Pour aller plus loin : les Lauriers de la Régénération, le Capacity Score pour situer votre organisation, et le livre blanc sur ce que la régénération change pour une entreprise.
Lors des Lauriers de la Régénération 2026, Caroline Mini, Sustainability Manager de Picture Organic, est venue raconter une trajectoire : par où l’entreprise a commencé, ce qui l’a animée, ses leviers et ses freins. Un retour d’expérience issu d’une demande de notre Regenerative Circle Écosystème : comprendre comment une marque tient, dans le temps, ses deux trajectoires — RSE et économique — à la fois. L’occasion aussi de situer ses actions sur les quatre étapes du Capacity Score — limiter, réduire, restaurer, régénérer — et d’identifier ses leviers de capacité. Avec une question qui traverse tout : comment valoriser des engagements profonds jusqu’à l’usager final ?
Une veste de ski notée 82 sur 100, affichée juste sous le prix. C’est par cette image très concrète que se résume la démarche de Picture Organic : rendre lisible, au moment de l’achat, ce qui sépare un vêtement vraiment contributif d’un produit ordinaire. Car derrière cette note se cache bien plus qu’un produit écoconçu : un coton bio certifié GOTS, une chaîne tracée jusqu’au rang 3, des audits sociaux, une garantie à vie, et un affichage vérifié par un tiers de confiance — un faisceau de preuves qui, pris ensemble, a valu à la marque un Laurier de la Régénération 2025 dans la catégorie textile. Derrière ce score, une trajectoire de plus de quinze ans, dont Caroline Mini a détaillé les étapes — du choix des matières à la mesure de la biodiversité, jusqu’à la manière de transmettre tout cela au client final.
Une marque née d’une passion et d’une conviction
Picture Organic naît en 2008 à Clermont-Ferrand, fondée par trois amis d’enfance — Julien, Vincent et Jérémy — qui pratiquaient ensemble le skate, le snow et le surf. Leur mission, « Ride, Protect and Share », tient en trois gestes : vivre leur passion, en limiter l’empreinte, et la partager au plus grand nombre. Jérémy, le directeur artistique, vient d’une formation d’architecte et voulait à l’origine concevoir des maisons écologiques ; cet ancrage se retrouve dans le design géométrique et coloré de la marque, qui tranchait avec les tenues sombres de l’époque.
Dès le départ, des bases fortes : les premiers t-shirts sont en coton bio, et chaque produit contient depuis au moins 50 % de matières recyclées, biologiques ou naturelles. L’entreprise compte aujourd’hui une soixantaine de collaborateurs, garde son siège à Clermont-Ferrand, et est certifiée B Corp depuis 2019. Picture a même banni les PFAS dès 2017 — au point de ne réintroduire des vestes en Gore-Tex que cette année, une fois le fournisseur passé à une membrane sans PFAS.
Trois niveaux d’engagement, du produit à la marque
Caroline Mini structure l’action de Picture en trois niveaux, qui correspondent à là où se logent réellement les impacts.
Le premier, sur les matières et les produits, est celui où il faut agir en priorité : les bilans carbone et les analyses de cycle de vie montrent que l’essentiel de l’impact se situe en amont. D’où le coton bio certifié GOTS, le polyester recyclé certifié GRS, et un travail constant d’écoconception — réutilisation des chutes de production, patronnage multidirectionnel pour minimiser les pertes à la coupe, réemploi de tissus de collections antérieures.
Le deuxième, en continu, porte sur les fournisseurs. Puisque l’impact est en amont, Picture collecte les certifications, choisit des usines labellisées (Oeko-Tex, Bluesign), récolte les données environnementales de ses fournisseurs et trace sa chaîne jusqu’au rang 3, parfois 4. Sur la décarbonation, l’entreprise s’associe à d’autres marques : pour un fournisseur vietnamien partagé entre quatre ou cinq marques, un diagnostic énergétique commun a débouché sur l’installation de panneaux solaires en toiture d’usine, réduisant son empreinte carbone.
Le troisième, au niveau de la marque, regroupe les engagements globaux : la certification B Corp, la garantie à vie, et un système de réparation. La garantie à vie est un engagement assumé — tout produit défectueux revient, est analysé, et nourrit l’amélioration du vêtement suivant. Picture étant labellisée bonus réparation, celui-ci est automatiquement déduit de la facture quand un client fait réparer une pièce hors garantie.
