Alimentation régénérative : quels produits, du sol à la santé ?

Alimentation régénérative — souveraineté alimentaire du sol à la santé

Dossier sectoriel · Alimentation régénérative

Un drapeau ne nourrit personne : l’alimentation régénérative, du sol à la santé

Derrière notre souveraineté alimentaire, des filières agricoles en tension et des paysans en difficulté : afficher l’origine d’un produit ne suffit plus. La vraie question est ailleurs — qu’est-ce qu’un produit rend vraiment au vivant, du sol jusqu’à notre santé ? Régénérer le vivant, c’est déjà soigner la nôtre : c’est ce continuum qui fonde une souveraineté qui tient. Reste à savoir ce qu’est concrètement un produit régénératif, qui le fait déjà en France, comment le reconnaître en rayon — et pourquoi tant de grands groupes qui investissent des milliards dans leurs filières attendent encore leur produit visible en rayon, quand d’autres y sont parvenus.

📖 Référentiel

Livre blanc Nous Sommes Vivants — 51 pages, 25 tableaux de preuves, 5 analyses d’entreprise (Michelin, Patagonia, Danone, LVMH, Expanscience).

Livre blanc entreprise régénérative (51 p.) →

📊 Rapport de référence

Les produits régénératifs en France — 122 p., marques, filières, 6 impacts positifs, certifications.

Produits régénératifs en France : le rapport (122 p.) →

🎥 Côté santé — les témoignages

Des sols à l’assiette : le lien entre sol vivant et santé, par ceux qui le font.

Des sols à l’assiette : sol vivant et santé (vidéo) →

Le dossier complet en PDF

Souveraineté alimentaire & alimentation régénérative

Du sol à la santé — le panorama complet à emporter.

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La souveraineté alimentaire se joue sur trois fronts de risque. Climatique : l’été 2026 a posé une sécheresse inédite sur 65 % du territoire, avec des pertes allant de 20 % sur la carotte à la totalité du brocoli. Géopolitique : les engrais azotés se fabriquent à partir de gaz naturel, et leur prix suit celui de l’énergie depuis 2022, au point que l’État y consacre 145 millions d’euros dans son plan d’urgence de septembre 2026 ; la moitié des fruits et légumes consommés en France sont importés. Social : un quart des agriculteurs ont soixante ans ou plus et un départ sur trois se fait sans repreneur ; une ferme qui ne nourrit pas celui qui la travaille ne se transmet pas. Un sol vivant, un agriculteur qui vit de son travail et une filière ancrée dans son territoire absorbent ces trois risques.

La réponse a un nom : l’économie régénérative, une viabilité en multicapitaux pour une prospérité partagée dans nos territoires. Là où la démarche durable cherche à réduire les dégâts, la régénération augmente la capacité du vivant à prospérer, humains compris — en triple impact territorial : environnemental, social et économique à la fois, ancré dans un territoire, chaque pilier renforçant les autres au lieu de s’arbitrer. Face à ces risques, la robustesse est la condition de la souveraineté, et la régénération va plus loin : un modèle où le territoire et ses habitants prospèrent avec l’activité, et l’activité avec eux. Un drapeau désigne un lieu ; la contribution dit ce que la production apporte au territoire et à ses habitants. Le Made in France contributif réunit les deux : un produit fabriqué et consommé en France dont la production contribue activement au vivant sur trois plans, environnemental, social et économique, au sein d’un territoire qui prospère avec elle. C’est la souveraineté qui tient. La question qui tranche est celle que pose notre livre blanc sur l’entreprise régénérative : est-ce que le territoire et ses habitants prospèrent avec mon activité économique — et mon activité avec eux ?

Ce dossier suit la chaîne du champ à l’assiette, étape par étape de la chaîne de valeur : au champ, à la transformation, dans l’assiette, où l’agriculture rejoint la nutrition, puis en rayon, jusqu’aux impacts sur les trois piliers et à la preuve que toute la chaîne tient et que le modèle est rentable à chaque étape. Pour la généalogie du concept : De l’agriculture régénérative au business model de l’entreprise régénérative.

En bref

Qu’est-ce que l’alimentation régénérative ?

L’alimentation régénérative désigne des produits issus de pratiques agricoles qui augmentent la vie des sols, la biodiversité et le revenu des producteurs, et dont le bénéfice se retrouve dans l’assiette : un aliment plus dense en nutriments, issu d’une agriculture sans pesticides de synthèse. Elle se reconnaît à cinq conditions réunies : le bio pour socle, des pratiques qui vont au-delà du bio, le commerce équitable, un modèle économique en triple profitabilité et un ancrage territorial.


Partie I

La chaîne, du champ à l’assiette

Au champ : le sol vivant et ceux qui le cultivent

Tout part du sol. Un sol vivant — riche en matière organique, en vie microbienne, couvert toute l’année — retient l’eau, nourrit la plante et abrite la biodiversité : un point de matière organique en plus permet à un hectare de stocker 75 000 litres d’eau supplémentaires. Un sol épuisé laisse la plante dépendre des intrants. La chaîne est directe et documentée : sol vivant → aliment plus nutritif → meilleure santé.

Qui porte cette étape ? L’agriculteur. Il restaure ses sols à condition d’en vivre. La tension est là : sur le prix d’une brique de lait, la part de l’éleveur a baissé de 4 % entre 2001 et 2022 pendant que celle de la distribution augmentait de 188 % (Fondation pour la Nature et l’Homme). Sur 735 exploitations néerlandaises suivies dix ans, la variabilité des revenus baisse à mesure que les pratiques régénératives progressent : le sol vivant est aussi un amortisseur économique. Et la demande existe — 60 % des Français se disent concernés par la consommation responsable, mais 13 % seulement passent à l’acte au quotidien (baromètre ADEME 2025). Le bio repart, avec 12,6 Md€ de consommation à domicile en 2025, en hausse de 3,6 % en valeur, quand les surfaces certifiées reculent de 1,3 %. L’écart entre intention et achat tient à l’offre, qui doit devenir lisible, crédible et accessible. La régénération commence par un agriculteur correctement rémunéré.

Un produit devient régénératif quand toute sa chaîne s’y engage. Chaque acteur de la chaîne de valeur a un rôle, et agit quand il y trouve son compte. La table ronde « Des sols à l’assiette » des Lauriers 2026 (animée par Nous Sommes Vivants) l’a montré par trois voix, une par étape.

Le producteur — son économie d’abord. Ludovic Brindejonc (Agri-Éthique, label équitable origine France) : le changement de pratiques commence par un revenu sécurisé — des prix fondés sur les coûts de production, déconnectés des cours, des engagements de 3 à 15 ans. Une fois le socle économique sécurisé, la trajectoire environnementale devient possible.

