Du bio au régénératif

Bio régénératif : du champ au rayon — ce qui manque encore pour les marques françaises

Analyse de marché · France & USA · 2023–2026 · Tous secteurs

Du bio au bio régénératif : ce qui manque encore du champ au rayon

Bio, local, juste rémunération : les consommateurs réclament les trois. Les pratiques régénératives les réunissent. Il reste à construire le lien — du champ au rayon.

Jérémy Dumont — planneur stratégique, président de Nous Sommes Vivants Marchés France · USA · Expo West 2026 Secteurs analysés : Alimentaire · Cosmétique · Textile · Vins Secteurs ouverts : Énergie · Numérique · Tourisme · Industrie · ESS · Finance

Les grands groupes ont investi plus de 2 milliards d’euros dans la régénération depuis 2020. Les surfaces bio reculent — 56 000 hectares perdus en 2024. Et 67 % des produits alimentaires sont en D ou E au Planet Score. 95 % des Français souhaitent consommer plus responsable ; 13 % y parviennent au quotidien.

Ce n’est pas principalement un problème de demande, ni de pratiques agricoles. C’est un problème de traduction : comment rendre visible et crédible, en rayon, ce qui se passe sur le terrain.

Le bio régénératif, c’est quoi exactement ? C’est le bio — certification AB ou équivalent, sans pesticides de synthèse — auquel s’ajoutent des pratiques qui construisent activement la santé des sols, la biodiversité et l’équité sociale : rotation des cultures, couverture permanente, pâturage tournant, rémunération documentée des producteurs. Le bio protège ; le bio régénératif restaure et construit. Il se distingue de l’agriculture régénérative non certifiée bio — qui peut améliorer les sols sans exclure les intrants chimiques — et de ROC (Regenerative Organic Certified), qui est le standard international le plus exigeant, intégrant bio + fair trade + régénération mesurée comme prérequis cumulatifs.

La chaîne causale est documentée : vie des sols restaurée → densité nutritionnelle retrouvée → santé humaine améliorée. En 60 ans d’agriculture intensive, les 70 fruits et légumes les plus consommés ont perdu −48 % de fer, −27 % de vitamine C, −16 % de calcium (ANSES). L’effet de dilution par la croissance artificielle appauvrit les aliments. Les pratiques régénératives — couverture permanente, vie microbienne des sols, absence d’intrants chimiques — reconstituent les conditions de cette densité. Regeneration International le formule en une phrase : « Our health and wealth come from the soil. » Son standard adopte comme fondement le principe IFOAM : « sustain and enhance the health of soil, plant, animal, human and planet as one and indivisible » — sol, plante, animal, humain, planète forment un seul continuum de santé. C’est ce que l’approche One Health formalise et ce que l’INRAE documente en France : l’impact des modes de production intensive sur la biodiversité est directement corrélé à la qualité nutritionnelle des aliments produits. Un produit issu d’un sol dont la vie microbienne est active n’est pas seulement plus vertueux pour la planète — il est plus nutritif pour celui qui le mange. C’est le premier argument des éco-actifs français — « bon pour la santé » arrive en 2e critère d’achat alimentaire (34 %, Agence Bio) — et le plus sous-exploité par le marketing bio.

Il se distingue aussi de l’économie circulaire et de l’analyse du cycle de vie (ACV) : ces deux approches sont précieuses pour réduire les impacts négatifs et optimiser les flux de matières, mais elles restent abiotiques — elles n’intègrent pas le vivant humain et non-humain. L’économie circulaire, au mieux, tend vers la neutralité. Le régénératif va au-delà : contribution positive mesurée sur les écosystèmes, la biodiversité, la santé des sols, les communautés. Ce n’est pas une étape de plus dans la RSE — c’est une bascule de nature : passer d’une logique de réduction d’impact à une logique de capacité contributive.

En 2023, deux analyses terrain qualitatives menées simultanément en France et aux États-Unis (Nous Sommes Vivants) documentaient cet écart — et en tiraient cinq enseignements pour les marques qui souhaitent réussir cette transition :

  1. Le bio est le socle, pas le plafond. Le régénératif est l’étape logique pour redonner de la valeur et de la différenciation au label bio fragilisé.
  2. La transition se joue dans la communication du produit. Les pratiques existent, les cahiers des charges aussi. Ce qui manque : le récit qui relie ce que le producteur fait à ce que le consommateur voit en rayon.
  3. En France, les distributeurs commencent à prendre le relais. Naturalia et Biocoop ont été les premiers à construire un récit régénératif en magasin. Avec eux comme prescripteurs, la promesse régénérative devient lisible et crédible en rayon.
  4. La certification tierce est le ticket d’entrée. ROC en international (bio + fair trade + régénération mesurée). Planet Score en France, dans le cadre du bio, pour rendre visible la qualité environnementale — avec une convergence mesurée avec les pratiques terrain (R² 0,56–0,81).
  5. La régénération est un modèle économique, pas une couche RSE. La triple profitabilité — économique, humaine, naturelle — se conçoit dès l’origine du produit, dans la chaîne de valeur.

Trois ans plus tard, les Lauriers de la Régénération ont identifié 55 produits et services régénératifs primés — dans tous les secteurs. En mars 2026, Expo West — 3 300 exposants, 60 000 acheteurs — classait les certifications régénératives en tendance n°1 mondiale. Voici ce que les deux analyses avaient vu — en commençant par la France.

Ces enseignements partent du bio et du bio régénératif — les secteurs les plus avancés sur la traçabilité, la certification et le récit filière. Mais ce que les consommateurs réclament — des indicateurs multiples et vérifiables sur la nature, la société et les territoires, visibles sur le produit ou le service — est une attente qui traverse tous les secteurs : énergie, numérique, finance, tourisme, industrie, ESS. La boucle est universelle : pratiques régénératives → produit ou service à survaleur → marge en triple impact → territoire qui se porte mieux. Labels, scores et certifications ne sont pas des finalités : ils sont des jalons dans cette trajectoire. La vraie question n’est pas « quel label avons-nous ? » mais « que rend réellement possible notre offre, dans la durée, pour le vivant humain et non humain dont elle dépend dans les territoires ? » C’est ce que le Capacity Score permet de mesurer, le RegenBMC de concevoir, et ce que l’entreprise régénérative formalise comme trajectoire — quel que soit le secteur.

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① Marché France La demande est là, l’offre manque

D’après l’analyse terrain qualitative The Regenerative Opportunity — France (Nous Sommes Vivants, 32 participants, 4 focus groups Paris, 2023) et le rapport d’analyse de marché Les produits régénératifs en France (122 p., Nous Sommes Vivants), complétés par les articles de tendances Nous Sommes Vivants, Agence Bio, Kantar et Planet Score 2025–2026.

Ce qui a basculé en France depuis 2023

Le bio repart — +4,1 % tous circuits S1 2025, première hausse d’ensemble depuis 2021, 59 % des Français qui en achètent au moins une fois par mois. C’est le socle. Et c’est précisément sur ce socle que le bio régénératif devient la prochaine étape logique : le bio protège, le bio régénératif construit. Mais entre les deux, l’offre recule côté production : 56 000 hectares certifiés perdus en 2024 (−2 %), après 54 000 en 2023. L’Espagne dépasse désormais la France en surfaces. La croissance vient des magasins spécialisés (+6,2 %), de la vente directe (+8,8 %) et des artisans-commerçants (+7 %) — là où le consommateur voit le producteur, touche la traçabilité, comprend l’histoire. Là où le bio sans récit stagne.

La distinction est importante : les pratiques régénératives ne sont pas toujours bio-certifiées — des milliers d’agriculteurs en conventionnel amélioré pratiquent sans label. Et du côté des produits, seul ROC constitue un affichage régénératif certifié en rayon ; le Planet Score, lui, fonctionne dans le cadre du bio et en révèle la qualité environnementale. Ce sont deux outils complémentaires, pas substituables.

Côté régénératif certifié : le Domaine Clarins de Serraval (Alpes françaises) est le seul domaine agricole français certifié ROC — 1ère marque cosmétique ROC au monde (janvier 2025). Dr. Bronner’s commercialise en France un produit portant le label ROC (Magic Chocolate, issu d’exploitations certifiées au Ghana et en Côte d’Ivoire) ; Expanscience a développé TULSINITY®, actif issu d’une production certifiée ROC en Inde ; Château Galoupet (LVMH, Provence) est le 1er domaine viticole européen certifié ROC. Naturalia a lancé en juin 2025 la première campagne de distribution dédiée au bio régénératif en France — affichages pédagogiques en rayon, vidéos tournées chez les producteurs, sélection dédiée. Biocoop affiche +8,5 % de croissance à 1,66 Md€ et adopte le quadruple affichage (AB + Nutri-Score + Planet Score + Origin’Info). L’Indice de Régénération de Bureau Veritas montre un R² de 0,56 à 0,81 : ce que l’agriculteur fait sur le terrain se lit déjà dans le score du produit.

Sols vivants → aliments plus nutritifs — ce que l’agriculture intensive a effacé

En 60 ans, les 70 fruits et légumes les plus consommés ont perdu (ANSES) :

−48 % de fer −27 % de vitamine C −16 % de calcium

La cause : l’effet de dilution par la croissance artificielle (engrais azotés) et l’appauvrissement de la vie microbienne des sols. Les pratiques régénératives — couverture permanente, rotations, zéro intrant chimique — reconstituent la vie dans les sols : champignons mycorhiziens, bactéries bénéfiques, vers de terre. C’est cette vie qui produit des aliments plus denses nutritionnellement. C’est la promesse que le bio seul ne peut plus tenir — et que le bio régénératif remet au centre.

France 2026 — Ce qui a basculé

  • Bio +4,1 % S1 2025 — 1ère hausse d’ensemble depuis 2021 (Agence Bio)
  • 59 % des Français achètent bio ≥1×/mois (+5 pts) ; 35 % chaque semaine
  • Domaine Clarins de Serraval — seul domaine agricole français certifié ROC · Château Galoupet 1er domaine viticole européen ROC · Dr. Bronner’s et Expanscience : produits/ingrédients portant le label ROC issus de productions certifiées
  • Naturalia : 1ère campagne distribution bio régénératif en France (juin 2025) — élue Coup de cœur Lauriers 2025
  • Planet Score : seuls 16 % des produits alimentaires obtiennent une note verte (135 000 produits analysés)
  • Grands groupes : +2 Mds€ investis dans la régénération — l’étiquetage « régénératif » en rayon reste encore rare pour la plupart (Danone, LVMH, Nestlé, L’Oréal, Kering)
  • Grande distribution : 7 à 25 % des produits bio déréférencés entre 2022 et 2023 selon les enseignes — FNH + Biocoop appellent à 8 % de références bio en GD d’ici 2027 (La Tribune, mars 2026)

Un marché sous pression, des valeurs qui tiennent

En 2022–2023, le contexte français était difficile. L’environnement avait perdu sa place de priorité n°1 : l’inflation, le pouvoir d’achat et l’âge de la retraite dominaient les préoccupations. Le bio enregistrait −8 % en 2022 par rapport à 2021, après une première chute de 3,9 % en grande distribution l’année précédente. Les dépenses alimentaires des ménages reculaient globalement de 4,6 %. Les marques distributeurs gagnaient 2,5 points de part de marché. Moins de la moitié des foyers déclaraient accorder « beaucoup d’importance à la marque ».

