La ville régénérative avec les habitants, humains comme non humains

Un cahier des charges commence généralement par la demande du maître d’ouvrage. Un processus de conception régénérative commence par une autre question : de quoi les habitants de ce lieu ont-ils besoin pour que leur vie — humaine et non humaine — soit pleine ? Ce déplacement — de la demande vers les vivants — change le rôle de l’architecte, la structure de l’AMO, les indicateurs de succès, et la nature même du programme.

Conception régénérative — Nous Sommes Vivants

Architecture régénérative — Nous Sommes Vivants


1. La question des habitants — avant le cahier des charges

Un maître d’ouvrage arrive avec un programme : « Je veux rénover ce bâtiment avec des matériaux biosourcés. » « Je veux construire 50 logements ici. » C’est une demande légitime. C’est une invitation adressée aux habitants. Le processus de conception régénérative commence par suspendre cette demande — non pas pour l’ignorer, mais pour la reposer comme point de départ d’une exploration. Qui habite ce lieu ? Quelles sont leurs conditions de vie réelles ? Qu’est-ce qui manque pour que leur vie soit pleine ? Et les non humains — quels êtres vivants partagent ce territoire, et qu’est-ce que ce projet peut faire pour que leur vie soit pleine elle aussi ?

C’est la distinction que le Capacity Score de Nous Sommes Vivants opère dans le levier L4 — Innovation produit. La première question posée à toute organisation : quel est votre point de départ ? La demande marché ? Les données d’impact à réduire ? Ou « le potentiel des écosystèmes et des communautés d’un territoire donné, créant de la valeur économique partagée » ? C’est une révélation de posture. Et la posture change tout ce qui suit : comment on choisit ses inspirations, comment on arbitre les choix de conception, comment on mesure le succès.

« La régénération selon Nous Sommes Vivants, c’est les ressources nécessaires au vivant — focus sur le vivant humain et non humain, capacité du vivant à atteindre son plein potentiel. Et c’est très ancré sur un territoire, cette approche. »

— Jérémy Dumont, fondateur de Nous Sommes Vivants, animateur de la table ronde Architecture Régénérative des Lauriers de la Régénération


2. Les habitants humains — leurs besoins non satisfaits comme programme

Le processus régénératif ne part pas d’un programme technique. Il part des êtres humains qui habitent ou habiteront le lieu — leurs conditions de vie réelles, leurs besoins non satisfaits, leurs capacités à développer. L’architecte n’est plus le concepteur qui projette une vision sur un lieu. Il est celui qui écoute assez profondément pour que le programme émerge des habitants eux-mêmes.

Le Hameau des Montgolfiers — quand les habitants écrivent le programme

François Peyrard, architecte DPLG (Nouveaux récits), intervenant de la table ronde Architecture Régénérative des Lauriers de la Régénération 2025 animée par Nancy Picard (Ecotransition), formule le principe : « L’architecture, le bâtiment vient dans un second temps. Il y a d’abord autre chose qui se passe avant. » Le Hameau des Montgolfiers est né d’un besoin humain précis et non satisfait : des familles de personnes autistes qui rêvaient d’un lieu bienveillant où leur enfant pourrait vivre avec d’autres. Peyrard n’a pas commencé par un plan masse. Il a commencé par une réunion publique — 200 personnes sur 1 000 habitants — avec une seule question ouverte : « Comment voulez-vous vous aider ? » Le programme a émergé : logements inclusifs, tiers-lieu « la Papoterie », verger partagé, société coopérative. L’architecture est arrivée en dernier. Elle était la réponse à une vie collective déjà en train de s’inventer.