Les trajectoires en cours

Ces acteurs ont rendu visible en rayon un ou plusieurs leviers (pratiques de sol, rémunération, filière tracée) sans réunir encore le socle bio et l’équité sociale. Chacun montre qu’un levier activé crée déjà de la valeur.

Alter Eco articule commerce équitable et agroforesterie sur ses filières cacao en Équateur et riz en Thaïlande ; l’ancrage territorial et la certification bio systématique forment ses prochaines étapes. LU Harmony (Mondelez) conduit depuis treize ans un programme avec 1 200 agriculteurs partenaires : 20 % d’intrants azotés en moins, couverts végétaux, suivi de la matière organique, et 100 % des biscuits LU fabriqués en France en blé Harmony depuis 2023, une filière contractualisée et racontée sur l’emballage. Gerblé Objectif Terre travaille avec vingt-cinq agriculteurs pilotes sur quatre territoires, couvre 44 % de son approvisionnement en blé et vise 100 % en 2030, en publiant ses chiffres de progression plutôt que des labels. Lidl Terre de Progrès associe depuis 2021 l’enseigne, trois fournisseurs et dix producteurs dans un contrat tripartite suivi par le référentiel « Sols Vivants » : des pommes de terre en agriculture régénératrice chez une enseigne de hard discount.

Ces filières en construction relèvent pour la plupart du niveau Réduire : elles réduisent les intrants et améliorent les pratiques sur les sols. Elles préparent le passage au produit régénératif que les lauréats ont déjà franchi.


À la transformation : qu’est-ce qu’un produit alimentaire régénératif ?

Entre le sol et la santé, il y a le produit. Pour trancher ce qu’il doit démontrer, le jury des Lauriers de la Régénération évalue chaque produit candidat sur 8 dimensions :

01

Dossier produit

Un produit ou service spécifique, distinct de l’entreprise. Cohérence de la proposition, maturité, ancrage territorial.

02

Impacts négatifs limités

Trajectoire de réduction documentée : extraction, pollution, énergie, vivant humain et non humain.

03

Impacts positifs sur l’environnement

Sols, biodiversité, eau, climat. Certifications tierces (ROC, Demeter, AB). Mesures de terrain.

04

Impacts positifs sur la société

Rémunération juste des producteurs, santé, lien au territoire, services socio-écosystémiques.

05

Potentiel business

Viabilité économique constatée. Le modèle tient dans un compte de résultat. Triple profitabilité en acte.

06

Gouvernance & partage de la valeur

Nature et générations futures intégrées aux décisions. Valeur partagée équitablement entre toutes les parties prenantes.

07

Leadership du vivant

Le dirigeant porte la régénération dans ses décisions quotidiennes — pas seulement dans sa communication.

08

Trajectoire régénérative

Positionnement sur les 4 niveaux du Capacity Score : Limiter → Réduire → Restaurer → Régénérer.

Ces huit dimensions évaluent un produit précis, distinct de la politique RSE de l’entreprise. C’est là que se sépare la régénération réelle de la communication : un groupe aux intentions sincères et à la filière solide voit son produit écarté si la promesse régénérative n’est pas documentée sur cet objet.

Un produit régénératif se construit en deux mouvements qui s’additionnent : réduire ses impacts négatifs, puis augmenter les capacités du vivant. Le second se lit sur deux indicateurs que l’analyse de cycle de vie classique laisse de côté, la biodiversité et la santé humaine. La biodiversité conduit chez les fournisseurs d’ingrédients, dans les champs et les sols ; la santé humaine, vers ceux qui mangent le produit. C’est là que se joue l’essentiel, bien plus que dans l’emballage.

Chaque niveau a sa façon de concevoir, et sa façon de mesurer. La sobriété fait durer et supprime le superflu ; l’éco-conception réduit les impacts du produit sur tout son cycle de vie, sur les 16 critères de l’ACV produit ; l’éco-socio-conception y ajoute les impacts sociaux (ISO 14075) et va au-delà du net zéro ; le design régénératif vise la contribution active au vivant, avec une ACV contributive qui mesure ce qu’on régénère en plus autant que ce qu’on dégrade en moins. Tout part de l’unité fonctionnelle, ce à quoi les impacts sont rapportés : un kilo de produit compare des flux et laisse hors champ le sol, les producteurs et le mangeur. La conception régénérative la redéfinit par sa contribution : passer de « nourrir » à « bien nourrir tout en régénérant la biodiversité des sols du territoire ».

La gaufre, du réduire au régénérer

Prenons un produit volontairement banal : une gaufre industrielle, fabriquée par une PME familiale, vendue en distributeur automatique dans un emballage plastique, à base de farine, de lait, de beurre, de sucre et d’œufs sourcés à l’échelle européenne, là où les volumes coûtent le moins cher. L’entreprise a d’abord des raisons économiques d’agir : mono-produit, elle subit l’instabilité des cours du blé, du lait et du beurre. Relocaliser en France devient un enjeu de robustesse autant que d’écologie, et l’occasion de retisser un lien avec les agriculteurs et les éleveurs de sa région.

Premier mouvement, réduire. Une alternative à l’emballage plastique, un autre mode de distribution, moins de sucre et de sel. Ces choix allègent la pression sur les ressources et améliorent le profil du produit ; ils restent dans la réduction.

Second mouvement, augmenter les capacités du vivant. C’est là que la gaufre bascule, en cinq conditions qui se tiennent ensemble : le triple impact territorial, soit les trois piliers d’impact, environnement, social et économie, ancrés dans un territoire.

1

Le bio pour socle. Farine, lait, beurre, sucre et œufs bio : ni pesticides de synthèse ni OGM. Le régénératif se revendique à partir de lui.

2

Des pratiques qui vont au-delà du bio. Une farine de sols vivants, des œufs de poules élevées en plein air, du miel à la place d’une partie du sucre, des haies plantées : la gaufre enrichit la vie des sols et la biodiversité, et apporte au mangeur des ingrédients plus denses en nutriments.

3

Le commerce équitable. Une rémunération juste des agriculteurs et des éleveurs, des prix fondés sur leurs coûts de production et des contrats longs qui sécurisent leur revenu, garantis par un label qui engage la pratique.

4

Un modèle économique en triple profitabilité. Un sourcing de qualité en France coûte plus cher qu’un achat de volume en Europe. Deux leviers tiennent le prix : un affichage clair des engagements du produit (climat, biodiversité, qualité de vie animale, absence de pesticides), qui rend la valeur lisible pour le mangeur, et des relations de confiance entre les acteurs de la chaîne, qui réduisent les surmarges accumulées, souvent plus coûteuses que la production elle-même.

5

L’ancrage territorial. Une filière relocalisée dans la région de la PME : des agriculteurs et des éleveurs voisins, des circuits courts, une valeur qui reste sur place. Le territoire et ses habitants prospèrent avec l’activité, et l’activité avec eux.