La trajectoire dans le temps : mesurer avant de communiquer
Le fil rouge du témoignage de Caroline Mini est une exigence d’humilité : ne valoriser ses pratiques qu’une fois les démarches abouties et mesurées. La séquence est éclairante. D’abord les certifications, premières preuves de l’engagement sur les matières. Puis, en 2019, un premier bilan carbone — non par obligation réglementaire, mais par volonté de PME, et parce que les méthodes de calcul étaient enfin matures. Il pose un état des lieux et fixe un objectif de décarbonation aligné sur les Accords de Paris.
Vient ensuite l’analyse de cycle de vie, qui élargit les indicateurs au-delà du carbone : impacts sur l’eau, l’air, les sols, la santé. Picture la mène référence par référence, avec Clear Fashion — un choix motivé par leur méthode, qui combine le référentiel européen (PEF), la méthode française officielle et leur propre méthode validée par un comité scientifique. Surtout, cette méthode prend en compte les certifications liées à la matière, ce que le PEF générique ne fait pas. L’outil permet aussi de simuler un produit — passer un coton bio de 80 à 100 %, par exemple — et d’en anticiper la note.
Reste un angle mort connu : la biodiversité n’est pas correctement saisie par l’analyse de cycle de vie. Picture a donc mené en interne un diagnostic biodiversité dédié, fondé sur des méthodes reconnues (WWF, cadre LIFE), évaluant l’impact de chaque matière et de chaque étape — de la filature à la fin de vie — sur l’écosystème marin, l’eau douce, l’air, les sols et l’abondance d’espèces. Sa conclusion confirme le bilan carbone : l’essentiel de l’impact est en amont, sur les matières premières et certains procédés comme la teinture.
L’enjeu central : valoriser jusqu’à l’usager final
C’est là que se noue la difficulté que Caroline Mini nomme sans détour : comment transmettre la profondeur d’un engagement à quelqu’un qui n’a que quelques secondes en rayon ? La réponse de Picture tient à un affichage lisible au moment de l’achat. Sur la fiche d’une veste, on voit le prix, puis immédiatement en dessous le score Clear Fashion sur 100. La veste lauréate affiche ainsi 82/100 — un très bon score, qui place le produit dans le haut du panier des marques notées par Clear Fashion.
L’intérêt d’une note synthétique, c’est qu’elle se lit en un instant tout en ouvrant, d’un clic, vers le détail : chaque critère, chaque paramètre, pour qui veut y passer du temps. Picture affiche d’ailleurs deux scores en parallèle : le Fashion Score sur 100, intuitif, et le score gouvernemental Ecobalyse — la méthode officielle de l’ADEME, fondée sur le PEF — exprimé en points d’impact, où la veste pèse environ 660 points. Ce second indicateur va de zéro à l’infini, plus c’est bas mieux c’est ; peu lisible seul, il prend sens en regard du 82/100. La note ne dispense pas la marque de sa responsabilité de réduire ses impacts ; elle donne au consommateur de quoi choisir en connaissance de cause.
La limite, Caroline Mini la reconnaît : certains sujets restent difficiles à transmettre. Un bilan carbone parle en kilos de CO₂, on sait donner des repères. La biodiversité, elle, exigera plus de pédagogie — relier l’abondance d’espèces au quotidien d’un randonneur n’a rien d’évident. De même pour l’engagement social, pourtant très structuré chez Picture : démarche alignée sur le guide de l’OCDE pour un approvisionnement responsable, normes de l’Organisation internationale du travail, audits de tous les fournisseurs de rang 1. En boutique, des vendeurs formés peuvent l’expliquer ; à distance, le score Clear Fashion offre la première grille de lecture, complétée par les pages dédiées du site.
La veste régénérative : ce qu’il y a derrière la note
Que recouvre concrètement ce 82/100 ? Une veste 100 % coton biologique certifié GOTS, fabriquée dans des usines de longue date dont Picture connaît les rangs 2 et 3 — filateur et tisseur. Côté santé, pas de produits chimiques problématiques. Côté social, des audits systématiques : après chaque visite de site, un point avec le fournisseur, un plan d’action à 3, 6 et 9 mois, des éléments de preuve au retour, et une réflexion partagée sur l’organisation de la production.
