
Deux yaourts côte à côte en rayon, même prix, même drapeau. Le premier vient d’un élevage où le lait est payé au-dessus du coût de production, sur des prairies qui abritent des abeilles et retiennent l’eau. Le second vient d’une filière qui comprime ses éleveurs et épuise ses sols. L’étiquette dit la même chose des deux. C’est là que se joue le made in France contributif : pas seulement où le produit est fait, mais ce que sa production fait vivre — la rémunération de celui qui produit, la biodiversité, l’emploi maintenu sur le territoire, la qualité réelle du produit. Rien de cela ne s’optimise par la logistique ou l’emballage, et rien de cela ne se lit sur l’étiquette.
La pression sur le prix vient de partout
Les échanges commerciaux entre l’Europe et la Chine connaissent une rapide évolution en faveur de la Chine. La montée en gamme des produits chinois, la capacité d’innovation dans des secteurs technologiques clés et le positionnement du pays sur la chaîne de valeur de la transition verte mettent en péril des pans entiers de l’industrie européenne et ses emplois. Comment ne pas se laisser distancer dans cette compétition mal anticipée ?
La pression ne vient d’ailleurs pas que de Chine, ni que de l’industrie : elle s’exerce partout où l’arbitrage se fait sur le seul coût — le soja importé dans l’auge des vaches françaises, la laine australienne quand celle de Lozère part au rebut, le textile jetable acheté en ligne.
Trois questions sur le made in France, dont une reste sans réponse
Trois questions occupent le débat sur le made in France. Où c’est produit — c’est la souveraineté, ravivée par les fermetures : Brandt liquidé avec 750 postes, Teisseire parti d’Isère, Duralex repris par ses salariés puis de nouveau en difficulté. À quel prix — c’est le pouvoir d’achat, que défend Serge Papin, ministre des PME, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’achat, ancien patron de Système U, en montrant qu’on peut produire ici sans vendre au prix du luxe. Sur la première question, un rapport existe : Yves Jégo, qui a lancé Origine France Garantie en 2011, a remis au gouvernement en mai 2025 des propositions pour rendre le marquage d’origine obligatoire, harmoniser les quatre-vingt-douze certifications existantes et mettre fin aux allégations trompeuses — nécessaire, et cantonné au registre de l’origine. Ce que la production fait vivre — les sols, l’eau, la biodiversité, les producteurs, les emplois : c’est la troisième question.
Les deux premières se règlent sans elle : un yaourt français et abordable peut parfaitement épuiser ses terres et presser ses éleveurs. La troisième les commande pourtant, parce qu’elle décide de ce qui dure — une filière dont les sols s’appauvrissent, dont les haies et les pollinisateurs disparaissent et dont les éleveurs partent ne tient pas dix ans, quel que soit le drapeau sur l’emballage.
Ce que la troisième question aurait changé pour les usines qui ferment
C’est cette troisième question qui a manqué aux usines qui ferment. En 2025, la France a enregistré 179 fermetures de sites industriels pour 116 ouvertures — une perte nette de 63 usines, du jamais vu depuis 2013.
Brandt était français, le consommateur le savait, et ça ne l’a pas empêché d’acheter moins cher : rien ne lui disait combien de sous-traitants dépendaient de cette usine, ni ce que sa fermeture emporterait. Teisseire fabriquait ses sirops en Isère depuis le XVIIIe siècle, et la même chose s’est jouée. Une usine dont la contribution reste invisible n’est pas défendable — ni par l’achat, ni par l’aide publique, ni par ceux qui y travaillent.
L’inverse se vérifie aussi. Sur la filière lait bio de C’est qui le Patron ?! avec LSDH, les vaches pâturent 234 jours par an quand le cahier des charges bio en demande 120, les prairies comptent 30 % d’espèces en plus à la parcelle, il n’y a aucun résidu de pesticide dans le lait, et les éleveurs situent leur bien-être à 7,6 sur 10 contre 4,9 en moyenne nationale. Ces pratiques ne sont pas un supplément : elles sont votées par 7 365 consommateurs dans le cahier des charges, et le revenu qui les rend possibles est garanti par contrat sur cinq ans. Le modèle a tenu en 2024, quand 30 à 50 % du lait bio français était déclassé.
Léa Nature le montre à une autre échelle, avec ses filières de plantes cultivées sans pesticides, ses sites de production en France et son capital transmis à une fondation. Les Lauriers de la Régénération en réunissent près d’une centaine, sur trois éditions et quinze secteurs.
Aucun n’y arrive seul, pour autant. Duralex, repris par ses salariés en coopérative en 2024, est de nouveau en difficulté financière et cherche un repreneur. Patagonia écrit dans son rapport 2025 qu’elle n’enrayera pas seule la fonte des glaciers. Laines Paysannes paie sa laine 1,20 euro le kilo, six fois le prix de marché, et reste une coopérative de quelques dizaines d’éleveurs face à une filière qui importe sa matière. Une entreprise seule ne change pas le système : c’est ce que le manifeste demande à l’État, aux filières et aux distributeurs de rendre possible.
Le mécanisme commun : les pratiques de l’amont entrent dans le prix
Ces cas ont un mécanisme en commun : les pratiques de l’amont entrent dans le prix du produit. Le prix versé au producteur est décidé avant la saison, tenu sur plusieurs années, et la valeur se répartit entre les parties prenantes de la chaîne — du producteur au distributeur — selon une règle connue de tous.
L’intérêt est là : un seul mécanisme produit les trois à la fois. Les sols retrouvent leur matière organique, l’eau s’infiltre au lieu de ruisseler, les oiseaux et les insectes reviennent dans les haies. Les éleveurs vivent de leur travail, se disent mieux dans leur métier, transmettent leurs fermes à des jeunes qui s’installent ; ceux qui mangent le produit ne mangent aucun résidu de pesticide. Et la filière tient — parce que personne ne supporte seul l’effort, et que chacun sait avant la saison ce qu’il touchera.
Ce qui rend une contribution régénérative
Une contribution devient régénérative à une condition : que les capacités du vivant humain et non humain augmentent ensemble, et non l’une aux dépens de l’autre. Ici, c’est le cas — la biodiversité revient dans les prairies, les sols et l’eau se portent mieux, la valeur se répartit équitablement, et ceux qui produisent comme ceux qui consomment y gagnent en santé. Et comme ces effets naissent de l’offre elle-même, ils croissent avec les ventes : c’est ce que la croissance à impact régénératif appelle un modèle économique régénératif. Et la valeur qui finance ces pratiques naît de trois sources : la qualité des relations entre les parties prenantes de la chaîne, qui supprime les marges de précaution ; la survaleur, quand l’acheteur reconnaît ce qu’il finance ; la multivalorisation, quand une même matière sert plusieurs usages.

Jérémy Dumont, intervention d’ouverture aux Lauriers de la Régénération, le 12 juin 2026. Revoir la conférence →
Le manifeste remis aux ministères, en deux lignes
Le 12 juin 2026, en ouverture des Lauriers de la Régénération à Paris, Jérémy Dumont, fondateur de Nous Sommes Vivants, a remis le manifeste du made in France contributif aux ministères de l’Agriculture, de l’Industrie et du Commerce. Il tient en deux lignes.
Sur le produit — que la contribution se lise sur l’emballage : la rémunération de celui qui produit, la biodiversité, l’emploi maintenu sur le territoire, la qualité réelle du produit.
Du côté de l’État — qu’il fixe comment elle se compte, qui la vérifie, et ce que vaut chaque niveau atteint dans la commande publique et dans les aides.
Alors le consommateur, l’État et les territoires peuvent flécher leur argent vers le made in France contributif — et la France gagne une souveraineté qui se renforce à mesure qu’elle produit : des sols plus fertiles, une eau plus abondante, une biodiversité qui revient, des savoir-faire transmis, une santé meilleure — de quoi vivre mieux aujourd’hui et laisser davantage à ceux qui suivent. Cet article retrace ce qui a été demandé, à qui et pourquoi ; la tribune en développe la démonstration, chiffres et cas à l’appui.