Le schéma vaut pour n’importe quel produit, une compote, un lait, un thé, un biscuit : la question porte sur la cohérence de la chaîne derrière lui. Bien conçu, un produit régénératif n’est pas condamné à être un produit de luxe. C’est quoi une gaufre régénérative ?

Produit alimentaire régénératif : la gaufre, du sol à l'emballage — schéma Nous Sommes Vivants
Une gaufre régénérative — du sol à l’emballage. Schéma Nous Sommes Vivants.

L’exercice complet, d’une gaufre de PME familiale jusqu’à sa version régénérative, et le cas réel du beurre au calendula de Davines, certifié ROC, sont détaillés dans notre décryptage du produit régénératif avec GenAct.

Le transformateur et le distributeur — ils rendent la valeur visible et la garantissent. Un tiers indépendant certifie les allégations ; l’emballage raconte l’histoire vraie. Cassandre (Les Compagnons du Miel, Laurier 2025) l’incarne : prix fixé par les 233 apiculteurs eux-mêmes, bio + Agri-Éthique, traçabilité jusqu’au pot, photo des apiculteurs sur l’étiquette depuis 2017.

Des lauréats tiennent cette chaîne jusqu’au produit, chacun par un levier, et prouvent leur rentabilité : contribuer est triplement profitable. Les Lauriers distinguent des produits en vente ; derrière chacun, une trajectoire d’entreprise le rend possible, et c’est elle que chaque fiche nomme.

Bonneterre (ECOTONE) · la chaîne de valeur, affichée en rayon

Le groupe ECOTONE (Bjorg, Bonneterre, Clipper) pèse 710 M€ de chiffre d’affaires, avec 84 % de produits bio et 12 % en Fairtrade. Le lait d’avoine Bonneterre, Laurier Alimentation 2025, montre ce que donne un cahier des charges filière tenu jusqu’au produit : une avoine bio 100 % Bourgogne cultivée avec la coopérative COCEBI, deux cents agriculteurs engagés en bio depuis trente-cinq ans, des rotations de huit ans et plus de trente espèces récoltées par an, avec le programme Farmtastic mené avec Solagro. Le prix est garanti, indexé sur les coûts de production, dans un contrat de long terme certifié Biopartenaire, et le produit obtient un Planet-Score AAAA. Côté mangeur, une recette de quatre ingrédients et deux allégations nutritionnelles.

Léa Nature · la propriété, qui donne le temps long

Léa Nature (So’Bio, Jardin BiO, Natessance) pèse 525 M€ sur l’exercice 2025, avec près de deux mille salariés, vingt-deux sites de production alimentaire et dix-sept filières françaises accompagnées jusqu’à la conversion. Son levier porteur est la propriété : le fonds de dotation FICUS Fondaction reçoit progressivement le capital de la holding, ce qui permet d’investir dans les filières sur cinq à dix ans sans arbitrage trimestriel : c’est la structure de propriété, plus que la taille, qui fixe l’horizon de décision. Au Capacity Score, le groupe se situe à 64 %, au niveau restaurer, avec une chaîne de valeur à 72 % : la bascule a eu lieu dans les contrats de filière, elle reste à énoncer en rayon. (analyse Léa Nature complète)

Les Jardins de Gaïa · la relation directe avec les producteurs

Pionnière du bio-équitable depuis 1994, la marque de thés et d’infusions combine AB, Fairtrade et traçabilité jusqu’au producteur, et 75 % de ses fournisseurs sont membres de la World Fair Trade Organization. Trente ans de relation directe financent aussi le retour de l’agroforesterie chez les petits producteurs. La juste rémunération y devient un fait vérifiable.

La filière construite ne suffit pas : Danone, LVMH et le produit qui manque en rayon

Les grands groupes ont massivement investi — plus de 2 milliards d’euros engagés par Danone, Nestlé, PepsiCo et General Mills depuis 2020. Les investissements sont réels et les filières progressent. Mais l’étiquetage régénératif en rayon reste à construire pour la plupart.

Le contraste est parlant. Danone se situe à 53 % au Capacity Score (gouvernance à 67 %), a investi 40 M€ depuis 2016, engagé 60 % de ses agriculteurs partenaires vers l’agriculture régénérative, signé des contrats jusqu’à 15 ans avec +20 % de rémunération en moyenne — et pourtant 0 % du chiffre d’affaires en offres régénératives identifiées en rayon. La chaîne de valeur est au niveau Restaurer, l’innovation produit reste au niveau Réduire. C’est le retournement de finalité que décrit le livre blanc : restaurer demande comment tenir ; régénérer demande quelle contribution au vivant fait prospérer le territoire et ses habitants avec l’activité, et pour Danone, le levier qui ouvre ce passage est l’innovation produit. Sur le même produit, le lait, C’est qui le Patron ?!, démontré plus bas, a levé le verrou en faisant co-décider le prix par les éleveurs et les sociétaires consommateurs ; notre dossier produit laitier régénératif détaille cette filière. (analyse Danone complète)

LVMH illustre le même profil sur la laine. Le groupe se situe à 42 % au Capacity Score, Celine à 47 %, Loro Piana à 35 %. Le mouton entretient la biodiversité des prairies permanentes et des territoires pastoraux que rien d’autre ne maintient ; le groupe a engagé traçabilité et bien-être animal chez ses éleveurs, et la preuve sur les produits finis de Celine ou Loro Piana reste à construire. En revanche, le Château Galoupet est le premier Cru Classé de Provence certifié ROC, en janvier 2026, preuve qu’un groupe sait traduire une filière en certification quand la décision est prise. (analyse filières LVMH complète)

C’est précisément au niveau du produit que se joue la CSRD : impacts sur la nature (ESRS E4 — biodiversité), émissions scope 3 agricoles (E1 — climat), rémunération dans la chaîne de valeur (S2 — travailleurs). Un reporting biodiversité sans produit régénératif identifiable en rayon sera de plus en plus difficile à défendre — car c’est le produit, bien plus que le rapport annuel, qui documente les pratiques. Pour les marques qui ont déjà construit cette preuve produit, la CSRD devient une opportunité de différenciation : leurs données de terrain deviennent un actif de conformité. La Chaire Double Matérialité l’a mesuré : moins de 1 % des entreprises publient aujourd’hui un reporting sur leurs impacts sur la biodiversité (ce que la régénération change pour les décisions d’entreprise). C’est toute la différence entre une filière régénérative et un produit régénératif.

C’est exactement le passage que les consultants de Nous Sommes Vivants font franchir aux entreprises : de la filière construite en amont au produit visible en rayon — comme le montrent nos cas clients plus bas.


