives (Pretty, 2008). Ces préoccupations agroécologiques poussent aujourd’hui des producteurs, de plus en plus nombreux, à réinventer les systèmes agricoles pour les rendre à la fois rentables, résilients et cohérents avec leur environnement. C’est ce qui a amené à la création de la certification Haute Qualité Environnementale — des pratiques agricoles de précision qui utilisent la juste quantité de pesticides, engrais et eau grâce à la mesure précise des besoins. Une certification de l’exploitation agricole qui ne répond pas aux enjeux de valorisation des pratiques au niveau des consommateurs finaux.

Aller plus loin c’est adopter les principes du développement durable fort qui refuse la substitution entre le capital économique et le capital naturel. Il est à cet égard inenvisageable de compenser une perte de biodiversité ou la dégradation d’un service écosystémique par un surplus de valeur économique ou un nouveau dispositif technologique. Les éléments qui constituent l’environnement naturel ne doivent pas être dégradés afin d’être transmis en l’état aux générations futures. Il ne s’agit plus de trouver le meilleur compromis entre les enjeux économiques, sociaux et environnementaux, mais de s’assurer que les pratiques agricoles n’ont pas d’impacts négatifs sur l’eau, l’air, le sol et la biodiversité.

Mais le développement durable fort ne prend pas en compte les limites sociales alors que les enjeux socio-économiques mettent en tension toute la chaîne depuis les agriculteurs jusqu’aux consommateurs en passant par les distributeurs. Si la réduction des impacts négatifs va de pair avec la décroissance de l’usage des pesticides, elle va aussi de pair avec la réduction des revenus des agriculteurs. Or si la réduction des intrants pétrochimiques fait sens, la réduction de la production de pain bio, de protéines végétales de substitution, d’œufs de poules élevées en plein air ne fait pas sens tant ces produits sont vertueux.

Dans ce contexte, plusieurs scénarios scientifiques convergent vers l’agroécologie comme seule trajectoire crédible. Le scénario TYFA de l’IDDRI (« Ten Years For Agroecology ») montre qu’une Europe entièrement agroécologique — sans intrants de synthèse, avec redéploiement des prairies et infrastructures paysagères — pourrait nourrir 530 millions d’Européens en 2050, à condition d’une réduction significative des protéines animales et d’une forte croissance des fruits et légumes. En janvier 2024, le Haut Conseil pour le Climat a actualisé ce cadre dans son rapport Accélérer la transition climatique avec un système alimentaire bas carbone, résilient et juste : les scénarios permettant de réduire de 50 % les émissions agricoles d’ici 2050 impliquent une baisse de la consommation de protéines animales d’au moins 30 %, une réduction de l’azote minéral de 40 à 100 %, et le développement de l’agroécologie et du bio sur 50 % de la SAU. La prospective INRAE publiée en 2023 sur une agriculture européenne sans pesticides chimiques à l’horizon 2050 confirme la faisabilité agronomique : selon les scénarios, la production en calories varie de −5 % à +12 %, avec des réductions de GES allant de −8 % à −37 %. Ces trois corpus convergent sur un point : la transition est techniquement possible — le verrou est économique, politique et culturel.

IDDRI TYFA 2050


L’agriculture bio et régénérative comme solution d’avenir

La régénération des écosystèmes agricoles est le bon niveau d’intervention pour cheminer vers une agriculture responsable, viable, désirable. C’est aussi le modèle qui a permis de formaliser ce que signifie réellement « contribuer au vivant » — au-delà de la réduction des impacts négatifs. (voir le livre blanc de Nous Sommes Vivants)

Un mouvement en accélération mondiale

Plusieurs signes indiquent que l’agriculture régénérative est en voie de connaître un développement majeur. On peut citer la présence du livre Dirt to Soil de Gabe Brown en première position des ventes d’Amazon dans les sections agriculture, agronomie et sciences du sol ; l’implication de firmes d’influence mondiale comme General Mills et Danone dans des programmes de promotion de l’agriculture régénératrice ; ou encore la floraison d’ASBL dédiées à la diffusion du concept — Regeneration International, Kiss the Ground, Terra Genesis International, la Soil Health Academy et le Savory Institute.

Il n’y a pas de consensus sur la mesure de l’agriculture régénérative avec différentes certifications et labels, y compris en France. Et il existe un risque réel de greenwashing du vivant. Même si le concept d’agriculture régénératrice possède un faible socle scientifique propre, il mobilise des savoirs développés dans d’autres disciplines — sciences du sol, agronomie, écologie. (source)

Il y a consensus que l’agriculture régénérative rend des services socio-écosystémiques qui visent à restaurer les ressources vitales au vivant dans son habitat — les sols — et à régénérer le vivant — la biodiversité. La santé des sols est reliée à la santé humaine. Elle est porteuse de nombreuses promesses environnementales, sociales et économiques pour les agriculteurs.

