Nous Sommes Vivants a lancé le manifeste du made in France contributif

Jérémy Dumont, intervention d'ouverture sur le Made in France contributif aux Lauriers de la Régénération 2026

Lauriers de la Régénération 2026

Le 12 juin 2026, à Paris, Nous Sommes Vivants a lancé le manifeste du made in France contributif et l’a remis aux ministères de l’Agriculture, de l’Industrie et du Commerce.

Deux yaourts côte à côte en rayon, tous deux « fabriqués en France ». L’un fait vivre un éleveur payé au-dessus de son coût de production et des prairies qui abritent la biodiversité ; l’autre presse ses fournisseurs et appauvrit ses sols. Rien sur l’emballage ne permet de les distinguer. Voilà le vrai sujet du made in France : pas seulement où c’est produit, mais ce que cette production fait vivre.

Le made in France n’a jamais été aussi présent dans le débat public, et il a désormais un visage au gouvernement : Serge Papin, ministre des Petites et Moyennes Entreprises, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’achat. Ancien patron de Système U, fin connaisseur des relations entre producteurs, industriels et distributeurs, il a fait du « made in France accessible » son cheval de bataille — multipliant les visites d’usines, de la Brosserie Française aux ateliers du Slip Français à Aubervilliers, pour montrer qu’on peut produire en France à prix abordable. « Il y a du made in France accessible », répète-t-il : tout ce qui est fabriqué ici n’appartient pas au luxe, il existe aussi des produits de qualité à la portée de tous.

L’accessibilité est un vrai enjeu. Reste une question qu’elle ne tranche pas : un produit français abordable peut tout aussi bien soutenir une filière vertueuse qu’appauvrir ses sols et presser ses fournisseurs.

En ouverture de cette cérémonie, Jérémy Dumont, fondateur de Nous Sommes Vivants, a posé une demande simple : aujourd’hui, rien sur le produit ne dit ce que sa fabrication fait vivre — emplois, sols, producteurs, territoires. Le manifeste du made in France contributif demande de rendre cette contribution visible sur le produit, en donnant force de marché aux labels qui la prouvent déjà — pour que le consommateur, l’État et les territoires puissent choisir le made in France qu’ils financent. Cet article en retrace le fil ; la tribune complète et chiffrée, développe la démonstration.

Le Made in France contributif (ou régénératif), c’est un produit fabriqué et consommé en France dont la production contribue activement au vivant, sur trois plans à la fois. Une contribution économique : un emploi durable et ancré, une juste rémunération tout au long de ses chaînes de valeur. Une contribution environnementale : un climat préservé, des sols vivants, une biodiversité renforcée. Une contribution sociale : la santé, la qualité de vie et des relations justes entre celles et ceux qui le font et celles et ceux qui le consomment. Ce triple impact — économique, environnemental, social — est précisément ce qui mérite d’être soutenu par l’achat, par l’État et par les territoires.

C’est ça, régénérer : faire que la production augmente ce qui fait vivre — sols, communautés, territoires — bien au-delà de la seule réduction des dommages. D’où la question : quel made in France mérite d’être soutenu par nos achats, par l’État, par les territoires ? Quel made in France contribue le mieux à mieux vivre ensemble, sans exclusion ?

La souveraineté nationale est redevenue un mot d’ordre partagé. Sécuriser notre alimentation, retrouver un tissu industriel capable d’employer et de transmettre des savoir-faire, réduire nos dépendances critiques face à une concurrence qui pousse aux prix les plus bas : ces objectifs rassemblent. Le textile l’a montré douloureusement, où la pression sur les coûts a creusé le pouvoir d’achat tout en fragilisant des filières entières.

Reste que la souveraineté décrit un périmètre — ce qui est produit ici — sans rien dire de sa finalité. Or elle recouvre plusieurs enjeux qui ne se confondent pas : l’autonomie face aux dépendances critiques, l’emploi et les savoir-faire sur le territoire, et un choix de vie — dans quelle nation, avec quelles relations entre ceux qui produisent et ceux qui consomment, voulons-nous habiter ?

Produire ici ne suffit pas à les servir tous : un made in France peut sécuriser une production tout en pressant ses fournisseurs et en appauvrissant ses sols. Le made in France contributif est celui qui les réconcilie. Et comme l’argent pour soutenir l’économie réelle est rare — aides publiques, financements, préférence du consommateur se distribuent en quantité limitée — mieux vaut le diriger vers ce qui contribue le plus.

