Adaptation régénérative : face aux chocs climatiques et sociaux, faire prospérer son territoire

Adaptation régénérative : faire prospérer son territoire face aux chocs climatiques et sociaux, plutôt que se protéger des chocs — Nous Sommes Vivants

L’adaptation aux chocs climatiques, sociaux et économiques est désormais dans les priorités des entreprises, dans les projets politiques de la rentrée et dans les attentes des Français. Côté entreprises, 68 % des dirigeants disent prioriser activement l’adaptation climatique, contre 56 % en 2025, selon l’enquête Capgemini de septembre 2026. Et les chocs climatiques deviennent des chocs sociaux, quand le coût de la vie flambe. Comment adapter son entreprise au changement climatique et aux chocs sociaux ? La plupart s’en tiennent à la conformité, ou cherchent à être résilientes : encaisser le choc, revenir à la normale. Certaines font de l’adaptation un vrai enjeu, souvent par réflexe de résilience, rarement par une stratégie ; les plus avancées font de la robustesse, pour tenir. Une autre approche retourne la finalité : prospérer ensemble dans un territoire, le territoire et ses habitants avec l’activité, et l’activité avec eux. La régénération augmente les capacités du vivant, et ces capacités permettent l’adaptation du territoire, qui se fait avec lui : c’est l’adaptation régénérative.

Adaptation régénérative : la définition

La régénération est un changement profond de finalité, de pratiques et de modèle économique ; son résultat est une adaptation collective, avec le territoire. L’adaptation régénérative est ce résultat : une adaptation qui vient de capacités du vivant qui grandissent, plutôt que d’une protection contre les chocs. L’entreprise transforme ses pratiques, ses modèles mentaux et son modèle économique pour tisser des relations mutuellement bénéfiques avec les écosystèmes habités de ses territoires : sols, biodiversité, humains, liens sociaux, économie locale. La régénération augmente les capacités de ces écosystèmes ; ces capacités font l’adaptation du territoire ; et cette adaptation fait la continuité de l’activité et la valeur qu’elle crée. L’adaptation devient ainsi la conséquence de capacités qui grandissent. Elle se lit en triple impact régénératif, sur les trois piliers à la fois : l’environnement (sols, eau, biodiversité), les personnes (revenus, santé, savoir-faire, liens) et l’économie (marges, continuité des filières, valeur partagée).

Elle repose sur ce que la régénération veut dire pour une entreprise, telle que la pose notre livre blanc : la régénération consiste à donner aux êtres vivants (dont les humains) les ressources leur permettant d’être en capacité d’atteindre leur plein potentiel dans leur environnement. Elle s’obtient en tissant des relations mutuellement bénéfiques entre les êtres vivants d’un territoire, la vie dans les sols, les populations animales et végétales, les communautés humaines, de sorte que chacun renforce par son activité propre la capacité des autres à poursuivre leur propre évolution. Seul le vivant se régénère : l’entreprise ne régénère pas à sa place, elle cultive les conditions de cette régénération.

Elle se distingue de l’adaptation classique, celle du niveau restaurer, qui répare ce qui est abîmé pour revenir à un état antérieur et adapte son modèle pour continuer : un aboutissement légitime, qui rend l’entreprise robuste, stable et viable malgré les fluctuations. La régénération part d’un potentiel à développer plutôt que d’un dommage à réparer, et retourne la finalité : de continuer l’activité à prospérer avec son territoire ; l’activité augmente alors les capacités du vivant, au lieu de seulement réparer ce dont elle dépend. C’est une adaptation socio-écosystémique, où le territoire s’adapte avec l’entreprise ; la robustesse, au sens d’Olivier Hamant, en est la condition ; la régénération, telle que la définit notre livre blanc, change la finalité de l’activité et son modèle économique.