Agriculture régénérative — schéma

source

Trois significations, un principe fondamental

Trois significations ont été identifiées au terme « regenerative agriculture ». La première fait référence à la faculté de régénération des écosystèmes à l’état naturel — une agriculture cherchant à imiter les mécanismes de développement de la végétation des milieux sauvages. La seconde correspond à une capacité d’auto-entretien, d’indépendance par rapport aux intrants extérieurs — une agriculture non extractive. La troisième indique une ambition d’amélioration des ressources utilisées — une agriculture restauratrice. Le principe fondamental qui est à l’œuvre : le pouvoir qu’a le vivant de s’auto-régénérer. Comme seul le vivant peut se régénérer, les actions régénératives augmentent les capacités du vivant à atteindre son plein potentiel dans un environnement. (source)

Cette approche agroécologique, la militante indienne Vandana Shiva préfère la nommer « agriculture biologique régénérative », actant un retour aux sources historiques de l’agriculture bio tout en affirmant une ambition nouvelle : réparer les dommages causés par l’agro-industrie. Car le modèle dominant est désastreux pour la biodiversité, le climat, les sols et les communautés paysannes — mais il n’est pas une fatalité. (source) Les principes de cette approche remontent aux travaux de Bill Mollison sur la permaculture en 1978 (Mang, P., & Haggard, B., Regenesis, 2016). Cette agriculture dite « permanente » génère les récoltes nécessaires pour la société tout en produisant un surplus de ressources, (ré)générant ainsi le sol. (source)

La filiation avec le Rodale Institute

L’agriculture régénérative peut être considérée comme une sous-division de l’agriculture biologique. Le modèle de production mis au point par le Rodale Institute combine initialement agriculture biologique et agriculture de conservation, puis intègre des dimensions de commerce équitable et de bien-être animal. La première définition rigoureuse du concept fut donnée par Robert Rodale en 1983 :

« Une agriculture qui, à des niveaux de productivité croissants, accroît la base de production biologique de nos terres et de nos sols. Elle présente un niveau élevé de stabilité économique et biologique intégrée. Son impact sur l’environnement est minime, voire nul, au-delà des limites de la ferme ou du champ. Elle produit des denrées alimentaires exemptes de biocides. Elle permet la contribution productive d’un nombre croissant de personnes au cours d’une transition vers une dépendance minimale aux ressources non renouvelables. »
— Robert Rodale, 1983

L’agriculture régénérative est par essence bio : elle ne peut pas être considérée régénérative du vivant sans élimination totale des engrais et pesticides. Elle va toutefois plus loin que l’agriculture en bio pour viser le bio régénératif. Regenerative agriculture — agroecology without politics? Point décisif : régénération ne signifie pas restauration — la restauration procède du retour à un état antérieur, quand la régénération vise la promotion de la capacité d’auto-renouvellement des systèmes vivants (Morseletto, 2020).

Cette généalogie — des savoirs autochtones à Robert Rodale, puis de l’agriculture vers le management (Regenesis, Carol Sanford) et l’économie régénérative — est retracée en détail, avec le cadre de l’IFOAM sur les trois niveaux de régénération, dans notre analyse généalogique de la régénération.

Sur la question du prérequis bio, Nous Sommes Vivants pose une ligne claire, en distinguant la pratique de la certification. Le socle non négociable, c’est l’agronomie : sans intrants de synthèse ni pesticides, une exploitation est bio de fait, même sans label AB — la certification atteste cette réalité, elle ne la crée pas. On ne peut donc pas revendiquer du régénératif tout en maintenant des intrants chimiques. Une nuance de trajectoire s’applique en revanche aux innovations de transition : là où la certification formelle reste inaccessible à court terme (coût, délai, filière non structurée), une offre déjà conduite sans intrants de synthèse et enrichie de critères régénératifs — local, fair trade, pratiques mesurées — peut être reconnue, à condition que la trajectoire vers la certification soit explicite, datée et engagée. La pratique bio est le point de départ ; la certification, le point d’arrivée qui la rend vérifiable.


Les pratiques bio et régénératives

L’agriculture régénérative est apparue dans les années 80. La référence scientifique souvent citée est Newton, Qu’est-ce que l’agriculture régénérative ? (source). Les pratiques les plus fréquemment mentionnées dans la littérature de recherche : l’absence ou la faible quantité d’intrants externes (26 % des publications), l’intégration de l’élevage (19 %), la non-utilisation d’engrais synthétiques (12 %) ou de pesticides (12 %), la réduction ou suppression du travail du sol (12 %). (source)

L’agriculture de conservation des sols (ACS) regroupe des techniques favorisant la résilience écologique grâce à une diminution du travail du sol et une baisse de consommation de produits énergétiques. L’agriculture régénérative va plus loin que la restauration de la fertilité des sols (taux d’humus) et la limitation des risques d’érosion. Son objectif : la conservation de la biodiversité, en éliminant les produits chimiques fossiles. (source)

Le respect des sols est un axe particulièrement intéressant. Selon le potentiel théorique de l’initiative 4p1000, augmenter de 0,4 % par an la teneur en carbone des sols mondiaux compenserait une part significative des émissions humaines — un ordre de grandeur dont la portée réelle fait débat (saturation des sols, non-permanence du stockage). (source) Au-delà du seul carbone, la régénération des sols préserve la biodiversité, économise l’eau et atténue le dérèglement climatique.