Lauriers de la Régénération 2026
Le 12 juin 2026, à Paris, Nous Sommes Vivants a lancé le manifeste du made in France contributif et l’a remis aux ministères de l’Agriculture, de l’Industrie et du Commerce.
Le Made in France contributif, c’est un produit fabriqué et consommé en France dont la production fait vivre le pays, sur quatre plans. Environnemental : un climat préservé, des sols vivants, une biodiversité renforcée. Social : la santé, la qualité de vie et des relations justes entre celles et ceux qui le font et celles et ceux qui le consomment. Économique : un emploi durable et ancré, une juste rémunération tout au long de la chaîne de valeur. Filière et territoire, où les trois premiers se déposent : la gouvernance qui relie les maillons, les circuits, les paysages, les emplois qui tiennent sur un lieu donné.
Sur chacun de ces quatre plans, une production peut aller plus ou moins loin. Réduire ses impacts négatifs vient d’abord. Contribuer ensuite : un gain net au-delà d’une ligne de référence, sur un plan ou plusieurs — des sols qui se refont, un revenu rétabli, des emplois qui tiennent. Régénérer, enfin : les capacités du vivant humain et non humain augmentent ensemble à mesure que le produit se vend, et la rentabilité vient de là. Notre livre blanc le formule ainsi : tisser des relations mutuellement bénéfiques entre les êtres vivants d’un territoire, de sorte que chacun renforce par son activité propre la capacité des autres à poursuivre son évolution. C’est le niveau que vise le manifeste.
D’où la question : quel made in France mérite d’être soutenu par nos achats, par l’État, par les territoires ? Celui qui produit ici sans rien changer d’autre — ou celui dont la production nous rend plus souverains parce qu’elle rend le pays plus capable de tenir : des sols qui retiennent l’eau quand vient la canicule, une biodiversité qui revient, des savoir-faire transmis, des gens qui vivent de leur travail ?
Sommaire
Le texte va du constat en rayon aux quatre demandes remises aux ministères, en passant par ce que chaque repère atteste et ce qu’il laisse de côté.
- Tous les made in France ne contribuent pas de la même façon
Deux yaourts au même prix sous le même drapeau, et Duralex lu sur les quatre plans : ce qui sépare un produit qui contribue d’un autre. - Une mention d’origine, pas de contribution
Ce que la mention atteste, ce qu’elle laisse ouvert, et ce qu’un cahier des charges laitier prescrit déjà sans le dire. - Pourquoi la contribution reste à formaliser
Cahiers des charges, labels, analyse de cycle de vie, méthode européenne : ce que chaque outil couvre, et l’écart qu’aucun ne comble. - Labels, certifications et scores : ce qui se lit sur l’étiquette
Quatre pots de yaourt, quatre niveaux de contribution — et trois enseignements pour lire une étiquette sans empiler les logos. - Le juste prix : ce que l’acheteur paie, ce que le producteur touche
Les garanties de prix lues comme une trajectoire, et pourquoi un produit contributif reste accessible. - Les produits régénératifs primés aux Lauriers
Près de cent produits primés en trois éditions, sur quinze secteurs — et le tableau qui met en regard l’offre courante et un lauréat. - Les quatre demandes du manifeste
Rendre obligatoires les scores gradués, promouvoir les labels contributifs, compter ce que la production renforce, faire suivre l’argent public. - Cadrer, favoriser, financer : les trois leviers publics
Ce qui se décide à Bruxelles, ce qui relève de la loi française, et le circuit que la finance à impact laisse ouvert. - À qui s’adressent ces demandes : treize destinataires
Du législateur aux marques, chacun avec ce qu’il peut décider — et l’état des remises à date.
Ce que demande le manifeste du Made in France contributif
Les quatre demandes, en bref
Quatre demandes, remises aux ministères le 12 juin 2026. Elles poursuivent l’Appel du 18 juin pour le vivant, lancé aux Lauriers 2025 et formulé en janvier 2026 dans un plaidoyer qui demandait déjà de conditionner l’argent public à des trajectoires de régénération.
1Rendre obligatoires les scores gradués
Nutri-Score sur tous les produits alimentaires, Planet Score sur l’offre en rayon, Clear Fashion et Cyclescore dans leurs secteurs. Une échelle A à E classe les produits entre eux et montre à chaque producteur ce qui lui reste à franchir. L’obligation met tout le monde sur la même ligne : la comparaison devient possible, et l’effort réel se voit.
→ Législateur, ministère de la Santé
2Faire connaître les labels qui attestent une contribution
Cinq labels atteignent le niveau régénératif — Regenerative Organic Certified, Demeter, Nature & Progrès, Bio Équitable en France, Biopartenaire — et portent ensemble l’environnement, le social, l’économique et le territoire. Des campagnes publiques qui disent ce que chacun garantit, et leur place dans ce que le consommateur lit en rayon.
→ État et ses opérateurs, ministère de l’Agriculture
3Ajouter au calcul européen les indicateurs qui disent ce qu’une production rend
L’état des sols et de la biodiversité, le revenu payé au producteur, l’emploi tenu sur le territoire. Et là où le calcul ne sait pas compter, reconnaître les certifications de pratiques comme preuve — ce que la méthode européenne prévoit déjà pour la biodiversité.
→ Révision du PEF et actes délégués du passeport numérique, à Bruxelles
4Conditionner l’argent public à la contribution du produit
Trois circuits : les dispositifs des opérateurs publics, les aides décidées en loi de finances, et la commande publique — restauration scolaire et hospitalière en premier. Chacun a besoin d’une preuve qu’un agent public puisse vérifier, et les labels la fournissent déjà.
→ Bercy, opérateurs publics, acheteurs publics
Un principe les porte : rendre visible sur le produit ce qu’une production fait vivre, en s’appuyant sur les repères qui l’attestent déjà. Faire compter ce qui est déjà mesuré et certifié, donc, plutôt qu’ajouter une couche administrative. L’effet se joue des deux côtés du marché : les entreprises engagées récupèrent enfin la valeur de ce qu’elles font, et les autres voient un cap plutôt qu’une sanction — chaque échelon gagné rapporte, et la comparaison tire le marché vers le mieux-disant. Cette page pose le cadre, développe les quatre demandes et nomme leurs destinataires. Le texte du manifeste lui-même, avec ses explications et ses illustrations, se lit dans la tribune.
Made in France contributif : tous ne contribuent pas de la même façon
Produire en France recouvre des réalités très différentes, et c’est précisément ce qui rend le critère de contribution utile. Prendre deux cas permet de le voir, non pour opposer des « bons » et des « mauvais », mais pour situer des degrés de contribution sur un même continuum.
Quand Brandt, marque française d’électroménager, ferme, on déplore la disparition d’un symbole. La réalité mérite d’être regardée de près : il s’agissait souvent de composants importés, assemblés en France. La proximité pour la réparation, le design, l’emploi dans une région comptent — ce sont des contributions réelles. La question n’est pas de les nier, mais de mesurer leur profondeur au regard de ce qu’un soutien public ou citoyen pourrait financer ailleurs.
Duralex va plus loin, et son cas montre ce qu’une étiquette laisse hors champ. Tout est fabriqué à La Chapelle-Saint-Mesmin depuis 1945, l’approvisionnement est français à 95 %, et le verre porte sa signature en relief avec son numéro de moule au fond du gobelet. Voilà ce que le produit affiche : une origine et un savoir-faire. Le reste existe — l’entreprise publie un rapport RSE avec ses chiffres —, mais il reste dans un document que personne ne consulte au moment d’acheter. Sur les quatre piliers, voici ce qui ne remonte pas jusqu’au verre.
