Sa thèse est simple et forte : la manière dont on met la nature en culture reflète et même explique une certaine vision du monde.
Nous portons la même conviction, formulée autrement : la relation de l’humain à la nature structure les imaginaires, et les imaginaires structurent nos choix jusque dans le quotidien. Deux thèses qui se répondent — celle d’un philosophe libéral qui cultive un hectare en Normandie, et celle d’un collectif qui outille les entreprises. Nous exposons la sienne, puis la nôtre, puis nous passons la première à la seconde.
I. La thèse de Gaspard Koenig
Un hectare et une phrase de Voltaire
Agrophilosophie. Réconcilier nature et liberté paraît aux Éditions de l’Observatoire le 2 octobre 2024, 336 pages. Le point de départ est une phrase célèbre prise au mot : il faut cultiver notre jardin, dit Voltaire — d’accord, mais comment ?
Koenig acquiert un hectare de terrain normand dans lequel il se voit déjà faire prospérer arbres fruitiers et potager, et découvre l’ampleur du travail à venir. Armé d’outils aussi sophistiqués qu’inutiles, de conseils glanés et de livres de spécialistes obtus, le néorural apprend à sarcler, biner et planter. Faire pousser ses haricots est après tout un premier geste vital et éminemment humain.
C’est de cette expérience que sort le livre. Elle en donne le ton — la philosophie de pointe y côtoie les instantanés du néorural, ses déconvenues et ses victoires — et elle en donne la méthode : partir du sol pour remonter aux idées.
La pensée s’explique par le sol
Le jardinier débutant se tourne vers ses vieux amis les philosophes : n’ont-ils pas, eux aussi, des conseils à donner ? Surprise, les grands textes sont peu diserts sur le sujet. Pourtant, au détour d’une page ou d’une métaphore, ils se révèlent. Socrate déambule dans l’herbe fraîche, Locke cueille des pommes, Kant regarde pousser les arbres. Les anarchistes laissent pousser les ronces, les hégéliens veulent des jardins à la française.
De ces indices dispersés, Koenig tire une proposition générale, qu’il formule ainsi :
Le verbe compte. Refléter suppose une correspondance ; expliquer suppose une origine. Koenig avance que le rapport pratique au sol vient d’abord, et que la position philosophique s’y enracine. C’est le geste qui fonde le livre, et sa force tient à ce qu’il rend les visions du monde observables — dans un choix de taille, un rapport à la friche, une manière de tracer une allée.
Quatre espaces, une compagnie de penseurs
Le livre s’organise en conséquence. Il traverse les quatre espaces où l’on cultive son jardin — le verger, le potager, la friche et le jardin d’agrément — en compagnie de philosophes, d’agronomes, d’économistes et de scientifiques. Saint Augustin, Locke, Rousseau, Thoreau, Kant, Élisée Reclus, George Sand et Hegel y sont convoqués, chacun singulier dans son rapport à la terre et aux fruits de son jardin.
L’architecture est significative en elle-même. Elle traite le jardin comme un lieu de pensée à part entière, où chaque parcelle pose une question distincte : ce qu’on cueille, ce qu’on sème, ce qu’on laisse venir, ce qu’on compose pour le plaisir des yeux. Le jardin d’agrément et la friche pèsent ainsi autant que le potager, ce qui écarte d’emblée une lecture purement productiviste du sol.
L’humus, cœur de la thèse
Une matière occupe le centre du dispositif. Interrogé par Décisions Durables, Koenig décrit l’humus comme ce qui redécompose ce qui existe en petits éléments biogènes, ensuite redistribués pour nourrir une vie nouvelle — les corps morts réduits en morceaux par les animaux du sol, comme un Lego qu’on démonterait pour en construire un autre.
L’humus est donc le lieu où la mort produit de la vie. Il assure la continuité du vivant par la décomposition, et cette opération se répète sans fin. C’est ce mouvement que Koenig veut réhabiliter, et c’est à lui qu’il rapporte la question écologique tout entière.
La finitude, et ce qu’elle nous fait dissimuler
De cette description, il tire sa proposition la plus originale.
Le déplacement est considérable. La crise écologique cesse d’être un problème de gestion des ressources pour devenir un symptôme : celui d’une civilisation qui refuse de se voir périssable. Le bitume, la clôture, l’ordre du pavillon deviennent des gestes de refoulement, et la réponse se joue dans un rapport intime au sol et à la mort avant de se jouer dans des politiques publiques.