La fertilité du sol est augmentée de façon biologique par la mise en place de cultures de couverture et intercalaires, la rotation des cultures, l’application de compost et de fumiers. Ces méthodes restaurent le microbiote des plantes et du sol en favorisant la libération, le transfert et le recyclage des nutriments essentiels. Les fertilisants de synthèse créent à l’inverse un déséquilibre dans les communautés microbiennes des sols, court-circuitent le processus naturel d’absorption des nutriments par les plantes, et engendrent un agro-écosystème dépendant des intrants. Des études ont observé que leur application contribue au changement climatique de plusieurs façons : l’énergie fossile requise pour leur production et transport, la décomposition et migration des composés chimiques vers l’hydrosphère et l’atmosphère, la modification de la microflore du sol, la décomposition accélérée de la matière organique. (source)

Trois leviers agronomiques structurent cette transition : les couverts végétaux permanents, l’allongement des rotations et la réduction du travail du sol (non-labour, semis direct). Un retour de terrain sur ces pratiques, avec un témoignage d’agriculteur engagé dans un projet de transition des sols →

La plante est un acteur essentiel d’un sol vivant. Les 4 niveaux de la pyramide de santé du végétal — le Triangle de John Kempf — sont éclairants : pour les niveaux 1 et 2, la plante peut fabriquer sucres et protéines hors sol ; pour les niveaux 3 et 4 (lipides, vitamines, antioxydants), elle a besoin de la microbiologie du sol. Selon ce cadre, les écarts de valeurs nutritives entre pratiques agricoles atteignent +20 % à +70 % pour les vitamines et antioxydants dans les sols vivants sans agrochimie. Voir notre note sur la vie et la santé des sols →

Il convient d’être vigilant sur les fondements et motivations de l’agriculture régénérative dont l’ambition pourrait être réduite au seul sujet de la séquestration carbone. L’approche bio et régénérative est écosystémique, donc au-delà du carbone. Selon l’échelle de permanence de Yeomans, l’atténuation du changement climatique est un objectif long terme — prendre soin du sol est l’action à mener en premier. (source)

Cette distinction est d’autant plus importante qu’elle s’applique aussi à l’innovation. Il existe en réalité deux logiques complémentaires mais distinctes : l’innovation de résilience, qui sécurise et optimise la chaîne d’approvisionnement face aux poly-crises en réduisant les dépendances — et l’innovation régénérative, qui renforce la capacité de l’activité à contribuer au vivant dans le temps long en tissant des relations mutuellement bénéfiques sur un territoire. La première est nécessaire ; la seconde est transformatrice. Un product manager peut viser la résilience sans toucher à la régénération. L’inverse est impossible.


Comment réussir la transition agricole du champ à l’assiette ?

L’agriculture régénérative rend des services écosystémiques qui visent à restaurer les ressources vitales au vivant dans son habitat pour des aliments plus nutritifs, sans pesticides. Mais la question au cœur des débats est claire : qui va payer ces services écosystémiques ?

La réponse passe d’abord par un constat sur le partage de la valeur. Les études de la Fondation Nicolas Hulot sur les filières d’élevage bovin en France l’ont précisément documenté : sur le prix final d’une brique de lait demi-écrémé, la part reçue par un éleveur a baissé de 4 % entre 2001 et 2022, alors que celle des entreprises agroalimentaires a augmenté de 64 % et celle de la distribution de 188 %. (source) Ce déséquilibre structurel est au cœur de la crise agricole — et c’est exactement ce que le modèle régénératif cherche à corriger.

Comment organiser la chaîne de valeur pour que chaque partie prenante intègre dans sa zone de responsabilité les services socio-écosystémiques à rendre ? Les enjeux pour les grandes entreprises qui s’engagent dans cette voie :

  • Une nouvelle approche de la valeur au-delà du résultat économique — ce qui a le plus de valeur, c’est la santé du sol, des êtres vivants, des écosystèmes.
  • Une nouvelle répartition de cette valeur entre les parties prenantes, juste et équitable aussi en termes de responsabilités.
  • Une nouvelle approche du temps puisque l’agriculture se planifie à 3-5-10 ans pour délivrer les productions attendues dans les volumes souhaités.
  • Un retour au local pour maîtriser ses approvisionnements et mieux tisser des liens avec les parties prenantes.
  • La mesure des impacts sur la base de prélèvements des sols et d’analyses de biodiversité au niveau local.