Duralex sur les quatre plans
Environnement — le calcin réintégré au four est passé de 15 à 51 % entre 2022 et 2024, le verre se recycle sans perte de qualité, et un verre trempé dure vingt-cinq ans au lieu de trois : autant de sable non extrait, de fours qui ne chauffent pas, de transports évités. En face, les fours tournent au gaz et l’entreprise émet 0,79 tonne de CO₂ par tonne de verre. Rien ne mesure encore ce que l’activité apporte aux écosystèmes du Loiret.
Duralex : le social, l’économique et le territoire
Social — les 243 salariés sont propriétaires de leur outil et votent à une personne une voix ; les accidents du travail sont tombés de 43,5 à 6,2 en deux ans, l’index égalité atteint 83 %, 41 % des salariés ont été formés. Côté consommateur, le matériau est inerte : ni perturbateur endocrinien, ni migration au contact alimentaire.
Économique — le chiffre d’affaires a progressé de 17 % en un an, treize mille citoyens ont apporté vingt millions d’euros en quarante-huit heures, et l’exploitation reste déficitaire.
Filière et territoire — l’approvisionnement est français à 95 %, l’usine est l’une des dernières grandes industries du Loiret, et le verre trempé est un savoir-faire presque disparu du reste de l’Europe : ce qui se joue là relève de l’intérêt national, au même titre qu’une filière stratégique.
Rien de tout cela ne se lit sur le verre, ni sur son emballage. Devant le rayon, le consommateur compare six verres importés à trois euros et six Duralex à quinze — et rien ne lui dit ce que ces douze euros d’écart financent comme contribution, ni que les premiers seront remplacés huit fois avant que les seconds ne cassent.
Et malgré la reprise par les salariés, la croissance des ventes et le soutien citoyen, l’usine est de nouveau en difficulté et cherche un repreneur. C’est l’enseignement du cas : une entreprise seule ne peut pas porter le made in France contributif. Elle peut écrire ses pratiques et les tenir ; elle ne peut ni fixer la règle qui les rend comparables, ni décider que le niveau atteint compte dans la commande publique et dans les aides.
À budget de soutien limité, la question devient simple : quelle production renforce le plus les sols et la biodiversité de son territoire, l’emploi durable et les savoir-faire, la santé et la qualité de vie de ceux qui la font comme de ceux qui l’achètent ? Nous explorons chacune de ces trajectoires dans nos analyses de cas. Plus loin dans cet article, quatre secteurs posent la même question à origine égale : le champagne, l’énergie, le textile et le tourisme.
Ces cas se situent sur une même trajectoire, celle que mesure le Capacity Score :
| RÉDUIRE LES IMPACTS NÉGATIFS — jusqu’au net zéro, sur l’environnement comme sur le social | PRODUIRE DES IMPACTS POSITIFS — jusqu’au niveau régénératif | ||
| N1 · LIMITERRespecter la réglementation. Les impacts sur les écosystèmes comme sur les personnes restent entiers. | N2 · RÉDUIREMoins de carbone, d’eau, de déchets ; moins d’accidents, moins de pression sur les fournisseurs — jusqu’au seuil incompressible. Le modèle ne change pas. | N3 · RESTAURERAu-delà du seuil, l’activité répare ce qu’elle a dégradé — sols, eau, biodiversité, revenus et savoir-faire : un gain net au-delà d’une ligne de référence. | N4 · RÉGÉNÉRERLes capacités du vivant humain et non humain augmentent ensemble — écosystèmes plus vivants, gens qui vivent mieux de leur travail —, et la rentabilité vient de là. |
| Ce que le produit dégrade en moins, pour les écosystèmes et pour les personnes. | Ce à quoi il contribue, dans les deux registres. | Ce qu’il fait grandir des deux côtés — et qui le rend rentable. | |
Duralex se situe entre réduire et restaurer : la durée de vie du verre allège les impacts négatifs, et la coopérative a déjà fait passer les accidents du travail de 43,5 à 6,2 — restent à construire la contribution aux écosystèmes du Loiret et ce que l’usine apporte au-delà de ses propres salariés, aux fournisseurs du bassin comme aux habitants. La filière lait bio de C’est qui le Patron ?! avec LSDH atteint le dernier niveau, parce que chaque litre vendu finance des pratiques qui renforcent les sols, la biodiversité et le revenu des éleveurs.
Made in France : une mention d’origine, pas de contribution
« Made in France » est une mention d’origine : elle ne dit rien des impacts du produit — ni ceux de sa fabrication, ni ceux de son usage et de sa fin de vie —, encore moins de sa contribution, et pas davantage de ce qu’il régénère. Le premier verrou tient au cahier des charges du label : il suffit, pour l’essentiel des produits, que la dernière transformation substantielle ait eu lieu en France. Un cadre assemblé ici avec des composants importés, un sirop mis en bouteille avec des arômes venus d’ailleurs : made in France. Le label dit où le produit a été fini.
Le second verrou est dans les pratiques, que le label ne regarde pas. Un cahier des charges laitier compte une trentaine de lignes opposables, contractualisées, auditées par des tiers — l’aire de collecte, les races, la part d’alimentation produite sur la ferme, les jours de pâturage, le délai entre la traite et la transformation. Chacune coûte quelque chose à celui qui l’applique, et chacune change ce que le produit fait vivre.
Les prairies — le règlement bio laisse le pâturage à l’appréciation de chacun, sans durée ni surface prescrites. Une marque qui écrit six mois de pâturage et 70 % d’alimentation produite sur la ferme obtient une matière organique qui remonte dans le sol, une eau qui s’infiltre, des espèces qui reviennent à la parcelle — et une ration achetée qui baisse. Une seule clause agit sur les sols, l’eau, le climat, l’animal, la composition du lait et l’économie de la ferme.
Ce que le cahier des charges laisse ouvert, plan par plan
Le troupeau — des races adaptées au territoire, la stabulation libre, une conduite auditée par un tiers. L’AOP Ossau-Iraty n’autorise que trois races locales : la plus rustique donne moins de lait, tient les terrains escarpés et entretient des pâturages d’altitude que rien d’autre n’entretiendrait.
Le prix — un prix construit sur les coûts réels et tenu sur plusieurs années. C’est la clause qui commande les autres : un éleveur payé sous son coût de revient ne replante pas ses haies, ne convertit pas ses terres et ne souscrit aucun engagement long. En 2023, 40 % du lait bio collecté a été payé au tarif du conventionnel.
Le travail de l’éleveur — une durée d’engagement, un préfinancement des pratiques, un accompagnement à l’installation. LSDH a accompagné cent cinquante installations depuis 2015 ; DeLaFerme ramène la transformation à la ferme, ce qui y ramène un à deux temps plein et rend l’organisation du travail vivable. Sans cela, la ferme ne se transmet pas.
La santé de celui qui mange — l’herbe pâturée est riche en précurseur d’oméga-3, si bien qu’un troupeau qui sort suffisamment donne un lait au meilleur profil sans qu’on ait besoin de le corriger. Le bénéfice est produit par le système, pas ajouté après coup.
Ces clauses ne s’additionnent pas, elles s’entraînent : un sol vivant donne un troupeau en meilleure santé, qui donne un lait de meilleure qualité, qui se valorise mieux, ce qui finance la conduite du sol. Notre dossier sur le produit laitier régénératif détaille ces clauses, qui les porte et ce qu’elles coûtent. Ces pratiques sont écrites, contractualisées et vérifiées par des tiers — et elles s’arrêtent au cahier des charges. L’étiquette, elle, n’affiche que l’origine.