Car le mode de fonctionnement de Picture est lui-même un levier : deux collections par an seulement, aucun réassort, un volume de commande fixe que les fournisseurs peuvent anticiper, et un acheminement uniquement par bateau. À cela s’ajoute un coefficient de durabilité — intrinsèque et extrinsèque : peu de références (environ un millier par an, là où certains acteurs en sortent des dizaines de milliers par jour), réparabilité, garantie à vie et bonus réparation qui rendent la réparation plus avantageuse que le remplacement.
Ce qui distingue cette veste, c’est qu’elle combine les deux mouvements qui font un produit régénératif : réduire les impacts et agir sur les capacités du vivant — sans opposer l’un à l’autre. La réduction est documentée (matières certifiées, décarbonation des fournisseurs, durabilité) ; la contribution se joue dans la qualité des relations le long de la chaîne (partenariats longs, audits, codéveloppement). C’est aussi pourquoi le jury n’a pas évalué une promesse, mais des pratiques vérifiables : un point essentiel du cadre que nous appliquons aux Lauriers — on juge un produit, pas une marque, et sur ce qu’il fait, pas sur ce qu’il annonce.
Une précision sur ce qui fait, ici, la régénération. Prise isolément, une certification matière comme le coton bio GOTS relève surtout de la réduction d’impact : absence de pesticides, traçabilité, bonnes pratiques sociales. Ce qui fait basculer la veste vers le contributif, ce n’est pas un label seul, mais le faisceau : matières bio, chaîne tracée et auditée, durabilité poussée, affichage vérifié — et surtout un travail relationnel de fond avec les fournisseurs qui tire tout l’écosystème vers le haut. C’est cette combinaison que le jury a primée. Certaines marques vont encore plus loin avec une certification dédiée à la régénération comme le Regenerative Organic Certified (ROC), que porte par exemple Patagonia : un référentiel exigeant qui réunit en un seul cahier des charges la vie biologique des sols, le bien-être animal et la juste rémunération des producteurs. La régénération est un chemin, et chaque marque y avance par ses propres leviers.
Limiter, réduire, restaurer, régénérer : une trajectoire menée de front
Le Capacity Score que nous avons développé évalue la capacité d’une organisation à tenir ses trajectoires RSE, innovation et business ; il situe sa démarche sur une échelle à quatre degrés — limiter, réduire, restaurer, régénérer — et identifie ses leviers d’action prioritaires. Invitée à y placer ses propres actions, Caroline Mini insiste sur un point : ces étapes se mènent en parallèle, pas l’une après l’autre. Chaque registre porte des actions à effet immédiat et d’autres dont l’impact ne se révélera qu’à moyen ou long terme ; la stratégie des petits pas consiste à les combiner sans s’épuiser.
Limiter. Deux collections par an, davantage de produits intemporels reconduits d’une saison à l’autre, un nombre de références contenu d’année en année.
Réduire. Un objectif de réduction des émissions aligné sur les Accords de Paris, des matières certifiées moins consommatrices d’eau et d’énergie, la réutilisation de déchets textiles transformés en fil pour les vêtements techniques, l’écoconception, une collection patchwork à partir de chutes, des ateliers d’upcycling en magasin, du reconditionné, et un service de location de combinaisons de ski. Le score environnemental sert ici de boussole : chaque collection doit faire au moins aussi bien que la précédente.
Restaurer. Caroline Mini y place B Corp et ses nouveaux standards, qui engagent l’entreprise sur des critères à tenir à 3 et 5 ans, contrôlés lors du réaudit — un mécanisme d’amélioration continue qui va au-delà des objectifs de réduction actuels. S’y ajoutent une feuille de route à visée régénérative issue de la Convention des Entreprises pour le Climat (2023), pensée pour adapter un modèle aujourd’hui dépendant de la neige, et le soutien à un projet de recherche sur la préservation et la restauration des écosystèmes post-glaciaires.
Régénérer. C’est, pour Picture, le travail de fond sur la chaîne de valeur avec les parties prenantes : un parcours fournisseurs sur des critères sociaux et environnementaux, le codéveloppement (un fournisseur devenu B Corp), des partenariats de long terme à volumes constants, et des projets collectifs de décarbonation. Régénérer, ici, se distingue de restaurer par sa finesse relationnelle — des pratiques excellentes pour la biodiversité, la qualité de vie et la santé, dont les effets se mesureront sur le long terme.