Plusieurs mécanismes permettent de rémunérer ces services socio-écosystémiques. Les paiements pour services environnementaux (PSE) rémunèrent directement les pratiques — séquestration carbone, reconstitution de la biodiversité, qualité de l’eau — sur la base de mesures terrain vérifiées. L’insetting permet aux entreprises de financer ces services au sein de leur propre chaîne de valeur plutôt que sur des marchés carbone externes. Et la structuration de filière elle-même crée de la valeur : dans la filière laine régénérative française, passer d’un cours export à un contrat pluriannuel documenté suffit à multiplier le prix éleveur par 20, sans subvention. (voir la modélisation Capacity Score Transition laine →)

Le Regenerative Circle Agro de Nous Sommes Vivants — réunissant une trentaine de participants issus de grands groupes (Decathlon, L’Oréal, LVMH, FDJ), de PME bio et agroalimentaires, de start-ups et de consultants — a identifié six enjeux systémiques majeurs qui conditionnent la bascule vers le régénératif : l’absence de référentiel partagé (risque de regenwashing), les labels et scores comme leviers de transition (Planet Score, Fashion Score, ROC), l’équation économique (coûts immédiats vs bénéfices différés), la coalition multi-acteurs pour alléger la charge sur les producteurs, le passage à l’échelle au-delà des convaincus, et la communication consommateur. Un levier économique concret émerge de ces échanges : la multivalorisation des matières premières — l’ortie par exemple se valorise en textile, en thé et en cosmétique, multipliant les débouchés et les revenus sans augmenter la surface cultivée. (compte rendu complet)

Des labels se développent pour cadrer les pratiques agricoles et signifier aux consommateurs le respect de la biodiversité, la prise en compte de la souffrance animale, la juste rémunération des agriculteurs, la préférence locale, la réduction des distances de transport. Le label Regenerative Organic Certified (ROC) permet la commercialisation de produits biologiques intégrant des critères de l’agriculture régénérative — avec la certification biologique comme prérequis absolu, et trois piliers indissociables : santé des sols, bien-être animal, équité sociale. (source) Le Planet Score, élaboré par l’ITAB dans la lignée du Nutri-Score, indique aux consommateurs des pratiques agricoles responsables avec 4 indicateurs de base : pesticides, impact sur biodiversité, changement climatique, bien-être animal. (source) L’Indice de Régénération (Bureau Veritas / Pour une Agriculture du Vivant) mesure quant à lui les pratiques régénératives à la parcelle — et les deux outils convergent avec un R² de 0,56 à 0,81 : ce que l’agriculteur fait sur le terrain se lit déjà dans le score du produit en rayon. → Planet Score × Indice de Régénération : ce que ça change pour l’entreprise régénérative

→ Pour l’analyse complète des certifications (ROC Bronze/Silver/Gold, Planet Score, Indice de Régénération Bureau Veritas), des marchés France et USA, et des 55 produits régénératifs primés aux Lauriers de la Régénération : Du bio au régénératif : ce qui manque encore du champ au produit en rayons →


Les produits pionniers de l’agriculture bio et régénérative

Les pionnières sont Patagonia et Dr. Bronner’s, rejointes par d’autres entreprises souvent B Corp. Les grandes entreprises de l’agroalimentaire investissent dans l’agriculture régénératrice : General Mills, PepsiCo, Nestlé, Danone, Coca Cola, Bonduelle, Pernod Ricard… Suivent les géants de la mode : Kering, LVMH, North Face, Eileen Fisher, Vans, Timberland, Stella McCartney… Toutes sommées de réduire les GES de leur approvisionnement agricole (environ 70 % de leurs émissions), elles déploient des programmes d’agriculture régénératrice avec le double enjeu de mobiliser les agriculteurs et les consommateurs.

Dr. Bronner’s incarne cette logique mieux que toute théorie : écart salarial plafonné à 5:1 entre dirigeants et employés les moins payés, sans budget publicité, et environ 200 millions de dollars de chiffre d’affaires. L’entreprise reverse à des causes sociales et environnementales tous les profits non nécessaires au développement de l’activité (près de 5,7 M$ et 300 organisations soutenues en 2023). La régénération y est le modèle d’affaires, pas l’argument marketing. Co-fondatrice de la Regenerative Organic Alliance, elle a co-créé la certification ROC avec Patagonia et le Rodale Institute.