Contribution au territoire : pourquoi elle reste à formaliser
Formaliser une contribution demande quatre opérations : prescrire les pratiques, les rendre visibles, mesurer ce qu’elles produisent, faire remonter le résultat jusqu’au produit. Trois familles de repères s’en partagent le travail — cahiers des charges, labels, affichage environnemental —, et aucune ne tient la chaîne entière ; les scores en rayon, qui traduisent le tout pour l’acheteur, font l’objet de la section suivante. Le « made in France », lui, n’en assure aucune : il atteste une dernière transformation sur le territoire, et s’arrête là. C’est pourtant l’une des mentions les plus lues en rayon, et c’est ce que le manifeste propose d’utiliser — adosser à cette mention ce que les autres repères savent déjà attester.
Ce qui suit vient d’un cas où le gâchis se voit : plus de 70 % de la laine tondue en France part au feu ou à l’export à moins de vingt centimes le kilo. Les brebis qui la produisent entretiennent pourtant des paysages ouverts, font vivre des éleveurs et des savoir-faire de tonte, de tri et de filature, et leur lait part sous appellation à prix garanti. Nous avons modélisé cette filière pour comprendre pourquoi une contribution réelle ne se paie pas — et les trois familles de repères ci-dessous en donnent la raison.
Ce que les cahiers des charges prescrivent
1. Les cahiers des charges prescrivent des pratiques — et certains disent aussi où l’on produit. Une appellation d’origine — AOP, AOC, IGP — délimite une aire, impose une race ou une variété, une alimentation issue du territoire et des gestes de transformation : elle tient les deux. Le bio, Nature & Progrès ou Demeter prescrivent les pratiques sans fixer de géographie — absence d’intrants de synthèse, gouvernance et circuits courts, vitalité des sols. Là où les deux se rejoignent, l’origine et les pratiques sont déjà écrites ensemble, et c’est le point que cet article poursuit. Ce qui manque, dans tous les cas, est la suite : ces textes restent muets sur ce que la pratique produit. Nous l’avons vérifié en modélisant deux filières que les mêmes troupeaux alimentent — le lait et la laine. L’AOP Roquefort prescrit le pâturage sur 650 000 brebis Lacaune, et rien ne dit ce que ces journées au pré donnent en matière organique, en espèces à la parcelle ou en paysages entretenus.
2. Les labels rendent visible ce qui est prescrit — et c’est là que le tiers intervient. Un cahier des charges engage celui qui le signe ; le label atteste qu’un organisme indépendant est venu vérifier, et rend cette vérification lisible en rayon. C’est ce qui le rend opposable. Mais il atteste des pratiques, pas des résultats : un effet sur un sol se constate sur des années et dépend du climat autant que de la conduite, quand une pratique s’observe et s’audite dès la première campagne. Deux conséquences suivent. Un label garantit qu’un seuil est franchi, jamais le niveau atteint — une marque qui fait pâturer deux cent soixante-neuf jours porte le même logo bio que celle qui s’en tient au minimum. Et chacun couvre un segment de la chaîne, rarement les deux bouts. La section suivante les situe un à un.
Ce que l’analyse de cycle de vie mesure, et ce qu’elle laisse dehors
3. L’analyse de cycle de vie mesure les impacts du produit — et seulement ce qui se compte en flux. C’est la méthode sur laquelle reposent l’éco-conception et l’affichage environnemental : elle rapporte des quantités physiques à l’unité produite — matière, transport, énergie, émissions. Sa version européenne porte un nom, le PEF — empreinte environnementale des produits, recommandée par la Commission en 2021 : c’est une manière normée de conduire une analyse de cycle de vie à l’échelle de l’Union, qui fixe seize indicateurs obligatoires, la base de données à employer, les règles d’allocation et des règles par catégorie de produit. C’est elle que l’affichage environnemental français décline. Ce que cette méthode ne regarde pas, ce sont les pratiques qui produisent ces flux. Le défaut est de nature : l’analyse de cycle de vie, comme l’économie circulaire, reste abiotique — elle optimise des flux de matières sans intégrer le vivant, humain et non humain. Au mieux, ces outils tendent vers la neutralité. Et son périmètre s’arrête où commencent les données : 84 % des impacts calculés se situent à l’échelle des fermes, et c’est ce niveau qu’elle renseigne le moins ; faute de données sur les pratiques, elle applique des valeurs par défaut défavorables. À ne pas confondre avec la modélisation d’une filière, qui part des pratiques et de ce qu’elles produisent.
Ce constat n’est pas une opinion de filière. Dans Nature Sustainability, en mars 2020, Hayo van der Werf (INRAE) et deux collègues suédois et danois établissent que l’analyse de cycle de vie néglige la biodiversité, la qualité des sols, les effets des pesticides et les changements sociétaux, et que ces oublis conduisent à des conclusions erronées : le bio y ressort plus mauvais pour le climat du seul fait de ses rendements plus faibles. Trois manques, selon eux. La méthode se focalise sur le produit sans regarder les services écosystémiques rendus par le système agricole. Elle n’a pas d’indicateurs pour quantifier l’érosion de la biodiversité, la dégradation des terres et les effets des pesticides. Et les décideurs reçoivent de ce fait une information déséquilibrée. Les auteurs proposent trois corrections : des indicateurs supplémentaires, un périmètre plus large, la prise en compte des effets indirects.
Le défaut tient à une opération élémentaire : l’impact est divisé par le rendement. C’est ce qui fait qu’une conduite extensive sort mal notée quand elle entretient des sols vivants, et c’est pourquoi les entreprises les plus avancées sur la biodiversité ont pris l’autre chemin — faire auditer les cahiers des charges de leurs fournisseurs plutôt qu’attendre d’un calcul qu’il voie ce qu’il ne regarde pas. La loi européenne sur la surveillance des sols illustre le même angle mort : son premier niveau d’indicateurs n’inclut pas la mesure de la biodiversité, alors que le sol héberge un quart de la biodiversité terrestre et que 61 % des sols de l’Union sont modérément ou gravement dégradés.
Ce que le calcul laisse dehors
4. Ce que le calcul laisse dehors. Trois registres, et ce sont ceux que les Français placent en tête. Interrogés sur ce qui les pousse à vouloir connaître l’origine d’un produit alimentaire, ils citent d’abord le soutien aux producteurs locaux, à 59 %, puis la confiance dans la qualité du produit, à 57 %, loin devant la réduction de l’empreinte carbone, à 29 % (En Vérité × Appinio, septembre 2023, 1 000 personnes). Et sur l’affichage environnemental, 51 % placent la biodiversité en tête, devant le climat à 43 % (Verian pour le Consortium Green Impact Index, septembre 2025). La biodiversité : le PEF ne comporte aucune catégorie de ce nom — faute, écrit la Commission, de consensus international sur une méthode d’évaluation. Il l’approche par huit catégories de pression — climat, les trois eutrophisations, acidification, usage de l’eau, usage des terres, écotoxicité en eau douce — et jamais par l’état des milieux. La méthode prévoit d’ailleurs elle-même la parade : chaque étude doit dire si la biodiversité est pertinente pour le produit, et le cas échéant ajouter des indicateurs en information environnementale additionnelle — en recourant, parmi les options proposées, à « un système de certification comme proxy ». Des indicateurs prédictifs existent pourtant : le BioSyScan, conçu par une équipe mixte INRAe-ITAB, note les infrastructures agroécologiques, la taille des parcelles, la couverture du sol et la conduite du pâturage. La juste rémunération : la méthode est environnementale par construction, et le revenu du producteur comme les conditions de travail en sont exclus — une norme distincte, l’ISO 14075, traite l’analyse sociale du cycle de vie, et elle est rarement conduite. C’est pourtant ce que 55 % des consommateurs veulent savoir : que le producteur est justement rémunéré. La santé de celui qui consomme : elle relève d’autres dispositifs, alors que plus de huit Français sur dix la jugent primordiale dans leurs choix alimentaires. Ces trois registres sont exactement ceux qu’un cahier des charges prescrit et qu’un label peut attester — et c’est pourquoi les deux familles ne se remplacent pas.