C’est aussi ce qui donne à sa proposition son caractère de réconciliation. Retrouver le cycle de l’humus revient à accepter sa place dedans, et cette acceptation est présentée comme une libération plutôt que comme un renoncement.
Du seuil à l’habitat
Sa chronique d’août 2026 dans Libération ramasse la thèse dans un geste quotidien. En s’essuyant les pieds, on laisse le monde derrière soi ; retirer les paillassons transforme nos résidences en habitats et fait renouer de plain-pied avec notre écosystème.
L’exemple montre bien la méthode. Un objet domestique, tenu pour insignifiant, porte toute une conception du dedans et du dehors. Le mot qu’il emploie compte également : la résidence désigne un lieu où l’on séjourne, l’habitat désigne un milieu où l’on vit avec d’autres espèces. Passer de l’un à l’autre est le programme du livre en un geste.
Nature et liberté, tenues ensemble
Reste le sous-titre, qui porte l’ambition la plus large : réconcilier nature et liberté. Koenig y célèbre ses deux passions et imagine les contours d’une société réconciliée avec le cycle de l’humus.
Cette position mérite d’être soulignée dans le paysage français, où l’écologie se range volontiers du côté du collectif et de la contrainte. Koenig y accède par le jardin qu’on cultive, la curiosité botanique et le goût de la liberté individuelle, qu’il revendique. Son roman Humus, primé par l’Interallié et le prix Jean Giono, avait déjà traité ces sujets par la fiction, avec une satire du capitalisme vert et du système agricole productiviste ; il y assume d’articuler des points de vue différents et de laisser le lecteur faire le tri. Agrophilosophie reprend ces mêmes sujets en approche théorique et didactique. Le roman garde son statut de roman, et l’essai porte la thèse.
II. Notre thèse, en miroir
Nous partons du même endroit et nous remontons dans l’autre sens. Koenig va de la pratique du sol vers la vision du monde ; nous allons de la relation à la nature vers les pratiques qu’elle engendre — dans une entreprise, une marque, un territoire, un mode de vie.
L’imaginaire est la part invisible du réel
L’écologie est d’abord une affaire de représentations. Les imaginaires influent sur les représentations socio-culturelles et, à travers elles, sur nos choix collectifs. Gilbert Durand estime que toute raison, quelle qu’elle soit, s’élabore à partir du terreau des imaginaires, et il en donne cette définition : l’imaginaire désigne l’ensemble des images, langagières et visuelles, sous-tendues par des croyances intimes et des valeurs, qui permettent une relation au monde.
Un imaginaire se traduit donc dans des choix concrets — ce qu’on accepte de partager, ce qu’on veut protéger, ce qu’on transmet. C’est le point de rencontre exact avec l’agrophilosophie : là où Koenig lit la vision du monde dans la manière de tailler une haie, nous la lisons dans la manière de concevoir un produit, de rémunérer un fournisseur ou d’aménager un quartier.
Crise des ressources ou crise de lien
Selon la représentation que l’on se fait de la nature, on perçoit deux situations entièrement différentes.
Une crise des ressources — il faut limiter les activités humaines, rester dans les limites planétaires, ne pas laisser de traces. Cette représentation produit des imaginaires de restriction, et des récits qui parlent de ce que je vais perdre.
Une crise de lien — le potentiel du vivant est immense, il s’agit de tisser des liens mutuellement bénéfiques pour bien vivre tous ensemble sur Terre. Cette représentation produit des imaginaires de prospérité, et des récits qui parlent de ce qu’on va tous gagner.
Cette bifurcation commande tout le reste. Elle explique pourquoi la même donnée scientifique produit des politiques opposées, des offres opposées et des récits opposés. Et elle situe précisément l’apport de Koenig : sa réconciliation avec le cycle relève de la seconde famille, celle qui parle de liens plutôt que de quotas.
Les quatre relations à la nature
La Fresque des Imaginaires distingue quatre relations, telles que les identifie l’IPBES et telles que Nicole Huybens les a développées. Chacune se reconnaît à ce qui y porte la valeur, à la posture que l’humain y adopte et au récit qu’elle engendre.