« Plutôt que critiquer le système, on invente le client qui nous va bien. »

— François Peyrard, architecte DPLG, Nouveaux récits · Lauriers de la Régénération 2025

Saint-Mars du Désert — « En fait, c’est nous le tiers-lieu »

À Saint-Mars du Désert (Loire-Atlantique), la commande initiale à Marika Frenette (Wigwam®) était : rénover une maison avec des matériaux biosourcés. Six ans de processus plus tard, un habitant dit lors d’un atelier : « En fait, c’est nous le tiers-lieu. » La maire à l’inauguration en 2025 : « Si j’ai fait un deuxième mandat, c’est à cause de ce projet — ça m’a redonné confiance dans la démocratie. » La commune parle depuis d’un « archipel de tiers-lieux. » Les habitants du territoire avaient des besoins que personne n’avait formalisés. Le processus de conception les a rendus visibles — et le bâtiment en est devenu la réponse.

La communauté comme système vivant

Michelle Holliday (thrivability — source externe, framework utilisé dans les ateliers du Business Model Régénératif de Nous Sommes Vivants) formalise ce que ces praticiens appliquent intuitivement : les communautés sont des systèmes vivants. Elles ont besoin de quatre conditions simultanées. Diversité : variété des membres et des perspectives qui génère de nouvelles possibilités. Nourishment : être nourries dans leur humanité — sens, reconnaissance, sécurité psychologique. Relations : qualité des liens, pas somme des parties. Émergence : ce qui surgit quand les trois premières conditions sont réunies — et qui ne peut pas être programmé. Le processus de conception régénérative crée ces quatre conditions avant de toucher au programme technique. C’est exactement ce que le Hameau des Montgolfiers et Saint-Mars ont produit.


3. Les habitants non humains — la biodiversité comme programme, pas décoration

L’autre catégorie d’habitants que le processus régénératif consulte avant d’écrire le programme, ce sont les êtres non humains — les espèces qui vivent sur ce territoire, les sols qui les portent, les corridors écologiques qui les relient. Emmanuel Régent (fondateur de Biodiversio, intervenant de la table ronde Architecture Régénérative des Lauriers de la Régénération 2024 animée par Jérémy Dumont) pose le diagnostic sans ménagement : « Même les meilleurs architectes font un paysage — ils ne créent pas de biodiversité. » De Marseille à Lille, les mêmes 10 à 20 espèces végétales se répètent sur tous les projets, souvent importées, parce qu’elles « font jolies ». Zéro biodiversité fonctionnelle. Zéro habitat pour les êtres non humains du territoire.

La différence est de paradigme. Elle est de posture : traiter la biodiversité comme décoration de la demande du maître d’ouvrage, ou la traiter comme le programme lui-même — répondre aux besoins des habitants non humains autant qu’à ceux des habitants humains. Concrètement, cela signifie qu’avant d’écrire le cahier des charges, on cartographie les corridors écologiques existants, on identifie les espèces présentes, on analyse la qualité des sols — et on se demande : quels êtres non humains vivent ici, et qu’est-ce que ce projet peut faire pour que leur vie continue ?

Trois questions à poser aux habitants non humains avant le programme

Qui vit ici ? Quelles espèces habitent ce sol, ces murs, ces arbres existants ? Un écologue sur chaque projet — comme le fait Redman Méditerranée — répond à cette question avant toute conception. C’est une écoute des habitants.

Comment circulent-ils ? Une abeille sauvage couvre 300 m de rayon, un oiseau 50 km par jour. Le projet est un nœud dans un réseau d’habitats. La trame verte et bleue est le premier document à lire.

Qui va s’occuper d’eux dans 10 ans ? La biodiversité ne se programme pas — elle s’accompagne. La gestion est une composante du programme architectural, pas une prestation annexe.

Fab Tree Hab / TerreformONE — quand les non humains sont co-auteurs du bâtiment

Le projet Fab Tree Hab de TerreformONE (New Windsor, État de New York, inauguré en 2024) pousse ce principe jusqu’à sa limite radicale : les arbres eux-mêmes construisent le bâtiment. Des essences indigènes sont greffées et guidées par un échafaudage bio-sourcé conçu numériquement pour former les murs et les toits de l’habitat. Le bâtiment est vivant — il continue de pousser, de se transformer, d’accueillir d’autres espèces (oiseaux, insectes, champignons, petits mammifères). TerreformONE l’appelle un « récif terrestre » : une structure qui soutient la vie autant qu’elle l’abrite. Les habitants non humains ne sont pas intégrés au programme — ils sont le programme.