La marque leader de la régénération au niveau international est Patagonia. Sa division alimentaire Patagonia Provisions (pâtes Kernza® en blé pérenne, premier saumon certifié ROC) et son programme Cotton for Change — passé de 150 à 2 200 fermiers en Inde en 6 ans — montrent la trajectoire régénérative en acte. Yvon Chouinard, son fondateur, résume l’enjeu : « Si nous tuons tous les sols, c’est fini pour nous. » Mais Patagonia révèle aussi le paradoxe du pionnier : +6 % de chiffre d’affaires, +2 % d’émissions CO₂. Le problème : 85 % de ses produits outdoor restent en synthétique pétrosourcé. Ce double visage est la leçon la plus précieuse — la régénération ne se décrète pas, elle se construit produit par produit, filière par filière. (analyse Capacity Score Transition Patagonia — N3, 68 %)

En France, les signaux se multiplient. Le Domaine Clarins de Serraval (Alpes françaises) est le premier domaine agricole certifié ROC en France — et la première marque cosmétique ROC au monde (janvier 2025). Château Galoupet (LVMH, Provence) est le premier domaine viticole européen certifié ROC. Naturalia (groupe Casino, 220 magasins, premier distributeur B Corp) a lancé en juin 2025 la première campagne de distribution dédiée au bio régénératif — affichages pédagogiques en rayon, vidéos chez les producteurs, sélection dédiée. Élue Coup de cœur aux Lauriers de la Régénération 2025 le jour même du lancement.

La preuve que le prix juste transforme un secteur : C’est qui le Patron ?! × LSDH, lauréat Modèle Économique Régénératif aux Lauriers 2025. Le prix est co-construit avec les consommateurs à partir des coûts réels de production, inscrit dans un contrat tripartite garanti 5 ans, certifié chaque mois par Bureau Veritas. Résultat : +11,8 % en 2024 pendant que le marché lait bio reculait de 8 %, 71,5 millions de litres, n°1 du lait UHT et du beurre bio hors MDD en France — sans publicité ni commerciaux. (analyse Capacity Score Transition complète)

Regenerative Brands

REGENERATIVE BRANDS — PARTS 1,2,3,4 (SHORT VERSION)

En France, 55 produits et services régénératifs ont été primés aux Lauriers de la Régénération — dans tous les secteurs, à toutes les tailles. L’innovation régénérative ne représente que 1 % des innovations mais enregistre 130 % de croissance aux États-Unis (données Expo West 2026, SPINS, NielsenIQ). Analyse détaillée des marques, certifications et preuves économiques →


L’économie régénérative

Qu’est-ce que le vivant, exactement ? Une définition satisfaisante émerge des travaux de J. Pereto, J. Catala et A. Moreno : « Est vivant tout système autonome pourvu de capacités évolutives ouvertes. » C’est sur cette base que Nous Sommes Vivants pose sa définition de la régénération : donner aux êtres vivants — dont les humains — les ressources leur permettant d’être en capacité d’atteindre leur plein potentiel dans leur environnement. La régénération est ainsi une montée en qualité globale, mesurable en triple impact — économique, social et environnemental — et non un idéal abstrait sans indicateurs. (voir le livre blanc de Nous Sommes Vivants)

Ce déplacement est décisif : l’entreprise ne cherche plus à minimiser ses impacts négatifs sur un environnement extérieur, elle cherche à maximiser la capacité du vivant à prospérer dans les territoires qu’elle habite. Le livre blanc de Nous Sommes Vivants formalise ce basculement comme retournement de finalité. La question discriminante qui en découle : est-ce que le territoire prospère avec mon activité économique ?

La régénération n’est pas une réparation améliorée — c’est un changement de logique. Elle relève d’une logique de capacités et de potentiel, non de stocks et de seuils à maintenir. L’économie régénérative va plus loin que l’économie de la fonctionnalité et l’économie circulaire qui ne régénèrent pas les écosystèmes. Le management des organisations de demain sera construit sur un leadership régénératif du vivant — des dirigeants qui portent la même attention au vivant humain et au vivant non humain. C’est ce que Nous Sommes Vivants opérationalise dans son livre blanc et dans le REGEN BMC.


Le business model de l’entreprise régénérative

L’agriculture n’est pas restée le seul terrain de la régénération : c’est le secteur le plus avancé, celui où le concept s’est formalisé avant d’essaimer vers le management et l’économie. → Pour la filiation complète — de Rodale aux business models régénératifs contemporains : Analyse généalogique de la régénération, de l’agriculture au business model régénératif →

Notre Business Model de l’Entreprise Régénérative — le REGEN BMC — permet d’identifier le nouveau produit / service à lancer dans une démarche régénérative mutuellement bénéfique avec un ensemble de parties prenantes, ou à une collectivité locale de réunir les acteurs du territoire autour d’un acteur économique.