Ce retournement se lit dans le modèle économique. Des quatre équations entre chiffre d’affaires et impacts que distingue notre lecture de la croissance à impact — le couplage, la décroissance, le découplage, horizon du niveau réduire, et la recorrélation —, le modèle économique régénératif relève de la dernière : le chiffre d’affaires et les impacts régénératifs croissent ensemble. Il croît en valeur plutôt qu’en volume : une marge portée par l’offre, qui se reconstitue à chaque vente, partagée avec ceux qui la produisent, pour un profit raisonnable qui permet de tenir, de réinvestir et d’innover. Il reste dans la limite de ce que le territoire peut porter, et s’étend par l’essaimage, en nombre de territoires engagés. Il suppose deux conditions : avoir d’abord réduit ses impacts négatifs, et répondre à un besoin réel. La valeur progresse alors avec les revenus, la santé et les savoir-faire des personnes, avec la fertilité des sols, l’eau et la biodiversité du territoire. Pour l’entreprise, cela revient à décroître ses capacités de production prédatrices et à augmenter ses capacités de vie régénératives.

Le schéma situe les deux adaptations sur les quatre niveaux de la trajectoire, de limiter à régénérer, chacun avec sa stratégie, de l’agilité à la régénération. À chaque niveau, il montre ce que l’activité fait gagner et perdre aux écosystèmes, puis son objectif, ce qu’elle rapporte, sa façon de compter et ce qu’elle exige. Le zéro net y marque le moment où l’on cesse de réduire pour réparer. En réparant les écosystèmes dont elle dépend, l’activité devient plus robuste : des sols qui retiennent l’eau, des fournisseurs qui passent les chocs, des marges de sécurité retrouvées. En augmentant les capacités du vivant sur son territoire, elle prospère avec lui : chaque capacité gagnée par les sols, la biodiversité, les producteurs ou les habitants devient une valeur qu’elle partage avec eux. Le passage de l’un à l’autre est la flèche du schéma : l’activité ne se contente plus de tenir, elle fait grandir ce dont elle et son territoire vivent.

L’adaptation régénérative : de continuer l’activité à prospérer avec son territoire

Faites glisser le schéma vers la gauche pour voir les quatre niveaux →

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double matérialité
Barres vertes : capacités des écosystèmes gagnées— environnement : sols, eau, biodiversité ; personnes : revenus, santé, savoir-faire, liens ; économie : marges, continuité des filières, valeur partagée
adaptation socio-écosystémique bascule des modèles mentaux et du modèle économique
ce que l’activité apporte aux écosystèmes
en retour : ce qui la soutient
0
ni gain ni perte
🏃 Agilité
↩️ Résilience
🌳 Robustesse
🌱 Régénération
ce que l’activité retire aux écosystèmes
en retour : ce qui la met en danger
N1 · Limiter (conformité)
N2 · Réduire (atténuation systémique)
N3 · Restaurer (robustesse de l’activité)
N4 · Régénérer (capacités du vivant)
préservation des ressources humaines et naturelles
impacts net zéro
▼
Barres marron : capacités des écosystèmes dégradées— environnement : sols appauvris, eau polluée, biodiversité érodée ; personnes : revenus fragilisés, mal-être et maladies, savoir-faire perdus, liens défaits ; économie : marges sous pression, filières rompues, surprofits captés
Objectif : Rester conforme et éviter les risques
Ce qu’elle rapporte : Des chocs évités à court terme, sans changer de modèle.
Limites planétaires : leur dépassement compté en risques d’exploitation, donc en coûts.
Exige de voir le choc venir, et de réagir encore, au risque de s’épuiser.
Objectif : Atténuer ses impacts sur tout le système
Ce qu’elle rapporte : Des dépendances aux ressources réduites, une activité qui redémarre après le choc.
Triple bilan : trois colonnes à équilibrer, l’arbitrage entre elles reste possible.
Exige de penser en système, mais risque le piège de la résilience : revenir à la normale quand les chocs sont permanents.
Objectif : Continuer l’activité malgré les instabilités
Ce qu’elle rapporte : Des pertes évitées et des ressources plus abondantes, partagées : des écosystèmes réparés, des fournisseurs et des équipes qui restent, des marges retrouvées, une activité qui dure.
Comptabilité écologique (CARE) : le coût de restauration des capitaux à leur état initial.
Exige d’accepter la sous-optimalité — marges, redondance, diversité — et de tisser du lien au territoire.
Objectif : Prospérer avec son territoire et ses habitants
Ce qu’elle rapporte : Des sols et une biodiversité plus vivants, des revenus et une santé qui progressent, une valeur partagée avec la filière ; la continuité en découle.
Triple comptabilité, synergies multicapitaux : des spirales ascendantes, où les capacités se construisent les unes avec les autres, progressivement.
Exige un changement de finalité : une offre qui augmente les capacités du vivant, humain et non humain, sur son territoire, conçue avec sa filière et portée par toute l’organisation.
Nous Sommes Vivants, le collectif de la transition écologique décroître les capacités de production prédatrices augmenter les capacités de vie régénératives
◀ Capacités de l’organisation, mesurées par le Capacity Score ▶
de limiter à régénérer : agilité, résilience, robustesse, régénération