Mais l’étude terrain révélait une nuance décisive : ce n’était pas un abandon des valeurs, c’était une crise de l’offre. Les ménages maintenaient 22,3 % de leur budget alimentaire sur des produits engagés pour l’environnement. Le groupe des « éco-actifs » restait stable en 2022. Et surtout : les Français ne renonçaient pas à la qualité — le critère « bon pour la santé » arrivait en 2e position derrière le prix/promotion, devant tous les autres. Ils arbitraient en faveur du local sur l’organique — pas parce qu’ils s’en moquaient, mais parce qu’ils cherchaient une alternative crédible au bio conventionnel dont ils questionnaient la réalité industrielle.

Deux raisons à la crise du bio : mauvais rapport qualité/prix perçu et doute sur la réalité du bio industriel. C’est exactement l’espace que le régénératif était en train d’occuper — sans encore le nom ni l’affichage.

France 2022–2023 — Les signaux de marché

  • Bio −8 % en valeur 2022 vs 2021 — −5,6 % sur les produits frais traditionnels
  • Dépenses alimentaires −4,6 % globales face à l’inflation
  • Budget produits engagés maintenu à 22,3 % des dépenses alimentaires (Kantar)
  • Groupe des éco-actifs stable — confirmation T1 2023
  • Pesticides : 1ère préoccupation à l’achat, 2× plus importante que l’origine France
  • 69 % des Français vigilants sur les pratiques de production (environnement + bien animal)
  • Marques distributeurs +2,5 pts de part de marché — moins de la moitié des foyers « très attachés à la marque »

Ce que veulent les consommateurs français — au-delà du bio

L’étude le documentait clairement : « manger bien » pour les Français, c’est d’abord une alimentation équilibrée (41 %), puis sans danger pour la santé (34 %), et enfin sans dommage pour l’environnement (22 %). Mais ce cadrage environnemental est incomplet. Ce que les consommateurs demandent va plus loin que le bio : ils veulent savoir qui a produit, dans quelles conditions, et si la rémunération était juste. La dimension sociale est systématiquement citée comme attente non satisfaite. Et le local est souvent le premier critère activé — non pas contre le bio, mais en complément : le bio garantit la santé (pas de pesticides, pas de chimie), le local apporte la fraîcheur, le lien humain, le territoire, et la proximité avec le producteur. Le bio régénératif local réunit les trois — c’est l’idéal que les éco-actifs cherchent sans toujours le trouver en rayon. Sa définition est stricte : précision géographique (la région ou le département, pas « la France »), et chaîne complète y compris transformation. Un jus fabriqué en France avec des fruits importés n’entre pas dans cette catégorie. Et la juste rémunération du producteur reste souvent invisible, même dans un produit local et bio — c’est l’espace que le bio régénératif documenté peut combler.

Kantar le confirme à l’échelle mondiale : dans les données Who Cares? Who Does? (112 000 acheteurs, 35 pays, 2023), 55 % des consommateurs veulent savoir que les producteurs sont justement rémunérés — et c’est l’angle mort du marketing bio. Les marques parlent de pesticides, de carbone, de biodiversité. Elles ne parlent presque jamais du paysan derrière le produit. C’est exactement l’espace que les lauréats des Lauriers de la Régénération occupent — CQLP avec son prix voté, Omie avec son 1 % du CA reversé aux 200 producteurs, Les Jardins de Gaïa avec 75 % de fournisseurs WFTO. Pas une politique RSE : une mécanique de valeur visible et vérifiable. Et 60,9 % citaient le coût comme obstacle principal — avec un surprix moyen de 70 % sur les produits durables. Le problème n’est pas la demande — c’est le modèle économique de l’offre.

95 %
des Français veulent consommer plus responsable
13 %
y parviennent — faute d’alternatives accessibles
69 %
des Français méfiants envers les engagements environnementaux des marques
70 %
des Français veulent une transition vers le bio (IFOP / La Maison de la Bio, 2023)

Sources : Kantar WCWD 2023 ; IPSOS/Nous Sommes Vivants 2021 ; Agence Bio/ObSoCo 2024

Ce que pensent vraiment les éco-actifs français — l’étude quali

L’analyse terrain qualitative The Regenerative Opportunity — France (Nous Sommes Vivants, 32 participants, 4 focus groups Paris, 2023) a exploré en profondeur les représentations et attentes des éco-actifs français face à l’agriculture régénérative. La cible : jeunes parents (30–40 ans, enfants 3–10 ans) et jeunes adultes (23–29 ans), revenus moyens à élevés, consommateurs bio réguliers (Biocoop, Naturalia), tous dans le segment « éco-actifs » de la segmentation Kantar.

Trois traits de caractère structurent ce profil, distincts de leurs homologues américains :

🌍
Sens du bien commun
Leurs préoccupations dépassent les intérêts individuels — accès bio pour tous, justice sociale, communs. Une approche proactive vs la posture plus protectrice et individuelle observée aux USA.
🔗
Vision holistique interconnectée
Santé, environnement et responsabilité sociale sont vécus comme inséparables et également importants. « Si la planète est en danger, les humains le sont aussi. » Pas de hiérarchie entre les trois — une vision systémique que les marques sous-estiment.
⚖️
Vision polarisée de l’agriculture
Agriculture « saine » (bio + local + petite échelle + permaculture + régénératif) vs agriculture « de rendement » (pesticides + OGM + industriel + déforestation). Vision plus binaire et critique qu’aux USA, mais difficulté à imaginer concrètement le processus de transition.

Le local comme facteur de confiance n°1. C’est la découverte la plus frappante : le local est souvent activé en premier — non pas à la place du bio, mais en complément. Le bio garantit l’absence de chimie, le local apporte la fraîcheur, le goût, la confiance incarnée, le lien avec le producteur. « Il y a une dame en bas qui vend des fruits et légumes. Elle est très sympa, je préfère passer par elle, je lui fais confiance. » Une confiance humaine que le packaging d’une grande marque construit différemment — par la traçabilité, le récit filière, la certification. Le bio régénératif local réunit les deux registres : la garantie de la certification et la proximité du territoire.

Mais la définition du local est stricte : il doit être géographiquement précis — la région ou le département, pas « la France » de façon générique — et s’appliquer à l’intégralité du produit, transformation comprise. Un jus de pomme fabriqué en France avec des pommes importées d’Espagne n’est pas local. Les éco-actifs sont particulièrement méfiants face aux allégations de localité vagues ou partielles.

La différence avec les États-Unis est structurelle : en France, le local est un levier de changement systémique et d’engagement politique — acheter local, c’est participer à une coalition en faveur d’un autre modèle agricole. Aux États-Unis, le local est avant tout un espace de plaisir sensoriel et de reconnexion à la nature — fraîcheur, goût, convivialité. Le même mot, deux postures radicalement différentes, deux façons de construire la promesse produit.

Le bio affaibli mais toujours prérequis. L’étude documente avec précision pourquoi le bio a perdu de la confiance : les labels varient selon les cahiers des charges, le bio peut être industriel, importé, suremballé. « Pour moi, bio ne signifie pas forcément respecter le sol. » Mais il reste la porte d’entrée obligatoire : un produit régénératif non bio déclenche une forte dissonance. La règle des éco-actifs : « régénératif = forcément bio, mais bio ≠ forcément régénératif. »

La permaculture comme référence mentale spontanée. Quand on demande aux plus engagés ce que le régénératif devrait être, ils citent spontanément la permaculture — retour aux fondamentaux sans régression, observation des processus naturels, cycles respectés. Le régénératif est perçu comme de la permaculture à grande échelle. C’est une porte d’entrée narrative que les marques n’exploitent pas.

Ce qu’ils imaginent pour un produit régénératif idéal (testé sur la compote de pomme) :

Le produit régénératif idéal — check-list consommateur

Ingrédients

  • Liste courte (100 % fruit = possible)
  • Sans sucre ajouté
  • Riche en vitamines, dense nutritionnellement
  • Sans colorants, additifs, conservateurs

Label & traçabilité

  • Bio (prérequis absolu)
  • Mention agriculture régénérative
  • Origine précise : région ou département (pas juste « France »)
  • QR code racontant une histoire filière

Packaging & cohérence

  • Bocal en verre (idéal pour les plus engagés)
  • Plastique recyclé/recyclable (compromis pragmatique)
  • Couleurs naturelles, pas premium-signalant
  • Rémunération juste des producteurs visible

La marque gagnante dans les focus groups : Omie (Planet Score AAAA + mention agriculture régénérative + origin Val de Loire précise + QR code filière). « On peut facilement voir d’où ça vient et où c’est fabriqué. » Le produit Omie testé avait une seule réserve : « le packaging a l’air premium — ça suggère un prix élevé. »

Ce qui ne fonctionne pas. L’étude teste des définitions de l’agriculture régénérative et identifie les formulations qui font perdre la confiance : vocabulaire trop technique (« séquestration carbone »), promesses vagues sans résultats mesurés, lien non expliqué entre les pratiques agricoles et les bénéfices pour le consommateur, et — point crucial — l’information que certaines pratiques régénératives peuvent utiliser des pesticides en quantités limitées. Cette dernière information « étonne et déçoit » fortement les participants. Pour les éco-actifs français, le régénératif ne peut pas coexister avec les pesticides. La certification ROC, qui exige le bio USDA en prérequis, répond directement à cette attente.

Le besoin de preuves, pas de promesses. Ce que les consommateurs demandent concrètement : expliquer le contexte de l’engagement (pourquoi ? quel problème ?), montrer les résultats des actions menées avec des chiffres, expliciter le processus de transition (« de l’agriculture de rendement vers la santé »), et relier les pratiques aux claims produit. Le QR code sur pack est cité spontanément comme solution idéale — « pour voir une vidéo à ma fille, peut-être même à l’intérieur quand il ouvre la boîte, une petite histoire avec des questions pour les faire réfléchir. »

Deux modèles de positionnement régénératif, selon la cible et la marque

L’étude quali identifie deux modèles de positionnement distincts, applicables selon le type de marque et la maturité de la cible :

① Organic Plus — logique de renouveau dans la continuité

Entrée par la santé, le bio renforcé par un ancrage local précis et une mention agriculture régénérative pour répondre aux enjeux environnementaux. Rassurance + plaisir + éducation. Arguments de santé-nutrition qui résonnent avec les bénéfices environnementaux.

✓ Plus facile à déployer sur une marque existante · Fonctionne en France et aux USA · Cible parents + adultes pragmatiques

② Modèle Organique Alternatif — logique de rupture de paradigme

Entrée 360° (santé + environnement + social). Logique de réparation de la nature, implication collective de toute la filière (du producteur au consommateur). Basé sur le bio comme fondation, avec preuves concrètes du processus de transition.