4. L’AMO régénératif — l’espace institutionnel pour écouter les habitants

En France, les marchés publics imposent une phase d’Assistance à Maîtrise d’Ouvrage avant toute conception. Dans la pratique conventionnelle, c’est une phase de formalisation du programme : on traduit la demande du maître d’ouvrage en cahier des charges. Dans la pratique régénérative, Marika Frenette (Wigwam®), intervenante de la table ronde Architecture Régénérative des Lauriers de la Régénération 2025, identifie cet espace comme une opportunité rare : « Du temps obligatoire, donc non remis en question » — la seule fenêtre institutionnalisée pour poser les questions d’avant. Non pas « comment construire ? » mais « pour qui, avec qui, et est-ce que c’est vraiment ça dont les habitants ont besoin ? »

L’AMO régénératif ne questionne pas le programme technique du maître d’ouvrage. Il questionne si ce programme répond aux besoins réels des habitants. La première demande est le point de départ d’une exploration — pas le programme. Emmanuel Powels (Green Living Projects / Regenerative Place, intervenant de la table ronde Architecture Régénérative des Lauriers de la Régénération 2024) nomme le même impératif : « Il faudrait de l’éco-design — arriver très en amont, avant qu’il y ait un cahier des charges, quand c’est encore une intention. »

Cas · Saint-Mars du Désert — Marika Frenette (Wigwam®) · Intervenante Lauriers de la Régénération 2025

La commande : rénover une maison. Le résultat : une démocratie retrouvée.

L’AMO a servi à poser une seule question aux habitants : « De quoi avez-vous réellement besoin ici ? » Non pas comme consultation — comme processus. Les réponses ont réécrit le programme. Une maison de quartier est devenue un tiers-lieu co-construit sur six ans, référencé nationalement. La maire a refait un mandat grâce à ce projet. Ce sont les habitants qui ont fait émerger le lieu — l’architecte a rendu cela possible. L’architecte a rendu cela possible.

La note d’âme — choisir les architectes par leur capacité d’écoute

À Saint-Mars du Désert, Marika Frenette a obtenu une dérogation ministérielle pour sélectionner les jeunes architectes sans demander de proposition dessinée. La condition : une « note d’âme » — comment ils perçoivent les habitants et l’âme du territoire. Une sélection fondée sur la capacité à écouter plutôt que sur la capacité à projeter. Deux contraintes supplémentaires : être mentorés par un professionnel plus expérimenté, et présenter leur travail habituel aux habitants — « démystifier le métier de l’architecte. » Première étape : que les habitants comprennent qui va concevoir pour eux.

L’architecture invisible — le travail qui rend possible le reste

Marika Frenette nomme « l’architecture invisible » l’ensemble du travail qui ne sera jamais inauguré ni photographié — et qui est pourtant la condition de tout ce qui le sera. La mise en relation des habitants, l’émergence de leurs besoins non formulés, la construction de la confiance, l’alignement des imaginaires. « Je me présente parfois comme une architecte de l’invisible — comment on conçoit ce qui va permettre que l’architecture visible existe et soit régénérative. » Si elle ne voit pas ce travail dans un projet, c’est le signal que le bâtiment est « décorrélé, déraciné de ses habitants — peut-être une sculpture, mais certainement pas une architecture. »


5. La communauté co-auteure — les habitants inventent

Il y a une différence fondamentale entre consulter des habitants et les constituer comme co-auteurs. La consultation produit un programme validé par des habitants. La co-authorship produit un programme inventé par des habitants — et un collectif qui se reconnaît dans le lieu parce qu’il l’a fait émerger.