Ce que la méthode européenne rend en note
5. Ce que la méthode européenne rend, une fois ramenée à une note. La méthode prévoit de tout agréger en un score unique : après normalisation, une pondération additionne les seize indicateurs en un « single overall score » — le « coût en points » de l’affichage français. L’opération ne corrige aucun des manques précédents — elle les enferme dans un chiffre. Et sur les indicateurs de base, elle donne des résultats sans rapport avec ce qu’elle prétend mesurer : des rendements plus faibles alourdissent le ratio par unité, si bien que la conduite la plus soigneuse sort la plus mal notée. Un gigot de mouton élevé à l’herbe en France score 5 010 points quand un poulet en batterie importé n’en compte que 778 — et plus le score est élevé, plus le bilan est mauvais. Le dispositif en a tiré la conséquence sans changer de méthode : dans Ecobalyse, le calculateur français, le label bio et la saisonnalité agissent comme des bonus qui viennent alléger l’impact final, et des compléments hors analyse de cycle de vie valorisent les pratiques agroécologiques — haies, prairies permanentes, taille des parcelles, diversité territoriale. Le bonus corrige un défaut de calcul ; il ne mesure pas ce que la pratique produit. Le Parlement européen a d’ailleurs relevé l’inadaptation du PEF pour plusieurs secteurs — agriculture, pêche, textile — et reconnu la place des affichages indépendants et de la certification des pratiques dans la transparence due au consommateur. Sur le textile, la coalition européenne Make the Label Count demande pour cette raison la révision du PEF, qui ignore le relargage de microfibres et la circularité, et désavantage de ce fait les fibres naturelles. La norme ISO 17298, publiée par l’AFNOR en octobre 2025, pose un cadre pour évaluer la biodiversité à l’échelle d’une organisation — un premier pas hors du calcul par unité produite.
6. On est donc loin de la contribution, et plus loin encore du niveau régénératif. Ce que le calcul officiel produit, au mieux, est une mesure de ce qu’un produit dégrade en moins. Les scores indépendants vont plus loin — le Planet-score bonifie la biodiversité à la parcelle et le carbone stocké sous prairies permanentes. Mais leur échelle va du pire au meilleur, sans dire où se situe le point de bascule : un A signale le haut de la classe, pas un produit dont la production rend plus qu’elle ne prélève sur un indicateur comme la biodiversité. Tant que le zéro n’est pas placé sur l’échelle, personne ne peut lire où commence la contribution, ni où se situe le niveau régénératif. Et aucun ne relie les deux bouts : ce que l’acheteur paie d’un côté, ce que le producteur touche de l’autre. Tant que ce lien n’est pas visible sur le produit, celui qui consomme finance sans savoir quoi, et celui qui produit porte seul le coût de ce qu’il fait vivre.
Le fil se rompt donc trois fois avant que le produit n’arrive entre les mains de celui qui l’achète : ce que la pratique produit n’est pas mesuré, ce qui est mesuré laisse de côté les registres qui comptent, et la note qui en sort dessert ceux qui produisent le plus soigneusement. Reste à voir ce qui, malgré tout, atteint l’étiquette.
Labels, certifications et scores : quels impacts se lisent sur l’étiquette
Ni empiler les logos, ni attendre le label parfait. Devant deux produits, ce qui départage tient en deux questions : sur quels plans chaque repère porte-t-il, et jusqu’où va-t-il ? Un logo qui couvre les quatre plans en se contentant d’éviter vaut moins qu’un logo qui en couvre un seul au niveau régénératif. C’est le croisement des deux qui situe un produit, pas le nombre de logos.
Reprenons le yaourt du début, et mettons quatre pots côte à côte : tous français, tous à peu près au même prix, et qui ne portent pas les mêmes repères. Du premier au quatrième, l’étiquette en dit de plus en plus. Trois objets s’y partagent le travail : le label atteste qu’un tiers a vérifié des pratiques, le score note un résultat sur une grille, la mention d’origine situe géographiquement. Et chacun se situe à un niveau.
| NIVEAU | CE QUI SE LIT SUR LE POT | CE QUE CELA ATTESTE | IMPACTS |
| N1Limiter | Mention d’origine seule — « fabriqué en France », Origine France Garantie. | Le respect du plancher réglementaire, rendu visible. Le lieu de la dernière transformation, rien sur les pratiques : c’est le premier pot. | – – négatifs, entiers |
| N2Réduire | Logo bio (AB), appellation d’origine (AOP, AOC, IGP), Label Rouge. | Des pratiques prescrites et vérifiées : pas de chimie de synthèse, accès extérieur des animaux, aire et gestes de transformation définis. Un seuil franchi, pas un niveau atteint. | – négatifs, allégés |
| N3Restaurer | Mention équitable (Fairtrade, Agri-Éthique, Fair for Life), Planet-score A ou AAA, GOTS. | Un acte qui répare : un revenu rétabli, des eaux traitées avant rejet, des sols qui reviennent. C’est ici que la contribution commence. | + positifs |
| N4Régénérer | Regenerative Organic Certified, Demeter, Nature & Progrès, Bio Équitable en France, Biopartenaire. | Une finalité contributive écrite au cahier des charges, sur socle bio, avec le prix payé au producteur et la gouvernance dans le périmètre certifié. | + + régénératifs |
Quatre pots de yaourt, quatre niveaux de contribution
Quatre pots, quatre niveaux. Le premier ne porte que la mention d’origine : la dernière transformation a eu lieu en France, comme l’exige le règlement européen, et rien de plus. Aucun des quatre plans n’est documenté.
Le deuxième ajoute un logo bio, ou une appellation. Les pratiques sont prescrites et vérifiées par un tiers — pas de chimie de synthèse, accès extérieur des animaux, ou bien une aire, une race et des gestes de transformation. C’est le niveau où l’on écarte ce qui abîme, sans encore réparer quoi que ce soit.
Le troisième y ajoute une mention équitable et un Planet-score. Le premier atteste un revenu construit sur les coûts réels du producteur et vérifié par un tiers ; le second note ce que la conduite donne aux sols, à la biodiversité et aux animaux. Deux plans passent ainsi au niveau où la contribution commence : l’économique et les écosystèmes.
Le quatrième porte un référentiel qui tient l’ensemble — Regenerative Organic Certified, Demeter, Nature & Progrès. La finalité contributive est écrite au cahier des charges, sur socle bio, et le prix payé au producteur entre dans le périmètre certifié. Reste un plan qu’aucun logo ne couvre : la filière — qui décide du cahier des charges, comment la valeur se répartit. C’est là que la marque écrit elle-même, en clair : le nombre de jours au pré, le nom de la ferme, le montant versé à l’éleveur.
La contribution commence au troisième pot, et elle ne s’y arrête pas. Contribuer, c’est produire un gain net sur un plan ou plusieurs : un revenu rétabli, des sols qui se refont. C’est déjà beaucoup, et c’est ce que la plupart des produits engagés atteignent aujourd’hui. Régénérer demande deux choses de plus. Que les capacités du vivant humain et non humain augmentent ensemble, sur les quatre plans — pas un gain ici compensé par une perte là. Et que cela tienne économiquement : le produit se vend parce qu’il contribue, et ce qu’il rapporte finance les pratiques du cycle suivant. Le quatrième pot l’a écrit dans son cahier des charges ; le troisième en prend le chemin.
Trois enseignements pour lire une étiquette
Trois enseignements pratiques en sortent. D’abord, la grande majorité des labels s’arrête à la réduction : ils attestent ce qu’on écarte, pas ce qu’on renforce. Les additionner ne change donc rien au niveau atteint — quatre labels d’abstention laissent le produit au deuxième niveau. Notre analyse du bio au régénératif le montre : les produits qui tiennent en portent trois en moyenne, et c’est leur cohérence qui fait la preuve, pas leur nombre. Empiler des mentions produit une liste ; les combiner produit une preuve, à condition d’énoncer d’abord ce qu’on affirme et de faire étayer chaque registre par un repère précis, avec une note ou un audit tiers derrière lui.