✓ Plutôt France que USA · Marque dédiée ou message groupe · Cible jeunes adultes très engagés · Nécessite formation + onboarding retailers

Les deux modèles convergent sur un point : la confiance ne s’obtient pas par un label seul, mais par l’empilement de preuves vérifiables. Les éco-actifs français « utilisent Yuka sur les nouveaux produits », vérifient les listes d’ingrédients, croisent les certifications, contrôlent sur le site des marques. « Une multitude d’indicateurs — mais aucun indicateur global capable de cocher toutes les cases. » Le Planet Score, version étendue avec rémunération des producteurs, ultra-transformation et origine des ingrédients, s’approche de cet indicateur idéal.

Les trois piliers des marques durables performantes en France

L’étude identifiait un schéma clair chez les marques qui performaient malgré la crise du bio. Elles s’articulaient toutes autour de trois piliers simultanés — et cumulaient plusieurs certifications pour les valider :

🌱
BIO
Socle minimum, désormais insuffisant seul. Les produits performants portent 3 certifications en moyenne.
💚
BON POUR MOI ET L’ENVIRONNEMENT
Nutrition, sol, biodiversité, climat. Des certifications complémentaires + un récit filière visible.
🤝
ÉQUITABLE
Rémunération juste des producteurs. L’angle mort du marketing bio — et la 1ère attente non satisfaite.

Les marques citées comme références en 2023 : Omie (suivi du taux de matière organique, Planet Score AAAA, transparence tarifaire, 1 % du CA vers 200 producteurs) ; Alter Eco (engagements fair trade avec les petits producteurs du Sud) ; ÉCLO (cires végétales + lin sur sol à vie microbienne restaurée, packagings en chutes de bois) ; Les Jardins de Gaïa (pionnière bio-équitable depuis 1994, 75 % de fournisseurs WFTO). Des marques d’ETI, de coopératives, de PME — pas de grands groupes.

Une précision de contexte : le mot « régénératif » est récent, les pratiques ne le sont pas. Nature & Progrès (1964, SPG, circuits <150 km, L3.8 Capacity Score) et Demeter (biodynamie depuis 1928, force sols et biodiversité, L3.8) ont posé les fondations de ce que le régénératif formalise aujourd’hui — et leurs producteurs sont les premiers candidats naturels à une trajectoire vers ROC.

Six impacts attendus, une cartographie de marques pionnières

Le rapport fondateur Nous Sommes Vivants sur les produits régénératifs en France (122 pages) établissait une taxonomie claire : les produits régénératifs ne se définissent pas par un seul impact mais par leur capacité à en produire plusieurs simultanément. Six impacts structuraient la catégorie — et les marques les plus solides en cochaient au moins trois ou quatre.

🌡️ Climat 🪱 Sol 🦋 Biodiversité 💪 Nutrition & vitalité 🤝 Rémunération des agriculteurs 👥 Prendre soin des collaborateurs

Les 6 impacts structurants des produits régénératifs · Rapport Nous Sommes Vivants

🌡️ Climat — VEJA

Le coton biologique de VEJA est cultivé en agroécologie au Brésil : même champ que les cultures vivrières (maïs, sésame, haricots), indépendance alimentaire des producteurs, enrichissement des sols. Les pratiques contribuent à l’absorption du carbone — sans être intégrées dans le bilan carbone officiel de la marque, une honnêteté rare.

🪱 Sol — LU Harmony & Gerblé

LU Harmony (Mondelez) : 13 ans de programme avec la filière blé, 1 200 agriculteurs partenaires, 100 % des biscuits LU France en blé Harmony. Gerblé Objectif Terre : 25 agriculteurs pilotes dans 4 bassins, 44 % de l’approvisionnement en blé couvert, objectif 100 % blé « Agriculture de Régénération des Sols » d’ici 2030.

🦋 Biodiversité — Lidl Terre de Progrès

Contrat tripartite Lidl / 3 fournisseurs / 10 producteurs lancé en 2021. Suivi des pratiques régénératives via le référentiel « Sols Vivants ». Résultat : des pommes de terre en agriculture régénératrice dans les rayons d’un hard discounter — la preuve que le régénératif n’est pas réservé aux réseaux bio spécialisés.

🦋 Biodiversité — ÉCLO (cosmétique)

ÉCLO formule ses produits cosmétiques avec des actifs issus de l’agriculture régénératrice : chanvre, seigle, algues marines. La marque parle de « beauté régénérative » — non parce que les soins régénèrent la peau, mais parce qu’ils sont connectés à une nature qu’ils contribuent à régénérer. Packagings en chutes de bois à décomposition vertueuse.

🤝 Rémunération — Blini & Omie

L’Atelier Blini reverse 1 % du bénéfice à « Un Pacte Positif » et accompagne les agriculteurs (blé, pois chiche) avec Agri-éthique et la fondation Earthworm (programme Sols Vivants). Omie va plus loin : 72,2 % de ses produits sont notés A au Planet Score, 19,5 % en B, 8,3 % en C — aucun en dessous. Et 1 % du CA reversé à 200 producteurs pour accélérer la transition vers l’agriculture régénérative.

Ce qu’on observe dans ces exemples, c’est la même logique que les études de 2023 identifiaient côté USA : les marques intègrent la régénération dans leur modèle économique — elle est le cahier des charges du produit, le modèle de relation producteur. LU Harmony part du terrain et remonte jusqu’au produit. Omie part du producteur et construit la transparence jusqu’au consommateur. La RSE est un socle de conformité — la régénération est un moteur de conception.

Le rapport fondateur Nous Sommes Vivants identifiait aussi un signal important sur la crédibilité du bio : 64 % des consommateurs estimaient alors que « la mention bio sert à justifier des prix plus élevés » et 61 % que « le bio est avant tout du marketing ». Ce n’est pas de la défiance envers la nature — c’est de la défiance envers les marques. Et c’est précisément ce que le régénératif certifié et transparent résout : des pratiques vérifiables, des impacts mesurés, une traçabilité jusqu’au champ.

Distributeurs et retailers : deux stratégies, un vide pédagogique

L’étude documentait deux stratégies de distributeurs bio qui émergeaient avec des positionnements opposés. Naturalia élargissait l’appel du bio : santé plaisir, accessibilité, « pleasurable health ». Biocoop jouait l’organique comme lifestyle radical — ton « cut the bullshit », refus des compromis sur les intrants. Biocoop affirmait clairement : parler de biodiversité tout en autorisant des produits chimiques qui la tuent est une contradiction inacceptable.

Mais ce que l’étude pointait comme le signal le plus révélateur : aucun des acteurs — pas même les distributeurs bio — ne construisait de rayon ou de communication dédiée à l’agriculture régénérative en magasin. Les marques portaient seules le message. La certification ROC, pourtant portée par Ecocert en France, était quasi invisible. Un seul petit magasin indépendant (« pour le climat ») promouvait l’agriculture régénérative hors du magasin. C’était tout.

Le contraste avec les États-Unis, documenté dans la même période, était saisissant.

Sur les grands groupes, le rapport fondateur Nous Sommes Vivants avait documenté les investissements dès leur émergence. Danone France avait investi plus de 40 millions d’euros dans la transition agroécologique depuis 2016, avec 60 % de ses agriculteurs partenaires engagés vers l’agriculture régénératrice d’ici fin 2023 (objectif 100 % en 2025) — et signé des contrats jusqu’à 15 ans avec des producteurs de poires Williams (+20 % de rémunération en moyenne). Appliqué au Capacity Score en 2026, Danone présente trois profils N3 convergents : Groupe à 57 %, filière lait à 55 %, filière végétale à 57 % — le positionnement le plus avancé documenté pour un groupe du CAC 40. Mais le diagnostic révèle aussi la tension centrale : 0 % du CA en offres régénératives identifiées en rayon, malgré une gouvernance à 67 % (le levier le plus fort). L’architecture est construite — la traduction en produit visible reste l’étape manquante. Nestlé avait annoncé 1,1 milliard d’euros sur 5 ans. Le trio Unilever / AXA / Tikehau avait constitué un fonds de 300 millions d’euros en mai 2022. L’Oréal avait lancé un fonds de 50 millions d’euros pour la régénération de la nature. Kering cofondait le Fonds Régénératif pour la Nature avec Conservation International. Patagonia certifiait déjà 550 fermes ROC. La progression depuis est significative — et le défi de traduction en produit visible en rayon reste entier pour la plupart de ces acteurs.

Ce que l’étude de 2023 pointait comme vide structurel — absence d’offre visible, absence de pédagogie distributeur, absence de certification lisible — reste en partie le défi central en 2026. Les investissements existent en amont. La traduction vers le consommateur — du cahier des charges au produit identifiable en rayon — est l’étape qui reste à franchir pour la majorité des acteurs.

La voie française : quand les pratiques du terrain arrivent sur l’étiquette

La France ne construit pas son équivalent de ROC — elle construit sa propre boucle pratiques → mesure → étiquette, parallèle à ROC et potentiellement complémentaire. Trois instruments convergent.

Le Planet Score (élaboré par l’ITAB) est le premier outil à rendre visible l’écart. Sur 135 000 produits alimentaires analysés (UFC-Que Choisir, janvier 2026), seuls 16 % obtiennent une note verte — et 67 % sont classés D ou E. Le score évalue quatre critères liés au mode de production : pesticides, biodiversité, climat, bien-être animal. C’est sur la biodiversité que le déficit est le plus sévère : 90 % des produits en C, D ou E. Ce chiffre dit l’essentiel : le bio conventionnel sans récit régénératif ne suffit plus à se différencier. L’espace blanc s’ouvre pour les marques qui peuvent afficher A ou AAAA — et le justifier par des pratiques vérifiables sur le terrain.

L’Indice de Régénération (Bureau Veritas) complète le dispositif côté amont : il mesure les pratiques régénératives à la parcelle, porté par Pour une agriculture du vivant (PADV) — le réseau qui accompagne les fermes françaises en transition agroécologique, avec ou sans certification bio, équivalent français de ce que RegenAgri fait à l’échelle internationale. Et les deux outils convergent — un R² de 0,56 à 0,81 selon les cultures entre l’Indice de Régénération et le Planet Score. Autrement dit : ce que l’agriculteur fait sur le terrain se lit déjà dans le score du produit. Et mesurer suffit déjà à progresser : fournir les données terrain réelles remplace les hypothèses défavorables appliquées par défaut par le Planet Score — une donnée de terrain, même moyenne, est presque toujours meilleure que le scénario conservateur par défaut. La boucle est fonctionnelle — il manque les produits régénératifs à mettre dessus, et les distributeurs pour les porter.

Biocoop a compris la logique avant tout le monde : première marque à réunir AB + Nutri-Score + Planet Score + Origin’Info sur ses emballages (200 références en 2025, 400 visées en T1 2026). Le quadruple affichage crée une lisibilité que le bio seul ne donne pas. C’est exactement le modèle que les éco-actifs français réclamaient dans l’étude quali 2023 : « une multitude d’indicateurs empilés » — pas un label unique. Naturalia l’a rejoint en juin 2025 avec sa première campagne dédiée bio régénératif. Ce qu’aucun distributeur ne faisait en 2023 est en train de devenir un axe de différenciation structurel.

