Rentrée politique 2026 · nos six analyses au Capacity Score
Côté partis, les trois projets atteignent le niveau de l’adaptation — celui qui répare les écosystèmes dont l’activité dépend : les Écologistes à 63 %, le Parti socialiste à 58 % et le programme insoumis à 57 %.
Côté patronats, les deux organisations ne se situent pas au même niveau : Impact France à 60 % atteint le même, quand le MEDEF à 30 % travaille la réduction des impacts — comme le plan du Shift à 25 %, pris en repère.
Quatre prises de parole sur six ont la capacité de porter un plan d’adaptation : savoir de quoi l’activité dépend, agir sur les écosystèmes qui la portent, en tenir compte quand on arbitre. C’est là que l’ambition politique et la réalité de l’entreprise se croisent — les trois projets de gauche et le programme d’Impact France y demandent la même chose aux entreprises, et leur en rendent la même possible.
Toutes parlent de souveraineté et de sécurité ; ce que la production fait vivre reste à poser, et c’est la marge de progression commune. Les trois projets politiques ouvrent la décision — la gouvernance est leur levier le mieux tenu, à 72 % chacun. C’est l’innovation qui ferme leurs profils, et celui d’Impact France : ils disent qui doit décider, pas ce qui sera produit.
Ce qui manque ne se vote pas : c’est un mécanisme économique. Un plan qui répare se finance par l’impôt et se revote chaque année ; une offre qui fait vivre un territoire porte sa contribution dans ce qu’elle vend, et cette contribution croît avec les ventes. Nous Sommes Vivants demande de rendre cette contribution visible sur le produit, en donnant force de marché aux labels qui la prouvent déjà.
Les quatre niveaux du Capacity Score : N1 limiter · N2 réduire les impacts · N3 restaurer · N4 régénérer. Estimations sur documents publics.
La rentrée politique de l’écologie
La comparaison Mélenchon-TondelierLe programme insoumis au Capacity ScoreLa REF, l’université d’été du MEDEFLes Universités d’Été de l’Économie de DemainLe programme des ÉcologistesLe projet du Parti socialisteLe plan du Shift ProjectLes Français entre résignation et colère
Ce que nous portons
L’écologie populaireL’enjeu politique de la trajectoire des entreprisesLes 4 imaginaires de l’écologieLe livre blanc de la régénérationLes tendances RSE 2027La croissance à impact
La demande que nous portons
« Made in France » dit où le produit a été fini. Il ne dit rien du revenu versé au producteur, des sols dont la vie biologique s’enrichit, du métier maintenu sur le territoire. Le manifeste demande que cette contribution devienne lisible en rayon : passer d’« assemblé ici » à « fait grandir le vivant ici ». L’État peut y contribuer en reconnaissant les labels qui l’attestent déjà — Regenerative Organic Certified, Demeter, Bio Équitable en France — dans la commande publique et dans la conditionnalité des aides ; le poids commercial, lui, se construit par les marques et les acheteurs. Lancé le 12 juin 2026 aux Lauriers de la Régénération, il a été remis aux ministères de l’Agriculture, de l’Industrie et du Commerce.
Lire le manifeste du made in France contributifLes cent produits qui le démontrentLa recherche-action triple profitabilitéLa chaîne de valeur régénérative
Cette rentrée est le moment où la réponse s’écrit. Nous avons lu les prises de position des partis politiques et des mouvements d’entreprises au même Capacity Score, avec le plan du Shift Project en repère.
La question de la rentrée politique a sensiblement évolué depuis un an. À la rentrée 2025, le débat portait sur la conditionnalité des aides aux entreprises — faut-il subordonner l’argent public à des contreparties écologiques ? Il porte aujourd’hui sur le financement de l’adaptation : comment payer ce qui permettra au pays d’encaisser les étés qui viennent, sans que les entreprises y perdent leurs objectifs économiques.
L’État a répondu par son budget. Le projet de loi de finances pour 2027 limite la hausse des crédits ministériels à 0,4 %, quatre fois moins que l’inflation attendue, et les deux seules missions qui progressent nettement sont la défense et la transition écologique — cette dernière de 1,5 milliard d’euros. Dans un budget de contrainte, l’écologie rejoint le très petit nombre de politiques jugées prioritaires pour la sécurité du pays. Le débat désigne aussi les entreprises pour porter une part de la charge — dividendes record, justice fiscale, conditionnalité des aides —, et le Rassemblement national y répond par l’équipement et l’allègement de la règle : La rentrée des Français, entre résignation et colère et La REF 2026 au Capacity Score détaillent ces deux réponses, qui sortent du périmètre des six prises de parole.
Les organisations patronales et agricoles, elles, ont demandé à être assistées. Le MEDEF a réclamé à La REF la fin de la surtaxe sur les bénéfices et la baisse des impôts de production. La FNSEA, elle, demandait un plan de plusieurs milliards face à la plus faible récolte de maïs depuis quarante-cinq ans : la perte est réelle et l’urgence l’est aussi. Alléger une fiscalité et indemniser un sinistre ne sont pas la même demande — mais ni l’une ni l’autre ne finance ce qui rendrait le prochain été moins lourd, et la question de la justice fiscale revient ainsi à chaque exercice depuis trois ans.
Impact France demande autre chose, au lendemain de La REF et devant trente mille entrepreneurs : non pas être soulagé de la contrainte, mais que le marché récompense ce qui contribue — le seul plaidoyer patronal de la rentrée qui porte sur le débouché plutôt que sur la charge. Il suppose un critère opposable au niveau du produit, et ce critère n’existe pas encore.
Deux échéances se rapprochent : le vote du budget, déposé le 30 septembre et arbitré à l’Assemblée le 17 novembre, et la présidentielle dans sept mois. Le budget arbitrera qui paie ce que l’adaptation coûte. La présidentielle, elle, décidera de ce que l’État attendra des entreprises pendant cinq ans : c’est là que se joue l’enjeu politique de leur trajectoire vers la régénération. Et les deux se règlent avec la même monnaie : la croissance, que produisent les entreprises par leur activité. C’est le moment où les projets se posent, et où l’on peut encore les lire avant qu’ils ne se figent.
Les entreprises arbitrent au même moment. Cet automne, elles posent leur budget et leurs objectifs 2027 — l’exercice où les normes européennes révisées s’appliquent, après un Omnibus qui a fait passer le périmètre obligatoire de cinquante mille à dix mille entreprises. Les grands groupes y lisent d’abord ce que l’environnement fait à leur activité, tandis que les ETI et PME sorties du périmètre obligatoire poursuivent parce que leurs clients et leurs financeurs le demandent, et parce que leur activité en dépend : un arrêté de sécheresse qui arrête une usine trois jours coûte du chiffre d’affaires, pas des mètres cubes. La question qu’elles se posent est celle de l’État : avec quel modèle financer ce qui les rendra moins exposées ? Nos tendances RSE 2027 détaillent ce déplacement.
Notre baromètre le confirme. Sur cent seize diagnostics Capacity Score menés au bout, un répondant sur deux se situe au niveau de la restauration et aucun au premier niveau : les pratiques sont installées, pilotées, reliées à l’activité. Deux répondants sur trois ne financent pas la trajectoire qu’ils déclarent — elle est prélevée sur les marges sans modèle, ou subie comme une charge. Le passage suivant se joue sur le budget pluriannuel et le co-investissement.
Côté patronats, les deux organisations divergent. Impact France atteint le niveau des trois projets de gauche, et y porte une ambition construite sur une souveraineté nationale redéfinie par les filières et les trajectoires humaines. Le MEDEF travaille la réduction des impacts — il traite davantage l’écologie qu’on ne le croit, nature comme patrimoine et salariés à protéger, sans que l’état du vivant entre dans l’arbitrage.
Le plan du Shift se situe au même niveau que le MEDEF, par choix d’objet : le carbone, qu’il travaille avec une rigueur sans équivalent — vingt chantiers, six secteurs, une trajectoire chiffrée jusqu’en 2050. La relation aux autres et à la nature vivante n’est pas son centre de gravité.
Les six se retrouvent en revanche sur un même registre pour parler de l’instabilité du monde : la protection. Qu’il s’agisse des chocs géopolitiques, des enjeux économiques, sociaux ou environnementaux, chacune désigne une menace et ce qu’elle en préserve. Mais ce qu’elles protègent n’est pas la même chose : le vivant dont l’humanité fait partie chez les Écologistes, les personnes abîmées au Parti socialiste, les écosystèmes et les populations à La France insoumise, les filières chez Impact France, l’entreprise et ses salariés au MEDEF. Or préserver en réduisant les risques est la relation qu’installe le deuxième niveau ; réparer les écosystèmes dont l’activité dépend est ce qu’établit le troisième. Les trois projets de gauche et le programme d’Impact France ont la capacité du troisième et parlent avec le registre du deuxième.
Et tous demandent en pratique de transformer : les pratiques agricoles, les modes de production, les manières de consommer. Le registre de la protection promet un abri, quand la transformation demandée suppose de changer — et les faire tenir ensemble est le prochain pas. Cette transformation est demandée : huit Français sur dix veulent réformer en profondeur ou transformer radicalement la société, dans tous les électorats, et les programmes la proposent sans trouver encore le récit qui la rattache au quotidien, comme le montre La rentrée des Français, entre résignation et colère. C’est la limite de ce registre : on ne se protège pas seul d’un risque qui vient de dehors. Une sécheresse, une rupture d’approvisionnement, un sol qui s’épuise ne s’arrêtent à la porte d’aucune entreprise, d’aucun territoire ni d’aucune frontière — s’en prémunir suppose que l’État, les entreprises et les gens agissent ensemble, et personne ne peut le promettre seul. C’est ce que la souveraineté nationale recouvre ici : la prospérité de la France tient à l’état de ses sols, de son eau et de ses filières, et une activité qui les entretient protège le pays mieux qu’un périmètre défendu.
Dans une entreprise, c’est la gouvernance qui décide de ce qui se produit — qui siège à la table, avec qui, et avec quel argent. C’est le levier où les cinq profils s’écartent le plus, et l’article le détaille côté partis comme côté patronats.