Ce que Caroline Mini retient du Capacity Score
« Une approche différente des autres questionnaires, avec une dimension écosystémique qu’on ne voit pas ailleurs. Ça m’a fait réfléchir aux directions qu’on prenait : dans quelle catégorie, dans quel levier chaque action tombe, et comment la renforcer. » Là où une évaluation classique se contente de noter, l’outil structure la pensée stratégique. Elle en pointe aussi la limite, avec honnêteté : sur certaines questions, elle se sentait « entre deux réponses » sans pouvoir en cocher plusieurs — le signe d’une réalité d’entreprise rarement binaire.
De ce diagnostic, Caroline Mini tire trois leviers de capacité prioritaires. D’abord l’intelligence écosystémique : le travail avec les fournisseurs et les consommateurs, le plus chronophage — facile avec les rangs 1, plus difficile en rang 2 et 3, où il faut former, expliquer la finalité de la collecte de données, lever la crainte du confidentiel. Ensuite la chaîne de valeur : embarquer les fournisseurs sur la biodiversité, sujet encore neuf dans la production, en coconstruisant les actions plutôt qu’en les imposant. Enfin l’activité : un atelier du comité de direction sur le vivant, mené « à travers les lunettes » de la joubarbe — cette plante alpine qui prospère en milieu aride sans recourir aux champignons, et qui a servi de métaphore pour repenser contraintes et adaptations.
Le tout est organisé autour d’un planning à trois horizons : des actions à fort impact immédiat, d’autres à impact différé, d’autres encore plus lointaines — l’art étant de les assembler dans la durée sans épuiser les équipes.
Du produit responsable à la contribution
Si le jury des Lauriers a distingué cette veste en 2025, c’est précisément parce qu’elle marque le passage de la responsabilité à la contribution. Être responsable — réduire ses impacts, écoconcevoir — pourrait passer pour un dû : l’entreprise suit les règles. Contribuer, c’est autre chose : en achetant ce produit, on soutient activement quelque chose — des pratiques meilleures pour le vivant, une juste rémunération le long de la chaîne, un écosystème de fournisseurs entraîné vers le haut.
Et contribuer n’est pas un coût qu’une marque s’imposerait par vertu : c’est un modèle qui vise une triple profitabilité — environnementale, sociétale et économique — où les trois se renforcent au lieu de s’opposer. Un sol vivant donne des matières de meilleure qualité ; un fournisseur sécurisé par des contrats longs stabilise la filière ; un client qui perçoit ce qu’il finance s’attache à la marque. C’est tout l’enjeu de l’affichage : rendre cette contribution lisible au moment de l’achat, pour que le consommateur puisse choisir ce qu’il finance — et que mieux produire devienne un avantage, pas un handicap.
C’est exactement ce que porte le manifeste du Made in France contributif, que nous avons lancé en juin 2026 aux Lauriers de la Régénération : rendre visible sur le produit ce que sa fabrication fait vraiment vivre — les sols, les producteurs, les emplois, les territoires — pour que chacun, consommateur comme pouvoirs publics, puisse soutenir ce qui contribue le plus. La trajectoire de Picture en est une illustration concrète : une marque qui, étape après étape, apprend à prouver et à rendre lisible sa contribution — sans renoncer à sa viabilité. Et elle dessine, en creux, le chemin que nous outillons chez Nous Sommes Vivants : se situer avec le Capacity Score, faire reconnaître ses pratiques par les Lauriers, rendre sa contribution lisible sur le produit. Trois temps d’une même démarche — non pas une théorie, mais un chemin déjà praticable.
Chez Nous Sommes Vivants, nous accompagnons les organisations qui veulent inscrire leur transition dans une trajectoire de régénération mesurable. Besoin d’être accompagné pour passer à l’action ? Faites appel à nos consultants.
Le Capacity Score situe votre démarche sur l’échelle — limiter, réduire, restaurer, contribuer —, mesure votre capacité à tenir vos trajectoires RSE, innovation et business, et identifie vos leviers d’action prioritaires. Un diagnostic gratuit pour savoir où vous en êtes, et quelle est la prochaine marche à franchir.
Évaluer votre démarche avec le Capacity ScoreÀ lire en complément : notre analyse freiner les ventes de Shein, augmenter celles des marques les plus responsables, notre guide pour lire les labels, scores et étiquettes comme des jalons d’une trajectoire de responsabilité, et notre analyse de l’ultra-transformation alimentaire.

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