Dans l’assiette : relier l’agriculture et la nutrition, c’est régénérer

Le mangeur — il paie le juste prix dès lors qu’il comprend à quoi il sert. 55 % des Français veulent savoir que les producteurs sont justement rémunérés (Kantar). Le citoyen attend quatre promesses tenues : des agriculteurs justement payés, des territoires vivants, une alimentation de santé, des entreprises fidèles à leurs engagements. La vraie thématique, résume Ludovic, c’est « la régénération du lien entre ceux qui produisent et ceux qui mangent ».

La nutrition est à l’alimentation régénérative ce que l’actif est à la cosmétique : le bénéfice produit, celui que le mangeur retrouve dans son assiette. Le bio dit ce qu’un aliment ne contient pas : 85 à 95 % des produits bio ne portent aucun résidu de pesticides, quand la moitié des aliments non bio en contiennent trois en moyenne (FNAB). La densité nutritionnelle dit ce qu’il apporte, et c’est elle que le sol vivant construit. Elle a reculé : en 60 ans d’agriculture intensive, les 70 fruits et légumes les plus consommés ont perdu 48 % de leur fer, 27 % de leur vitamine C et 16 % de leur calcium, d’après les comparaisons successives des tables Ciqual de l’ANSES ; sur le riz et le blé, les minéraux ont reculé de 36 à 57 % (Scientific Reports, 2023). Les engrais azotés gonflent les rendements par dilution : plus de volume, moins de substance. La demande est là : « bon pour la santé » arrive en deuxième critère d’achat alimentaire des Français, derrière le prix (34 %, Agence Bio), et 67 % des consommateurs accordent de l’importance aux bénéfices nutritionnels quand 23 % du marketing en parle (Organic Trade Association, 2025). Notre exploration des attentes des consommateurs en France et aux États-Unis le confirme : la santé des sols et la densité nutritionnelle font partie des angles qui résonnent. C’est le bénéfice le moins exploité du marché.

Le mécanisme est agronomique et documenté. La pyramide de santé du végétal de John Kempf le pose : sucres et protéines, la plante les fabrique hors sol ; lipides, vitamines et antioxydants, elle les tire de la microbiologie du sol, avec des écarts de 20 à 70 % sur les vitamines et les antioxydants dans les sols vivants conduits sans agrochimie. Une revue de la littérature parue en 2025 dans Nutrients le confirme pour l’agriculture bio-régénérative : la matière organique accumulée retient puis fournit calcium, magnésium, potassium et fer ; la minéralisation lente du compost soutient la synthèse des protéines ; les champignons mycorhiziens et les bactéries de la racine solubilisent les minéraux et produisent les chélateurs naturels qui les rendent absorbables. Les cultures ainsi conduites présentent davantage de vitamine C, de zinc, de fer, de magnésium et de polyphénols, avec moins de nitrates et de résidus, sur les légumes-feuilles, le raisin, la carotte, le riz, le blé et la tomate.

La mesure en laboratoire · 2026

La mesure commence à le confirmer. En octobre 2026, la Regenerative Organic Alliance et le laboratoire indépendant Edacious ont publié les premiers résultats d’un partenariat de quatre ans lancé en septembre 2025 : 46 produits certifiés ROC de 13 marques (dont Patagonia Provisions, Lundberg et Niman Ranch), analysés en laboratoire accrédité ISO/IEC 17025, jusqu’à 80 analyses par produit, et comparés aux références nutritionnelles du ministère américain de l’Agriculture (USDA). L’objectif porte sur plus de 200 produits.

Viandes : un ratio oméga-6/oméga-3 compris entre 1:1 et 2,3:1, contre 8,28:1 pour un faux-filet conventionnel nourri au grain ; le bœuf haché de trois filières différentes affiche de +124 % à +388 % d’oméga-3. Légumineuses : plus de phosphore sur les dix variétés testées (+16 % à +584 %), jusqu’à +207 % de fibres. Sélénium, le nutriment qui suit le plus directement la richesse du sol : une portion de lentilles noires SIMPLi couvre à elle seule l’apport journalier, là où la référence USDA reste à zéro. Œufs de plein air : 3,6 fois plus de lutéine, et un ratio oméga-6/oméga-3 ramené de 15,6:1 à 7,8:1. Tomates Bionaturae : dix fois plus de lycopène. Le rapport rattache ces résultats au cahier des charges ROC dans son ensemble : santé des sols et biodiversité, bien-être animal, traitement équitable des agriculteurs et des travailleurs. La tomate réunit le prix, la santé, l’origine et l’état du sol : la tomate, enjeu écologique de 2027.

Les auteurs en posent eux-mêmes le cadre : 2 à 7 échantillons par produit, comparés aux moyennes USDA plutôt qu’à des témoins cultivés en conventionnel, une première lecture qui ne vaut pas étude scientifique. Ils désignent l’étape suivante : des essais contrôlés pour relier chaque résultat à une pratique précise (sol, pâturage, variété). Le rapport Edacious × ROA 2026 sur la nutrition des produits certifiés ROC →

Les filières commencent à publier leurs propres mesures. CrowdFarming a nommé le phénomène dans son rapport « Regeneration and Nutrition: Cultivating Our Medicine » (2024) — le paradoxe nutritionnel, produire davantage de nourriture pour une valeur nutritionnelle moindre — et publie trois marqueurs : la matière organique du sol en hausse jusqu’à 31 %, la vitamine C des oranges de 30 %, les antioxydants du raisin de 23 %. En élevage, maximiser l’alimentation à l’herbe améliore la valeur santé des produits (Association Francophone pour les Prairies et les Fourrages), et le lait de prairie présente un meilleur profil en acides gras que celui d’un troupeau conduit en bâtiment (un steak bon pour la santé, la nature et les éleveurs).

Le goût suit la même chaîne. Les composés qui font la saveur d’un fruit ou d’un légume (sucres, acides, arômes, polyphénols) sont ceux qui portent sa valeur nutritive, et ils se forment aux niveaux de la pyramide qui dépendent du sol. Une plante nourrie par un sol vivant en produit davantage, et la promesse se vérifie en bouche : c’est elle qui décide du réachat.

Reste à porter cette densité sur l’emballage : c’est la prochaine étape. Le Nutri-Score note la composition du produit fini ; la densité en vitamines et en antioxydants se lit au laboratoire, et l’allégation nutritionnelle peut la rendre visible, comme les deux allégations du lait d’avoine Bonneterre. La marque qui la documente la première, référence par référence, donne une preuve au deuxième critère d’achat des Français. Le prochain chantier de mesure est français : mesurer la densité d’une référence certifiée face à son équivalent conventionnel, sur une même saison. Notre recherche-action sur la triple profitabilité régénérative en est le cadre.