Le partage avec ceux dont l’activité dépend est le levier que les six n’ont pas encore actionné, et deux filières le montrent — celles que l’été a le plus éprouvées. Dans la forêt, conduire en futaie irrégulière sur quarante ans coûte plus cher à produire, et rien n’oblige l’acheteur du bois à le payer plus. Dans l’agriculture, passer au bio impose trois ans de conversion pendant lesquels la production ne peut pas être vendue comme bio, et allonger les rotations ou replanter des haies demande la même avance que le prix de vente ne couvre pas.
Les six financent la conduite par la règle ou par l’aide publique ; aucune n’incorpore la contribution dans l’offre, où elle deviendrait un revenu qui croît avec les ventes. C’est pourtant là que la protection cesse d’être individuelle : quand la vente rémunère ce qui protège le sol, plus personne n’attend que les autres bougent d’abord.
C’est là que se joue la convergence, et chacun y vient par un terrain différent. Les trois projets de gauche se rejoignent sur le financement — notre comparaison des deux programmes montre que la fiscalité, la norme et la commande publique se complètent d’un programme à l’autre. Impact France y vient par l’ambition, sans passer par la loi. Le MEDEF et le Shift par le leadership d’entreprise, sans rien attendre de l’État. Et l’enjeu qui les réunirait toutes est celui qui reste ouvert : comment se finance ce qu’on leur demande.
La raison tient en une phrase : une contribution payée par l’impôt ou prélevée sur la marge reste une dépense, quand une contribution portée par le produit devient un revenu. Cela ne veut pas dire faire payer le surcoût au consommateur : la brique de lait de C’est qui le Patron ?! le montre, et la dernière section y revient.
C’est ce que nous appelons l’innovation produit contributive, et elle tient sur trois pièces solidaires. Le modèle économique : qui co-investit quoi, et ce que chacun y gagne à un an et à dix ans — la contribution est incorporée dans l’offre et financée par la vente, avec un atterrissage comptable que la direction financière valide. Le produit contributif : la conception part d’un territoire et de ceux qui l’habitent, et l’étiquette rend la contribution lisible en rayon. Le triple impact localisé : un sol qui se refait, un producteur qui vit de son travail, une marge pour l’entreprise — trois résultats d’une même offre, sur un territoire donné. Nos cinq ateliers du business model régénératif les mettent en place.
Au sommaire
Ce que nous avons lu
La trajectoire et ses quatre niveaux, la position de chacun, et ce que chaque prise de parole met à l’ordre du jour.
1. D’un été à l’autre : ce qu’il faut franchir avec le dérèglement climatique
2. La gauche écologiste a la capacité de porter un plan d’adaptation
3. Les leviers de capacité de la gauche écologiste
4. Ce que deux patronats mettent à l’ordre du jour des mêmes entreprises
5. Six manières de protéger, et la même chose laissée dehors
6. La forêt et l’agriculture : quatre niveaux, deux filières, des durées qui n’ont rien à voir
7. Qui siège, et qui reçoit une part de la valeur
Ce qui en ressort
Ce qui rapproche les six, ce qui les éloigne, et ce qui n’est pas encore démontré.
8. Ce que la rentrée 2026 établit, et ce qui reste à démontrer
Ce que nous mettons sur la table
La direction, le travail que nous conduisons avec les entreprises, et la demande que nous portons pour accélérer la convergence.
Six prises de parole lues au même Capacity Score en dix jours : quatre se situent au niveau de la restauration, deux à celui de la réduction des impacts.
| La prise de parole | Estimation | Niveau | Ce qui la situe |
|---|---|---|---|
| Les Écologistes | 63 % | restauration | l’interdépendance reconnue |
| Impact France · UED | 60 % | restauration | les écosystèmes dont l’activité dépend |
| Parti socialiste | 58 % | restauration | réparer par la loi et par le budget |
| Mélenchon · LFI | 57 % | restauration | les écosystèmes protégés de leurs usagers |
| La REF · MEDEF | 30 % | réduction des impacts | protéger l’entreprise et ses salariés |
| Le plan du Shift | 25 % | réduction des impacts | en repère sur l’atténuation |
1. D’un été à l’autre : ce qu’il faut franchir avec le dérèglement climatique
L’adaptation est l’enjeu de cette rentrée, après les canicules et les feux de l’été — et deux projets s’y logent sous un même vocabulaire. Les Français, eux, refusent de choisir : 45 % placent la lutte contre le réchauffement et l’adaptation à ses conséquences au même niveau, 27 % privilégient la lutte, 28 % l’adaptation, en hausse de cinq points en un an. Une France résiliente encaisse les chocs et se relève : c’est la réduction des impacts, le deuxième niveau. Une France robuste est moins exposée, parce que les écosystèmes dont elle dépend tiennent : c’est la restauration, le troisième niveau. La robustesse dont il s’agit est celle du vivant, au sens où Olivier Hamant la définit — la redondance, la lenteur et l’hétérogénéité qui font qu’un système encaisse.
L’arbre en donne la démonstration la plus simple. Une climatisation atténue la sensation de chaleur, un volet réduit l’exposition au soleil, un arbre planté pour l’ombre fait de même : on encaisse. Planté et conduit pour tenir le sol et l’eau — essences mêlées, âges échelonnés — il tient dans le temps, et rafraîchit, et fournit du bois de construction. Et quand la filière qui le vend rémunère la conduite qui fait prospérer la forêt — le sol, l’eau, les espèces qui y vivent et ceux qui en vivent —, le dernier pas est franchi : nous l’avons illustré avec une table en bois. Même arbre, trois raisons — et c’est la raison qui situe.
| Niveau | Ce que l’activité y vise |
|---|---|
| N1 · Limiter | Sécuriser un périmètre, se conformer, se protéger d’une menace extérieure |
| N2 · Réduire | Alléger un flux, amortir un choc, protéger les personnes exposées |
| N3 · Restaurer | Réparer un écosystème dégradé, gérer des interdépendances, arbitrer entre usages |
| N4 · Régénérer | L’activité fait prospérer le milieu et les gens qui y habitent, et la rentabilité vient de là |
Quatre approches reconnues se répartissent sur cette trajectoire, et elles n’en couvrent pas les quatre niveaux. La redirection écologique ferme ce qui ne tient plus, et relève de la limitation. L’écologie intégrale de Dominique Bourg et la robustesse d’Olivier Hamant appartiennent toutes deux à la restauration — l’une par les limites tenues, l’autre par les marges gardées plutôt que par l’optimisation. Aucune ne se tient à la réduction, qui reste définie par ce qui allège un flux sans que l’état du vivant entre dans la décision. Et la régénération, telle que notre livre blanc la définit — le vivant, humain et non humain, qui atteint son plein potentiel dans son milieu de vie —, change la nature de l’activité : elle fait prospérer les écosystèmes et ceux qui les habitent, au lieu de les préserver de ce qu’elle leur fait.
Chaque passage commence par un renoncement. La redirection écologique — Alexandre Monnin, Emmanuel Bonnet, Diego Landivar — en fait sa doctrine : certaines activités sont à fermer, à démanteler, à réaffecter. Nous partageons ce renoncement et nous en proposons la suite : ce à quoi l’on renonce libère des moyens pour des activités qui tiennent économiquement en faisant vivre leur territoire.
Première bascule — de limiter à réduire. Au premier niveau, l’entreprise gère ses risques dans son propre silo. Au second, elle traite le vivant comme un objet extérieur qu’on protège, et préserve les humains. Le levier moteur est le leadership : tant que le cap vise la conformité, les autres leviers n’ont pas de direction à suivre.
Deuxième bascule — de réduire à restaurer. Au second niveau, on allège un flux sans que l’état du vivant entre dans la décision. Au troisième, cet état devient l’objet : on répare un cycle, on arbitre entre des usages, on maintient un capital critique. Le levier moteur est l’intelligence écosystémique — on ne restaure que ce qu’on observe. Quatre des six lectures ont franchi cette bascule.
Troisième bascule — de restaurer à régénérer. Au troisième niveau, l’activité répare ce dont elle dépend, et la réparation reste une charge. Au quatrième, c’est l’offre qui porte la contribution : plus on vend, plus le milieu et les gens qui y habitent se renforcent, et la rentabilité vient de là. Deux conditions y mènent — avoir d’abord réduit ses impacts négatifs, et répondre à un besoin réel. Le levier moteur est l’innovation, et la question se pose ainsi : le territoire et ses habitants vont-ils mieux du fait de cette activité économique ?
Restaurer un écosystème et concevoir une activité qui le fait prospérer sont deux démarches différentes, pas deux degrés d’un même effort. Sans cette distinction, un projet qui répare paraît faire ce qu’un projet qui régénère ferait, en moins.
L’écologie dont il est question ici est celle qui inclut les humains. Elle ne traite pas la nature d’un côté et les gens de l’autre : le territoire comprend ceux qui l’habitent, et c’est ce que nous appelons l’écologie populaire. L’estimation en tire sa conséquence — la santé au travail et la sécurité psychologique se lisent au même titre que l’eau et les sols.
De quelle analyse il s’agit
Ce que le Capacity Score évalue. Trente-huit questions situent une activité sur quatre niveaux, levier par levier, et désignent celui qui limite sa progression. Ce qui s’évalue est votre capacité à tenir vos trajectoires RSE, innovation et business, et un levier faiblement représenté ne signale pas un défaut : il indique ce qui bloque le passage. L’outil existe en auto-évaluation ; nous conduisons ici l’autre exercice, la lecture externe sur documents publics.Ce que cela donne appliqué à un programme. La question devient : qu’est-ce que ce texte exige des entreprises, qu’est-ce qu’il leur rend possible, qu’est-ce qu’il leur permet de concevoir ? Ce sont les questions qui situent, pas le vocabulaire employé — « réparer » est le mot des socialistes, « restaurer » est le nôtre.
Les textes lus. Les trois partis sur leur programme : « L’Avenir en commun » édition 2025, la plateforme des Écologistes de juillet 2026, le Projet socialiste du 21 avril 2026. Les deux mouvements d’entreprises sur le programme de leur université d’été et les textes qui l’accompagnent. Le Shift Project sur son plan d’avril, en repère : il chiffre secteur par secteur ce que la transformation demande à l’économie française, et aucun autre document de la rentrée ne le fait.