Une entreprise régénérative va au-delà de la RSE : elle augmente activement la capacité des écosystèmes et des territoires à prospérer, au lieu de simplement réduire ses impacts négatifs. C’est le déplacement que formalise le livre blanc de Nous Sommes Vivants — et que le REGEN BMC opérationalise en 5 ateliers.

La définition de référence du business model régénératif est celle de Konietzko et al. (2023) : un modèle centré sur la santé planétaire et le bien-être sociétal, qui crée de la valeur pour l’ensemble des parties prenantes — nature, sociétés, clients, fournisseurs, investisseurs, salariés — via une comptabilité multi-capitaux, en visant un impact positif net. Le principe fondateur, formulé par Christophe Sempels (Lumia), est simple : on ne régénère que le vivant. C’est ce qui trace la ligne de démarcation avec les modèles responsable (réduire l’empreinte) et circulaire (fermer les boucles de ressources) — deux logiques qui ne régénèrent pas les systèmes vivants. Les fondements théoriques de ce basculement — des paradigmes de durabilité de Du Plessis aux archétypes de business models régénératifs — sont détaillés dans l’analyse généalogique de la régénération.

Dans cette logique, un produit régénératif est un nœud de relations — un vêtement, un aliment, un service numérique — qui devient prétexte à réorganiser toute une filière. L’objectif est de transformer une chaîne d’approvisionnement linéaire en un écosystème de relations où chaque acteur (producteur, transformateur, client) renforce la vitalité de l’autre. Nous Sommes Vivants a déployé cette logique concrètement avec la filière Ortie : entre janvier 2024 et aujourd’hui, 30 parties prenantes de la chaîne de valeur (textile puis alimentaire) ont co-construit un business model régénératif au fil de 5 ateliers, en obtenant des subventions régionales via des PEI. (retour d’expérience)

Le livre blanc de Nous Sommes Vivants identifie deux bascules qui doivent opérer simultanément pour que la transformation soit réelle : la bascule des modèles mentaux — le dirigeant parle régénération mais décide en logique de performance classique — et la bascule des modèles économiques — le reporting s’empile mais les produits ne changent pas. Tant que les deux n’ont pas lieu ensemble, l’entreprise tourne en rond. Le verrou est humain avant d’être technique : cognition, émotions, imaginaires. C’est ce que documentent les analyses Capacity Score Transition de Michelin (45 %), Patagonia (68 %), Danone (57 %) et LVMH (42 %) : dans chaque cas, la décorrélation entre ambition et réalité ne s’explique jamais par un seul levier.

La trajectoire que le REGEN BMC permet de structurer se déploie en quatre niveaux de maturité — Limiter → Réduire → Restaurer → Régénérer — évalués par le Capacity Score Transition sur six leviers : leadership, intelligence écosystémique, chaîne de valeur, innovation, dynamiques humaines, gouvernance. L’objectif n’est pas un score de plus : c’est d’identifier le levier qui, une fois activé, accélère tout le reste — souvent l’innovation ou le leadership — et permet de tenir trajectoires économiques et RSE simultanément. La différence entre les lauréats des Lauriers de la Régénération et les grands groupes qui ont les filières mais pas les produits (Danone, LVMH) tient souvent à ce levier porteur non encore actionné.

Le business model canvas de l'entreprise régénérative

Le business model canvas de l’entreprise régénérative


Le Capacity Score Transition appliqué à une filière : l’exemple de la laine régénérative française

Le REGEN BMC ne fonctionne pas dans le vide — il s’ancre dans des filières réelles, avec des matières, des territoires, des acteurs économiques concrets. La modélisation de la filière laine française avec le Capacity Score Transition illustre précisément ce que signifie construire un business model régénératif à partir du terrain.

Le paradoxe est saisissant. En France, plus de 70 % de la laine tondue finit brûlée ou exportée à quelques centimes le kilo (de l’ordre de 0,05 €/kg au cours export). Dans le même temps, LVMH paie 8 à 15 €/kg une laine régénérative certifiée NATIVA sourcée en Australie et en Amérique du Sud — faute de trouver une filière structurée sur le territoire français. Tuffery vend pourtant un pull en laine Lacaune des Grands Causses à 219 €. Et les 650 000 brebis de l’AOP Roquefort pratiquent déjà un élevage extensif de qualité — pâturage longue durée, races patrimoniales, usage très limité d’intrants de synthèse — des pratiques quasi-bio de facto, même si peu de troupeaux sont formellement certifiés AB, et que n’importe quelle certification nordique ou néo-zélandaise valoriserait avec une prime commerciale significative.

Le problème n’est pas les pratiques. C’est l’absence d’un outil pour les documenter, les certifier et les valoriser comme fibre.