Il s’agit d’abord de réduire les impacts négatifs qui mettent l’activité en danger, jusqu’au point où les impacts positifs la soutiennent, puis où les impacts régénératifs créent la prospérité du territoire, et la sienne avec. Limiter et réduire font baisser les impacts négatifs jusqu’au zéro net. Au-delà, restaurer enclenche la réparation : en ramenant les écosystèmes et les liens sociaux à un état antérieur, l’activité devient plus robuste. Régénérer change de finalité : en augmentant les capacités du vivant, humain et non humain, sur son territoire, l’activité prospère avec lui. L’adaptation socio-écosystémique fait passer de la robustesse à la régénération. Les quatre étapes s’appuient sur le continuum Regenesis (Mang & Haggard, 2016), dont notre livre blanc pose le cadre complet. La croissance à impact montre comment la rentabilité naît de capacités de vie régénératives qui augmentent, et les Lauriers de la Régénération en donnent près de cent exemples, triplement profitables.

À quoi elle s’applique : changement climatique, biodiversité, chocs sociaux

Elle répond aux dérèglements qui pèsent sur l’activité : le climat, l’érosion de la biodiversité, la raréfaction des ressources, et les chocs sociaux qu’ils entraînent quand les prix flambent. Elle ne s’applique pas à un bâtiment ou à un équipement pris isolément, mais à une activité dans son territoire.

Sur un produit et sa filière : en 2024, alors que 30 à 50 % du lait bio français était déclassé et que le marché reculait, la filière de C’est qui le Patron ?! avec LSDH a crû de 11,8 %, parce que son prix est co-décidé et construit sur les coûts des éleveurs.

Sur un territoire : sur le plateau de l’Aubrac, la coopérative Jeune Montagne maintient soixante-dix fermes là où rien d’autre ne pousse ; à New York, la ville a préféré payer 2 milliards de dollars aux agriculteurs du bassin des Catskills pour protéger son eau, plutôt que 6 à 8 milliards pour une usine de traitement, comme le rappelle notre note de cadrage sur la triple profitabilité. Les collectivités y prennent part, et la commande publique en est un levier, jusqu’aux cantines scolaires.

Un exemple : la tomate. Dans l’alimentation, l’enjeu de 2027 tient dans une tomate, dont le prix flambe avec les extrêmes climatiques. Se protéger sécurise l’approvisionnement et répercute le risque sur la caisse ; la robustesse reconstruit avec les producteurs une chaîne de valeur qui le partage, et fait tenir la filière ; la régénération donne en plus une tomate meilleure pour ceux qui la mangent comme pour le sol qui la porte.

L’enjeu, dans une tomate

+31 % sur la tomate grappe en un an

En juin 2026, d’après Familles Rurales. Partout dans le monde, presque toutes les flambées des prix alimentaires suivent un extrême climatique sans précédent, montre Zero Carbon Analytics, relayé par Le Monde. En France, juin 2026 a été le plus chaud jamais enregistré, et les fournisseurs espagnols sortaient de l’hiver le plus pluvieux : un approvisionnement concentré importe les risques climatiques avec les produits. Le choc devient social : 37 % des Français ne peuvent pas se procurer une alimentation saine pour trois repas par jour, selon le baromètre Ipsos pour le Secours populaire de septembre 2026.

Une chaîne de valeur localisée, un sol vivant et un contrat long co-investi répartissent ce risque entre l’acheteur et le producteur, au lieu de le reporter sur le prix payé à la caisse : c’est ce qui fait tenir la filière. Ce qui la fait basculer dans un modèle économique mutuellement bénéfique sur son territoire, c’est ce que la tomate fait grandir : elle est plus nourrissante, plus riche en vitamine C, en fer et en polyphénols, avec moins de résidus de pesticides : meilleure pour la santé de ceux qui la mangent, comme pour la vie du sol qui la porte. C’est ce que l’on peut expérimenter dès 2027, sur un premier produit.