Trois types d’objets, qui ne se comparent pas entre eux. Trois programmes de partis, éclairés par leur prise de parole de rentrée ; deux programmes d’université d’été, qui relèvent de la prise de parole plutôt que du programme électoral ; un repère. Six prises de parole lues, cinq profils par levier — le Shift n’en porte pas —, trois programmes de partis. C’est le niveau atteint qui porte l’information, non l’écart entre deux estimations. Les discours de rentrée et les calendriers de désignation datent la lecture sans y entrer, et chaque estimation est publiée dans l’article qui lui est consacré.
2. La gauche écologiste a la capacité de porter un plan d’adaptation
La plateforme des Écologistes s’estime à 63 %, le projet du Parti socialiste à 58 %, le programme insoumis à 57 %. Les trois se situent au niveau de la restauration, et c’est le niveau atteint, non l’écart entre eux, qui porte l’information.
L’estimation porte sur les programmes, et l’université d’été se lit à part. Un programme électoral est une promesse d’action publique, pas une pratique : ce que nous lisons est ce qu’un texte rend possible, non ce qu’un parti fait. Les prises de parole de rentrée éclairent la lecture sans entrer dans le calcul.
Ce niveau donne la capacité de tenir un plan d’adaptation qui se déploie. Trois conditions le rendent possible, et les trois projets les réunissent : savoir de quoi l’activité dépend — quel bassin versant, quels sols, quelle main-d’œuvre ; agir sur les écosystèmes qui la portent plutôt que sur ses seuls flux ; en tenir compte quand on arbitre, y compris lorsque la donnée d’impact contredit le résultat de l’exercice.
Reconnaître qu’on dépend d’un écosystème ne suffit pas à situer une activité au troisième niveau : le programme de La REF reconnaît la dépendance à un approvisionnement et se tient à la réduction. Ce qui situe au troisième niveau est d’agir sur l’état de l’écosystème, pas de le nommer comme condition. Les trois projets politiques et le programme d’Impact France le font.
Cette capacité rend un plan d’adaptation déployable, et elle en fixe aussi la limite. Un plan qui répare se finance par l’impôt, l’emprunt ou la règle : chaque euro qu’il engage se rediscute à la loi de finances suivante, et chaque exercice difficile le remet en cause. Les trois projets le savent et y répondent par la dépense et la loi — fonds de sécurité climatique mutualisé, fiscalité carbone progressive, livret d’épargne pour la transition locale, caisse de défaisance des dettes de conversion. Aucun ne prévoit qu’une partie de cette réparation soit portée par l’offre elle-même, comme un revenu qui croît avec les ventes. C’est ce que le niveau atteint ne permet pas encore, et c’est ce qui décide de sa durée.
| Le parti | Estimation | La logique dominante | Ce que le programme fait de l’entreprise |
|---|---|---|---|
| Les Écologistes | 63 % | l’interdépendance entre humains et non-humains | une force à border, que l’avant-propos voudrait partie prenante |
| Parti socialiste | 58 % | la réparation des écosystèmes et le partage de la valeur | un lieu de décision partagée, à mobiliser et à réguler |
| La France insoumise | 57 % | la protection du vivant soustrait au marché | un outil à orienter par la règle, la propriété et la citoyenneté |
Les mesures le montrent, et elles portent sur les mêmes écosystèmes. Les Écologistes dotent le plan national d’adaptation à quatre degrés de sept milliards d’euros par an d’ici 2032 et visent soixante mille kilomètres de haies ; le Parti socialiste engage la restauration des forêts, des milieux aquatiques et des sols ; La France insoumise porte dix-sept mesures pour la forêt et un quart de la surface forestière en libre évolution. Trois textes, un même objet : l’état des écosystèmes dont l’activité dépend.
Ce qui sépare les trois traverse les familles politiques. Le partage se fait sur la relation au vivant — une vision du monde, et la définition de ce qui a de la valeur, qui commandent ensuite ce que chacun décide de l’économie.
Les deux textes tiennent le même objectif, et ils divergent sur ce qu’ils placent au centre. Dans le programme insoumis, l’humain et sa continuité : le chapitre des biens communs s’intitule « Protection des biens communs et des droits de l’espèce », l’eau est un enjeu pour l’Humanité, la forêt le poumon de la planète — les entités y sont nommées par la fonction qu’elles rendent. Dans la plateforme des Écologistes, la dépendance : nous dépendons d’une température, d’un cycle de l’eau, de sols fertiles. Nous avons comparé les deux ligne à ligne dans un article dédié.
L’un protège un vivant dont l’humanité se distingue ; l’autre prend soin d’un vivant dont l’humanité fait partie. Le premier soustrait au marché ce qui permet la vie, le second reconnaît ce dont la vie dépend. Les deux ont leurs institutions et leur récit — comités de bassin recomposés et commun forestier d’un côté, Régions redécoupées sur les bassins versants et biens communs collectivisés de l’autre : la différence ne tient pas à l’institution, elle tient à ce qui a de la valeur.
Ce que chaque texte écrit de sa relation au vivant porte un nom en éthique environnementale, et la Fresque des Imaginaires en fait son outil de lecture. La plateforme des Écologistes relève de l’écocentrisme : ce qui a de la valeur est l’écosystème et sa continuité. Le programme insoumis relève du biocentrisme : ce qui a de la valeur est l’entité supra-individuelle — l’espèce, le fleuve, la forêt —, et la protection passe par l’interdiction. Le projet socialiste se range du même côté, avec des droits juridiques accordés à la nature. Il répare pourtant les écosystèmes autant que les vies, et les deux tiennent ensemble : on peut réparer beaucoup en tenant la nature pour une entité qu’il faut défendre contre les usages. La distinction porte sur ce qui a de la valeur, non sur le degré d’engagement écologique.
L’équilibre se déplace dès qu’on regarde ce que le parti expose : sur les vingt et une sessions de réparation de son université d’été, dix-huit portent sur des vies ou sur la manière de décider, trois sur l’état de l’environnement. Les droits juridiques accordés à la nature s’y ajoutent — ils protègent plus qu’ils ne restaurent, le vivant y étant défendu devant un juge sans siéger dans l’instance qui décide.
Son intelligence écosystémique reste à 50 %, au seuil de la restauration — 67 % chez les Écologistes, 61 % à La France insoumise. Deux raisons : le programme pilote une réduction plutôt qu’il n’observe l’état d’un écosystème, et il n’ouvre pas la question comptable, quand les deux autres proposent des indicateurs de vivant substitués au PIB. Sans compteur qui enregistre ce que l’activité fait gagner, la contribution reste invisible dans les comptes publics comme dans ceux des entreprises.
3. Les leviers de capacité de la gauche écologiste
Le profil par levier montre où la capacité se loge, et où elle manque. Les six leviers du Capacity Score se lisent chacun sur ses propres questions — d’où part la conception, ce que l’entreprise fait quand une donnée d’impact contredit son résultat, ce qui prime du coût d’achat ou de la viabilité du fournisseur.
Quatre leviers sur six se tiennent dans la restauration chez les trois, et deux s’y arrêtent au seuil — l’intelligence écosystémique au Parti socialiste et les dynamiques humaines à La France insoumise, à 50 % chacune. La décision, la mesure, la chaîne d’approvisionnement et les conditions de travail y sont traitées avec la même exigence ; l’innovation, elle, en sort par le bas. Un levier faiblement représenté ne freine pas les autres : il empêche le passage — on ne monte pas d’un niveau, on débloque un levier.
| Le levier | Écol. | PS | LFI | Ce que le programme y pose | Ce qui ouvrirait le niveau suivant |
|---|---|---|---|---|---|
| Leadership | 62 % | 57 % | 52 % | la santé des écosystèmes instituée chez les Écologistes, affirmée sans mesure dédiée à LFI | que le cap se formule en contribution aux écosystèmes et à ceux qui en vivent, et non en règle à faire respecter |
| Intelligence écosystémique | 67 % | 50 % | 61 % | indicateurs de vivant substitués au PIB chez les Écologistes, pilotage d’une réduction au PS, coûts de restauration dans les comptes publics à LFI | que la donnée d’impact remonte jusqu’à la conception de ce qui se produit |
| Chaîne de valeur | 67 % | 67 % | 61 % | paiements pour services et trajectoire bio chez les Écologistes, alimentation de qualité posée comme droit au PS, prix planchers et marges encadrées à LFI | des engagements réciproques dans la durée — préfinancement, co-investissement, partage des gains |
| Innovation | 44 % | 39 % | 44 % | les trois réglementent la conception, et le point de départ reste l’impact à réduire | que la conception parte d’un territoire et de ceux qui l’habitent, pour un triple impact contributif |
| Dynamiques humaines | 67 % | 61 % | 50 % | la croyance qui guide l’action : la dépendance reconnue comme condition de la liberté chez les Écologistes, la règle verte et la séquence identifier-prévoir-organiser-discipliner à LFI | que le soin s’étende à ceux qui produisent, au-delà des salariés |
| Gouvernance | 72 % | 72 % | 72 % | trois réponses pour un même score : la maille territoriale, la parité au conseil d’administration, la représentation de l’intérêt des écosystèmes | que le partage de la valeur créée se décide en même temps que la voix |
Le même écart se retrouve chez les trois. La gouvernance est à 72 % chez chacun, à l’identique ; l’innovation tombe entre 39 et 44 %. Vingt-huit à trente-trois points séparent le levier le mieux tenu du plus faible, sur trois programmes que tout oppose par ailleurs.
Ce que l’écart dit tient en une phrase : les trois savent qui doit décider, et il leur reste à dire ce qui sera décidé. Ouvrir les instances est unanime et abouti ; dire ce qui sera produit ne l’est pas. Et ce n’est pas un oubli : la gouvernance se légifère — un siège, un seuil, un droit de vote — quand la conception d’une offre ne se légifère pas, elle se fait dans une entreprise, avec ceux dont elle dépend.