Du « où c’est produit » au « à quoi cela contribue »

Voilà le cœur du sujet : « made in France » est une mention d’origine, pas de contribution. Le premier verrou est dans le cahier des charges du label, minimal — il suffit, pour l’essentiel des produits, que la dernière transformation substantielle ait eu lieu en France. Un cadre assemblé ici avec des composants importés, un sirop mis en bouteille avec des arômes venus d’ailleurs : made in France. Le label dit le produit a été fini. Il ne dit rien de ce que sa fabrication fait vivre — la rémunération du producteur, la santé des sols, le climat, les emplois réellement maintenus sur le territoire.

Le second verrou est sur l’étiquette. Au rayon, le consommateur ne voit qu’un drapeau ou une mention d’origine. Rien ne lui permet de distinguer le produit qui rémunère justement ses producteurs et régénère ses sols de celui qui presse sa filière et l’appauvrit. Cette information existe pourtant — elle est simplement absente du produit, parce que personne n’est tenu de l’afficher. Le label garantit une origine que le consommateur ne peut pas relier à une contribution : c’est exactement l’angle mort que le manifeste veut combler.

Tous les made in France ne contribuent pas de la même façon

Produire en France recouvre des réalités très différentes, et c’est précisément ce qui rend le critère de contribution utile. Prendre deux cas permet de le voir, non pour opposer des « bons » et des « mauvais », mais pour situer des degrés de contribution sur un même continuum.

Quand Brandt, marque française d’électroménager, ferme, on déplore la disparition d’un symbole. La réalité mérite d’être regardée de près : il s’agissait souvent de composants importés, assemblés en France. La proximité pour la réparation, le design, l’emploi dans une région comptent — ce sont des contributions réelles. La question n’est pas de les nier, mais de mesurer leur profondeur au regard de ce qu’un soutien public ou citoyen pourrait financer ailleurs.

D’autres modèles vont plus loin dans la densité de leur contribution. Duralex, repris par ses salariés en coopérative et financé par une campagne citoyenne, conçoit des verres faits pour durer et redessine sa gamme tout en gardant ses iconiques : il ancre profondément l’emploi et la valeur dans son territoire. La longévité de ses produits réduit leur impact dans le temps. Le chemin reste exigeant, le redressement long — mais la gouvernance partagée et l’ancrage territorial dessinent une contribution d’une autre nature.

Entre ces deux situations, pas un verdict mais une échelle : à budget de soutien limité, il devient légitime de demander quelle production renforce le plus l’emploi durable, les savoir-faire, la qualité de vie et le lien social. Nous explorons chacune de ces trajectoires dans nos analyses de cas, parmi d’autres exemples de made in France contributif.

Du champ à l’assiette : retisser des relations justes

Derrière le made in France contributif se joue une question de relations. Qui veut-on rémunérer le long de la chaîne, du champ à l’assiette ? Les Français restent attachés à savoir qui se trouve derrière leurs produits et à une juste rémunération des agriculteurs. Pourtant, sur bien des produits, la répartition des marges reste opaque : faible sur un pot à gros volume, parfois plus généreuse sur le bio, ce qui freine son accessibilité. Lors du reflux de l’inflation, les agriculteurs ont rebaissé leurs prix quand d’autres maillons les ont maintenus.

Tout se joue dans le cahier des charges. La polémique sur le Comté l’a montré : on a opposé un produit du terroir à la responsabilité environnementale, comme si les deux ne pouvaient se parler. Or, en regardant de près, un cahier des charges AOP est souvent solide sur l’origine et la juste rémunération du producteur, mais faible sur l’environnemental. La réponse n’est pas de choisir un camp, mais d’additionner les garanties : un AOP complété par un label bio coche déjà bien plus de cases. C’est cette logique d’addition des preuves que nous développons dans notre analyse sur le fromage bon pour la santé, l’environnement et les éleveurs.

Ces garanties se lisent comme une trajectoire. L’agriculture bio, sans pesticides, laisse déjà la biodiversité se rétablir et protège la santé — celle des agriculteurs comme celle de ceux qui mangent : c’est une étape précieuse, celle de la restauration. Et quand on va plus loin — en plantant des haies, en restaurant les sols et en rémunérant justement les producteurs — on ne se contente plus de réparer : on régénère le territoire. C’est ce dernier niveau que rendent visible les labels les plus exigeants.

Et contrairement à une idée reçue tenace, le made in France contributif n’est pas forcément plus cher. L’accessibilité est nécessaire — c’est même un enjeu porté au plus haut, face à la concurrence des plateformes à bas coût. Mais elle ne dit encore rien de ce à quoi la production contribue : un produit français abordable peut rester sans effet sur les sols, la biodiversité ou les territoires. Le véritable enjeu est de faire converger l’accessible et le contributif. Et c’est possible.