Vivre DE la nature · Anthropocentrisme · Limiter · le Garde-fou. Les besoins de sécurité et de confort sont prédominants, dans un individualisme de type égocentrique : les humains exploitent les ressources naturelles, et il convient de poser des limites à cette exploitation pour transmettre ces ressources aux générations futures. Humains et non-humains sont des entités antagonistes. Récit : tenir, résister, extraire. Imaginaire social : la sobriété. Mythe : la Genèse.
Vivre DANS la nature · Biocentrisme · Réduire · l’Optimisateur. La souffrance des non-humains est ressentie et la destruction de la vie est un fait scientifique — un holisme avec pathos et affects. La valeur intrinsèque du vivant est reconnue, la nature restant sous la responsabilité des humains, seuls à pouvoir la conserver intacte. Récit : à quoi renoncer pour préserver les conditions de vie. Imaginaire social : la décroissance. Mythe : l’Âge d’or.
Vivre AVEC la nature · Écocentrisme · Restaurer · l’Architecte. La compréhension du vivant est acquise, les interrelations systémiques sont pensées et intégrées, et le système possède une valeur absolue. Les humains s’en remettent à la nature qui fait bien les choses, à ses cycles naturels et aux écosystèmes à l’équilibre. Ils sont à égalité avec les non-humains, dans une destinée commune que la nature conduit. Récit : la résilience, la robustesse, la reconstruction. Imaginaire social : l’adaptation. Mythe : Gaïa.
Vivre CONNECTÉ à la nature · Multicentrisme · Régénérer · le Jardinier. L’interdépendance des êtres vivants au sein des écosystèmes est reconnue. Cette vision repose sur la maturité des individus, leur capacité de dialogue et de compréhension de tous les autres, y compris des non-humains. Les humains ont collectivement une emprise sur leur destinée commune s’ils agissent en symbiose pour améliorer leurs conditions de vie sur terre. Récit : la contribution, la symbiose, la prospérité comme conséquence du soin du vivant. Imaginaire social : la co-évolution. Mythe : Dionysos.
Le multicentrisme est la seule approche dans laquelle l’humain est dans une posture active de contribution, dans une idée de co-évolution. C’est l’imaginaire de la régénération.
Les mythes fondateurs expliquent la répartition observée dans la culture. La Genèse — « remplissez la terre et soumettez-la » — et le mythe de l’autonomie moderne ont engendré la fiction occidentale depuis la Renaissance. Gaïa, la Terre comme système vivant d’interdépendances, et Dionysos, la dissolution de la frontière humain / non-humain, restent des matrices plus rares. Les mythes fondateurs des imaginaires écologiques →
De l’atome au mycélium
La progression d’un niveau à l’autre transforme la nature même du sujet. L’image la plus précise vient de la biologie : d’un côté l’atome nucléaire, qui se suffit à lui-même, entité séparée qui gère ses propres intérêts ; de l’autre le mycélium, qui vit en symbiose, constitué par ses relations, capable d’exister à l’intérieur de son réseau. Anna Lowenhaupt Tsing, dans Le champignon de la fin du monde, montre que le matsutake pousse dans des forêts perturbées, en symbiose avec des humains, des arbres et des sols dégradés.
Arne Næss l’avait formalisé dans son écosophie : le Soi s’élargit par identification progressive aux autres êtres vivants, du Soi étroit — l’ego isolé qui gère ses intérêts dans son silo — jusqu’au Soi écologique, dont l’épanouissement est inséparable de celui de son milieu. Ce grand Soi est l’accomplissement maximal de l’individu.
Moi atomique — l’individu séparé dans son silo.
Moi holiste-espèces — l’humain parmi les vivants à protéger.
Moi holiste-société — l’humain situé dans son écosystème social et territorial.
Moi relationnel — l’humain comme nœud de relations dans une trame vivante.
La Fresque travaille ces transformations à travers trois cercles d’attention — Moi, Les autres, La nature — parce qu’une relation au vivant se joue simultanément sur les trois. Prendre soin de soi, des autres et de la nature relève d’un même mouvement.
Ce qui départage restaurer et régénérer
C’est la distinction la plus utile de notre grille, et la plus exigeante. Au troisième niveau, l’objet est l’écosystème comme système : on le restaure, on maintient son équilibre, on revient à un état fonctionnel. Au quatrième, l’objet est la capacité du vivant au sein de l’écosystème : on augmente la capacité intrinsèque de chaque être vivant à s’épanouir et à contribuer dans son milieu.