Ce levier est aussi celui qui ouvre le niveau suivant, ce qui rend le passage identifiable : l’intelligence écosystémique en est la condition, puisqu’on ne conçoit à partir d’un écosystème que si l’on sait ce qu’il devient. Entre les deux, les écarts tiennent aux moyens retenus — la mesure chez les Écologistes, le droit au Parti socialiste, l’organisation territoriale chez La France insoumise.
Tant que la conception part de l’impact à réduire, un programme peut réparer des écosystèmes et sécuriser des revenus, sans que l’activité économique fasse prospérer le territoire et ses habitants. C’est la capacité que les trois projets ne se donnent pas encore.
4. Ce que deux patronats mettent à l’ordre du jour des mêmes entreprises
Les Universités d’Été de l’Économie de Demain s’estiment à 60 %, au niveau de la restauration — le même que les trois projets politiques. Le programme de La REF s’estime à 30 %, et travaille la réduction des impacts.
Les deux mouvements ne fédèrent pas les mêmes entreprises, et ne posent pas la même question. Impact France réunit plus de trente mille entrepreneurs sous la coprésidence de Julia Faure et Pascal Demurger, autour d’une thèse : l’exigence sociale et environnementale est un avantage économique plutôt qu’une charge. Sa journée du 28 août compte cinquante-quatre sessions portant un sujet, et elle travaille les conditions de production : ce dont l’activité dépend, et ce qu’il faut reconstituer pour qu’elle tienne.
Le MEDEF est la première organisation patronale française, et La REF met à l’ordre du jour de ses adhérents soixante-sept sessions et 218 intervenants annoncés. Le programme parle de souveraineté, de compétitivité et de charge normative : la question y est ce qui pèse sur l’entreprise et ce qu’il faut alléger pour qu’elle produise.
Les deux se tiennent à vingt-quatre heures d’intervalle.
Un mouvement d’entreprises ne produit ni ne vend : ce qu’il met à l’ordre du jour dit ce qu’il porte devant ses adhérents et devant le débat public. Ses adhérents peuvent être bien plus avancés que sa journée, et c’est fréquent — l’une des coprésidentes d’Impact France dirige une marque qui publie ses coûts de production et refuse les soldes, ce qu’aucune session ne demande.
Face à l’enjeu d’adaptation, où chacun se situe
Impact France : les six leviers au même niveau
Le programme traite les écosystèmes et les gens dans un même mouvement : les filières à reconstituer et les trajectoires humaines à réparer y relèvent de la même question — ce dont l’activité dépend.
Le profil est resserré, vingt-deux points d’amplitude, et deux leviers s’arrêtent au seuil de la restauration — dans les sessions comme dans les intervenants réunis. C’est là que se situe le prochain chantier, et il porte sur ce que la journée mettra à l’ordre du jour l’année prochaine.
| Le levier | Impact France | Ce que le programme y pose |
|---|---|---|
| Leadership | 67 % · restaurer | la posture de l’architecte : piloter l’adaptation du modèle |
| Intelligence écosystémique | 61 % · restaurer | l’eau et le sol suivis comme conditions de production |
| Chaîne de valeur | 61 % · restaurer | contractualisation, partage du risque, financement de l’amont |
| Innovation | 50 % · au seuil de la restauration | la fonctionnalité et le réemploi comme piste dominante, et l’affichage qui oriente le choix |
| Dynamiques humaines | 72 % · restaurer | un cadre de coopération installé, des freins nommés comme systémiques |
| Gouvernance | 50 % · au seuil de la restauration | ouverte aux partenaires, financée par prélèvement sur les marges |
| Estimation globale | 60 % · restaurer |
Le leadership à 67 % y porte la posture de l’architecte — piloter l’adaptation du modèle plutôt que signaler un risque. Les dynamiques humaines à 72 % sont le levier le mieux tenu du programme : un cadre de coopération installé, et des freins nommés comme systémiques. L’intelligence écosystémique et la chaîne de valeur à 61 % tiennent sur l’eau et le sol suivis comme conditions de production, et sur la contractualisation, le partage du risque et le financement de l’amont.
Ce qui limite sa progression est la gouvernance et l’innovation, à 50 % chacune. Affecter une part du résultat — dix pour cent à la MAIF, quinze au Crédit Mutuel — est une décision de gouvernance : elle se prend au sommet et se reprend au même endroit. Et l’innovation est le levier qui ouvre le niveau suivant : la fonctionnalité et le réemploi y sont la piste dominante, l’affichage oriente le choix, et la conception ne part pas encore d’un territoire et de ceux qui l’habitent.
La REF : le social en avant, les écosystèmes dehors
Le pilier social est le mieux tenu du programme, l’environnemental garde toute sa marge, et le pilier économique porte la plus faible ambition : il demande l’allègement du cadre.
Le mot qui revient à la tribune est celui de courage, et Patrick Martin l’applique d’abord aux comptes publics : hausse de la TVA, année blanche pour les prestations sociales, baisse du nombre de fonctionnaires, gel du point d’indice, durcissement de l’assurance chômage. Pour les entreprises, la demande est inverse — fin de la surtaxe exceptionnelle sur les bénéfices, baisse des impôts de production, refus de la taxe Zucman. Le cadre s’allège d’un côté, l’effort se répartit de l’autre.
| Le levier | MEDEF | Ce que le programme y pose |
|---|---|---|
| Leadership | 14 % · limiter | sujet présent, questions non adressées |
| Intelligence écosystémique | 28 % · réduire | le carbone et les risques suivis, sans l’état des écosystèmes |
| Chaîne de valeur | 39 % | sécuriser un approvisionnement, pas engager une filière |
| Innovation | 39 % | la conformité produit, pas la conception de l’offre |
| Dynamiques humaines | 39 % | la sécurité psychologique posée comme condition de performance, une lucidité inquiète chez les dirigeants |
| Gouvernance | 22 % · limiter | sujet présent, questions non adressées |
| Estimation globale | 30 % · réduire |
Le leadership à 14 % et la gouvernance à 22 % portent le même constat : le sujet est présent, et les questions du levier restent sans réponse. L’intelligence écosystémique à 28 % est ce qui ouvrirait la restauration — connaître l’état des écosystèmes dont l’activité dépend, et en tenir compte quand on arbitre.
Ces deux leviers ouvrent chacun quelque chose de précis. Le leadership porte le cap : dès que l’écologie devient une direction plutôt qu’une contrainte à calibrer, les autres leviers ont un sens à suivre. La gouvernance ouvre la table : dès qu’un tiers y siège, l’état des écosystèmes trouve un chemin pour entrer dans l’arbitrage.
Une séquence sort pourtant du lot, et elle porte notre question. La plénière d’ouverture « Produire ou périr », avec Élisabeth Borne et le ministre de l’Industrie, pose la production comme la question du moment. Le coût du travail y occupe la place attendue — et l’idée d’un label « made in Europe » pour la commande publique y déplace le sujet vers ce que la production fait vivre. C’est le seul endroit relevé où la question de l’offre est posée, et il s’arrête à l’origine : un made in France régénératif demanderait, lui, ce que la fabrication fait vivre sur le territoire.
Le modèle d’affaires, la pièce que les deux ont encore à poser
Le modèle d’affaires est la première pièce à poser. Une entreprise ne change pas ce qu’elle conçoit parce qu’on le lui demande : elle le change quand ce qu’elle vend finance ce que cette conception coûte. Tant que la contribution se paie sur la marge, se déduit de l’impôt ou se rattrape par une aide, elle reste une dépense — et une dépense s’arbitre chaque année contre les autres. Le modèle d’affaires décide si elle devient un revenu, et c’est cette question qui n’est à l’ordre du jour d’aucun des deux programmes.
L’innovation vient ensuite, et elle en est la conséquence. À 50 % au programme d’Impact France — son point le plus faible, à égalité avec la gouvernance — et 39 % à celui de La REF, elle porte chez les deux la plus grande marge de progression, parce que rien, en amont, ne rend encore une autre conception rentable. Chez Impact France, la piste dominante relève de la réduction : vendre l’usage, allonger la vie de la matière, réemployer. Au programme de La REF, l’offre entre par la conformité du produit. Dans les deux cas, ce qui est mis en débat est ce que le produit évite, plutôt que ce qu’il fait vivre. Chez Impact France, le sujet est là et les questions du levier restent sans réponse : c’est ce qui bloque le passage.
Entre les deux se trouve l’affichage sur l’étiquette du produit, et ce n’est pas un détail de communication. C’est la pièce qui rend la contribution payable, donc celle qui relie le modèle d’affaires à la conception : sans elle, une pratique tenue au champ reste invisible en rayon et ne se rémunère pas. Impact France en a les outils — directive ECGT, Index d’impact, label public bio, Origine France Garantie — et l’emploie pour attester un impact évité.
La REF a fait venir les candidats. Le 27 août, sept d’entre eux ont répondu aux questions de cinq chefs d’entreprise pendant deux heures trente — Gabriel Attal, Raphaël Glucksmann, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Édouard Philippe, Bruno Retailleau et Marine Tondelier. C’est la première confrontation économique de la campagne, et c’est une organisation patronale qui l’organise : La REF au Capacity Score détaille ce que chacun y a dit. Jean-Luc Mélenchon s’y présentait devant le patronat pour la première fois, lui qui reprochait en 2012 à Jean-Marc Ayrault de se rendre à l’université d’été du patronat, avec la formule « on ne discute pas avec le MEDEF », et il y a défendu le retour de l’État et de la planification, notamment écologique, en jugeant que la suppression des aides aux entreprises effacerait les déficits. Marine Tondelier y a redit « l’écologie est la condition de la liberté », seule fois de la semaine où la formule a été prononcée devant des dirigeants, et sa seule proposition touchant à ce que l’entreprise fait est venue en clôture : une fiscalité différenciée selon l’engagement dans la transition, sans en faire un mécanisme. Le Parti socialiste, qui venait de lancer sa désignation, n’avait pas de candidat à envoyer. Le lendemain, Impact France réunissait ses adhérents autour d’un tout autre programme.