Ensuite, un label qui couvre plusieurs plans à la fois vaut mieux qu’un empilement de labels partiels : il garantit que les gains ne se compensent pas entre eux. C’est ce que fait le Regenerative Organic Certified — bio en socle, santé des sols, bien-être animal et équité des producteurs sous une seule certification —, et aucune filière laitière ou lainière française ne le porte encore.
Enfin, les scores gradués sont utiles à une condition : qu’on sache où se situe le net zéro sur leur échelle. Sans ce repère, une note ne dit pas si le produit réduit encore ses impacts négatifs ou s’il a commencé à contribuer — et c’est précisément la frontière qui intéresse l’acheteur, l’acheteur public et le financeur.
La santé de celui qui mange reste le registre le moins couvert — traité comme une affaire de nutrition, alors qu’il tient au reste : un sol vivant donne des aliments plus denses, une eau sans résidus protège ceux qui la boivent comme ceux qui la travaillent. C’est ce que les référentiels intégrés rendent visible : chez le Regenerative Organic Certified, la santé des sols et celle de celui qui consomme relèvent du même cahier des charges. Sur un produit qui n’en porte pas, elle se lit en deux temps — le bio pour l’absence de résidus, le Nutri-Score ou une allégation pour la composition.
Et une qualité échappe à tous les repères : celle que le produit tient de sa conception. En alimentation, c’est le degré de transformation ; en textile, la solidité du vêtement ; sur les équipements, la durée de vie et la réparabilité effective. Presque aucune n’est certifiée. Un produit peut donc porter des repères de haut niveau et rester fragile ou ultra-transformé — cela se décide en conception, avant tout affichage.
Notre lecture de près de cent cinquante labels et scores, sur onze secteurs, applique cette méthode un à un : sur quels plans porte le repère, avec quel verbe — limiter, réduire, restaurer, régénérer —, et combien de maillons il relie, de la pratique au prix payé à l’amont. Deux points de passage tranchent les cas limites : le socle bio sur les écosystèmes, le salaire décent sur le social.
Le juste prix : relier ce que l’acheteur paie et ce que le producteur touche
La contribution d’un produit, c’est ce que sa production fait vivre : des sols et une biodiversité, des gens qui vivent de leur travail, une économie qui tient sur un territoire. Le prix en fait partie des deux côtés — celui que le producteur touche, celui que l’acheteur accepte de payer —, et il commande le reste : aucune pratique exigeante ne se souscrit sans un revenu qui la porte, aucun revenu ne tient si le produit ne se vend pas.
Les Français tiennent à savoir qui se trouve derrière ce qu’ils achètent et à ce que les agriculteurs en vivent. La répartition des marges reste pourtant opaque, et au reflux de l’inflation les agriculteurs ont rebaissé leurs prix quand d’autres parties prenantes de la chaîne les ont maintenus. Notre dossier sur la supply chain régénérative montre ce qui décide de cette répartition : la qualité des relations entre les maillons.
Tout se joue dans le cahier des charges — et aucun ne couvre tout. La polémique sur le Comté l’a montré : on a opposé un produit du terroir à la responsabilité environnementale, comme si les deux ne pouvaient se parler. Un cahier des charges d’appellation est souvent solide sur l’origine et sur la rémunération du producteur, et faible sur l’environnemental. La réponse n’est pas de choisir un camp mais d’additionner les garanties : une AOP complétée par le socle bio couvre les deux registres. C’est la logique que développe notre analyse sur le fromage bon pour la santé, l’environnement et les éleveurs.
Les garanties de prix, lues comme une trajectoire
Ces garanties se lisent comme une trajectoire. Le bio, sans pesticides de synthèse, laisse la biodiversité se rétablir et protège la santé des agriculteurs comme de ceux qui mangent : des impacts positifs, un gain net au-delà d’une ligne de référence. Quand s’y ajoutent des haies plantées, des sols restaurés et un prix qui fait vivre le producteur, les capacités du vivant humain et non humain augmentent ensemble : ce sont des impacts régénératifs. C’est ce niveau que décrit notre article sur la croissance à impact régénératif.
Et un produit contributif n’est pas nécessairement plus cher. L’accessibilité est un enjeu réel, face à la concurrence des plateformes à bas coût — mais elle ne dit rien de ce que la production fait vivre : un produit français abordable peut rester sans effet sur les sols, la biodiversité ou les territoires. Faire converger les deux est possible, et deux cas le démontrent.
Le lait voté par les consommateurs de C’est qui le Patron ?! repose sur un cahier des charges public et un prix construit sur les coûts réels des éleveurs — 0,59 euro le litre au producteur sur 1,47 euro en rayon. La confiance établie entre les maillons supprime les marges de précaution que chacun ajoute par défaut, si bien que le surcoût ne se répercute pas sur l’acheteur. Le prix est voté par 7 365 consommateurs, certifié chaque mois par Bureau Veritas et inscrit dans un contrat de cinq ans. Résultat : 126 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, en hausse de 11,8 %, quand le marché du lait bio en grande surface reculait de 8 % en volume — et zéro ferme abandonnée, quand 50 à 60 élevages bio étaient lâchés ailleurs dans le même circuit.
La distribution confirme la même mécanique. La Fourche, lauréate dans la catégorie distribution, fonctionne sur un modèle d’adhésion qui rend une sélection bio en moyenne vingt pour cent moins chère que le marché, avec l’origine France et les producteurs partenaires affichés. Accessible et contributif à la fois.
La démonstration, en rayon
Sur le site de la Fourche, on filtre sur « Origine France », un Nutri-Score A et le meilleur Green Score. Le résultat : une liste de produits français qui réunissent les trois dimensions à la fois — accessibles, bons pour la santé, à faible impact environnemental. Le triple impact cesse d’être un concept abstrait : il devient une liste de courses, à prix accessible.

Ces deux lauréats relèvent de la même logique : la demande existe, et elle répond présente dès lors qu’on rend visible ce qui mérite l’achat et qu’on retisse un lien direct entre celui qui consomme, celui qui fabrique et celui qui produit. Léa Nature le montre à une autre échelle, avec un capital transmis à une fondation actionnaire qui rend l’entreprise incessible. Nous lisons chacun de ces modèles au Capacity Score, levier par levier.
Produits régénératifs primés : les Lauriers de la Régénération
Chaque année, les Lauriers de la Régénération distinguent des produits et des services qui contribuent au vivant tout en étant économiquement viables. Le jury les évalue produit par produit, jamais entreprise par entreprise, et sur les quatre plans à la fois : un Laurier pour une offre pleinement régénérative, un coup de cœur pour une démarche qui en prend le chemin. Près de cent produits primés en trois éditions, sur quinze secteurs — de l’agriculture à la finance, du textile à l’architecture.
Ces produits primés partagent leur origine avec leurs voisins de rayon. Ce qui les distingue tient à ce que leur production fait vivre, et au fait qu’ils le prouvent. Un champagne, une électricité, un séjour, un vêtement : même drapeau, et un écart qui se lit sur l’étiquette.