Et l’impact sur les ventes est documenté. Une étude du collectif « En vérité » (1 000 répondants représentatifs, septembre 2024) a mesuré ce qui se passe quand Origin’Info + Nutri-Score + Planet Score sont affichés simultanément : les marques plus vertueuses voient leurs intentions d’achat multipliées par près de 20. Le mécanisme est précis : sans affichage, la marque leader « profite du bénéfice du doute ». Dès que l’information est visible, le rééquilibrage s’opère. Pour les alternatives végétales et les sauces tomates, les intentions d’achat sont multipliées par 3,5. Juliette, du collectif En vérité, au jury des Lauriers 2025 : « La transparence n’est pas seulement un affichage, c’est un vrai levier de traction économique. »

La voie française vers le régénératif en rayon passe donc par cette équation : bio certifié (AB, Demeter ou Nature & Progrès) + Planet Score A ou AAAA + récit filière vérifiable = le produit régénératif accessible. ROC reste le standard de référence international — le Domaine Clarins de Serraval et Château Galoupet l’incarnent en France. Mais pour les milliers de producteurs engagés dans des pratiques régénératives sans accès à la certification ROC, le Planet Score couplé à l’Indice de Régénération ouvre une trajectoire de valorisation concrète, dès maintenant.

ROC Bronze / Silver / Gold — ce que ça veut dire

Un point de confusion fréquent : Bronze, Silver et Gold ne sont pas trois niveaux de qualité distincts. Les trois sont équivalents au Capacity Score N4 — ils partagent les mêmes prérequis absolus : certification bio (USDA Organic ou équivalent), Fair Trade obligatoire, et les trois piliers régénératifs mesurés. La différence porte uniquement sur le degré d’ambition en régénération des sols :

  • Bronze — matière organique en progression (+0,5 %/an minimum), tous critères de base atteints
  • Silver — progression renforcée (+0,8 %/an), biodiversité mesurée au-delà de la baseline
  • Gold — excellence régénérative (+1,0 %/an MO), résilience écosystémique maximale documentée

Ce qui n’est pas ROC : les marques qui se disent « regenerative » sans certification tierce. Les distributeurs comme Whole Foods ont tranché dès 2023 : seul ROC et Land to Market obtiennent un traitement préférentiel en rayon.

① France — 3 à retenir

  • La demande est structurelle, pas conjoncturelle. Les éco-actifs (22 % des ménages) maintiennent leur budget même sous pression inflationniste. Le signal faible de 2023 est devenu +4,1 % en 2025.
  • Le bio seul ne suffit plus. La règle du marché : régénératif = forcément bio, mais bio ≠ forcément régénératif. 67 % des produits alimentaires sont en D ou E au Planet Score — l’espace blanc pour les marques à pratiques vérifiables est massif.
  • La France a sa propre boucle. Planet Score + Indice de Régénération (R² 0,56–0,81) + AB/Demeter/Nature & Progrès = la trajectoire régénérative accessible pour les producteurs qui ne peuvent pas encore viser ROC. Biocoop et Naturalia l’ont structurée côté distribution.

Pont — Qui finance la régénération ?

Derrière le paradoxe français — pratiques existantes, valeur non traduite — se pose une question que les marchés français et américain résolvent différemment : qui va payer pour la régénération de la nature ? Quatre pistes coexistent, et les entreprises qui réussissent les articulent toutes.

① Le consommateur

Via une certification bio régénérative (ROC en France via Ecocert). 70 % des Français veulent une transition vers le bio — mais le prix premium doit être justifié par une traçabilité visible et crédible.

② Les entreprises

Via la double matérialité (CSRD/ESRS) : les 12 normes ESRS couvrent environnement, social, gouvernance. La norme E4 couvre les dépendances aux services écosystémiques. La TNFD (Taskforce on Nature-related Financial Disclosures) complète ce cadre côté biodiversité — c’est pour la nature ce que la TCFD est pour le climat : un référentiel de reporting des dépendances et risques nature, déjà adopté par LVMH et les grands groupes soumis à CSRD.

③ Les agriculteurs

Via des cahiers des charges incluant les services rendus. À 3–5 ans, retour sur investissement de 15 à 25 % (baisse des intrants + hausse des rendements). 30 centimes sur une pomme vendue 2,14 € en grande surface.

④ La compensation carbone

Via l’insetting — financer des projets au sein de la propre chaîne de valeur. Les PSE mesurés sur le terrain sont la réponse la plus robuste aux crédits carbone auto-déclarés.

La question n’est pas « quel mécanisme ? » mais « quelles parties prenantes réunir localement pour investir ensemble dans la nature sur le long terme ? » C’est ce que CQLP a résolu pour le lait en France — et ce que le marché américain a formalisé plus tôt via ROC. Analyse complète →


② Marché USA La catégorie s’organise, les distributeurs prennent le relais

D’après l’analyse terrain qualitative The Regenerative Opportunity — USA (Nous Sommes Vivants, 2023) et le rapport d’analyse de marché Regenerative Brands — USA (150+ marques, Nous Sommes Vivants), complétés par les articles de tendances Nous Sommes Vivants, NielsenIQ, OTA, SPINS, New Hope Network 2025–2026.

La question du champ au rayon — comment les pratiques agricoles deviennent un produit identifiable et valorisé — le marché américain l’a résolue avant la France, et d’une façon précise : ce sont les distributeurs qui ont fait le lien, pas les marques seules.

Une croissance qui ne ressemble pas à la France

En 2023, pendant que le bio français reculait de 8 %, les marques régénératives américaines enregistraient +130 % de croissance au global. Le marché comptait entre 300 et 400 références régénératives disponibles. Good Culture atteignait 75 M$ (+42 % vs l’année précédente). Quinn Popcorn — agriculture régénérative sur exploitation familiale, conditionnement 35 % post-consumer recyclé — levait 10 M$ en série B pour avancer dans la certification régénérative. À l’Expo West 2023, 63 marques CPG affichaient publiquement leur soutien à l’agriculture régénérative, contre 53 l’année précédente.

Les consommateurs américains, comme les Français, n’achetaient pas pour des raisons militantes. Ils attendaient des marques qu’elles agissent — tout en reconnaissant ne pouvoir en nommer que quelques-unes et ne pas investiguer leurs pratiques. La première motivation était le bien-être personnel, la seconde le soutien aux entreprises « qui font bien ». Mais la dynamique était là : 95 % des Américains connaissaient au moins une certification alimentaire, 59 % en achetaient activement.

L’écart qui change tout : les distributeurs comme prescripteurs actifs

C’est là que les deux marchés divergeaient structurellement en 2023. Aux États-Unis, Whole Foods Market et Erewhon ne se contentaient pas de référencer des produits régénératifs — ils structuraient leurs rayons autour des certifications. Whole Foods référençait en priorité les produits certifiés ROC (Regenerative Organic Certified™) et Land to Marketau-dessus des produits « régénératifs non certifiés ». L’affichage dédié, les end caps thématiques, la formation du personnel : le distributeur devenait pédagogue.

L’étude identifiait deux signaux particulièrement forts :

  • Erewhon promouvait l’agriculture régénérative dans ses rayons et mettait en avant des produits à un prix premium assumé — le GOGO Squeez régénératif, par exemple, y était référencé à un prix supérieur
  • Whole Foods lançait des produits en exclusivité avec des marques régénératives, rendant la certification visible et désirable avant même que le consommateur prenne le produit en main

Le résultat : une montée en puissance rapide de ROC comme certification de référence. Ce qui distinguait ROC des autres labels : elle intégrait trois piliers indissociables — santé des sols, bien-être animal, et équité sociale — avec le statut USDA Organic comme prérequis. Le pilier social incluait des entretiens individuels avec les travailleurs agricoles lors de l’audit. C’était l’équivalent d’un fair trade intégré — pas un label séparé à empiler, mais une exigence structurelle.

En parallèle, Regeneration International a publié son propre standard — plus accessible, conçu pour être « user-friendly pour les agriculteurs », avec deux niveaux : Regenerative A Grade (exigences complètes) et Transition to Regenerative (en cours de transition). Sa définition de l’agriculture dégénérative est la plus directe du secteur : « Synthetic toxic pesticides, synthetic water-soluble fertilizers, GMOs, confined animal feeding operations, exploitive marketing and wage systems — such systems must be called degenerative agriculture to stop greenwashing and hijacking. » Nommer le dégénératif pour identifier le régénératif — une approche que l’INRAE rejoint côté français en documentant l’impact des modes de production intensifs sur la biodiversité. Ces deux cadres — RI Standard côté pratiques agricoles, INRAE côté recherche — font autorité pour sourcer la promesse santé du bio régénératif.

Deux autres certifications agricoles structurent l’écosystème côté producteurs. Regeneration International Standard (RI Standard, V4 sept. 2025) propose deux niveaux — « Regenerative A Grade » et « Transition to Regenerative » — avec une philosophie plus accessible que ROC : principes et guidance plutôt que pratiques imposées, pour encourager l’innovation à l’échelle de la ferme. Sa définition est la plus complète sur la santé : « sustain and enhance the health of soil, plant, animal, human and planet as one and indivisible » — sol, plante, animal, humain, planète comme un seul continuum. RI nomme explicitement l’opposé : « degenerative agriculture » — les systèmes à pesticides synthétiques, OGM, élevages confinés, surpâturage. Nommer le dégénératif est le premier acte contre le greenwashing. Land to Market (Savory Institute) complète l’écosystème côté élevage et prairies : certification basée sur les résultats mesurés (Ecological Outcome Verification), sans prérequis bio, accessible aux éleveurs en transition. C’est cette architecture en trois certifications — ROC pour le plus exigeant, RI Standard pour la transition accessible, Land to Market pour les prairies — qui structure le marché américain et que les distributeurs utilisent comme grille de référencement.

Quatre bénéfices simultanés, plusieurs certifications empilées

L’étude documentait avec précision comment les marques américaines régénératives jouaient leur communication. Elles articulaient systématiquement quatre bénéfices — souvent par deux ou par trois, soutenus par plusieurs certifications croisées :

🌍
Bon pour la planète
Climat, carbone, séquestration dans les sols
💪
Bon pour moi
Densité nutritionnelle — la régénération des sols améliore la qualité des aliments
🌱
Bon pour l’environnement
Sol, biodiversité, eau — les services écosystémiques comme promesse produit
🤝
Bon pour les communautés
Soutien aux agriculteurs, juste rémunération, farmer-centric branding

Et un 5e bénéfice, purement émotionnel : la connexion à la nature. Les consommateurs les plus engagés ne voulaient pas seulement acheter un produit propre — ils voulaient participer à quelque chose de plus grand. C’est ce que l’étude appelait « connected to nature + biodiversity (animals, water…) ». En 2026, Expo West nommera ce signal « Mood as Foundation Health ».

Ce qui n’avait pas encore bien fonctionné en 2023 — et que l’étude documentait avec honnêteté — c’était la multiplication de certifications auto-déclarées. Les marques qui communiquaient « régénératives » sans certification tierce perdaient en crédibilité face à celles qui empilaient ROC + Fair Trade + USDA Organic. Le consommateur ne distinguait pas ROC de « regenerative agriculture » non certifiée — mais les distributeurs, eux, avaient déjà tranché.