C’est là que les deux organisations se séparent des trois projets politiques, et la répartition est nette. Les partis ouvrent les instances, conditionnent les aides et sécurisent des revenus par la loi, sans dire ce qui sera produit ni comment sa vente financera l’amont. Les deux mouvements d’entreprises travaillent la production et laissent hors du champ ce que cette production fait aux écosystèmes et à ceux qui en vivent. Chacun tient un bout de la même chaîne.
5. Six manières de protéger, et la même chose laissée dehors
Chacune de ces prises de parole désigne une menace et propose de s’en protéger. Les verbes se ressemblent — sécuriser, préserver, défendre, tenir —, et ce qu’ils recouvrent diffère à chaque fois : l’objet mis à l’abri n’est pas le même, et la manière de le protéger non plus. Réduire une pression et réparer un écosystème ne demandent ni les mêmes moyens ni les mêmes coalitions.
| La prise de parole | La menace désignée | Ce qu’elle met à l’abri |
|---|---|---|
| Les Écologistes | le dérèglement et ses effets sur les vivants | le vivant dont l’humanité fait partie |
| Parti socialiste | l’extrême droite et la captation du pouvoir | les trajectoires humaines abîmées |
| La France insoumise | la prédation des écosystèmes et des humains | les écosystèmes et les populations |
| Impact France | les dépendances, les fractures et les instabilités | les filières et les trajectoires |
| La REF · MEDEF | la concurrence déloyale et la contrainte réglementaire | l’entreprise et ses salariés |
| Le plan du Shift · repère | la dépendance aux énergies fossiles | l’appareil productif français — le seul objet protégé qui soit un système technique |
Ce qu’une organisation met à l’abri commande ce qu’elle regarde, ce qu’elle mesure et ce qu’elle finance. La protection n’est pas un registre de discours posé sur un programme : elle en organise le contenu. Les quatre piliers d’impact le montrent — chaque programme y remplit ce qu’il protège, et garde de la marge sur le reste.
| Le programme | Social | Environnemental | Économique | Filière et territoire |
|---|---|---|---|---|
| Les Écologistes | ●●● | ●●● | ●● | ●● |
| Parti socialiste | ●●● | ●●● | ●● | ●● |
| La France insoumise | ●● | ●●● | ●● | ●● |
| Impact France | ●●● | ●● | ●● | ●●● |
| La REF · MEDEF | ●● | ● | ● | ● |
| Le plan du Shift | ● | ● | ●● | ● |
●●● le pilier est traité pour lui-même, avec des mesures qui agissent sur son état · ●● il est traité comme condition d’autre chose · ● il est mentionné sans mesure dédiée. Lecture sur documents publics, pas une mesure. Le plan du Shift porte deux points sur l’économique parce qu’il chiffre secteur par secteur — le seul des six à traiter l’économique comme un objet de transformation, sur le seul carbone.
Une colonne n’atteint le plein nulle part : l’économique. On encadre des prix, on plafonne des marges, on allège une charge, sans que le modèle qui produit la valeur soit l’objet. Et la seule colonne filière pleine des six est celle d’un mouvement d’entreprises, pas celle d’un parti — ailleurs, la filière et le territoire sont la condition d’autre chose : un ancrage, un périmètre, une maille de décision.
Le programme du Parti socialiste protège des trajectoires humaines abîmées, et son pilier social est traité pour lui-même — santé mentale, usure au travail, pauvreté héritée, école, logement. Son ambition environnementale est pourtant élevée — restauration des forêts, des milieux aquatiques et des sols, agroécologie généralisée en quinze ans, gestion de l’eau par bassin versant ; l’université d’été n’en expose que trois sessions sur vingt et une au niveau de la réparation. Ce qui est protégé et ce qui est exposé coïncident : le programme écrit atteint la restauration, l’université d’été reste à la réduction des impacts, et cette distance se lit sur ce qui est mis à l’ordre du jour.
La plateforme des Écologistes protège les écosystèmes et ceux qui en dépendent, et son attention se répartit sur les deux versants — haies, forêts et cours d’eau d’un côté, sécurité sociale écologique et mission One Health de l’autre. C’est ce qui installe son intelligence écosystémique dans la restauration : elle observe les deux piliers parce qu’elle protège les deux. Sa ligne rejoint celle du Parti socialiste sur les quatre piliers, et les deux programmes n’en font pas la même chose : l’un traite le vivant comme un tout dont l’humanité fait partie, l’autre répare deux objets qu’il tient séparés.
Le programme insoumis protège les écosystèmes et les populations en les soustrayant au marché — l’eau et l’air collectivisés, la propriété privée empêchée de prévaloir sur la protection du vivant. L’attention se porte alors sur les institutions qui protègent plutôt que sur ce qui produit : la gouvernance à 72 %, l’innovation à 44 %.
Le programme d’Impact France protège des filières et des trajectoires, et la contractualisation, le partage du risque et le financement de l’amont y sont des engagements écrits, pas des mentions — c’est ce qui remplit sa colonne filière. Ce qui est protégé reste la continuité de l’activité, pas ce qu’elle fait vivre.
Le programme de La REF protège l’entreprise et ses salariés, et c’est son pilier social qui en profite. Protection sociale, compétences managériales, emploi des jeunes, insertion par le sport, égalité femmes-hommes, santé au travail et santé mentale, démographie : ces sujets y sont traités pour eux-mêmes. C’est le pilier le mieux tenu du programme, et de loin : le patronat traite mieux le social que l’environnement, ce qui est l’inverse de ce qu’on lui prête. Ce qui reste à intégrer est le territoire où ces personnes habitent : les salariés sont dans le périmètre protégé, l’état des écosystèmes ne l’est pas.
Ce que protéger implique, et qui n’est pas voulu
Protéger ne suffit pas : sans adaptation, la protection recommence à chaque été. Et s’adapter demande des changements que tout le monde doit faire — le registre est celui de la protection, l’action demandée est celle du changement, et les deux ne sont pas reliés. Trois conséquences en découlent, qu’aucun programme n’a cherchées.
Le registre garde d’abord la décision du côté de celui qui protège. Le producteur reçoit un prix garanti, l’écosystème reçoit une règle, l’acheteur reçoit un produit sûr : chacun y gagne une sécurité, personne n’y gagne de prise sur ce qui le concerne. Le producteur payé au prix plancher ne décide ni du cahier des charges ni de la durée de l’engagement.
Il suppose ensuite qu’on puisse isoler un système de ce dont il fait partie, et l’été l’a démenti. En Gironde, 14 500 entreprises ont été évacuées et plus de 130 000 salariés empêchés de travailler : elles produisaient en France, avec leurs salariés, et c’est le territoire qui a cédé — un territoire qui était à l’intérieur du périmètre.
Il installe enfin une position réactive, qui produit peu d’imaginaire désirable. Le récit du programme insoumis parle de ce qu’il faudra abandonner ; la plateforme des Écologistes raconte déjà les bénéfices du bien vivre, et un récit de contribution parle de ce qui va se gagner ensemble.
Ce que l’opinion supporte, et ce qu’elle refuse
Le refus porte sur la forme prescriptive et sur la charge budgétaire, pas sur la finalité. Soixante-quatre pour cent des Français estiment que les autorités publiques disent trop ce qu’on doit faire en matière d’environnement — la proportion la plus élevée des pays enquêtés par le Cevipof, devant la santé. Dans la quatrième vague de l’Observatoire des perspectives utopiques de l’ObSoCo, les trois seules propositions écologiques qui basculent en négatif sont trois renoncements : les quotas carbone, les protéines végétales, la baisse des rémunérations. Et la redistribution décroche — le revenu universel passe de 48 à 34 % d’adhésion — quand l’entraide résiste à 76 %.
L’adhésion se trouve du côté des modes de vie et de ce qu’on gagne. Une proposition comme « moins de consommation d’objets, plus de qualité » réunit 73 % chez les proches des écologistes et 40 % chez les Français situés très à droite. Le baromètre de l’ADEME dit pourquoi un discours de renoncement se retourne : 83 % des Français estiment que les gens consomment trop, 28 % qu’ils consomment trop eux-mêmes — la demande de consommer moins s’adresse chaque fois au voisin. Les 63 % qui attendent une offre politique convaincante sur le climat et l’envie d’agir renforcée chez un Français sur deux se rejoignent ici : ce que les gens cherchent se formule en santé, en origine, en solidarité, en qualité, avant de se formuler en écologie.
La norme est l’outil principal des trois projets de gauche, et la dépense publique leur financement : c’est l’outil que l’opinion supporte le moins et le financement qu’elle soutient le moins. Une écologie populaire part de l’autre bout — ce que la production fait vivre là où les gens habitent — et les trois lectures de gauche en détaillent les signaux, programme par programme.
La filière et le territoire : un seul mécanisme, trois résultats
Chacune protège un objet situé à l’intérieur de son périmètre. Des vies, des écosystèmes, une filière, une entreprise, un appareil productif. Aucune des six ne protège la relation entre les maillons : la durée d’un engagement, le préfinancement d’une récolte, la participation aux outils de première transformation, la répartition des gains obtenus ensemble. Elle n’appartient à aucun périmètre — elle se tient entre eux.
C’est pourtant l’échelle où les trois piliers cessent d’être trois comptes séparés. Une eau protégée à la source n’est pas un gain environnemental à côté d’un revenu paysan qui serait un gain social : c’est le même fait. Le producteur payé conduit ses terres autrement, la terre tient, l’eau reste. Un seul mécanisme, trois résultats — et c’est ce que désigne le quatrième pilier, la filière et le territoire.
La souveraineté, et les deux façons de l’entendre
La souveraineté est le mot commun des six prises de parole, et il recouvre deux mécanismes distincts. Chez les uns, un périmètre à défendre — produire ici, dépendre moins. Chez les autres, une capacité à reprendre la main sur ce dont on dépend. Les deux coexistent souvent dans un même programme, sans être distingués : le made in Europe et la réindustrialisation relèvent du premier, le dialogue avec les forces vives d’un territoire du second. La question du made in France régénératif reste ouverte — non pas où le produit est fabriqué, mais ce que sa fabrication fait vivre là où elle a lieu.
L’échelle ne décide de rien, et ce qui décide est ce qu’on met à l’abri et par quel moyen : une souveraineté de périmètre tient le temps que tient la frontière ou l’écosystème ; une souveraineté de capacité tient tant que ce qu’on produit entretient ce dont on dépend.