Ce qui motive l’achat · Canada et États-Unis 2026

Côté acheteurs, le Conscious Consumer Report 2026 de Public Inc., mené avec Ipsos et Engage for Good auprès de 2 010 Canadiens et Américains, a testé huit promesses alimentaires. Chaque répondant désigne celle qui le motive le plus à acheter : les parts s’additionnent sans double compte.

Promesse testéePilier d’impactCanadaÉtats-Unis
✓ Ingrédients simples, non toxiques, meilleurs pour votre santéSocial · santé21 %19 %
Chaque achat nourrit votre famille et une famille dans le besoin—16 %17 %
✓ Fabriqué par des personnes payées un salaire décent, dans des conditions sûresSocial · équité16 %15 %
✓ Cultivé en bio, plus sûr pour vous et votre familleEnvironnement13 %14 %
Fabriqué avec des énergies renouvelables—10 %10 %
✓ Notre agriculture régénératrice, plus de nutriments dans chaque bouchéeEnvironnement10 %10 %
Moins d’emballage, moins de contraintes—8 %7 %
Un don à une association et une réduction sur le prochain achat—6 %8 %
Total des quatre promesses cochées ✓60 %58 %

Prise seule, la promesse la plus motivante — la santé — touche un acheteur sur cinq. Les quatre promesses qu’un produit régénératif tient ensemble, la santé, la juste rémunération, le bio et l’agriculture régénératrice, répondent à la première motivation de 60 % des acheteurs au Canada et de 58 % aux États-Unis. Chaque pilier d’impact parle à un public différent, et c’est leur somme qui fait la base de clients. Ce total dit la part des acheteurs dont la motivation principale est couverte par l’offre ; il ne mesure pas le score d’une phrase qui réunirait les quatre promesses.

La promesse régénérative, formulée à partir de la pratique, recueille deux fois moins de premiers choix que la promesse de santé formulée à partir de l’acheteur ; l’enquête compare des phrases entières et n’isole pas l’effet du mot. Ce qui rassure le plus reste la preuve : près de trois consommateurs sur quatre se fient peu ou pas aux communications des entreprises sur leur impact, et ce sont les certifications indépendantes et les données détaillées qui renforcent leur confiance. Relier la pratique régénérative à un bénéfice concret, adossé à une preuve, réunit les deux. Comment raconter un produit régénératif →

La boucle se referme. Le sol vivant fait l’aliment dense, l’aliment dense fait la santé de celui qui le mange ; Dario Fornara, écologue des sols au centre européen de Davines et du Rodale Institute, le résume ainsi : des sols sains font des plantes saines, qui font des personnes saines. C’est le principe de recherche du Rodale Institute depuis 1947 : sol sain, aliment sain, personnes saines. Et c’est la définition de la régénération que pose notre livre blanc : tisser des relations mutuellement bénéfiques entre les êtres vivants d’un territoire — la vie dans les sols, les populations animales et végétales, les communautés humaines —, de sorte que chacun renforce par son activité propre la capacité des autres à évoluer. Ce que l’aliment produit ensuite sur la santé des populations — la cohorte NutriNet, l’exposition aux pesticides pendant la grossesse, le cadmium des engrais phosphatés — relève d’une autre littérature, que traite notre satellite agriculture bio et biodiversité. Relier l’agriculture et la nutrition, c’est ce que veut dire régénérer : augmenter ensemble la capacité des sols, des producteurs et des mangeurs à prospérer. Le modèle économique suit la même boucle : le prix rend les pratiques possibles, les pratiques font la qualité, la qualité justifie le prix. La densité nutritionnelle est cette qualité ; c’est elle que le mangeur paie, et ce paiement finance les pratiques au champ. Densité nutritionnelle et goût, vus des enseignes · du sol vivant à la densité de l’aliment.


En rayon : ce que les enseignes et les labels rendent lisible

En rayon, la distribution décide de ce que le mangeur voit et de ce qu’il peut choisir : par les produits qu’elle référence, par sa marque propre et par les signes qu’elle affiche.

Naturalia · le distributeur prescripteur

Naturalia (groupe Casino, plus de deux cents magasins, premier distributeur certifié B Corp) a lancé en juin 2025 la première campagne de distribution dédiée au bio régénératif en France : affichage pédagogique en rayon, vidéos de producteurs, sélection dédiée, et une promesse santé : un sol vivant produit des aliments plus denses en nutriments et plus savoureux. Coup de cœur des Lauriers 2025, l’enseigne joue le rôle que Whole Foods et Sprouts tiennent avec le ROC aux États-Unis, et progresse de 8,4 % à périmètre comparable sur neuf mois.

L’étape de la distribution · enseignes alimentaires

Ce que peuvent les enseignes : la marque propre fait de l’enseigne un fabricant

L’été 2026 a coûté un quart de la récolte de légumes, et jusqu’à la totalité pour certaines espèces. Une enseigne achète presque toujours à des transformateurs : elle agit par ce qu’elle référence, ce qu’elle conçoit, ce qu’elle mesure et le prix qu’elle accepte de payer en amont. Référencer du bio la situe au niveau 2, financer la filière au niveau 3 ; le niveau 4 commence quand son offre porte elle-même la contribution, et c’est par sa marque propre, la part de l’offre qu’elle conçoit, que la contribution entre dans ce qu’elle vend.

Les preuves sont en rayon. Biocoop, 84 % de marques propres bio, a banni de toute sa marque propre les ingrédients ultra-transformés du référentiel GOÛM, et obtient la meilleure note RSE des 195 enseignes évaluées par EY-Parthenon (71,4/100), avec une croissance de 8,5 %. La Fourche co-construit sa marque propre avec ses adhérents, primée aux Lauriers 2026. La Ruche qui dit Oui ! et CrowdFarming reversent 46 % de leur chiffre d’affaires aux agriculteurs et financent la transition des suivants par un « 1 % pour le sol ». La contribution crée de la préférence quand le client peut la voir, la comprendre et l’expérimenter.

Lire l’analyse des enseignes alimentaires →Les enseignes préférées des Français →

En rayon, c’est l’étiquette qui parle : ce qui se passe dans le sol doit devenir visible là où le mangeur choisit. Les scores et labels font le lien — pratiques documentées → certification → valeur visible en rayon. Mais la multiplication des logos brouille le signal : sur 135 000 produits analysés (UFC-Que Choisir, 2026), seuls 16 % ont une note verte au Planet Score et 67 % sont classés D ou E.

Confiance dans les labels au moment des achats — Baromètre Agence Bio / ObSoCo 2026 (6 127 personnes).
Confiance dans les labels au moment des achats — Baromètre Agence Bio / ObSoCo 2026 (6 127 personnes).