La tomate, enjeu écologique de 2027 →

Comment y parvenir : les six leviers de l’organisation

Pour y parvenir, l’entreprise mène ses trois transformations sur les six leviers que lit le Capacity Score : la posture de ceux qui décident, ce que l’on mesure, la chaîne de valeur, l’offre, les équipes, la gouvernance avec son financement. Ils avancent chacun à son rythme : le plus lent retient l’ensemble, et le passage de restaurer à régénérer a son levier pivot, l’offre. Le tableau oppose, levier par levier, ce que l’adaptation classique a construit et ce que l’adaptation régénérative y change.

LevierAdaptation classique · niveau restaurerAdaptation régénérative · niveau régénérer
🎯 Leadership personnelUn cap contributif partagé, des arbitrages de long terme assumésUne raison d’être opérationnelle, des décisions indexées sur la vitalité du vivant
📊 Intelligence écosystémiqueDes données sur la santé des écosystèmes intégrées aux décisionsLa mesure des impacts régénératifs, une intelligence territoriale partagée
🔗 Chaîne de valeur localiséeLa co-construction avec les fournisseurs, des filières engagées dans la restaurationDes filières régénératives territorialisées, la capacité contributive des fournisseurs renforcée
💡 Innovation produitL’éco-socio-conception : ACV étendue, ISO 14075, net zéroLe design régénératif : ACV contributive, l’usage du produit augmente la capacité du vivant
🤝 Dynamiques humainesDes imaginaires renouvelés, une énergie collective orientée vers la contributionLa conviction partagée que la viabilité passe par le vivant : les modèles mentaux ont basculé
⚖️ Gouvernance et financementDes structures pour les arbitrages de long terme, des coalitions de parties prenantesUn financement aligné sur le triple impact régénératif, une gouvernance partagée avec le territoire

D’après le tableau des six leviers sur quatre niveaux du Capacity Score.

L’offre, levier pivot du passage à régénérer

S’adapter en se protégeant ne change pas ce que l’on vend. L’adaptation régénérative passe par l’offre : parmi les six leviers, c’est l’innovation produit qui fait passer de restaurer à régénérer. Des pratiques qui renforcent activement le vivant au fil de la chaîne de valeur donnent un produit dont le marché reconnaît la valeur, comme le montrent cent produits régénératifs français distingués aux Lauriers de la Régénération.

L’offre fait basculer : conçue avec sa filière, elle finance des pratiques qui font grandir les capacités du vivant sur le territoire, humain et non humain, sur les trois piliers à la fois : ses sols et sa biodiversité, les revenus et la santé de ceux qui y vivent, la valeur partagée dans la filière. L’adaptation, elle, se construit sur l’ensemble de l’organisation : la coopération de filière, le financement partagé, la bascule d’un secteur entier, que décrivent les sections suivantes. L’encadré qui clôt cette section montre la tomate, en 2030.

Sa rentabilité a trois sources : la qualité des relations entre les acteurs de la chaîne de valeur, la survaleur que l’acheteur paie quand il voit ce qu’il finance, et la multivalorisation d’une même matière en plusieurs débouchés ; c’est ce que détaille d’où vient la rentabilité d’un modèle économique régénératif. Elle se construit sur trois horizons : l’offre d’aujourd’hui, un produit de transition à cinq ans, l’offre régénérative à dix ans, selon la méthode de notre masterclass sur la bascule du modèle économique. Avec l’innovation produit, l’adaptation commence à rapporter ; les cinq autres leviers du Capacity Score la portent : le leadership personnel, l’intelligence écosystémique, la chaîne de valeur localisée, les dynamiques humaines, la gouvernance et le financement.

Encore faut-il que l’acheteur sache ce qu’il finance, et la contribution se lit déjà sur le produit. Cinq labels attestent le niveau régénératif, en portant ensemble l’environnement, le social, l’économique et le territoire : le Regenerative Organic Certified, Demeter, Nature & Progrès, Bio Équitable en France et Biopartenaire ; notre lecture des labels et des scores les situe sur les quatre niveaux. Les lauréats des Lauriers de la Régénération en donnent des exemples en rayon : le champagne Telmont, certifié Regenerative Organic Certified, avec ses sols régénérés et la biodiversité au cœur des vignes ; les vêtements de Picture Organic, à 80 % en matières recyclées ou bio, loués et réparés, notés 86 sur 100 par Clear Fashion.