Et c’est ce qui explique que la protection se finance par prélèvement — sur la marge, par l’impôt, par la règle. Ce qui relierait les maillons se financerait par la valeur créée ensemble, et cela demande, non plus de protéger un objet, mais d’organiser une relation : c’est le travail que nos cinq ateliers du business model régénératif conduisent, de la cartographie des maillons à l’atterrissage comptable. Deux filières le montrent concrètement.
6. La forêt et l’agriculture : quatre niveaux, deux filières, des durées qui n’ont rien à voir
La forêt et l’agriculture sont les deux filières que l’été a le plus éprouvées, et les six prises de parole s’y expriment toutes. Elles montrent ce que les quatre niveaux veulent dire sur le terrain — une même activité, quatre façons de la conduire, et des durées qui n’ont rien à voir.
| Le niveau | Dans la forêt | Dans l’agriculture | Ce qui tient, et pour combien de temps |
|---|---|---|---|
| Limiter | déclarer ses coupes, renouveler après récolte, débroussailler en zone exposée | garantir l’accès à l’eau et aux intrants, indemniser la perte | le cadre est tenu, une parcelle en règle peut rester pauvre |
| Réduire | protéger des surfaces, encadrer les coupes rases, limiter le dessouchage | réduire les intrants, encadrer les prix, interdire les ventes à perte | la pression baisse, le revenu est borné par la règle |
| Restaurer | diversifier les essences et les âges, conduire en futaie irrégulière, replanter ce qui a brûlé | allonger les rotations, replanter des haies, restaurer le cycle de l’eau | la conduite change, et il faut que quelqu’un la finance |
| Régénérer | un bois dont la vente rémunère la conduite qui laisse le peuplement plus capable | un produit dont les maillons co-investissent dans la durée et se partagent les gains | chaque vente finance la conduite, à condition que le produit réponde à un besoin réel |
Les six prises de parole couvrent les trois premières lignes, sérieusement. Les interdictions de coupe rase, les prix planchers, les paiements pour services environnementaux, les aides à la conversion : ce sont des mesures réelles, et elles protègent. Certaines financent même la conduite qui change — c’est la restauration, et c’est déjà un pas.
La quatrième ligne demande autre chose : que le débouché rémunère la conduite. Un bois conduit en futaie irrégulière sur quarante ans coûte plus cher à produire, et rien n’oblige l’acheteur à le payer plus. La filière laine le montre à l’envers : la matière existe en France, elle part au rebut faute de débouché, pendant que l’industrie importe la sienne.
Le mécanisme existe pourtant. C’est qui le Patron ?! lie consommateurs et éleveurs par un contrat de cinq ans dont la valeur se partage entre les maillons, et le consommateur le paie en rayon — la filière progresse quand le lait bio en grande surface recule. Ce n’est ni une aide ni une norme — c’est un débouché : la vente rémunère la conduite, et la contribution devient un revenu.
La vente qui rémunère la conduite : ce que chaque projet en tient déjà
Chez les Écologistes, la chaîne est écrite en entier, à un maillon près. Une pratique tenue au champ — la haie plantée, le maillage bocager reconstitué —, une preuve qui l’atteste, le Label Haie, un paiement qu’elle ouvre, les paiements pour services environnementaux, et un financeur : la puissance publique, par redéploiement de quinze pour cent des aides. C’est la structure d’un paiement pour pratiques, et ce qui décide de sa durée est le payeur — un arbitrage budgétaire, et la haie cesse d’être payée alors qu’elle continue de rendre le service. Le paiement pour services environnementaux reste un apport posé à côté du produit ; la croissance à impact le distingue d’une contribution inscrite dans l’offre, que le volume vendu renforce au lieu de la mettre en tension. L’ampleur de l’objectif se lit sur le linéaire : 23 571 kilomètres perdus par an entre 2017 et 2021, pour 3 000 plantés. Le programme des Écologistes suit ce cas jusqu’à l’acheteur qui rémunérerait les mêmes pratiques parce qu’elles sont visibles sur le produit.
Au Parti socialiste, la chaîne complète existe sur un seul secteur : la pêche. Le chapitre 14 réunit les quatre maillons — la consommation locale dans les établissements scolaires, des marques et des labels, le soutien aux entreprises locales de transformation, le renfort du statut coopératif. Un acheteur qui s’engage, une preuve que le produit porte, un outil qui tient sur le territoire, une forme juridique qui répartit. Ce que le label attesterait reste à écrire — l’engin, l’état du stock, la part du prix revenant au marin —, et le projet du Parti socialiste montre que cette chaîne ne se retrouve complète nulle part ailleurs dans le texte, sur un secteur que le programme qualifie lui-même de modeste.
À La France insoumise, deux des quatre pièces du co-investissement sont posées. La caisse de défaisance des dettes de conversion préfinance la période creuse, et les scieries et coopératives rétablies sont l’outil de première transformation. Restent la durée des engagements entre maillons et le partage des gains obtenus ensemble. Sur la forêt, le programme insoumis montre pourquoi ni une loi ni un statut n’y suffisent : 3,5 millions de propriétaires privés, moins de quatre hectares en moyenne, et 36 % des forêts privées seulement dotées d’un document de gestion. Un prix versé pour des pratiques atteint un propriétaire de deux hectares, là où une règle nationale a plus de mal.
Ce qui reste à construire n’est ni la ressource ni la compétence, c’est le lien entre les deux. Notre dossier sur l’arbre l’établit pour le bois : aucun cas français ne montre aujourd’hui un produit dont la vente fasse vivre le massif dont il sort, quand le lait, l’huile, le thé et le champagne ont franchi ce pas. Sans ce lien, la séquence est connue : on fait du mécénat, puis ça brûle, puis on lance un appel aux dons.
La quatrième ligne ne demande donc rien de plus au producteur, elle demande quelque chose à l’acheteur. Les trois premières se décident entre l’État et celui qui produit — une interdiction, une aide, un prix garanti. La quatrième suppose un client qui voie ce qu’il paie, et qui puisse le distinguer en rayon d’un produit qui se présente à l’identique. C’est ce que l’étiquette rend possible, et la fin de cet article y revient.
7. Qui siège, et qui reçoit une part de la valeur
Les trois projets politiques atteignent 72 % sur la gouvernance, au même chiffre. Le programme d’Impact France se tient à 50 %, celui de La REF à 22 %. C’est le levier où les cinq profils se distinguent le plus nettement, et il pose deux questions : qui siège dans les instances où se décide ce que l’entreprise produit, et qui reçoit une part de la valeur créée. L’argent public et ses contreparties relèvent d’un autre sujet.
Chez Jean-Luc Mélenchon, le programme redécoupe les Régions à partir des bassins versants et leur confie l’eau comme première responsabilité, avec des défenseurs de la nature au niveau communal et des assemblées citoyennes régionales sur les projets d’aménagement. Dans l’entreprise, la représentation des salariés est portée à au moins un tiers des instances de décision des grandes entreprises, avec les associations environnementales et de consommateurs, un veto suspensif sur les licenciements et un droit de préemption pour la reprise en coopérative.
Chez Marine Tondelier, les comités de bassin changent de mode de nomination pour supprimer la mainmise du préfet et intégrer une représentation de l’intérêt des écosystèmes ; le statut de commun forestier confie une gestion à des communautés d’usagers ; la codétermination attribue des postes de droit dans les conseils d’administration.
Au Parti socialiste, les administrateurs salariés atteignent la moitié des membres et des droits de vote au-delà de mille salariés, et un euro de dividende versé égale au moins un euro de participation ou d’intéressement, avec des écarts de rémunération plafonnés de un à vingt.
Au programme d’Impact France, la gouvernance est ouverte aux partenaires, et la contribution se finance par prélèvement sur les marges : le dividende écologique de la MAIF, dix pour cent du résultat net, et le Dividende Sociétal du Crédit Mutuel Alliance Fédérale, quinze pour cent, avec une coalition lancée le 28 août pour un appel collectif de cent dirigeants en 2027.
Au programme de La REF, à 22 %, le sujet est présent et les questions du levier restent sans réponse. La décision d’entreprise n’y est pas un objet de débat : ni ouverture des instances, ni place donnée à un tiers, ni partage de la valeur. Ce que le programme traite est la relation à l’État — la fiscalité, la charge normative, ce que la puissance publique demande ou allège. Le financement de la transformation y est une charge à alléger, quand il est un investissement chez les trois projets politiques et un prélèvement sur les marges au programme d’Impact France. C’est ce qui empêche le passage : sans une table où la décision s’ouvre, l’état des écosystèmes n’a aucun chemin pour entrer dans l’arbitrage.
La voix et la part
Deux des trois projets politiques instituent la voix seule ; le Parti socialiste institue aussi le partage. C’est le seul endroit des cinq profils où la part se décide en même temps que la voix — et cela reste une règle de répartition entre actionnaires et salariés, sur une valeur déjà produite.
Le programme d’Impact France institue la part sans la voix, et par un autre chemin. Affecter dix ou quinze pour cent du résultat à des projets d’intérêt général est une décision de gouvernance : elle se prend au sommet, elle ne se négocie pas avec ceux qu’elle finance, et le premier exercice tendu la remet en cause. Tant que la contribution se prélève sur la marge, elle reste une charge que la marge peut reprendre.
Le programme de La REF n’institue ni l’une ni l’autre, et il le fait au nom d’un principe : la décision appartient à celui qui porte le risque. C’est une position cohérente, et elle situe le levier — la voix comme la part y restent des sujets de négociation externe plutôt que des objets de programme.
Ce que ni les uns ni les autres ne posent est le même. La valeur créée avec les partenaires — un producteur, une filière, un territoire — reste à construire : ni durée des engagements entre maillons, ni préfinancement, ni participation aux outils de première transformation, ni répartition des gains obtenus ensemble. C’est ce que nous appelons le co-investissement, et c’est ce qui sépare le partage d’un résultat de la mutualisation d’un risque et d’un gain. Cela porte un nom : l’économie de la mutualité, et c’est le mécanisme de l’économie régénérative — elle place le capital naturel et le capital humain au même rang que le capital financier, dans le même bilan plutôt que dans des rapports séparés.