Le lait équitable porté par les consommateurs, fondé sur un cahier des charges et un prix garanti qui permet au producteur de vivre de son travail, arrive en rayon à un prix comparable au lait non bio : quand la confiance s’installe entre les acteurs, elle supprime les surmarges de précaution que chaque maillon ajoute par défaut. C’est le modèle de C’est qui le patron ?!, lauréat du Modèle Économique Régénératif, où le prix se construit à partir du revenu vital du producteur — sans pour autant peser davantage sur le consommateur.

La distribution confirme la même mécanique. La Fourche, lauréate dans la catégorie distribution, fonctionne sur un modèle d’adhésion qui rend une sélection bio en moyenne vingt pour cent moins chère que le marché, avec une transparence assumée sur l’origine France et les producteurs partenaires. Accessible et contributif, en même temps — et la preuve tient en quelques clics.

La démonstration, en rayon

Sur le site de la Fourche, on filtre sur « Origine France », un Nutri-Score A et le meilleur Green Score. Le résultat : une liste de produits français qui réunissent les trois dimensions à la fois — accessibles, bons pour la santé, à faible impact environnemental. Le triple impact cesse d’être un concept abstrait : il devient une liste de courses, à prix accessible.

Recherche filtrée sur le site de la Fourche : produits made in France, Nutri-Score A et Green Score

Voir la recherche filtrée →

Dans les deux cas, la même logique : la consommation existe, et elle répond présente dès lors qu’on rend visible ce qui mérite l’achat et qu’on retisse un lien direct entre l’usager final, le fabricant et le producteur.

« Avec un made in France contributif, le territoire et ses habitants prospèrent grâce à l’activité économique — pas malgré elle. »

— Jérémy Dumont, Nous Sommes Vivants

Le made in France contributif se lit sur le produit

Réindustrialiser et nourrir la France sont des objectifs de bon sens. Le made in France contributif leur donne une direction concrète, au niveau du produit lui-même : un bien fabriqué en France dont la production fait vivre le pays — emplois durables, sols en bonne santé, juste rémunération des producteurs, lien social renforcé. Entre deux produits fabriqués ici, c’est celui qui contribue le plus à son territoire qui mérite d’être soutenu. Ce qui le distingue se lit sur des éléments concrets — labels exigeants, mesures de terrain, modèles économiques viables — au-delà du seul drapeau apposé sur l’emballage.

C’est tout le sens du travail mené par Nous Sommes Vivants : rendre visibles, à travers les Lauriers de la Régénération, les produits et services qui démontrent une contribution mesurable en triple impact économique, environnemental et social, et accompagner les entreprises qui veulent valoriser leurs engagements avant d’aller plus loin dans leur trajectoire. Les labels exigeants jouent ce rôle de preuve sur le produit, à condition de les lire comme des jalons d’une trajectoire plutôt que comme des verdicts. La certification Regenerative Organic, par exemple, garantit des pratiques bonnes pour les sols, le bien-être animal et la juste rémunération des producteurs, directement sur l’étiquette. En 2026, sept lauréats certifiés ROC — de Telmont à Patagonia — en témoignent concrètement, et ce mouvement ROC prend de l’ampleur en Europe.

Le Nutri-Score illustre une contribution qu’on oublie souvent : la santé. Être bon pour la santé n’est pas un détail nutritionnel, c’est l’une des trois dimensions de la contribution — au même titre que l’emploi ou les sols vivants. Pourtant, on a opposé le Nutri-Score aux produits du terroir, comme si une note disqualifiait un savoir-faire. Un saucisson restera toujours un plaisir, pas un aliment du quotidien — et c’est très bien ainsi. Affiché clairement, le score informe sans condamner personne : il rend visible la contribution santé d’un produit, qui s’ajoute à ses autres garanties — origine, juste rémunération, santé des sols — au lieu de s’y opposer.

Les outils d’affichage progressent : le Nutri-Score et le Planet Score pour l’alimentaire, Clear Fashion pour le textile, et bientôt le passeport produit numérique, transversal à tous les secteurs. C’est un progrès réel. Mais aucun ne mesure encore la contribution au vivant : ils renseignent la composition, l’empreinte, la réparabilité ou le recyclage — une logique de réduction des impacts, pas de régénération des sols, de la biodiversité et des communautés. Rendre cette contribution visible sur le produit, c’est précisément ce que demande le manifeste — et ce que les labels les plus exigeants prouvent déjà.

