Anne-Laure Delatte, Riches ensemble : mutualiser pour vivre mieux, jusque dans l’entreprise

Dans Riches ensemble ! (Seuil, septembre 2026), l’économiste Anne-Laure Delatte, directrice de recherches au CNRS rattachée à l’université Paris-Dauphine PSL, relit les finances publiques françaises au crible des comparaisons européennes. Alternatives Économiques, qui en a fait son livre du mois, l’interroge sous une question simple : voulons-nous privilégier la richesse individuelle, ou bien être riches ensemble ?

Le livre pose une alternative pour les années qui viennent : face à la crise écologique et aux risques géopolitiques, mutualiser pour vivre mieux, ou laisser chacun s’appauvrir seul. Anne-Laure Delatte la porte à l’échelle de la dépense publique. Elle rejoint l’économie de la mutualité, dont Nous Sommes Vivants reprend le principe pour le modèle économique régénératif : co-investir, puis partager équitablement les gains. Cet article suit sa thèse, puis montre ce que l’économie régénérative en fait dans les entreprises et les filières.

Une croissance en panne faute d’investir dans l’éducation et l’environnement

Interrogée par France Inter le 15 septembre 2026, Anne-Laure Delatte décrit une France au bord de la récession, plutôt que de la faillite. Elle reconnaît un problème budgétaire réel : un déficit supérieur de deux points aux limites autorisées, et qui peine à se réduire. Elle y ajoute un problème de croissance, qu’elle juge structurel : le régime de croissance est en panne faute d’avoir investi aux bons endroits, à commencer par l’éducation et l’environnement, qu’elle range parmi les investissements rentables. Elle y voit le moment de redresser la trajectoire, la France restant sur un sentier encore favorable.

Elle nomme aussi un « gaslighting économique » : un discours qui, face à la crise climatique, fait de la réduction de la dette la priorité absolue. Réduire le déficit compte, rappelle-t-elle, et l’essentiel se joue dans ce que la collectivité choisit de financer.

Ranger l’environnement et l’éducation parmi les investissements rentables, c’est faire se rejoindre l’économique, l’environnement et les personnes : les trois piliers d’impact se lisent ensemble. C’est la lecture en triple impact que Nous Sommes Vivants applique aux entreprises.

Un contrat social déplacé vers le soutien à la compétitivité

Selon Anne-Laure Delatte, sur France Inter, une partie de l’argent public finance depuis une vingtaine d’années la compétitivité des entreprises. Une part de la CSG et de la TVA paie aujourd’hui des cotisations sociales patronales : le contribuable qui pense financer l’école ou l’hôpital finance aussi ce soutien.

Elle propose d’aller chercher les recettes dans ce qu’elle appelle les « zones fiscales de non-droit » : les ultrariches, les très grandes entreprises, et des niches comme le pacte Dutreil sur les successions. Elle évalue à 50 ou 60 milliards d’euros les sommes récupérables sur six ou sept ans, dont une partie irait au déficit et l’essentiel à l’éducation et à l’environnement. Elle relie ces exemptions au consentement à l’impôt, qu’elle compare à une colocation : quand un ou deux colocataires restent à l’écart du pot commun, chacun des autres y contribue plus difficilement.

Ce lien entre justice fiscale et adhésion collective est le ressort de l’écologie populaire : une transition est juste quand chacun contribue à la hauteur de sa responsabilité et de ses capacités, et c’est ce qui la rend désirable et majoritaire.

Les aides publiques aux entreprises représentent 211 milliards d’euros par an selon le Sénat. Nous Sommes Vivants plaide depuis 2021 pour les conditionner à une croissance en triple impact, ce qui suppose de savoir, produit par produit, ce que cette croissance fait vivre. La conditionnalité désigne alors les entreprises à soutenir : celles dont la croissance fait prospérer leur territoire, à l’image des lauréats des Lauriers de la Régénération. La question qui décide devient alors : qui renforçons-nous avec l’argent collectif ?

Mutualiser pour vivre mieux, l’alternative posée par Anne-Laure Delatte

Le livre se conclut sur des propositions : identifier ce que nous avons intérêt à financer ensemble, faire reculer le privé là où il capte des ressources sans mieux protéger les citoyens, évaluer sérieusement la dépense publique, aller chercher les recettes là où elles existent.

Cette alternative rejoint l’économie de la mutualité, dont Nous Sommes Vivants reprend les trois capitaux tenus à égalité — financier, humain, naturel — qui se nourrissent mutuellement. Les Lauriers de la Régénération montrent que contribuer est triplement profitable, et la recherche-action sur la triple profitabilité régénérative rend lisible la valeur créée sur les trois capitaux, dans une même entreprise et sur un même territoire.

Riches ensemble : la définition même de l’économie régénérative

Dans l’entreprise, la question posée par Alternatives Économiques se joue sur la répartition de la valeur : qui capte les gains de l’activité. Au deuxième trimestre 2026, les grandes entreprises cotées françaises ont versé 61 milliards d’euros de dividendes, le montant le plus élevé d’Europe. L’économie de la mutualité y répond par le partage équitable des gains entre ceux qui créent la valeur : producteurs, salariés, territoire et actionnaires.

Pour Nous Sommes Vivants, l’enjeu politique de la trajectoire des entreprises vers la régénération du vivant tient en une exigence : que les entreprises s’engagent et financent des impacts positifs, sociaux et environnementaux. Anne-Laure Delatte parle de financement : qui paie, et pour quoi. L’économie régénérative y ajoute le modèle économique, d’où vient la rentabilité. La dépense publique et les aides financent une part de la trajectoire ; le modèle économique régénératif la rend rentable pour l’entreprise.

La rentabilité qu’Anne-Laure Delatte attend de l’éducation et de l’environnement relève de la logique du business case de la régénération. Régénérer, c’est donner aux êtres vivants, dont les humains, les ressources leur permettant d’atteindre leur plein potentiel dans leur environnement. La régénération augmente les capacités du vivant, et ces capacités permettent l’adaptation du territoire. La continuité et la valeur créée viennent de cette adaptation.

Mutualiser pour vivre mieux, c’est la manière dont l’économie régénérative organise ce partage. Dans une chaîne de valeur, il prend des formes précises : s’engager dans la durée avec les producteurs, préfinancer leur transition, co-investir dans les outils de transformation, répartir la valeur et en rendre compte sur une triple comptabilité. Les coalitions réunies autour d’un produit ou d’une filière fonctionnent comme un pot commun : chacun y contribue, et chacun en bénéficie.

Être riches ensemble, enfin, c’est sa finalité : régénérer pour prospérer ensemble dans un territoire. Le livre blanc de Nous Sommes Vivants, ce que régénération veut dire pour une entreprise en pose les fondements.

Riches ensemble, à l’échelle d’une entreprise

Le modèle économique régénératif augmente la capacité du vivant à prospérer, dans les écosystèmes habités où l’activité s’inscrit : les sols, la biodiversité, les humains, les liens sociaux, l’économie locale. Le territoire et ses habitants prospèrent avec l’activité, et l’activité avec eux.

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Le parcours commence par le Capacity Score, un diagnostic gratuit en 38 questions qui situe votre démarche sur les quatre niveaux de maturité. Le business model régénératif traduit ensuite la trajectoire en modèle économique, en cinq ateliers sur un an avec vos parties prenantes ou en journée en entreprise. Les sessions découverte permettent d’en faire l’expérience, et nos consultants vous accompagnent.

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