Les scores gradués se lisent avec un repère : une bonne note dit qu’un produit fait mieux que ses voisins de rayon, et c’est le net zéro qui dit s’il a commencé à contribuer.

Imaginons la même tomate, en 2030

Ce qui a grandi en trois saisons

Le sol et la biodiversité

Le sol est plus vivant d’une saison à l’autre : la matière organique remonte, l’eau s’infiltre au lieu de ruisseler, la plante est mieux nourrie. Les haies replantées ont fait revenir les oiseaux, les pollinisateurs et les insectes auxiliaires, qui protègent la culture à la place des pesticides.

Le producteur

Son revenu progresse avec ses pratiques : un contrat sur cinq ans, un prix construit sur ses coûts, une part de la valeur créée qui lui revient. Il vit mieux de son travail, et sa ferme se transmet à un jeune qui s’installe.

Celui qui la mange

Une tomate plus nourrissante, plus riche en vitamine C, en fer et en polyphénols, avec moins de résidus de pesticides. Sa santé gagne à ce qu’il achète, et l’emballage lui dit ce qu’il finance : un label régénératif, le nom de la ferme, la part payée au producteur.

Le territoire et l’entreprise

Saison après saison, la filière ajoute du sol vivant, de la biodiversité, du revenu et de la santé. La démarche s’étend à d’autres produits et d’autres territoires : le territoire et ses habitants prospèrent, et l’entreprise avec eux.

Coopérer avec sa filière et son territoire

La robustesse est déjà collective : la dépendance y est reconnue et gérée, et l’on tient parce que les autres tiennent. L’adaptation régénérative tisse des liens mutuellement bénéfiques, où chacun renforce les capacités des autres. Le partage du risque fait tenir la filière ; ce que le produit fait grandir la fait basculer dans un modèle économique mutuellement bénéfique sur son territoire. Cette coopération commence par connaître les écosystèmes habités du territoire : l’état des sols, de l’eau, des producteurs et des savoir-faire, mesuré en triple impact, comme le fait le Capacity Score appliqué à la filière laine. Elle se poursuit en transformant la chaîne de valeur avec ses partenaires, par des engagements réciproques écrits : la durée, le préfinancement, les outils de première transformation, la répartition de la valeur créée. C’est ce que montrent la transformation d’une filière et la supply chain régénérative.

La recherche sur les chaînes d’approvisionnement régénératives en tire trois principes, qui disent ce que s’adapter avec son territoire veut dire. La proportionnalité : ajuster l’échelle de production à ce que les écosystèmes locaux peuvent soutenir. La réciprocité : concevoir des échanges qui bénéficient à plusieurs acteurs, humains et non humains. La poly-rythmicité : accorder les décisions aux rythmes du vivant, et pas seulement au tempo de la demande. La proportionnalité fonde l’essaimage : on croît en valeur sur un territoire, et en nombre de territoires engagés.

Les preuves se lisent sur cette ligne de partage. La robustesse tient par la qualité des relations : un fournisseur payé à un prix qui lui permet d’investir passe le premier choc, un producteur dont le risque est partagé reste quand les cours s’effondrent. La régénération fait de ces relations le moteur de ce qui grandit, chaque partie renforçant les autres. Sur la filière lait de C’est qui le Patron ?! avec LSDH, l’éleveur reçoit 0,59 € pour un litre vendu 1,47 €, sur 90 élevages, avec un prix co-décidé et construit sur ses coûts, ce qui fait tenir la filière ; ce qui la fait basculer dans un modèle économique mutuellement bénéfique sur son territoire, c’est ce qui grandit sur les trois piliers : pour l’environnement, des prairies qui comptent 30 % d’espèces en plus à la parcelle ; pour les personnes, des éleveurs qui situent leur bien-être à 7,6 sur 10 contre 4,9 en moyenne nationale ; pour l’économie du territoire, cent cinquante installations accompagnées par LSDH depuis 2015. La laine de Laines Paysannes se paie 1,20 € le kilo, six fois le prix de marché, sans subvention. Et la boucle se referme en aval, par la contribution rendue lisible sur le produit, qui fait de la demande un levier de la trajectoire amont.