Concrètement, tout ce qu’on nous montre comme « made in France » est classé par prix ou par origine — jamais par contribution prouvée. Pourtant, à origine égale, deux produits du même secteur peuvent contribuer très différemment. Quatre exemples le montrent :

Deux produits français : l'un compétitif (assemblé ici, matières d'ailleurs, emplois fragiles, prix le plus bas), l'autre régénératif (toute la chaîne, nature régénérée, emplois bien rémunérés, prix juste)
Made in France — l’origine garantie Made in France contributif — la contribution prouvée
Champagne
Les grandes maisons AOC — fabrication française garantie
Telmont — champagne certifié ROC, sols régénérés et biodiversité au cœur des vignes
Énergie
Les fournisseurs « électricité française »
elmy — énergie renouvelable, société à mission, 100 % français
Textile
Les marques relocalisées qui réduisent leurs impacts
Picture Organic — filière tracée, matières recyclées, Clear Fashion 86/100
Tourisme
Les hébergements « séjour en France »
Éco-Domaine La Fontaine — autonomie hydrique et alimentaire, séjours régénératifs

Beaucoup de marques françaises sont sincèrement engagées sur l’environnement et le social — elles relocalisent, réduisent leurs impacts, soignent leurs conditions sociales. C’est précieux, mais c’est encore réduire les dommages, pas régénérer le vivant. La contribution commence là où la production renforce activement les sols, la biodiversité et les communautés — ce que prouvent, certifications à l’appui, les marques de la colonne de droite. Lire les labels comme les jalons d’une trajectoire aide à situer chaque marque sur ce chemin.

Même origine française, donc, mais un seul des deux rend visible et vérifiable ce qu’il fait vivre.

La filière laine l’illustre bien. Des éleveurs français voient leur laine partir au rebut, faute de débouché — et l’industrie importe la sienne de l’autre bout du monde. La matière existe ici ; ce qui manque, c’est une filière qui la trace, la transforme et rémunère justement ceux qui la produisent.

Plusieurs lauréats des Lauriers de la Régénération le prouvent : Laines Paysannes (coopérative d’éleveurs, races patrimoniales, prix juste), Traille (laine tracée transformée en vêtements et isolants) et Tokilia (laine Manex valorisée au Pays Basque).

Relocaliser cette laine, c’est de la souveraineté réelle : moins de dépendance à l’import, des emplois ruraux, des sols et des troupeaux mieux traités. Notre modélisation de la filière laine française en retrace la trajectoire.

Le contraste saute aux yeux face à l’ultra-fast-fashion : pendant qu’on laisse filer une ressource locale, Shein inonde le marché de textile importé et jetable. Mais l’enjeu va au-delà de freiner le pire. Même sur l’affichage, pénaliser la fast-fashion ne suffit pas : il faut aussi rendre visibles et augmenter les ventes des marques les plus responsables. La même question revient — quel made in France soutient-on, et que finance-t-on à sa place ?

Le problème se prolonge dans le financement. Le blocage est souvent le même : des pratiques écologiques dont les effets demandent du temps et de la finesse de déploiement sont écartées au profit de solutions rodées et familières, qui continuent pourtant de puiser dans les ressources naturelles. L’argent public et privé va d’abord au connu et au rentable à court terme — rarement aux plus contributives, dont les effets demandent du temps. On attend, bien sûr, plus d’engagement de l’État et des entreprises ; conditionner les aides à une croissance en triple impact orienterait cet argent vers ce qui régénère vraiment. Mais sans attendre que tout le système bouge, rendre la contribution visible sur le produit permet déjà de soutenir les collectivités et les marques engagées — et d’entraîner les autres. Soutenir le vivant suppose d’accepter des temps de retour différents — et démontrer que contribuer au vivant est aussi un modèle économique viable, c’est précisément l’objet de notre travail en cours.

Démontrer la triple profitabilité régénérative

Nous menons une recherche-action pour prouver, chiffres à l’appui, que contribuer au vivant — sols, biodiversité, communautés — est aussi un modèle économique viable, et mérite donc d’être financé en priorité.

Découvrir la recherche-action

Entreprises, chercheurs, financeurs : rejoignez la démarche.

Entre deux produits fabriqués ici, soutenons celui qui contribue le plus. C’est ainsi qu’on fait progresser le bien vivre, tous ensemble.

Pour aller plus loin : le Capacity Score pour situer votre organisation, le cadre complet du made in France régénératif, le livre blanc, et les Lauriers de la Régénération.

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