Ce qui installe une voix, et ce qui n’en installe pas
Les droits juridiques accordés à la nature et aux cours d’eau en font un sujet de droit, défendu devant un juge, sans lui donner de siège dans l’instance qui décide. Nous les lisons comme une protection, non comme une voix du vivant.
Ce qui installe une voix est d’un autre ordre, et trois exemples le montrent : les défenseurs de la nature au niveau communal et l’entrée des associations environnementales dans les instances d’entreprise chez La France insoumise, la représentation de l’intérêt des écosystèmes dans les comités de bassin chez les Écologistes. L’intérêt des écosystèmes y est représenté là où la décision se prend — sans y disposer encore d’une voix délibérative.
Ce qui ouvrirait le niveau suivant, pour les cinq : que le partage de la valeur créée se décide en même temps que la voix, et avec ceux dont l’activité dépend.
Ce levier ne mesure donc pas seulement qui siège : il mesure si la valeur créée avec les partenaires revient à ceux qui l’ont produite. C’est pourquoi les cinq lectures s’y arrêtent au même endroit — elles instituent une voix, parfois une part entre actionnaires et salariés, sans mécanisme entre maillons.
8. Ce que la rentrée 2026 établit, et ce qui reste à démontrer
L’été n’a pas produit ces textes : ils étaient écrits avant. L’Avenir en commun date de 2025, le Projet socialiste du 21 avril 2026, la plateforme des Écologistes de juillet. Ce que l’été change est leur exposition — l’adaptation passe en tête des prises de parole de rentrée, et quatre prises de parole sur six ont déjà la capacité de la porter. C’est majoritaire, c’est transpartisan, et cela ne l’était pas il y a un an.
Ce qui les rapproche est déjà écrit, et attend une majorité. La conditionnalité des aides publiques est écrite dans deux programmes et portée depuis 2021 par un mouvement d’entreprises. L’ouverture de la décision est le point haut des trois projets politiques, à 72 % chacun, par trois réponses qui s’additionnent plutôt qu’elles ne s’opposent — la maille territoriale, la parité au conseil d’administration, la représentation de l’intérêt des écosystèmes. Et l’information produit existe déjà chez trois des six : Nutri-Score, Score santé, scoring environnemental, labels d’origine renforcés.
Ce qui les éloigne ne se négocie pas. La relation au vivant produit la même loi sur l’eau et deux projets de société différents ; renoncer à des périmètres entiers d’activité n’engage pas les mêmes coalitions que renoncer à des pratiques et à des seuils. Ces désaccords sont durables, et ils n’empêchent rien de ce qui précède : la conditionnalité et l’affichage ne demandent pas qu’on s’accorde sur l’imaginaire.
Sur ce qui se fabrique, les six ont la même position, et elle est juste à ce stade : réduire ce que la production abîme. Moins d’intrants, moins de matière, moins de carbone, moins de volume. C’est la condition d’entrée du niveau suivant, et ils la remplissent — c’est un acquis, pas un reproche.
Le levier qui ouvrirait la suite est disponible. L’innovation ferme les profils des trois projets de gauche et d’Impact France ; au programme de La REF, d’autres leviers décrochent avant. Le sujet est pourtant traité partout — sortie de l’extractivisme, énergies renouvelables, conversion au bio, circularité —, sans répondre à aucune des questions du levier : d’où part la conception d’une offre, ce que l’étiquette atteste, ce qui se décide entre les maillons d’une filière.
C’est un fait de structure, établi sur trois ensembles indépendants : six prises de parole de la rentrée, cent rapports d’entreprise du SBF 120 lus par le baromètre CSRD 2026 de BL Évolution, et le rapport de la Délégation sénatoriale à la prospective. Les politiques environnementales avancent — 69 % des entreprises du SBF 120 ont un objectif climat validé, contre 45 % l’année précédente —, et peu ont développé une offre conçue pour contribuer. La même phrase des deux côtés.
C’est l’étiquette qui décide. Deux yaourts fabriqués en France se présentent à l’identique au rayon, quand l’un fait vivre un éleveur payé au-dessus de son coût de production et des prairies qui abritent la biodiversité, et l’autre presse ses fournisseurs et appauvrit ses sols. La différence existe, elle ne se lit pas — et ce qui ne se lit pas ne se rémunère pas. La demande, elle, ne va pas vers l’impact évité : cinquante-neuf pour cent des acheteurs placent le soutien aux producteurs locaux en tête de leurs attentes, cinquante-sept pour cent la qualité, quand l’empreinte carbone en mobilise vingt-neuf.
Une règle vient d’ouvrir cette voie, et elle a été écrite par des consommateurs. L’amendement adopté par le Sénat le 3 juillet 2026 interdit d’alléguer une juste rémunération des agriculteurs sur un emballage ou dans une publicité sans rendre accessible le prix payé au producteur — à titre expérimental jusqu’en avril 2028, sur les filières laitières, bovines et avicoles. Le texte a été rédigé par les consommateurs de C’est qui le Patron ?!, repris à l’Assemblée, supprimé en commission au Sénat, puis rétabli par neuf sénateurs de tous bords. Une allégation ne vaut plus que si un élément vérifiable la porte, et c’est ce qui renverse la prime à l’opacité : jusqu’ici, ne rien dire de ses pratiques ne coûtait rien. Le projet du Parti socialiste détaille ce que cette règle changerait, appliquée à l’état du sol et au métier maintenu.
Ces trois pièces, la lecture les retrouve une à une. L’affichage est écrit chez trois des six, et chacun avec son objet : le Parti socialiste porte le Nutri-Score obligatoire, un Score santé sur l’alimentaire, l’habillement et les matériaux de construction, et des labels Made in France renforcés sur l’origine et les conditions de production ; les Écologistes généralisent le Nutri-Score complété d’un scoring environnemental, avec un logo par additif sur le packaging ; Impact France demande de rendre obligatoires les scores graduels — Nutri-Score sur tous les produits alimentaires, Planet Score en rayon, Clear Fashion et Cyclescore dans leurs secteurs.
Le mécanisme de récompense est demandé par Impact France, et lui seul. Et le critère qui dirait ce que la fabrication fait vivre reste à écrire.
L’affichage environnemental public le montre mieux que les programmes. Posé par l’article 2 de la loi Climat et Résilience de 2021 et rendu applicable par le décret du 6 septembre 2025, il devient obligatoire pour le textile en octobre 2026 et pour l’ameublement en 2027. Il attribue à chaque produit un coût environnemental calculé sur seize catégories d’impact du cycle de vie, avec un coefficient de durabilité propre à la France. Le nom dit l’objet : plus la valeur est élevée, plus le produit pèse. Cet outil mesure ce qu’un produit prélève, et il le fait avec rigueur : son objet est le prélèvement, non la contribution.
Les trois pièces s’emboîtent, et la troisième commande les deux autres. La biodiversité ne figure pas parmi les seize critères du coût environnemental, et le revenu du producteur n’y entre pas davantage. Les repères qui attestent une contribution existent pourtant : Regenerative Organic Certified, Demeter, Nature & Progrès, Bio Équitable en France, Biopartenaire — et des assemblages y parviennent aussi, comme le quadruple A qui réunit le bio, le Nutri-Score, le Planet Score et Origin’Info. Notre lecture de cent cinquante labels sur onze secteurs les situe un à un sur la trajectoire.
Ce qui leur manque est la force de marché. Le collectif En Vérité a mesuré ce que produit un affichage complet : les intentions d’achat des marques les plus vertueuses sont multipliées par près de vingt quand l’origine, la qualité nutritionnelle et l’impact s’affichent ensemble. Une TVA différenciée s’appuierait sur ces repères, et un critère commun leur donnerait ce qu’ils récompensent.
Ce qui reste à poser est ce qui vient après. Une fois les impacts réduits, de quoi la croissance est-elle faite ? C’est l’objet de la dernière section.
Deux mouvements écartent au même moment les entreprises de marché du sujet. Le premier vient des institutions : le rapport de la Délégation sénatoriale à la prospective décrit un scénario souhaitable où la prospérité se mesure à la santé du vivant, et il en réserve la conduite aux structures de l’économie sociale et solidaire — coopératives, associations, mutuelles. Les entreprises situées hors de ce périmètre en sont écartées par leur finalité et par leur gouvernance, avant même qu’on regarde ce qu’elles produisent.
Le second vient de la règle, qui se retire : Omnibus fait passer le périmètre obligatoire de la CSRD de cinquante mille à dix mille entreprises, et le devoir de vigilance a été affaibli. Les entreprises qui poursuivent le font donc sans y être tenues et sans être attendues — ce sont des volontaires, et c’est le point d’appui le plus solide de cette rentrée.
Ce qui reste à démontrer n’est pas politique, c’est économique. Aucun des lauréats que nous distinguons n’a formalisé le lien entre ses pratiques régénératives et sa performance financière : le marché voit qu’ils performent, sans que personne sache dire quelle part de la marge vient du capital naturel et social qu’ils développent. Les normes comptables interdisent d’inscrire à l’actif le capital naturel qu’on crée, et les fonds à impact que nous avons recensés financent l’impact malgré le risque, pas parce qu’il rapporte. C’est la preuve qui manque, et c’est un chantier ouvert plutôt qu’un obstacle. Notre note de cadrage sur la triple profitabilité en pose la chaîne — des pratiques régénératives à des produits à survaleur, de ces produits à une performance financière durable, et de cette performance à la prospérité d’un territoire. Personne n’a encore documenté cette chaîne de bout en bout, et c’est ce que notre recherche-action mesure, avec ses terrains et sa méthode.
Le partage réel n’est donc pas entre la gauche et le patronat. Il est entre réduire ce que la production abîme, sur quoi les six convergent, et financer ce qui fait vivre par une croissance à impact — recorréler la croissance à la contribution au vivant —, qui reste à porter.
C’est ce que la rentrée 2026 établit. La volonté d’adapter la France existe et elle est partagée. Ce qui reste à formuler est la suite de cette réduction bien conduite : une croissance dont chaque unité vendue fait grandir le milieu et les gens qui y habitent.