À l’échelle d’un pays, cette adaptation prend le nom de souveraineté : une production qui fait grandir les capacités du vivant sur le territoire, avec des sols qui retiennent l’eau quand vient la canicule, une biodiversité qui revient, des savoir-faire transmis et des gens qui vivent de leur travail. Une souveraineté qui se renforce à mesure qu’elle produit, là où l’adaptation classique protège ce qui existe.

Un financement à la mesure de la trajectoire

S’adapter en se protégeant se paie : c’est un coût. L’adaptation régénérative rapporte, quand elle est financée comme elle se construit : c’est le business case de l’adaptation, porté par les capacités du vivant qui grandissent. Le financement change de nature avec le niveau : une charge de conformité pour limiter ; une dépense prélevée sur les marges pour réduire ; un investissement pluriannuel, au retour défensif, pour restaurer ; un co-investissement partagé avec la filière et porté par l’offre pour régénérer. Notre baromètre Capacity Score 2026 en donne la mesure : pour 62 % des répondants, la contribution reste un coût prélevé sur les marges ; elle devient une source de revenu pour 14 %, ceux qui la co-investissent avec leurs partenaires et leurs territoires.

Ce co-investissement finance un patrimoine qui grandit : un fermier dont les pratiques font monter la nappe phréatique et rendent son sol plus fertile ne vend pas sa terre au prix de celle de son voisin. Il s’amorce avec ce qui existe déjà, aides publiques, paiements pour services environnementaux de 100 à 120 euros par hectare et par an, crédits carbone, commerce équitable, puis se finance par ce qui se vend. Financer sa trajectoire RSE par son modèle économique en donne les leviers, et qui va payer pour la régénération les montages. Les entreprises primées aux Lauriers de la Régénération montrent que cette trajectoire est triplement profitable.

Faire basculer un secteur d’activité entier

S’adapter en se protégeant se décide dans une entreprise. L’adaptation régénérative fait basculer un secteur d’activité entier, de la ferme au rayon, et chacun y engage ce qu’il peut : le consommateur paie ce qu’il comprend, l’entreprise investit ce qu’elle peut sécuriser, le producteur engage ce qu’il peut porter, la puissance publique amorce ce qu’elle peut cibler. Chacun en tire un gain propre, dans une économie de la mutualité où la valeur se partage entre ceux qui la produisent. Des secteurs ont commencé. Dans le lait, quand Lactalis a abandonné 50 à 60 fermes bio en 2024, LSDH, partenaire de C’est qui le Patron ?!, les a reprises avec les mêmes critères. Dans le textile, trente parties prenantes, des agriculteurs aux régions, ont co-conçu avec Bastien Tissages une filière d’ortie française, alternative au coton. Les Lauriers de la Régénération ont primé des produits régénératifs dans quinze secteurs, et la cartographie de l’écosystème réunit ceux qui accompagnent ces bascules.

Cette bascule est à la fois économique et mentale, et elle se mène avec tous les acteurs autour d’un produit. Le business model régénératif réunit les parties prenantes de la chaîne de valeur pour redessiner l’offre ; les fresques des imaginaires, des émotions et du facteur humain lèvent ce qui empêche d’agir ; les Regenerative Circles réunissent marques, filières, accompagnants et financeurs sur douze mois. Quand le modèle économique avance sans les modèles mentaux, ou l’inverse, le secteur tourne en rond : afficher une raison d’être régénérative sans changer ce que l’on vend, c’est le regen-washing contre lequel le livre blanc met en garde.

Comment s’y engager en 2027

La feuille de route RSE 2027 en donne les six étapes : se situer avec le Capacity Score, puis, en 2027, poser sa stratégie, expérimenter sur un premier produit avec sa filière ou une coalition, ou embarquer ses équipes, et enfin, en 2028, déployer et coopérer avec toute la filière. Ceux qui accompagnent les entreprises trouvent la même trajectoire, vue du côté du conseil, dans la feuille de route des consultants RSE.

Vous portez le sujet en entrepriseSix étapes pour engager l’adaptation régénérative en 2027 : se situer avec le Capacity Score, poser sa stratégie, expérimenter sur un premier produit avec sa filière.

La feuille de route RSE 2027

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La feuille de route des consultants RSE

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