Consultation

Le programme existe. On le soumet aux habitants. Ils valident ou ajustent. Le projet reste celui du maître d’ouvrage. Les habitants sont des bénéficiaires consultés.

Participation

Les habitants co-conçoivent certains éléments. La base du programme existe déjà. Le maître d’ouvrage garde l’initiative. Les habitants sont des contributeurs.

Co-authorship régénératif

Le programme émerge du processus. Les habitants l’inventent. « En fait, c’est nous le tiers-lieu. » Ils ne valident pas — ils créent. Et ils continueront de créer après la livraison.

Corine Mermillod (co-fondatrice d’Archidoers, formée à l’Institut Regenesis en 2019, intervenante de la table ronde Architecture Régénérative des Lauriers de la Régénération 2025) : « Le territoire sait tout. Le territoire nous parle, il suffit de l’écouter. » Cette écoute passe par les habitants — humains et non humains. Du Plessis (2012) — dans sa formalisation académique des conditions du projet régénératif — pose cette co-authorship comme condition structurelle : « Des processus participatifs et réflexifs continus sont nécessaires — pas un atelier en début de programme, mais une posture maintenue pendant toute la durée du projet. » Et après. François Peyrard : « C’est pas parce qu’on construit quelque chose aujourd’hui que tout est prévu. On lui permet aussi de continuer à évoluer. »

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Table ronde · Lauriers de la Régénération 2025 · Nancy Picard (Ecotransition)

Architecture régénérative — François Peyrard · Corine Mermillod · Marika Frenette

Les trois praticiens documentés dans cet article — Hameau des Montgolfiers, Saint-Mars du Désert, vernaculaire comme système vivant — racontent comment la conception régénérative part des habitants. Note d’âme, architecture invisible, co-authorship.

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Table ronde · Lauriers de la Régénération 2024 · Jérémy Dumont, fondateur de Nous Sommes Vivants

Architecture et biodiversité régénératives — Emmanuel Powels · Emmanuel Régent

Emmanuel Régent (Biodiversio) sur la biodiversité fonctionnelle comme programme — pas décoration. Emmanuel Powels (Regenerative Place) sur les habitants non humains comme co-auteurs du lieu. Écocentrisme, pas japonais, Living Building Challenge.


6. Le Business Model Régénératif — les 5 ateliers comme réponse

Les cinq questions soulevées dans cet article ont une réponse opérationnelle : le Business Model Régénératif de Nous Sommes Vivants. C’est un outil de co-création. C’est le processus qui rassemble toutes les parties prenantes d’un lieu — présentes et absentes, humaines et non humaines — pour co-créer le cahier des charges et co-créer le lieu lui-même. Il ne vient pas après le programme : il est le processus par lequel le programme émerge des habitants.

Atelier 1

Qui sont les habitants ?

Cartographie des 4 capitaux du territoire : humain (besoins, compétences, communautés), relationnel (parties prenantes présentes et absentes), matériel (sols, bâtiments, ressources), immatériel (histoire, culture, mémoire du lieu). Avant d’écrire une ligne de programme.

Atelier 2

Quels effets sur la vie des habitants ?

Distinction entre effet direct (contribution intentionnelle et mesurable pour les habitants directs — N3) et effet systémique (changement non programmé dans la vie du territoire — N4). Appliqué à la Maison des canaux (codev Nous Sommes Vivants × Métropole de Tours Val de Loire) : l’effet direct est un espace régénératif ; l’effet systémique est la recomposition des circuits locaux.

Atelier 3

Comment maximiser les contributions au vivant humain et non humain ?

Identification des services que le lieu peut rendre à ses habitants humains (autonomie, liens, santé, emploi) et non humains (biodiversité fonctionnelle, sols vivants, corridors écologiques). Question pivot : quelles capacités du vivant ce projet va-t-il créer là où elles n’existaient pas ?