9. Ce qu’il reste à porter
La transformation écologique est à l’ordre du jour des six ; son passage à la conception de l’offre et à la création de valeur reste à écrire. C’est là que nous posons la question d’une économie où la contribution au territoire est incorporée dans l’offre et devient un revenu.
Une fois les impacts réduits, sur quoi la croissance repose-t-elle ? Le test tient en une phrase : ce qui est vendu conditionne-t-il ce que le territoire et ses habitants gagnent, et la rentabilité vient-elle de là ? Une entreprise dont la vente rémunère la conduite qui fait vivre un territoire croît en faisant croître ce dont elle dépend : la fertilité d’un sol, la qualité d’une eau, la confiance dans une filière. Ce déplacement ne s’obtient ni par la règle, ni par l’impôt, ni par la conditionnalité — tous encadrent une activité sans changer d’où vient son profit.
Il a déjà eu lieu quelque part. Un collectif de consommateurs a construit une filière avec des éleveurs : cahier des charges voté par 7 365 consommateurs, contrat de cinq ans, volumes garantis, et une part revenant à l’éleveur fixée par ce vote — 0,59 euro le litre sur quatre-vingt-dix élevages, dans quatre départements. Personne n’a demandé aux acheteurs de consommer moins, ni d’adhérer à une cause : on leur a demandé de choisir une brique plutôt qu’une autre, au même endroit, en sachant ce que leur argent fait vivre. La marque progresse de 11,8 % en 2024, à 126 millions d’euros, quand le bio en grande surface recule de 5 % — et le prix, non renégociable annuellement, est certifié chaque mois par Bureau Veritas. Ce qui a basculé est un achat, pas une opinion — et il a basculé parce qu’il ne coûtait rien en identité : acheter cette brique laissait chacun exactement là où il était.
Ce que les six cherchent par la loi et par l’aide, cette filière l’obtient par ce qu’elle vend. La différence tient à l’origine du financement : sur ces quatre-vingt-dix élevages, c’est le débouché qui rémunère la conduite, et l’engagement court sur cinq ans plutôt que sur un exercice budgétaire.
Trois pièces font tenir la boucle, et elles sont solidaires. La conception, qui part d’un territoire et de ceux qui l’habitent plutôt que d’un impact à réduire. L’étiquette, qui rend la contribution lisible — sans quoi elle ne se paie pas. Et la répartition, qui décide de ce que chaque maillon reçoit de ce qui est payé. Retirez-en une et l’ensemble retombe : une conception exigeante sans étiquette reste un surcoût, une étiquette sans répartition enrichit l’aval, une répartition sans débouché n’a rien à répartir.
Une entreprise peut l’engager sans attendre. Cartographier ses dépendances, réunir les maillons de sa chaîne de valeur, construire un prix avec eux, chiffrer ce que chacun y gagne : nos cinq ateliers du business model régénératif le conduisent, de l’analyse de la chaîne actuelle à l’atterrissage comptable. Ce chemin se décide dans l’entreprise, avec ceux dont elle dépend, produit par produit — sans majorité, sans consensus, sans alternance.
Ce que ce mécanisme produit se compte à trois endroits : la vente rémunère la conduite, la conduite fait vivre le territoire et ceux qui l’habitent, et l’entreprise en tire sa marge. Trois résultats d’une même vente, que la comptabilité classique ne sait pas encore enregistrer ensemble. Et aucune impasse n’y est possible : une contribution qui tiendrait sur un seul pilier resterait à la restauration. C’est ce qui sépare régénérer de restaurer — une filière qui refait des sols en appauvrissant ses producteurs n’a pas franchi le pas.
La politique, elle, tient déjà deux outils : la conditionnalité et la valorisation. Le premier est acquis à gauche. La gauche y converge sur la fin des chèques en blanc : la conditionnalité des aides est écrite dans ses programmes, portée par les syndicats, et elle concerne 211 milliards d’euros par an. Le débat n’est plus de savoir s’il faut conditionner — il porte sur le critère, et aucun programme ne conditionne à ce que le territoire gagne parce que l’entreprise existe. Une large part de ces aides finance des diagnostics, des études, des investissements ciblés, sans exigence de transformation du modèle économique : l’argent public agit en amortisseur conjoncturel plutôt qu’en levier. Ne plus se demander si une aide existe, mais ce qu’elle permet réellement de renforcer — c’est le passage d’une logique de guichet à une logique capacitaire, et aucun programme ne l’opère.
Le mécanisme de valorisation, lui, est demandé par Impact France, et lui seul. Moduler la TVA suivant la qualité des produits, généraliser les bonus-malus écologiques, flécher l’épargne vers les filières de la transition : le marché récompense ce qui contribue, au lieu que l’aide compense ce qui coûte. C’est le complément exact de la conditionnalité — l’une décide de qui reçoit l’argent public, l’autre de ce que le débouché rémunère. Et les deux attendent le même critère.
Le critère, lui, reste à écrire, et c’est ce que nous demandons en propre. Le manifeste du made in France contributif, lancé le 12 juin 2026 aux Lauriers de la Régénération et remis aux ministères de l’Agriculture, de l’Industrie et du Commerce, demande de rendre la contribution visible sur le produit, en donnant force de marché aux labels qui la prouvent déjà — sur les trois plans économique, environnemental et social.
Ce critère rend opérantes la conditionnalité et la valorisation déjà écrites. Il donne à la conditionnalité ce à quoi conditionner, à la valorisation ce qu’elle module, et à l’affichage porté par trois des six son objet : dire ce que la fabrication fait vivre plutôt que l’impact qu’elle évite. Une aide conditionnée se revote chaque année ; un produit qui se vend mieux parce qu’on lit ce qu’il finance, non. Près de cent produits français tiennent déjà cette chaîne de bout en bout — un sol qui se refait, une nappe qui se recharge, un éleveur qui vit de son travail, parce qu’un produit se vend.
Notre livre blanc pose ce que la régénération veut dire pour une entreprise, et sur quels travaux de recherche cette lecture s’appuie.
Restaurer les écosystèmes dont l’activité dépend est ce que quatre prises de parole sur six ont désormais la capacité de porter ; faire croître les capacités du vivant par l’activité elle-même est ce qui reste à porter. Ce n’est pas la fin de la croissance, c’est le changement de ce qui croît. Les entreprises peuvent l’engager dès maintenant, produit par produit, et c’est le passage que les six prises de parole de cette rentrée laissent ouvert. Le budget, voté à l’Assemblée le 17 novembre puis adopté en décembre, dira ce que l’État finance.
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Les six textes lus
→ L’Avenir en commun, édition 2025 — La France insoumise
→ Le Projet socialiste, version du 21 avril 2026, et le programme du CamPuS de Blois
→ « Pour une prospérité écologique », juillet 2026 — Les Écologistes
→ Le programme de La REF 2026 — MEDEF
→ Le programme des Universités d’Été de l’Économie de Demain — Impact France
→ « Réussir la transition dans l’incertitude », avril 2026 — The Shift Project
Sources : Ipsos, enquête sur les canicules et incendies de l’été 2026 · Destin Commun, « Été brûlant – canicules, incendies, sécheresse : les Français face au choc climatique », août 2026 — 2 000 personnes interrogées du 31 juillet au 5 août, trois groupes de discussion du 3 au 7 août · Ipsos bva – Cesi École d’ingénieurs pour Le Monde, le CEVIPOF, la Fondation Jean Jaurès et l’Institut Montaigne, Enquête électorale française 2026, vague 3, 13 060 inscrits interrogés du 3 au 9 septembre 2026, lue dans Rentrée politique 2026 : les Français entre résignation et colère · projet de loi de finances pour 2027, plafonds de dépenses transmis aux commissions des finances le 16 juillet 2026 · rapport sénatorial sur les aides publiques aux entreprises, 211 Md€ par an · Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, sur franceinfo, 8 août 2026 · « Les catastrophes climatiques de l’été 2026 feront-elles évoluer les comportements et les politiques en France ? », Le Monde, 29 août 2026 · France Assureurs, premier bilan des incendies de l’été 2026, 28 août 2026 — 25 000 sinistres, près de 500 millions d’euros, contre 80 millions en 2022 · bilan satellitaire des surfaces brûlées, été 2026 · Projet socialiste, version du 21 avril 2026 transmise aux fédérations · programme du CamPuS de Blois, parti-socialiste.fr, 29 août 2026 · programme de La REF 2026, laref.org, 26 août 2026 · débat des sept candidats à la présidentielle, La REF, Roland-Garros, 27 août 2026, d’après Décideurs Magazine, 29 août 2026 · programme des Universités d’Été de l’Économie de Demain, ued.eco, 27 août 2026 · discours de rentrée de Marine Tondelier du 21 août et de Jean-Luc Mélenchon du 23 août 2026, avec « Pour une prospérité écologique » et « L’Avenir en commun » · The Shift Project, « Réussir la transition dans l’incertitude », avril 2026 · En Vérité × Appinio, enquête sur les attentes des consommateurs, 2026 · affichage environnemental : article 2 de la loi Climat et Résilience du 22 août 2021, décret n° 2025-957 du 6 septembre 2025, méthode Ecobalyse de l’ADEME · CCI Bordeaux Gironde, bilan des incendies de juillet 2026 · BL Évolution, baromètre CSRD 2026, cent rapports du SBF 120 · Délégation sénatoriale à la prospective, « L’évolution des valeurs dans le champ économique à l’horizon 2050 », octobre 2025 · C’est qui le Patron ?!, chiffres 2026, et communiqué sur l’amendement adopté par le Sénat le 3 juillet 2026 · Cevipof, enquête sur le rapport aux autorités publiques · ObSoCo, Observatoire des perspectives utopiques, 4e vague · ADEME, baromètre de la sobriété · Nous Sommes Vivants : livre blanc, Capacity Score, Lauriers de la Régénération, manifeste du made in France contributif.
Capacity Score® — six lectures de corpus publics conduites par Nous Sommes Vivants entre le 21 août et le 1er septembre 2026. Estimation sur documents publics. Les analyses et les niveaux attribués engagent Nous Sommes Vivants.

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