Les données de marché confirment depuis que la certification ROC est bien un levier de ventes, pas seulement de crédibilité. Les ventes de produits certifiés ROC ont progressé de +22 % de fin 2022 à fin 2023, pour atteindre près de 40 millions de dollars en épiceries naturelles et grands circuits américains — avec un nombre de références multiplié par 40 en un an (SPINS / ROA Impact Report 2023). À l’échelle du marché global, NielsenIQ confirme le signal : les produits portant un attribut de durabilité enregistraient +17 % de croissance en valeur aux États-Unis dès 2022. Et l’OTA Consumer Research (Inside Organic Summit, octobre 2025) révèle le paradoxe qui explique pourquoi tant de marques laissent de la valeur sur la table : les consommateurs sont prêts à payer pour des bénéfices que les marques ne communiquent pas. Bénéfices nutritionnels : 67 % d’importance consommateur — 23 % du marketing en parle. Rémunération juste des producteurs : 55 % d’importance consommateur — quasi absent du marketing bio. Le gap entre ce que les consommateurs veulent entendre et ce que les marques leur disent est l’espace blanc où se joue la différenciation.

Les 4 stratégies de marques : comment les pionnières américaines ont construit la catégorie

L’analyse Nous Sommes Vivants de plus de 150 marques régénératives américaines révèle que leur communication s’organise autour de quatre récits distincts — qui correspondent à quatre types de consommateurs et quatre façons d’entrer dans la promesse régénérative. Les marques les plus solides en combinent deux ou trois simultanément.

① THE CLIMATE SOIL STORY

Le sol comme héros du récit — carbone, résilience, séquestration

C’est le récit le plus rationnel, le plus scientifique, adressé aux consommateurs qui ont compris le lien entre santé des sols et stabilité climatique. Il se déploie en 5 niveaux d’ambition croissants :

① Circularité — Davines : « Our vision is circular and regenerative — giving back what we already received. » Extrait de marc de raisin Barbera ROC d’un vigneron partenaire à Parme.
② Réduction carbone — Oatly : premier affichage de l’empreinte carbone sur la face avant des briques — du champ à l’étalage. Straus Family Creamery : lait « carbon neutral » grâce à des algues rouges réduisant les émissions de méthane des vaches de 52 % à 90 %.
③ Capture carbone consommateur — HappyBaby Organic : baby food « Farmed for Our Future » — ingrédients d’une ferme certifiée ROC Silver. Pour chaque achat, le consommateur contribue à la séquestration carbone à l’échelle.
④ Agriculture régénérative explicite — Annie’s (General Mills) : édition limitée blé + avoine, rotation de cultures sur la ferme de Casey Bailey (Montana), exclusivité Sprouts. « Working with Annie’s is to prioritize soil health. »
⑤ Pratiques sols distinctives — Varietal Crop Crackers : liste de rotation des cultures imprimée sur le pack (Année 1 / 2 / 3). Le consommateur voit exactement ce qui a poussé avant sa farine. Vital Farms : « farming to leave the land better than we found it. »

Signal clé : « Regenerative is a romantic notion for consumers. But carbon is real. » — Pour les marques qui adressent le segment climatique, la séquestration carbone est l’argument le plus tangible, même si le consommateur n’en comprend pas encore toujours la mécanique.

② POSITIVE FOOD FROM REGENERATIVE AGRICULTURE

Sols sains → aliments plus nutritifs → humains plus en bonne santé

C’est le récit qui relie directement la santé des sols à la santé humaine — et qui mobilise le consommateur santé, le plus large segment. « Healthy soil = healthy food = healthy beings. It’s really that simple. » Six approches :

Sols sains → planète saine : White Leaf Provisions : compote de pomme bio biodynamique, fruits cueillis à la main dans des vergers biologiques depuis 30 ans. « La santé de la planète et celle des communautés sont liées. » Simple Mills : crackers, cookies, barres — « food as a force for both human and planetary health. »
Densité nutritionnelle boostée : Bluebird Grain Farms : farine d’anciens blés moulue à la commande, 16 % de protéines, haute densité micro-nutritionnelle. Patagonia Provisions : barres inca berry & amande — superfoods chia et baobab, antioxydants, potassium, Oméga-3.
Super-agriculture pour super-aliments : Navitas Organics : poudres superfood certifiées bio régénératives. Awi Superfoods (Brésil) : ingrédients en agroforesterie, açaï à haute action anti-oxydante — « human health and forest regeneration as global transformation. »
Régénérer le microbiome intestinal : Snacktivist : aliments conçus « de la santé du sol à celle du microbiome. » Reorganics Kombucha : 5 milliards de probiotiques vivants, thé vert fermenté avec jus de pomme pressé à froid, producteurs locaux en pratiques régénératives. La fermentation réduit le glyphosate de 65 % (vs chou non fermenté).
Santé holistique et vitalité : Lien entre gut health, fibres, acides gras à courte chaîne (butyrate, propionate) et santé systémique. THEO Foods : légumes entiers (y compris peau et extrémités), plus de fibres, moins de déchets — « good for the consumer AND less waste. »
Luxe régénératif : Consider Pastures : œufs premium, branding élégant, « Move over Fabergé Eggs — there’s a new luxury egg in town. » Le régénératif entre dans le segment premium-luxe comme signal de qualité supérieure.

Signal clé : Le lien sol → aliment → santé humaine est la promesse qui a le meilleur taux de conversion — elle relie un bénéfice planétaire à un bénéfice personnel immédiat. C’est le récit qui travaille le mieux en France aussi, confirmé par l’étude quali terrain FR.

③ LOCAL REGENERATIVE AGRICULTURE

La connexion territoire — traçabilité, agriculteurs, équité sociale, système alimentaire

C’est le récit qui prolonge la promesse régénérative dans les relations humaines et territoriales. Il adresse les consommateurs qui veulent connaître « les gens derrière leur nourriture. » Sept dimensions :

Traçabilité totale : Provenir : abattoir mobile (zéro transport stressant des animaux), relations directes avec les éleveurs, chaque lot traçable. « Transparency is the most powerful force for good in the food system » — Quinn Popcorn (McKaskle Farm, Missouri, 5e génération).
Reconnexion locale : La Tourangelle : 1ère huile de tournesol régénérative de Californie, partenariat avec des agriculteurs du nord de l’État — « supporting regenerative agriculture to combat climate change. » Pocono Organics : 380 acres, 1 des plus grandes fermes ROC d’Amérique du Nord, avec marché et café sur place.
Les agriculteurs américains : Ralston Family Farm : riz jasmin blanc américain tracé « from seed to fork », 3 générations, « USA owned and operated. » Quinn Popcorn : Steve McKaskle, 5e génération, 30 ans de pratiques régénératives. La ferme familiale comme valeur émotionnelle et politique.
Nouvelles relations filière : Food Connect (Australie) : paniers de produits frais livrés via le réseau « City Cousin » — circuits courts urbains. Natoora (Londres → UK) : fournisseur des meilleurs restaurants londoniens qui lance sa propre ferme régénérative (Earthworks) pour séquestrer le carbone et nourrir durablement.
Justice sociale : ROC intègre l’équité des travailleurs agricoles comme pilier non négociable (entretiens individuels lors de l’audit, conditions de rémunération, logement, liberté d’association). Le « living wage » comme standard — pas une option RSE.
Changer le système par l’achat : « To have a meaningful effect on reducing emissions, many more farmers will need to adopt regenerative principles. » — L’acte d’achat comme vote pour un modèle agricole. Le consommateur comme acteur du changement systémique, pas seulement bénéficiaire d’un produit sain.
Savoirs autochtones : La définition californienne de l’agriculture régénérative reconnaît explicitement les traditions des peuples autochtones comme fondement des pratiques. Un signal culturel fort — la régénération n’est pas une invention tech récente, elle est ancrée dans des millénaires de relation au vivant.

Signal clé : La dimension « local = USA » est aussi puissante aux États-Unis que « local = France » en France. Elle code la fraîcheur, le goût, la confiance, la responsabilité sociale — simultanément. Les marques qui l’activent n’ont pas besoin d’expliquer le régénératif : le local le sous-tend.

④ RECONNECTING WITH NATURE

Le bénéfice émotionnel et existentiel — appartenance, cycles, sens

C’est le récit le plus puissant émotionnellement — et le plus difficile à documenter rationnellement. Il adresse un besoin profond de sens et de reconnexion que la modernité a atrophié : se sentir partie d’un cycle vivant plus grand que soi. Ce récit est particulièrement fort pour les 23–29 ans des deux côtés de l’Atlantique.

La logique cyclique : Les marques parlent des cycles de la nature — saisons, pollinisation, décomposition, régénération. Reorganics : « connected to the cycles of nature. » Les produits fermentés comme métaphore de la transformation par le vivant. L’alimentation non plus comme extraction mais comme participation à un cycle.
La logique de réparation : Le régénératif comme « médecine pour la Terre » — « We found the medicine » (verbatim consommateur éco-actif français). Le produit comme acte de soin envers un écosystème blessé. Vital Farms : « leave the land better than we found it. » Kalona SuperNatural : « ecological oasis that rejuvenate soil, protect watersheds. »
La logique solidaire : Everyone is involved — du fermier au consommateur. « A circular consumption system with producers working with artisans, everything is valued » (verbatim éco-actif français). L’acte d’achat comme acte politique de coalition, pas seulement de consommation responsable.
La logique zéro déchet : Tout est réutilisé, transformé. Valeur ajoutée sur ce qui était déchet : marcs de raisin (Davines), pelures de betterave (THEO Foods), sous-produits de cacao (Dr. Bronner’s). L’abondance comme principe — pas l’austérité.

Signal clé pour la France : ce récit correspond exactement aux « jeunes adultes très engagés » identifiés dans l’étude quali terrain FR — ceux qui veulent « vivre au rythme de la nature, respecter les saisons, prendre soin de soi et de la nature à petite échelle. » Et la tendance Trend OBS 2023 : « la reconquête du temps perdu », l’universel qui revient, la quête de « vrai ».

Ce que ces 4 récits enseignent aux marques françaises : les pionnières américaines n’ont pas attendu que le consommateur comprenne le régénératif pour se lancer — elles ont emprunté des récits que le consommateur connaissait déjà (santé, local, nature, justice) et y ont greffé la promesse régénérative. C’est la même logique qu’Omie en France : Planet Score AAAA + origine Val de Loire précise + 1 % du CA aux producteurs — trois récits familiers, une marque régénérative.

Ce qui a changé aux États-Unis depuis 2023

Le marché bio américain a atteint 7,6 milliards de dollars en 2024 (+5,2 % — deux fois le taux du conventionnel). SPINS mesure que les consommateurs « cœur de cible naturel » représentent 73 % des ventes bio mais seulement 45 % de la dépense totale : 55 % du marché reste un espace blanc à conquérir. ROC couvre désormais 19,4 millions d’acres, 568 types de cultures, 2 500 produits en rayon. Whole Foods a lancé sa propre marque distributeur d’œufs certifiés ROC et validé en février 2026 une nouvelle certification (SCI) pour élargir l’accès.