Atelier 4

Quelles parties prenantes absentes ? Co-créer le cahier des charges

C’est le cœur du processus : rassembler autour de la table les habitants présents et ceux qui devraient l’être — associations de quartier, écologue, gestionnaire du corridor écologique voisin, futurs usagers, représentants du vivant non humain. La demande initiale du maître d’ouvrage se transforme en cahier des charges co-émergé. C’est exactement ce qu’a fait Marika Frenette à Saint-Mars du Désert et François Peyrard avec les familles du Hameau des Montgolfiers.

Atelier 5

Triple impact contributif — le modèle économique tient-il ?

Impact humain — les habitants vivent-ils mieux grâce à ce lieu ? Impact non humain — la biodiversité, les sols et les corridors progressent-ils ? Profit — le modèle est-il viable et reproductible ? Les trois se renforcent mutuellement : c’est le retournement de finalité. La rentabilité est la conséquence naturelle de la régénération quand les deux autres impacts sont activés. ETIC (76,1 % · N4 · Capacity Score Nous Sommes Vivants) en est la démonstration la plus documentée en France.

Cas · ETIC Foncièrement Responsable · Capacity Score 76,1 % · N4

Le triple impact contributif — humain, non humain, profit — en chiffres

1 606

emplois · 176 organisations
Impact humain

Technosols

sols créés de zéro
Impact non humain

64 M€

patrimoine · 3-5 % retour
Profit

SAS agréée ESUS, triple bilan opérationnel — aucun critère ne prend le pas sur un autre. En 2024, résultat net -661 k€ : ETIC a maintenu Enercoop et ses QUINTESSENTIELLES (critères de sélection des résidents non assouplis). 671 t de CO₂ évité. Coévolution au Château de Nanterre : technosols, 4 associations cultivant le vivant non humain, United Kitchens, collaborations scientifiques.

Cécile Galoselva, Lauriers de la Régénération 2025 : « Dès qu’on répare des lieux et qu’on relie les humains, les solutions émergent naturellement parce que le vivant, c’est plus fort que tout — ça se repousse quand on lui laisse la possibilité. » Analyse Capacity Score ETIC complète →


7. Les indicateurs de vitalité — est-ce que la vie des habitants s’est améliorée ?

Si le processus régénératif part des besoins des habitants, ses indicateurs de succès doivent mesurer si ces besoins ont été satisfaits — pas si le bâtiment est performant. Le levier L4 du Capacity Score pose la question : « Quels effets observables ? » À un niveau contributif, la réponse est : « Levier commercial croissant — argument de préférence. » Mais au niveau régénératif, la question va plus loin : est-ce que les habitants humains et non humains du territoire vivent mieux grâce à ce projet ?

528 → 691

habitants de Juluchuca
2006 → 2020 · Playa Viva

0,6 %

absentéisme ETIC
vs 6,7 % moyenne FR

65 %

sorties emploi/formation
Halage / Lil’Ô

Un mandat de plus

la maire de Saint-Mars
grâce au tiers-lieu

Ces indicateurs mesurent des vies d’habitants — pas des kWh/m² ni des labels. Playa Viva (cas documenté dans les références des Lauriers de la Régénération) mesure la population du village de Juluchuca — passée de 528 à 691 habitants entre 2006 et 2020 — pas son taux d’occupation. ETIC mesure l’absentéisme de ses salariés et la santé des 176 organisations hébergées. Halage mesure les sorties vers l’emploi de ses équipes d’insertion ET la vitalité des sols créés. La grille Malcolm Wells (1969) propose un cadre : un bâtiment régénératif devrait obtenir un score positif sur les 22 critères qui mesurent sa contribution au vivant — incluant, comme critère à part entière, « est beau » (+100). La beauté comme signal que le rapport aux habitants — humains et non humains — est juste.