Le tableau met en regard, secteur par secteur, l’offre courante et un lauréat — avec les repères que chacun porte sur son emballage.
| Made in France — l’origine garantie, sans qualification des impacts | Made in France contributif — la contribution au niveau régénératif |
| Champagne Les grandes maisons AOC — l’appellation prescrit l’aire, les cépages et les gestes ; rien sur l’état des sols ni sur la biodiversité | Telmont — champagne certifié ROC, sols régénérés et biodiversité au cœur des vignes |
| Énergie Les fournisseurs « électricité française » — origine seule, sans label ni score | elmy — certifié VertVolt par l’ADEME, achat conjoint de l’énergie et des garanties d’origine auprès du même producteur |
| Textile Les marques relocalisées — France Terre Textile, OEKO-TEX : origine et absence de substances nocives | Picture Organic — 80 % de matières recyclées ou bio, location et réparation, Clear Fashion 86/100 |
| Laine Laines de France — certificat d’origine matière : la tonte a eu lieu en France, et un élevage conventionnel intensif y est éligible | Laines Paysannes — coopérative d’éleveurs, races patrimoniales, transhumance, transformation locale et prix juste à l’éleveur |
| Tourisme Les hébergements « séjour en France » — au mieux une Clef Verte, qui réduit sans réparer | Éco-Domaine La Fontaine — autonomie hydrique et alimentaire, séjours régénératifs |
Beaucoup de marques françaises sont sincèrement engagées sur l’environnement et le social — elles relocalisent, réduisent leurs impacts négatifs, soignent leurs conditions sociales. C’est précieux, et cela reste une réduction des impacts négatifs. Les impacts régénératifs commencent là où la production renforce activement les sols, la biodiversité et les communautés — ce que prouvent, certifications à l’appui, les marques de la colonne de droite.
Même origine française, donc, mais un seul des deux rend visible et vérifiable ce qu’il fait vivre.
Nous avons mené le même travail sur huit secteurs : les pratiques qui font la différence, les repères qui les portent jusqu’au produit, et ce qu’elles rapportent.
L’alimentation · la filière lait · le textile et la filière laine · la cosmétique · l’architecture · le tourisme · le numérique, où la question se pose autrement : un service sans matière peut-il contribuer, et à quelles conditions ?
Les quatre demandes du manifeste du Made in France contributif
Un principe les porte : rendre visible sur le produit ce qu’une production fait vivre, en s’appuyant sur les repères qui l’attestent déjà — les scores qui notent, les certifications de pratiques vérifiées par un tiers. Il ne s’agit pas de créer une couche administrative de plus, mais de faire compter ce qui est déjà mesuré et certifié.
1. Rendre obligatoires les scores gradués dans leur périmètre. Nutri-Score sur tous les produits alimentaires, Planet Score sur l’offre en rayon, Clear Fashion et Cyclescore dans leurs secteurs. Un score gradué apporte trois choses que le label ne porte pas. Une diversité d’indicateurs d’abord : le Planet Score note la biodiversité, le climat, le bien-être animal et les pesticides séparément, quand un label atteste un cahier des charges d’un seul tenant. Une amplitude ensuite : une échelle A à E, sur une case unique, qui classe les produits entre eux — là où un label dit seulement qu’un seuil est franchi. Une amélioration continue enfin : sur une échelle, un producteur voit où il se situe et ce qui lui reste à franchir, et chaque progrès se lit en rayon dès la campagne suivante. Ces trois apports supposent que l’affichage soit obligatoire. Tant qu’il reste facultatif, il y a une prime au silence : la marque qui n’affiche rien garde le bénéfice du doute, celle qui affiche paie sa transparence.
Promouvoir les labels, réviser le calcul, conditionner l’argent public
2. Promouvoir les labels qui attestent une contribution. Un label prescrit des pratiques par un cahier des charges, et un tiers vérifie chaque année qu’elles sont tenues. Les labels réparateurs — Fairtrade, Agri-Éthique, ATES, GOTS — rétablissent un registre à la fois : un revenu tombé sous le coût de production, des eaux traitées avant rejet. Cinq vont plus loin et portent les quatre registres ensemble : l’environnement par les sols, les haies et la biodiversité qui revient ; le social par le revenu du producteur et les conditions de travail ; l’économique par un prix calculé sur les coûts réels et des volumes garantis sur plusieurs années ; la filière et le territoire par des contrats longs et une gouvernance où les producteurs décident. Ce sont le Regenerative Organic Certified, Demeter, Nature & Progrès, Bio Équitable en France et Biopartenaire — et c’est ce qui les rend régénératifs : plus le produit se vend, plus les capacités du vivant humain et non humain se renforcent ensemble. Les faire connaître est un travail public : des campagnes de l’État et de ses opérateurs qui disent ce que chaque label atteste, et leur place dans un affichage intégral et harmonisé. Une marque affiche ce que le consommateur reconnaît ; tant que ces labels restent confidentiels, les porter coûte sans rapporter.
3. Compter ce que la production renforce, et pas seulement ce qu’elle prélève. La révision du PEF — le cadre européen de l’analyse de cycle de vie, auquel l’affichage environnemental français adosse son calcul — doit ajouter aux seize indicateurs actuels ceux qui disent ce qu’une production rend : l’état des sols et de la biodiversité, le revenu réellement payé au producteur, l’emploi tenu sur le territoire. La France a montré que l’approche peut s’amender, en ajoutant des compléments hors analyse de cycle de vie à sa propre méthode : des correctifs de calcul, qui ne relèvent toujours pas l’état des milieux, mais qui établissent qu’un indicateur peut entrer sans attendre que l’analyse de cycle de vie sache le produire. Et là où le calcul ne sait pas compter, les certifications de pratiques vérifiées par un tiers doivent être reconnues comme preuve — ce que le PEF prévoit déjà pour la biodiversité, faute de catégorie à ce nom. La décision se prend à Bruxelles, dans la révision engagée en 2025 et dans les actes délégués du passeport numérique.
4. Faire compter la contribution du produit dans l’argent public. Trois niveaux de décision, et le même principe : le soutien suit ce que le produit contribue plutôt que le statut ou le secteur de l’entreprise. Les opérateurs publics d’abord — ADEME, Bpifrance, agences de l’eau, chambres consulaires —, qui fixent eux-mêmes les critères de leurs dispositifs et financent aujourd’hui des diagnostics et des investissements sans demander à quel niveau la contribution se situe. Les aides aux entreprises ensuite — subventions, crédits d’impôt, garanties —, qui se décident en loi de finances et se conditionnent à une croissance en triple impact. La commande publique enfin — restauration scolaire et hospitalière —, où l’acheteur pondère ses critères et déplace des volumes sans attendre aucun arbitrage européen. Les trois ont besoin de la même chose : une preuve qu’un agent public puisse vérifier. Les labels de la deuxième demande la fournissent déjà.
Cadrer, favoriser, financer : les trois leviers publics
Ces quatre demandes actionnent trois leviers, et ils se tiennent dans cet ordre. Cadrer — l’État et Bruxelles fixent comment la contribution se compte, qui la vérifie, et ce que vaut chaque échelon d’une trajectoire qui va de réduire ses impacts à renforcer les capacités du vivant. Favoriser — l’affichage rend cet échelon visible en rayon, pour que le marché récompense ceux qui vont plus loin. Financer — l’argent public et la finance à impact suivent l’échelon atteint plutôt qu’un seuil unique. Sans le premier, les deux autres n’ont rien sur quoi s’appuyer.
Deux obstacles bloquent le cadrage. Le premier est méthodologique, et c’est l’objet de la troisième demande : le calcul officiel compte des pressions, jamais ce qu’une production rend. Le second est politique : afficher la contribution, c’est créer un classement, et tous n’y ont pas intérêt. Ce qui se défend là, c’est le droit de ne pas comparer — tant que rien n’est affiché, le bénéfice du doute revient au leader de marché. Le Nutri-Score en donne la démonstration : consensuel côté scientifique, attaqué pied à pied côté politique, avec un recours de Lactalis devant le Conseil d’État.
Deux échéances tranchent, et elles ne se jouent pas au même endroit. À Bruxelles : la révision de la méthode européenne, où les indicateurs du vivant entrent ou n’entrent pas, et les actes délégués du passeport numérique. C’est là que l’urgence se situe. Chaque acte délégué fixe, pour un secteur, la liste des champs que le passeport portera — et il la fixe pour des années. Les batteries basculent le 18 février 2027, le textile suit fin 2027 pour une conformité vers 2028-2029, puis l’acier, le mobilier et les pneumatiques ; d’ici 2030, la quasi-totalité des biens manufacturés vendus en Europe sera couverte. Un indicateur absent de l’acte délégué de son secteur ne s’affichera pas, et il faudra attendre la révision de cet acte pour l’y faire entrer. La fenêtre pour peser est celle de l’écriture, pas celle de l’application. À Paris : la ligne de référence, la vérification et ce que l’échelon atteint vaut dans la commande publique, qui relèvent de la loi française et n’attendent aucun arbitrage européen.