Nous Sommes Vivants a construit ce référentiel : 99 indicateurs, 4 piliers, 17 pratiques à effet domino (450+ impacts documentés), avec sources scientifiques INRAE / ROC / FAO-TAPE pour chaque niveau du Capacity Score Transition — de N1 Limiter à N4 Régénérer. Le résultat le plus frappant est la boucle auto-renforçante qui s’active dès qu’une filière est structurée : pratiques amont (pâturage extensif, races patrimoniales, zéro chimie) → qualité de fibre mesurable → transformation plus propre → produit plus durable → signal consommateur crédible → prix ×20, de 0,05 €/kg à 1 €/kg sans subvention, et jusqu’à 2–3 €/kg à l’horizon 10 ans avec les paiements pour services environnementaux activés. Ces ordres de grandeur sont issus d’une modélisation à visée prospective, non de prix constatés.

Ce ×20 n’est pas une subvention. C’est l’écart entre l’absence de filière et l’existence d’une filière — collecte mutualisée, tri qualitatif, traçabilité, contrat pluriannuel. C’est exactement la logique que le REGEN BMC structure en 5 ateliers, et que le Capacity Score Transition permet de situer sur la trajectoire Limiter → Réduire → Restaurer → Régénérer avant même le premier atelier.

Lire la modélisation complète — Capacity Score Transition Laine Régénérative française (99 indicateurs, 4 piliers, 17 pratiques domino) →


Le risque de regenwashing — et les garde-fous

Malgré son pouvoir mobilisateur, le narratif régénératif se heurte à un risque majeur : celui du dévoiement. La régénération apparaît aujourd’hui comme la dernière tendance pour définir son plan de RSE, et le « regenwashing » menace de vider la notion de son sens — comme le greenwashing a épuisé la promesse du développement durable. C’est précisément ce risque qui a conduit le mouvement bio international à reprendre la main : dans son statement de décembre 2024, l’IFOAM rappelle que le terme « agriculture régénérative » a été forgé dans les années 1980 par Robert Rodale pour décrire les objectifs mêmes de l’agriculture biologique — et alerte sur son usage marketing par des acteurs où pesticides et engrais de synthèse restent la norme. Le cadre complet de l’IFOAM — ses trois niveaux de régénération et la ligne « pas de régénératif sans socle bio » — est développé dans l’analyse généalogique de la régénération.

La solution à ce risque n’est pas dans les déclarations d’intention — elle est dans la certification tierce et dans les normes internationales. Deux références structurent ce garde-fou. La certification Regenerative Organic Certified (ROC), portée par le Rodale Institute et distribuée en France par Ecocert, impose le bio comme prérequis absolu et audite les trois piliers — santé des sols, bien-être animal, équité sociale — par des tiers indépendants. On ne peut pas autoévaluer son niveau ROC. Le Regeneration International Standard (2025), fondé sur les quatre principes de l’agriculture biologique (santé, écologie, équité, précaution), propose deux niveaux vérifiables — « Regenerative A Grade » et « Regenerative in Transition » — pour accompagner les filières en chemin. Ces deux normes rendent le regenwashing objectivement identifiable : soit les pratiques sont auditées, soit elles ne le sont pas.

Pour les organisations qui ne relèvent pas directement de filières agricoles, le Capacity Score Transition a été conçu pour situer sans noter — offrir une boussole opérationnelle là où les indicateurs standards font défaut, et distinguer ce qui agit sur les capacités du vivant de ce qui se contente de restaurer des stocks. Comme le rappelle Isabelle Delannoy, « la grande difficulté des acteurs de cette nouvelle logique économique est de ne pas avoir les indicateurs qui démontrent leur performance. Dans une société qui a la culture du chiffre, en manquer est un désavantage concurrentiel immense » (Delannoy, 2017). La réponse n’est pas de renoncer aux exigences — c’est de les rendre vérifiables.


Par où commencer dans votre organisation ?

Les concepts posés dans cet article — services socio-écosystémiques, capital naturel, montée en capacité du vivant — sont des capacités organisationnelles concrètes. Elles s’évaluent, se travaillent, se développent. Nous Sommes Vivants a construit plusieurs outils et formats pour accompagner ce chemin.

📖 Comprendre le référentiel — Le livre blanc

Ce que la régénération du vivant change pour les décisions d’entreprise. 51 pages, 25 tableaux de preuves, 5 analyses d’entreprise (Michelin, Patagonia, Danone, LVMH, Expanscience), 3 corpus académiques convergents. Retournement de finalité, trajectoires RSE et économiques combinées, les 4 niveaux de maturité. La question discriminante : est-ce que le territoire prospère avec mon activité économique ?

Lire le livre blanc (51 p.) →  ·  Page de présentation →

🧭 Se situer — Le Capacity Score Transition

Un diagnostic de maturité régénérative sur 6 leviers. Il situe — il ne note pas. Utile avant une décision stratégique majeure pour comprendre d’où l’on part réellement et quels leviers activer en priorité.