8. Le manifeste ICA Wallonie-Bruxelles — 29 points pour une architecture des habitants

En 2023, l’Institut Culturel d’Architecture Wallonie-Bruxelles publie, à partir de 251 projets soumis, un manifeste en 29 points intitulé « Vers une démarche architecturale régénérative. » Ce qui frappe à la lecture : les six thèmes récurrents identifiés — nouvelle ruralité, frugalité, gouvernance, réappropriation, espaces ouverts, mutation des pratiques — sont tous des réponses à des besoins d’habitants. Pas des réponses à des cahiers des charges. Les habitants avaient besoin de lieux à réapproprier, de gouvernance partagée, d’espaces ouverts qui leur appartiennent. Les projets documentés ont commencé par écouter ces besoins.

La question finale du manifeste résonne directement avec la pratique de Marika Frenette, François Peyrard et Corine Mermillod : « Et si la Wallonie — et par extension, si la France — faisait preuve d’ambition pour son territoire ? Pourquoi la régénération ne deviendrait-elle pas exemplaire à l’échelle européenne ? » La réponse n’est pas dans les certifications. Elle est dans les processus — dans la capacité à écouter les habitants avant d’écrire le programme.


9. Par où commencer

Que vous soyez architecte, AMO, bureau d’études ou maître d’ouvrage, trois étapes permettent d’engager un processus de conception régénérative centré sur les habitants.

Étape 1 — Capacity Score : révéler votre posture de départ sur le levier L4

Le levier Innovation (L4) du Capacity Score révèle si votre processus de conception part de la demande marché, des impacts à réduire, ou du potentiel des habitants du territoire. 20 minutes, gratuit. Le point de départ pour identifier votre verrou de transformation.

Étape 2 — Fresque des Imaginaires : déplacer les imaginaires des équipes

La Fresque des Imaginaires de Nous Sommes Vivants permet à une équipe de projeter collectivement un projet dans un futur où les habitants humains et non humains sont au centre. C’est l’outil qui rend désirable le déplacement — avant même de travailler le programme.

Étape 3 — Business Model Régénératif : co-créer le cahier des charges avec tous les habitants

Le Business Model Régénératif de Nous Sommes Vivants est l’outil qui rassemble toutes les parties prenantes d’un lieu — présentes et absentes — pour co-créer le cahier des charges et co-créer le lieu lui-même. Il ne vient pas après le programme : il est le processus par lequel le programme émerge des habitants humains et non humains. En 5 ateliers, il cartographie les actifs du territoire, distingue les effets directs des effets systémiques, identifie les parties prenantes manquantes, et construit le modèle économique depuis la vitalité du vivant. Utilisé par Nous Sommes Vivants avec la Métropole de Tours Val de Loire — analyse de 4 espaces de travail régénératifs et co-conception des cahiers des charges correspondants.

Paris · 11-12 juin 2026

Lauriers de la Régénération 2026

Marika Frenette · François Peyrard · Corine Mermillod — et les prochains lauréats de la conception régénérative

Sources

— Frenette, M. Wigwam®. Table ronde Architecture Régénérative, Lauriers 2025, Nous Sommes Vivants.
— Peyrard, F. Architecte DPLG, Nouveaux récits. Table ronde Architecture Régénérative, Lauriers 2025.
— Mermillod, C. Archidoers. Table ronde Architecture Régénérative, Lauriers 2025.
— Régent, E. Biodiversio. Table ronde Lauriers 2024, Nous Sommes Vivants.
— Powels, E. Regenerative Place. Lauriers 2024, Nous Sommes Vivants.
— Du Plessis, C. (2012). Towards a regenerative paradigm for the built environment.
— Holliday, M. The Age of Thrivability. Cosimo Books, 2016.
— TerreformONE. Fab Tree Hab. New Windsor, New York, 2024. magnabal.com
— ICA Wallonie-Bruxelles. Inventaires #4 2020-2023. Manifeste « Vers une démarche architecturale régénérative. » 2023.
— Wells, M. (1969). Gentle Architecture — grille d’évaluation régénérative, 22 critères.
— Dumont, J. Capacity Score L4 — Innovation produit. Nous Sommes Vivants, 2025.

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