Le Baromètre Agence Bio 2026 mesure ce brouillage : quatre consommateurs bio sur cinq pensent que le bio est bon pour la santé, mais le label AB arrive en cinquième position de confiance au moment des achats, derrière Label Rouge, AOC/AOP, Nutri-Score et Zéro Résidu de Pesticides, et 53 % des sondés pensent que la plupart des produits bio vendus en France viennent de l’étranger. Notre étude terrain auprès de 32 éco-actifs parisiens (2023) le complète : le local s’active en complément du bio, pour la fraîcheur, le goût et la confiance humaine.

Quatre niveaux s’échelonnent : au niveau 1, l’agriculture conventionnelle ; au niveau 2, le bio, socle qui se définit par ce qu’il exclut ; au niveau 3, le bio complété de pratiques favorables à la biodiversité et de pratiques sociales ; au niveau 4, le bio régénératif, où le prix relie les pratiques, la qualité et la rémunération, attesté par le ROC, Demeter ou Nature & Progrès. L’échelle est cumulative : le même socle bio, chargé à chaque niveau de ce que le suivant exige. Les pratiques régénératives adoptées sans socle bio, comme chez LU Harmony ou Lidl, relèvent encore de la réduction des impacts négatifs. Ces niveaux se lisent sur l’échelle des labels de Nous Sommes Vivants, du label bio seul au niveau Réduire jusqu’au ROC au niveau Régénérer. Les signes en rayon les rendent lisibles un par un.

AB, le socle. Il garantit l’absence de pesticides de synthèse et d’OGM, contrôlée chaque année. Le régénératif se revendique à partir de lui : c’est le plancher.

Nutri-Score, la composition. Il note le produit fini (sucres, graisses saturées, sodium, fibres, protéines) et renseigne sur ce que l’on mange ; la densité nutritionnelle des ingrédients et les pratiques agricoles restent hors de son champ. Il devance désormais AB en confiance au moment des achats, signe d’une attente de lisibilité simple.

Planet-Score, les pratiques lues sur le produit. Il rend visible la qualité environnementale : pesticides, biodiversité, climat, bien-être animal. Sa convergence avec l’Indice de Régénération, un R² de 0,56 à 0,81 selon les cultures, fait que le travail sur le sol se lit déjà dans la lettre (ce que cette convergence change pour l’entreprise). Le niveau AAAA est le plus élevé accessible sans ROC, la voie des producteurs engagés qui ne réunissent pas encore les trois piliers.

La combinaison AB + Planet-Score A + Nutri-Score A + Origin’Info ferme la boucle : Biocoop l’a lancée en 2025 sur 200 références, et l’étude du collectif En vérité (2024) mesure un rééquilibrage massif des intentions d’achat quand toute la chaîne d’information est visible. Ces signes sont des jalons d’une trajectoire : lire les labels comme des jalons.

ROC — Regenerative Organic Certified va le plus loin : un seul label, trois échelons (Bronze, Silver, Gold), qui réunit santé des sols, bien-être animal et juste rémunération vérifiée par entretiens individuels avec les travailleurs, affiché sur l’étiquette (Ecocert en France). Selon SPINS, les ventes des produits certifiés ROC ont progressé de +21 % et leur nombre d’acheteurs de +30 %, le nombre de références en rayon de +71 %. Ses promoteurs le disent sans détour : on ne peut pas être régénératif sans être d’abord bio. Aux États-Unis, c’est le standard à la plus forte croissance en rayon : une mention non-OGM seule progresse d’environ 5 %, combinée au ROC elle dépasse 30 % (données SPINS citées par la Regenerative Organic Alliance). Le Domaine Clarins de Serraval est le premier domaine agricole certifié ROC en France, certification obtenue fin 2024 et annoncée en janvier 2025. Le mouvement ROC en Europe, raconté par ses acteurs aux Lauriers 2026.

L’édition 2026 des Lauriers a distingué sept produits certifiés ROC, dont quatre alimentaires : Telmont (champagne), Domaine des Hautes Glaces (whisky du Trièves), Wild Orchard (thé de Jeju) et Ecoidées (sucre de coco), aux côtés de Clarins, Davines et Patagonia — la santé du sol enfin lisible, et vendue. Découvrir les lauréats certifiés ROC.

Les labels prouvent, le récit donne envie. Un récit régénératif raconte ce que l’achat ajoute au vivant plutôt que ce dont il faut se priver : un sol plus vivant, des producteurs dont le revenu progresse, un aliment plus nourrissant. Il rend visible la chaîne réelle, du champ au rayon, et repose sur des preuves vérifiables : communiquer un imaginaire désirable pour une marque régénérative.

Du rayon au champ · l’analyse de marché

Du bio au régénératif : ce qui manque encore entre le champ et le rayon

Ce dossier suit l’aliment du champ à l’assiette. Notre analyse de marché prend la chaîne dans l’autre sens, du rayon au champ, en France et aux États-Unis : ce que veulent les éco-actifs français, pour qui régénératif implique bio ; les deux modèles de positionnement, Organic Plus et organique alternatif ; les quatre récits des marques américaines ; les distributeurs prescripteurs, de Whole Foods à Erewhon ; et Expo West 2026, qui classe les certifications régénératives en tendance numéro un.

Lire l’analyse du champ au rayon →

Les impacts de l’alimentation régénérative : biodiversité, santé, équité, territoire

Au bout de la chaîne, la régénération se lit en triple impact territorial : sur les trois piliers d’impact, environnement, social et économie, ancrés dans un territoire. Chaque pilier renforce les autres au lieu de s’arbitrer : le sol vivant fait la santé du mangeur, la juste rémunération rend les pratiques possibles, et la filière ancrée garde la valeur là où elle se crée.

Pilier d’impactCe qui changeCe que les mesures disent
EnvironnementBiodiversité, sols, eau, climatLes parcelles bio comptent en moyenne 30 % d’espèces et 50 % d’individus en plus (FNAB) ; l’étude BiodivLabel d’INRAE et de l’Ifremer retient huit pratiques favorables à la biodiversité avec un indice de confiance fort, et les labels bio sont ceux qui en intègrent le plus. Un point de matière organique stocke 75 000 litres d’eau de plus par hectare ; en année de sécheresse, le maïs bio rend 31 % de plus que le conventionnel (Rodale Institute).
SocialLa santé du mangeur85 à 95 % des produits bio sans résidu de pesticides, quand la moitié des aliments non bio en contiennent trois en moyenne (FNAB). Une densité nutritionnelle qui remonte avec la vie du sol : davantage de vitamine C, de zinc, de fer et de polyphénols (Nutrients, 2025), des ratios oméga-6/oméga-3 bien meilleurs sur les viandes certifiées ROC (Edacious).
SocialL’équité pour ceux qui produisentSur 100 € dépensés en alimentaire, 8 € reviennent à l’agriculteur. Les modèles régénératifs construisent le prix sur les coûts : chez C’est qui le Patron ?!, un bien-être des éleveurs à 7,6 sur 10 contre 4,9 en moyenne nationale ; chez CrowdFarming, 46 % du chiffre d’affaires reversés aux agriculteurs.
ÉconomieLa rentabilité à chaque étapeC’est qui le Patron ?! à +11,8 % dans un marché du lait bio en recul, Léa Nature à 525 M€, Biocoop à 1 658 M€ et +8,5 %. Côté ferme, la variabilité des revenus baisse à mesure que les pratiques régénératives progressent, sur 735 exploitations néerlandaises suivies dix ans.
Ancré dans le territoireSouveraineté, transmission, emploisLa moitié des fruits et légumes consommés en France sont importés, et un départ d’agriculteur sur trois se fait sans repreneur. Une filière relocalisée sous contrats longs garde la valeur sur place : la SCIC Laines Paysannes paie la laine 1,20 € le kilo à ses trente fermes sociétaires, six fois le prix de marché.