Les analyses publiées à ce jour : C’est qui le Patron ?! N4 · 91 % — Expanscience N3→N4 · 72 % — Patagonia N3 · 68 % — Danone N3 · 57 % — Michelin N2→N3 · 45 % — LVMH N2 · 42 %. Dans chaque cas, le diagnostic révèle le levier porteur : celui qui, une fois activé, débloque la cohérence entre ambition déclarée et réalité des produits.

Découvrir le Capacity Score Transition →

🔄 Transformer le modèle — Le REGEN BMC

5 ateliers pour concevoir un produit, service ou projet dans une logique régénérative avec l’ensemble des parties prenantes. Une version découverte en 4h ou une journée existe sur un produit alimentaire, un produit textile et un service numérique.

Découvrir le REGEN BMC →  ·  Les prochaines sessions découverte →

🎓 Se former à l’animation

Un parcours pour dirigeants, responsables stratégie/RSE et consultants souhaitant animer les 5 ateliers du REGEN BMC en autonomie.

Fiche détaillée de la formation →  ·  Les prochaines sessions →

🤝 Travailler avec Nous Sommes Vivants

Vous reconnaissez dans votre organisation certaines des dynamiques décrites ici et vous voulez aller au-delà du diagnostic ? Le collectif Nous Sommes Vivants accompagne dirigeants, équipes RSE et responsables de transformation dans la mise en œuvre concrète d’une trajectoire régénérative.

Faire appel au collectif →


Sources

Acquier, A., Aggeri, F., Carbone, V., Lecointe, O., & Lesueur, E. (2024). Economie circulaire : imaginaires et pratiques. Presses de l’Ecole des Mines. — Das, A., & Bocken, N. (2024). Regenerative business strategies. Sustainable Production and Consumption, 49, 529-544. — Delannoy, I. (2017). L’économie symbiotique. Actes Sud. — Du Plessis, C. (2012). Towards a regenerative paradigm for the built environment. Building Research & Information, 40(1), 7-22. — Giller, K. E., et al. (2021). Regenerative agriculture: an agronomic perspective. Outlook on Agriculture, 50(1), 13-25. — Gordon, E., Davila, F., & Riedy, C. (2023). Regenerative agriculture: A potentially transformative storyline. Sustainability Science, 18(4), 1833-1849. — Guffond, B. & Taisne, M. (2024). Analyse du pivotement des modèles d’affaires des entreprises à visée régénérative. Mémoire Master DDO, Université Paris-Dauphine. — Hahn, T., & Tampe, M. (2021). Strategies for regenerative business. Strategic Organization, 19(3), 456-477. — Haut Conseil pour le Climat (2024). Accélérer la transition climatique avec un système alimentaire bas carbone, résilient et juste. HCC. — INRAE (2023). Agriculture européenne sans pesticides chimiques à l’horizon 2050. Prospective INRAE/144 experts. — Konietzko, J., Das, A., & Bocken, N. (2023). Towards regenerative business models. Sustainable Production and Consumption, 38, 372-388. — Morseletto, P. (2020). Restorative and regenerative. Journal of Industrial Ecology, 24(4), 763-773. — Newton, P., et al. (2020). What Is Regenerative Agriculture? Frontiers in Sustainable Food Systems, 4. — Richardson, K., et al. (2023). Earth beyond six of nine planetary boundaries. Science Advances, 9(37). — Rodale, R. (1983). Breaking new ground. Futurist, 17(1), 15-20. — Sempels, C. (2023). Cap vers l’entreprise régénérative. Lumia.

L’agriculture au prisme des 4 imaginaires écologiques. En savoir plus sur la fresque des imaginaires (ici)

3 réponses à « De l’agriculture régénérative au business model de l’entreprise régénérative »

  1. Agricultrice bio, les techniques culturales doivent encore évoluer pour minimiser l’impact environnementale même en bio. En effet, ne plus mettre de désherbant implique de multiplier les désherbages mécaniques et donc le passage d’engins. Rien que le gasoil dépensé pour ces suppléments de passage annihile l’effet positif du bio hélas….
    Pour palier le manque de main d’œuvre, pourquoi ne pas mettre en place les travaux d’intérêt généraux, comme un service civique pour tous. Cela permettrait également aux citadins de mieux comprendre comment les agriculteurs nourrissent le monde…

  2. Ne plus utiliser de désherbant implique le semis sous couverts.

  3. Très belle synthèse, félicitations.
    Quelques notions pourraient être ajoutée.
    Si cela vous intéresse, je peux être votre interlocuteur.
    Je travaille avec JPS qui écrit avec le Pr Duru, et mon frère est un des premiers Français à avoir reçu le livre de Gabe Brown.
    Après m’être intéressé à ce pâturage, et l’avoir répliqué, j’ai passé 3 ans a montrer comment cela impacte aussi les nuages.

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