La régénération est ainsi un changement de la nature des relations — entre les humains, entre les humains et le vivant non humain, entre une activité économique et le territoire qui la rend possible. Elle commence dans la façon d’entrer en relation ; les pratiques, les modèles économiques et les innovations en découlent.
III. L’agrophilosophie passée à la grille
Les deux thèses posées, la lecture devient simple. L’agrophilosophie se situe dans le troisième imaginaire. L’image que Koenig a choisie l’y place à elle seule, et deux autres marqueurs le confirment.
L’humus est la métaphore écocentrique par excellence
Le choix de l’image dit déjà l’imaginaire. L’humus figure le cycle de la vie à la mort : ce qui meurt se décompose, se redistribue et nourrit une vie nouvelle, indéfiniment. C’est le mouvement de Gaïa même — la Terre comme système vivant d’interdépendances, où chaque disparition alimente le retour à l’équilibre.
En plaçant l’humus au centre, Koenig place au centre ce que l’écocentrisme tient pour la valeur suprême : la continuité du système et sa capacité à se rétablir. Le jardin, l’hectare normand, la maison et son seuil sont les lieux où il l’observe, et il y excelle.
La place de l’humain : s’en remettre au cycle
Dans la vision écocentrique, les humains s’en remettent à la nature qui fait bien les choses, à ses cycles naturels et aux écosystèmes à l’équilibre ; ils sont à égalité avec les non-humains, dans une destinée commune que la nature conduit.
La finitude occupe précisément cette place chez Koenig. L’humain y vaut comme corps promis à la décomposition, pris dans un cycle qui le traverse et qui le dépasse, et la sagesse consiste à l’accepter. La réconciliation qu’il propose consiste à retrouver sa juste place dans ce mouvement.
Le vocabulaire : le registre du rétablissement
Réconcilier, renouer, se remettre dans le cycle : ces verbes désignent le retour d’un fonctionnement et la réparation d’une relation. Ils appartiennent au troisième imaginaire, celui du devoir et de la réparation, et le signent.
Habiter : quatre façons de tenir le seuil
Le geste du paillasson gagne à se lire sur les quatre niveaux, d’autant qu’habiter est l’une des thématiques de l’atelier, travaillée sous la forme « habiter sur Terre en 2050 ». Notre lecture des villes imaginaires en donne les quatre versions.
Limiter — la cité organisée pour servir la puissance humaine, forteresse et machine de domination. Le récit : tenir, résister, extraire.
Réduire — l’habitat qui diminue son empreinte et protège le vivant comme objet extérieur, sous une logique morale et curative.
Restaurer — l’habitat inscrit dans un système d’interdépendances qu’il gère et répare, qui s’inspire de la nature pour s’adapter. C’est ici que le geste de Koenig se place.
Régénérer — l’habitat dont chaque pas en avant augmente la capacité du vivant qui l’entoure, humains compris.
Le paillasson retiré fait franchir un cran réel, et il dit précisément où passe le cran suivant : entre la maison qui renoue avec son écosystème et l’habitat dont l’activité renforce ce que le milieu peut devenir. L’architecture régénérative, une nouvelle relation à la nature →
Un précédent dans notre corpus : Shangri-La
Nous avons passé 38 cités imaginaires à cette grille — mythes, littérature, cinéma, jeu vidéo. La distribution est nette : 45 % relèvent de l’anthropocentrisme, 18 % du biocentrisme, 24 % de l’écocentrisme, et cinq seulement incarnent la régénération — Rivendell, Wakanda, Miyazaki, Avalonia et Avatar/Pandora.
Parmi les neuf cités écocentriques, une éclaire directement le cas de Koenig. Shangri-La, la vallée himalayenne de Lost Horizon, maintient une vitalité intacte : longévité, harmonie avec le milieu de montagne, sagesse cultivée sur des générations, écosystème préservé. Notre analyse y reconnaît une posture qui tient presque de celle du jardinier, et qui relève de l’écocentrisme parce que la contribution suppose d’agir dans le monde.
L’hectare normand tient la même place que la vallée de Hilton : un lieu où la vitalité se cultive avec soin, une sagesse qui se transmet par le livre, et une contribution qui reste à l’échelle du seuil. C’est une position pleine et cohérente, et elle laisse ouverte la question de ce qu’une activité économique fait à son territoire. Les 38 cités imaginaires au prisme des 4 imaginaires →
IV. Ce que sa position ouvre pour nous
Une écologie qui passe par la liberté
Koenig arrive à cet imaginaire depuis la tradition libérale, et il tient ses deux passions ensemble jusque dans son sous-titre. Les chiffres montrent pourquoi cette porte compte.