Ces mesures viennent d’études et de filières différentes ; le chantier qui reste est de les suivre ensemble, sur une même filière et dans la durée, en triple comptabilité : les trois capitaux, environnemental, social et financier, liés dans un même bilan. La CSRD en fournit le cadre par la double matérialité (ESRS E1 climat, E4 biodiversité, S2 travailleurs de la chaîne de valeur, S4 consommateurs). Les pratiques prescrites tiennent la trajectoire dans la durée, et les mesures d’impact la valident. C’est l’objet de notre recherche-action sur la triple profitabilité régénérative.


Partie II

La preuve, et qui paie

La preuve que toute la chaîne tient

C’est qui le Patron ?! : le lait bio où tout le monde paie, et où tout le monde gagne

Un cas réunit toute la chaîne, du champ à l’assiette — et prouve que le modèle est rentable à chaque étape. C’est qui le Patron ?! × LSDH, sur le lait bio, Laurier Modèle Économique Régénératif 2025. Le marché reculait de 11 % entre 2021 et 2024, 30 à 50 % du lait bio déclassé, prix fixés en huis clos. La réponse : le prix est demandé par les éleveurs à partir de leurs coûts réels, puis validé par les sociétaires consommateurs ; 7 365 consommateurs ont voté le cahier des charges, et Bureau Veritas contrôle les engagements. Quand Lactalis a abandonné 50 à 60 fermes bio en 2024, LSDH les a reprises avec les mêmes critères.

Le vote remplit quatre fonctions en un acte : il décide du cahier des charges, valide la rémunération demandée par les éleveurs, collecte la donnée d’impact et conçoit le produit. Les preuves suivent sur les trois piliers, et jusqu’au mangeur : un lait sans résidu de pesticide. Pour l’environnement, 234 jours de pâturage par an en moyenne et 30 % d’espèces en plus à la parcelle, effet des pratiques LSDH relevé par l’étude INRAE-Ifremer BiodivLabel. Pour les éleveurs, un bien-être situé à 7,6 sur 10, contre 4,9 en moyenne nationale. Pour l’économie, 2,3 M€ redistribués depuis 2017, sans dividende versé.

Le sol est respecté, l’éleveur est justement payé, le mangeur vote et comprend — et le résultat commercial suit : 126 M€ de chiffre d’affaires, 71,5 millions de litres, n°1 du lait UHT et du beurre bio hors marques de distributeur, zéro publicité, zéro commercial. Au Capacity Score, l’organisation se situe à 91 % et la filière lait bio à 94 %, au niveau 4 sur les six leviers : le premier cas de ce niveau analysé par Nous Sommes Vivants. Du sol à l’assiette, chaque acteur de la chaîne reçoit assez pour continuer à donner. C’est la réponse vivante à la question « qui va payer ? » : le mangeur, quand la valeur est visible. Lire l’analyse Capacity Score complète →

Qui paie l’alimentation régénérative ? Sortir de la guerre des prix

La guerre des prix met toujours un perdant au bout de la chaîne. Sur 100 € dépensés en alimentaire en France, 8 € reviennent à l’agriculteur, quand plus de 40 € sont captés par le commerce et les services. Le pouvoir d’achat du mangeur et la survie du producteur y sont opposés, comme si l’un devait perdre pour que l’autre gagne. L’économie régénérative en sort en concevant des chaînes de valeur où chacun prospère grâce aux autres : la fin de la guerre des prix avec l’économie régénérative.

Qui va payer pour la régénération ? La réponse tient en cinq payeurs, et c’est leur combinaison qui rend le modèle viable. Le mangeur d’abord, quand l’information est visible — c’est la démonstration de C’est qui le Patron ?!. L’entreprise, via l’insetting (financer les services écosystémiques dans sa propre chaîne). L’État et les collectivités, via les paiements pour services environnementaux. Le secteur financier, via obligations vertes et fonds d’impact. Et la filière elle-même, via des contrats pluriannuels qui paient un prix juste sans subvention. Le signal décisif part de l’aval : interrogés par la Regenerative Organic Alliance, les agriculteurs placent le marché devant le coût et la connaissance parmi les barrières à leur transition. Sans engagement d’achat, les fermes restent où elles sont.

Ces payeurs se réunissent dans un accord, et Nous Sommes Vivants en porte la forme : l’économie de la mutualité. On co-investit, et on partage équitablement les gains. Sa solidité se joue dans les termes de l’accord : la durée des engagements, le préfinancement des campagnes, la participation aux outils de première transformation, la répartition de la valeur créée. La trajectoire a deux moments. Pendant les trois à cinq ans de transition d’une exploitation, le co-investissement porte les charges nouvelles. Ensuite, le prix porte le modèle, selon la boucle décrite plus haut : il rend les pratiques possibles, les pratiques font la qualité, la qualité justifie le prix. C’est ce que font, chacun à sa manière, le prix co-décidé de C’est qui le Patron ?!, le contrat Biopartenaire de Bonneterre et les engagements de 3 à 15 ans d’Agri-Éthique. Le droit commence à suivre : COVALO, coalition de 71 acteurs et 589 agriculteurs, est le premier projet agricole à obtenir une dérogation au droit de la concurrence pour coopérer sur une filière.

Les financeurs peuvent porter ces deux moments. Financer les trois à cinq ans de transition, puis un modèle dont le prix tient : c’est le terrain de la finance régénérative, qui partage la valeur avec ceux qui produisent au lieu de la capter. Les financeurs qui accompagnent déjà les lauréats des Lauriers sont cartographiés dans qui finance la régénération en France.