L’écart OTA (Inside Organic Summit, octobre 2025) documente une tension qui reste entière : 67 % des consommateurs accordent de l’importance aux bénéfices nutritionnels — seulement 23 % du marketing en parle. 55 % veulent savoir que les producteurs sont justement rémunérés — la dimension fair trade reste l’angle mort du marketing. C’est exactement ce que l’étude de 2023 avait diagnostiqué. Le paradoxe n’a pas disparu — il s’est amplifié avec la taille du marché.

7,6 Mds$
Marché bio US 2024 · +5,2 % · 2× le conventionnel
55 %
Du marché = espace blanc encore à conquérir (SPINS)
19,4 M
Acres certifiés ROC™ · 2 500 produits en rayon
92 %
Des consommateurs : durabilité importante dans le choix de marque

Sources : OTA / SPINS / ROA, Inside Organic Summit, octobre 2025 ; NielsenIQ, The Future of Fresh Food, décembre 2024

② USA — 3 à retenir

  • Les distributeurs font basculer un marché. Whole Foods et Erewhon ont structuré leurs rayons autour des certifications. La pédagogie en point de vente est le levier n°1 — c’est précisément ce qui manquait en France en 2023.
  • La certification tierce est le ticket d’entrée en rayon premium. Whole Foods référençait les produits certifiés ROC au-dessus des produits régénératifs non certifiés. Le consommateur ne distingue pas toujours — mais le distributeur, lui, a tranché.
  • Les 4 récits fonctionnent en France aussi. Santé, local, nature, justice — les mêmes ressorts narratifs résonnent des deux côtés de l’Atlantique. Les marques françaises ont l’opportunité de les articuler autour d’une promesse régénérative explicite.

③ Secteurs avancés Au-delà de l’alimentaire : cosmétiques, vins et laine

Les études de marché 2023 se concentraient sur l’alimentaire, l’entrée naturelle du régénératif côté consommateur. Mais Nous Sommes Vivants avait également cartographié trois filières où la dynamique régénérative était déjà très avancée — et qui apportent des clés d’analyse cruciales pour comprendre comment le modèle se diffuse dans des secteurs à forte valeur ajoutée.

Cosmétiques régénératifs

Les cosmétiques illustrent un retournement de finalité complet. Là où la cosmétique conventionnelle extrait des ingrédients de la nature pour produire des effets sur la peau, la cosmétique régénérative part du principe inverse : « prendre soin de soi en relation avec le vivant. » Le soin régénératif ne « régénère » pas la peau au sens biologique du terme — il est produit par une agriculture qui régénère les écosystèmes, et c’est cette connexion que la marque rend visible et désirable.

🌸 Expanscience — Le standard le plus exigeant

Sur la trajectoire de devenir « une entreprise à visée régénérative d’ici 2040 ». TULSINITY® Bio = 1er actif cosmétique au monde triple certifié ROC + AB + Fair for Life (5 100 ha en Inde). Gaïaline® = actif lin à 32 km d’Épernon, label « Au Cœur des Sols » FAO, séquestration carbone mesurée. Arrêt des lingettes Mustela d’ici 2027 (20 % du CA France, 18 ans avant l’obligation Agec). Lauréat double 2024 et 2025 des Lauriers de la Régénération.

🧼 Dr. Bronner’s — Le pionnier mondial

Co-fondateur de la Regenerative Organic Alliance. Magic Chocolate certifié ROC (2 240 ha convertis, 954 agriculteurs, Ghana et Côte d’Ivoire). Soins : 100 % végétal, huiles régénératives, certifié USDA Organic + Fair Trade. Écart salarial 5:1, 40 % du résultat reversé à des causes sociales, zéro publicité. 240 M$ de CA. La régénération comme modèle d’affaires — pas argument marketing.

🧴 Domaine Clarins de Serraval

1ère marque cosmétique certifiée ROC au monde (janvier 2025), Alpes françaises. Les ingrédients cosmétiques (reine des prés, gentiane, achillée…) sont cultivés sur des terres régénérées en altitude. La marque documente comment les pratiques agricoles améliorent la biodiversité du domaine — et relie directement cette mesure à la qualité des actifs botaniques.

🌿 NUXE et la filière palme

« Nous croyons en l’agriculture régénératrice. La transformation de la filière du palme créera un impact positif à long terme sur la nature et auprès des communautés locales. » Engagement de filière — amélioration des pratiques agricoles en amont pour bénéficier aux parties prenantes locales et à leur écosystème.

Ce que révèle l’analyse des cosmétiques régénératifs : la puissance émotionnelle du régénératif y est maximale. Le consommateur de cosmétiques est déjà dans une relation de soin avec son corps — le récit régénératif étend cette relation à la nature. « Prendre soin de sa peau / prendre soin des autres / prendre soin de la planète » forment un triptyque naturel que les marques cosmétiques peuvent activer plus facilement que les marques alimentaires, où le rapport qualité-prix reste dominant.

Viticulture régénérative

La viticulture régénérative représente un terrain d’expérimentation particulièrement avancé en France, pour une raison structurelle : la vigne est l’une des cultures les plus gourmandes en traitements phytosanitaires (3 % de la surface agricole nationale, 20 % des pesticides épandus). Et les vignerons le savent — ce qui crée une demande interne de transformation forte.

Viticulture régénérative — Ce que ça change concrètement

  • Stellenbosch (Afrique du Sud, étude terrain) : arrêt de toute culture du vignoble en 2012, introduction de compost + couverts végétaux multi-espèces + vaches en rotation + champignons bénéfiques par irrigation goutte-à-goutte. Résultat pendant la sécheresse 2015–2018 : +30 % d’humidité des sols, −50 % de consommation d’eau vs avant 2012.
  • Château Cheval Blanc (Saint-Émilion) : 3 000 arbres plantés pour favoriser la biodiversité et renforcer la vie des sols. Le cru classé comme laboratoire de la viticulture régénérative.
  • Château Galoupet (LVMH, Provence) : 41 parcelles gérées séparément, 69 ha vignes + 77 ha forêt Natura 2000, 100+ espèces, 5 millions d’abeilles. Bio certifié 2023, 1er domaine viticole européen certifié ROC™. Pilote hydrologie régénératrice en cours.
  • LVMH, Moët Hennessy, Jackson Family Wines, Torres : toutes engagées dans la viticulture régénérative. La résilience climatique comme moteur principal — vignobles auto-entretenus face aux aléas.

Ce que la viticulture régénérative montre avec une clarté particulière : la régénération n’est pas un argument de niche — c’est une réponse économique rationnelle au changement climatique. Les vignerons qui ont converti leurs pratiques témoignent d’une résilience accrue face aux aléas (sécheresse, gel, maladies), d’une réduction des intrants qui diminue les coûts, et d’une qualité des produits améliorée. La certification ROC prend d’ailleurs en compte les contraintes spécifiques de la viticulture sur les sulfites — preuve que le référentiel s’adapte aux filières.

La filière laine française : un cas d’école de structuration régénérative

La laine ovine française illustre mieux que tout autre filière le paradoxe central du marché régénératif français : les bonnes pratiques existent, la valeur n’est pas reconnue. En France, plus de 70 % de la laine tondue finit brûlée ou exportée à moins de 20 centimes le kilo. À 350 km de Paris, LVMH paie 8 à 15 €/kg la même laine régénérative en Australie, faute de trouver une source structurée en France. Tuffery vend un pull en laine Lacaune des Grands Causses à 219 €. Les 650 000 brebis de l’AOP Roquefort produisent une laine de qualité avec pâturage extensif, races patrimoniales, zéro chimie — et personne ne la valorise. Le problème n’est pas les pratiques : c’est l’absence d’un outil qui les documente et les valorise.

Nous Sommes Vivants a construit ce référentiel : le Capacity Score filière laine régénérative99 indicateurs, 4 piliers, 22 indicateurs à effet domino prioritaires (450+ impacts documentés), avec sources scientifiques INRAE / ROC / FAO-TAPE pour chaque niveau.

ENV
26 indicateurs
Sol · Biodiversité · Eau · Carbone
SOC
12 indicateurs
Bien-être éleveurs · Équité · Territoire
ÉCO
14 indicateurs
Prix garanti · Contrats · Viabilité
FIL
21 indicateurs
Filière · Territoire · Traçabilité

Les 4 niveaux × KPIs par pilier — de la RSE à la régénération documentée

Niveau ENV · 7 familles SOC · 5 familles ÉCO · 5 familles FIL · 5 familles Prix éleveur
N1 — Limiter GES déclarés · pesticides listés · eau déclarée · aucune mesure terrain Déclarations sociales · bien-être minimum légal Cours marché · aucun contrat pluriannuel Lot numéroté · aucune traçabilité ferme −0,90 €/kg
Laine = coût net
N2 — Réduire BEA documenté · mulesing interdit · plan pâturage · ACV AgriBalyse Conditions tonte documentées · égalité H/F déclarée Prix laine certifié RWS · contrat 1 an · DPP pilote Traçabilité ferme→lot · certification tierce · Fashion Score ~0,50 €/kg
An 0–3 · ×5 vs export
N3 — Restaurer SOC t/ha mesuré · Shannon terrain · matière organique · bocages IAE Rémunération juste documentée · formation transmission Prix garanti · diversification revenus · éco-conception Traçabilité ferme→vêtement · circuits <350 km · PSE ≥3 flux ~1 €/kg
An 3–5 · ×20 vs export
N4 — Régénérer SOC mesuré vs baseline · CO₂/kg ISO 14075 · races patrimoniales · IAE >10 % Living wage vérifié · autonomie alimentaire éleveur Triple capital · 8 flux PSE activés (+0,53–1,21 €/kg) SCIC multi-acteurs · gouvernance filière · économie rurale documentée 2–3 €/kg+
An 5–10 · prix + 8 PSE

Sources : INRAE · ROC · FAO-TAPE · Textile Exchange · Capacity Score Laine Régénérative Nous Sommes Vivants 2026 — étude complète →

L’effet domino le plus puissant : le pâturage tournant dynamique — une seule pratique prescrite génère des impacts simultanés sur sols, eau, climat, bien-être animal, qualité du produit et économie rurale. 6 à 8 familles de KPIs activées en une action. C’est la logique des 22 indicateurs prioritaires : ils ne coûtent pas plus cher à déployer, ils produisent plus de valeur documentée.

Ce que cette modélisation révèle pour tous les secteurs : le ×20 entre 0,05 €/kg et 1 €/kg n’est pas une subvention. C’est l’écart entre absence de filière et existence d’une filière — collecte mutualisée, tri qualitatif, contrat pluriannuel. Et il ouvre directement l’accès à l’affichage produit régénératif crédible : DPP actif, données CSRD/ESRS, flux PSE documentés.