L’Observatoire des perspectives utopiques de l’ObSoCo, mené avec l’ADEME et Bpifrance, plaçait en 2022 l’utopie écologique à 51 % des Français, l’utopie identitaire-sécuritaire à 39 % et l’utopie techno-libérale à 10 %. Parmi les six visages de Français qu’il dessine, les modernes pèsent 29 %, à égalité avec les modérés sécuritaires, devant les modérés verts à 20 %.
Notre enquête avec Ipsos éclaire le blocage. Interrogés sur ce que « être écolo » suppose de renoncements, les Français citent d’abord les gestes peu coûteux — recycler et limiter les emballages à 40 %, réduire sa consommation d’eau et d’électricité à 40 %, changer son alimentation à 34 %. Les gestes qui touchent au confort plafonnent : réduire l’usage de la voiture à 17 %, renoncer aux voyages lointains à 10 %, préférer le train à l’avion à 8 %.
C’est un renfort de poids pour l’écologie populaire, ce mode de vie à la fois responsable et désirable ancré dans le quotidien. Les entreprises et les territoires qui s’adressent à des publics attachés à la liberté d’agir trouveront chez lui une porte d’entrée efficace. Vers l’écologie populaire →
Ce que cela change pour une entreprise
Le quatrième imaginaire ajoute une question à celle du cycle : celle de l’emprise et des capacités. Les humains y ont collectivement une emprise sur leur destinée commune s’ils agissent en symbiose pour améliorer leurs conditions de vie sur terre.
— Livre blanc, Nous Sommes Vivants
Chaque imaginaire porte son modèle économique : la sobriété, la décroissance, l’économie circulaire, l’économie régénérative. Et chacun sa posture de dirigeant : le Garde-fou, l’Optimisateur, l’Architecte, le Jardinier. Une entreprise qui se reconnaît dans l’agrophilosophie tient la posture de l’Architecte — elle gère ses interdépendances, restaure son milieu, maintient l’équilibre du système dont elle dépend.
Le pas suivant prend une forme précise, et c’est là que la place est à prendre : l’offre elle-même porte la contribution. Plus on vend, plus le milieu et les gens qui y habitent se renforcent, et la rentabilité vient de là — sous deux conditions, avoir d’abord réduit ses impacts négatifs et répondre à un besoin réel. L’objectif est de rendre plus que ce qui a été prélevé, afin que la biocapacité augmente.
Deux outils permettent d’y travailler. Le Capacity Score situe l’entreprise sur les quatre niveaux et identifie ses leviers prioritaires. Le business model canvas de l’entreprise régénérative conçoit l’offre qui porte la contribution, en cinq ateliers.
L’agrophilosophie prépare ce terrain avec soin. Elle réinstalle le sol au centre, elle rend les visions du monde lisibles dans les gestes, elle réconcilie l’individu avec sa finitude. Sur cette base, la question suivante s’ouvre d’elle-même : quelles activités économiques augmentent la capacité du vivant dans le lieu qu’elles habitent.
Sources : Gaspard Koenig, entretien au Monde, 23 août 2026 (titre et chapô) · Agrophilosophie. Réconcilier nature et liberté, Éditions de l’Observatoire, 2 octobre 2024, 336 p., présentation longue de l’éditeur et notice Electre · Centre André-Chastel, Sorbonne Université, présentation de l’agrophilosophie, février 2025 · Humus, Éditions de l’Observatoire, prix Interallié et prix Jean Giono · grand entretien, Décisions Durables, 2025 · entretien, Zone Critique, janvier 2024 · chronique sur les paillassons, Libération, août 2026 · ObSoCo × ADEME × Bpifrance, Observatoire des perspectives utopiques, 2022 · Ipsos × Nous Sommes Vivants, transition écologique et nouveaux comportements · Nous Sommes Vivants, Les 4 relations à la nature, Les villes imaginaires et le livre blanc.
→ La Fresque des Imaginaires — composer sa propre vision, seul ou en équipe
→ Les 38 cités imaginaires au prisme des 4 imaginaires de l’écologie
→ Les mythes fondateurs de l’écologie moderne
→ Le Capacity Score pour se situer
→ Livre blanc — ce que la régénération veut dire pour une entreprise

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