La souveraineté se construit filière par filière. Chaque filière régénérative ancrée dans son territoire réduit une dépendance : aux engrais fabriqués à partir de gaz importé, aux cours mondiaux, aux fruits et légumes importés. C’est le sens du Made in France contributif : contribuer à la France et à ses habitants, biodiversité comprise, pour que le territoire et ses habitants prospèrent grâce à l’activité économique — pas malgré elle.


Partie III

Passer à l’action

Passer à l’action : trois temps, du diagnostic au déploiement

Reconstruire cette chaîne du sol à la santé, filière par filière, est un travail de méthode. Il se séquence en trois temps.

1. Évaluer sa capacité — le Capacity Score

Le Capacity Score, autodiagnostic que chacun remplit pour son organisation, évalue sa capacité à tenir ses trajectoires RSE, innovation et business sur six leviers et quatre niveaux (Limiter → Réduire → Restaurer → Régénérer), et identifie ses leviers prioritaires. Il fait apparaître l’écart le plus parlant dans l’alimentaire : entre la filière déjà construite en amont et le produit encore invisible en rayon.

2. Concevoir le produit — le RegenBMC

Le Business Model Régénératif (RegenBMC) transforme ce diagnostic en produit. En 5 ateliers, l’entreprise et ses parties prenantes cartographient la chaîne, nouent des coopérations avec le vivant humain et non humain, réinventent l’offre et définissent de vrais indicateurs du vivant. C’est l’outil qui referme l’écart entre l’amont et le rayon.

3. Coopérer — le Regenerative Circle Agri

Quand le verrou dépasse une seule entreprise, le Regenerative Circle Agri réunit sur 12 mois les acteurs d’une même filière — producteurs, transformateurs, distributeurs, financeurs — pour construire ensemble cahiers des charges, paiements pour services environnementaux et plan de transformation sur 5 à 10 ans. Rejoindre le prochain cercle →


Nos cas clients — la méthode déroulée sur le terrain

Les consultants de Nous Sommes Vivants (dont Jérémy Dumont) ont déroulé cette méthode avec de grands groupes comme avec des filières entières, dans l’alimentaire et au-delà — autant d’explorations qui appliquent nos outils à des filières réelles.

Orange (télécom). RegenBMC appliqué aux services Livebox et formation des designers à la conception régénérative, en lien direct avec les obligations de reporting CSRD du groupe.

Melvita (cosmétique). Travail avec le COMEX pour construire une plateforme de marque régénérative — reconnecter la filière (plantes, apiculture, producteurs) à la promesse produit.

Filière ortie textile. Business model d’une filière entière repensé sur trois ans — du champ à la fibre, comment structurer une coopération d’acteurs autour d’une plante régénérative locale.

Filière laine et lait de Roquefort. Modélisation au Capacity Score Filière, partie de la filière lait de Roquefort bio vers une laine régénérative en multivalorisation, lait compris : 99 indicateurs sur les trois piliers d’impact et le territoire, 17 pratiques à effet domino. Lire la modélisation

Regenerative Circle Agri (collectif). Une trentaine de participants issus de grands groupes (Decathlon, L’Oréal, LVMH, FDJ), de PME bio et agroalimentaires, de start-ups et de consultants ont identifié sept enjeux systémiques de la bascule, dont la multivalorisation des matières premières : l’ortie se valorise en textile, en thé et en cosmétique. Lire le compte rendu


Questions fréquentes sur l’alimentation régénérative

Qu’est-ce qu’un produit alimentaire régénératif ?

Un produit dont toute la chaîne, du champ à l’emballage, renforce le vivant : des ingrédients bio issus de sols vivants, des pratiques qui vont au-delà du bio, une rémunération juste des producteurs, un modèle économique qui tient et un ancrage dans un territoire. Le jury des Lauriers de la Régénération l’évalue sur huit dimensions, appliquées au produit plutôt qu’à la politique RSE de l’entreprise.

Quelle différence entre bio et régénératif ?

Le bio est le socle : il exclut les pesticides et engrais de synthèse et les OGM, sous contrôle annuel. Le régénératif va au-delà : il reconstruit activement les sols et la biodiversité, et ajoute l’équité de rémunération. On ne revendique pas le régénératif sans le socle bio.

Quel label garantit un produit régénératif ?

Le Regenerative Organic Certified (ROC), distribué en France par Ecocert, exige le bio puis certifie ensemble la santé des sols, le bien-être animal et l’équité sociale. Demeter, Nature & Progrès, Bio Équitable en France et Biopartenaire se situent au même niveau sur notre échelle des labels.

Les aliments régénératifs sont-ils plus nutritifs ?

Les premières mesures le montrent : sur 46 produits certifiés ROC, Edacious relève des ratios oméga-6/oméga-3 bien meilleurs sur les viandes et dix fois plus de lycopène sur les tomates, et une revue parue dans Nutrients en 2025 trouve davantage de vitamine C, de zinc, de fer et de polyphénols. Des essais contrôlés restent à mener pour relier chaque résultat à une pratique.

Qui paie l’alimentation régénérative ?

Cinq payeurs se combinent : le mangeur quand la valeur est visible, l’entreprise par l’insetting, l’État par les paiements pour services environnementaux, la finance, et la filière par des contrats pluriannuels. L’économie de la mutualité les réunit : le co-investissement porte la transition, puis le prix porte le modèle.


Passer à l’action avec nous

Concevoir votre produit régénératif, du sol à la santé

Beaucoup cherchent à tenir, à résister. Nous croyons qu’on peut aller plus loin : bâtir un modèle où le territoire et ses habitants prospèrent avec l’activité. Les consultants de Nous Sommes Vivants vous accompagnent, du diagnostic à la conception du produit.

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Sources

ANSES (2022) · Agence Bio / ObSoCo (2026, 6 127 pers.) · Bureau Veritas / Pour une Agriculture du Vivant (2024) · Chaire Double Matérialité (2025) · Collectif En vérité (2024) · Edacious / Regenerative Organic Alliance (2026, Regenerative Organic Nutrition Report) · Fondation pour la Nature et l’Homme (2023) · Haut Conseil pour le Climat (2024) · INRAE (2023, One Health) · Kantar (2023, Who Cares? Who Does?) · CrowdFarming (2024, Regeneration and Nutrition) · Feliziani, Bordoni & Gabbianelli (2025, Nutrients) · INRAE / Ifremer (BiodivLabel) · FNAB · Organic Trade Association (2025) · Association Francophone pour les Prairies et les Fourrages · Kempf, J. (2021, Pyramid of Plant Health) · Scientific Reports (2023, minéraux du riz et du blé) · Terre de Liens (État des terres agricoles en France) · Rodale Institute (Farming Systems Trial) · Nous Sommes Vivants (2023, The Regenerative Opportunity — France, 32 participants) · Rodale Institute / SPINS (2024, ROC Impact Report) · UFC-Que Choisir / ITAB (2026, Planet Score 135 000 produits).

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