Ces trois secteurs — cosmétiques, vins et laine — confirment le passage de l’agriculture régénérative au modèle économique régénératif : c’est une trajectoire ouverte à toute organisation prête à reposer la question « que produit mon activité pour les écosystèmes qu’elle traverse ? »

③ Secteurs avancés — 3 à retenir

  • La puissance émotionnelle est maximale en cosmétique. « Prendre soin de sa peau / prendre soin de la nature » forment un triptyque naturel — plus facile à activer que dans l’alimentaire où le rapport qualité-prix reste dominant.
  • La viticulture régénérative est une réponse économique au changement climatique. Les vignerons convertis documentent une résilience accrue, une réduction des intrants et une qualité améliorée. C’est une adaptation structurelle à l’instabilité climatique.
  • Le ×20 sur le prix est la valeur d’une filière. C’est l’écart entre absence de filière et existence d’une filière — collecte mutualisée, traçabilité, contrat pluriannuel.

④ Expo West 2026 Ce que confirme Expo West 2026 — et ce que ça dit aux entreprises françaises

La tendance n°1 : ce qui était signal faible est devenu industrie

Du 3 au 6 mars 2026, Natural Products Expo West réunit 3 300 exposants et 60 000 acheteurs professionnels à Anaheim, Californie. Parmi les neuf tendances identifiées par les organisateurs (New Hope Network / Informa), les certifications régénératives arrivent en première position — devant les protéines, les fibres, le plant-based et le mood-as-health. Ce n’est plus une tendance émergente : c’est la colonne vertébrale de l’innovation produit mondiale.

Quand une tendance est classée n°1 à Expo West, elle ne reste pas dans un rapport. Elle entre dans les chaînes d’approvisionnement de 7-Eleven, Amazon, Costco, Instacart, Kroger, Sprouts et Whole Foods dans les deux ans. Ce qui se passe à Anaheim arrive en Europe 18 à 24 mois plus tard — parfois moins. La France n’attend pas : Naturalia, Biocoop, les 55 lauréats, le Domaine Clarins de Serraval et Château Galoupet certifiés ROC montrent que la dynamique est enclenchée.

Les 9 tendances d’Expo West 2026

① Certifications régénératives ② Farmer-Centric Branding ③ Whole Animal Utilization ④ Protein Everywhere ⑤ Mood as Foundation Health ⑥ Plant-Based Innovation ⑦ Nostalgia & Simple Ingredients ⑧ Fiber-Forward Products ⑨ Cross-Category Beauty

Source : New Hope Network / Informa, communiqué officiel 19 février 2026

Ce que les deux études de 2023 n’avaient pas encore vu — et qu’Expo West révèle

Les deux études documentaient le produit régénératif. Expo West 2026 révèle ce qui se passe en amont du produit : une réorganisation complète des relations entre l’entreprise, ses filières et les écosystèmes qu’elle habite. La session inaugurale de Climate Day — 3 mars 2026 — le formule clairement à travers cinq sessions :

  • Pollinisateurs — le vivant comme infrastructure, pas comme décor
  • Constellation of Regeneration (Field Theory Foods, Simple Mills, Seven Sundays) — la profondeur des relations entre acteurs, pas l’échelle
  • Leading with Conviction — les valeurs climatiques comme moteur de croissance, pas comme contrainte
  • From Risk to Resilience — les chaînes d’approvisionnement face au changement climatique
  • Débloquer le capital pour l’agriculture régénérative et le financement des petits producteurs

Ce n’est pas un programme « climat » au sens étroit. C’est un programme de transformation des modèles d’affaires — exactement ce que l’étude française avait identifié comme manquant quand elle constatait que les distributeurs ne savaient pas « aider les shoppers à naviguer » dans l’offre régénérative.


⑤ Les preuves françaises L’équivalent français d’Expo West : 55 produits et services régénératifs déjà en rayon

Pendant qu’Expo West classe les certifications régénératives tendance n°1 mondiale, la France a son propre signal de marché : les Lauriers de la Régénération ont documenté 55 produits et services régénératifs déjà commercialisés, dans tous les secteurs, qui prouvent que le modèle tient économiquement. Ce sont des offres concrètes, évaluées sur 8 dimensions, avec des impacts contributifs mesurés — et des modèles économiques qui tiennent.

Et les chiffres économiques sont là. ECOTONE : 710 M€ de CA en 2024, 84 % de produits bio, 12 % en Fairtrade. LÉA NATURE : 502 M€ de CA, 22 sites de production en France, 2 000 collaborateurs. C’est qui le Patron ?! : marque à plus forte croissance depuis 5 ans, 126 M€ de CA, 15,1 millions de consommateurs — sans publicité, sans commerciaux. elmy : 130 M€ de CA, 350 GWh d’énergie renouvelable gérés. ETIC : 65 M€ d’immobilier financés uniquement avec de la finance solidaire. Ces chiffres répondent à la question « est-ce que ça rapporte ? » — oui, et de façon documentée. Bilan complet des Lauriers 2025 →

Ce ne sont pas des cas théoriques. Tous secteurs : alimentaire, cosmétique, textile, énergie, numérique, finance, tourisme, ESS, culture. Des ETI, des coopératives, des PME, des associations. Évalués sur 8 dimensions : clarté du dossier produit, réduction des impacts négatifs, impacts contributifs sur l’environnement, impacts contributifs sur la société, potentiel business (viable et diffusable), gouvernance et partage de la valeur, leadership du vivant, trajectoire régénérative (4 niveaux). La distribution complète des niveaux Capacity Score sur l’ensemble des 55 lauréats est documentée dans le livre blanc Nous Sommes Vivants. Les quatre cas détaillés ci-dessous couvrent le spectre : d’Expanscience (72 % N3→N4) à CQLP (N4 plein), en passant par des modèles PME et textile — la preuve que la trajectoire est accessible à toutes les tailles et tous les secteurs.

🌸 Expanscience — Cosmétique & Santé · Lauréat 2024 & 2025 · CS 72 % · N3→N4

B Corp (1er labo pharma-dermo au monde), Société à Mission, EcoVadis Platine top 1 % mondial. TULSINITY® = 1er actif au monde triple certifié ROC + AB + Fair for Life (5 100 ha en Inde, 3 800 agriculteurs). Gaïaline® = lin à 32 km d’Épernon, séquestration carbone mesurée, label « Au Cœur des Sols » (FAO). Arrêt des lingettes Mustela d’ici 2027 : 20 % du CA France sacrifié, 18 ans avant l’obligation Agec. Résultat net divisé par deux pour financer la transformation. Étude de cas complète →

🥛 C’est qui le patron ?! × LSDH — Lait bio · Lauréat Modèle Économique Régénératif 2025 · CS N4

Le modèle parfait de la question « qui va payer pour la régénération ? » — avec une réponse : le consommateur qui vote le prix. 126 M€ de CA construit sur un prix voté par 7 365 consommateurs et un contrat tripartite garanti 5 ans. Zéro négociation annuelle en huis clos entre industriels et distributeurs — le mécanisme qui depuis des décennies écrase les producteurs.

Résultats 2024 (pendant la crise bio) Marché lait bio GMS −8 % · CQLP +11,8 % en valeur
N°1 lait UHT et beurre bio France (hors MDD)
71,5 millions de litres · 16 millions de clients · zéro pub · zéro commercial
Le mécanisme du prix juste Prix plancher 0,59 €/L garanti · cahier des charges voté · contrat 5 ans certifié Bureau Veritas chaque mois
« On part du producteur qui nous dit combien il a besoin pour vivre. » — N. Chabanne
Triple impact N4 90 élevages · diagnostics CAP2ER · audits Boviwell · pâturage 6 mois · 8 normes ESRS couvertes
Fin 2024 : fondateur transfère ses actions à une fondation — le modèle appartient à ses consommateurs

Ce que CQLP prouve : le prix juste n’est pas un supplément d’âme — c’est la condition de la viabilité. Et la transparence totale sur la répartition de la valeur est ce que le consommateur éco-actif attend. Analyse Capacity Score complète →

🌾 Omie & Cie — Alimentaire PME · Lauréat Lauriers de la Régénération

Omie incarne le modèle « Organic Plus » à l’échelle PME : 72,2 % de ses produits notés A au Planet Score, 19,5 % en B, 8,3 % en C — aucun en dessous. 1 % du CA reversé à 200 producteurs pour accélérer la transition vers l’agriculture régénérative. Origine précise (Val de Loire), QR code filière sur chaque produit. La compote Omie est le produit qui remportait le test consommateurs dans l’étude quali terrain FR — « on peut facilement voir d’où ça vient et où c’est fabriqué. »

🧶 VEJA — Textile · Modèle régénératif à grande échelle

VEJA illustre comment intégrer la régénération dans un secteur textile grand public, sans certification ROC mais avec une cohérence de filière totale. Le coton biologique est cultivé en agroécologie au Brésil : même champ que les cultures vivrières (maïs, sésame, haricots), indépendance alimentaire des producteurs, enrichissement des sols. Les pratiques contribuent à l’absorption du carbone — sans être intégrées dans le bilan carbone officiel de la marque, une honnêteté rare dans le secteur. VEJA est l’exemple type d’une marque qui n’utilise pas le mot « régénératif » en communication mais en applique tous les principes dans sa filière : traçabilité totale, rémunération juste, pratiques agricoles mesurées.

⑤ Produits & services — 3 à retenir

  • Le modèle économique précède le label. CQLP, Expanscience, Omie : dans les trois cas, la régénération est intégrée dans le modèle dès la conception — pas ajoutée comme couche de communication.
  • La transparence est le principal actif. Prix publics, répartition de valeur documentée, origine précise, QR code filière — les lauréats qui performent le mieux sont ceux où le consommateur peut vérifier lui-même ce qui lui est promis.
  • La diversité sectorielle est réelle. Cosmétique, lait, compote, textile — les 55 lauréats couvrent tous les secteurs et toutes les tailles. Le régénératif est un modèle accessible dès lors que la filière est structurée.

⑥ 5 leçons Ce que les études de 2023 avaient vu — et que le marché confirme en 2026

Leçon 1 — Le bio est le plancher, pas le plafond

L’étude française le diagnostiquait dès 2023 : « l’organique est le dénominateur commun de la nouvelle catégorie » mais il « n’est plus autosuffisant ». L’étude américaine le formulait autrement : ROC = « l’organique élevé ». En 2026, Tradin Organic résume : « L’agriculture biologique protège déjà la santé des sols et la biodiversité. Nous voyons les pratiques régénératives comme l’étape naturelle suivante. » Le marché a tranché. Les entreprises françaises qui restent sur le seul label bio sont en retard d’une génération de certification.

Leçon 2 — Ce sont les distributeurs qui font basculer un marché

L’étude française de 2023 pointait un vide : aucun distributeur ne construisait un rayon régénératif. L’étude américaine montrait le contraire : Whole Foods et Erewhon prescrivaient activement. En 2025, Naturalia a franchi le pas en France — et a été élue Coup de cœur aux Lauriers de la Régénération le jour même du lancement de sa campagne. La boucle se ferme. Mais le signal d’alerte reste entier : entre 2022 et 2023, selon les enseignes de grande distribution, 7 à 25 % des produits bio ont été déréférencés des rayons. La FNH et Biocoop l’écrivent noir sur blanc dans une tribune de mars 2026 : « les magasins spécialisés ne peuvent porter seuls le poids de la transition nationale. » Ils appellent les enseignes à porter la part des références alimentaires bio à 8 % d’ici fin 2027, jalon vers 12 % en 2030. Sans distributeurs généralistes engagés, doubler les surfaces agricoles en bio reste hors d’atteinte — et le bio régénératif avec.