Une pièce manque à ce dispositif : la directive sur les allégations environnementales, retirée des négociations. Elle aurait exigé une vérification indépendante avant mise sur le marché, alors que 76 % des produits vendus dans l’Union portent une allégation verte et que la Commission a établi en 2020 que plus de la moitié d’entre elles trompent le consommateur. C’est pourtant en reliant cet affichage aux obligations de reporting déjà en vigueur que les entreprises pourraient faire connaître sur l’étiquette ce qu’elles documentent déjà dans leurs rapports — et que la contribution cesserait d’être une déclaration pour devenir une donnée vérifiée.
Encore faut-il que ces rapports contiennent ce qu’on veut afficher. Les premiers rapports de durabilité français montrent l’inverse : les entreprises documentent le carbone avec précision, parce qu’elles en ont les outils, et moins de 1 % publient un reporting sur leur impact sur la biodiversité ; sur la rémunération des producteurs de la chaîne de valeur, les objectifs sont absents ou formulés sans chiffres ni échéance. L’obligation de reporter précède l’existence du cadre de mesure — et c’est exactement ce que le manifeste demande de corriger.
Côté marché, deux gestes sont possibles une fois le cadre posé : pénaliser et récompenser. Pénaliser est la voie déjà empruntée — la loi sur la fast-fashion ajoute un malus par article et une restriction de publicité. Elle écarte le pire, et elle s’arrête là : rien n’y pousse une marque moyenne à progresser, et le mal-noté a intérêt à se cacher. Récompenser produit l’effet inverse — pénaliser Shein ne suffit pas si rien ne fait vendre celles qui produisent autrement. C’est le principe du bonus-malus : ce que le malus prélève au moins-disant, le bonus le rend à celui qui va plus loin. Le collectif En Vérité l’a écrit pour l’alimentaire — une taxe sur les produits qui n’affichent rien, un fonds redistributif pour ceux qui affichent tout, et une neutralité pour les finances publiques puisque le malus finance le bonus. L’alternative est posée jusque dans les rapports officiels : une mission conjointe de l’Inspection générale des finances, de l’Inspection générale des affaires culturelles et de l’Inspection générale de l’environnement avance deux leviers — interdire la publicité pour les produits les plus nocifs, généraliser l’affichage —, relevant que sur trente-quatre milliards d’euros de dépenses publicitaires annuelles, vingt-deux vont à des produits contraires à une consommation durable, et deux pour cent à l’information du public. Nous y avons ajouté quatre mesures pour que la publicité serve les produits qui contribuent : une déduction fiscale majorée, des campagnes publiques sur ce que les labels attestent, le financement de documentaires sur les pratiques, et une TVA à taux réduit.
Reste un quatrième circuit, qui échappe à la puissance publique : la finance à impact. Elle finance pour l’essentiel la réduction des impacts négatifs, souvent au niveau de ce que la loi exige déjà — on finance la conformité, et on l’appelle impact. Personne ne peut le lui imposer ; mais un échelon lisible et comparable lui donnerait ce qui lui manque pour distinguer un produit qui contribue d’un produit qui se conforme. Le même arbitrage se joue à l’intérieur des entreprises : soutenir le vivant suppose d’accepter des temps de retour différents, et de démontrer qu’une contribution au vivant tient économiquement. C’est l’objet de notre recherche-action en cours.
À qui s’adressent ces demandes : treize destinataires
Treize destinataires, chacun avec ce qu’il peut décider — administrations, opérateurs publics, organisations d’entreprises et marques elles-mêmes.
Au législateur — rendre obligatoires, dans leur périmètre, les scores gradués qui fonctionnent, et poser les trois règles qui relèvent de la loi française : la ligne de référence à partir de laquelle un gain est reconnu, qui vérifie, et ce que vaut chaque échelon dans la commande publique et dans les aides.
Au ministère de la Transition écologique et à l’ADEME, copilotes de la méthode d’affichage — construire les indicateurs qui disent ce qu’une production rend, dans le prolongement des compléments déjà ajoutés à la méthode française, et fournir le mandat technique de la négociation.
Au secrétariat général aux affaires européennes et à la représentation permanente — porter ce mandat dans la révision du PEF et dans les actes délégués du passeport numérique, avec la reconnaissance des certifications de pratiques comme preuve.
Au ministre du Commerce, des PME et du Pouvoir d’achat — rendre visibles les produits à la fois abordables et contributifs, par un filtre commun en rayon et en ligne. Le made in France accessible existe ; la question qu’il laisse ouverte est celle de ce que la production fait vivre.
Au ministère de l’Agriculture — reconnaître les labels qui prescrivent un prix calculé sur les coûts de production, et en faire un critère des aides agricoles et de la commande publique.
À l’Office français de la biodiversité — rendre les mesures de biodiversité utilisables à l’échelle d’une filière, pour que ce qui se passe au champ arrive jusqu’à l’étiquette.
Au ministère de la Santé — rendre le Nutri-Score obligatoire sur les produits alimentaires, et rendre visible sur le produit ce qui protège la santé de ceux qui le produisent comme de ceux qui le consomment, en commençant par la restauration scolaire et hospitalière.
À Bercy — faire de la contribution un critère des aides aux entreprises, en loi de finances.
Aux opérateurs publics — Bpifrance, agences de l’eau, chambres consulaires, et l’ADEME dans son rôle de financeur — inscrire la contribution du produit dans les critères de leurs dispositifs, et reconnaître les labels comme preuves.
Au Conseil économique, social et environnemental — saisir le sujet là où il se tient, entre l’économie, le travail et le vivant, et mettre autour de la table les agriculteurs, les industriels, les salariés, les consommateurs et les associations environnementales.
Aux organisations d’entreprises — Impact France, MEDEF, CPME — porter la contribution lisible sur le produit auprès de leurs adhérents et dans leurs référentiels, là où l’Impact Score mesure aujourd’hui l’entreprise et pas encore ce qu’elle vend.
Aux fonds à impact — distinguer dans leurs critères ce qui contribue de ce qui se conforme, et financer l’échelon atteint plutôt que le respect de la réglementation.
Aux marques et aux PME — inscrire la contribution dans leurs cahiers des charges, la mesurer, et l’afficher sur le produit. Le Capacity Score permet de situer où l’on en est.
La tribune complète apporte les preuves et les cas qui les étayent : les chiffres de la demande, les comportements d’achat mesurés, et ce que le calcul officiel laisse dehors.
À ce jour, le manifeste a été remis aux ministères de l’Agriculture, de l’Industrie et du Commerce, le 12 juin 2026. Les autres destinataires listés ci-dessus restent à saisir — et nous cherchons, pour chacun, les acteurs qui porteront la demande avec nous.
Démontrer la triple profitabilité régénérative
Nous menons une recherche-action pour prouver, chiffres à l’appui, que contribuer au vivant — sols, biodiversité, communautés — est aussi un modèle économique viable, et mérite donc d’être financé en priorité.
Entreprises, chercheurs, financeurs : rejoignez la démarche.
Entre deux produits fabriqués ici, soutenons celui qui contribue le plus. C’est ainsi qu’on fait progresser le bien vivre, tous ensemble.
Pour aller plus loin : la croissance à impact régénératif pour le modèle économique qui porte cette contribution, le Capacity Score pour situer votre organisation, le cadre complet de la renaissance industrielle française, le livre blanc, et les Lauriers de la Régénération.

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