Leçon 3 — La certification tierce est le ticket d’entrée en rayon premium

L’étude américaine de 2023 documentait que Whole Foods référençait les produits certifiés ROC au-dessus des produits régénératifs non certifiés. En France, aucun affichage régénératif n’existait alors. En 2026, le Planet Score et l’Indice de Régénération construisent la même logique côté français : les pratiques du terrain se lisent dans le score produit (R² de 0,56 à 0,81 avec le Planet Score). Le consommateur commence à voir la différence.

Leçon 4 — Investir en amont ne suffit pas : la traduction en rayon reste l’étape décisive

L’étude française pointait en 2023 l’absence de produits régénératifs visibles en rayon chez les grandes marques. En 2026, plus de 2 milliards d’euros ont été investis par Danone, LVMH, Nestlé, L’Oréal, Kering dans la régénération de leurs filières — et l’étiquetage « régénératif » en rayon reste encore rare pour la plupart d’entre eux. Expanscience, elle, a traduit ses investissements en TULSINITY® — triple certifié ROC + AB + Fair for Life. La différence ? Expanscience a conçu le modèle autour de la triple profitabilité dès l’origine — pas ajouté une couche régénérative sur un modèle existant.

Une partie de l’explication vient des premiers rapports CSRD français, analysés par la Chaire Double Matérialité : la transparence est à deux vitesses. Sur le climat, les entreprises détaillent leurs méthodologies, citent leurs outils (TNFD, SBTN, ENCORE). Sur le social — rémunération des travailleurs dans la chaîne de valeur (ESRS S2) — les objectifs sont absents, non chiffrés, ou formulés sans horizon temporel. Et moins de 1 % des entreprises publient actuellement un reporting mentionnant leur impact sur la biodiversité. Elles reportent ce qu’elles mesurent déjà, pas ce que les consommateurs réclament. Or 55 % des consommateurs veulent savoir que les producteurs sont justement rémunérés (Kantar) — et c’est précisément l’angle mort du reporting CSRD. L’agroalimentaire et l’agriculture sont en première ligne : à la fois à l’origine d’une partie de la perte de biodiversité et premières victimes de sa dégradation — diminution des rendements, recul de la pollinisation. Mais tous les secteurs sont concernés : une entreprise qui dégrade les écosystèmes dont elle dépend fragilise ses propres conditions d’existence. La réponse n’est pas un label supplémentaire — c’est une conception régénérative de l’offre qui intègre nativement les indicateurs CSRD (E4 biodiversité, S2 social chaîne de valeur) dès la phase amont, avec des labels et scores comme jalons vérifiables sur la trajectoire — quel que soit le secteur.

Le cas Michelin illustre cet écart avec une précision particulière. Appliqué au Capacity Score (38 questions, 6 leviers), Michelin affiche un diagnostic N2→N3 à 45 % global — le paradoxe central : l’infrastructure d’une entreprise N3 dans un produit encore N2. Les dynamiques humaines atteignent 67 % (N3) — salaire décent mondial, Michelin Développement. L’intelligence écosystémique documente TNFD, SBTN, empreintes MSA.km² dans les rapports. Mais ~98 % du CA repose sur la vente de pneus, activité à base fossile — et le mot « régénératif » est absent du document d’enregistrement universel. Tire as a Service relève de l’économie de la fonctionnalité, transition N2→N3 utile, mais encore loin d’un modèle à triple impact : aucun caoutchouc issu d’agroforesterie régénérative, 250 000 planteurs audités mais non associés à la valeur créée, prix indexé sur les marchés mondiaux sans financer la transition agricole. L’infrastructure de la bascule existe — la bascule n’a pas eu lieu. Ce diagnostic — « dit plus qu’il ne fait sur la chaîne de valeur, fait plus qu’il ne dit sur l’écologie » — est valable pour tous les grands groupes qui ont investi en amont sans encore reposer la question de leur modèle économique. Lire l’analyse complète →

Leçon 5 — La régénération est un modèle économique, conçu dès l’origine

C’est ce que les deux études pressentaient et qu’Expo West 2026 confirme : Dr. Bronner’s fait 240 M$ sans publicité. C’est qui le patron ?! est n°1 du lait UHT en France sans commerciaux, avec un prix voté par les consommateurs. La triple profitabilité — économique, humaine, naturelle — est le système d’exploitation des entreprises qui ont compris que la contribution au vivant est la condition de la viabilité. Ce n’est pas une promesse future : Dr. Bronner’s et C’est qui le patron ?! le prouvent aujourd’hui.

⑥ Leçons — 3 à retenir

  • Le bio est le plancher, pas le plafond. ROC = « l’organique élevé ». Les entreprises qui restent sur le seul label bio sont en retard d’une génération de certification — le marché et les distributeurs ont déjà tranché.
  • Conception vs ajout. La différence entre Expanscience (modèle conçu autour de la triple profitabilité) et les grands groupes qui ajoutent une couche régénérative sur un modèle existant est la différence entre un produit en rayon et un investissement invisible.
  • La prochaine frontière est le consommateur ordinaire. 55 % du marché américain reste un espace blanc (SPINS). Le segment éco-actif est conquis — l’enjeu est de rendre le régénératif accessible et lisible pour le consommateur pragmatique.

Conclusion — L’arc 2023–2026 est une instruction

Ces deux analyses de terrain documentent une séquence que le marché mondial est en train de valider : les marques pionnières construisent une offre cohérente avec certification tierce et récit filière, les distributeurs prescripteurs amplifient, les acheteurs professionnels intègrent les certifications régénératives dans leurs critères. Expo West 2026 montre que cette séquence est achevée aux États-Unis — elle arrive en Europe dans 18 à 36 mois. En France, 55 produits et services régénératifs déjà commercialisés prouvent que le modèle tient économiquement — dans tous les secteurs, toutes les tailles, tous les territoires. La question discriminante pour chaque organisation est celle qu’Olivier Hamant (INRAE) formule sans détour : est-ce que le territoire prospère avec mon activité économique ? CQLP l’a fait avec 7 365 consommateurs qui votent le prix. Expanscience l’a fait en concevant TULSINITY® autour de la triple certification dès l’origine. Mars Petcare l’a fait pour un ROI ×8. La régénération ne s’ajoute pas — elle se conçoit. Les Lauriers de la Régénération 2026 — 11 et 12 juin à Paris — sont le moment pour documenter votre offre, obtenir un retour jury structurant, et rejoindre les 55 pionniers qui prouvent déjà que ça marche.

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Vous accompagnez des entreprises dans leur transition — conseil, financement, formation, certification ? Le Regenerative Circle Écosystème est le cercle de pratiques pour les structures qui accompagnent les entreprises vers la régénération. 5 journées sur 12 mois, basées sur le RegenBMC. Monter en compétences collectivement, tisser des relations entre acteurs, délivrer des impacts contributifs dans une logique de coalition.

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Lauriers de la Régénération 2026

11 & 12 juin 2026 · Paris · 3e édition · 55 produits et services régénératifs primés · retour jury structurant

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Livre blanc — Ce que la régénération du vivant change pour les décisions d’entreprise

51 pages · Capacity Score · RegenBMC · 55 lauréats · trajectoire RSE → régénératif · tous secteurs

Lire le livre blanc →

Par où commencer : trois outils, une séquence

Le chemin existe entre « j’ai un reporting CSRD » et « j’ai une offre régénérative certifiable en rayon » — dans tous les secteurs. Mars Petcare l’a démontré dans les services vétérinaires : 250 000 € investis dans la formation de 600 cliniques partenaires ont généré +2 M€ de ventes supplémentaires (ROI ×8), +5 M€ pour l’écosystème, et −40 % de turnover. La boucle est universelle : pratiques régénératives → service à survaleur → marge en triple impact → territoire qui se porte mieux. Lire l’analyse complète →

Trois outils forment la séquence, chacun répondant à une question différente.

Étape 1 — Se situer

Capacity Score →

Votre modèle d’affaires tient-il vraiment dans un monde instable ? 38 questions, 6 leviers, 4 niveaux (Garde-fou → Optimisateur → Architecte → Jardinier). Où en est votre organisation — et où est l’écart entre ce que vous dites et ce que vous faites ? Michelin (45 % N2→N3), Danone (57 % N3), Expanscience (72 % N3→N4) : le même outil pour des trajectoires très différentes. Version flash en 10 minutes disponible.

Étape 2 — Concevoir

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Canvas et ateliers pour concevoir des produits et services à triple impact avec sa coalition de parties prenantes. L’outil qui comble l’écart entre le diagnostic et le produit en rayon. Déployé dans le Regenerative Circle Agri Regen — 5 journées sur 12 mois, 5 500 € / participant, certifié Qualiopi, éligible OPCO.

Étape 3 — Valider

Lauriers de la Régénération →

Candidater, c’est relire son offre à l’aune du cadre Regen by Design — avec un retour jury structurant, lauréat ou non. 55 produits et services documentés dans tous les secteurs (alimentation, cosmétique, textile, énergie, numérique, tourisme, ESS…). Le seul dispositif français qui évalue des offres concrètes en triple profitabilité.

🗂️ Pour aller plus loin — Focus sectoriels Nous Sommes Vivants

Sources

Analyses terrain qualitatives (Nous Sommes Vivants)
The Regenerative Opportunity — France, 32 participants, 4 focus groups Paris, 2023 · flippingbook →
The Regenerative Opportunity — USA, 2023 · flippingbook →

Rapports d’analyse de marché (Nous Sommes Vivants)
Les Produits Régénératifs en France — Marques, Filières, Impacts (122 p.) · flippingbook →
Regenerative Brands — USA, Parts 1–4 (150+ marques) · flippingbook →
Modélisation de la filière laine française avec le Capacity Score (99 indicateurs) · article →
• Livre blanc — Ce que la régénération du vivant change pour les décisions d’entreprise · flippingbook →

Articles de tendances (Nous Sommes Vivants)
La régénération, tendance n°1 d’Expo West 2026, mars 2026 · article →
C’est qui le Patron ?! × LSDH — Lauréat Modèle Économique Régénératif 2025, mars 2026 · article →
Qui va payer pour la régénération de la nature ?, mars 2026 · article →
De l’agriculture régénérative au business model de l’entreprise régénérative, octobre 2025 · article →

Sources externes
• New Hope Network / Informa, Natural Products Expo West 2026 : Trends shaping the future, 19 février 2026
• OTA / SPINS / ROA, Inside Organic Summit, octobre 2025
• NielsenIQ, The Future of Fresh Food, décembre 2024
• Agence Bio / ObSoCo, Baromètre bio, février 2026
• Kantar, Who Cares? Who Does?, 2023
• Bureau Veritas, Indice de Régénération — R² 0,56–0,81 avec Planet Score

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